jeudi 25 juin 2026

Bar le duc

Nous avons bien dormi grâce à une bonne literie, comme dans tous les logements que nous a
vons testés lors de notre périple. 
Seul un mal de dent de sagesse me contrarie (à mon âge !), provisoirement j’espère.
Bien que fermé, l’Office du tourisme a mis à disposition des prospectus dehors sous abri et après nous être servis, nous les consultons devant un café pris boulevard de la Rochelle. Gédéon( notre voiture) nous attend à l’ombre au parking des Minimes.Nous l’y abandonnerons le temps de réaliser le circuit de la ville. Pour commencer nous gravissons les 90 marches du raccourci pour parvenir à la ville haute en coupant la route à plusieurs reprises.
L’ascension débouche sur le « gros Horloge ». Cette tour du moyen âge avec ses cadrans dirigés vers la ville basse et vers la ville haute traversa toutes les périodes, son utilité lui évita la démolition.
Entourée des restes de fortification, elle constitue l’un des emblèmes de la cité.
Nous remontons la rue des Ducs  bordée  de belles maisons  sobres, et inspirées de l’Italie. Plus ou moins décorées, elles adoptent presque toutes un rez-de-chaussée un 1er niveau et un attique et la couleur jaune pâle caractéristique de la pierre de Savonnières en Pertois
Cette rue, la place de la Halle, la place de la fontaine forment depuis le 16ème siècle le quartier aristocratique ; il y règne aujourd’hui une ambiance tranquille,  provinciale.
L’église Saint Etienne voisine avec le tribunal.
Ce dernier occupe une ancienne bâtisse, qui semblerait plus adaptée au tourisme qu’aux bureaux de la justice. Elle aurait vue passer la reine Marie Antoinette. L’église de style gothique flamboyant avec une influence Renaissance, s’appelait à l’origine collégiale Saint Pierre. Elle renferme 2 œuvres majeures du sculpteur lorrain Ligier Richier, « imagier » des ducs de Bar et de Lorraine (1500-1567).
Son « transi » montre un corps en putréfaction, 
décharné mais dans une noble posture le bras tendu vers le ciel.
Quant aux trois statues en bois de son « Christ en croix avec les  2 larrons », 
elles expriment une profonde douleur par des corps plus ou moins contorsionnés et des expressions différentes selon qu’il s’agisse du bon ou du mauvais larron.
Une employée de l’Office du tourisme chargée de surveiller l’église discute un moment avec nous et nous mentionne un pressoir à vin caché au 75 de la rue des Ducs de Bar, dans une maison privée. Aucune indication extérieure ne le signale alors  il ne faut pas hésiter à pousser la porte. Il est vraiment monumental,  il occupe à lui seul  tout l’espace sous le porche.
Il appartenait au 17ème  siècle à de riches propriétaires qui le mirent à disposition des vignerons locaux à une époque où la région était riche en vignes.
Nous nous acheminons vers la rue des grangettes et le panorama sur la basse ville. L’espace dédié au point de vue comporte une table d’orientation très bien faite avec des couleurs pour mieux distinguer les bâtiments importants ainsi que la signalisation de la voie sacrée. Autrement, l’endroit sert de lieu d’exposition à une œuvre au crochet composée de clochettes suspendues. Nous revenons vers la tour, puis  vers le jardin public aménagé sur l’emplacement de l’ancien Château dont il reste la glacière.
En redescendant par la route vers la ville basse, nous parvenons au collège Gilles de Trêves. Fondé à la Renaissance pour instruire les jeunes du Barrois, il passe ensuite  aux mains des jésuites avant d’être reconverti en école pour jeunes filles et ferme définitivement ses portes en 2002. Montaigne de passage dans la ville  le qualifia de « plus belle maison de ville qui soit en France. »
Sous le porche, une inscription en latin voulue par  le fondateur annonce :
« Que cette demeure reste debout jusqu’à ce que la fourmi ait bu les flots de la mer et que la tortue ait fait le tour de la terre. » La porte franchie, nous entrons dans une cour bordée de bâtiments avec galerie, dont les fenêtres, les éléments décoratifs attestent de l’époque d’origine. Les murs, après une restauration nécessaire ont retrouvé la couleur jaune pâle des pierres de Savonnières en Pertois.
Nous continuons notre  descente vers la ville jusqu’à la préfecture, rejoignons le magasin « la nouveauté française »  et le monument aux frères Michaux  sans nous attarder puisque nous les avons aperçus hier. Le circuit est bouclé, il nous ramène au parking (gratuit !) où nous récupérons la voiture.
Avant de quitter Bar Le Duc, la curiosité nous pousse jusqu’à la fabrique de confiture de groseilles épépinées à la plume d’oie, spécialité locale que seule la maison Dutriez continue à produire.
La technique ancestrale requiert du temps et de la patience d’où le prix peu attractif. Nous en ramènerons quand même  un pot présenté avec le luxe d’un caviar local pour notre ami fournisseur habituel talentueux de confitures.
Le voyage repris, nous faisons une courte halte à Saint-Dizier pour des raisons purement pragmatiques : d’abord déjeuner sur la Place de la mairie au bar du commerce (tajine au citron confit ou salade césar) et ensuite remplir le réservoir de Gédéon au Leclerc voisin.
Puis nous nous dirigeons vers Lons par de petites routes départementales à travers des cultures intensives déjà moissonnées, sur des terrains gentiment vallonnés. Nous nous replions quand même sur l’autoroute pour gagner du temps, avec option sieste  sur l’aire de la Vouivre.
....... 
Nous faisons une pause dans nos carnets de voyage pour recueillir ici ou là de la matière pour de nouvelles pages à bord de Gédéon ( notre véhicule à moteur). 

mercredi 24 juin 2026

Le garçon qui faisait danser les collines. Georgi M. Unkovski.

Des conditions de vie misérables, déscolarisation, maltraitance, mariage arrangé ne sont pas annoncés par le titre poétique. 
Le titre original « DJ Hamet » du nom de grand frère qui s’occupe du petit frère mutique dans la campagne de Macédoine du Nord aurait mieux convenu, à mon goût, car la musique est un élément central du scénario. Elle entre en conflit avec les traditions d’une façon possiblement comique et quelque peu schématique. 
Les échappées oniriques excusent des invraisemblances qui relèvent de la fable plutôt que de l’anthropologie. Les dernières scènes atténuent les archaïsmes machistes qui accompagnent la religion dont le minaret sera un vecteur involontaire de la modernité.

mardi 23 juin 2026

Gone with the wind. Pierre Alary.

L’affiche du film « Autant en emporte le vent » avec Vivien Leigh et Clark Gable tapisse nos mémoires. Je suis allé voir la version en bande dessinée dont j’ai lu le premier volume aux 136 pages palpitantes où les passions intimes se consument sur fond d’incendies. 
L’auteur reprend le déroulé du roman de Margaret Mitchell et les silhouettes des protagonistes de l’aristocratie sudiste au temps de la guerre de sécession. Les personnages évoluent et les ambigüités de l’amour jouent dans des contextes fragiles: le romantisme se heurte au cynisme, la guerre exacerbe les ambitions et bouleverse les destinées, les rapports avec les enfants, les esclaves, les familles.
Pour avoir été « élevée dans le coton », Scarlett agaçante et admirable résiste dans une société corsetée en train de s’écrouler.  
« Vous Scarlett, vous prenez la vie à bras-le-corps et la pliez à votre volonté. »

lundi 22 juin 2026

No other land. Basel Adra et Hamdan Ballal.

Le titre de ce documentaire tourné de 2019 à 2024 dit tout des Palestiniens chassés de leurs cailloux par l’armée israélienne en Cisjordanie, maison par maison, n’épargnant ni école, ni poulailler, depuis des années.
Deux pacifistes issus des deux nations irréconciliables documentent cette violence des militaires et des colons qui n’aiment pas qu’on les filme.
Vu la réprobation mondiale on ne doute plus de la puissance des images si difficiles à saisir dans un monde croulant par ailleurs sous les avalanches d’icônes, de clichés.
Pourtant les destructions s’amplifient qui font douter de la démocratie où les démarches juridiques se heurtent à l’arbitraire politique engoncé sous son casque et ses blindages.
Les images tremblées ne sont pas des affèteries artistiques et peu importent les cadrages.
Une petite fille qui tente une roue au milieu du chaos aurait pu fournir une représentation d’un certain espoir en l’avenir, ce sera seulement un sourire furtif au milieu de l’enfer comme on tousserait après une bouffée fraternelle autour d’un narguilé.

dimanche 21 juin 2026

Birds on a Wire. Dom la Nena & Rosemary Standley.

La franco américaine et la franco brésilienne savent chauffer une salle prête à répondre en anglais ou en portugais, mais je suis resté tiède. 
J’ai aimé la pureté de leurs voix et celle du violoncelle augmenté de la technique du looper qui permet d’enregistrer une brève mélodie pour la faire revenir en boucle et la superposer à une interprétation en live.
Par contre les interpellations adressées au public m’ont parues parfois laborieuses et ont perturbé par exemple la reprise du sublime « Perlinpinpin » de Barbara au sortir de rigolades : 
« Pour qui, combien, quand et pourquoi, contre qui, comment, contre quoi
C'en est assez de vos violences
D'où venez-vous, où allez-vous, qui êtes-vous, qui priez-vous
Je vous prie de faire silence
Pour qui, comment, quand et pourquoi, s'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose » 
Ces chants et comptines folk ou baroques parfois lyriques, en langues diverses valent par leur diversité. 
Mais ne saisissant pas le sens des paroles, je n’ai pas  rejoint les « oiseaux sur leur fil » dont l’intitulé vient d’une chanson de Léonard Cohen  
« Like a bird on the wire 
 like a drunk in a midnight choir 
 I have tried in my way to be free. » 
« Comme un oiseau sur le fil
Comme un ivrogne dans une chorale de minuit
J'ai tenté, à ma façon, d'être libre ». 
Par contre j’ai apprécié « La peinture à l’huile » de Bobby Lapointe parfaitement adaptée à leur douce fantaisie et « Sur la place » de Brel magnifiquement redécouverte.  
« Ainsi certains jours paraît
Une flamme à nos yeux
A l’église où j’allais
On l’appelait le Bon Dieu,
L’amoureux l’appelle l’amour
Le mendiant la charité
Le soleil l’appelle le jour
Et le brave homme la bonté. »

samedi 20 juin 2026

Les écoles normales primaires de l’Ardèche. Elie Reynier Louise Abrial.

Mon collègue DDEN (Délégué Départemental de l’Education Nationale) a trouvé dans une brocante cet ouvrage de 1945, imprimé sur un mauvais papier comme les auteurs méticuleux le précisent eux-mêmes dans des notes annexes fort instructives.
Je pensais jeter un coup d’œil distrait sur ces 130 pages avant de les transmettre à une autre enseignante qui fut enseignée par sa mère et son père dans leur école publique où persistaient sûrement le souvenir de feux allumés par des femmes au début du XX° siècle pour « purifier l’air et le sol » après le passage d’un député républicain.
Une jeune institutrice n’avait pas renoncé lorsqu’elle avait été nommée dans la plus vilaine des masures du hameau:
«On n’y voit plus à trois heures de l’après-midi : 
fermez vos cahiers, approchez-vous, et chantons. Et les voilà heureux. » 
Avant que Jules Ferry en 1879 impose une Ecole normale de filles et une de garçons dans chaque département, Guizot avait préparé le terrain dès 1833.
Il est bon de revoir les pères fondateurs de l’école dont Ferdinand Buisson qui pensait que le rôle de l’école laïque était de  
« prendre l’être humain pour lui donner l’idée qu’il faut penser par lui-même ; 
qu’il ne doit ni foi ni obéissance à personne, que c’est à lui de chercher la vérité et non pas à la recevoir toute faite, d’un maître, d’un chef, quel qu’il soit, temporel ou spirituel. »
Les élèves-maîtres se levaient à quatre heures du matin pour des apprentissages du système métrique et autres prières, greffes et herbiers, calligraphie ; la pédagogie préparait à l’enseignement mutuel.
Les auteurs récusent le jugement que ces lieux de formation, vus comme des foyers communistes, vivaient en vase clos.
Deux mois avant sa mort sur le front pendant la première guerre un instituteur a écrit: 
« Fortifions nos impatiences de « mécontents » en mal de mieux être social de l’espérance que le « matériel humain » ne nous aura pas été trop gâché, sali, encanaillé. » 
En 1940 le régime de Vichy a supprimé les Ecoles normales,
elles sont rétablies à la Libération en 1944.
En 1990, les E.N. (écoles normales) sont remplacées par les IUFM auxquels succèdent les Écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE) en 2013.

vendredi 19 juin 2026

Tout. Régis Debray.

L’auteur de « Riens » avait déjà donné dans le titre bref avec « Nous » pour baliser une production abondante dont je rappelle ci dessous un lien amenant vers d’autres, en bon toutou reconnaissant, qui essaye de suivre. 
« Le nombre de psys en France a doublé en cinq ans ; 
celui des militants s’est divisé en cinq. 
Les uns font parler le passé de leurs patients, 
les autres font reluire un futur qui jamais n’arrive. » 
Régis, Jules (son deuxième prénom) Debray se passe des grands mots, mais nous abreuve de bons mots en un dictionnaire des idées pétillant, jouant des contraires de féconde façon : 
« Sans un abominable derrière la porte, l’estime de soi est en danger. »
«  La sociologie, expliquait l’historien Paul Veyne, est une mode évanescente, 
une histoire sans le nom ou une philosophie sociale qui ne s’avoue pas. 
Pierre Bourdieu, sociologue, tenait que l’histoire, cette fausse science, repose sur la superstition empiriste du cas particulier.»
Il illustre une certaine « nostalgie des lendemains » en une série de portraits de compagnons et de compagnes : Joanie (Baez) et la Pasionaria, le Che, Fidel, Giangiacomo (Feltrineli)…
Dans un riche chapitre, il met en miroir : prospectives et rétrospectives, république et démocratie, masculin et féminin, et bien sûr : temps et espace … 
«  Le XX° fut déjà celui des illusions collectives ; 
littéraire fut le XIX° ; 
philosophique, le XVIII° ; 
moraliste, le XVII° ; 
clérical, le XVI°. »
et distingue : 
« une France élégance (d’Ormesson), 
une France romance (Romain Gary), 
une France enfance (Alain-Fournier),
une France souffrance (Bernanos) ».  
Je ne me lasse pas de le citer, en évitant de nommer « punch line » ses fulgurances habituelles : 
« Hier, je pense donc je suis. Aujourd’hui, je ressens donc je sais. »
« Un chic type sans un salopard en face est comme un jour sans nuit, 
un endroit sans envers, un fidèle sans infidèles. » 
La table des illustrations est à la page 201 :  
« … le grand-père Jules et sa famille, au sortir d’une église… » 
J’étais en si bonne compagnie : 
« N’étant plus dans le coup, on cherche à surplomber pour faire l’important ».