vendredi 25 septembre 2026

Schnock. N°59.

La revue rejoue la bande sonore des années 80 avec un numéro consacré à France Gall & Michel Berger. « Ella, elle l’a » (135 M d’écoutes).
Didier Barbelivien avait choqué l’auteur de « La groupie du pianiste » en reconnaissant qu’il composait comme lui de la musique sur l’ « Anatole » (suite d’accords très courante), pour des chansons qui accompagnèrent une époque hédoniste, « Viens je t’emmène »,voire euphorique, «  Diego libre dans sa tête » comme l’expert Yves Bigot  les caractérise.
Des interviews recomposées ou redécouvertes de Berger & Gall ,enrichis par leur rencontre, sont complétées utilement par des entretiens avec Bernard Bosson, producteur de Starmania
et de son accompagnateur devenu son confident, Serge Pérathoner.
Dans le classement alphabétique menant de « BD » (japonaise) à « The end », apparaissent des panoplies de poupées ressemblant à France Gall pour « Mademoiselle âge tendre », ainsi que Claude François, Julien Clerc, Jean Luc Godard...
Puisque « L’amour est bizarre », il fallait plus d’un paragraphe pour que Véronique Sanson dévoile si peu de son jardin secret, elle qui fut la première des blondes préférées de l’auteur de du « Paradis blanc »  
Au cours des articles à l’écriture soignée, signe de désuétude, des expressions rares ponctuent les 178 pages, pour des parfums « à épaulettes » des années 80, ainsi lorsque « Poison » réplique à « Opium » : 
« La dimension solaire de la fleur est tamisée par une facette ambrée et boisée,sa volupté arrondie d’effets miellés. » 
Nicole Calfan, la compagne de Jean Yanne, ressort de l’oubli : 
« Sur « Le casse », Omar Sharif me couvrait de camélias tous les soirs » 
Les pantalons Karting, Kinder surprise et le Club Med figurent parmi les publicités remarquables de 1976, alors que les bas Dim comme Dimanche, dont la musique « Tatatatatata » m’enchanta, ont droit à un hommage particulier.
«  Salut les petits clous » introduisait le top 50 avec Marc Toesca.
En 86 au Mexique se refermaient les années Platini.

jeudi 24 septembre 2026

Cadrage-débordement.

Sous ce titre extrait du vocabulaire rugbystique, je persiste dans le mélange des genres pour évoquer les institutions muséales en essayant de cerner au-delà des dorures classiques alourdissant jusqu’aux fulgurances impressionnistes, tout ce que les pinceaux et les ciseaux nous apportent dans nos rapports à la modernité, aux presciences des artistes.  
Bien que je me demande s’il est de saison de reconduire une rubrique hebdomadaire intitulée « Beaux arts » quand la notion d’harmonie, de joliesse, d’excellence, tendent à disparaître de nos lexiques ? 
Entre le robot gouverné par l’IA et le bobo extasié devant une banane collée au mur, le beau a du mouron à se faire.
Comme je récapitule mes fondamentaux en musique, littérature ou cinéma, j’essaye de retenir quelques images, avant de reprendre les compte rendus de conférences données devant les amis du musée de Grenoble. Les zooms sur les plafonds de la Sixtine sur grand écran y sont plus confortables que les cous dévissés parmi les foules vaticanes.
Au-delà de l’histoire de l’art, se révisent les fondamentaux de notre civilisation : les mythologies grecques, romaines, chrétiennes et au-delà. Du temps où la peinture d’histoire était la plus prestigieuse, des échos nous parviennent d’un passé affronté à nos préoccupations d’aujourd’hui à travers l' évolution des formes, et la nature des emballages. 
Marcel Duchamp en 1919 se tint au tournant : « L.H.O.O.Q. », la Joconde. La première guerre  inaugura le XX° siècle, elle venait de finir. L’esprit potache va gagner, à peine altéré par les phraseurs aux absconses paroles affichées dans des FRAC désertées.
Cet art contemporain se joue dans des salles immaculées sans personne alors que ses provocations devraient interroger plus largement.
Par contre Ernest Pignon Ernest réussit par ses traits d’un classicisme absolu à réconcilier la tradition et la modernité. Il se défend d’être le père du « Street Art » bien que ses œuvres à 
l'emplacement minutieusement choisi aient pu concerner le premier passant venu, la dernière chaisière, aussi bien que ses nombreux admirateurs dont la mémoire garde le souvenir de ses collages voués à ne pas persister. 
Tirés sur du papier ordinaire leur force est à la hauteur de leur modestie. 
L’art populaire se retrouve sur les pignons, trompe-l’œil et autres fresques virtuoses, à ne pas confondre avec les tags égotiques agressant les propriétaires des murs. Les porteurs de bombes à peinture salopent les constructions des autres, imposent leurs couleurs, hâtent l’obsolescence des ponts, des usines, des commerces, appellent à l’indifférence des regards.
Que serait le noir sans Le Caravage et Soulages, un plongeon qui aurait oublié Hockney, une caresse qui ignorerait la légèreté de marbre du Bernin… ?
Les «  Glaneuses » de Banksy au Bristol City Museum me ravissent. Ainsi 
dans des musées sans cesse en recherche, les œuvres contemporaines peuvent réveiller les scènes du XIX° transpirant leur goudron, en soulignant l’intensité des touches, les lumières capturées, l’expression des éternelles passions humaines.    

mercredi 23 septembre 2026

Aux alentours de Saint-Agrève # 3

Saint-André-en-Vivarais 
Au hameau des Ruches, la modeste maison restaurée de la Béate datée de 1868 surmontée d’une cloche est ouverte pour les promeneurs
et donne une idée de la vie de jeunes filles ou veuves qui instruisaient sommairement les enfants, enseignaient le catéchisme et apprenaient la dentelle aux femmes de la communauté.
Elles habitaient à l'étage, au dessus de la salle de classe et d’assemblée.
Nourries, logées, venant du Puy-en-Velay elles assuraient depuis le XVIIe siècle une présence catholique face à la religion réformée.
Le château de Montivert
a succédé à un château féodal aujourd’hui disparu. 
Son allure moyenâgeuse date du XIX° siècle.
Au moment où nous l’avons vu, le parc était ouvert mais l’entrée de la bâtisse comportant 158 portes et 110 fenêtres était fermée.
Nous n’avons pas pu compter parmi les 10 000 visiteurs qui le visitent chaque année mais avons enregistré qu’il possède 64 pièces et offrait pour l’époque un confort d’avant-garde.
Serrières
.
Au bord du Rhône, le petit musée des Mariniers et de la batellerie est installé dans l’ancienne église Saint-Sornin aux belles peintures murales.
Des maquettes, des objets significatifs témoignent de la vie des équipages au XVIII et XIX ème siècle dans cette
 étape importante entre Arles et Lyon pour les bateaux halés par des chevaux,
Les croix des mariniers sont remarquables. Les symboles de la Passion peuvent se lire aussi comme les attributs de la profession de ceux qui se distinguaient des« gens d’à terre ». 
Ils vivaient sur le fleuve entre « Empi » et « Riaume ».  « L’Empi », c'était le Saint Empire Romain Germanique côté Isère et Drôme, « le Riaume » côté royaume de France, le Vivarais.
« Pique à l'Empi et bute au Riaume! » se disait plutôt que « babord et tribord ».
Dans le clocher de l'église au plafond en "cul de barque" 
sont entreposés les « mandulons »( amandes séchées), quatre corps momifiés provenant sans doute d'une fosse commune au 17ème siècle ( non accessible au public). 
A proximité, des gradins au bord du bassin de joutes peuvent accueillir jusqu’à 4000 personnes.  

mardi 22 septembre 2026

HP et Giuseppe Bergman. Milo Manara.

Ce retour vers les années 80 ne s’avère même pas cruel tant parait creux le scénario qui joue avec le narrateur pour ne même pas masquer les impasses, les facilités d’une recherche d’aventures insignifiantes saupoudrées vers la fin de fantastique herméneutique en toc.
Les jolies femmes vues à Venise ou sur l’Orénoque toujours prêtes à baisser culotte en arrivent même à créer le malaise.
Si la pudibonderie d’aujourd’hui me navre, la mise en scène démodée de femmes dénudées sur presque chaque page, parmi une centaine, perd de son érotisme parmi beaucoup de situations artificielles, alors que dans d’autres albums le charme peut opérer.  
Une recherche datée de la liberté, de l’accomplissement personnel avec guérillero d’opérette, indiens décoratifs, vapeurs de haschisch, pieds fourchus, n’était qu’un rêve traversé de cauchemars aboutissant dans un bureau de bienfaisance, comme on ne dit plus.
Quant aux sketches d’un autre album d’une cinquantaine de pages  « Candide caméra » présentés comme une critique de la télé réalité, l’énoncé du thème de la première séquence suffit à situer le niveau : 
« une caméra cachée qui filme des femmes qui veulent bien se déshabiller dans la rue pour de l'argent. »

lundi 21 septembre 2026

Fjord. Cristian Mungiu.

Cinq enfants sont retirés d’une famille roumano-norvégienne très pieuse par les services sociaux norvégiens, suite à des ecchymoses découvertes en cours de gymnastique sur l’ainée des enfants.
Les commentaires autour de la palme d’or 2026 confirment les difficultés à dialoguer que le film de deux heures souligne.
Les questions posées sont pourtant fondamentales à propos de la laïcité, des idéologies, de l’amour. Comment se définissent la violence, la liberté, les contraintes...?
Mais le débat concernant la neutralité du créateur est aussi vain que de prétendre à l’objectivité pour un journaliste ou de discutailler du sexe des anges au moment de la prise de Constantinople.
Les meilleures intentions du monde au sein d’une démocratie avancée si pures et généreuses se heurtent aux convictions tout aussi ancrées d’une famille où la prière est plus naturelle que You tube. 
A partir d’une histoire qui avait défrayé la chronique, les termes civilisationnels ainsi posés dépassent l’opposition entre progressistes et traditionalistes bien que la présence d’un grand-père alourdisse un débat déjà passionnant.
La parole des enfants après avoir été ignorée est maintenant sacralisée et l’instituteur que je fus regarde consterné les statistiques concernant les maltraitances envers les petits: 
combien de signalements aurais-je manqué ?   
Puis-je me demander par ailleurs combien de coups de pieds au cul se sont perdus ? 

dimanche 20 septembre 2026

Musiques.

Il semble que les chansons restent quand on a tout oublié, alors pour moi «  Le petit bal perdu » accompagnera «  Les amants de saint Jean » quand «  La mémoire et la mer » recèlera encore quelques paroles énigmatiques. 
Redonnez moi tout Brassens du « Marché de Brive la Gaillarde » à « La supplique pour être enterré sur la plage de Sète » et Souchon rêveur, «  Le marin ». 
Je m’en voudrais d’échapper au son des émotions populaires avec « I Will Survive » de Gloria Gaynor pour la France du foot bleu, blanc, beur de 98, une des rares dates non oubliée et seules paroles anglaises retenues. Le titre catalan « L’estaca » hymne des supporters de l’USAP ( Perpignan) me branche du côté d'intimes amateurs de rugby.
Je me souviens d’avoir sonorisé des manifs avec «  Rien n’est plus beau que l’autogestion » de Font et Val, avant de trouver bien sommaire : « Tous ensemble, tous ensemble ». 
« La Marseillaise »  au cinéma dans les blés de Wajda ou « Bella Tchao » dans un autobus sur les routes du Vercors m’ont fait dresser les poils.  
« L'air du génie du froid » de Purcell pareillement, quand pour des adieux « La pavane » de Fauré convient mieux en plus discrète mais pas moins poignante depuis qu’elle me transperça à la fin d’un film de Depardon à propos de la fin des paysans. 
Quand ma patte sera prise dans le piège, un sursaut d’orgueil me ferait choisir «  La mort de l’ours » de Félix Leclerc, successorale bien que très téléphonée.
C’est que la poésie qui précédait chaque journée dans mes classes ne se retrouve plus guère qu’aux enterrements, quand les paroles râpeuses oublieuses des mélodies n’ont gardé que des pulsations dans leur flow avant que se taisent les pipeaux.

samedi 19 septembre 2026

San-Antonio chez les Mac. San-Antonio.

Au pays de Walter Scotch, nous rencontrons Mac Hantine, Mac Heusesche, Mac Orniche, Mac Herrel … et retrouvons de potaches souvenirs de lecture « poilante » comme on disait dans les années 60 du siècle d’avant.
De familières images ne déçoivent pas avec monstre lacustre, whisky en fût, château et fantômes, all inclusive, 
«  avec dans le rôle principal le fameux commissaire San-Antonio, l’homme qui n’a peur ni des mouches ni des guêpières. » 
Sa scolarité n’a sûrement pas remis en question une inébranlable confiance en lui : 
« Moi j’en connais un, un gars presque aussi bien baraqué que moi et presque aussi beau qui est marida avec une maigreur tellement maigre que quand elle marche on a l’impression qu’elle tricote sa jupe. »
L’intrigue perd en suspens quand le héros est tellement infaillible : 
« Gagné San- Antonio ! Ton esprit de déduction, ta vaste intelligence, ton génie d’enquêteur, toutes ces brillantes qualités jointes au courage le plus calculé, ton intrépidité, ta justesse de vue, ta modestie aussi (n’ayons pas peur des maux), t’ont permis une fois de plus de renverser les obstacles, et les situations, de scier les embuches. »
Mais la littérature s’en retrouve ragaillardie avec ses jeux d’accumulation, la richesse du lexique où reviennent des mots qui ont aujourd’hui la saveur d’un vin de garde auquel on pardonne d’être un peu éventé, comme se permet de juger l’édenté de service.