vendredi 8 mai 2026

Occident.

Quelques formules rassurent en période brouillée : « apprendre à vivre avec l’incertitude », quand de jolis refrains «  être né quelque part » accompagnent de douces évidences pas toujours acceptées alors que le sol se dérobe sous les pas.
Les internationalistes au poing levé, ennemis de la mondialisation, aiment donner la main aux souverainistes aux pieds tanqués dans le sol des ancêtres.
Le propriétaire de villa du bord de l’Océan ne veut pas la quitter bien que le niveau des eaux monte et le Palestinien tient encore plus à sa demeure explosée qu’aux promesses d’une Riviera. 
Nos enfants partent vers d’autres horizons en avion et d’autres arrivent en canots.
Nous croyions être à l’abri derrière les parapets du monde occidental, sûrs de nos principes que nous avions la prétention de croire universels, indubitablement plus cools que ceux de l’Iran, de la Corée du Nord, de la Russie ou de JD Vance.
Désormais c'est la Chine qui apparaît comme la puissance la plus respectueuse du droit international.
Les mots vacillent pour rendre compte d’un monde brutal et imprévisible, où parfois les péclotages universitaires éloignent encore davantage des réalités abrasives.
Ainsi le mot « Occident » entaché par son appropriation par un groupuscule d’extrême droite dissout en 1968, porte quelque culpabilité résultant de nos esprits volontiers autocritiques.
Cependant d’avoir été colonisateurs au siècle précédent ne nous empêche pas d’adresser un regard circonspect sur les errements de la décolonisation, ni de craindre les nouveaux colonisateurs au discret drapeau rouge et à l’appétit féroce.
Cernés géographiquement par l’Orient, politiquement par le Sud, bien des habitants de la planète se retrouveraient volontiers dans nos riches contrées où nous vivions en paix, mais que nous ne savons pas apprécier.
Alors pour situer nos refuges occidentaux, « Sam’ suffit » comme on n'en fait plus, on dira : l’Europe, la France. Mais il faut être précautionneux, car à vanter nos territoires, certains se crispent et mettent à bas le drapeau tricolore ou le bleu à étoiles, pour en planter d’autres aux diverses combinaisons de vert.
Le terme « vivre ensemble » avec nos cultures différentes devient obsolète, prouvant que nous ne savons nous aimer, ici, maintenant, tels que nous sommes ; pourtant ce n’est pas faute d’émoticônes ni de prêches. L’institution de la vaste Europe, levier de notre puissance, lente à se mouvoir, figure en tête des boucs émissaires devant notre nation, dont la langue commune sert davantage à nous quereller qu’à nous réunir : « tous ensemble » contre …
Il y a de quoi devenir chèvre, quand le niveau de langage s’effondre et que « je m’en bats les couilles » est le seul idiome familier dominant les conversations dans le tram. 
Ces affaires à partir du lointain, dites affaires étrangères, sont révélatrices des extrêmes de chez nous qui jouent à touche-touche, avec leurs regards indulgents convergeant en direction de Moscou qui nous désigne pourtant comme l’ennemi décadent. Alors que la France et son président ne sont pas les plus manches dans notre rapport au monde.
« Le fleuve occidental -  fleuve de Babylone -  roule ses eaux de fange qui charrient des idéologies, des chiens crevés, des religions, des figures de proue laquées de vase verte et des pères étranglés. Sur la rive, il n’y a personne. Si : des garçons et des filles "qui se chargent", des couples qui forniquent avec un microphone autour du cou, des sociologues barbus et des psychiatres glabres. Ils méditent un doigt sur la tempe ; ou ricanent. » 
Jean Cau

jeudi 7 mai 2026

Liège # 3


Entrée libre puisque c’est le 1er dimanche du mois, nous avançons directement dans les salles de l’étage 0.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2026/04/liege-2.html 
Elles exposent des images de la résistance
et les œuvres de jeunes artistes liégeois ne nous retenant pas particulièrement.
Les beaux arts occupent le niveau inférieur avec tout d’abord, la galerie noire qui protège les compositions les plus fragiles comme des pastels ou des aquarelles,
des toiles de Picasso et Vasarelli.
Au même étage dans les autres salles, les collections suivent l’ordre chronologique.
Elles illustrent le « 17ème siècle : âge d’or de la peinture liégeoise, » « le 19ème siècle :
entre néoclassicisme et romantisme », « l’art et l’industrie », « la modernité », « l’impressionnisme » « la vente de Lucerne », « le surréalisme », « le groupe cobra », « l’art abstrait » et enfin « l’art actuel ».
Parmi toutes ces toiles, je retiendrai :" La coulée à Seraing" de Constantin Meunier  
"L’absente au jour des morts" de Walter Mac Ewen (La femme décédée figure en transparence à côté de son mari et derrière sa fille)
Et les œuvres des impressionnistes français,  Picasso,  Gauguin,  Kokoschka.
Nous abandonnons le musée peu fréquentée sans gros coup de cœur  pour retrouver l’air libre en sortant dans le parc.
De là nous apercevons une passerelle qui relie la Boverie
à un autre quartier neuf et moderne en pleine métamorphose
dans lequel se situe la gare Liège-Guillemins.
Le tram la dessert depuis peu, aussi des panneaux « attention à l’hippopotram » mettent en garde les piétons encore peu habitués à sa circulation : le tram a toujours priorité. 
De là où nous arrivons, la perspective sur la gare en impose.
L’architecte Santiago Calatrava Valls l’a imaginée avec de grandes ailes, agençant d’immenses voûtes de verres et d’acier au-dessus des neuf voies ferrées.
Aucun mur ne compartimente l’ensemble, malgré quelques parois en plexi, des escalators conduisent à chaque quai ou sur la terrasse couverte,  et tout s’assemble sous le toit voûté impressionnant. Non loin, s’élancent la tour Paradis et des immeubles en verre élégants.Nous songeons sérieusement à déjeuner, mais peu de restaurants attrayants à part des fast food s’offrent à nous.
En marchant vers le centre, rue des Guillemins, la  «brasserie liégeoise » nous parait plus appropriée, bien que spécialisée dans des plats savoyards… Nous testons les boulets liégeois à la tomate ou un vol au vent, servis avec deux paniers de frites (un seul aurait suffit), nous voilà  repus après des portions copieuses et gouteuses.
Aucune excuse ne tient maintenant face à  l’ascension de la montagne Bueren et les côteaux de la citadelle.
Quoique courageux, nous choisissons la voie la plus facile mais en même temps la 1ère sur notre chemin, qui emprunte la rue de la montagne.
La montée s’effectue par groupes de marches séparées par des pentes.
En bordure, les maisons affichent les convictions de leurs habitants, concernant les préceptes féministes ou l’éducation des enfants («débarquement d’enfants »). Ca sent son "Bobo".
Nous grimpons ainsi jusqu’au monument aux morts et son panorama où se concentrent les promeneurs dont certains s’éparpilleront vers le parc de la citadelle.
Nous redescendons par les célèbres 375 marches  positionnées sur une pente de 30%  plus faciles à aborder dans ce sens qu’à la montée.
Cet escalier impressionnant fut construit au 19ème siècle pour servir aux soldats de la garnison installée à la citadelle afin qu’ils puissent  profiter d’un accès direct à la ville. Les autorités pensaient que lors de leurs permissions, pour rentrer, ils se répandraient moins dans toute la ville et  provoqueraient moins d’incidents ou de dégradations, après la tournée des tavernes.
De chaque côté des marches, des maisons de belles tailles cachées dans leur jardin derrière des clôtures et des portes,  bénéficient d’une belle vue sur Liège grâce à la déclivité offerte par la « montagne ». Mais leurs occupants doivent accepter en contrepartie un accès physique pour rejoindre leur petit paradis.
Nous nous acheminons tranquillement vers notre foyer, via le quartier  Outremeuse  tant cité par Georges Simenon dans ses romans policiers et caractérisé par une météorite enchainé.
Une fois arrivés, notre logeur nous contacte, il souhaite venir déposer du linge avant son départ en vacances. Nous recevons un garçon charmant, disponible, qui nous explique le fonctionnement de la plaque électrique et réinitialise la TV. Il nous conseille aussi de déplacer la voiture, et à défaut de trouver une place autorisée, de garer Gédéon au parking couvert de Médiacité aux tarifs très avantageux.  Nous suivons cette recommandation. Et nous prenons nos aises, repos diner et « the grand Budapest hôtel » à la TV.

mercredi 6 mai 2026

Art contemporain et recherches textiles. Gilbert Croué.

 « Alchimies 13 ». En écho aux traditions précolombiennes,
Olga de Amaral
(94 ans) devenue une référence au-delà de Bogota, 
utilise l’or qui tant tenta les conquistadors. 
« Etoiles ». 
Brigitte Amarger (72 ans) torsade des rebuts de la manufacture des Gobelins et coud sur des radiographies médicales.
« 
Les métamorphoses de l’inutile »
« 
La Terre dans Nos Mains ».
La Finlandaise Raija Jokinen ( 66 ans) fusionne corps humain 
et éléments naturels en fils de lin amidonnés.
« Sweet Symphony »
organique, lyrique, de Claude Como ( 62 ans), a été conçue à l’aide d’un pistolet à tuffeter qui pique le fil sur un support comme lors de la fabrication manuelle des tapis, en bien plus rapide.
« Vague ».
Mariko Kusumoto
(59 ans) a grandi dans un temple bouddhiste sur l’île de Kyushu au Japon. 
Ses créations délicates allient le polyester et la soie dans des moules chauffés reproduisant l’infinité des formes sous marines.
Les taxidermies de Déborah Simon (56 ans) exposées à New York utilisent de l’argile polymère, de la soie, du verre, de l’organza,
des fils de piano, de l’époxy…
La japonaise Chiharu Shiota (54 ans) a travaillé avec Rebecca Horn à Berlin.
« Les tremblements de l’âme »
Ses installations immersives, arachnéennes mêlent des centaines de kilomètres de fils à des milliers de clefs dans  « The key in the hand ».
Les carcasses bariolées où logent des oiseaux tropicaux de Tamara Kostianovsky (52 ans) artiste argentine née à Jérusalem ont été exposées au musée de la chasse à Paris.
Ses sculptures en tissus d’ameublement récupérés évoquent aussi l’abattage des arbres.
Amanda McCavour
(41 ans) travaille les fils comme des outils de dessin 
en les assemblant sur des films hydrosolubles.
Pour évoquer les objets du quotidien ou rendre hommage à la nature canadienne :  
« Ode à une prairie ».
Sarah Walton
(41 ans) brode à la machine sur calicot des moments de bonheur simple :  
« Girl and dog »
« Plongée»
, so british.
Vanessa Barragão (34 ans) comme sa compatriote portugaise Joana Vasconcelos
travaille en équipe et prend des précautions écologiques en utilisant du tencel produit à partir de pulpe de bois sur des toiles alvéolées. « Life flow coral III ».
Sa gigantesque « Tapisserie botanique »  est exposée dans l’aéroport d’Heathrow.
Le collectif Neozoon recycle les vieilles fourrures à Paris et à Berlin :
du steet art avec des poils.