Lecteur de rares polars, j’ai apprécié ces 30 nouvelles d’un
des maîtres du genre. « Les souvenirs,
sont comme les cerises, on les cueille l’un après l’autre, mais de temps à
autre, dans le défilé s’en glisse un indésirable et peu agréable qui fait
dévier de la route principale vers des chemins sombres et sales où, au minimum,
on se souille les chaussures. »
Une langue particulière au service de dialogues imagés rend
divertissantes les 380 pages, au cours de situations diverses, aux intrigues
inventives.
« Ce minot
mettrait Jésus en colère ! Il en pense une, il en combine
cent ! »
Des ingrédients familiers se mêlent agréablement dans ce
buffet goûteux : lettres anonymes, tueurs à gage, amours, adultères, héritages, journal
intime, Kamasoutra, hélicoptère, retour au pays, vols en tous genres, maffia,
voyante, diable, rats, littérature et spécialités de bord de mer, petits
indices, fausses pistes et évidences.
« Jena ridens », hyène rieuse : ainsi l’avait
baptisé Montalbano, en hommage à une vieille blague, celle des deux amis qui
vont au zoo et un des deux lit le panneau placé devant la cage de l’animal :
« Jena ridens.Vit dans le désert,
sort seule la nuit, se nourrit de charognes, s’accouple une fois par an. »
Étonné, il se tourne vers son ami et demande :
- Mais pourquoi elle rit ? »
L’inspecteur Montalbano connait parfaitement la
région :
« Toi, à moi, tu
me viendras pas derrière. »
Pour un non sicilien,
ces paroles auraient certainement été peu compréhensibles mais pour Montalbano,
elles étaient claires comme de l’eau de roche. Elles signifiaient : toi,
tu ne viendras pas à mes funérailles, ce sera moi qui assisterai aux tiennes
parce que je t’aurai tué avant. »
La mort omniprésente donne de la vigueur à la comédie:
« Michele Zummo,
propriétaire d’un élevage modèle de poulets du côté du quartier Ciavolotta, fut
avec beaucoup de difficulté reconnu, en qualité de cadavre, au milieu d’un bon
millier d’œufs fracassés soit par la décharge de la lupara, soit par le corps
dudit Zummo, qui s’était effondré en plein dedans. »