Leurs échanges nourrissants, bien écrits, permettent d’aller
au-delà des contrastes entre droite et gauche, individuel et collectif.
L’un vient d’un climat « continental sec »,
l’autre du « tropical humide ».
Ils connaissent bien ceux qui s’approprient le rôle de « procureur du passé » et les « inquiets de l’avenir », ceux
qui « se contentent du monde et ceux
qui rêvent de l’augmenter. »
Pleinement dans les débats du siècle, ils donnent à partager
une culture venue de loin dans le temps et l’espace et nous nous régalons.
J’avais déjà établi de nombreux liens avec le grognon
retrouvé chaque fois avec jubilation,
et chroniqué quelques livres du solitaire omniprésent sur
les écrans et les écrins de papier.
« Les rivalités
politiques ne s’expriment plus par un choc de Titans sur un champ de bataille.
Elles infiltrent le corps individuel et social, la santé, le média (vous le
savez mieux que quiconque). Elles percolent dans le réseau social, les
systèmes administratifs, économiques, électroniques. Les Erinyes*
s’immiscent. »
Faut-il souligner le respect qui n’empêche pas l’ironie
entre les deux hommes de générations différentes mais aux intelligences
accordées ?
« Le salut de nos
semblables ? C’était un peu trop large.
Mais heureusement, on
rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat. »
Et même si des questions posées par l’un demeurent sans
réponse, c’est qu’il y a tant à partager, à argumenter.
« Je distingue
la technique de la technologie. La première prolonge ma main pour répondre à
mon désir. La seconde arraisonne mon esprit pour devancer mes besoins. »
86 pages précieuses.
* Erinyes : «
Déesses infernales » mythologiques.