La conférencière devant les amis du musée de Grenoble a
choisi dans l’œuvre protéiforme du peintre allemand ce qu’il devait aux
sciences et aux technologies.En photographiant sa femme, « La
lectrice », il avait dialogué avec la peinture classique,
« La
liseuse » de Vermeer,
« Table » est inaugurale : le flou devient sa marque de fabrique dans son dialogue croisé entre photographie et peinture. La réalité devient ambiguë sous le solvant.
Ses portraits, résurgences dans le milieu abstrait du pop
art dont les figures humaines venues des publicités du cinéma se produisent en
série. Comme Roy
Lichtenstein, « Allan Kaprow portrait » ou Warhol : « Ethel scull thirty-six times » à partir de
photomatons, son « Portrait Schmela » est
multiple. « Huit étudiantes infirmières » avaient été victimes
d’un tueur en série.Dans le « Diptyque Marilyn » de Warhol peint quelques semaines après
la mort de Monroe,
on ne retient souvent que les couleurs de la vie,
mais des
effets de dégradation évoquent la fragilité, l’effondrement.La photo-peinture aux contours atténués d’« Ema
(Nu sur un escalier) »,
s’établit en tant que référence
critique dans un genre universel, « Nu descendant l’escalier »
de Duchamp,
lui-même inspiré des chronophotographies d’Etienne-Jules Marey.
« Sortir de son
halo l’objet en détruisant son aura, c’est la marque d’une perception dont le
sens du semblable dans le monde se voit intensifié à tel point que, moyennant
la reproduction, elle parvient à standardiser l’unique. » Walter
BenjaminLa peinture d’histoire n’est plus héroïque depuis « Guernica ».
En 1988, Richter réalise une série intitulée « 18 Octobre 1977 » dont
« Morte » et la plus grande « Enterrement »
évoquant l’évènement qui traumatisa l’Allemagne après le suicide des leaders de
la Faction Armée rouge dite Bande à Baader retrouvés morts dans leur cellule de
la prison de Stuttgart.
« Ces peintures révèlent de façon choquante que
la peinture est morte, incapable de transfigurer les événements, de leur donner
du sens. » Stefan Germer, historien de l’art Il faut de la bonne volonté pour voir une
correspondance
avec « L’enterrement à Ornan » de Gustave Courbet.Gerhart Richter étudie l’imagerie
scientifique, « Première vue » reproduisant un atome à une échelle
nanométrique.Pour les quatre tableaux de la série « Silikat »,
l'élément le plus répandu à la surface de la terre, le degré de netteté varie.
Ce
fragment infinitésimal de la réalité comporte des structures abstraites.
Dans ce dilemme entre abstraction et réalisme, trace et empreinte,
une des significations du mot « mimesis » peut apporter quelques nuances
quand « Il ne s'agit pas de
reproduire l'apparence du réel, mais d'exprimer la dynamique, la relation
active avec une réalité vivante », à ne pas confondre avec mimétisme.Il développe les « Nuanciers »,
d’une façon aléatoire. « 1024 couleurs ».En 2011, reprend un de ses tableaux « Abstract
Painting » où il avait joué du racloir et à l’aide d’un logiciel extirpe, parmi les différentes
couches de pigment ,8190 bandes pour la série « Strip ».Dans la cathédrale de Cologne dont la construction a duré
632 ans, monument le plus visité de toute l’Allemagne, ses vitraux ont remplacé
ceux qui ont été détruits durant la seconde guerre mondiale. Ils sont composés
de 11 263 carreaux de verre de 72 couleurs, placés au hasard.
« Je n'obéis à aucune
intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n'ai ni programme, ni style,
ni prétention. J'aime l'incertitude, l'infini et l'insécurité permanente. »
