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vendredi 8 mai 2026

Occident.

Quelques formules rassurent en période brouillée : « apprendre à vivre avec l’incertitude », quand de jolis refrains «  être né quelque part » accompagnent de douces évidences pas toujours acceptées alors que le sol se dérobe sous les pas.
Les internationalistes au poing levé, ennemis de la mondialisation, aiment donner la main aux souverainistes aux pieds tanqués dans le sol des ancêtres.
Le propriétaire de villa du bord de l’Océan ne veut pas la quitter bien que le niveau des eaux monte et le Palestinien tient encore plus à sa demeure explosée qu’aux promesses d’une Riviera. 
Nos enfants partent vers d’autres horizons en avion et d’autres arrivent en canots.
Nous croyions être à l’abri derrière les parapets du monde occidental, sûrs de nos principes que nous avions la prétention de croire universels, indubitablement plus cools que ceux de l’Iran, de la Corée du Nord, de la Russie ou de JD Vance.
Désormais c'est la Chine qui apparaît comme la puissance la plus respectueuse du droit international.
Les mots vacillent pour rendre compte d’un monde brutal et imprévisible, où parfois les péclotages universitaires éloignent encore davantage des réalités abrasives.
Ainsi le mot « Occident » entaché par son appropriation par un groupuscule d’extrême droite dissout en 1968, porte quelque culpabilité résultant de nos esprits volontiers autocritiques.
Cependant d’avoir été colonisateurs au siècle précédent ne nous empêche pas d’adresser un regard circonspect sur les errements de la décolonisation, ni de craindre les nouveaux colonisateurs au discret drapeau rouge et à l’appétit féroce.
Cernés géographiquement par l’Orient, politiquement par le Sud, bien des habitants de la planète se retrouveraient volontiers dans nos riches contrées où nous vivions en paix, mais que nous ne savons pas apprécier.
Alors pour situer nos refuges occidentaux, « Sam’ suffit » comme on n'en fait plus, on dira : l’Europe, la France. Mais il faut être précautionneux, car à vanter nos territoires, certains se crispent et mettent à bas le drapeau tricolore ou le bleu à étoiles, pour en planter d’autres aux diverses combinaisons de vert.
Le terme « vivre ensemble » avec nos cultures différentes devient obsolète, prouvant que nous ne savons nous aimer, ici, maintenant, tels que nous sommes ; pourtant ce n’est pas faute d’émoticônes ni de prêches. L’institution de la vaste Europe, levier de notre puissance, lente à se mouvoir, figure en tête des boucs émissaires devant notre nation, dont la langue commune sert davantage à nous quereller qu’à nous réunir : « tous ensemble » contre …
Il y a de quoi devenir chèvre, quand le niveau de langage s’effondre et que « je m’en bats les couilles » est le seul idiome familier dominant les conversations dans le tram. 
Ces affaires à partir du lointain, dites affaires étrangères, sont révélatrices des extrêmes de chez nous qui jouent à touche-touche, avec leurs regards indulgents convergeant en direction de Moscou qui nous désigne pourtant comme l’ennemi décadent. Alors que la France et son président ne sont pas les plus manches dans notre rapport au monde.
« Le fleuve occidental -  fleuve de Babylone -  roule ses eaux de fange qui charrient des idéologies, des chiens crevés, des religions, des figures de proue laquées de vase verte et des pères étranglés. Sur la rive, il n’y a personne. Si : des garçons et des filles "qui se chargent", des couples qui forniquent avec un microphone autour du cou, des sociologues barbus et des psychiatres glabres. Ils méditent un doigt sur la tempe ; ou ricanent. » 
Jean Cau

vendredi 24 avril 2026

Vieille France.

Le moindre commentaire devient obsolète dans la minute, alors un brin de prétention sera nécessaire afin d’aligner quelques mots qui ne savent pas quand ils rencontreront leurs lecteurs.
Façon de se détourner d’Ormuz,  je récupère quelques infos s’élevant au dessus des fumées aveuglantes : 
« Un Iphone mobilise entre vingt et quarante pays fournisseurs.»
Le terme d’intelligence collective s'est  effacé au profit de l’artificielle et pourtant, notre tonus, nos intelligences dépendent de tant de monde que la mondialisation ne disparaîtra pas si facilement sous les bombes.
Les préoccupations liées à l’énergie sont remontées en haut de la pile, mais pendant ce temps,  bien d’autres forces minent notre humanité.
Roberto Saviano, sous protection policière permanente, rappelle que le Fentanyl cause 80 000 morts par an aux Etats-Unis qui avaient perdu 4000 soldats en Irak et 50 000 au Viet Nam.
Des quartiers, voire des états, tremblent, avec sous le nez, les kalach' de ces trafiquants de hash.
Après avoir méprisé papes et imams, se rappellent à nous les religions, sous leurs voiles pourtant voyants, soubassements de bien des débats et de quelques dégâts : 
la proportion des musulmans votants pour Mélenchon est semblable à celle des évangéliques en faveur de Trump ou de Bolsonaro.  
En reprenant cette remarque, je fonce, comme beaucoup, dans la muleta insoumise qui adore les contrastes entre ombre et soleil.
Pour être passé de René Dumont à Emmanuel Macron, je peux pardonner les évolutions dans les choix politiques. Mais des raisons tactiques ont mené l'Insoumis en chef, le laïcard, du côté frériste, faisant un peu plus douter du courage, de l’honnêteté des politiques. 
Ne prenant pas part aux fracturations communautaristes, aux pratiques démagogiques, je me sens effectivement mieux dans le camp désigné comme ennemi par la gauche extrême. 
Cependant je refuserai toujours d'être assigné à droite quand ce bord voit l’étranger comme l’ennemi. Tant de pays accueillent plus de réfugiés que nous.  pourtant, les raisons humanitaires s’usent, et se vouloir un homme comme les autres hommes, ou reconnaître la chance d’être né du bon côté de la Méditerranée font du bienheureux, un arrogant.
Les raisons économiques, démographiques en territoire fatigué pourraient convaincre les raisonnables, puisque les gens venus d’ailleurs assurent les boulots dont nos enfants devenus tellement rares ne veulent plus.
Le terme « Nouvelle France » émerge, posé pour accroitre les fractures du pays, et peut convenir aux adeptes du « grand remplacement », dans le même chamboule tout où les « racisés » en appellent à la race, jadis mise en doute par les antiracistes. 
Les visages de notre pays prennent des couleurs, j'allais dire et "c'est bien", en tous cas il en est ainsi, mais des démagogues dressent les bourgs contre les tours, flattent les générations de fin d'alphabet contre les boomers  par ailleurs épargnés d'efforts budgétaires. 
La France est un tout, fait de vieux et de neufs, avec ses généreux et ses méfiants, ses naïfs et ses cyniques, ses noirs et ses blancs...    
La « créolisation » autre mot autour duquel la sphère médiatique a tourné un moment, semblait pour le porteur de la petite main de mon pote, un synonyme de « métissage » de « multi culturalisme », voire d’« intégration » mais les gardiens de chapelles dressent des barricades pour empêcher ce genre de mélange, de confusion, au nom de la « tolérance » et du « bien » excluant le voisin au nom du lointain. « La jeune garde » veille.
"Islamophobes" contre "islamo gauchistes" : voilà encore quelques mots pour effaroucher les braillards qui nous brouillent et nous pèsent, se gonflant les plumes en face de leurs indispensables ennemis de l’autre extrémité. 
« De plus en plus de nos importations viennent de l'étranger. » 
George W. Bush

vendredi 10 avril 2026

Ecriture.

Le passé s’accroche, mais de plus en plus, amnésie aidant, les nouveautés l’effacent de plus en plus vite: la vieille grange au bout de la rue s’oublie, remplacée par un immeuble charmant.
Parmi ces disparitions qui bouleversent nos relations : les messages vocaux et autres émoticônes, signent un amoindrissement de l’écriture.
Les boîtes aux lettres et les présentoirs à cartes postales dateront les films à venir.
La spontanéité de l’oral conduit à éviter de rechercher la précision, notion plutôt moquée que valorisée. Quelques éructations, "VTF", avec quelques lettres pour scrabble ne jouent pas dans la même cour que la précautionneuse écriture qui cherche ses mots, quand aggravée dans l’anonymat des réseaux, la réaction constitue le moteur des discussions.
Je pousse quelques soupirs pour regretter le temps des rédactions qui ne reviendra pas, même sous forme d’atelier comme la calligraphie, dernier témoin de la substitution de la main par le pouce.
Les nuances, les hésitations, les recherches, les pertes de temps, ne peuvent se retrouver dans des simulacres hâtifs constellés de copiés/collés occultant toute pensée autonome.
Alors que s’éteint la distinction entre antisionisme et antisémitisme, des publications jadis exigeantes ont adopté le terme « islamophobie » mais tordent le nez devant « islamo gauchisme », et de peur de ne pas être assez rap, reconnaissent que de l’opéra, ils n’en ont rien à foutre.
Toute œuvre du patrimoine se doit d’être rafraîchie, raccourcie, sonorisée en mode ludique.
Quelques staliniennes grattouillent les stigmates du féminin sur les cartels, mais n’ont pas un geste quand passé simple et subordonnées se barrent.
Et même dans des séquences où l’image et le son sont rois, les scénaristes doivent résumer régulièrement l’intrigue à des spectateurs distraits rivés à leur phone. Dès qu’il y a un effort, le burn out n’est pas loin.
J’ai eu le temps de me maquiller d’une couche de vernis culturel composée de morceaux choisis et autre Marx en bande dessinée ou « Histoire de l’art pour les nuls », mais pas seulement : les débats contradictoires m’ont fortifié.
Mon antédiluvienne expérience me permet de regretter des dérives, des abandons, les facilités du court terme.
J’ai l’âge de me considérer comme un adulte pour rappeler que la société repose sur des règles, des lois qui permettent son fonctionnement: sécurité, santé, éducation, loisirs, transports …
La perturbation de ces services accroit les angoisses, les frustrations et ébranle l’ordre social garanti par l’Etat, confondu dans le vocabulaire exalté, avec le Léviathan.
Libanais, Palestiniens, Soudanais, Iraniens, Ukrainiens... préfèreraient que leur état ne soit pas réduit à un rôle d’ambulance sur laquelle pleuvent les bombes.
Plus près de nous, au moment des premiers pas des engagements municipaux, les enjeux généraux préoccupants ne devraient pas empêcher de résoudre les problèmes à portée de main: avoir l’ambition d’une belle ville, n’oblige pas à subir le mépris des émus exclusifs du réchauffement de la planète.
Balayer devant sa porte, cultiver son jardin et rafraichir sa bibliothèque constituent déjà un sérieux programme personnel qui n’empiète pas sur les plates bandes plus grandioses.
Et inversement ! 
« Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. »  
Georges Pérec

mardi 31 mars 2026

Une saison à l’ONU. Karim Lebhour Aude Massot.

Utile rappel pédagogique des missions indispensable du « Machin » comme le qualifiait De Gaulle où la mise en évidence de ses insuffisances atteste de sa puissance. 
« L’ONU n’a pas créé le paradis, mais elle a évité l’enfer. »
Dag Hammarskjöld, Secrétaire général (1953-1961)
Des anecdotes légères et significatives rendent attrayantes les 210 pages aux dessins agréables, alors que les crises entre 2010 et 2014 sont sérieuses en Libye, au Soudan, en Irak, en Syrie...  
Au-delà des veto du conseil de sécurité et du grand show des AG annuelles,
50 000 personnes travaillent dans le monde pour les organisations onusiennes consacrées 
à la santé, 
l’éducation, 
l’enfance, 
les femmes, 
l’environnement,
dans les agences pour les réfugiés,développant des programmes alimentaires…
ou exerçant dans un bureau des "affaires légales".
100 000 casques bleus sont engagés, mais se montrent parfois inefficaces, voire coupables.  
«  L’ONU n’a pas d’armée. Les casques bleus sont une contribution des états membres. 
Les pays pauvres fournissent les troupes, et les pays riches payent la facture. 
L’ONU paye 100 dollars par mois pour un casque bleu. 
Souvent les soldats ne reçoivent qu’une fraction de cette somme. » 
Dans ce forum gigantesque, des paroles s’acharnent, d’autres se perdent.
L’exclusivité d’une interview du Secrétaire Général Ban Ki-Moon obtenu par le correspondant de RFI s’avère décevante mais drôle à ce point de prudente langue de bois.
Il a fallu plus de cinq minutes à un ministre indien pour s’apercevoir qu’il lisait le discours préparé pour son collègue du Portugal.
Sans que cela tourne à la complaisante biographie, nous nous acclimatons à la ville de New York et aux coulisses de l’institution avec le jeune journaliste grenoblois venu d’un poste au Moyen Orient  en partance pour Addis Abeba.

vendredi 27 mars 2026

Siamo.

Le « tous ensemble, tous ensemble » des manifs de jadis se décline plus spécifiquement en ces temps en «  si tu n’es pas avec moi, tu es contre moi » qui donne dans la version avec grands mots : « Siamo tutti antifascisti ! » Sinon t’es facho. 
Ruffin a été accompagné de ce chant lors de la fête de l’Huma ; en tant que dissident de la meute, était-il renvoyé de ce fait dans le camp des gardiens des camps de concentration ?
Le « En même temps » centriste s’est pris sur les reins le facho fâché et l’anti fa fat, avec au bout, des plaidoiries en faveur de la peine de mort. Le complotisme au bras du populisme laisse poindre les intentions les plus étroites en réduisant la politique à de la tactique.
Les extrêmes occupent tout le territoire binaire que même l’IA héritière des codages en 0 et 1 en paraîtrait plus subtile. A l’heure où autoritarisme, exclusion, marqueurs du fascisme, se répandent et que se multiplient toutes les inversions de sens avec un Poutine attaquant les nazis d’Ukraine, il convient de peser les mots. Ne pas s’interdire de les employer car leur réalité saute aux yeux mais en user à tort et à travers les rend illisibles.
Dans les conversations, il n’est même plus d’usage de caractériser « L'argumentum ad Hitlerum » tel que l’avait défini Mike Godwin :  
« Plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Hitler se rapproche de un. »
L’univers devient indéchiffrable, alors les paroles les plus sommaires se glissent dans les crânes. Notre monde et ses influenceurs tournent autour des manipulateurs de haine:Trump, Poutine, Netanyahou… 
Mélenchon lui n’a qu’une Jeune Garde sans kalach’ mais agrège tous les rageux pour lesquels plus c'est gras, mieux c'est .
Sous leurs sourires figés de clowns, maquillés de sang, ils nous distraient. Plus c’est énorme, plus les péteurs de plomb recueillent des applaudissements. Leur notoriété se renforce quand les normes abolies auraient été plutôt un gage de courage à être respectées ; les valeurs, le droit ont été dégommés.
Tout tourne autour des extrêmes sur fond de méfiance constante envers les décideurs modérés. L’omniprésence de personnalités clivantes advient dans un désert politique où les partis ne travaillent plus. Ceux-ci ont évolué en agences événementielles dans lesquelles le mot « travail » semble radioactif surtout accolé à « famille », pourtant dernier refuge des responsabilités.
Comment envisager un avenir, concevoir un programme, quand dresser un chien devient plus désirable que d’élever un enfant ?  
Comment avancer des mesures audacieuses, quand « 53% des français disent avoir été en souffrance psychique dans les 12 derniers mois. » ?
Les effectifs baissent dans les écoles, les prisons sont surpeuplées, les psy sont débordés.
Fascinés par les fachos, nous n’avons pas vus que l’humanisme muté en objet de dérision avait du mal à répondre aux défis de l’heure.
« Le Monde » journal du soir, qu’une porteuse me livre chaque matin, ne cesse de valoriser les impactés "grave" par la pression, bien qu’ils aient pris une année sabbatique, avant d’accepter un emploi où il s’agira d’en faire le moins possible.
Pour paraître d’une sagesse pourtant sans saveur, il convient que le boomer « lâche l’affaire ».
Le fatigué des luttes de pouvoir pathétiques y gagnerait la paix qu’on dit être celle des cimetières.
Pour lutter contre l’exacerbation des idolâtries, la violence des haines, espérons en la modération des computeurs. Leur indifférence nous fera peut être regretter nos passions tellement humaines. Dans le lot de décisions indécidables, si les algorithmes le veulent bien, l’IA pourrait répondre à nos objections, apaiser nos colères, quand au triomphe de la paix : c’est pas gagné ! 
« Nous sommes destinés à vivre ensemble sur le même sol de la même terre. » 
Yitzac Rabin

mercredi 25 mars 2026

Le familistère de Guise. Thomas Bouchet.

Jean-Baptiste André Godin ancien ouvrier serrurier devenu patron a fait construire à partir de 1858 à Guise (Aisne)  un « familistère » pour ses ouvriers, inspiré des idées de « phalanstère » de Charles Fourier.
La flamme publicitaire Godin s’essaye à la diversification de la marque réputée au XIX° siècle pour ses poêles en fonte conduisant bien le chaleur.
Ainsi le calorifère de 1864 en matériau ductile, qui s’étire sans casser,
ou le fer à repasser de 1846 auquel s’ajoute le nom de Lemaire sa première femme.
Le modèle en jouet de 36 cm de haut a contribué au succès de la marque.
Godin après consultation des futurs usagers met au point une table-banc pour les écoliers qui marquera le paysage des salles de classe.
Ayant participé financièrement à une expérience communautaire peu concluante menée par  Victor Considerant au Texas,
il devient le précurseur des coopératives de production autour de son usine de Guise 
et édifie un « palais social » :
« l’habitation la plus propre à élever le niveau moral et intellectuel des populations, parce que l’enfance trouve l’école à côté de sa demeure, et parce que les commodités de la vie du palais, enlevant à l’ouvrier le surcroît de peine que le ménage isolé comporte, lui laissent plus de loisir pour s’initier aux faits du progrès et à ceux de la vie sociale, par la lecture des journaux et des livres qu’une bibliothèque, facile à organiser, rend accessible à la population entière. »
En 1889, 1780 personnes habitent les bâtiments au « confort bourgeois » avec eau à l’étage, chauffage central, éclairage au gaz, lavoir, piscine, économat, théâtre, écoles pour tous.
Des caisses de secours mutuelles sont organisées en cas de maladie ou d'accident du travail,
et pour les retraites à 60 ans. 
Tout est soigneusement nommé : « La nourricerie et le pouponnat » 
ne pouvaient porter « le nom de l’auge où mangent les animaux » (une crèche).
Adepte de la « gastrosophie », culture du plaisir, destinée à offrir à tous les « raffinements de bonne chère que la civilisation réserve aux oisifs », il organise fêtes et banquets et dans le même temps valorise le travail.
Zola avait pris des notes lors d’une visite :
 
« Maison de verre, on voit tout, bruits épiés. Défiance du voisin. Pas de solitude. Pas de liberté. Mais grandes commodités et aisance. Surtout pour l’enfance… » 
Ses impressions mêlées participent aux débats où capital et travail se frottent : 
« Votre philanthropie vous rapporte » d’après le journal guesdiste Le Socialiste.
La réflexion existentielle a jamais irrésolue 
« L’ouvrier est devenu meilleur, est-il profondément heureux ? » 
n’a-t-elle pas quelque accent paternaliste ?
Au pied de sa statue, érigée après sa mort en 1888 par sa seconde femme Marie Moret,
figure ce pieux message républicain à méditer plus que jamais : 
« La haine est le fruit des mauvais cœurs, ne la laissez pas pénétrez parmi vous. » 
Les « associés » s’étaient constitués au fil du temps en structure privilégiée inamovible, contrairement à la souplesse, aux innovations permanentes qui avaient accompagné des années flamboyantes. Ils n’ont pas permis à l’entreprise de s’adapter :
en 1968 la société fut dissoute.
Son usine de Laeken à côté de Bruxelles et son expérience sociale ont subi le même sort.
Depuis le livre « l’Utopie » de Thomas More mort en 1535, les rêves les plus généreux portant les critiques les plus justes, peuvent tourner en leur contraire, révéler les faiblesses humaines voire mettre en cause les libertés. Bien des questions restent à résoudre.
Au Creusot, à Arc et Senans, 
à différentes époques,
des ouvriers furent logés à proximité de leurs lieux de travail
souvent dans des maisons individuelles différentes de l'habitat collectif de Guise
L’usine textile de Crespi d'Adda en Lombardie 
a fermé en 2003 
mais la cité ouvrière voisine est toujours vivante.
Pas loin de chez nous le lycée Pierre-du-Terrail à Pontcharra est situé à l’emplacement d’un fugace phalanstère à côté de l’usine de  la Viscamine. 
« Ce n'est pas l'Utopie qui est dangereuse, car elle est indispensable à l'évolution. 
C'est le dogmatisme, que certains utilisent pour maintenir leur pouvoir, 
leurs prérogatives et leur dominance. »
Henri Laborit

vendredi 20 mars 2026

Le Postillon. N° 80. Printemps 2026.

Maintenant que l’humour ne dépasse guère le premier degré, la rédaction du trimestriel grenoblois a du expliciter son dessin de une, au cas où parenthèses et sous-titres n’auraient pas été compris : 
« Pourquoi Carignon va (hélas) gagner ? Magouillo ergo sum ».
La réponse à cette question contredit l’analyse tellement sommaire des Insoumis qui ne savent voir dans le maire d’il y a quarante ans que le candidat 
« des riches, des racistes, des islamophobes ».
Le journal engagé à gauche, qui sourit : 
«  le maton revient le jour suivant », 
sait reconnaître que Carignon : 
« ratisse le terrain, s’intéresse à tout le monde, et pas seulement en période électorale. »
Il est aussi question de relations humaines dans la suite de leurs reportages concernant l’abstention aux élections, lors d’un petit tour dans le quartier Teisseire où les bancs publics sont désertés depuis la COVID.
 Sur un mur entre Malherbe et l'Abbaye, un tag interpelle : 
« On se plaint tous que le quartier est mort mais en vrai c’est nous qui nous qui l’avons tué. » 
Les journalistes, plus systématiquement anonymes, critiquent avec constance les nouvelles technologies, agents de la déshumanisation, et pas seulement dans des perspectives lointaines envahies d’intelligence artificielle.
Je partage avec délice leur aversion à la nov’ langue parlée par les business angels : 
«  reporting, seed, pre-seed, SPV qui clean l’étape de capitalisation … » 
Un porteur de projet, basé à Dubaï, d’un super calculateur situé à Eybens est également gratiné et pas seulement pour son vocabulaire « trend » : 
«  J’ai regardé la technologie qui était en train de powerate le truc et je me suis dit il y a beaucoup de GPU derrière ça semble très intéressant. » 
Capgemini a dénoncé ses liens avec sa branche américaine, mais ses procédés de surveillance ont aidé ICE, la police de l’immigration des États-Unis. 
Par chez nous quelques investisseurs d’extrême-droite tournent également autour des start-up.
Vieil héritier des progressistes d’un autre siècle, je ne sais renoncer à l’ensemble de toutes les recherches innovantes comme les radicaux le prônent, à cause de certaines dérives inquiétantes qu’il est évidemment indispensable de dénoncer dans le cadre de débats contradictoires.
La fatigue démocratique atteint les sentiments de tous et ne doit pas assoupir notre raison quand l’avenir ne peut exister qu’avec de la confiance, de l’optimisme. L’investissement dans l’éducation pour former plus d’ingénieurs travaillant à la santé de la planète et de ses habitants devrait être la priorité des progressistes. La décroissance ne peut être un horizon pour les plus pauvres.
Les Postilloneurs reviennent sur l’occupation de la salle de concert « La Bobine » qui constituait pour eux « une expérience remplie de chaleur humaine. »
Lors de l’éboulement de La Rivière, des exploitants d’une carrière ont été mis en cause et le journal continue à regretter la complaisance des services de l’état à leur égard.
Parmi quelques pastilles rigolotes : 
«  Saint Chrotron priez pour nous » 
et autre «  Palet breton du facteur Cheval »
la double page centrale répertorie de poétique façon les boîtes aux lettres où l’on peut poster « des règlements de compte épistolaires » à Saint Bruno 
et « des lettres aux arrières grands-mères » à côté du jardin des plantes. 

vendredi 13 mars 2026

Effondrement.

Depuis que dans les débats, l’hystérie a supplanté la nuance, le recours aux mots les plus gros titille le clavier, à moins que le silence s’impose et que retombe la poussière des décombres.
Nous nous effarouchons volontiers de la violence de certaines diatribes alors que nous en approuvons d’autres. 
Toute expression tonitruante n'est pas forcément du même tonneau que la légitimation du racisme par ceux qui prétendent dire tout haut ce que d’autres pensent tout bas, très bas. Ainsi parmi tant de vigoureux propos qui appellent d'hypocrites écarquillements, les provocations de Charlie par exemple me paraissent toujours salutaires.  
Tandis que nos tourments intimes se confondent avec les bouleversements du monde, notre décrépitude accompagne celle du siècle, l’éco anxiété se cultive et la décadence de l’empire romain semble avoir encore de la gueule depuis les parapets où nous sirotons des breuvages délicieusement amers. Y en a qui rigolent, d'autres posent des cacas en commentaires.
Percés de part en part par les informations concernant l’impitoyable Poutine ou les folies de Trump, notre vision du monde, nos relations de proximité en sont affectées ainsi que nos équilibres personnels.
Notre petit égo s’embrume lorsque notre représentation globale se brouille.
Coupables boomers, nous pourrions établir des apparentements depuis la trahison de nos idéaux de jeunesse vis à vis du basculement d‘alliances internes à l’OTAN.
A ce niveau, il n’est question ni de décence, ni de modestie avec une telle analogie, il s’agit seulement d’ouvrir le poste.
La biodiversité s’amenuise, l’humanisme rétrécit, la mèche raccourcit avant le grand boum !
Le cynisme n’a pas forcément supplanté la naïveté et il est bien difficile de ne pas se sentir visé par la dépression dans l’ordre économique ou dans les équilibres géo politiques.
Avons-nous honoré la dette envers nos ancêtres quand celle que nous laissons à nos enfants devient abyssale ?
Nos divergences en matière de richesse et de valeurs s’accroissent, les phares qui nous guidaient se sont éteints. Le souci du bien commun s’efface, la discipline collective n’est même plus une option pour assurer une certaine prospérité. Les populistes promettent d’aider tout le monde en ouvrant par là les portes à des régimes intolérants et autoritaires.
Nos misères culturelles, économiques, militaires, démographiques, technologiques, scolaires, peuvent bien passer au scanner quotidiennement, nous sommes paralysés et les diagnostics ignorés surtout en période électorale, moment démocratique par excellence génèrant un rideau de fumée qui asphyxie la République elle même.
Cette molle description renvoie à des fatigues de l’exigence, jadis en tête de journées écolières, quand la dignité passait par des devoirs accompagnant les droits et que nous savions que les choses avaient un prix.   
« Les hommes, il faut toujours qu’ils compensent leur effondrement amoureux
par une ascension sociale. » 
Jean-Michel Ribes et non… Jeffrey Epstein.

vendredi 27 février 2026

Antifa.

Front contre front, les fâcheux antifa font le jeu des fachos.
Le respect de la vie humaine, minimum requis pour vivre en société n’est plus en tête de gondole, quand tant de valeurs inversées mettent cul par-dessus bu notre civilisation :
- la tolérance accepte les plus moyenâgeuses oppressions,
- l’esprit critique dévoyé revient à une représentation de l’Univers d’avant Galilée.
Commencé dans le symbolique avec une tête de ministre en baudruche écrasée sous un pied, la tête d’un militant d’extrême droite a explosé sous les coups de tatane de ceux qui prétendent  souhaiter une société meilleure. 
Je m'exfiltre hors du temps en remarquant que la croyance en la pertinence de leurs idées est si faible qu’il n’existe plus pour eux que la puissance physique d’avant l’écriture.
Plutôt que d’essayer de convaincre, on supprime un homme.
Pour avoir été de la génération dont un des slogans fut l’affligeant CRS=SS, je peux me montrer encore plus sévère envers les références à la Résistance des «  jeunes gardes » dont il faut prendre garde, et qui pour être romantiques n’en sont pas moins grotesques. 
Le secrétaire de Jean Moulin avait commencé bien à droite.
S’habillant d’épiques costumes, comme ceux qui ont essayé de ressusciter un éphémère Front Populaire, ils pourraient faire mentir ceux qui déplorent que l’histoire ne nous apprend rien, mais ils dévalorisent le combat des patriotes qui avaient la Wehrmacht en face et ne maniaient pas que des fumigènes. Trump et Poutine peuvent rire. 
Tous ces murs écroulés, ces vies qui partent au caniveau, submergent les heures consacrées à la connaissance et pendant ce temps les universités regardent si les points à la fin des mots sont bien posés et leurs élèves considèrent que les écrivains morts ne doivent plus vivre, surtout si ce sont des garçons. 
La dénonciation des élites, bien méritée est devenue le carburant de la conversation : Epstein est désormais plus célèbre qu’Einstein et tout le monde tire sur Lang : la roche Tarpéienne est bien proche du Capitole. 
Tout le monde se déchaîne contre l’ancien ministre de la culture et avoue : « on savait bien », comme pour les accointances de Jean Luc Mélenchon que certains font mine de découvrir.
Il est vrai que l’ancien sénateur a souvent varié mais avec Rima Hassan, Thomas Porte, Sébastien Delogu et autres fichés S, ils s’en voudraient de paraître appartenir à une gauche aspirant aux responsabilités. Ne reconnaissant pas dès l’élection du Président de la République sa légitimité, ils se sont employés à décrédibiliser le travail de l’Assemblée et à prôner la désobéissance aux règles de l’Europe, tout en étant bien peu allant aux côtés de l’Ukraine. 
Ils partagent le gâteau du populisme avec le RN quand le courage devient une denrée tellement rare que d’envisager un jour de congé de moins s’est avéré suicidaire.
Et il n’est pas besoin d’enquêtes approfondies pour connaître les liens avec les mâles de la Jeune Garde dont la dissolution n’a pas atténué la virulence des trolls, le mépris des porte- paroles et leurs vérités alternatives très trumpiennes. 
Il faut des mémoires courtes pour oublier leur refus d’appeler au calme les émeutiers de 2023 ou demander la libération d’un écrivain algérien et leurs contorsions pour ne pas condamner les tueurs de Téhéran, sans remonter à la crise du COVID avec leurs complaisances envers les anti-vax. Leurs excès apportent plus de voix au RN que les apparitions de Bardella.  
« Le fascisme peut revenir sur la scène, à condition qu’il s’appelle anti-fascisme. » 
Pier Paolo Pasolini

vendredi 13 février 2026

Poignard.

Une enseignante poignardée, une de plus ; des cellules psychologiques ont été mises en place.
Recherchant si j’avais déjà casé le mot « poignard », je viens de relire un de mes articles qui tourne autour de la sidération d’alors devenue une posture ordinaire :
Nos indignations répétées mettent en relief nos impuissances.
Bougies et marches blanches viennent trop tard pour apaiser les culpabilités et les promesses sont vaines : « plus jamais ça ! »
L’incantation dérisoire rejoint les revendications rituelles de plus de postes d’infirmières pour les guérisseurs de gauche et de policiers pour les justiciers de droite.
Les autres, la société, le Président sont rituellement accusés, alors que des adolescents, aussi souvent infantilisés que jugés aptes au vote de plus en plus précocement, étaient au courant des intentions de l’agresseur et se sont tus.
« On n’est pas des balances ! » 
La loi de l’omerta n’est pas qu’une spécialité corse, elle a gagné la mal nommée « communauté éducative » à laquelle les élèves ne font plus confiance. Cette conjugaison au présent appelle un bémol puisque des exhumations récentes du passé de certaines institutions recevant des enfants justifieraient pour le moins quelque méfiance.
Dans le même déni que celui des déficits budgétaires, le refus d’envisager une responsabilité d’individus réfugiés dans un silence complice, est dommageable.
Quand 364 armes blanches ont été saisies en quatre mois lors de contrôles inopinés autour des collèges, le respect de la vie humaine devient un souvenir de catéchisme obsolète.
Il n’y a pas qu’autour des points de deal où se règlent des comptes pour quelques centaines d’€uros que le pronostic vital de notre humanité est engagé.
Le réel, tranchant comme un couteau, a disparu derrière les écrans, l’au-delà des fictions a pris le pas sur la vie d’ici bas. Les cris de l’extrême gauche ou le silence cauteleux de l’extrême droite cachent une dépolitisation, une déresponsabilisation de la société. Bien qu’une telle globalisation éloigne toute solution effective.
En scrollant entre deux recettes pour préserver notre santé et rétablir peut-être des capacités d’attention que nous savons amenuisées chez les adolescents et plus encore chez les mous du bulbe que nous sommes devenus, nous les anciens des écoles écroulées : il convient de diminuer notre temps d’écran.
Mais cibler le symptôme de nos addictions ne résoudra pas le délitement du lien social qui serait mis en danger par de telles injonctions. En mettant les phones au placard, des fauves pourraient se déchaîner, des silences s’installer, des fraudes devenir salvatrices…
Alors pour ne pas fâcher jusqu’à deux générations de mes descendants,  je me contenterai de ces quelques réflexions sous verre qui n’ont même pas l’excuse d’une élégante originalité.
Brasseur de mots usés, il est heureux que ceux-ci ne marquent plus guère, je risquerai d’en croiser qui me feraient rougir. 
Je ne me console même pas en m’interrogeant : les puissants sont-ils si puissants ? Bien des Jupiter ont été plutôt entravés comme Prométhée, empêchés pour le pire et le meilleur par des normes éprouvantes et des lois protectrices. 
« Un téléphone portable sur dix est volé dans l’année : 
 les agresseurs sont généralement sans mobile. »
Laurent Ruquier.

vendredi 30 janvier 2026

Laïcité. Le « 1 » hebdo.

L’hebdomadaire qui tient en une feuille qu’il faut déplier, expose l’état des lieux de cette notion française, la Laïcité, venant d’un long processus de résolution de nos guerres de religion depuis l’Edit de Nantes et permet de  
« Rendre à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. ».
La loi de séparation des églises et de l’Etat présentée sous forme de fac-similé précise en son article premier qui en comporte quarante : 
« La république assure la liberté de conscience ».
Cette dimension historique est bien présente par le dessin et l’étude du mot « Lucifer » par lequel est contée l’amitié amoureuse entre Emile Combes en guerre contre les congrégations et Mère Marie bénie de Jésus venue plaider le maintien des Carmélites d’Alger, va au-delà de l’anecdote.
La poésie de Rabindranath Tagore : 
« Je puis aimer Dieu qui me laisse libre de le nier » 
prend des airs nostalgiques depuis l’Inde où vivaient en paix hindouistes, musulmans, athées, bouddhistes, autrefois.
La situation actuelle est examinée en confrontant des opinions différentes, se plaçant au dessus des querelles entre l’extrême droite s’élevant contre le voile pour contrecarrer l’Islam et l’extrême gauche affichant le voile pour instrumentaliser l’Islam à des fins électoralistes.
Les considérations stratégiques à court terme prennent le pas sur des approches civilisationnelles plus ambitieuses.
Aristide Briand avait estimé dérisoire la volonté d’interdire la soutane dans l’espace public : 
« L’ingéniosité combinée des prêtres et des tailleurs 
aurait tôt fait de créer un vêtement nouveau. »
Entre discrétion des signes religieux et affirmation identitaire, les appréciations varient d’une génération à l’autre. 
Et il est bon d’aller voir ailleurs comment les états gèrent les églises, et de nous monter attentif envers Souleymane Bachir Diagne, un philosophe sénégalais, lorsqu’il invite à regarder « l’universel depuis le pluriel du monde ».
« Il n’existe pas dans la République de religion d’Etat » 
l’affirmation avait tout de l’évidence, elle devient solennelle quand il est précisé que l’article de Robert Badinter avait été écrit  en hommage à Samuel Paty.

vendredi 23 janvier 2026

Pervers.

Grâce aux moyens que nous offre l’Amérique qui nous tient pas seulement par la carte (bleue), voici pour les familiers de mon bistroquet (virtuel) quelques mots pas encore générés par l’IA, bien que de GPS en Google, je serai bien ingrat de me proclamer indifférent à leurs bénéfices.
Je reviens sur une expression très usitée en son temps: « les effets pervers » considérés alors comme des dommages collatéraux, passent désormais en première ligne.
On aurait tort de qualifier de « foucades» les actes de Trump saturant nos comprenettes, mais  il s'agit de coups éhontés portés à l’humanité qui en oublie Gaza, Kiev, Téhéran et Le Soudan.
Je n’échappe pas à l’hystérisation des débats, et carrément désinhibé moi aussi, j’abandonne mes prudences habituelles au point que la souris de mon ordi en tremblote.
En ces temps réchauffés, j’oublie mes gants, mais pas mes tics au pays des tocades. 
Assis sur la même balançoire, les woke ont fait gagner Trump, à son tour il les remet en selle par ses outrances affolantes.
Des années de dénigrement de la France: voilà le roi nu et nous à poil !
Ah les bonnes âmes peuvent regretter nos faiblesses, leurs  extrêmes amis n’ont cessé de remettre en cause la légitimité des élus, tout en minant l’institution parlementaire dans un chahut permanent qu’affectionnent les putes à clics. Certains ont ressorti le mot « légitimité »  pour parler de Maduro !
La rigolade étant devenue le sésame de toute réflexion à l’heure où l’humour délaisse le second degré, malheur aux tristes qui rappelleraient le déficit budgétaire, la dépression démographique et que la guerre tue.
Toute profession hors du champ des loisirs pose problème aux laudateurs des ZAD, sans la gadoue, se faisant livrer leurs graines par porteur à domicile.
S’il fut un temps où les métiers de caissières, d’éboueurs, d’hospitaliers furent applaudis, ils n’ont pas quitté leur statut de « boulots de merde » dans les orientations souhaitées à la sortie des Parcours Sup. Les torcheuses de culs se retrouvent dans le mépris avec les travailleurs du nucléaire et autres conducteurs de camion ... 
Il ne reste plus qu’à craindre une nation peuplée d’influenceuses et de coachs dans la tradition du frenchy donneur de leçons. Surtout que les profs n’ont plus voix au chapitre, en particulier les naïfs pénétrés par la vocation comme dirait le dernier des prêtres – pédophile - comme il se doit.
Les volailles qui font l’opinion après avoir tant picoté n’auront plus rien à becqueter lorsque viendront au pouvoir les incompétents de la sinistre droite extrême aussi.
Jojo le gilet jaune valait un prix Nobel en économie, les scientifiques n’étaient pas « fun » et les profs trop verticaux, pas « cool »  et pour beaucoup tout leur est égal.
Il a fallu que Marianne, symbole de la République, soit martelée pour prendre conscience des fractures de notre société : ce n’était pas qu’un buste de plâtre. Mais c'est vieux tout ça!
Il est tard et l’on ne formera pas en un claquement de doigt des médecins soucieux de l’intérêt général, ni des ingénieurs offrant des alternatives européennes à l’IA, pas plus que des tisseuses ou des arracheurs de pomme de terre…  
Jadis, je trouvais beaux ces mots de Ferré :
« Les préfectures sont des monuments en airain, 
Un coup d'aile d'oiseau ne les entame même pas ». 
Mes yeux s’écorchent désormais quand des traces tenaces maculent les murs de nos institutions et que brûlent écoles et bibliothèques.
A chacun ses figurines au jeu de massacre qui nous en font oublier d’autres moins colorées mais puissantes justement par leur discrétion (relative) : Rima Hassan derrière Mélenchon, Vance derrière Trump… 
Des controverses  avant les municipales à Grenoble valorisent Piolle en le plaçant au centre des attaques, elles rendent invisibles tout projet, en allant au-delà de l’adage :
« Qu'on parle de moi en bien ou en mal, peu importe. L'essentiel, c'est qu'on parle de moi ! » Léon Zitrone.