dimanche 17 mai 2026

Beatles everywhere. Ma P’tite chanson.

Le top de la musique pop au ukulélé et à l’accordéon fonctionne bien avec la si belle voix de la chanteuse lyrique Agathe Peyrat accompagnée du facétieux Pierre Cussac qui glisse entre deux reprises forcément mythiques une allusion au Boléro de Ravel, entre autres.
« Jude » et « Michelle » étaient là, « Yesterday » aussi, mais il fallait bien écarter quelques morceaux pour un format d’une heure : et les duettistes ont lâché la main d ’« I want to hold your hand » et abandonné « Lucy in the sky ».  
Dire que je croyais que le groupe aux douces mélodies  avaient créé « No milk today » alors qu’il s’agissait  du groupe mancunien Herman's Hermits.
Je pensais rattraper un peu de mon retard en anglaise musique à défaut d’avoir été peu concerné par la compétition entre les gars de Liverpool et les Stones londoniens, trop polarisé alors avec les frenchies Ferré, Brel, Brassens.   
Et il est trop tard pour progresser dans la langue de John Lennon, Paul Mc Cartney,  George Harrison et Ringo Starr, dont le groupe harmonieux constituait un support pédagogique de premier ordre. Qu’en reste-t-il ? 
Je regrette qu’entre deux gorgées d’eau, la chanteuse ne dise pas plus souvent quelques mots pour situer ses chansons, comme elle a pu le faire à deux reprises, ajoutant de l’émotion à une virtuosité remarquable.

samedi 16 mai 2026

Un mois avec Montalbano. Andrea Camilleri.

Lecteur de rares polars, j’ai apprécié ces 30 nouvelles d’un des maîtres du genre. 
« Les souvenirs, sont comme les cerises, on les cueille l’un après l’autre, mais de temps à autre, dans le défilé s’en glisse un indésirable et peu agréable qui fait dévier de la route principale vers des chemins sombres et sales où, au minimum, on se souille les chaussures. » 
Une langue particulière au service de dialogues imagés rend divertissantes les 380 pages, au cours de situations diverses, aux intrigues inventives. 
« Ce minot mettrait Jésus en colère ! Il en pense une, il en combine cent ! »
Des ingrédients familiers se mêlent agréablement dans ce buffet goûteux : lettres anonymes, tueurs à gage, amours, adultères, héritages, journal intime, Kamasoutra, hélicoptère, retour au pays, vols en tous genres, maffia, voyante, diable, rats, littérature et spécialités de bord de mer, petits indices, fausses pistes et évidences.  
« Jena ridens », hyène rieuse : ainsi l’avait baptisé Montalbano, en hommage à une vieille blague, celle des deux amis qui vont au zoo et un des deux lit le panneau placé devant la cage de l’animal :
« Jena ridens.Vit dans le désert, sort seule la nuit, se nourrit de charognes, s’accouple une fois par an. »
Étonné, il se tourne vers son ami et demande :
- Mais pourquoi elle rit ? »
 
L’inspecteur Montalbano connait parfaitement la région : 
« Toi, à moi, tu me viendras pas derrière. »
Pour un non sicilien, ces paroles auraient certainement été peu compréhensibles mais pour Montalbano, elles étaient claires comme de l’eau de roche. Elles signifiaient : toi, tu ne viendras pas à mes funérailles, ce sera moi qui assisterai aux tiennes parce que je t’aurai tué avant. »
La mort omniprésente donne de la vigueur à la comédie: 
« Michele Zummo, propriétaire d’un élevage modèle de poulets du côté du quartier Ciavolotta, fut avec beaucoup de difficulté reconnu, en qualité de cadavre, au milieu d’un bon millier d’œufs fracassés soit par la décharge de la lupara, soit par le corps dudit Zummo, qui s’était effondré en plein dedans. »

vendredi 15 mai 2026

Le grimpeur et le grognard. Régis Debray Sylvain Tesson.

L’un a joué avec l’histoire, l’autre parcourt la géographie.
Leurs échanges nourrissants, bien écrits, permettent d’aller au-delà des contrastes entre droite et gauche, individuel et collectif.
L’un vient d’un climat « continental sec », l’autre du « tropical humide ».
Ils connaissent bien ceux qui s’approprient le rôle de « procureur du passé » et les « inquiets de l’avenir », ceux qui « se contentent du monde et ceux qui rêvent de l’augmenter. » 
Pleinement dans les débats du siècle, ils donnent à partager une culture venue de loin dans le temps et l’espace et nous nous régalons.
J’avais déjà établi de nombreux liens avec le grognon retrouvé chaque fois avec jubilation, 
 et chroniqué quelques livres du solitaire omniprésent sur les écrans et les écrins de papier.
« Les rivalités politiques ne s’expriment plus par un choc de Titans sur un champ de bataille. Elles infiltrent le corps individuel et social, la santé, le média (vous le savez mieux que quiconque). Elles percolent dans le réseau social, les systèmes administratifs, économiques, électroniques. Les Erinyes* s’immiscent. »
Faut-il souligner le respect qui n’empêche pas l’ironie entre les deux hommes de générations différentes mais aux intelligences accordées ? 
« Le salut de nos semblables ? C’était un peu trop large.
Mais heureusement, on rétrécit en vieillissant. Vous verrez, on en rabat. » 
Et même si des questions posées par l’un demeurent sans réponse, c’est qu’il y a tant à partager, à argumenter. 
 « Je distingue la technique de la technologie. La première prolonge ma main pour répondre à mon désir. La seconde arraisonne mon esprit pour devancer mes besoins. »
86 pages précieuses. 
 
* Erinyes : « Déesses infernales » mythologiques.

jeudi 14 mai 2026

Liège # 4

Sous
 un ciel nuageux puis plus ensoleillé, nous partons à pied visiter le musée le grand Curtius. 
 Nous y arrivons juste à l’ouverture.
Nous sommes les 1ers et seuls amateurs pour l’instant à franchir le seuil de ce bâtiment en brique flambantes  formant avec d’autres un ensemble architectural datant du 16ème au 21ème siècle. Le musée se divise en plusieurs sections, réparties en trois étages. 
Sur les conseils du gardien, qui nous informe que la section du verre est actuellement fermée, nous commençons par le 3ème.
La section des armes s’étale sur les 3 niveaux. 
Le musée détient la plus riche collection au monde : armes blanches, armes à feu, armes militaires civiles ou de chasse, de véritables objets d’art remplissent les vitrines.
Au sol, les canons s’exposent, bien briqués. Des vidéos instruisent sur le façonnage d’une dague, d’autres font la démonstration du maniement des épées.
La section d’art religieux et d’art mosan (de la Meuse) propose beaucoup de statues en bois parfois naïves et émouvantes, du moyen âge au 20ème.
Nous négligeons la partie préhistoire et archéologique, mais pas la section art nouveau.
Elle consacre un espace à César Franck où la présence de son orgue (la console), et de son piano Erard  témoignent de son activité musicale.
Autrement, sont conservés un Pleyel mode art déco et des meubles aux formes caractéristiques.
Dans ce copieux musée aux collections très variées, 
nous avons croisé plus de gardiens que de visiteurs.
N’oublions pas d’évoquer les planches humoristiques du dessinateur Pierre Kroll (journal « le soir ») : disséminées dans les salles et les couloirs, elles croquent certaines des œuvres, et nous ont accompagnés le long de notre parcours. 
Nous évitons le restau ce midi, pour ne pas manquer le début de la visite guidée de la ville.
Nous nous contentons d’un sandwich de boulangerie confectionné devant nous avec les ingrédients de notre choix et mangé devant une Lupulus (bière) consommée à la terrasse du Lou’s bar au soleil.
De sorte qu’au moment du RDV, nous nous pointons  juste à l’heure à l’Office du tourisme. Servais attend déjà le groupe qu’il doit guider.
Une fois son troupeau réuni, il commence par un topo historique. Il aborde ensuite l’édifice dans lequel nous nous trouvons. Aujourd’hui reconverti en Office Du Tourisme, ce plus ancien bâtiment civil de la ville (1543) était au 16ème la halle aux bouchers, construite par la corporation des mangons (Bouchers liégeois).
L’intérieur possède encore sa charpente et ses colonnes d’époque. A l’extérieur, deux mats en pin marquent l’emplacement de l’ancien port fluvial.
Servais nous conduit sur le quai de la batte dans le but de nous montrer une plaque au mur.
Elle signalait le départ des diligences,
au temps où Victor Hugo se déplaçait par ici et qu’il eut l’occasion  d’emprunter.
Nous marquons un arrêt devant une fontaine, à rapprocher des fontaines Wallace à la différence que celle-ci offre des petits bassins au niveau des pieds prévus pour que les chiens de traits puissent s’abreuver.
En continuant sur le quai nous atteignons le Grand Curtius. L’origine du mot Curtius provient de la latinisation du nom Jean de Corte, marchand de poudre à canon de son état. Ce riche commerçant fit construire un ensemble architectural en briques de campagne, plus grossières que les habituelles, recouvertes d’un enduit  produit à partir de sang de bœuf pour lutter contre l’humidité.
Un appareillage en harpe  avec pierres de tailles différentes protège les angles muraux et encadre les fenêtres. Quant au sous bassement, il fait appel à des pierres bleues disposées  en lignes horizontales. La hauteur des étages et des fenêtres varient au fur et à mesure de bas en haut,  marquant la délimitation entre les niveaux consacrés au travail, plus importants, et ceux attribués à la famille. Comme éléments décoratifs, des rectangles jaunes comportent des représentations animales ou autres, dans un style espagnol.

mercredi 13 mai 2026

Peinture, histoire et mémoire dans l’art allemand après 1945. Aline Guillermet.

Le «  Mémorial aux Juifs assassinés d'Europe »
 de Berlin aux 2700 stèles, inauguré en 2005, a été traité de « monument de la honte » par l’extrême droite.
Le terme hébreu « Shoah », d’après d’une expression biblique signifie lieu ravagé et désolé,
« Holocauste » désigne en grec un sacrifice consumé par le feu ou par d’autres forces non humaines.
Hitler avait commandé à Arno Breker « Le Parti et l'Armée » inspiré de l’antiquité grecque.
Adolf Ziegler
son peintre préféré, auteur de «Nue», avait organisé une exposition itinérante d' « Art dégénéré » 
vue par trois millions de personnes où étaient exposés les artistes les plus inventifs.
Après la première guerre, Otto Dix, 
« Auto portrait en tant que prisonnier de guerre », disait:
«  Nous voulons les choses toutes nues, nous les voulons très claires, presque sans art ».
Ni la culture ni le langage n’ont pu empêcher le génocide de six millions de juifs. 
Dès lors, décrire la Shoah avec des mots est vain, voire insoutenable, estime Adorno.
«  Nuit sur l'Allemagne »
 : Horst Strepel reprend l’iconographie christique et affronte le passé,
Wols reste abstrait: « It’s All Over – The City ».
Jackson Pollock « Lavender Mist » figurait parmi les « 12 peintres et sculpteurs Américains contemporains »,  dans l'exposition qui circula en 1953 à Paris, Zurich, Düsseldorf… plan Marshall de la culture.
En 1955, la Documenta de Kassel  intègre la République Fédérale Allemande à l’art européen. Fritz Winter : « Terre liée ».
Käthe Kollwitz, morte en 1944 n’y figurait pas. « En mémoire de Karl Liebknecht ».
K.O Götz
, personnalité majeure de l’art informel, rejoint par le geste l’écriture automatique des surréalistes.  « Bloph X ».
Le groupe Zéro de Düsseldorf travaille à partir des vibrations de la lumière. « Light Dynamo »
Heinz Mack
Polke Joue avec les codes populaires, les stéréotypes. « Petites amies »
https://blog-de-guy.blogspot.com/2014/01/polke-grenoble-2_23.html
Gerhard Richter
et Konrad Lueg s’installent dans un magasin de meubles : 
« Living with pop ».
Le premier a photographié le portrait d’ « Hitler »  qu’il venait de peindre avant de le détruire.
« La volonté de puissance »
de Konrad Klapheck s’impose ainsi que
« Les questions du Sphinx »
du Musée de Grenoble dont il existe 40 versions.
Le projet « Auschwitz demonstration » présenté  par Joseph Beuys lors du concours pour la création d'un monument à la mémoire des victimes d’Auschwitz n’est pas accepté.
« La Grande Nuit foutue »
de Georg Baselitz  avait été confisquée.
Anselm Kiefer
est passé à « Montpellier ». 
« Entre l’été et l’automne 1969, j’ai occupé la Suisse, la France et l’Italie ». 
Le magazine qui a publié ses photographies avait été boycotté. 
« Je ne m’identifie pas à Néron ou à Hitler, 
mais je dois faire un bout de chemin avec eux pour comprendre la folie. » 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2017/06/anselm-kiefer-c-loubet.html
Les ruines étaient présentes chez le romantique Friedrich.
Elles peuvent devenir promesse de renaissance. « Au peintre inconnu ». 
« Je suis dans la pleine efflorescence de l’heure défleurie
et mets une gemme de côté pour un oiseau tardif :
il porte le flocon de neige sur la plume rouge vie ;
le grain de glace dans le bec, il arrive par l’été. »
 
Paul Celan