Entre 1940 et 1945, Berlin, a subi des centaines de raids
aériens qui ont détruit la moitié des bâtiments de la ville et causé la mort de
20 000 à 50 000 civils. La paix revenue sur la ville partagée, une
reconstruction critique stimulée par les modernistes se met en place. Le Kollektiv Plan de Hans Scharoun avec par
exemple une séparation des zones d'activités (logement, travail,
loisirs) n’a pas été retenu, mais a marqué les propositions à venir. Egon Hartmann côté Est voit son projet réalisé
pour la « Karl-Marx-Allee », « les allées du luxe
prolétarien » hommage au style néo classique du XVIII° siècle. Il
remportera d’autres concours à l’Ouest. Suite à l'exposition internationale « Interbau »
en 1957, des architectes de tous pays apportent leur contribution dans le
quartier de la Hanse Walter Gropius et ses balcons concaves,les pilotis en « V » d’Oscar Niemeyer. Les logements de Le Corbusier sont construits près du stade
olympique.Le palais des congrès, devenu « Maison des cultures du
monde » de Hugh Stubbins édifié avec un mauvais béton a été reconstruit sous la même forme qui lui a valu le
surnom de « l'huître enceinte ».Le célèbre « café Kranzler »
depuis le XIX° sur l'avenue Unter den Linden, reconstitué à l’ouest, est devenu
emblématique. « Les quatre zones
d’occupation » sont délimitées à partir de 1961. En 1989, le mur tombe, il n’avait
pas empêché 3 millions de personnes de quitter l’Allemagne de l’Est.La nouvelle église à côté de « l'église du Souvenir »
de l'Empereur Guillaume, « le poudrier et le rouge à lèvres », comporte 21 000
vitraux conçus par le maître-verrier de Chartres, Gabriel Loire.A côté de l’église Saint Pierre définitivement rasée par le
régime communiste, va s’ouvrir la « House of One » devant abriter sous le même toit une synagogue, une église et une mosquée. Le
« Grand
Restaurant de la Feuille d'Érable » a lui été détruit après la
réunification pour cause d’amiante.Le château de Charlottenbourg où l’on peut voir « L’enseigne
de Gersain » de Watteau de nos Lagarde et Michard
fut régénéré, bien que Walter Ulbrich ait souhaité sa disparition. « La boutique à luminaires d’Erik »,
dont la démolition a nourri « l’ostalgie ».« La tour de la télévision », le plus haut édifice
accessible au public en Europe à 368 mètres, « la grande asperge »,
comporte un restaurant tournant.La grande salle novatrice de la « Philarmonie », l’une des plus
célèbres au monde, a été surnommée « Zirkus Karajani », en référence à Karajan influenceur pour le choix de l’architecte, Scharoun.« La nouvelle galerie nationale » toute de verre et
d’acier dans le quartier de Kulturforum n’est pas construite dans l’île aux musées où se trouve
la prestigieuse « Gemäldegalerie »
ainsi que le Neues Museum « Nouveau musée » consacré à l’Egypte restauré par David Chipperfield.La nouvelle coupole du « Reichstag » impressionne
alors que le surnom « la machine à laver » désigne « La Chancellerie ».Frank Gehry a respecté le cahier des charges pour le
sage extérieur du bâtiment de la « DZ Bank » mais il extravague à l’intérieur.Après les lieux de pouvoir, les lieux de mémoire abondent. "Mémorial du mur"Le musée « Topographie
de la terreur » se situe à l’emplacement de l’ancien siège de la Gestapo. Il faut faire la chasse
aux amateurs de selfies lorsqu'ils montent sur les stèles du « Mémorial aux Juifs
assassinés d'Europe ». Les visiteurs doivent marcher sur les visages en fonte hurlants
du « Musée
juif » marqué de cicatrices. Les statues de « Karl Marx et
Friedrich Engels » figurent toujours dans un parc parmi tant d’autres qui font de Berlin l'une des capitales les plus
vertes d'Europe.
Le même temps
qu’hier soir nous attend ce matin, il bruinasse à 9h10 lorsque nous décollons.
L’air humide accentue l’impression de froid. Nous reprenons la tangentiale
Nord, passons devant l’immeuble l’Unipol, gagnons le parking piazza dell’ 8
agosto par des chemins différents mais sans anicroche ni embouteillage.Nous remontons à
pied la rue Indipendenza à l’abri sous les arcades.Nous arrivons un
peu en avance au palazzo
dell’Archiginnasio pour lequel l’Office du tourisme nous a réservé une entrée. Il héberge
un théâtre anatomique datant du XVII°, où se déroulaient des dissections
de cadavres devant des étudiants. Du bois de sapin habille tous les murs dune
salle de taille réduite, le plafond à caisson ouvragé ainsi que les deux
rangées de bancs en gradin. Au centre trône une table en marbre blanc. Mais
tous les regards convergent vite vers la
chaire du professeur : elle présente deux écorchés soutenant un dais sur
lequel repose l’allégorie de l’anatomie légèrement tournée vers un putti
porteur d’un fémur.A part le théâtre,
le palazzo réserve d’autres surprises comme la salle du Stabat Mater. C’est ici que Rossini donna la 1ère représentation de son œuvre
religieuse. 
De nombreuses fresques (dont des blasons) au dessus de
bibliothèques basses grillagées décorent la pièce, aujourd’hui transformée pour
des conférences et occupée par des chaises modernes.A droite à travers une
ouverture condamnée par des barreaux, s’échappe une enfilade de salles
destinées à accueillir des rayonnages de livres magnifiques et sans doute
anciens à l’usage des étudiants d’autrefois. D’ailleurs la vocation pédagogique
du palazzo ressort partout sur les
murs, les couloirs ou escaliers voûtés
que nous traversons, grâce aux blasons d’étudiants ou de professeurs qui les
recouvrent entièrement.Entrevue hier dans
la rue, la photo d’une sculpture sur une affiche décide de notre visite
suivante : la Chiesa Santa Maria
della Vita. Cette église de style baroque protège un ensemble extraordinaire de personnages
grandeur nature en terracotta réalisé à la Renaissance par Nicolo Dell’ Arca.
La scène titrée, « delle Marie piangenti’ » (des Marie en
pleurs) ou déploration du Christ se compose de Marie Cléophas, Marie près de Saint Jean se tenant le menton, Marie Salomé, de Marie-Madeleine et de
Joseph d’Arimathie muni de pinces et outils pour libérer Jésus de la croix,
assurément le moins triste de tous et vêtu comme à la Renaissance tel un
spectateur tourné vers le public. (Signalons
l’absence de Nicodème mentionné
dans les évangiles). Les visages saisissants hurlent de douleur, d’effroi ou de
colère ? Marie- Madeleine se précipite en courant vers le Christ allongé dont le visage reflète de façon très réaliste la face cadavérique d’un mort. Il
perdure des traces de peinture notamment sur Joseph (vert) ou Jean, mais je préfère cette patine de la
terre plus monochrome qui révèle mieux la matière. « On a peu
représenté de façon aussi vraie la douleur et l’effroi devant la mort ».
Quant à Gabriele D’Annunzio, fort impressionné il qualifie l’œuvre de
« cri de pierre ».Dans la même veine,
l’oratoire communiquant avec
l’église conserve un autre ensemble en
terre cuite et stuc du XVI° : « La mort de Marie» d’Alfonso Lombardi. Juché sur un balcon, il offre moins de proximité, il
intègre plus de personnages avec cependant moins d’originalité dans les
postures et l’expressivité. La salle qui l’accueille est richement décorée du
sol d’époque (technique particulière à fleurs) en passant par les murs
(fresques) et le plafond peint. Entre l’église et l’oratoire, après un escalier
en pierre, nous traversons un petit musée. Nous y remarquons un petit portrait
de Louis XIV entouré de pierres précieuses assimilable à un bijou et
soigneusement protégé dans une vitrine, signalé comme don du roi, au milieu de
peintures (le combat de Tancède et Clorinde) que nous contemplons plus ou
moins. Lorsque nous
ressortons, la bruine s’est transformée en pluie. Nous n’épiloguons pas sur le
choix d’un restau, le « piano piano », non loin, en bordure de la
place maggiore, nous convient pour déjeuner d’une escalope milanaise ou de boulettes de viande.