Recherchant si j’avais déjà casé le mot « poignard »,
je viens de relire un de mes articles qui tourne autour de la sidération d’alors
devenue une posture ordinaire :
Nos indignations répétées mettent en relief nos
impuissances.
Bougies et marches blanches viennent trop tard pour apaiser
les culpabilités et les promesses sont vaines : « plus jamais
ça ! »
L’incantation dérisoire rejoint les revendications rituelles
de plus de postes d’infirmières pour les guérisseurs de gauche et de policiers
pour les justiciers de droite.
Les autres, la société, le Président sont rituellement
accusés, alors que des adolescents, aussi souvent infantilisés que jugés aptes
au vote de plus en plus précocement, étaient au courant des intentions de
l’agresseur et se sont tus.
« On n’est pas
des balances ! »
La loi de l’omerta n’est pas qu’une spécialité corse, elle a
gagné la mal nommée « communauté éducative » à laquelle les élèves ne font
plus confiance. Cette conjugaison au présent appelle un bémol puisque
des exhumations récentes du passé de certaines institutions recevant des enfants
justifieraient pour le moins quelque méfiance.
Dans le même déni que celui des déficits budgétaires, le
refus d’envisager une responsabilité d’individus réfugiés dans un silence
complice, est dommageable.
Quand 364 armes blanches ont été saisies en quatre mois lors
de contrôles inopinés autour des collèges, le respect de la vie humaine devient
un souvenir de catéchisme obsolète.
Il n’y a pas qu’autour des points de deal où se règlent des
comptes pour quelques centaines d’€uros que le pronostic vital de notre
humanité est engagé.
Le réel, tranchant comme un couteau, a disparu derrière les
écrans, l’au-delà des fictions a pris le pas sur la vie d’ici bas. Les cris de
l’extrême gauche ou le silence cauteleux de l’extrême droite cachent une
dépolitisation, une déresponsabilisation de la société. Bien qu’une telle globalisation éloigne toute solution effective.
En scrollant entre deux recettes pour préserver notre santé et rétablir peut-être des capacités d’attention que nous savons amenuisées
chez les adolescents et plus encore chez les mous du bulbe que nous sommes
devenus, nous les anciens des écoles écroulées : il convient de diminuer notre temps
d’écran.
Mais cibler le symptôme de nos addictions ne résoudra pas le
délitement du lien social qui serait mis en danger par de telles injonctions.
En mettant les phones au placard, des fauves pourraient se déchaîner, des
silences s’installer, des fraudes devenir salvatrices…
Alors pour ne pas fâcher jusqu’à deux générations de mes descendants, je me contenterai de ces quelques réflexions
sous verre qui n’ont même pas l’excuse d’une élégante originalité.
Brasseur de mots usés, il est heureux que ceux-ci ne marquent
plus guère, je risquerai d’en croiser qui me feraient rougir.
Je ne me console
même pas en m’interrogeant : les puissants sont-ils si puissants ?
Bien des Jupiter ont été plutôt entravés comme Prométhée, empêchés pour le pire
et le meilleur par des normes éprouvantes et des lois protectrices.
« Un téléphone
portable sur dix est volé dans l’année :
les agresseurs sont généralement sans
mobile. »








