mardi 3 février 2026

Le printemps suivant. Margaux Motin.

Quel plaisir de retrouver la charmante dessinatrice au moment où elle emménage avec son nouveau compagnon dans une belle maison au bord de la mer ! 
Les couleurs sont lumineuses, les traits délicieux et l’humour, la tendresse de la jeune femme, habillés d’autodérision font oublier sa mauvaise foi, son immaturité.
La féministe ne se donne pas toujours le beau rôle, alors que son Paco placide a tout loisir pour jouer avec les filles.
Son énergie, sa légèreté, ses exigences, sa sincérité excusent ses caprices. 
Au milieu des cartons, la musique : 
« Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire […] 
 Et quand je retourne un gros caillou
Je sais trouver des fourmis dessous. »
Des planches didactiques entre quelques scénettes croustillantes permettent 
de choisir son défaut ou sa qualité : 
« Ne sait pas déléguer ou simplifie la vie des autres ; 
bordélique ou décontracté ;  
maniaque ou organisée… »
 Nous aimerons encore réviser avantages et inconvénients de la vie de couple :
- le partage des taches :  
«  J’ai vidé la moitié du lave-vaisselle » 
- ne plus être la seule chef : 
« Quoi même pour planifier les vacances, je vais devoir te demander ton avis. »

lundi 2 février 2026

Les lumières de New-York. Lloyd Lee Choi.

Après Souleymane livreur à Paris, 
nous attendons l’arrivée de la femme et de la fille d’un porteur de repas chinois dans New-York la grise.
Son vélo a été volé, son loueur l’a escroqué. 
« Lucky Lu », son titre de la quinzaine des cinéastes à Cannes, où il est question de chance restera un terme ironique, tout au long de cette heure trois quarts pleine de tristesse.
Sous les yeux de sa petite fille, les tentatives du père ne parviennent pas à assurer, même le temps d’une journée, une existence digne à sa famille. La solidarité de la communauté ne peut masquer l’accumulation des mensonges. 
Les conditions de vie d’un sous prolétariat qui innerve nos grandes cités nous interrogent quand la plus puissante économie du monde a besoin de la main d’œuvre de son puissant concurrent, qu’elle ne saurait voir qu’au cinéma.
Blue sun palace. Constance Tsiang.
Commencée avec légèreté la chronique de la vie d’immigrés chinois à New York tourne au drame. La relation amoureuse naissante entre un exilé dont la famille est restée à Taïwan et une jeune fille qui travaillait dans un salon de massage est brisée par la mort de celle-ci lors d’un braquage. Pourra-t-il sortir de sa solitude avec l’amie de la disparue ?   
Malgré un contexte particulier, la violence surgissant à plusieurs reprises plutôt que d’abolir la fraternité, la sororité, laisse la place à la complexité, aux ambigüités, à la pudeur des sentiments. 

 

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.

samedi 31 janvier 2026

Le jardinier et la mort. Guéorgui Gospodinov.

Ce livre tellement vivant aurait pu s’intituler « L’écrivain et la mort », avec une écriture tout en délicatesse tout au long de ces 230 pages légères et profondes. 
« Je devais lui fermer les yeux. C’était ce qui est écrit dans les livres. 
Je connaissais cela plutôt comme une expression « fermer les yeux du mort », 
ou « les vivants ferment les yeux des morts, les morts ouvrent les yeux des vivants. »
Le titre : « La mort de mon père » aurait pu convenir également, tant la figure paternelle, 
dont la disparition est déchirante, occupe l’esprit du fils. 
« Mon père était un jardinier. A présent c’est un jardin. »  
Finalement, « Le jardinier et la mort » est le plus juste, 
comme chaque mot de ce texte aux allures de fable, admirablement traduit.
« Le bonheur est de courte durée, comme les jonquilles et les linaires qui se sont fanées ce même printemps. La tristesse demeure longtemps comme ces herbes opiniâtres qui étouffent tout, impossible de s’en débarrasser comme le disait mon père. »
L’intention annoncée est réalisée : un tendre amour filial infuse chaque chapitre. 
« J’aimerais qu’il y ait de la lumière, une douce lumière d’après-midi dans ces pages » 
Le fils, un bon conteur comme son père, qui ne cesse de dire « rien d’effrayant », faisait rire de ses déconvenues et savait voir le sublime en tout. 
Il alterne subtilement « les histoires plaisantes » pour combattre la douleur. 
« Au jardin, on enterre continuellement quelque chose et l’on attend qu’au bout d’un certain temps le miracle se produise et que cette chose germe… »
La poésie souvent convoquée aux obsèques, l’humour, peuvent consoler, le jardinage aussi.
Lumineux.

vendredi 30 janvier 2026

Laïcité. Le « 1 » hebdo.

L’hebdomadaire qui tient en une feuille qu’il faut déplier, expose l’état des lieux de cette notion française, la Laïcité, venant d’un long processus de résolution de nos guerres de religion depuis l’Edit de Nantes et permet de  
« Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. ».
La loi de séparation des églises et de l’Etat présentée sous forme de fac-similé précise en son article premier qui en comporte quarante : 
« La république assure la liberté de conscience ».
Cette dimension historique est bien présente par le dessin et l’étude du mot « Lucifer » par lequel est contée l’amitié amoureuse entre Emile Combes en guerre contre les congrégations et Mère Marie bénie de Jésus venue plaider le maintien des Carmélites d’Alger, va au-delà de l’anecdote.
La poésie de Rabindranath Tagore : 
« Je puis aimer Dieu qui me laisse libre de le nier » 
prend des airs nostalgiques depuis l’Inde où vivaient en paix hindouistes, musulmans, athées, bouddhistes, autrefois.
La situation actuelle est examinée en confrontant des opinions différentes, se plaçant au dessus des querelles entre l’extrême droite s’élevant contre le voile pour contrecarrer l’Islam et l’extrême gauche affichant le voile pour instrumentaliser l’Islam à des fins électoralistes.
Les considérations stratégiques à court terme prennent le pas sur des approches civilisationnelles plus ambitieuses.
Aristide Briand avait estimé dérisoire la volonté d’interdire la soutane dans l’espace public : 
« L’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs 
aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau. »
Entre discrétion des signes religieux et affirmation identitaire, les appréciations varient d’une génération à l’autre. 
Et il est bon d’aller voir ailleurs comment les états gèrent les églises, et de nous monter attentif envers Souleymane Bachir Diagne, un philosophe sénégalais, lorsqu’il invite à regarder « l’universel depuis le pluriel du monde ».
« Il n’existe pas dans la République de religion d’Etat » 
l’affirmation avait tout de l’évidence, elle devient solennelle quand il est précisé que l’article de Robert Badinter avait été écrit  en hommage à Samuel Paty.

jeudi 29 janvier 2026

Anvers # 1

Nous n’assisterons pas à la soirée prometteuse, car Gand ne constitue qu’une étape sur notre route vers ANVERS  à une soixantaine de km. 
Au sec dans la voiture, nous programmons le GPS ; il se débrouille assez bien pour  nous proposer des rues tranquilles et non barrées menant à l’autoroute. A l’arrivée, il nous dépose sans problème devant  notre adresse, à une place de parking libre juste devant, et gratuite puisque c’est le week-end. 
Nous prenons donc nos quartiers dans le logement grâce à la boîte à clés.
Notre loueur se montre bien optimiste en indiquant le centre-ville à 15/20 minutes à pied, le GPS, lui,  prévoit plutôt 54 minutes. Aussi, bien que favorables à d’autres modes de transport en ville, nous préférons faire appel à Gédéon ( notre voiture).
Le trajet nous amène à traverser un quartier juif assez important où tous les hommes et garçons portent les signes vestimentaires des pratiquants les plus rigoureux : ils arborent papillotes, redingote, chapeau, pantalon aux genoux  et bas noirs, chemise blanche. Mais peu de femmes se manifestent dans la rue en ce lendemain du shabbat.
Nous dénichons l’Office du tourisme au bord de l’Escaut hébergé dans le château-fort du Steen,  place Steenplein. Il nous reste 20 minutes avant sa fermeture à 18h. Nous récoltons les documents habituels. Ici aussi l’employée nous informe que nous devons déclarer Gédéon  une nouvelle fois, dans une nouvelle démarche pour l’autoriser à circuler sans risquer d’amende dans la zone à faibles émissions d’Anvers et que nous devons stationner en parking souterrain et non dans la rue comme nous l’avons fait en toute bonne foi.
Par chance, le Grote Markt garage se trouve en face de l’autre côté de la Steenplein . 12 € 90 pour moins de 3 heures tout de même !
Mais il a pour avantage d’offrir une issue directe sur la plus belle place d’Anvers: la Grote Markt.
De superbes maisons construites pour des commerçants d’antan très aisés s’élèvent sur cette place triangulaire où siège le Stadhuis.
Plus hautes que celle de Bruges elles rivalisent de richesses, avec leurs façades, leurs fenêtres  à l’ancienne, leur toit à redans
et surtout les statues dorées étincelantes qui les surmontent  parmi lesquelles un navire, un aigle, un ange, un cavalier, un soldat…
Sur la place en cette fin de journée des artisans replient leurs tréteaux et rangent leurs marchandises
Non loin de là nous nous sentons tout petit au pied de la cathédrale gothique Notre Dame.
Nous retournons sur les berges de l’Escaut.
De jolis hangars anciens à l’origine destinés à abriter les réparations de bateaux subissent des restaurations en vue d’un nouvel emploi.
Leurs  toits en métal et les frontons  percés de motifs décoratifs, supportés par des piliers assortis peints en gris ne manquent pas de ce charme particulier aux bâtiments industriels de la fin XIX°.
Nous longeons  ces entrepôts en direction des grues et des éoliennes du port mais le ciel anthracite menace, alors nous rebroussons chemin.
Après avoir avalé une pizza dans le centre historique, nous rentrons à la maison.

mercredi 28 janvier 2026

Musée Mainssieux à Voiron.

Dans des lieux moins encombrés que les abords de la Joconde au Louvre, plus accessibles que l’élitiste et évanescent "Magasin", la consommation culturelle dauphinoise peut s’assouvir dans la proximité. 
Le billet d’entrée est couplé avec celui du MALP 
musée archéologique au bord du lac de Paladru. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2023/06/musee-de-paladru.html
Nous restons dans le milieu aquatique avec l’exposition temporaire intitulée "l'heure du bain" jusqu’au 31 mai 2026 consacrée surtout aux baigneuses,
avec un début de réponse à la question : «  les hommes ne se laveraient-ils pas ? » 
Les prétextes mythologiques sont présents et la modernité pointe son pinceau avec des œuvres de Lucien Mainssieux  accompagnées par d’autres artistes de sa collection personnelle léguée à la ville de Voiron après sa disparition en 1958.
Jacqueline Marval, Suzanne Valadon sont à l’honneur.
Critique, musicien, peintre, le dauphinois fréquente l’avant-garde parisienne où il a acquis 
quelques toiles de Camille Corot son maître et
« L’épave » de Gustave Courbet qui a échappé à l’assombrissement 
affectant d’autres toiles du maître du réalisme.
Les propositions depuis
plus de mille tableaux, aux thématiques et aux styles divers,
permettent un renouvellement des expositions mises en valeur sans tapage 
par une équipe dynamique  bien présente sur les réseaux.
https://culture.paysvoironnais.com/equipements-culturels/le-musee-mainssieux/
Des visites guidées, voire relaxantes, sont proposées au 7 de la charmante placette Léon Chaloin, ainsi que des rencontres, des ateliers et des évènements à vivre en famille.