samedi 4 avril 2026

Tant que le café est encore chaud. Toshkazu Kawaguchi.

Tant que le café est encore chaud, on peut retourner dans le passé sous certaines conditions.
J’avais adoré mon dernier livre japonais, si délicat. 
et l’idée me semblait excellente même pour un coincé du féérique. 
« En général, dans les films ou les romans qui traitent de voyage dans le temps, il est interdit de provoquer une action dans le passé qui aurait des conséquences sur le présent. En effet, si par exemple on empêche ses parents de se marier, voire de se rencontrer, les raisons de notre naissance n’existent plus et on disparaît. » 
 En un seul lieu, le café Funiculi Funicula, le fantastique plutôt bien amené semble ordinaire dans un univers prosaïque convenant plutôt à une forme théâtrale : les voyages temporels s’opèrent depuis la chaise d’une dame en blanc quand elle s’absente pour aller aux toilettes.
J’ai eu du mal à venir à bout des 230 pages avec pourtant des destins variés pour les repentantes partantes pour une expérience qui ne changera rien au présent: 
celle dont le promis est parti à l’étranger, 
la femme d’un malade d'Alzheimer, 
une sœur qui s’éloignait de sa cadette, 
et la propriétaire du café qui va partir dans l’autre sens du temps.
« Il y a une chose dont je voulais te parler depuis longtemps, le jour où l’on se verrait […]
Mais maintenant que tu es là, je ne sais plus comment te dire. »

vendredi 3 avril 2026

Vieux. N° 8.

La maquette soignée du magazine trimestriel peut satisfaire un public fidèle aux éditions papier, lorsqu'elle met en avant le thème séduisant : « Lâcher du lest ». 
Il est question de Diogène qui avait abandonné jusqu’au récipient lui servant à boire; pourtant le syndrome portant son nom signifie l’accumulation d’objets inutiles.
Les rédacteurs souvent primesautiers peuvent célébrer aussi bien les bonheurs du détachement que le plaisir d’être 
« le gardien de son propre musée dont les issues de secours sont bloquées par des piles de vieux numéros des Inrocks.» 
Ces 130 pages légères se permettent l’âpreté qui éloigne des tièdes réflexions et des injonctions banales, hors de « la société de persécution ». 
« A mesure que l’avenir se contracte, rien ne va plus : la santé se fissure, les élans se fatiguent, les illusions s’évanouissent, les êtres aimés disparaissent et les figures idéales de nous-mêmes se retirent, sans bruit, dans l’ombre. » 
Nietzche est cité deux fois :
« L’hypothèse d’un homme libéré de la peur et du besoin de croire,
qui embrasse la pesanteur de son existence et la tourne en légèreté. »
« L’homme est un animal malade de sa mémoire. »
Les entretiens avec Judith Magre, Ginette Kolinka, Olivier Roelinger m’ont davantage intéressé que celui de Karin Viard, ou l’évocation de la carrière d’Helen Miren, mais je savoure toujours autant la diversité des styles et des points de vues : 
« Chéri, j’ai déshérité les gosses ! »
« Faut-il vendre sa cave, la boire ou la donner ? »
« Quelques vieux s’autorisent le « sans limites » pendant que les jeunes réinventent des règles pour tenir le monde debout. » 
Cette fois Philippe Lefait décortique le mot «  frère », 
Patrice Leconte s’interroge sur l’existence de Marc Dorcel. 
Les questions brèves de Caroline Pastorelli sont fécondes avec François Rollin 
tandis que Jackie Berroyer nous rassure par sa modestie souriante. 

jeudi 2 avril 2026

Bruxelles # 4

Nous démarrons plus lentement ce matin.
Dehors le soleil pointe son nez mais méfiance, rien n’est encore gagné.
Le programme d’aujourd’hui débute par la visite de l’Atomium.
Pour y aller, nous utilisons le tram 7 pris station Petillon jusqu’à son terminus au nord de BXL  dans le quartier de Heysel. Le trajet aérien et en partie souterrain de 35 minutes environ permet d’appréhender la dimension de la ville.
Nous parcourons des quartiers cossus aux grosses  maisons, les docks de BXL, des espaces végétaux plus sauvages sous des ponts à l’abandon nous laissant à croire que nous avons quitté la ville.
Au  terminus, le tram stoppe en  bordure du parc de l’Atomium.
Cette curieuse construction en inox étincelant date de 1958 ;
« Elle représente la maille conventionnelle du cristal de fer (structure cubique centrée) » ;
édifié pour l’exposition universelle au milieu de grandes étendues herbeuses,
ce monument  d’une grande prouesse technique traverse le temps et s’implante dans le patrimoine belge comme ce fut le cas pour la tour Eiffel en France.
Nous renonçons à  suivre la queue de visiteurs pour nous élever en ascenseur à l’intérieur, malgré la promesse d’une attente ne dépassant pas les 20 minutes faite par le gardien.
Nous retournons  tranquillement  au tram, dans lequel les sièges libres ne manquent pas puisque nous sommes au terminus. 
Nous décollons assez vite, bénéficions du paysage en sens inverse, présentons nos billets à des contrôleurs avant de descendre à Montgomery où nous nous jetons dans le métro 1 jusqu’à la station De Bruckère devenue familière. 
Quelques gouttes  s’échappent du ciel mais sans véritable menace pour nos projets. 
Nous  nous acheminons vers les galeries royales Saint Hubert vaguement entraperçues hier.
Elles comprennent  la galerie du Roi, la galerie de la Reine, et la galerie des princes.
Maintenus dans un état impeccable, ces luxueux passages couverts du XIXème  servent d’écrin à des boutiques de chocolats, de délicates dentelles s’y vendent,
et les galeries d’art profitent d’un emplacement de choix.
Quelques bars restaurants proposent de petits en-cas dans un décor raffiné et calme.L’heure de manger nous pousse à nouveau vers le quartier sainte Catherine où un restau vietnamien nous convient parfaitement, calme et reconstituant.

mercredi 1 avril 2026

De la BD au roman graphique. Thierry Groensteen.

En 2027, la BD fêtera son bi-centenaire en même temps que le daguerréotype (photographie)
depuis « Les Amours de monsieur Vieux Bois », littérature en estampe, du genevois Töpffer.
Le conférencier devant les amis du musée de Grenoble en retrace les évolutions, à l’occasion de l’exposition au musée de Grenoble d' « Epopée graphique » présentant plus de 400 planches originales, issues de la collection de Michel-Édouard Leclerc. 
Parmi les pionniers, le journal « Vaillant » 
né de la Résistance, devenu « le journal de Pif » dont les aventures paraissaient dans « l’Humanité », adoptera le titre « Pif gadget » en 1969.
Entre 1945 et 1965, c’est  le moment belge où la publication « Tintin » tournée vers l’aventure, les grands espaces, la science fiction, concurrence  « Spirou » plus fantaisiste. 
Ils s’adressent  tous deux aux enfants et plus spécialement aux garçons.
En 1964, dans le coquin, « V Magazine », réservé aux adultes, Jean-Claude Forest donne naissance à « Barbarella » dont le recueil sera édité par Éric Losfeld.
« Pilote »
repris par Goscinny va vieillir avec ses lecteurs et après 68, aborde par l’humour les préoccupations politiques, écologiques, féministes.
« Claire Bretécher, présentait l’amusante particularité d’être une dessinatrice.» Gotlib
Ces deux là fondent avec Mandrika « L’écho des savanes ». 
Georges Wolinski
rédacteur en chef du mensuel « Charlie » offre, 
dans les années70, le meilleur de la production internationale.
Dans « Métal Hurlant » tourné vers la science fiction,
Moebius  propose en couleurs directes « Arzach » aux formes inédites.
« On peut très bien imaginer une histoire en forme de flamme d'allumette soufrée. »
 
Le mensuel «  A suivre » encourage les auteurs à publier des histoires longues.
Comès
y publie «  Silence » drame rural empreint de sorcellerie
et Schuiten « Les Cités obscures » récit de science fiction rétrospective.
Les éditions Glénat avec « Les passagers du vent » de Bourgeon 
se consacrent aux récits historiques
et deviennent leader pour les mangas (1/3 des BD vendues) appréciés aussi par les enfants de ceux qui les avaient découverts dans les années 90.
Des dessinateurs bien de chez nous ont repris les codes japonais 
pour donner naissance aux « Manfra » (manga à la française).
Yslaire
dessinateur belge auteur de « La Légende des Sambre » travaille en France. 
Les grandes maisons belges ont été rachetés par des entreprises hexagonales.
Futuropolis met en avant les auteurs
Baudoin ouvre la voie de l’autobiographie avec « Couma acò ».
« Corto Maltese »
n’était qu’un protagoniste parmi tant d’autres avant de connaître le succès.
« Maus »
d’Art Spiegelman est édité par Flammarion après avoir été refusé par les éditeurs habituels de BD. Ce roman graphique désormais incontournable pour décrire la Shoah, vendu dans les librairies traditionnelles, a reçu toutes les récompenses.
Faire entrer les dessins dans les librairies était aussi le projet 
 de L’Association qui a publié « L’Ascension du Haut-Mal » de David B.
« Persepolis » de Marjane Satrapi vendu à 1 million d’exemplaires a contribué à la féminisation de la profession. Désormais les filles sont majoritaires dans les écoles de BD 
et plus seulement vouées à illustrer la littérature jeunesse.
Les petites filles peuvent apprécier de nouvelles héroïnes : Akissi, Cerise, « Mortelle Adèle ».
Les plus grandes - et les plus grands - se régalent avec Margaux Mottin de Fluide glacial.
Les éditions 
«Actes Sud » se sont lancées aussi dans l'aventure.
« Les grands cerfs »
de Gaétan Nocq se permet le silence
la BD de genre ( SF, western…) se renouvelle,
« Le Monde sans fin » par Christophe Blain vulgarise 
la réflexion scientifique de Jean-Marc Jancovici.
« Jérusalem »  de Christophe Gaultier comme tout dessinateur désormais associé à un scénariste Vincent Lemire résume en 156 pages 4000 ans d’histoire.
Étienne Davodeau pour « Cher pays de notre enfance »   
a travaillé avec le journaliste Benoît Collombat.
Dans « Le photographe » le
s photographies de Didier Lefèvre 
se mêlent aux dessins d’ Emmanuel Guilbert
par ailleurs papa d’ « Ariol » publié chez Bayard presse,
le  groupe leader chez les enfants qui n’ont plus l’exclusivité des gaufriers 
(la grille d'images découpant la planche de bande dessinée).
Le neuvième art et ses multiples visages a étendu son territoire.
Catherine Meurisse
vient d’entrer à l’Académie des beaux arts.