Dans un essai de recension des livres qui émergent encore
dans mes souvenirs, le premier à revenir sera celui que je ne suis pas arrivé à
lire jusqu’au bout, dont le titre «
L’homme sans qualité » était attirant et la notoriété élitiste.
Recommandé par un vrai routard de passage à Douala au Cameroun qui avait
parfumé au haschich les climatiseurs de la popote du centre culturel français,
il répand sur mes années 70 de latérite revêtues quelques effluves de la
vieille Europe.
Si j’évite le recours à la mémoire de mon blog où figurent
quelques centaines d’ouvrages dont certains complètement oubliés, ce sont des
histoires liées à l’objet en papier qui reviennent telle « L’éducation sentimentale » de Flaubert tombée au fond
d’une barque partie pour pêcher au lac de Paladru, sans que je l’ai ouvert,
mais gardant quelques traces d’humidité. Je l’apprécierai bien des années plus
tard après avoir été enthousiasmé par «
Madame Bovary ».
A l’époque des études littéraires en lycée, je préférais San
Antonio et Miroir Sprint à Bergson et Gide bien que posant au milieu de mes pairs avec Sartre ou Camus.
J’avais suivi des recommandations grand-maternelles pendant l’enfance aux
couleurs vertes et roses, mais les beaux volumes de Pierre Loti
m’effarouchaient plutôt et après « Pif le chien » j’accédais à la
littérature par les suites romanesques d’Henry Troyat. Les dictées de
Maupassant m’avaient familiarisé avec un de mes auteurs préférés.
Comme l’académie française au XVII° siècle, je mets la poésie
au plus haut avec les poètes les plus élémentaires Charpentreau et Anna de Noailles … oui Baudelaire.
Les engouements varient et si j’ai accédé à Proust vraiment
tard, mon abus d’adjectifs dans mes articles obstinés doit peut être à Giono
que j’ai adoré avant de l’abandonner et de le reprendre.
Captivé par des rendez-vous radiophoniques à l’accent
méridional, puis renforcé par des films ensoleillés, c’est Marcel Pagnol qui a
enchanté mon enfance, ma vie :
« Telle est la vie
des hommes. Quelques joies,
très vite effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas
nécessaire de le dire aux enfants. »
Régis Debray par son parcours, son style, me parle, comme
Marie Hélène Lafon ou Pierre Jourde dont « Pays
perdu » tapait en plein dans le mille pour exprimer la distance entre
ville et campagne, de préférence au terme « transfuge
de classe » porté par quelques poseurs et une Annie Ernaud dont j’avais
aimé les premiers livres mais pas du tout ses positions récentes, ni ses exhibitions.
Dans le mouvement des idées, j’ai eu à distinguer Pierre
Bourdieu, « La misère du
monde » et « La défaite de
la pensée » d’Alain Finkielkraut comme les approches stimulantes d’ Emmanuel
Todd et Hervé Le Bras dans « L'invention
de la France ».
En la matière je me suis surtout nourri de journaux aimés passionnément avant de m'en lasser : Libération, Télérama,
le Canard Enchaîné, Charlie hebdo, Le Nouvel Observateur,
à moins qu’ils aient
disparu : Politique hebdo, Le Point du jour, Actuel…
Reste Courrier
International et pour m’énerver :
Le Monde.
«
Le petit Prince ».