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mardi 24 mars 2026

Le petit Narvalo double viande. Mêmes grenoblois et Jipeg.

Rien de bien neuf dans le mini album des grelous.
avec parodies à la pelle : la Chartreuse  constitue forcément la potion magique de Narvalix 
et l'ennemi lyonnais se décourage sans surprise aux premiers flocons.
Il est vrai que la répétition peut être un procédé humoristique, de même que l’accumulation des clichés maison pour la connivence, alors sourions aux «  ça glisse au pays des merveilles » aux « Trois mousquetons » voire « Harry polaire » et autres allusions à « Kamelot » quand les auteurs locaux trouvent eux-mêmes répétitive la ritournelle qui saoule au pays merveilleux des « Bronzés ». 

mardi 17 mars 2026

Ceux qui me touchent. Damien Marie Laurent Bonneau.

Bien m’en a pris de dévaliser les présentoirs des BD de la bibliothèque Rochepleine où se retrouvent les BD recommandées : que des bonnes pioches dans des genres variés !
Un travailleur dans un abattoir raconte tous les soirs une histoire à sa petite fille.
Et c’est lui qui croit le plus aux pouvoirs de la baguette arc-en-ciel.
Nous avons droit aussi à une belle histoire en 220 pages où la réalité la plus âpre s’enjolive parfois d’imaginaire.
Un couple a eu du mal à avoir une enfant, et aujourd’hui, celle-ci, impérieuse éclaire leur vie.
Papa fait des heures sup’, maman remplace les collègues fatiguées à l’hôpital.
Les beaux dessins expriment la froideur, la mélancolie des rêves inaboutis, mais aussi la complexité avec un scénario original abordant le thème des sans-abris ou celui de l’art contemporain d’une façon limpide. Le duo distingue tout à fait dans son titre « ce » qui me touche de « ceux » qui me touchent avec d’intéressants personnages secondaires souvent sympathiques. 

mardi 10 mars 2026

Tati et le film sans fin. Arnaud Le Gouèfflec Olivier Supiot.

J’ai emprunté cette BD pour essayer de comprendre le réalisateur de « Playtime » icône des cinéphiles dont l’humour ne m’a guère été accessible.
Ces 140 pages documentées constituent une agréable biographie pour les familiers du cinéaste qui voulait être clown et une approche poétique et légère pour les autres.
Fils d’un encadreur, il privilégie les plans larges pour marquer sa confiance envers les spectateurs. Le complice, dans sa jeunesse, de l’économiste Alfred Sauvy ne transige pas dans la singulière et minutieuse voie burlesque qu’il ouvre.
Acteur de « On demande une brute », scénariste, réalisateur il s’engage totalement dans ses films : « Jour de fête », Les vacances de monsieur Hulot »  inspiré par le grand-père de Nicolas Hulot ,  « Mon oncle », « Play time », « Trafic »… « Forza Bastia ».
Colette, la grande écrivaine, lui  avait offert un passeport pour la gloire, quand dès ses débuts de mime, elle avait écrit :
«  Les mains vides, il crée l’accessoire et le partenaire.
Sa force de suggestion est celle des grands artistes. »
Inspiré par Buster Keaton, Harold Lloyd, Max Linder, Laurel et Hardy, il inspirera Spielberg, Allen, Lynch, Gondry, Annaud…
Duras dira de lui : 
« Je crois que c’est peut être le plus grand cinéaste du monde. » 
L'album bien dans l’esprit de Jacques Tatischeff, donne envie de connaître d’autres titres de cette collection consacrée au cinéma avec Welles et Truffaut, Jean Gabin et Lino Ventura…

mardi 3 mars 2026

Pastorius Grant. Marion Mousse.

Le vieux chasseur de prime déprime à la poursuite de Big Hand poursuivi lui-même par deux frères mexicains. 
« Faut avancer, si on veut pas se faire devancer. » 
Dans une réserve indienne, Pastorius Grant rencontre une enfant aveugle qui ne manque pas de clairvoyance et le renvoie à son passé. Leur conversation se remarque dans un ensemble assez laconique occupé par une nature kaléidoscopique, superbe. 
« Comment tu fais toi, hein ? Tu trouves que ton Seigneur t’a trop gâtée, c’est ça ? L’est pas censé être juste, ton bon Dieu ? Hein ?! À peine née, il t’offre la nuit pour toujours… Quand bien même t’aurais vécu un temps, Gamine, dis-moi quel pêché mérite une telle punition ?! Hein ?! Et ton Dieu, qu’est-ce qu’y pense d’ta vengeance ?! » 
Un rocher prêt à basculer figure comme signe d’un destin menaçant dans un genre ne manquant pas d’indices comme cette croix du Christ gravée sur la crosse d’un pistolet.
Mais pour moi, le scénario passe au second plan, tant la vigueur des couleurs met en valeur un environnement mythique.

mardi 24 février 2026

La route. Manu Larcenet.

Le livre de Cormac MC Carthy tellement encensé m’avait effrayé, mais j’en ai remis une couche- de suie - en faisant confiance, pour une adaptation, aux dessins magistraux d’un Larcenet on ne peut plus tragique. 
Malgré la beauté des traits, l’envie de sortir du cauchemar d’une harassante marche d’un père et de son fils en proie à la faim, au froid, à la peur, m’a fait aller trop vite au bout des 160 pages. 
« Dites-lui bien qu'il n'y a pas de Dieu et que nous sommes ses prophètes. »
Puis j’ai feuilleté à nouveau l’album, loué de toutes parts, dont chaque vignette est un chef d’œuvre : la beauté peut surmonter le désespoir.  
« - On oublie ce dont on devrait se souvenir et on se souvient de ce qu’il faudrait oublier.
- J’ai rien compris. » 
Sur une terre encore fumante d’après l’apocalyptipse, les rencontres sont dangereuses. Les mots sont impuissants face à la mort fatale quand subsistent si peu de gentils.
La désolation n’a pas atteint que les infrastructures mais aussi l’humanité des hommes réduits à la quête d’une bouchée de poussière noire. 
 « - Réfléchis à ce que tu mets dans ta tête, parce que ça y restera pour toujours.
- Il y a bien des choses qu’on oublie.
- Ouais… » 

mardi 17 février 2026

Vous êtes en train de vous réveiller. Patrick Lacan.

Le titre reprend la phrase habituelle de l’infirmier à ses patients en salle de réveil, tout en exprimant les enjeux de la recherche d’un autre destin personnel  passant par le dessin.
Cet album autobiographique raconte son métier d’infirmier et ses premiers pas d’auteur de BD.
Né à Tarbes, le fils d’un représentant des éditions Fleurus, prouve son talent de dessinateur en 160 pages au fil d’une trajectoire plus subie que dominée.
Les souvenirs de ses enseignants ne sont pas forcément joyeux, et bien que devenu étudiant aux beaux arts en mode punk, passé par un paisible service militaire, il assure surtout des intérims d’infirmier pendant 25 ans lui permettant d’affirmer un trait original dont l’assurance contraste avec ses gentilles incertitudes, ses fragilités.
Ce récit a le temps de mentionner les progrès des traitements des malades en particulier la meilleure prise en compte de la douleur et rappelle quelques épisodes qui ont laissé des traces dans nos sociétés: la destruction des tours jumelles, le confinement.
La catastrophe d’AZF marqua particulièrement Toulouse, dans une région restée pour lui le centre du monde, depuis qu’il avait perdu tous ses moyens lorsque devant un inspecteur il n’avait pu situer Paris sur la carte de France. Les inspecteurs vont  désormais le terroriser.
Bien que le genre autobiographique devienne un genre dans la Bande Dessinée comme ailleurs, la voix du gentil petit canard est singulière, sans esbroufe.
Petite remarque : pour les lecteurs dont la vue baisse, des lettrages un peu plus contrastés et moins minuscules perdraient peut être en esthétique, mais économiseraient des visites chez Optic 2000.        

mardi 10 février 2026

Une histoire de la comédie française. Michaël Le Galli Virginie Augustin.

Intitulé aussi «  C’est la faute à Molière ! » le bel album à la couverture classique permet de comprendre le pouvoir de l’institution de 400 ans d’âge.
Cette maison doit beaucoup à Jean Baptiste Poquelin bien qu’il soit mort sept ans avant la création de l'institution par Louis XIV. Mais son personnage au long nez, ainsi que son esprit, vont courir tout au long des 115 pages dont le récit s’arrête au sacre de Napoléon1°.
Depuis les parvis des cathédrales où se jouaient les Mystères médiévaux et les estrades de la Commedia dell’ arte, les troupes parisiennes rivales vont être rassemblées sous la devise « Simul et singulis » (être ensemble et rester soi-même) et sa ruche symbolique.
Marivaux, Olympe de Gouges, Voltaire proposent leurs pièces, les actrices ont leurs mots à dire et le tragédien Talma influence la mode avec une coiffure « à la Titus ». 
Il faut attendre 1789 pour que les excommunications qui touchaient les comédiens 
soient levées.
Dans des formes différentes, légères, aérées, avec des caricatures délicates, un déroulé agrémenté de gags récurrents, quelques scènes charmantes ressortent, inspirées de l’escarpolette de Fragonard ou de David qui eut un rôle déterminant pendant les années sans culotte. Un clin d’œil aux albums de Tintin qui s’ouvraient par des portraits de différents formats permet de réviser les figures importantes de cette histoire : Racine, Corneille, Beaumarchais, Madeleine et Armande Béjart…
L'auteur prévoit une suite : de nouvelles planches sont attendues où l’histoire se déroulant sur les planches ne manquera pas de rencontrer l’Histoire.

mardi 3 février 2026

Le printemps suivant. Margaux Motin.

Quel plaisir de retrouver la charmante dessinatrice au moment où elle emménage avec son nouveau compagnon dans une belle maison au bord de la mer ! 
Les couleurs sont lumineuses, les traits délicieux et l’humour, la tendresse de la jeune femme, habillés d’autodérision font oublier sa mauvaise foi, son immaturité.
La féministe ne se donne pas toujours le beau rôle, alors que son Paco placide a tout loisir pour jouer avec les filles.
Son énergie, sa légèreté, ses exigences, sa sincérité excusent ses caprices. 
Au milieu des cartons, la musique : 
« Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire […] 
 Et quand je retourne un gros caillou
Je sais trouver des fourmis dessous. »
Des planches didactiques entre quelques scénettes croustillantes permettent 
de choisir son défaut ou sa qualité : 
« Ne sait pas déléguer ou simplifie la vie des autres ; 
bordélique ou décontracté ;  
maniaque ou organisée… »
 Nous aimerons encore réviser avantages et inconvénients de la vie de couple :
- le partage des taches :  
«  J’ai vidé la moitié du lave-vaisselle » 
- ne plus être la seule chef : 
« Quoi même pour planifier les vacances, je vais devoir te demander ton avis. »

mardi 27 janvier 2026

Gun men of the West. Tiburce Oger.

Dans la série où renait par la BD la légende de l’Ouest en trois volumes,
12 dessinateurs et coloristes sont réunis pour rappeler quelques figures de hors la loi et autres tueurs sanguinaires qui arpentèrent ces contrées sauvages et grandioses. 
«  Mais pour bien des desperados, le choix fut imposé par une injustice, la pauvreté la misère ou une loi scélérate… » 
Pour les plus célèbres :  Tiburcio Vásquez dont la fin est contée a inspiré le personnage de Zorro alors que des doutes sur la disparition de Billy the Kid alimentent sa légende.
Toutes ces existences sont incroyables mais vraies, comme celle des frères Harpes atroces tueurs en série, Slade « le damné » ou « la goule de Gettysburg » devenu une attraction de foire…
Le récit de Middleton épargné par Apache Kid lors de son évasion, car il lui avait offert une cigarette tend à illustrer les bienfaits du tabac,et il fallait bien dans cette galerie des mythes américains, une querelle de deux tenancières de bordel, une histoire de vengeance  comme celle de John Sontag contre la Souphern Pacific Transportation Company, quelque « Black Evil » et un as de la gâchette le cow-boy John Wesley Hardin.
Quant à l’éléphant condamné à être pendu en public après avoir écrasé son cornac, une photographie en a gardé le souvenir dans des archives complétant les 107 pages magnifiquement illustrées et mises en scènes. 
A travers l’évolution des armes depuis le fusil à silex des années 1820 aux mitrailleuses Gatling de 1861 et quelque Colt, ces évocations, telles des nouvelles nerveuses, sont reliées par la verve d’un armurier distrayant un bandit amateur qui vient de déboucher malencontreusement dans son magasin, pour le plaisir des lecteurs.

mardi 20 janvier 2026

Famille nombreuse. Chadia Chaibi Loueslati.

Chronique souriante d’une famille d’origine tunisienne installée à Drancy qui en arrive à compter onze enfants, quand dans les années 80 le respect des origines ne contredisait pas l’intégration.
Le père était venu d’abord seul puis avait été rejoint par sa femme et les deux premiers enfants, vivant d’abord dans un studio à Paris avant d’obtenir grâce à la détermination d’Omi, la maman, un HLM en Seine Saint Denis.  
Le papa qui apparaît après chaque naissance pour signaler que « c’est grâce à lui » est tendrement présenté, même si le fauteuil n’est que pour lui. 
« Moi jou tiendre li balai si bourkoi tu aller à licoule pour tiendre une stylo mon fille »
« Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai compris ce que le Daron a voulu me dire ce jour-là. »
Les dessins très simples et expressifs conviennent parfaitement à un récit inévitablement commenté par les frères et sœurs, rendant avec tendresse l’ambiance chaleureuse de la famille. L’humour relativise les moments où se perdent les illusions de l’enfance, quand la petite souris n’est pas passée ou que la spécialité longuement mijotée, pour la copine, une fille unique, empeste dans toute la montée. 
En 190 pages, les anecdotes se multiplient, et l’apparition du téléphone, l’obtention du permis de conduire, ou un agent immobilier malhonnête contraint au remboursement témoignent d’une vision positive de l’existence, réconfortante. 

mardi 13 janvier 2026

La commode aux tiroirs de couleurs. Véronique Grisseaux- Amélie Causse- Winoc.

En 80 pages, l’album aux couleurs ensoleillées ouvre les tiroirs d’une commode accessible après la mort de la grand-mère républicaine espagnole réfugiée à Narbonne.
La chanteuse Olivia Ruiz a suivi de près l’adaptation en BD de son roman à succès après avoir collaboré avec le chorégraphe Jean Claude Galotta. 
« Enfin, après tant d'années d'impatience domptée, je vais connaître le secret que renfermaient ces dix tiroirs. Ma grand-mère les nommait ses renferme-mémoire. » 
Chaque tiroir correspondant à un chapitre contient une lettre accompagnant une médaille de baptême, une clef, un carnet de poèmes, un sac de graines, un acte de naissance, un foulard, un baromètre. 
Cette mémoire partagée sur plusieurs générations, dont la révélation a pu nourrir l’harmonie finale, ne se complait pas dans les drames qui ont marqué ces femmes fortes en fournissant des témoignages qui poussent à vivre.  

mardi 6 janvier 2026

Petit Pierre. Daniel Casanave Florence Lebonvallet.

J’ai su dès la première page au sous titre approprié : «  La mécanique des rêves », qu’il s’agissait de Pierre Avezard dit Petit Pierre (1909-1992) dont j’avais vu le travail et en gardait un souvenir ému.
Les dessins de visages anguleux comme ceux qui figurent dans le manège construit par Petit Pierre, conviennent parfaitement, avec leurs couleurs douces, à raconter un rude destin rencontrant aussi bien des hommes bienveillants que des malveillants.
Le petit garçon malformé en butte aux moqueries des autres enfants ou des ouvriers agricoles lorsqu’il deviendra vacher, rejeté du monde, va offrir chaque dimanche aux visiteurs, un manège d’une inventivité extraordinaire à partir de matériaux mis au rebut.
Nous sommes au-delà des recherches de qualificatifs académiques pour un art en marge désigné le plus souvent comme « art brut », 
dans la famille des « Inspirés du bord des routes », 
de Picassiette,
ou du facteur Cheval. 
Au-delà des musées, cette BD de 115 pages raconte la belle histoire d’une vie terrible embellie par de poétiques mécaniques, et rend hommage à d’autres passionnés qui ont permis la reconnaissance de ce destin hors du commun.

mardi 23 décembre 2025

Une affaire de caractères. François Ayroles.

Enquête policière dans une contrée imaginaire peuplée d’amateurs de lettres.
Dans ce pays, j’ai reconnu Georges Perec dans le rôle d’un muet, il s’appelle Gorgs, les « e » ayant disparu de son nom comme dans son livre, « La disparition ». Il était un membre éminent de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) club d’écrivains joueurs s’inventant des contraintes. Cet album développe, avec dessins et jeux de mots, l’équivalent en BD de ces défis exigeants réservés à un public averti. 
Il y a de belles trouvailles : le livreur de caractères, Tezorus qui ne s’exprime qu’en définitions, une battle de phraseurs, un vendeur de guides pour chaque occasion de la vie, des cruciverbistes, une machine à écrire sorte de Chat GPT qui fonctionne au whisky ou plutôt ne fonctionne pas … et un inspecteur de police décalé pour élucider des meurtres en série qui ne sont que prétextes à exercices de style. 
Les 70 pages poétiques aux douces couleurs réservent des surprises mais l’ensemble paraitra froid au familier d’Astérix qui aime les allusions, les connivences mais peut se sentir exclu dans cette cérébrale affaire.

mardi 16 décembre 2025

Les garde-fous. Bézian.

Dans la grande maison d’architecte isolée où est attendu un tueur en série, le huis clos se voudrait étouffant. 
Le lettrage, le fin graphisme participent avec élégance à une atmosphère glaçante. Mais l’esthétisme éloigne toute émotion et malgré des dialogues ciselés, nous restons indifférents à cette histoire dont les personnages semblent étrangers les uns aux autres.  
De belles lignes inhabitées.

mardi 9 décembre 2025

Le repos du guerrier. Zidrou & Jordi Lafebre.

Le numéro quatre de la série «  Les beaux étés » nous régale comme les albums précédents, où nous avions appris à connaître chaque membre d’une famille belge en vacances. Même si les quatre enfants, maman et papa dessinateur de BD risquent d’apparaître seulement comme silhouettes si on commence par cet album.
L’originalité de ces 50 pages nous ravit par ses histoires positives, où les désagréments  se surmontent dans une bonne humeur communicative, elles ne courent pas les cases ni les bulles dans les productions de BD habituelles.
Sur un air enjoué de« Banana split », du temps de « The Wall », les bonnes formules abondent : 
« Si t'as pas tâté les pis de la vache, faut pas t'étonner si t'hérites d'un taureau! » 
Un supplément de croquis préparatoires permet de prolonger le plaisir des dessins expressifs, en accord avec la simplicité du propos, la douceur des sentiments, l’énergie des plus jeunes et la bienveillance des ainés. Les étés sont beaux.

mardi 2 décembre 2025

La dernière rose de l’été. Lucas Harari.

Le joli titre n’a pas grand-chose à voir avec cette histoire légèrement policière prétexte à de charmants cadrages sur les villas de bord de mer, mais il participe à l’ambiance élégante de cet ample album de 190 pages.
Dans le style jazzy de Loustal, une atmosphère désabusée s’installe.
Sous le soleil méridional, bien que des carrelets graphiquement intéressants ou des ferrys menant aux iles soient plutôt atlantiques, personne ne transpire, les corps se croisent, disparaissent et les individus solitaires gardent leur mystère dans des couleurs ravissantes.
Des chansons diverses rythment le récit qui s’épaissit en cours de route, devient inquiétant, sans se départir d’une certaine distance gracieuse.
On peut penser à Hitchcock, à Sagan,
même si l’anti-héros aux velléités d’écrivain n’écrit pas une ligne, bien qu’il ait acquis le livre de Jack London, « Martin Eden », décidément indépassable. 

mardi 25 novembre 2025

Le Dieu vagabond. Fabrizio Dori.

Alors qu’en ce moment, les dieux antiques ne sont guère vénérés, un ancien satyre de la bande à Dionysos, se met en route pour retrouver ses attributs perdus pour avoir contrarié Artémis.  
«- Tu ne te lasses jamais de raconter les histoires ?
- Les mythes sont faits pour être racontés. Sans ça, le monde s'appauvrit et meurt. » 
Les beaux dessins ne sont pas encombrés de trop de paroles gardant ainsi toute leur force, leur poésie. 
« Si vous ne voyez pas les choses clairement, 
c’est parce que vous les recouvrez constamment d’une couche de paroles,
Nous les satyres gardons la tête claire, solidement attachées au corps, 
et le corps bien ancré dans la terre. Le monde s’offre à nous spontanément. » 
La mythologie peut enseigner à notre société moderne désenchantée quand une rencontre avec Van Gogh nous entraine aussi vers les étoiles. Les silhouettes des vases grecs ont eu le temps de s’animer en 156 pages au graphisme soigné.  
Cependant cette joliesse, où l’onirisme est revêtu des codes élégants de l’art nouveau revu par le pop art, m’a parue un peu figée. Les personnages ayant volontiers la bouteille à la main m’ont laissé au régime sans alcool. J’aurai préféré des Dieux plus incarnés, moins lisses.

mardi 18 novembre 2025

Astérix en Lusitanie. Fabcaro Didier Conrad.

Ce 41° album réserve peu de surprises, à part la vigie du bateau pirate inévitablement coulé qui  maintenant prononce les « r » lorsqu’une galère phénicienne apparaît à l’horizon. 
«  Ô tempora ô mores ». 
Le pays des pêcheurs de morue sympathiques échappe aux caricatures appuyées.
Les chevelus à la moustache noire dont aucun poil ne dépasse sont nostalgiques et fatalistes : 
« Maintenant tout a disparu, mon cœur est fatiguééé
Mon bonheur à jamais perdu dans la douleur du passééé
Je ne vis qu’avec mon chagriiin Il ne me reste qu’à pleurer » 
Le plus festif des fado souhaite ainsi le bienvenue au « petit anxieux et au gros nonchalant » venus aider à la libération d’un  producteur artisanal de garum ( condiment à base de poissons) victime d’un Pirespès, traitre au service de Pluvalus le gouverneur, prédateur invitant tous les hommes d’affaires implantés en Lusitanie : 
« Paruvendus qui détient tous les papyrus d’information,
Elonmus bien sûr et Meïdinazix, le grand industriel de la caliga de sport… » 
L’évocation de la mondialisation capitaliste naissante s’agrémente d’allusions au milieu de la communication avec un certain Nioubiznes. Nous pouvons reconnaître nos démêlés avec des mots de passe toujours plus complexes, et retrouver la réforme des retraites :
«  Passé 75 ans, on a bien mérité notre repos, pas vrai ? » 
disent deux retraités bien de chez nous en vacances avec leur charavane au Portugal.

mardi 11 novembre 2025

Les seins. Guillaume Bianco.

Potaches, enfantins, puisqu’il est question de « tétés », les carnets de l’auteur pour la jeunesse, sont gentiment amusants. 
Avec une bonne dose d’autodérision, le sérial looser ne fait pas de mal à celles qui l’affolent et nous allège du poids pesant en ce moment sur les hommes, souvent présentés comme de lourds machistes ou de toxiques masculinistes.  
Son plaisir pris à dessiner de douces rondeurs est bien innocent sous des traits vifs plus caricaturaux qu’érotiques.
Un autre volume intitulé « Les femmes sont folles » avec écrit en petit (« de moi ») annonce lui aussi une série d’anecdotes personnelles habilement racontées, pleines de scrupules sous forme de dialogue avec son éditeur Lewis Trondheim. 
Il pense que passer pour un homosexuel lui permettra de mieux draguer les filles, ou rêve de devenir une fille pour se palper les nichons. 
« Une meuf ça parle beaucoup »mais« il faut bien dire ce qui est… sans elles, le monde serait moins rigolo… Plus de maîtresse d’école, plus de chanteuses, plus de caissières de supermarché, plus de copines, de petites sœurs ni de mamans, plus de grands-mères… » 
Bon enfant.