mercredi 23 septembre 2026

Aux alentours de Saint-Agrève # 3

Saint-André-en-Vivarais 
Au hameau des Ruches, la modeste maison restaurée de la Béate datée de 1868 surmontée d’une cloche est ouverte pour les promeneurs
et donne une idée de la vie de jeunes filles ou veuves qui instruisaient sommairement les enfants, enseignaient le catéchisme et apprenaient la dentelle aux femmes de la communauté.
Elles habitaient à l'étage, au dessus de la salle de classe et d’assemblée.
Nourries, logées, venant du Puy-en-Velay elles assuraient depuis le XVIIe siècle une présence catholique face à la religion réformée.
Le château de Montivert
a succédé à un château féodal aujourd’hui disparu. 
Son allure moyenâgeuse date du XIX° siècle.
Au moment où nous l’avons vu, le parc était ouvert mais l’entrée de la bâtisse comportant 158 portes et 110 fenêtres était fermée.
Nous n’avons pas pu compter parmi les 10 000 visiteurs qui le visitent chaque année mais avons enregistré qu’il possède 64 pièces et offrait pour l’époque un confort d’avant-garde.
Serrières
.
Au bord du Rhône, le petit musée des Mariniers et de la batellerie est installé dans l’ancienne église Saint-Sornin aux belles peintures murales.
Des maquettes, des objets significatifs témoignent de la vie des équipages au XVIII et XIX ème siècle dans cette
 étape importante entre Arles et Lyon pour les bateaux halés par des chevaux,
Les croix des mariniers sont remarquables. Les symboles de la Passion peuvent se lire aussi comme les attributs de la profession de ceux qui se distinguaient des« gens d’à terre ». 
Ils vivaient sur le fleuve entre « Empi » et « Riaume ».  « L’Empi », c'était le Saint Empire Romain Germanique côté Isère et Drôme, « le Riaume » côté royaume de France, le Vivarais.
« Pique à l'Empi et bute au Riaume! » se disait plutôt que « babord et tribord ».
Dans le clocher de l'église au plafond en "cul de barque" 
sont entreposés les « mandulons »( amandes séchées), quatre corps momifiés provenant sans doute d'une fosse commune au 17ème siècle ( non accessible au public). 
A proximité, des gradins au bord du bassin de joutes peuvent accueillir jusqu’à 4000 personnes.  

mardi 22 septembre 2026

HP et Giuseppe Bergman. Milo Manara.

Ce retour vers les années 80 ne s’avère même pas cruel tant parait creux le scénario qui joue avec le narrateur pour ne même pas masquer les impasses, les facilités d’une recherche d’aventures insignifiantes saupoudrées vers la fin de fantastique herméneutique en toc.
Les jolies femmes vues à Venise ou sur l’Orénoque toujours prêtes à baisser culotte en arrivent même à créer le malaise.
Si la pudibonderie d’aujourd’hui me navre, la mise en scène démodée de femmes dénudées sur presque chaque page, parmi une centaine, perd de son érotisme parmi beaucoup de situations artificielles, alors que dans d’autres albums le charme peut opérer.  
Une recherche datée de la liberté, de l’accomplissement personnel avec guérillero d’opérette, indiens décoratifs, vapeurs de haschisch, pieds fourchus, n’était qu’un rêve traversé de cauchemars aboutissant dans un bureau de bienfaisance, comme on ne dit plus.
Quant aux sketches d’un autre album d’une cinquantaine de pages  « Candide caméra » présentés comme une critique de la télé réalité, l’énoncé du thème de la première séquence suffit à situer le niveau : 
« une caméra cachée qui filme des femmes qui veulent bien se déshabiller dans la rue pour de l'argent. »

lundi 21 septembre 2026

Fjord. Cristian Mungiu.

Cinq enfants sont retirés d’une famille roumano-norvégienne très pieuse par les services sociaux norvégiens, suite à des ecchymoses découvertes en cours de gymnastique sur l’ainée des enfants.
Les commentaires autour de la palme d’or 2026 confirment les difficultés à dialoguer que le film de deux heures souligne.
Les questions posées sont pourtant fondamentales à propos de la laïcité, des idéologies, de l’amour. Comment se définissent la violence, la liberté, les contraintes...?
Mais le débat concernant la neutralité du créateur est aussi vain que de prétendre à l’objectivité pour un journaliste ou de discutailler du sexe des anges au moment de la prise de Constantinople.
Les meilleures intentions du monde au sein d’une démocratie avancée si pures et généreuses se heurtent aux convictions tout aussi ancrées d’une famille où la prière est plus naturelle que You tube. 
A partir d’une histoire qui avait défrayé la chronique, les termes civilisationnels ainsi posés dépassent l’opposition entre progressistes et traditionalistes bien que la présence d’un grand-père alourdisse un débat déjà passionnant.
La parole des enfants après avoir été ignorée est maintenant sacralisée et l’instituteur que je fus regarde consterné les statistiques concernant les maltraitances envers les petits: 
combien de signalements aurais-je manqué ?   
Puis-je me demander par ailleurs combien de coups de pieds au cul se sont perdus ? 

dimanche 20 septembre 2026

Musiques.

Il semble que les chansons restent quand on a tout oublié, alors pour moi «  Le petit bal perdu » accompagnera «  Les amants de saint Jean » quand «  La mémoire et la mer » recèlera encore quelques paroles énigmatiques. 
Redonnez moi tout Brassens du « Marché de Brive la Gaillarde » à « La supplique pour être enterré sur la plage de Sète » et Souchon rêveur, «  Le marin »
Je m’en voudrais d’échapper au son des émotions populaires avec « I Will Survive » de Gloria Gaynor pour la France du foot bleu, blanc, beur de 98, une des rares dates non oubliée et seules paroles anglaises retenues. Le titre catalan « L’estaca » hymne des supporters de l’USAP ( Perpignan) me branche du côté d'intimes amateurs de rugby.
Je me souviens d’avoir sonorisé des manifs avec «  Rien n’est plus beau que l’autogestion » de Font et Val, avant de trouver bien sommaire : « Tous ensemble, tous ensemble ». 
« La Marseillaise »  au cinéma dans les blés de Wajda ou « Bella Tchao » dans un autobus sur les routes du Vercors m’ont fait dresser les poils.  
« L'air du génie du froid » de Purcell pareillement, quand pour des adieux « La pavane » de Fauré convient mieux en plus discrète mais pas moins poignante depuis qu’elle me transperça à la fin d’un film de Depardon à propos de la fin des paysans. 
Quand ma patte sera prise dans le piège, un sursaut d’orgueil me ferait choisir «  La mort de l’ours » de Félix Leclerc, successorale bien que très téléphonée.
C’est que la poésie qui précédait chaque journée dans mes classes ne se retrouve plus guère qu’aux enterrements, quand les paroles râpeuses oublieuses des mélodies n’ont gardé que des pulsations dans leur flow avant que se taisent les pipeaux.

samedi 19 septembre 2026

San-Antonio chez les Mac. San-Antonio.

Au pays de Walter Scotch, nous rencontrons Mac Hantine, Mac Heusesche, Mac Orniche, Mac Herrel … et retrouvons de potaches souvenirs de lecture « poilante » comme on disait dans les années 60 du siècle d’avant.
De familières images ne déçoivent pas avec monstre lacustre, whisky en fût, château et fantômes, all inclusive, 
«  avec dans le rôle principal le fameux commissaire San-Antonio, l’homme qui n’a peur ni des mouches ni des guêpières. » 
Sa scolarité n’a sûrement pas remis en question une inébranlable confiance en lui : 
« Moi j’en connais un, un gars presque aussi bien baraqué que moi et presque aussi beau qui est marida avec une maigreur tellement maigre que quand elle marche on a l’impression qu’elle tricote sa jupe. »
L’intrigue perd en suspens quand le héros est tellement infaillible : 
« Gagné San- Antonio ! Ton esprit de déduction, ta vaste intelligence, ton génie d’enquêteur, toutes ces brillantes qualités jointes au courage le plus calculé, ton intrépidité, ta justesse de vue, ta modestie aussi (n’ayons pas peur des maux), t’ont permis une fois de plus de renverser les obstacles, et les situations, de scier les embuches. »
Mais la littérature s’en retrouve ragaillardie avec ses jeux d’accumulation, la richesse du lexique où reviennent des mots qui ont aujourd’hui la saveur d’un vin de garde auquel on pardonne d’être un peu éventé, comme se permet de juger l’édenté de service.   

vendredi 18 septembre 2026

PISA.

Le Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves a suscité quelques titres devenus anodins à force d’être dupliqués : « de mal en PISA ».
Parmi tant de commentaires sur les commentaires, je ne prétendrai apporter ni grain de sable ni grain de sel, en livide acteur d’un monde ancien, seulement un soupir.
Au moins la chute des résultats de nos enfants devenue vertigineuse depuis un rang déjà calamiteux, nous éloigne du fallacieux « le niveau monte » de Baudelot et Establet qui occultait toute réalité dérangeante depuis les années 70.
Les regards se portent vers une des nations championnes : l’Estonie et ses établissements autonomes où la confiance envers les professeurs permet de varier les approches appuyées sur une culture qui n’oublie pas : «  si l’on travaille dur, l’on survivra. »
Mais les recettes venues d’ailleurs sont vouées à l’échec comme les réformes empilées sans évaluation, si les acteurs de terrain aux appréciations fines ne voient pas leur travail valorisé. 
Pourtant, à mon sens, mesurer l'investissement en terme de rémunération entre dans une logique de marchandisation hors sujet, les promesses ne sont plus crues, pas plus que ne sont appréciés les compliments.
Les augmentations présumées serait mieux employées à adapter les niveaux pour ne pas continuer à aggraver l’attraction de tous vers le bas. Quand « influenceuse » devient plus enviable que professeur, la transmission a quitté son cours, et nous courrons après les ingénieurs et médecins, charpentiers, conducteurs…
Face à des parents pas tous armés de couteaux mais devenus plutôt consommateurs que partenaires éducatifs, la dénonciation des écrans qui minent sommeil et attention participent au consensus. 
Je retiens du Haut commissariat à la stratégie et au plan la reconnaissance des problèmes nés de l’hétérogénéité des classes.
Dans une atmosphère où la diversité des approches serait respectée, le caporalisme disparaitrait.  Et rêvons: la force d’inertie de la corporation se métamorphoserait en initiatives ajustées, responsables, assumées.
J’avais fait mes choix en pédagogie et souvent changé de direction, accumulant les expériences, j’ai respecté d’autres démarches qui parfois convenaient mieux à certains élèves que mes propositions.
Derrière les clameurs des stades voisins, des évolutions nous parlent: nous ne nous supportons plus et supportons par intermittence nos équipes. Les plus bruyants abandonnent leurs joueurs à la première défaite et brûlent ce qu’ils ont adoré. Le tarissement des bonnes performances en athlétisme par exemple a peut être à voir avec la remise en cause d'un esprit de compétition  se sublimant dans les sports extrêmes, élitistes s’il en est.
Au pays du syndrome d’épuisement professionnel, l’école n'affermit plus les caractères, le péri scolaire a pris la main, les loisirs commandent.
Les Diafoirus de l’éducation proposent d’aller plus loin dans des impasses maintes fois empruntées: le stress des enfants rois serait encore trop élevé d’après eux, alors que la désinvolture et l’indifférence ne sont guère pourchassées. Ces ravis de la crèche prônent la multiplication de situations ludiques, en groupe bien entendu, et autres îlots bavards.
On n’a jamais autant chiffré nos appréciations envahissant toutes nos relations commerciales, sociales, depuis que l’école a abandonné les notes. Les classements y sont prohibés et des couleurs pastel remplacent les chiffres, les examens ne disent plus rien. 
La bienveillance, de la même eau que « le pas de vague » qui masque les violences, serait bienvenue pour accompagner des diagnostics où les verdicts, donneraient lieu à des corrections sans drame. 
« Évaluer, c'est créer : écoutez donc, vous qui êtes créateurs !
C'est l'évaluation qui fait des trésors et des joyaux de toutes choses évaluées. » 
Nietzsche

jeudi 17 septembre 2026

Le marché de l’art sous l’occupation. Chambon- sur- Lignon.

Au Chambon-sur-Lignon, village des Justes, la visite de l’exposition consacrée au marché de l’art entre 1941 et 1944 éclaire un présent où l'antisémitisme reprend vigueur.
«  Adolf Hitler plaçait la forme au cœur du système et non parmi les accessoires »
 
Emmanuelle Polack
Au-delà des galeries, des salles de ventes, l’enjeu culturel, politique était essentiel pour l’idéologie nazie aidée par le gouvernement de Vichy qui a persécuté les juifs, les a spoliés, pillés. Leur exclusion de la vie sociale préfigurait leur élimination physique.
Pendant cette période, les salles des ventes à Nice ou à Drouot à Paris sont très animées dans un marché « euphorique » : « plus de deux millions d'objets d’art » vont y transiter.
Le parcours muséal commencé par les critiques virulentes concernant l’ « art dégénéré »,
se poursuit par l’évocation du destin de Berthe Weil
ou Paul Rosenberg, galeristes défricheurs de l’art moderne.
Cubistes, fauves et surréalistes étaient ridiculisés, 
ils enrichiront  parfois ceux qui les ont vilipendés.
Les démarches complexes pour en arriver à la restitution des œuvres sont développées autour  du « Portrait de jeune fille assise » de Thomas Couture appartenant à Georges Mandel (né Louis Rothschild) ancien ministre assassiné en 1944.
La toile a été retrouvée en Allemagne en 2012, dans la collection du fils d'un puissant marchand d'art pendant la guerre.
L’histoire de l’art voyage dans les fourgons de l’histoire avec un grand « H ».
Et il se trouve que parfois le droit arrive à avoir raison grâce aux obstinés de l'engagement du côté de l’humanité, de la justice et de la beauté.