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mercredi 11 mars 2026

Métamorphoses et amours des dieux. Claire Grebille.

La religion romaine a fait si bien perdurer les mythes grecs que bien des dieux ont inspiré les artistes de la fin du moyen-âge à nos jours. 
La révision ci dessous évitera les redites parmi ces amours antiques se métamorphosant sans cesse et proposera un bon paquet de liens. 
« L'Enlèvement d'Europe » de Liberale da Verona décorait un coffre de mariage dans un style gothique raffiné se lisant de droite à gauche : les suivantes de la belle phénicienne représentées trois fois s’affolent de voir la princesse enlevée par le roi des dieux transformé en taureau. 
Il l’emmènera en Crète où elle donnera naissance aux trois maîtres de l’enfer.
Sur le même thème, Rembrandt souvent appelé le « Titien du nord » avait peint au début de sa carrière un de ses rares sujets mythologiques avec des demoiselles en costumes de théâtre et une expressivité qu’il abandonnera par la suite.
Réalisé soixante dix ans plus tôt, un des derniers tableaux du Titien, garni de putti,
peut être interprété comme une élévation de l’âme au dessus des enveloppes corporelles.
« Les fileuses » de Velasquez citent Titien, dans une riche mise en abimes. Elles représentent la rivalité entre Arachné et Athéna,  avec les trois parques maîtresses de nos fragiles destins, aux trois âges de la vie, quand les arts mécaniques s’associent aux arts « libéraux ».
La version simple et novatrice de Valentin Serov rappelle le visage d’une kórê antique.
De la « Galatée » néoplatonicienne de Raphaël vers laquelle toutes les flèches convergent
jusqu’à 
« Œdipe et le Sphinx » de Gustave Moreau  
se renouvelle le merveilleux des récits d’Ovide. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2011/03/jupiter-nom-de-zeus.html
Zeus, épris une fois de plus, transforma« Io » (Stefano di Giovanni) en génisse  mais Héra, la femme légitime l'incorpora à son troupeau et la confia à Argus, monstre aux cent yeux. De surcroit elle envoya un taon pour la piquer sans cesse, afin de l’empêcher de faire l’amour. Hermès « à la pensée chatoyante » est chargé de tuer son surveillant.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2022/04/baisers-voulus-baisers-voles-christian.html
Avec le romantique John Hoppner  « Jupiter and Io » se rencontrent la première fois, 
quand le monde était recouvert de brume complice.
Vélasquez
représente le messager des dieux s’apprêtant à commettre son crime 
après avoir endormi sa future victime « Mercure et Argos ».
Rubens a choisi le moment où Junon récupère les yeux d'Argus 
qui désormais figurent sur la queue des paons. « Junon et Argus ».
Les oiseaux sont auprès d’elle dont le lait divin dispersé est à « L'Origine de la Voie lactée »  toujours d’après Rubens où elle repousse Hercule, encore un enfant illégitime, que Zeus lui avait imposé sur son sein pendant son sommeil. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2017/03/monstres-et-heros-serge-legat.html
Sous le lit où s‘étreignent
« Vénus et Mars » par Johann Rottenhammer the Elder
Cupidon met la main sur le manche de l’épée du dieu de la guerre 
pour le cacher aux yeux de l’infortuné Vulcain.
Dans la Villa Emo, parmi les fresques de Battista Zelotti, « Vénus blessée par l’amour »
voisine avec « St Jérôme Pénitent ».
« Danaé »
de Jan Mabuse sous une pluie de pièces d’or 
se rapproche de la Vierge et de sa maternité miraculeuse.
Kiefer l’interprète d’une autre façon.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2017/06/anselm-kiefer-c-loubet.html
Le Bernin
sublime la poursuite d’ « Apollon et Daphné » au moment où elle se transforme en laurier dont les branches couronneront les vainqueurs.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2019/05/paul-v-serge-legat.html
« Ganymède »
( Rubens) le plus beau des mortels enlevé par Zeus, 
cette fois sous forme d’aigle, devient l'échanson des dieux.
Bertel Thorvaldsen.
La beauté fusionne avec le bien.« Narcisse » inspira Ronsard:
 « Je voudrais bien pour alléger ma peine,
Être un Narcisse et elle une fontaine,
Pour m’y plonger une nuit à séjour ;
Et si voudrais que cette nuit encore
Fut éternelle, et que jamais l’Aurore
Pour m’éveiller ne rallumât le jour. »
Le mythe éternel figure sur une tapisserie mille fleurs du XV° siècle
et Dali «  Métamorphose de Narcisse » a pu y voir son propre reflet :
« Quand cette tête se fendra,
Quand cette tête se craquèlera,
Quand cette tête éclatera,
ce sera la fleur,
le nouveau Narcisse,
Gala –
mon narcisse.»

mercredi 4 mars 2026

La collection royale britannique. Serge Legat.

« Charles premier »
, fut le premier souverain anglais à rassembler des œuvres d’art qui constituent la plus grande collection privée du monde avec 7000 tableaux, et 20 000 dessins, elle appartient maintenant à 
« Charles III» .
Il sera surtout question dans la conférence devant les amis du musée de Grenoble de remarquables peintures venues d’Italie et des écoles du Nord, et non des 45 services de table de la manufacture de Sèvres. Pour éviter la répétition, figure en tête de ce compte-rendu le portrait équestre du roi Charles 1°, appartenant au musée du Prado, qui représente le fondateur d’un ensemble dont une partie est à présent accessible au château de Windsor depuis son incendie en 1992, « annus horribilis. ».
https://blog-de-guy.blogspot.com/2025/11/william-hogarth-serge-legat.html
« Cupidon et Psyché »
d’Antoine van Dick, avec lequel tout a commencé pour la peinture anglaise, est conservé au château d’Hampton Court.
La toile « La mort de la vierge » du Caravage refusée par ses commanditaires qui la trouvaient trop humaine, avait été achetée au duc de Mantoue sur les conseils de Rubens. Mais après la décapitation de Charles 1°en 1649, 
le banquier Everhard Jabach acquit  l’œuvre avant qu'elle ne soit cédée à son tour à Louis XIV ; elle se trouve désormais au Louvre. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2018/12/caravage-fabrice-conan_6.html
Parmi 779 dessins de Léonard de Vinci, retenons une « Etude de mains »,
https://blog-de-guy.blogspot.com/2025/10/leonard-de-vinci-serge-bramly.html
pour Michel Ange « La chute de Phaéton » offert à Tommaso dei Cavalieri. 
« Votre beauté est la preuve absolue de l’existence de Dieu ».
et concernant Raphaël une étude : « Les trois grâces ».
Charles II a racheté beaucoup de tableaux ayant appartenu à son père :  
- le « Portrait d'une dame avec un chien » de Lorenzo Costa de l’école de Ferrare,
- « Andrea Odoni », un marchand, par le vénitien Lorenzo Lotto, propose un dialogue.
- Jacopo Bassano
apporte beaucoup de soins dans le traitement pictural des animaux figurant eux aussi devant les ruines de l’ancien monde lors de « L'Adoration des bergers ».
- « La mort de Cléopâtre »
de Guido Reni assure le passage du maniérisme au classicisme.
- Plus naturaliste, Orazio Gentileschi peint « 
Joseph et la femme de Potiphar », au moment où le jeune homme refuse les avances de la femme de son maître, 
mais il a laissé son manteau… 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2024/12/familles-dartistes-serge-legat.html
- L’acrobatique « Autoportrait en allégorie de la peinture » de sa fille Artémisia Gentileschi respecte toutes les recommandations de Cesare Ripa auteur de « l'Iconologie ».
Quelques géants représentent les écoles du Nord.
- Albrecht Dürer, « Burkhard of Speyer », qui avant de revenir en Allemagne après un deuxième séjour à Venise dira : « Ici, je suis un seigneur, là-bas un parasite ! »
- La vue plongeante sur « Le massacre de Innocents »  de Pierre Brueghel l'Ancien
fondateur d’une dynastie, n’en contrarie pas la minutie. 
Et dire que « La fête flamande » de  Brueghel de velours mesure
47,6 × 68,6 cm !
Il n'est pas certain que « La vieille femme »  soit la mère de Rembrandt 
mais cela n’enlève rien à sa vérité.  
Hans Holbein le Jeune recommandé par
« Erasme »
 (Metsys)
à Thomas More a représenté la famille de l’humaniste anglais dont il ne subsiste que l’ « Etude », le tableau a été perdu.
« La leçon de musique »
de Johannes Vermeer, à la touche vibrante, peut se lire aussi comme une rencontre amoureuse avec la présence de deux instruments : 
une viole de gambe et le virginal sur le couvercle duquel est inscrite la formule en latin : 
« La musique est la compagne de la joie et le remède de la douleur ».
« Le 1° mai » par  Franz Xaver Winterhalter permet de conclure, car sur le tableau de la coqueluche des cours, figure la Reine Victoria qui portait si peu d’intérêt à la peinture que ni Constable ni Turner n’ont été retenus dans une collection figée d’avant les impressionnistes, à de rares exceptions près.
Du temps a passé depuis la proposition d’Anthony Van Dyck : un « Triple portrait de Charles premier » destiné à servir de modèle au Bernin pour une sculpture
et « Elisabeth II »  qui avait accepté d’être portraiturée par Lucian Freud.  
Cela suscita de vives polémiques.

mercredi 25 février 2026

La soierie lyonnaise. Cécile Demoncept.

En attendant que le « Musée des tissus » de Lyon ouvre à nouveau en 2030, nous sommes revenus, par une conférence devant les amis du musée de Grenoble, vers des savoir-faire qui ont façonné l’identité lyonnaise depuis le XV° siècle.
« Robe »
de Christian Lacroix (styliste), maison Jacob Schlaepfer et Lelièvre (fabricants), 
soie, métal, dentelle mécanique brodée, rayonne viscose.
L’artiste sert l’artisan, l’artistique le dispute à l’artisanat.
Dans les textiles, le tissu se distingue du tricot ou du feutre. 
Lors du tissage, chaine et trame s’entrecroisent pour former son armure.
La soie provient de la « bave » du « Bombyx » 
dont le cocon est constitué par un seul fil pouvant mesurer un kilomètre.
Par contre, une soie résistante, au point d’avoir inspiré des gilets pare-balles, 
produite par une araignée de Madagascar, ne pourra pas être rentable, 
car la néphile dorée meurt quand elle est déplacée.
Les chinois ont gardé le secret de la fabrication de la soie pendant 3000 ans et ont alimenté « La route de la soie » qui connait actuellement une seconde jeunesse.
Des moines, envoyés par l’empereur byzantin « Justinien », ont importé des graines de mûrier, arbre qui alimente exclusivement les vers, et ont compris la délicate genèse de la fibre protéique naturelle.
Les premiers tissus précieux et rares, « Suaire de saint Austremoine » du IX° siècle,
sont fabriqués par des Persans ou des Ottomans.
A partir du XI°siècle, une industrie nait à Lucques en Italie après Catanzaro, puis à Gênes, Venise et Florence qui exportent vers toute l'Europe.  
« Étoffe brochée à fil dorée à décor d'oiseaux et de lions, Lucques, XIVe siècle »
En France, le roi Louis XI propose aux lyonnais de développer une production nationale chez eux, ceux-ci refusent.  
Il faut attendre « François Ier » posant pour Jean Clouet devant un velours « alto-basso » de Venise, pour développer la soierie à Lyon.
en accordant une charte à ÉtienneTurquet (Stefano Turchetti)
et Barthélemy (Bartolomeo) Naris, 
Philippe de Lasalle
Ayant désormais le monopole d’une activité qui fait vivre 12 000 personnes, 
la capitale des Gaules.devient la capitale européenne de la soie.
Olivier de Serres, ami de Sully, publie : 
« La cueillete de la soye par la nourriture des Vers qui la font. »
« Le métier à la grande tire »
exposé au musée du banquier Gadagne (Guadagni), a été perfectionné par Claude Dangon, et remplace les enfants chargés de tirer les « lacs » qui permettaient de lever ou d'abaisser les fils de chaînes.
« Damas »
 pourpre réservée au roi rehaussé de fils d’or.
"Mise en carte du "Raphaël de la Fabrique" Jean Revel
Colbert met en place la fabrique pour la soie où se retrouvent dessinateurs, préparateurs de teintures, « soyeux », marchands-fabricants,  ouvriers, négociants…
 A Versailles, deux fois par an les meubles (tentures, fauteuils) sont changés; 
le brûlement de la chambre du roi en 1785 a permis de récupérer une tonne d’or.
« Dame à sa toilette recevant un cavalier »
Jean-François de Troy
Une telle robe à la Watteau nécessitait 20 m de tissu et pesait 20 kg.
Longtemps dépendants des pouvoirs royaux, 
le travail des lyonnais sera soutenu aussi par Napoléon .
Vaucanson, le grenoblois, avait perfectionné les métiers à tisser au point qu’ils "pourraient être utilisés par un âne" ; c’est lui qui a été jeté à la Saône et non Jacquard qui s’en était inspiré.
 Mais son système de cartes perforées va révolter les canuts craignant le chômage. 
« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! » en 1830,1834,1848.
En 1901, à la Croix-Rousse est inaugurée la statue de Jacquard, 
au« bienfaiteur des ouvriers en soie ».
D'une des premières révoltes ouvrières sont nés les conseils des prud’hommes.
Autour de Lyon au XIX° siècle, de nombreuses usines-pensionnats emploient et hébergent des jeunes filles de la campagne. « Soieries Bonnet, Jujurieux (Ain) ».
Après la maladie des vers à soie que Pasteur n’arrivera pas à juguler à temps, le précieux fil provient désormais du Brésil et de Chine, même si Hermès et Chanel essayent de remettre en route une production française.
Pour mesurer le degré d’humidité de ce produit très onéreux des dessiccateurs sont installés dans des bâtiments de condition des soies.  
Expositions universelles et magasins de nouveauté avaient étendu leur clientèle au XIX ° siècle.
 Au XXI ° siècle, AURA, la région Auvergne-Rhône-Alpes, la p
remière région textile en France, compte 600 entreprises et 17 000 emplois liés à la soie.
Pour le musée des Confluences, Olivier Lapidus a créé la première robe en textile lumineux.
"Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier 
se transforment en robe de soie."  
Proverbe chinois