Ce dimanche, je dépose au vide grenier de ma mémoire,
derrière un castelet perdant ses couleurs, les images recomposées de quelques
spectacles vivants auxquels j’ai assisté.
L’émotion première remonte à « Sarcelles-sur-mer » du
fiévreux Jean
Pierre Bisson dans les
incandescentes années 70, du temps de Savary et ses animaux tristes, de
Mnouchkine
et Bartabas
à Avignon, notre Mecque d’avant les Mac.
Il y eut « Le Cid » joué par des marionnettes de
glace et la cigale réveillée par les projecteurs dans la carrière Boulbon pour un
vrai « Songe d’une nuit d’été », un des premiers one man show de Jean Paul Farré
et l’effervescence avec les amis à voir cinq pièces dans la journée et de
discuter jusqu’à point d’heure de Dario Fo ou de Calaferte.
Ces représentations qui embrassaient les siècles avec Molière et
Shakespeare
participaient à une compréhension sensible d’un monde tendu vers un futur plus
chaleureux, plus intelligent.
J’ai prolongé ces émotions au Grand Bornand et son festival
« Au Bonheur des mômes » pendant plus de dix ans, avec ma petite
fille et mon petit garçon attendant devant un chapiteau. Et puis
Cyrano d’Edmond
Rostand qui chante clair vint.
A la Maison de la Culture devenue Cargo puis MC 2, l’abonné
a vécu de grands moments avec Lavaudan et les coulisses qui ouvrent sur la
ville ou Galotta
et ses recherches, mais les mises en scènes de ces dernières années
tiennent plus à déconstruire qu’à inventer, à jouir du chaos qu’à donner du
plaisir.
Les corps sont davantage valorisés par des acrobates
époustouflants d’un cirque renouvelé avec les mises en scène inventives de Yoann Bourgeois
et de tous ceux comme Marcos Morau
qui essayent de se rapprocher des étoiles sublimes de la danse, Béjart ou
Pina Bausch.
Si le rideau de velours rouge s’écartant demeure le symbole
d’une promesse sans cesse renouvelée devant une salle retenant son souffle, les
souhaits d’un élargissement des publics sont devenus tellement vains qu’ils ne
sont même plus formulés.
Le petit monde théâtreux, miroir de la société, s’enferme de plus en plus
dans l’entre soi élitiste, ou se fondant dans les manières égotiques du moment
ne propose plus que des seuls-en-scène nombrilistes et vachards à voir tout
seul sur son écran oublieux, forcément oublieux.



