Au Chambon-sur-Lignon, village des Justes, la visite de l’exposition consacrée au marché de l’art entre 1941 et 1944 éclaire un présent où l'antisémitisme reprend vigueur.« Adolf Hitler
plaçait la forme au cœur du système et non parmi les accessoires »
Emmanuelle PolackAu-delà des galeries, des salles de ventes, l’enjeu
culturel, politique était essentiel pour l’idéologie nazie aidée par le
gouvernement de Vichy qui a persécuté les juifs, les a spoliés, pillés. Leur
exclusion de la vie sociale préfigurait leur élimination physique.Pendant cette période, les salles des ventes à Nice ou à
Drouot à Paris sont très animées dans un marché « euphorique » :
« plus de deux millions d'objets
d’art » vont y transiter.Le parcours muséal commencé par les critiques virulentes concernant
l’ « art dégénéré »,
se poursuit par l’évocation du destin de Berthe Weil ou Paul
Rosenberg, galeristes défricheurs de l’art moderne.
Cubistes, fauves et surréalistes étaient ridiculisés,
ils
enrichiront parfois ceux qui les ont
vilipendés.Les démarches complexes pour en arriver à la restitution des
œuvres sont développées autour
du « Portrait de jeune
fille assise » de Thomas Couture appartenant à Georges
Mandel (né Louis Rothschild)
ancien ministre assassiné en 1944. La toile a été retrouvée en Allemagne
en 2012, dans la collection du fils d'un puissant marchand d'art pendant la
guerre. L’histoire de l’art voyage dans les fourgons de
l’histoire avec un grand « H ».Et il se trouve que parfois le droit arrive à avoir raison grâce aux obstinés de l'engagement du côté de l’humanité,
de la justice et de la beauté.

