Il cultive notre dignité de citoyen et renforce notre prétention de lecteur, voire
de rédacteur de blog.
Cet essai au souffle entrainant prend vie dans la
contradiction avec un de ses lecteurs qui l’accuse de l’avoir « méprisé »,
usant de ce terme tellement défraîchi qu’il méritait bien quelques 150 pages.
Le très productif écrivain contredit Ernaud la transfuge de
classe, conteste Rose Lamy
et développe une critique pertinente de Bourdieu quant à la
culture légitime.
« La distinction
n’est plus tracée entre le grand art type Beethoven
et l’art mineur à quoi
Gainsbourg assignait la chanson. »
« Le cool a
adopté la culture hip-hop.
Avec condescendance d’abord,
attribuant le label
culture comme on avait fini par accorder une âme aux nègres… »
Il enrichit Camille Laurens :
« Un amateur de
Rossellini qui chante Mike Brandt ne se déclasse pas,
il parachève son
tableau. »
L’ « omnivore culturel » ne se parfume pas de
trop de citations, il les distille avec élégance :
« Je me sens trop
au-dessus d'eux pour les haïr.
Ils peuvent m'intéresser tout au plus jusqu'au
mépris, mais jamais jusqu'à la haine .
Rousseau ne doit qu'à
l'antériorité de son siècle de l'avoir écrit avant moi. »
Il pointe les faux snobismes qui affichent les affinités
coupables avec Sardou ou Rocky et se montre intarissable et drôle sur les
distinctions culturelles, depuis le film avec Bacri « Le goût des
autres » ou à partir de sketchs datés se moquant des lecteurs de Télérama.
« Ma cousine nantaise n’accompagnera pas
son fils à la séance de 14h de « One Piece » » au Pathé de la
Place du Commerce qu’elle appelle encore le Gaumont.
Mon neveu serveur n’a
jamais ouvert un des romans de Robbe-Grillet
que son oncle a compulsivement annotés à son âge. »
Le membre éminent
des Éditions Cause perdue saisit l’air du temps et souligne
quelques obsolescences, même si la subordonnée concernant les vaccins me semble
approximative comme d’autres pétaradantes remarques donnant cependant du peps à
l’ensemble :
« Commercial »,
je ne l’entends plus que dans la bouche de punks poivre et sel enclins à accointer les majors et les labos
pharmaceutiques qui nous ont inoculé le vaccin. »
Moi, boomer dessalé qui joue de la troisième personne, revenu de la Nouvelle vague, qui a tant
aimé « Nous nous sommes tant aimés » sortant guilleret de sa lecture,
ajoute donc son grain de sel, sans vergogne.

