vendredi 13 février 2026

Poignard.

Une enseignante poignardée, une de plus ; des cellules psychologiques ont été mises en place.
Recherchant si j’avais déjà casé le mot « poignard », je viens de relire un de mes articles qui tourne autour de la sidération d’alors devenue une posture ordinaire :
Nos indignations répétées mettent en relief nos impuissances.
Bougies et marches blanches viennent trop tard pour apaiser les culpabilités et les promesses sont vaines : « plus jamais ça ! »
L’incantation dérisoire rejoint les revendications rituelles de plus de postes d’infirmières pour les guérisseurs de gauche et de policiers pour les justiciers de droite.
Les autres, la société, le Président sont rituellement accusés, alors que des adolescents, aussi souvent infantilisés que jugés aptes au vote de plus en plus précocement, étaient au courant des intentions de l’agresseur et se sont tus.
« On n’est pas des balances ! » 
La loi de l’omerta n’est pas qu’une spécialité corse, elle a gagné la mal nommée « communauté éducative » à laquelle les élèves ne font plus confiance. Cette conjugaison au présent appelle un bémol puisque des exhumations récentes du passé de certaines institutions recevant des enfants justifieraient pour le moins quelque méfiance.
Dans le même déni que celui des déficits budgétaires, le refus d’envisager une responsabilité d’individus réfugiés dans un silence complice, est dommageable.
Quand 364 armes blanches ont été saisies en quatre mois lors de contrôles inopinés autour des collèges, le respect de la vie humaine devient un souvenir de catéchisme obsolète.
Il n’y a pas qu’autour des points de deal où se règlent des comptes pour quelques centaines d’€uros que le pronostic vital de notre humanité est engagé.
Le réel, tranchant comme un couteau, a disparu derrière les écrans, l’au-delà des fictions a pris le pas sur la vie d’ici bas. Les cris de l’extrême gauche ou le silence cauteleux de l’extrême droite cachent une dépolitisation, une déresponsabilisation de la société. Bien qu’une telle globalisation éloigne toute solution effective.
En scrollant entre deux recettes pour préserver notre santé et rétablir peut-être des capacités d’attention que nous savons amenuisées chez les adolescents et plus encore chez les mous du bulbe que nous sommes devenus, nous les anciens des écoles écroulées : il convient de diminuer notre temps d’écran.
Mais cibler le symptôme de nos addictions ne résoudra pas le délitement du lien social qui serait mis en danger par de telles injonctions. En mettant les phones au placard, des fauves pourraient se déchaîner, des silences s’installer, des fraudes devenir salvatrices…
Alors pour ne pas fâcher jusqu’à deux générations de mes descendants,  je me contenterai de ces quelques réflexions sous verre qui n’ont même pas l’excuse d’une élégante originalité.
Brasseur de mots usés, il est heureux que ceux-ci ne marquent plus guère, je risquerai d’en croiser qui me feraient rougir. 
Je ne me console même pas en m’interrogeant : les puissants sont-ils si puissants ? Bien des Jupiter ont été plutôt entravés comme Prométhée, empêchés pour le pire et le meilleur par des normes éprouvantes et des lois protectrices. 
« Un téléphone portable sur dix est volé dans l’année : 
 les agresseurs sont généralement sans mobile. »
Laurent Ruquier.

jeudi 12 février 2026

Anvers # 3.

Nous ne faisons que passer devant l’église Saint Paul en réfection et donc fermée que notre livre, vantait  pour son calvaire dans son jardin intérieur.
Déçus, nous nous déplaçons au n°11 de la Stoelstraat  où,
résiste la plus ancienne maison à façade de bois bâtie en 1480, classée et remarquablement entretenue.
De nouveau, nous nous heurtons à une porte fermée pour accéder à une tour Pagadder ; malheureusement  pour nous, elle se situe derrière la grille d’un porche privé, dont l’interphone ne nous permet pas l’accès. Nous apprenons juste qu’il s’agit de tours d’observation pour les officiers espagnols du XVIème  siècle appelés « pagadores », tours dans lesquelles ils entreposaient les vêtements et la nourriture affectés aux soldats.
Nous voici arrivés maintenant  à la grande place, Grote Markt.
Nous nous tournons vers l’hôtel de ville construit au XVIème siècle, 
soit l’âge d’or d’Anvers. Trois blasons ornent la façade. 
Ils correspondent  à trois périodes historiques successives : le duché du brabant (1106-1795), le blason du roi d’Espagne (XVIème, âge d’or de la ville) et le Margravat d’Anvers (avec l’aigle bicéphale germanique).
Se détachent aussi des statues d’une vierge trop grande pour sa niche entourée par deux  allégories, la Justice et la Prudence. Face au Stadhuis une place triangulaire s’étend à la mode du peuple Franc.
Les maisons des guildes et des corporations la bordent, placées sous la protection de leur saint patron  apparaissant sous forme de statue dorée au sommet des toits comme par exemple, Saint George saint patron des arbalétriers.
Au XIXème siècle la place s’enrichit d’une fontaine en bronze monumentale. Cette  fontaine dite  de Brado se réfère à l’un des héros légendaires anversois.
Brabo débarrassa la ville d’un géant qui taxait les bateaux ; quand les marins refusaient de le payer, il leur coupait la main qu’il jetait dans les flots.
Alors Brabo appliqua la même pénitence au géant. Hand werpen : traduction main coupée serait à l’origine de Antwerpen, le nom flamand d’Anvers.
Près des pouvoirs civils, politiques et économiques, ne se trouve jamais bien loin le pouvoir religieux. La richesse acquise par des commerçants prospères eut des retombées logiques sur la cathédrale Notre Dame.
Partie d’une petite chapelle au IXème siècle, elle s’embellit et s’agrandit, devint la cathédrale de style gothique brabançon la plus élevée des Pays Bas.
Mais elle subit les mauvais traitements d’abord des protestants, 
et ensuite des révolutionnaires français.
L’entrée payante donne droit à un fascicule simple et bien fait.
Outre les bijoux de la cathédrale, celle-ci détient  plusieurs œuvres d’art  anciennes et modernes : quatre tableaux de Rubens dont 3 triptyques rendus par la France en 1816  constituent l’attraction  principale de l’église :
Ils représentent l'« Erection de la croix »,
 la « Descente de croix » (à son emplacement d’origine)
l'« Assomption de la Vierge » (à son emplacement d’origine derrière l’autel)
et la « Résurrection du Christ » plus petit que les autres, 
moins apparent car placé dans un coin d’une chapelle. 
Quatre autres tableaux d’autels dédiés aux guildes et métiers au XVIème siècle, apparaissent symétriquement dans la nef centrale. Peints par des précurseurs de Rubens, ils racontent des sujets bibliques facilement reconnaissables. 
Quatre artistes contemporains créèrent à leur tour une pièce pour le sanctuaire.
Le plus  spectaculaire est « l’homme qui porte la croix » de Jan Fabre. L’artiste s’est représenté grandeur nature éclatant de dorure portant à bout de bras une croix en équilibre.
Javier Perez  propose « Corona »
une couronne d’épines en verre de Murano posée sur un coussin rouge, 
Sam Dillemans peint une descente de croix en hommage à Rubens, 
De profondis de Enrique Marty annonce un après monde dans 2 petits tableaux encadrés montrant une église envahie par un arbre  et une église colonisée par des oiseaux avec un enfant.
Dans une chapelle, les fidèles peuvent honorer la sainte patronne de la cathédrale. Une statue de Vierge habillée richement recueille leurs prières, leurs vœux  leurs confidences concrétisés par des rangées de bougies.
Toutes ces œuvres bénéficient d’un écrin pimpant, clair car repeint en blanc bien que certains endroits (peu) conservent leurs anciennes couleurs. Des fresques décorent  parfois voûtes et lanterneaux. Nous jetons un œil au sous-sol, où reposent des sarcophages en briques avant de nous éclipser.

mercredi 11 février 2026

Chagall, un cirque en plein ciel. Damien Capelazzi.

Le cycle de conférences consacré aux collections du musée de Grenoble par les Amis du musée de Grenoble permet de réviser Chagall et « Songe d’une nuit d’été » en le survolant (forcément), tant l’œuvre de Moïche Zakharovitch Chagalov dit Marc Chagall est riche. Shakespeare y est revisité de même que le péché originel où « la femme ne serait plus l’instigatrice de la Faute mais l’otage du désir animal de l’homme ».
Après l’exposition de 2011, il y a encore à apprendre.
Chagall  est né en 1887 à Vitebsk en Biélorussie où il va à l’école russe, sans en parler la langue. Il suit les cours de l’école juive dans la tradition hassidique : 
«  Dieu se révèle dans la beauté du monde ».
« Au heder »
Léopold Stefan Horowitz
.
 
Léon Bakst
, auteur des décors:
« Après midi d'un faune » et costumes
pour les ballets russes de Diaghilev, fut son maître.
Il passe par « La Ruche » dans le quartier Montparnasse 
et fréquente ceux qui veulent « briser le compotier » comme disait Cézanne.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2022/11/les-mousquetaires-de-montparnasse.html
« A la Russie, aux ânes et aux autres »
entremêle animaux et humains, 
l’iconographie traditionnelle, l’inventivité cubiste 
et illustre une expression juive : « une tête dans l’espace » pour célébrer la fantaisie.
« L'autoportrait aux sept doigts » le représente en train de peindre le tableau précédent en illustrant encore une expression mettant en valeur l’usage de facultés rationnelles et irrationnelles.
Il joue des facettages cubistes sans être affilié à une école :
« Golgotha »,
« Le violoniste »
interprète une musique klezmer dans le genre 
« Ah si j’étais riche » par Ivan Rebroff.  
« Le sol qui a nourri les racines de mon art, c'est la ville de Vitebsk, mais ma peinture avait besoin de Paris, comme un arbre a absolument besoin d'eau pour ne pas se dessécher. » 
« La Promenade »
célèbre son union avec Bella Rosenfeld
Est ce que plus rien ne compte pour les amants aux corps spiralés alors que d’autres interprétations évoquent son enthousiasme envers la révolution bolchevique ?
Devenu « commissaire aux beaux-arts », Malevitch le « suprématiste » l'évince. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2019/12/malevitch-le-supreme-eric-mathieu.html
Il réalise
 « La petite boîte de Chagall », des peintures murales pour le théâtre .
Après Moscou, il expose à Berlin et revient à Paris.
 « Le cirque ».
« Marc, Bella et Ida sa fille »
.
Le « rêveur conscient » n’adhère pas non plus au groupe surréaliste.
 
« L'anniversaire »
Il illustre « Les âmes mortes » de Gogol, les fables de La Fontaine:
« Le loup et la cigogne ».
Il estime que la bible est la plus grande source de poésie de tous les temps.
1938, l’année de « la nuit de cristal », « La  Crucifixion blanche » ajoute à l’aperçu des persécutions des juifs pendant la guerre civile russe, la prémonition de la Shoah. 
Un « tallit », châle utilisé pour la prière juive, remplace le périzonium de Jésus, son pagne.
« Le Paysage bleu »
, Bella meurt en 1944 à New York où ils se sont réfugiés. Il ne produit plus pendant un an mais le théâtre lui redonne du souffle. 
Rideau pour « La Flûte enchantée ».
« Chagall n’est pas un explorateur des bas-fonds de l’âme: 
c’est un arbre aux racines profondes dont les fruits ont la couleur du soleil ». 
Le père Couturier l’avait convaincu de réaliser des vitraux au plateau d’Assy, 
à Metz, à « La cathédrale de  Reims ».
Il peint le plafond de l’opéra pour Malraux. 
En 1985, il meurt à Saint Paul de Vence, il a 98 ans.