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lundi 22 juin 2026

No other land. Basel Adra et Hamdan Ballal.

Le titre de ce documentaire tourné de 2019 à 2024 dit tout des Palestiniens chassés de leurs cailloux par l’armée israélienne en Cisjordanie, maison par maison, n’épargnant ni école, ni poulailler, depuis des années.
Deux pacifistes issus des deux nations irréconciliables documentent cette violence des militaires et des colons qui n’aiment pas qu’on les filme.
Vu la réprobation mondiale on ne doute plus de la puissance des images si difficiles à saisir dans un monde croulant par ailleurs sous les avalanches d’icônes, de clichés.
Pourtant les destructions s’amplifient qui font douter de la démocratie où les démarches juridiques se heurtent à l’arbitraire politique engoncé sous son casque et ses blindages.
Les images tremblées ne sont pas des affèteries artistiques et peu importent les cadrages.
Une petite fille qui tente une roue au milieu du chaos aurait pu fournir une représentation d’un certain espoir en l’avenir, ce sera seulement un sourire furtif au milieu de l’enfer comme on tousserait après une bouffée fraternelle autour d’un narguilé.

lundi 15 juin 2026

Les enfants de la résistance. Christophe Barratier.

Mon petit fils a été requis par le pédagogue résiduel que je suis devenu pour conforter ses connaissances sur la seconde guerre mondiale. Il en est ressorti ému, contrairement à de nombreuses appréciations, sans avoir approfondi, m’a-t-il dit, ce qu’il savait de la seconde guerre mondiale, intérêt principal de ce film pour enfants.
Le réalisateur avait réussi « Les choristes », mais cette fois les jeunes acteurs semblent réciter leurs dialogues, accentuant l’artificialité du scénario, où se croisent trop de personnages caricaturaux.
Deux garçons le sage et l’impulsif et une fille faisant la synthèse ont tout de suite compris que Pétain était un traitre, et vont bien vite réveiller l’esprit de résistance d’un village.
La vérité énoncée par les enfants s’inscrit parfaitement dans notre époque contemporaine où les adultes s’effacent.  
L’inflation du mot « résistance » au XXI° siècle et donc sa perte de substance, provient d’une exagération des postures accompagnant une brutalisation de la vie politique, alors que les leçons de l’histoire disparaissent des mémoires. 
Je ne suis pas sûr que ce film puisse aller à l’encontre de la sempiternelle marche de l’humanité vers l’inhumanité.     

lundi 8 juin 2026

Hamnet. Chloé Zhao.

La biographie de Shakespeare est tellement lacunaire que bien des romans peuvent s’autoriser à inventer des histoires autour de sa vie et interpréter les sources d’une formidable créativité.
Ne rebâtissons nous pas des évènements de nos vies, comme nous projetons notre subjectivité sur celle des autres?
La réalisatrice adapte le roman éponyme de Maggie O'Farrell en jouant sur la proximité du nom « Hamnet » fils du natif de Stratford-upon-Avon avec « Hamlet » titre d’un de ses chefs-d’œuvre parmi 49 pièces qui ont traversé les siècles.
Les évènements de la vie d’un artiste nourrissent son œuvre, 
et le théâtre permet de transcender la mort. 
Même si certaines séquences auraient pu être plus brèves, les riches thématiques sont plutôt traitées, relativement à d’autres reconstitutions, avec grâce.
Ainsi la personnalité de la femme de William ne se résout pas à sa science des plantes et des pronostics dans la lecture des lignes de la main et la belle mère modifie ses appréciations initiales. De beaux portraits de femmes et d’enfants.
   

lundi 1 juin 2026

L’abandon. Vincent Garenq.

Un mensonge d’une élève dysfonctionnelle va mettre en branle un engrenage fatal quand le fanatisme, oserait-on dire la mauvaise foi, la désinformation sont dopés par les réseaux sociaux.
Ce film, tel un Panthéon, nous renseigne, et même si sa sortie survient seulement six ans après l'assassinat, c'est que les temps se sont accélérés, et nos mémoires saturées ont oublié.
Cet hommage échappe à la critique cinématographique habituelle, même si sa facture restitue parfaitement l’atmosphère d’un établissement scolaire et met en tension les spectateurs qui connaissent l’issue de cet enchaînement terrible.
Une certaine gauche me navre dans ses critiques qui voient des risques de stigmatisation alors que justement les profs sont montrés dans leurs contradictions et que les parents d’élèves pas unanimes échappent à l’essentialisation ! 
L’Obs avait été au premier rang dans l’affaire pour faire ses choux gras d’une soi-disant « islamophobie » du côté de Conflans - Sainte- Honorine. 
La principale, interprétée par Emmanuelle Bercot, n’a pas abandonné Samuel Paty, joué par le doux Antoine Reinartz, mais je n’ai pu m’empêcher de rire quand la secrétaire énumère les sigles de toutes les instances à avertir en cas de problème.
Qui en 2020 pouvait envisager la décapitation d’un professeur d’histoire géographie tellement précautionneux ? Le titre accusatoire ne reflète pas la complexité d'une œuvre qui ne juge pas après coup. Cependant le « pas de vague », désormais indissociable de l’éducation nationale n’aurait-il pas accompagné cette montée des périls ? Cette projection peut redonner du courage aux professeurs persistants à vouloir développer chez leurs élèves l’esprit critique et le respect de la laïcité. 

lundi 25 mai 2026

La lumière ne meurt jamais. Lauri-Matti Parppei.

Un jeune flutiste dépressif revient chez ses parents dans une petite ville finlandaise. 
Une de ses anciennes camarades de classe le retrouve et l’entraine dans ses expérimentations de musique concrète. 
Le cinéaste pourtant très classique a choisi son camp : les bruits amplifiés de doigts mouillés autour d’un verre et des batteurs d’œufs à la neige figurent comme libératoires.
Par contre la musique classique ne séduit que les vieux, conformistes, confits en dévotion, pourtant bienveillants à l’égard du jeune prodige.
Au pays des longues nuits, la lumière se fait attendre : trop manichéen.

dimanche 24 mai 2026

Cannes cinéphile 2026.

Cette année, avant de profiter des films présentés, il convenait de s’extraire des flots de mauvaise foi déversés par des demandeurs de subventions dont Druon disait autrefois :
 
« Les gens avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l'autre »
Parmi 24 films de toutes les compétitions, j’ai retenu la mise en évidence de la force des femmes, contredisant le collectif féministe 50/50 qui a trouvé que l’affiche reprenant « Thelma et Louise » visait à masquer la discrimination à l’égard des femmes.
Les actrices sont remarquables 
- avec « La confidente » d’une hotline,
- ou l’effrontée « Shana »,
- dans «  Le journal d’une femme de chambre » roumaine à Bordeaux,
- la dépressive musicienne de « Low expectations » (Modestes espérances),
- l’acheteuse déterminée de «  La guerre des prix »,
- la ramasseuse d’algues d’une île chilienne et sa chienne fantasque «  La perra »,
- la grand-mère thaïlandaise trimballée de « 9 temples vers le ciel »,
- la prof de « La gravida », mon film préféré, réalisé par une femme,
- comme « Dans la gueule de l’ogre » où une iranienne filme son frère exilé
- ou encore, obligée de composer dans la guerre Yémen, « The station Al Mahattah ».
Une telle recension par genre tournerait à l’absurde si s’ajoutaient à la liste quelques « trans » au pays des « Eléphants dans la brume », le Népal.
Alain Cavalier, 95 ans donne envie de filmer, « Merci d’être venu ».
Je ne me lasse pas de revoir Maradona, diable et Dieu, dans « The match ».
Une belle relation d’un fils et son père s’établit dans «  Butterfly Jam »,
ainsi que dans « Moscas » où cette fois le père protège le fils. 
« We are Aliens »  traite poétiquement des aléas de l’amitié. 
« Le garçon qui fait danser les collines » parvient à ses fins malgré un environnement  macédonien peu favorable. 
« Le Minotaure »  rejoue avec force «  La femme infidèle » de Chabrol, dans la Russie en opération spéciale.
Des sangliers révèlent des aspects sombres d’une France rurale, « L’espèce explosive ». 
Si « L’épreuve du feu », film de vacances, m’a paru bien tiède, 
et « Barça zou » , film de copains en skate, sans élan, 
ils n’atteignent pas la vacuité de «  Virages » tellement mal joué.
L’excellent documentaire  « La détention » traite de la formation des surveillants de prison.
Par la fiction, « Grand ciel » évoque d’une façon originale les conditions de travail des travailleurs du bâtiment,
«  Du fioul dans les veines »  décrit celles des conducteurs de camion, 
et une belle histoire d'amour entre hommes.

lundi 18 mai 2026

Le son des souvenirs. Oliver Hermanus.

Dans les années 20 du XX° siècle, un fils de fermier devenu étudiant est attiré par une chanson entendue dans un bar qui lui rappelle son Kentucky natal, et par le chanteur.
Celui-ci est appelé à la guerre. A son retour, ils vont partir collecter des chansons traditionnelles.
Les paroles aux tonalités nostalgiques ponctuent cette histoire par moments fusionnelle, plus subtile que le titre amusant de Libé paru au moment du festival de Cannes : «  La cage au folk ». 
Cette musique convient bien à une romance tissée de regrets, de secrets, de rendez-vous manqués qui aurait été banale si elle avait été hétéro. Alors que cette relation homo traitée avec pudeur, en devenant parfaitement ordinaire, affirme sa douce qualité poétique.

lundi 11 mai 2026

Les filles désir. Prïncia Car.

Le titre de cette estivale chronique marseillaise provient d’une chanson du groupe musical
« Vendredi sur mer » : 
« Faut pas le dire mais c’était court
Faut pas l’écrire ça pue l’amour
ça sert à rien pourquoi courir
Il y a plein de filles désir. » 
Bien que j’essaye de mettre mon dictionnaire au goût du jour, les sous-titres en anglais lors de la projection pour la Quinzaine des cinéastes Cannes ont été bienvenus pour aider à comprendre la tchatche speedée des travailleurs d’un centre aéré.
Autour d’un jeune directeur plutôt chef de bande, s’excitent quelques mâles partagés entre le désir maladroit de baise et la notabilité désuète qu’apporterait le mariage. Le retour au quartier d’une amie d’enfance du boss vient perturber le microcosme criard qui n’avait pas besoin de cette arrivée pour être désorienté. Elle avait vécu de ses charmes. 
Les films tournés dans les quartiers Nord de Marseille pourront bientôt constituer un genre à part entière.

lundi 4 mai 2026

Au pays de nos frères. Raha Amirfazli Alireza Ghasemi.

Fiction en trois épisodes pour conter trente ans de la vie d’une famille afghane réfugiée en Iran comme cinq millions de leurs compatriotes.
Les récits forts n’ont pas besoin d’exposer ostensiblement les drames:
- un lycéen harcelé par un policier, 
- une employée de maison doit enterrer un corps, 
- un fils mort en Syrie permettra la naturalisation de ses parents…
La question centrale de l’identité s’exacerbe pour ceux qui ont quitté leur pays pour un autre dont certains habitants désirent partir ailleurs. 
Les amis chiites subissent des conditions très difficiles, dans une dignité forçant le respect, bien que le mensonge reste leur dernière arme.
Ce film original est beau, les acteurs amateurs émouvants, le propos efficace, le récit palpitant.

lundi 27 avril 2026

Roméria. Carla Simon.

Une jeune fille adoptée armée d’une caméra et du journal intime de sa mère revient dans la famille de son père décédé qu’elle n’a jamais connu. Elle découvre petit à petit les témoignages contradictoires des oncles, cousins, grands parents. Cela lui lui permet de reconstituer ces années de "Movida" qui ont cramé son père drogué, atteint par le SIDA.
Le traitement original, sensible de la cinéaste comble les non-dits, ouvre la possibilité à des interprétations sans asséner de conclusion définitive.
Les fantômes peuvent danser au soleil, les incertitudes ne contredisent pas la vitalité d’une belle jeunesse tendrement filmée.

lundi 20 avril 2026

Juste une illusion. Olivier Nakache et Éric Toledano.

La salle comble était rieuse : de bons acteurs, de bons dialogues, le passage de l’enfance à l’âge adulte, et le concert de SOS Racisme en 1985, quand la rancœur n'avait pas entamé le "vivre ensemble" : 
« Je marchais les yeux fermés, 
je ne voyais plus mais pieds Je rêvais réalité, 
ma réalité m'a alité ». 
Le titre du film de deux heures, et sa petite pointe de douce amertume, vient d’une autre chanson de Jean Louis Aubert :
« Juste une illusion
Comme une bulle de savon ».
 
Les rôles familiaux évoluaient alors : Camille Cottin, Louis Garrel  même un peu caricatural,  et leurs deux mômes Alexis Rosenstiehl et Simon Boublil sont excellents sous la direction de deux réalisateurs avec lesquels on est sûr de se faire plaisir. 
Oui les années 80 c’était bien! 
Et pourquoi se priver de rire et d’être ému par les maladresses, les emballements, la tendresse, les musiques, voire les gros traits qui évitent de se vautrer dans la nostalgie, quand Mitterrand et Kohl se donnaient la main.
« Je rêvais d'une autre Terre
Qui resterait un mystère
Une Terre moins terre à terre ».

lundi 13 avril 2026

La couleuvre noire. Aurélien Vernhes-Lermusiaux.

L’alternative « partir ou rester » posée par le film concerne aussi notre patience de spectateur pendant une heure et demie. 
La transmission des mythologies entre une mère en ses derniers instants et son fils revenu de Bogota au village jusqu’à la fille de celui-ci, s’avère aride comme le désert de là bas, sous une forme qui peut cependant être jugée poétique par certains. 
Le ton compassé, le rythme lent, les images statiques savent convenir au genre symbolique, mais l’absence de communication entre les personnages rigides ne permet pas d’adhérer à cette fable figée.

lundi 6 avril 2026

Victor comme tout le monde. Pascal Bonitzer.

 « Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. »
V. Hugo

lundi 30 mars 2026

Le mépris. Jean Luc Godard.

J’ai enfin vu 63 ans après sa réalisation ce film présenté comme majeur dans l’œuvre d’un des réalisateurs des plus considérables et un des sommets de la carrière de la lumineuse Brigitte Bardot. 
J’en avais vu des séquences et particulièrement « et mes fesses, tu les aimes ? » mais jamais dans sa longueur, interminable (103 minutes). Cette scène avait été rajoutée sur une suggestion des producteurs. 
Le « mépris », annoncé n’est pas du tout évident tant les querelles entre le mari et la femme m’ont parues artificielles, loin de toute réalité psychologique qui peut être un choix signifiant, mais ici nous sommes éloignés de toute empathie, de tout intérêt.
Il reste le site de Capri et la maison d’architecte pour que des images soient agréables.
La musique grandiloquente surgissant toujours à contre-temps peut être également un parti pris, mais cette originalité me parait aussi potache que le générique énoncé oralement.
Il y a bien des films qui semblent avoir aussi mal vieilli que moi et même mon si cher Fellini n’a pas échappé aux ravages du temps. Me voilà cette fois, en face de mes snobismes de jeunesse qui me portaient à mépriser De Funès et à dire « amen » à tous les avis des Cahiers du Cinéma ;  c’était « classe !»  à tous les sens du terme.
Que vient faire Fritz Lang dans cette imposture ? Son Odyssée semble tournée par un novice grossier. Si comme dans tous les films de l’époque, les cigarettes sont omniprésentes, nous ne retiendrons que de dérisoires détails comme le chapeau de Piccoli, à défaut de toute profondeur perdue dans des bavardages abscons.
Heureusement des poètes, aujourd’huipeuvent redonner du sens à cette époque inventive, et perpétuer la fraicheur de cette  « nouvelle vague » qui ne méprise pas toujours le spectateur. 

 

lundi 23 mars 2026

Les Rayons et les Ombres. Xavier Giannoli.

Le titre  du film de 3h et quart reprend celui d’un recueil de poèmes de Victor Hugo :
« Tout l’homme sur la terre a deux faces, le bien
Et le mal. Blâmer tout, c’est ne comprendre rien. »
La fille d’un journaliste raconte le destin de son père pacifiste dans les années d’après la première guerre mondiale et comment il devint un collabo pendant la seconde.
Mes appréciations sur les films en particulier sont indexées le plus souvent sur l’évolution des personnages : je suis comblé.
Ces épisodes du passé nous concernent plus que jamais, bien loin des manichéismes rétroactifs des bonnes âmes d’aujourd’hui qui ont pourtant pardonné à un ancien chantre de la laïcité son passage servile du côté des islamo gauchistes. 
Le réalisateur avec une finesse, reconnue par la majorité des critiques, élève son propos au-delà de considérations étroitement politiciennes pour traiter de l’innocence, du jugement dernier, de la guerre et des arts.
Comment le mot collaboration, accommodant, passe à l’infamant collabo, quand les compromissions ont mené à une pente fatale.
Pas un plan sans cigarette, les tuberculeux fument, pourtant ils savent la fin, les plus lâches bravent la mort de toutes façons. 
Nous suffoquons avec les acteurs excellents : Dujardin et Nastya Golubeva, et les remercions de nous passionner pour cette histoire.  

lundi 16 mars 2026

Hurlevent. Emerald Fennell.

Le film de 2h 16 ne souffle pas bien haut : trop beau pour être vrai.
Comme les enluminures pour le Duc de Berry ne rendaient pas compte de la misère au moyen-âge, les décors instagrammables de cette adaptation du roman d’Emilie Brönte enlèvent toute épaisseur à un récit devenu artificiel.
La musique honorable n’est pas suffisante pour nous plonger dans une ambiance mystérieuse avec vents sur la lande, passions et solitudes, quand des couchers de soleil aux filtres rouges succèdent à chaque plan aux lumières si jolies vues dans les peintures flamandes. Si les décors sauvent certaines productions, cette fois ils plombent la reconstitution: 
le dénuement violent de la demeure du père parait aussi factice que le kitch du manoir du mari trompé.
L’amour « toxique » comme on dit à présent n’émeut guère sous les cravaches tocs et les avilissements de carton pâte : la noirceur humaine mériterait quelques nuances de gris.     

lundi 9 mars 2026

Urchin. Harris Dickinson.

Le titre traduit dit tout : « oursin » ou « gamin des rues ». 
Un sans domicile fixe essaye de s’en sortir, aidé par les institutions anglaises. 
Film âpre où le passé ignoré ne fournit pas d’alibi à un jeune détruisant sa vie, ne parvenant pas à sortir de sa solitude parmi d’autres solitaires. 
Plutôt que des prêchi-prêcha lénifiants et autres proclamations de résistance en robe de couturier comme on en voit à Cannes où le film a été présenté, ce film gueule : qu’avons-nous fait pour que la liberté de nos sociétés amène si souvent à s’étourdir, oubliant toute volonté de choisir ? 
Il y aurait de l’indécence à s’identifier au personnage principal alors que la lutte contre les démons anesthésiants, contre soi même, peut occuper une vie.

lundi 2 mars 2026

Baise-en-ville. Martin Jauvat.

La salle cannoise était d’autant plus rieuse que les occasions sont rares de partager pendant une heure et demie la vie de candides personnages se démenant dans une banlieue aux couleurs flashy.
La passivité contemporaine est traitée avec originalité avec d’abondants tics de langage à savourer sans modération. 
Un jeune homme revenu chez papa et maman à 25 ans doit repasser son permis de conduire. On lui dégote un emploi de nettoyeur de soirées. 
Bien qu’il soit entouré de personnes de bonne volonté, il n’arrive pas à conclure ses rencontres amoureuses, comme disait un Jean Claude Dusse, apparaissant du coup un peu daté avec cette livraison cinématographique toute fraiche, en trottinette.

lundi 23 février 2026

La vie après Siham. Namir Abdel Messeh.

Siham, la mère du réalisateur qui apparaissait dans son film précédent, vient de mourir. 
L’absente tient une place centrale dans cette ode au cinéma nous emmenant loin des regards tournés si souvent vers la cicatrice ombilicale. L’honnêteté du fils n’a pas éludé tous les agacements de son père et de ses enfants vis-à-vis d’une caméra instrument de la mémoire et des confidences. Le titillement du consentement à l’image est stimulant sans que soit entamé l’intimité des ascendants de l’auteur de cette heure et quart sensible et même pudique car les versions différentes des histoires privées prêtent à sourire et n’attaquent pas la réserve traditionnelle des citoyens qui ont vécu à l’époque de Nasser comme les contemporains de Cyril Hanouna. 
Ces témoignages recueillis pendant dix ans fournissent la trame originale d’une histoire d’amour familiale. Ils luttent contre l’effacement sans que l’indécence appelée par la transparence querelleuse de notre temps pointe le bout de sa loupe allumeuse de brindilles.

lundi 16 février 2026

Le gâteau du président. Hasan Hadi.

La main de fer de Saddam Hussein étreignait son pays jusqu’à l’embouchure du Tigre et de l’Euphrate. 
Là, une écolière qui vient à l’école en barque est désignée pour confectionner un gâteau pour l’anniversaire du dictateur.
L’orpheline vit avec sa grand-mère dans une belle et misérable maison en roseaux. 
La vieille dame lui donne une recette : 
5 œufs pour la fertilité, 
500 grammes de farine pour la vie, 
le sucre pour la douceur 
et peut être de la levure pour la magie. 
La petite fille dégourdie aidée par un camarade profite de son voyage à la ville pour se procurer les ingrédients par divers moyens qui nous font rencontrer des personnages des plus gentils aux plus odieux. Le garçon doit aussi rapporter des fruits alors que le pays est soumis à une pénurie insondable.
L’humour noir vient éclairer de noires situations. L’habileté du cinéaste révèle de sacrés acteurs en particulier les deux enfants complices affrontant sans mièvrerie l’adversité avec une vigueur revigorante pour une dénonciation efficace de l’absurdité d’un tel régime.