mercredi 27 mai 2026

Fragonard. Fabrice Conan.

Nous revenons avec les amis du musée de Grenoble sur la carrière d’un des peintres emblématiques du XVIII° siècle. A la suite d'un de ses « Autoportrait » à l’œil vif , 
je vais essayer d’éviter les répétitions. 
Né en 1732 à Grasse dans une famille de gantiers parfumeurs venue d’Italie, il est placé chez un notaire à Paris, mais préfère dessiner dans les marges des documents qui lui sont confiés.
Il trouvera sa place chez le premier peintre du roi, François Boucher 
« Charmes de la vie champêtre »
En ce temps là, L’Astrée, roman fleuve (5000 pages) d’Honoré d’Urfé a rencontré le succès,  alors que se répand la mode d’une nature idéalisée, avec des rêves d’Arcadie, peuplée de bergers amoureux.
« Heureux amoureux ».
 
Jean-Honoré Fragonard a bien retenu les leçons de son maître virtuose et de Chardin,
sa douce « Bergère », échappe au genre peinture d’histoire en vogue à cette époque.
Dans le « Colin-maillard » la jeune fille au bandeau de travers maitrise le jeu amoureux.comme dans les opéras comiques de l’ami
Charles-Simon Favart.
Avec son pendant les mouvements de « La Balançoire » aux étoffes scintillantes et aux enfants potelés, animent une scène à la fraîcheur pomponnée.
Lors de la « Conversation galante dans un parc » au son de la musette, 
l’amoureux est à genoux. 
«  Le jeu de la palette » prétexte à galanterie joue avec les regards.
Commandé pendant son voyage en Italie avec son ami Hubert Robert  
« L’Enjeu perdu ou Le Baiser gagné » pose la question du consentement. 
« Sous les atours soyeux, les gestes se crispent, leur brusquerie est contraire à la souplesse respectueuse des codes comportementaux de la sociabilité galante. »,
tandis que « Le berceau » met en valeur le sentiment maternel 
émergeant désormais dans la société.
Papa est même là pour « La Visite à la nourrice ».
Les éléments se déchainent dans « L’orage »,
et bergères et bergers sont bien petits dans 
« L’abreuvoir ».
Je ne me souvenais pas que « Le verrou » symbole de l’amour libertin complétait
« L'Adoration des bergers »
, amour sacré,
pas plus que je n’avais vu dans l’ombre, un prêtre pousser « L’escarpolette ».
« Telle, « Guimard », pour plaire, imitant la nature, 
 Semble avoir de Vénus, dérobé la ceinture. »
« La Liseuse »
, « figure de fantaisie », a marqué, sur quelques boites de chocolats, les prémices d’un pouvoir naissant des intellectuelles et la sérénité apportée par la lecture.  
La comtesse du Barry avait commandé quatre tableaux « Les Progrès de l'amour »  
dont  « La lettre d’amour » pour son pavillon de Louveciennes, 
mais elle choisira le néoclassique Joseph-Marie Vien désormais à la mode.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2015/09/greuze-vien.html
Les temps sont devenus plus moralisateurs, 
le jeune homme surpris dans « L’armoire » semble bien piteux.
Dans le même élan romantique les amants ont abandonné les stratagèmes inutiles et s’abreuvent à la « Fontaine d’amour ».
Nommé conservateur du musée du Louvre, il en est expulsé par décret impérial en 1805.
Il meurt en 1806. 
«Apparences voluptueuses, à la fois confuses et rayonnantes, vagues et magiques diffusions de lumière, académies d’aurore se levant dans un étincelant brouillard matinal, voilà ses tableaux : une vision féerique, rien de plus. » 
Les frères Goncourt

mardi 26 mai 2026

Aya de Yopougon n° 8. Marguerite Abouet. Clément Oubrerie.

Dépaysement assuré et vitalité garantie, même si les personnages qu’on a plaisir à retrouver ont perdu de leur allégresse en prenant de l’âge. Comme dans toute série et pour mieux maîtriser les évolutions, il vaut mieux suivre l’ordre chronologique de ces albums ensoleillés. 
Les femmes « tiennent la  baraque » mais les violences, les superstitions, les rigidités mettent à mal la légèreté avec laquelle les sujets étaient traités.
La maison de Bintou, vedette de la série « Gâteuse de foyer », a pris feu à cause de la confusion entre fiction et réalité. Des hospitalisations parallèles mettent en évidence les problèmes du système hospitalier jusqu’au drame, et l’acceptation de l’homosexualité est toujours problématique…
L’évocation du thème du mariage blanc, quelque peu caricaturale, prend un espace qui aurait permis de mieux démêler les embrouilles du côté du quartier de Yopougon. 
Pourtant les relations familiales au cœur des récits mettent en évidence leur tendre force et leur lourdeur persistante.
Les expressions sont toujours aussi savoureuses :
« cafouilleuse » ou « être en débrouillage » ne nécessitent pas d’aller voir dans le lexique en supplément des 96 pages alors que 
« C’est ta figure tu vas cacher Abidjan ici » avait besoin d’être précisé :
« Tu auras tellement honte que tu seras la risée de tout Abidjan ». 
Par contre les dialogues m’ont paru parfois surchargés de sages formules qui me ravissaient quand elles ne nuisaient pas à la spontanéité des palabres. 
« Même si l'éléphant est maigre, il reste toujours le roi de la forêt. »

lundi 25 mai 2026

La lumière ne meurt jamais. Lauri-Matti Parppei.

Un jeune flutiste dépressif revient chez ses parents dans une petite ville finlandaise. 
Une de ses anciennes camarades de classe le retrouve et l’entraine dans ses expérimentations de musique concrète. 
Le cinéaste pourtant très classique a choisi son camp : les bruits amplifiés de doigts mouillés autour d’un verre et des batteurs d’œufs à la neige figurent comme libératoires.
Par contre la musique classique ne séduit que les vieux, conformistes, confits en dévotion, pourtant bienveillants à l’égard du jeune prodige.
Au pays des longues nuits, la lumière se fait attendre : trop manichéen.

dimanche 24 mai 2026

Cannes cinéphile 2026.

Cette année, avant de profiter des films présentés, il convenait de s’extraire des flots de mauvaise foi déversés par des demandeurs de subventions dont Druon disait autrefois :
 
« Les gens avec une sébile dans une main et un cocktail Molotov dans l'autre »
Parmi 24 films de toutes les compétitions, j’ai retenu la mise en évidence de la force des femmes, contredisant le collectif féministe 50/50 qui a trouvé que l’affiche reprenant « Thelma et Louise » visait à masquer la discrimination à l’égard des femmes.
Les actrices sont remarquables 
- avec « La confidente » d’une hotline,
- ou l’effrontée « Shana »,
- dans «  Le journal d’une femme de chambre » roumaine à Bordeaux,
- la dépressive musicienne de « Low expectations » (Modestes espérances),
- l’acheteuse déterminée de «  La guerre des prix »,
- la ramasseuse d’algues d’une île chilienne et sa chienne fantasque «  La perra »,
- la grand-mère thaïlandaise trimballée de « 9 temples vers le ciel »,
- la prof de « La gravida », mon film préféré, réalisé par une femme,
- comme « Dans la gueule de l’ogre » où une iranienne filme son frère exilé
- ou encore, obligée de composer dans la guerre Yémen, « The station Al Mahattah ».
Une telle recension par genre tournerait à l’absurde si s’ajoutaient à la liste quelques « trans » au pays des « Eléphants dans la brume », le Népal.
Alain Cavalier, 95 ans donne envie de filmer, « Merci d’être venu ».
Je ne me lasse pas de revoir Maradona, diable et Dieu, dans « The match ».
Une belle relation d’un fils et son père s’établit dans «  Butterfly Jam »,
ainsi que dans « Moscas » où cette fois le père protège le fils. 
« We are Aliens »  traite poétiquement des aléas de l’amitié. 
« Le garçon qui fait danser les collines » parvient à ses fins malgré un environnement  macédonien peu favorable. 
« Le Minotaure »  rejoue avec force «  La femme infidèle » de Chabrol, dans la Russie en opération spéciale.
Des sangliers révèlent des aspects sombres d’une France rurale, « L’espèce explosive ». 
Si « L’épreuve du feu », film de vacances, m’a paru bien tiède, 
et « Barça zou » , film de copains en skate, sans élan, 
ils n’atteignent pas la vacuité de «  Virages » tellement mal joué.
L’excellent documentaire  « La détention » traite de la formation des surveillants de prison.
Par la fiction, « Grand ciel » évoque d’une façon originale les conditions de travail des travailleurs du bâtiment,
«  Du fioul dans les veines »  décrit celles des conducteurs de camion, 
et une belle histoire d'amour entre hommes.

samedi 23 mai 2026

Maître et chien. Thomas Mann.

L’auteur de « Mort à Venise » a écrit un court récit en 1918 à propos d’un de ses chiens.
Ce livre agréable de 155 pages, offert par la librairie Artaud, donne envie d’aller vers d’autres œuvres du prix Nobel qui m’impressionnaient avant, telle « La montagne magique », tant l’écriture de ce livre, précise, mêlée d’humour léger est avenante.
Dès les premières lignes nous suivons le bavarois : 
« Quand la belle saison fait honneur à son nom et que le tireli des oiseaux m’éveille de bonne heure, parce que j’ai terminé à temps la journée précédente, j’aime faire, sans chapeau, avant le premier déjeuner, une promenade d’une demi-heure ».
 Baushan, son chien, le suit bien volontiers quand il va vers la nature mais le laisse aller seul si le bourgeois prend la direction de la ville. Nous saurons tout du chien d’arrêt auquel son maître prête bien des sentiments : 
« L’expression de sa tête, expression de bon sens et d’intelligence, témoigne du caractère viril de sa partie morale que sa structure corporelle reproduit dans le domaine physique »
Cet attachement simple et sincère d’un intellectuel considérable ne surjoue pas les effusions contemporaines plus aimables avec les bêtes qu’avec les hommes. 
« La gaieté et la sympathie me remuent le cœur presque en permanence quand je suis en sa compagnie et l’observe. »
L’animal fougueux et pas toujours obéissant l’amuse, loin de sa première impression lorsqu'il n’avait vu :  
« rien d’autre que la sottise et la détresse ainsi que la prière instante qu’on lui témoignât de l’indulgence ».

vendredi 22 mai 2026

Vide.

Dans cette ère de l’anthropocène où, coupables, nous crâmons, 
l’âge des copieurs-colleurs est bien entamé.
Mais les pages restent blanches, les écrans flous, les intellectuels censés nous éclairer, devenus transparents, nous brouillent, honteux de leur condition, de leur blanchitude. 
Au sein de l'université sont menés des travaux à propos de la sociologie du Laser game et des colloques organisés sur la poésie de Booba.
J’essaye de choper des mots dans l’air du temps mais mon Finki tremblote et je  ne  sais retenir que l’anodin centenaire Edgard Morin. J’ai oublié ceux qui persistent dans l’écriture inclusive et autres billevesées et m’éloigne de ceux qui, en simplets wokistes, ne peuvent être défini que par leurs ennemis: islamo gauchistes d’un côté et nazis de l’autre, réunis par leur haine de la nuance, des compromis, des modérés. Ils ont préparé la venue d'un mal extrêmement droit, tellement annoncé qu'il en surgirait parmi des « orages désirés ». 
Ces «mutins de Panurge» n'ont cessé tout au long des années de vilipender un Président de la République réélu.
Dans le même mouvement qui promeut la liberté et exacerbe l’individualisme, le manque de pensée originale aggravé par le mépris du travail, n’est même pas criant : comme dans un cauchemar aucun son ne sort de nos bouches. 
Depuis le temps que le bord de la falaise est annoncé en matière de réchauffement ou concernant les dangers de l’IA, nous tombons dans le vide.
La victoire de Trump est d’avoir mis tout le monde au ground zero de la réflexion. Des cohortes suivent les bannières de l'inculture.
Dans un cahier, j’avais écrit pour ne pas l’oublier : 
«  Soudan : 150 000 morts, 14 millions de déplacés. » 
Et je l’oublierai.
En guise de balises de crépon, un relevé de ce qui nous change peut distraire.  
Nos réticences étaient tellement fortes envers les premiers téléphones portables, si bien que l’étonnement peut surgir quand aujourd’hui des poches bien adaptées pour recevoir l’indispensable accessoire nous réjouissent. Nous ne pouvons plus reprocher à nos enfants et à leurs petits d’abuser de leur I phone : les vieux, nous passons notre temps à nous montrer les photos des petits et ne plus nous creuser la tête pour savoir dans quels films a tourné Nathalie Baye. Nous agrandissons nos trous de mémoire.  
Dans notre pays aux uniformes noirs portés par nos jeunes choyés de nos anciens enfants rois aux chasubles fluo, le boomer, dont le Larousse vient de retenir le sens péjoratif, en est rendu, à maculer son écran de cendres alors que s’avance la nuit.  
« On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir.
Chacun a besoin de l'autre pour se révéler. »
Proverbe africain

jeudi 21 mai 2026

Liège # 5.

Nous contournons le musée afin de nous rapprocher de la collégiale Saint Barthélemy. Servais  la présente comme l’une des plus anciennes de Lièges, mais elle nous apparait pourtant  bien pimpante avec ses peintures fraîches  crème et rouge sang à la mode allemande.
Une sculpture moderne lui fait face sur le parvis dans un petit square. Elle repose sur un plan incliné, où des ecclésiastiques guindés et roides surplombent des Liégeois dansant la farandole peu impressionnés par leur présence.
A peu de distance de là, nous pénétrons dans la cour Saint Antoine. Cet ancien quartier des brasseurs bénéficia d’une bonne rénovation dans les années 1970. Les maisons anciennes, et celles construites plus récemment cohabitent harmonieusement. An centre de cette cour rectangulaire, une fontaine  déverse l’eau dans un mince canal jusqu’à une sculpture pyramidale nommé Tikal du nom du monument Maya guatémaltèque. Côté rue, certaines façades disposent de pancartes qui précisent le classement patrimonial des maisons. Nous découvrons des impasses dans lesquelles logeaient autrefois les employés de grands hôtels particuliers puis des familles ouvrières et modestes.
Nous en abordons  une en forme de U tout en nous dirigeant vers la rue Hors château,
puis vers la place du marché qui détient le Perron fontaine.
Symbole de la ville, Charles le Téméraire le déplaça une dizaine d’années à Bruges pour affirmer son autorité écrasante sur Liège  mais, ce monument, orgueil des habitants,  retrouvera sa place.
Des pommes de pins crucifères apparaissent sur les angles de la balustrade,
elles se manifestent aussi  sur l’hôtel de ville juste derrière, 
en signe de solidarité et de résistance dans l’adversité.
Nous débouchons ensuite sur la vaste place Lambert. Des structures métalliques en forme de piliers s’élèvent sur l’esplanade pour matérialiser l’emplacement de l’ancienne cathédrale rasée en 1793 par les révolutionnaires en conflit avec les Princes-Evêques. Une partie de son plan se lit aussi grâce à des pavés intégrés à la dalle.
Par contre, le magnifique  palais des Princes-Evêques domine toujours la place. 
Voulu par Erard de la Marck, ami d’Erasme, amateur d’art et grand humaniste, 
il se caractérise par un reste de style gothique et du style renaissance.
Aujourd’hui, il appartient en partie à la ville qui en ouvre l’accès au public (cour intérieure)
et en partie à l’état, non public, réservée au palais de justice.
D’une autre époque, l’opéra du 19ème connait toujours un fort engouement. Il attire un nombreux public grâce à des programmations de qualité et des prix attractifs rendus possibles par des subventions importantes.
A tel point que des cars d’Allemands affrétés spécialement et régulièrement  participent à remplir la salle. Sur le plan architectural, la façade à colonnes sur 2 niveaux surmontés d’un fronton supporte avec harmonie une extension en hauteur moderne et sobre.
Et pour rester en relation avec la musique, la ville rend hommage à l’artiste natif de Liège en érigeant à cet endroit une sculpture d’ André-Ernest-Modeste Grétry.
La dernière halte prévue par Servais nous conduit à la cathédrale saint Paul que nous avons déjà eu l’occasion de découvrir hier. Nous apprenons que cette ancienne collégiale  se haussa au rang de cathédrale après la destruction de la cathédrale Saint Lambert.
Si les vitraux du chœur  de couleur bleue sont d’origine, leur ont  été adjoints d’autres plus modernes crées par un Suisse du nom de Honegger et par un autre artiste Coréen.
Nous traversons le cloître dans lequel  une porte donne directement  sur une rue occupée par des maisons ayant appartenu aux chanoines riches et exempts d’impôts sur le terrain.
La visite prend fin, la fatigue se fait sentir.   
Nous rentrons au bercail, sortons Gédéon du parking pour un petit tour de quartier et la redéposons au même parking. Après quelques courses au Delhaize, Maison et repos !
PS : Quelques réflexions au cours de la visite :
Le passage du roman au gothique se traduit par une relation plus  personnelle avec Dieu 
et c’est à  ce moment qu’apparait  la notion de purgatoire.
Le gothique symbolise l’élévation vers Dieu.
L’histoire sainte ancrée dans le siècle et les paysages contemporains des artistes favorisent davantage la proximité des hommes et de Dieu.
Liège est la ville la plus au nord des villes francophones.