Quand je prends mon stylo à encre pour assembler quelques
mots sur le papier avant la mise au propre, c’est comme si je revenais au temps
du poêle à charbon qui assurait jadis le chauffage dans la seule pièce de la maison,
alors qu’en ce siècle les motifs ne manquent pas pour avoir chaud aux oreilles,
quand brûle la planète.
Les petites phrases pleuvent et s’évaporent si vite qu’une chronique
peut aussitôt devenir obsolète, bien que l’obstination des « Insoumis »
à jeter de l’huile sur le feu soit une constante.
France Info ne citait comme commentaire après la victoire
des néo nazis dans un land en Allemagne que celui de
Mélenchon :
« c’est la faute des centristes ! »
sans mentionner
la faiblesse de Die Linke, son parti frère, alors qu’à Berlin ce même parti
progressait, car il sait se montrer ouvert aux compromis.
Le service public donne à ce moment là des armes à ceux qui
l’accusent de parti pris.
Au-delà de la faiblesse de l’accusation mécanique du
chouchou des médias, s’applique la technique « Flood the zone with
shit » (inonder la zone de merde) de Steve Banon, ancien conseiller de
Trump.
Et j’entre dans le
piège en parlant une fois de plus de ceux qui emploient tous les moyens pour
qu’on parle d'eux.
Bien qu’ayant peu de compétences en économie, « la mise
au frigo de la dette » par le quadruple candidat à la présidence de la République Française ne me semble pas très sérieuse,
mais la formule a fait jaser bien plus que l’impossibilité pour l’état
d’investir. Le comique à l’humour douteux attire les commentaires, et toute
critique aiguise les convictions de ses partisans, à la haine toujours prête à
jaillir, diabolisant l’adversaire.
« Les français
affichent la durée de retraite la plus longue au monde, plus de vingt cinq
ans » Antoine Foucher.
Ce fait positif sera moins médiatisé que n’importe quelle
petite phrase pourvu qu’elle soit agressive.
Centriste triste, je pense que le bloc central devrait
cesser d’insister sur le matraquage fiscal alors que taxer les très grandes
fortunes aurait un certain rendement politique au-delà d’une efficacité
miraculeuse sur le rétablissement des finances publiques.
Je m’applique à relever que l’augmentation de 8% des
prélèvements obligatoires depuis 50 ans est allée aux dépenses de retraite
(passées de 7 à 14% du PIB) et de santé bien que la population vieillissante
pense ne pas en avoir pour son argent. Le recul de l’âge de la retraite semble
inéluctable quoi qu’en dise la rue.
Mais je ne vais pas plus loin au pays des espèces sonnantes
et trébuchantes et préfère, depuis mon fauteuil de patriarche défroqué, observer
nos mœurs.
Homme at home devenu atone, je vois aussi que des
masculinités violentes s’exacerbent à la hauteur de leur impuissance. Les
féministes décoloniales jouent contre leur camp lorsqu’elles justifient la tradition de l’excision en
excusant des pratiques cruelles, machistes puisqu’elles portent de bonnes
couleurs.
Si se retrouvent dans un bêtisier où les femmes n’ont pas besoin
de quota, les jugements lamentables de Ségolène Royal et les sornettes de Marine
Tondelier, j’approuve Sandrine Rousseau, si souvent irritante, mais peu suspecte
de démagogie sur ce coup là :
« Nous nous pensons
puissants et nous sommes incapables de penser notre vulnérabilité.
Le réchauffement
climatique va menacer l’ensemble de nos structures sociales et politiques. »
Les occasions ne manquent pas pour se désoler que pour caractériser
l’esprit de notre pays, il devienne difficilement compréhensible de le dire « rabelaisien ».
Mirapolis et sa statue de Gargantua, parc imaginé sur le
thème des contes et légendes français, ayant fait faillite, il est question
d’un nouveau parc d’attraction sur le thème des mangas. Trop de références
ignorées du public avaient conduit à l’échec de cette première entreprise, la
culture japonaise semble plus porteuse que la française.
Un joueur de l’équipe de France se fait insulter parce
qu’il a dit aimer la France: j’en ai la crête qui frissonne.
« La France
souffre d’elle-même, elle ne se connaît plus, ne se reconnaît plus,
ce qui est bien la
pire des maladies. »
Boualem Sansal

