mercredi 8 avril 2026

Postérité des mythes grecs et romains dans l’art occidental. Claire Grebille.

Les histoires des héros antiques, garants de l’équilibre du cosmos, se poursuivent avec le préraphaélite Burnes Jones (1833-1898): « Le rendez-vous de Persée »
Balfour, l’homme politique dont la célèbre déclaration constitue une des premières étapes dans la création de l’état d’Israël, avait commandé au peintre romantique une série de tableaux sur la vie du fils de Danaé et Zeus.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2017/02/les-amours-des-dieux-serge-legat.html
A l'orée du royaume des morts, Persée subtilise l’unique œil et la dent que trois sœurs se partageaient pour qu’elles lui indiquent le repaire de Méduse et des gorgones. 
« Persée et les Grées ».
Inaugurée en 1554, « Persée tenant la tête de Méduse » de Benvenuto Cellini affirme le pouvoir des Médicis. 
La statue en bronze à la cire perdue exposée à Florence a demandé un travail titanesque.
Après cette décapitation, Persée sauve « Andromède » 
promise à être dévorée par un monstre marin.
Il montre à celle qui est devenue sa femme « La tête funeste de Méduse ».
Il avait conservé la tête couverte de serpents devant laquelle se figeaient ceux qui croisaient son regard, 
Annibal Carrache,
« Persée pétrifie Phinée et ses compagnons en leur présentant la tête de Méduse » . 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2022/12/peindre-les-faits-divers-alexis-drahos.html
Alors que pendant longtemps les monstres étaient représentés de face et les héros de profil, Méduse est passée du symbole de l’horreur à icône féministe. 
Sur un bouclier décoré par Le Caravage, « Medusa » doit conjurer le sort.
On retient son regard par Franz von Stuck peintre symboliste allemand.
Elle figure dans le jeu vidéo « Assassin’s Creed ».
Autre tueur de monstres, « Thésée vainqueur du taureau de Marathon » Van Loo,
va sauver « Les Athéniennes livrées au Minotaure » Jean-Baptiste Peytavin.
Sa destinée est toute tracée avec Ariane et son fil pour se retrouver dans le labyrinthe dans « Thésée et le Minotaure » par le Maître des cassoni Campana.
Si d’après le roman d’Anatole France, « Les dieux ont soif », Watteau, Boucher, Fragonard, « serviteurs de l’Ancien Régime » furent jugés coupables de la défaite lors de la guerre de sept ans, le néo classique Charles Edouard Chaise restitue, au moment de la Révolution, toute la grandeur romaine dans « Thésée vainqueur du Minotaure ».
Picabia
utilise une photographie de Blumenfeld dans « L’adoration du veau » ; s’agit-il de la représentation de la montée du nazisme ou de la dictature d’André Breton sur le mouvement surréaliste ? 
Parmi les nombreuses versions par Pablo Picasso du lubrique être hybride, le  « Minotaure courant » n’est guère effrayant
alors qu’avec « Dora et le Minotaure » la violence sexuelle déborde.
Le « Minotaure aveugle guidé par Marie -Thérèse au pigeon dans une nuit étoilée » 
est en position de faiblesse.
Le tableau « Minotaure et jument morte devant une grotte » 
présente quelques éléments qui apparaitront dans « Guernica ».
« Le baiser du Sphinx »
, ou plutôt de la sphynge par Franz von Stuck devait mettre en garde contre les ravages de la syphilis, et prolonger l’évocation d’un mythe éternel. 
Hercule, (Héraclès) aura 12 travaux à accomplir pour se purifier de ses meurtres, et quelques expéditions à mener aux confins du monde connu. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2017/03/monstres-et-heros-serge-legat.html
Par Zurbaran : « Hercule affrontant le lion de Némée »  
dont la peau est impénétrable va l’étrangler, ses flèches ne pouvant l’atteindre.
Antoine Bourdelle
avait bien rendu toute la force de l’athlétique 
« Hercule archer » visant les oiseaux carnassiers du lac Stymphale.
Sur la route du jardin des Hespérides, il a étouffé Antée 
qui reprenait force lorsqu’il touchait la terre, Antonio Pollaiuolo « Hercule et Antée ».
Par contre, il se rendra esclave d’Omphale dont il est amoureux  
« Hercule à la cour d'Omphale » Lucas Cranach l'ancien 
Il a dressé son bûcher pour mettre fin aux atroces souffrances causées par la robe empoisonnée du sang de Nessus. 
La scène par Giovanni Battista Zelotti au dessus de la cheminée de la villa Emo voisine
avec « Noli me tangere » au moment de la résurrection du Christ.
Coypel célèbre Hercule lorsqu’il accède à l’éternité
comme
Andrea Pozzo « Les actes d'Hercule et son apothéose ». 
« Ce que vous laissez derrière vous n'est pas ce qui est gravé dans les monuments de pierre, mais ce qui est tissé dans la vie des autres. » 
Périclès, Ve siècle av. J.-C.

mardi 7 avril 2026

Tempête au haras. Chris Donner & Jérémie Moreau.

Un enfant nait dans une écurie  au moment où une jument met bas.
Cette scène initiale pourrait laisser prévoir un récit sans surprise, mais les péripéties, qui précèdent une conclusion attendue, laissent de la place à la curiosité.
Les personnages sont intéressants, pas parfaits, mais volontaires, faisant face à l’adversité dans un monde hippique évoqué avec précision.  
Après l’interview du jeune garçon qui n’a pas répondu comme l’attendait une journaliste, le caméraman réagit : 
«- On n’est pas là pour décourager les gens, on est responsables.
- Et la vérité ? T’en fait quoi ? »
Cette histoire a d’abord été un roman jeunesse avant d’exister au cinéma : « Tempête ».
Les dessins un peu effilochés conviennent bien à l’énergie de la course et ajoutent une dimension légèrement rêveuse aux situations, mais ils ne servent pas, à mon goût, l’humanité des protagonistes.   

lundi 6 avril 2026

Victor comme tout le monde. Pascal Bonitzer.

 « Elle avait pris ce pli dans son âge enfantin
De venir dans ma chambre un peu chaque matin;
Je l'attendais ainsi qu'un rayon qu'on espère;
Elle entrait, et disait: Bonjour, mon petit père ;
Prenait ma plume, ouvrait mes livres, s'asseyait
Sur mon lit, dérangeait mes papiers, et riait,
Puis soudain s'en allait comme un oiseau qui passe. »
V. Hugo

dimanche 5 avril 2026

Gesualdo Passione. Les arts florissants/ Compagnie Amala Dianor.

La postérité du « musicien meurtrier » de sa femme et de son amant, Bertrand Cantat de la fin de la Renaissance, pose à nouveau la question de la mise à distance de l’œuvre et de son auteur, d’autant plus que ce crime dit « d’honneur » ne lui valut qu’un exil pour échapper à une vendetta. 
« L'usage de la cour espagnole, qui s'appliquait à Naples, réclamait la mort de la femme adultère et de son amant alors que, dans le Nord de l'Italie, la tradition réclamait la mort de l'épouse seulement». 
Ce féminicide atroce, documenté dans le journal de salle, était dans nos têtes lors de l’évocation pendant plus d’une heure des souffrances du Christ, derrière les mouvements des danseurs contemporains et les chants déchirants et retenus d’un chœur très mobile.
Ce « concert dansé » a conjugué, dans l’intensité, les polyphoniques antiennes et les répons avec des mouvements gracieux. Ces gestes inventifs, pris de spasmes, évoquent, sans les parodier, les figures de la Passion.
 
    

samedi 4 avril 2026

Tant que le café est encore chaud. Toshkazu Kawaguchi.

Tant que le café est encore chaud, on peut retourner dans le passé sous certaines conditions.
J’avais adoré mon dernier livre japonais, si délicat. 
et l’idée me semblait excellente même pour un coincé du féérique. 
« En général, dans les films ou les romans qui traitent de voyage dans le temps, il est interdit de provoquer une action dans le passé qui aurait des conséquences sur le présent. En effet, si par exemple on empêche ses parents de se marier, voire de se rencontrer, les raisons de notre naissance n’existent plus et on disparaît. » 
 En un seul lieu, le café Funiculi Funicula, le fantastique plutôt bien amené semble ordinaire dans un univers prosaïque convenant plutôt à une forme théâtrale : les voyages temporels s’opèrent depuis la chaise d’une dame en blanc quand elle s’absente pour aller aux toilettes.
J’ai eu du mal à venir à bout des 230 pages avec pourtant des destins variés pour les repentantes partantes pour une expérience qui ne changera rien au présent: 
celle dont le promis est parti à l’étranger, 
la femme d’un malade d'Alzheimer, 
une sœur qui s’éloignait de sa cadette, 
et la propriétaire du café qui va partir dans l’autre sens du temps.
« Il y a une chose dont je voulais te parler depuis longtemps, le jour où l’on se verrait […]
Mais maintenant que tu es là, je ne sais plus comment te dire. »

vendredi 3 avril 2026

Vieux. N° 8.

La maquette soignée du magazine trimestriel peut satisfaire un public fidèle aux éditions papier, lorsqu'elle met en avant le thème séduisant : « Lâcher du lest ». 
Il est question de Diogène qui avait abandonné jusqu’au récipient lui servant à boire; pourtant le syndrome portant son nom signifie l’accumulation d’objets inutiles.
Les rédacteurs souvent primesautiers peuvent célébrer aussi bien les bonheurs du détachement que le plaisir d’être 
« le gardien de son propre musée dont les issues de secours sont bloquées par des piles de vieux numéros des Inrocks.» 
Ces 130 pages légères se permettent l’âpreté qui éloigne des tièdes réflexions et des injonctions banales, hors de « la société de persécution ». 
« A mesure que l’avenir se contracte, rien ne va plus : la santé se fissure, les élans se fatiguent, les illusions s’évanouissent, les êtres aimés disparaissent et les figures idéales de nous-mêmes se retirent, sans bruit, dans l’ombre. » 
Nietzche est cité deux fois :
« L’hypothèse d’un homme libéré de la peur et du besoin de croire,
qui embrasse la pesanteur de son existence et la tourne en légèreté. »
« L’homme est un animal malade de sa mémoire. »
Les entretiens avec Judith Magre, Ginette Kolinka, Olivier Roelinger m’ont davantage intéressé que celui de Karin Viard, ou l’évocation de la carrière d’Helen Miren, mais je savoure toujours autant la diversité des styles et des points de vues : 
« Chéri, j’ai déshérité les gosses ! »
« Faut-il vendre sa cave, la boire ou la donner ? »
« Quelques vieux s’autorisent le « sans limites » pendant que les jeunes réinventent des règles pour tenir le monde debout. » 
Cette fois Philippe Lefait décortique le mot «  frère », 
Patrice Leconte s’interroge sur l’existence de Marc Dorcel. 
Les questions brèves de Caroline Pastorelli sont fécondes avec François Rollin 
tandis que Jackie Berroyer nous rassure par sa modestie souriante. 

jeudi 2 avril 2026

Bruxelles # 4

Nous démarrons plus lentement ce matin.
Dehors le soleil pointe son nez mais méfiance, rien n’est encore gagné.
Le programme d’aujourd’hui débute par la visite de l’Atomium.
Pour y aller, nous utilisons le tram 7 pris station Petillon jusqu’à son terminus au nord de BXL  dans le quartier de Heysel. Le trajet aérien et en partie souterrain de 35 minutes environ permet d’appréhender la dimension de la ville.
Nous parcourons des quartiers cossus aux grosses  maisons, les docks de BXL, des espaces végétaux plus sauvages sous des ponts à l’abandon nous laissant à croire que nous avons quitté la ville.
Au  terminus, le tram stoppe en  bordure du parc de l’Atomium.
Cette curieuse construction en inox étincelant date de 1958 ;
« Elle représente la maille conventionnelle du cristal de fer (structure cubique centrée) » ;
édifié pour l’exposition universelle au milieu de grandes étendues herbeuses,
ce monument  d’une grande prouesse technique traverse le temps et s’implante dans le patrimoine belge comme ce fut le cas pour la tour Eiffel en France.
Nous renonçons à  suivre la queue de visiteurs pour nous élever en ascenseur à l’intérieur, malgré la promesse d’une attente ne dépassant pas les 20 minutes faite par le gardien.
Nous retournons  tranquillement  au tram, dans lequel les sièges libres ne manquent pas puisque nous sommes au terminus. 
Nous décollons assez vite, bénéficions du paysage en sens inverse, présentons nos billets à des contrôleurs avant de descendre à Montgomery où nous nous jetons dans le métro 1 jusqu’à la station De Bruckère devenue familière. 
Quelques gouttes  s’échappent du ciel mais sans véritable menace pour nos projets. 
Nous  nous acheminons vers les galeries royales Saint Hubert vaguement entraperçues hier.
Elles comprennent  la galerie du Roi, la galerie de la Reine, et la galerie des princes.
Maintenus dans un état impeccable, ces luxueux passages couverts du XIXème  servent d’écrin à des boutiques de chocolats, de délicates dentelles s’y vendent,
et les galeries d’art profitent d’un emplacement de choix.
Quelques bars restaurants proposent de petits en-cas dans un décor raffiné et calme.L’heure de manger nous pousse à nouveau vers le quartier sainte Catherine où un restau vietnamien nous convient parfaitement, calme et reconstituant.