Comme mes mots même dithyrambiques ne pourront être à la
hauteur, je reproduis la quatrième de couverture qui m’a paru honnête, forte, fidèle au livre.
« Un jour, grand-père
m’a dit que j’étais un enfant de salaud.
Oui, je suis un enfant de salaud. Mais pas à cause de tes guerres en désordre, papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil.
Oui, je suis un enfant de salaud. Mais pas à cause de tes guerres en désordre, papa, de tes bottes allemandes, de ton orgueil.
Ce n’est pas ça, un salaud.
Ni
à cause des rôles que tu as endossés : SS de pacotille, patriote d’occasion,
résistant de composition. La saloperie n’a aucun rapport avec la lâcheté ou la
bravoure.
Non. Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue.
Non. Le salaud, c’est l’homme qui a jeté son fils dans la vie comme dans la boue.
Sans trace, sans repère, sans lumière, sans la moindre vérité. Qui a
traversé la guerre en refermant chaque porte derrière lui. Qui s’est fourvoyé
dans tous les pièges en se croyant plus fort que tous, qui a passé sa guerre
puis sa paix, puis sa vie entière à tricher et à éviter les questions des
autres. Puis les miennes.
Le salaud, c’est le père qui m’a trahi. »
J’ai été d’autant plus marqué par ces 330 pages que j’avais tardé à lire une histoire qui remonte une fois encore à la paternité, à la guerre et bien au delà.
J’ai été saisi par l’intégrité de l’écriture, et par la pertinence du montage qui pose en parallèle la douloureuse
révélation du passé d’un père et le procès Barbie dont le compte rendu a valu
au narrateur, journaliste de Libération, le prix Albert Londres de 1988.
J’en étais à apprécier les nombreuses bières que père et
fils partagent ou pas aux abords du palais de justice de Lyon qui permettent
une pause furtive parmi tant de tensions, de récits d’horreur dont les plus
explicites ne sont pas forcément les plus atroces.
Le récit dramatique du départ à la retraite de la mère qui
se tient tellement discrète dans un coin de la pièce constitue un moment de vérité tranchante dans une œuvre consacrée à la
difficile, impossible, transcription de la réalité.
Tout est intense : l’auteur de « Mon traitre »
va à Izieu dans la maison où plus de quarante enfants et leurs éducateurs
furent déportés sur ordre de Klaus Barbie.
« J’ai regardé la
montagne. J’ai posé mes fleurs là, au bord de la route, sur cette tombe qui ne
se doutait pas. Je me suis retourné une dernière fois. La lumière était trop
belle. C’était là. »

