Avant ces jours torrides, les bulletins météo parlaient d’ « amélioration » quand revenait le soleil et de « dégradation »
quand s'annonçait la pluie salvatrice : désormais l'intouchable « beau temps» fera mois le beau.
Depuis « La fontaine » de Duchamp (1917) la beauté
est devenue une valeur relative, Vincent Lagaf' le confirmait avec « Bo le
lavabo » (1980).
La joliesse se réfugie à l’intérieur de chacun parait-il, quand toute
manifestation flirtant avec le charme se fait mal voir. Pourtant les influenceuses
arborent lèvres gonflées, ongles démesurés, leurs silhouettes truquées s’habillent
virtuellement de produits qui piquent l’attention, pour s’adresser aux foules
de noir revêtues.
L’anonymat des réseaux, la dissimulation des chevelures, la
cagoule devenue un accessoire tendance, jouent à cache-cache, alors que se
dévoilent volontiers des « sourires de plombier » pas seulement chez
les réparateurs de lavabo.
La séduction demeure cependant une attention aux autres et l’accoutrement
s’harmonisera au sein des tribus s’étourdissant sous des lumières
stroboscopiques, toutes solitudes agrégées.
Les repas figuraient comme des cadeaux quotidiens, mais
combien de tables ne sont plus dressées entre les boites hermétiques du midi et
les biscuits apéritifs du soir qui s’effritent sur les claviers ?
Des plats sophistiqués aux épices rares font oublier de
temps en temps ce glissement vers un nourrissage dont le plaisir est aboli pour goûter une séquence consacrée aux autres, à soi.
Il n’y aura pas d’enjeu successoral pour se répartir les
serviettes intactes de Mamie, et pour les soins du linge on repassera !
Ces mots ci dessus appelant les cinq sens autour d’un
tableau adorable, d’un plat délicieux, d'un air divin, d’une petite robe noire, quand les foins
sont coupés, se voudraient de bon sens.
J'essaye de décrire « un point de vue », terme en
voie d’être remplacé par le mot « biais » soupçonné de malhonnêteté et persiste à éviter quelques contradictions vues chez
d’autres.
Ainsi les critiques des réseaux sociaux ne jurent que par le
nombre de « like » pour juger de la pertinence d’une idée, redoutent l’arrivée du RN, mais anticipent sa venue, l’ayant facilitée en savonnant avec
zèle la planche des gouvernements successifs.
Juillet, août approchant,
je ne mettrai pas en veille mon goût pour la discussion, plutôt que de
jouer de la disqualification devenue inévitable dans les conversations, qui prête
des intentions aux contradicteurs au lieu de débattre du fond, abusant de
mots paralysants tel
« islamophobie » pour fourrer dans le même gros sac, libres laïques et
tristes racistes.
Le réformisme est devenu un transformisme : les désirs
collectifs de changement en particulier dans le domaine social, affrontés à
« la force des choses », mutent vers des domaines individuels. Narcisse 2.0 joue pour l’éternité avec des tatouages
démesurés, pratique les sports les plus extrêmes, voire se mutile en jouant
avec son sexe. Ce choix s’accompagne parfois de désir d’enfants à se faire livrer par utérus interposé, alors que d’autres couples en âge de procréer préfèrent les croquettes aux biberons.
Au moment où le nombre des décès dépasse celui les
naissances, les luttes pour l’avortement me semblent décalées, comme si les
campagnes de contraception n’avaient pas « porté leurs fruits », comme
si la survie de la planète devait passer par
la disparition de l’espèce humaine.
« La beauté du
monde qui disparaîtra bientôt a deux extrémités :
celle du rire et celle
de l'angoisse, coupant le cœur en deux. »
Virginia Woolf






