Après sa sortie de prison, il va expier sa faute en essayant
d’entrer en amitié avec un autre jeune homme nommé Chamseddine pour le sauver de
sa situation de « dominé » comme il a pu s’excuser lui-même de son
crime après avoir adopté les thèses de Bourdieu.
« Un fait dit
Durkheim, n’est jamais individuel. C’est un fait social, collectif, dont les
causes sont à chercher non pas en moi, mais hors de moi. »
Voici comment l’assassin de Chamseddine interprète le
passage :
« Non tu n’as
pas à endosser la pleine responsabilité de tes actes se dit-il en se crémant la
nuque de son baume au gros thym. Et si tu es coupable, c’est au pire, d’un
délit d’association de malfaiteurs où tes complices s’appellent Dieu, tes ancêtres,
ta famille, le hasard, la société, etc… »
Une écriture chatoyante, ironique, aborde en profondeur les sujets qui
nous taraudent à travers une galerie de portraits amusants et tragiques où les
tics de langage, les slogans publicitaires, les thèses sociologiques les plus
baroques se révèlent à l’acide.
« Quatre mois
après sa sortie de prison, il entre avec une secrète horreur au conseil
syndical de son immeuble. Objectif : se faire accepter comme l'un des leurs,
respecter les formes, mimer une bienheureuse soumission à l'ordre rétabli,
écrit-il doctement dans son journal intime, avant d'ajouter, moins doctement :
« Ton modèle : Diego de La Vega, virtuose de la taqîya en chemise à jabot,
licencié en feinte mollesse vaillante veulerie, héroïque obséquiosité. »
Le personnage principal passera de héros de l’auto-défense au
banditisme, de la Haute Loire, à un immeuble dans le Marais et jusqu’à Miami,
de la Twingo à la Lamborghini, de la soumission à un lecteur de Tiercé magazine
à l’avilissement au pied de son « dominé ».
490 pages allègres, divertissantes et stimulantes
intellectuellement : que demander de mieux ?La « gravitude » tourne à la comédie dans cette
satire jubilatoire toute en finesse et clins d’œil où les woke en prennent
plein le nez, les crypto monnaies sont ridiculisées comme le milieu
médiatique que l’auteur journaliste au Nouvel Obs connait intimement.
Tout
comme nous avec nos contradictions : lucides dans les constats et
tellement pusillanimes dans nos procrastinations, nos mauvaises consciences en passeraient pour de l’honnêteté.

