jeudi 22 octobre 2026

L’abstraction au féminin. Sophie Bernard.

L’exposition «  Elles font l’abstraction » au musée Pompidou en 2025 a inspiré la conférencière,, conservatrice des collections d’art moderne et contemporaines
, chez elle devant les amis du musée de Grenoble. Leur catalogue présentait une œuvre de Bridget Riley « For Gengi » pour illustrer la diversité des artistes féminines s’étant consacrées à l’abstraction depuis les pionnières des années 20 jusqu’au op art des années 70, en terre dauphinoise.
La suédoise Hilma Klint (1862/1944)« The Ten Largest, Childhood, No. 2 » permet de fixer les terminologies. L’art non figuratif entre en abstraction, après le cubisme qui avait décomposé les formes, abandonné la représentation pour chercher l’essence. Elle s’intéresse au spiritisme, vient du symbolisme et précède le surréalisme, le psychédélisme.
Sonia Delaunay
 (1895/1979) née Sarah Stern, en Ukraine, est la première femme vivante ayant bénéficié d’une rétrospective au Musée du Louvre en 1964. 
Apollinaire avait baptisé le mouvement qu’elle avait fondé avec son époux Robert Delaunay « l'orphisme » (ou simultanéisme). 
« La couleur a une vie propre »
La lumière de l’Espagne, où la guerre de 14 l’a surprise, dissout les formes : 
« Femme à l’ombrelle ». 
Elle ouvre sa propre maison de couture. Ses formes géométriques remettent en cause la dichotomie entre beaux arts et arts appliqués. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2026/04/art-textile-au-xix-et-au-xx-siecle.html
Sophie Taeuber-Arp
, ( 1889/1943) peintre, sculptrice et danseuse suisse, a participé au mouvement surréaliste avec son mari Jean Arp. 
Son « Echelonnement » souligne l’importance du rythme. 
« Ce n'est qu'en se plongeant en soi-même et en cherchant l'authenticité que l'on parvient à créer des œuvres de valeur et vivantes. »
Laure Garcin
 (1889/1943) a cherché différentes formes « Abstraction création cahier 2 », elle réalise des films poétiques, rédige des écrits théoriques où la spiritualité à la recherche de l’harmonie s’ancre dans la réalité sociale. 
« Une Camille Claudel sans œuvre, une Louise Michel privée de barricades. »
« Construction en cuivre »
d’Anton Prinner, né Anna Prinner (1902/1983) à Budapest, appartient au courant constructiviste. « Monsieur, madame » comme l’appelait Picasso a traversé beaucoup de genres : ayant illustré le Livre des Morts des anciens Égyptiens, le sculpteur, céramiste invente la « papyrogravure » . 
« On dit que l’artiste doit chercher à se connaître. Je fais tout pour pouvoir chercher à ne pas me connaître. C’est beaucoup plus riche et beaucoup plus difficile. »
« Les Tours »
Vieira da Silva 
(1908/1992)
« … des fenêtres ouvertes sur la ville, et des villes proches ou lointaines, à l'infini, Vieira da Silva aura arpenté en tous sens son champ de vision, multiplié ses points de vue. »
Judit Reigl (1923/2020) a fuit la Hongrie stalinienne, 
elle offre à André Breton « Ils ont soif insatiable de l'infini » 
puis se lance corps et âme dans l’abstraction lyrique.
« Eclatements »
Aurélie Nemours
(1910/2005) adepte de l’abstraction géométrique va à l’essentiel 
 « Structure du Silence ». 
« Il faut se libérer, faire le vide et même perdre pied, 
parce que c'est là qu'est possible la révélation de l'être. »
 La Franco-hongroise Vera Molnar ( 1924/2023) une des premières à travailler avec un ordinateur 
« voyait la machine comme un outil soumis à sa volonté ». 
« Cercles et demi-cercles » rééquilibre les déséquilibres.
Shirley Jaffe
 (1923/2016) née dans le New Jersey, 
est passée des gestes instinctifs à la géométrie. 
« High Seas » 
 « L'artiste qualifiait sa démarche d'abstraction « impure », 
associant mouvement et relations sensibles tout en refusant l'harmonie facile. »
Johan Mitchell,( 1925/1992) elle aussi américaine a vécu près de la maison de Monet où elle se plait à peindre en grands formats ses souvenirs plutôt que de recopier la nature.  
« Quatuor II for Betsy Jolas ».
La britannique Brigdget Riley  née en 1931, travaille les illusions d’optique. 
« Les échecs d'un artiste ont autant de valeur que ses réussites. »

mercredi 21 octobre 2026

Bologne # 2

En associant le GPS du téléphone à celui de l’automobile, nous parvenons enfin à la jolie maison en semi campagne. 
Une hôtesse riante, bavarde et accueillante nous y attend pour faire le tour du propriétaire avant que nous repartions pour Bologne pour notre visite retenue.
Une fois de plus nous galérons pour atteindre notre objectif, et débusquer l’entrée du parking souterrain piazza dell 8 agusto.
Par contre nous apprécions son emplacement car en remontant à pied  la via dell’ Indipendenza, nous arrivons directement  et rapidement  à la tour de l’horloge.
Décidément, ici aussi nous bataillons  pour trouver l’entrée de la tour  dissimulée  dans le palais d’Accursio ou palais du Potentat aujourd’hui mairie ornée de rouge et de tableaux religieux. Nous devons emprunter une rampe aux marches très basses située dans le bâtiment même, suffisamment large pour que chevaux et carrosses puissent monter jusqu’au 1er étage. Puis nous franchissons une porte de contrôle accédant à l’intérieur de  la tour, sans réel intérêt.
Par contre à l’extérieur, visible de 2 terrasses à des étages différents,  une vue panoramique sur la piazza Maggiore nous récompense de nos efforts.
Nous profitons du lieu, presque seuls, 
et nous prenons plaisir à photographier en toute tranquillité.
Un peu plus de monde circule sur la  piazza del Nettuno voisine où nous nous rendons. Elle doit son nom à la fontaine centrale réalisée par Jean de Bologne à la demande d’un pape. Mais
Il n’y a rien de religieux dans ces sirènes lascives, adoptant des postures impudiques ;
quant au pauvre Neptune, suite à de nombreux scandales, il fut un temps affublé d’un pantalon de bronze pour couvrir sa nudité, dont il reste quelques empreintes. Autrement, une bibliothèque occupe un pan de la place.
Une multitude de photos d’identité en noir et blanc sous verre recouvrent une partie de sa façade, en mémoire à des résistants.
Nous nous baladons en direction des deux tours Asinelli et  Garisenda.
De là démarre la strada Maggiore dont le caractère ancien nous séduit.
Nous nous  engageons dans cette rue pavée assez étroite, bordée de palais et d’arcades (parmi les 38 km qui parcourent Bologne). 
Nous apercevons régulièrement la lettre V  de couleur blanc délavé sur les murs ou les arcades ; vestige de la guerre, elle  indiquait à la population l’emplacement  des abris.Peu à peu la nuit tombe.
Nous choisissons d’entrer dans la salle minuscule de l’Osteria del podesta dans le quadrilaterio plutôt que de nous installer sur sa généreuse terrasse extérieure,  afin de déguster au chaud de délicieux tagliolini au citron/ beurre/ jambon. 
Notre sens de l’orientation en panne pour tous les deux, nous nous en remettons au GPS pour nous ramener au parking (12 €). Avant de rentrer, nous tentons plusieurs stations d’essence (certaines censées s’exprimer en français) pour nourrir Gédéon ( notre voiture), il pluviote lorsque nous arrivons à notre logis. 
PS : Bologne = 400 000 habitants 

mardi 20 octobre 2026

Les gens honnêtes. Durieux/ Gibrat.

Le jour de ses 53 ans Philippe apprend son licenciement : 
« - De toute façon, t'as pas besoin de te lever, toi, demain.....
- Si, justement, j'ai un entretien.....
- Super ! Je savais bien qu'un mec comme toi resterait pas longtemps sur la touche.
- L'entretien, c'est avec le proviseur. Arnaud a encore fait des conneries. »
 
Arnaud, c’est le fils.
Le titre de ce premier album d’une série en comportant quatre, est à comprendre entre premier et second degré, car la passivité du personnage principal, père absent, assoupi dans l’alcool,  ne mérite pas ce qualificatif qui convient mieux à son ami indéfectible et drôle.
Bien que lu en vitesse - c’est son mérite - les conditions de la mise au chômage sont vite expédiées et la solution à ses problèmes d’indemnité guère honnête avec certains personnages caricaturaux quand d’autres, son ex, auraient peut être mérité d’être plus à l’avant.  

lundi 19 octobre 2026

Minotaure. Andreï Zviaguintsev.

Si loin des babouchkas et des nounours en peluche légendaires, ce film qui ne sera pas projeté en Russie, illustre remarquablement le tragique mythe grec.
Un PDG vit confortablement dans sa maison vitrée en pleine nature avec son fils et sa belle femme. Quand elle est lassée de cuisiner, ils commandent des pizzas. 
Leur histoire conjugale inspirée de « La femme infidèle » de Chabrol se déroule peu après le déclenchement des « opérations spéciales » quand doivent être réquisitionnés une quinzaine de soldats. 
Les arrangements entre puissants vont au-delà des coutumières accointances. 
Les destins intimes croisent les péripéties sociales, l’effondrement du couple accompagne la déliquescence d’une société où tout est possible, surtout le pire.

dimanche 18 octobre 2026

Les Indes galantes - De la voix des âmes. Leonardo Garcia-Alarcon/Bintou Dembélé.

Pour accompagner le célèbre titre il convient de préciser les noms des nombreux participants  d’un plateau bien garni en musiciens et danseurs : Jean Philippe Rameau est joué sur instruments d’époque par l’ensemble Cappella Mediterranea accompagné du chœur de chambre de Namur alors que les danseurs appartiennent à la structure « Rualité » (rue et réalité). 
La musique baroque contrastée était faite pour rencontrer les structures fermes du hip hop en toute théâtralité.
Bien que les arguments de l’opéra ballet de 1736 soient développés dans le livret d’accompagnement, un sur titrage n’aurait pas été superflu pour éclaircir les textes.
Pourtant la beauté des voix des solistes et des chanteurs du chœur qui se joignent parfois aux danseurs est incontestable.
L'épisode «  forêts paisibles » repris au rappel emporte le public qui gardera la mélodie dans l’oreille et l’énergie de la chorégraphie qui s’était fait attendre. 
Si les lumières ont parfois ébloui le public, les vêtements issus de la garde-robe des Deschiens apparaissent comme des critiques secondaires, tant l’équilibre entre musique et danse est remarquable, bien qu'il eut été tellement facile de faire passer une pirouette sur la tête devant un accord de clavecin.
Le cinéma avait exploré les coulisses des répétitions et situé cette interprétation en « contrepoint face à l’imaginaire colonial » respectant un vocabulaire déconstruit à la mode;
alors que, tout simplement, ce moment de plaisir transcende les époques . 

samedi 17 octobre 2026

Les grues volent vers le Sud. Lisa Ridzén.

L’émotion, maître mot de bien des lecteurs, se comprend de la part des septuagénaires qui se reconnaîtrons dans cette chronique d’une fin de vie d’autant plus remarquable qu’il s’agit du premier roman d’une jeune suédoise de même pas quarante ans. 
«  … les larmes trouvent un support dans la plupart des souvenirs ».
Construit comme une lettre à sa femme, qu’elle ne pourra pas lire maintenant qu’elle est en maison de retraite atteinte par Alzheimer, un vieux monsieur solitaire, mais bien entouré, ajoute ses observations à ses souvenirs, à ses rêves. Les mots laissés par ses aides soignantes sur un cahier de liaison ponctuent le récit.
Il veut garder son chien, mais son fils estime qu’il ne peut plus s’en occuper correctement. Autour de cet enjeu remontent sur plusieurs générations les rapports père/fils, sous les silences nécessaires ou regrettables. 
«  J’ai envie de crier, mais j’ai l’impression que mes sentiments sont ridicules.Comme si personne au monde ne pensait que j’avais le droit d’être en colère comme ça. » 
Ces 420 pages ont tout le charme de la littérature scandinave où la nature est très présente
et la finesse, la profondeur, des livres crépusculaires qui auraient tendance à faire un genre, 
comme l’importance des chiens qui tiennent chaud aux papates des humains. 
L’écriture pudique de ce livre suit la perte d’autonomie et rend poignante la fatigue du vieux monsieur.
« Je regarde mon reflet, l'air interrogateur, et j'essaye de chasser mes craintes. 
Je ne faisais jamais ça avant, je ne ruminais pas et je ne m'inquiétais pas pour un rien. 
Mais maintenant, chaque aspect de ma vie est devenu fragile. Je ressens soudain de la compassion pour l'homme dans le miroir. Ce n'est sacrément pas facile d'être un humain. »

vendredi 16 octobre 2026

Le Postillon. N°82. Automne 2026.

Le journal garanti avec 0,001 % d’IA consacre de nombreuses pages forcément critiques, voire hostiles à la « super intelligence » mais documentées, y compris par des informaticiens soucieux de « relever la tête du guidon connecté ».
Les chercheurs ne peuvent plus suivre les publications scientifiques facilitées par les robots rédactionnels ; l’IA lit les productions, les pille. 
Le sujet  pointu d’une thèse iconoclaste consacrée à une « désescalade numérique depuis les laboratoires d’informatique » invalidée par l’Université, accusant les contestataires « d’ingérence étrangère », révèle cependant des contradictions stimulantes.
Les rédacteurs du « Postillon », technophobes anonymes, confrontés pour leur entreprise à la facturation électronique ne pouvaient qu’en souligner les inconvénients.
Le lac de Paladru occupe la une : «  Les rentiers de l’an 2000 » pour dénoncer la gestion par une SCI du cinquième lac naturel de France. A la suite du labourage d’un accès à l'eau du côté de Bilieu par le maire de la commune « pour chasser les pauvres », les arguments des riverains ne sont guère développés alors que les incivilités suivent une fréquentation exponentielle. 
Le procureur de la République dans l'affaire de l'effondrement de La Rivière a beau avoir été agacé « par la privatisation des bénéfices et la collectivisation du risque» les exploitants de la carrière mis en cause s'en sortent bien, alors que les services de l'état peuvent être mis en cause également.
Le sujet consacré aux gens du voyage fait le point sur la promesse de la Métro, remontant à 10 ans, d’aménager une aire de grands passage qui éviterait les occupations sauvages.
Entre 2018 et 2024 en Isère « 29% des places prescrites par la loi ont été réalisées » aucune dans l’Aglo, la Savoie en avait réalisé 65%. 
De la sortie du club privé « Couleur café » à sa non ouverture, une promenade de 24h dans la rue Chenoise nous fait apercevoir quelques personnages souvent abimés croisés dans une des plus anciennes rues de Grenoble , mais comme le rappelle un livre aperçu lors des ces bavardages :« l’or dans les fêlures » leur va bien ».
Les facétieux ont annoncé une carte des coins à champignons : Egirolles, Coublemelle, Vesse de loup en Vercors… et surfant sur l’invention de « skis électriques » ont imaginé des tongs à assistance électrique, ainsi que du PQ, et même un tee-shirt à chatouilles pour éviter de fâcher les auteurs de blagues qui ne font pas rire.
Une brève évoque le concert interrompu de Barbara Butch pour conclure sur « sa musique de merde ». Mon tee shirt à chatouilles a connu un bug !