Le « tous ensemble, tous ensemble » des manifs de
jadis se décline plus spécifiquement en ces temps en « si tu n’es pas
avec moi, tu es contre moi » qui donne dans la version avec grands
mots : « Siamo tutti antifascisti ! » Sinon t’es facho. Ruffin
a été accompagné de ce chant lors de la fête de l’Huma ; en tant que
dissident de la meute, était-il renvoyé de ce fait dans le camp des gardiens
des camps de concentration ?
Le « En même temps » centriste s’est pris sur les reins
le facho fâché et l’anti fa fat, avec au bout, des plaidoiries en faveur de
la peine de mort. Le complotisme au bras du populisme laisse poindre les
intentions les plus étroites en réduisant la politique à de la tactique.
Les extrêmes occupent tout le territoire binaire que même l’IA
héritière des codages en 0 et 1 en paraîtrait plus subtile. A l’heure où
autoritarisme, exclusion, marqueurs du fascisme, se répandent et que se
multiplient toutes les inversions de sens avec un Poutine attaquant les nazis
d’Ukraine, il convient de peser les mots. Ne pas s’interdire de les employer
car leur réalité saute aux yeux mais en
user à tort et à travers les rend illisibles.
Dans les conversations, il n’est même plus d’usage de
caractériser « L'argumentum ad Hitlerum » tel que l’avait défini Mike
Godwin :
« Plus une discussion en
ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison
impliquant les nazis ou Hitler se rapproche de un. »
L’univers devient indéchiffrable, alors les paroles les plus
sommaires se glissent dans les crânes. Notre monde et ses influenceurs tournent
autour des manipulateurs de haine:Trump, Poutine, Netanyahou…
Mélenchon lui n’a qu’une Jeune Garde
sans kalach’ mais agrège tous les rageux pour lesquels plus c'est gras, mieux c'est .
Sous leurs sourires figés de clowns, maquillés de sang, ils
nous distraient. Plus c’est énorme, plus les péteurs de plomb recueillent des
applaudissements. Leur notoriété se renforce quand les normes abolies auraient
été plutôt un gage de courage à être respectées ; les valeurs, le droit
ont été dégommés.
Tout tourne autour des extrêmes sur fond de méfiance constante
envers les décideurs modérés. L’omniprésence de personnalités clivantes advient
dans un désert politique où les partis ne travaillent plus. Ceux-ci ont évolué
en agences événementielles dans lesquelles le mot « travail » semble radioactif
surtout accolé à « famille », pourtant dernier refuge des
responsabilités.
Comment envisager un avenir, concevoir un programme, quand
dresser un chien devient plus désirable que d’élever un enfant ?
Comment avancer des mesures audacieuses, quand « 53%
des français disent avoir été en souffrance psychique dans les 12 derniers
mois. » ?
Les effectifs baissent dans les écoles, les prisons sont
surpeuplées, les psy sont débordés.
Fascinés par les fachos, nous n’avons pas vus que
l’humanisme muté en objet de dérision avait du mal à répondre aux défis de
l’heure.
« Le Monde » journal du soir, qu’une
porteuse me livre chaque matin, ne cesse de valoriser les impactés "grave" par la pression, bien qu’ils aient pris une année sabbatique, avant
d’accepter un emploi où il s’agira d’en faire le moins possible.
Pour paraître d’une sagesse pourtant sans saveur, il
convient que le boomer « lâche l’affaire ».
Le fatigué des luttes de pouvoir pathétiques y gagnerait la
paix qu’on dit être celle des cimetières.
Pour lutter contre l’exacerbation des idolâtries,
la violence des haines, espérons en la modération des computeurs. Leur
indifférence nous fera peut être regretter nos passions tellement humaines. Dans
le lot de décisions indécidables, si les algorithmes le
veulent bien, l’IA pourrait répondre à nos objections, apaiser nos colères,
quand au triomphe de la paix : c’est pas gagné !
« Nous sommes
destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre. »
Yitzac Rabin