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mardi 16 juin 2026

Je suis leur silence. Jordi Lafebre.

Polar original à Barcelone depuis un divan de psychiatre où devrait s’allonger une jeune psychiatre pétillante qui conte sa semaine agitée et sa vie : 
« Oui, je dors très peu. Oui, je passe d’un sujet à l’autre sans raison apparente. Oui, je parle sans filtre et je tire des conclusions hâtives, parfois simplistes. Oui, j’ai une libido et une vie sexuelle débridées et je couche souvent avec des parfaits inconnus. Oui, j’ai, la plupart du temps, une confiance aveugle en mon propre jugement et je n’ai aucune capacité d’autocritique. Bon, je l’avoue, je suis un peu excentrique. Cela ne m’empêche pas de mener une vie normale. »
Cette histoire de succession dans une grande famille de propriétaires de vignobles est parfaitement dénouée par des enquêtrices  qui se gardent d'être des démiurges infaillibles.
Les dessins dynamiques aux douces couleurs participent à un scénario habile aux dialogues efficaces : 
 « Déblatérer contre les mères est la meilleure des thérapies. »
« La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre, surtout quand l'arbre est complètement pourri. » 
Alors que souvent le format BD oblige à aller à l’essentiel, les personnages sont bien campés et ces 110 pages nullement bâclées s’autorisent de sages sentences : 
« Pour certains, la vie s'apparente à un cycle : on vit sans cesse les mêmes expériences avant d'en tirer enfin une leçon. D'autres pensent qu'on n'échappe pas à un destin qui grandit en nous telles des racines tordues. Pour d'autres encore, la vie n'est qu'un chaos infini. »
Les fantômes pourtant envahissants ont des gueules bien sympathiques, et même les cadavres ne font pas peur quand l’humour ( noir) les refroidit au cours de cette élégante comédie.

mardi 9 juin 2026

Histoire de Jérusalem. Vincent Lemire Chistophe Gaultier.

Un olivier du mont des oliviers raconte en 255 pages, 4000 ans d’histoire d’un lieu inhospitalier à l'écart des routes commerciales, lieu commun des trois religions monothéistes.
Les dessins ont beau être attrayants, les informations référencées, les péripéties spectaculaires, et bien des noms familiers, tant de morts et d’efforts vains pour approcher une résolution des problèmes épuisent toutes mes tentatives de compréhension. 
Les chapitres bien construits structurent une continuité dans les massacres, les exclusions, les démolitions, les reconstructions, les cohabitations, qui ont vu passer Egyptiens, Perses, Juifs, Romains, Byzantins, Arabes, Croisés, Mamelouks, Ottomans, Anglais, et s’installer Palestiniens et Israéliens.
Isaac, Salomon fils de David, Abraham, Jésus ont marqué leur territoire dans la localité, mais de plus loin l’empereur Constantin dans sa conversion ou le pape Urbain II  prêchant la croisade à Clermont ont internationalisé les affaires religieuses dans lesquelles Theodor Herzl n’a pas eu un petit rôle.
Dans cette contrée de pierres, où les légendes se mêlent aux découvertes archéologiques incessantes, les pèlerins affluent et les écrivains  se sont succédés : Flaubert, Chateaubriand, Melville, Marc Twain, Pierre Loti.
La citation de  Julien Gracq trouvée sur Babélio  m’a semblé la plus juste : 
« Jérusalem comète historique dont l’histoire se réduit presque à un long sillage enflammé, posée sur sa colline brûlée comme une fusée sur sa rampe de lancement- tant de furie d'éternité dans un si petit corps- ville Pythie, ville épileptique, hoquetant sans trêve de la transe de l'avenir. »

mardi 2 juin 2026

Atom agency. Les bijoux de la bégum.Yann Swartz.

Je ne vais pas reprocher à cette BD d’être divertissante; c’est ce que je cherchais, avec clichés à la pelle pour un détective privé à la recherche des malfrats ayant dérobé les bijoux de la bégum en 1949. 
« Un conseil, "Agence Atom" c'est atrocement franchouillard !
Pensez américain ! ATOM AGENCY ça c'est cool!... »
« Ciel mes bijoux ! » la femme du richissime Aga Khan avait bien été volée dans des conditions qui pouvaient inspirer le scénario, comme d’autres péripéties dans une ambiance d’après guerre  où malfrats et policiers avaient noué des complicités pendant la résistance. 
« - L'époque de l'honnête poulet de terrain nourri aux grains de plomb, qui a perdu plus de temps à courir derrière les voyous plutôt qu'à lécher des bottes et cirer des pompes est révolue!...
- La tendance actuelle serait plus à la volaille de batterie, républicaine et bien élevée, nourrie au bon maïs et bardée de prix d'excellence! »
 
Jojo la Toupie, ancien catcheur ressemble à Jean Gabin et les dialogues rappellent les films de ces années là, mais les clins d’œil ne sont pas envahissants. Et finalement en 56 pages nous arrivons à être surpris, sans que les enquêteurs ne soient des loosers fatigués, exagérément perspicaces. Les arméniens entretiennent des relations communautaires, comme on ne disait pas à cette époque : Atom Vercorian est le fils du commissaire Tigran Vercorian.

mardi 26 mai 2026

Aya de Yopougon n° 8. Marguerite Abouet. Clément Oubrerie.

Dépaysement assuré et vitalité garantie, même si les personnages qu’on a plaisir à retrouver ont perdu de leur allégresse en prenant de l’âge. Comme dans toute série et pour mieux maîtriser les évolutions, il vaut mieux suivre l’ordre chronologique de ces albums ensoleillés. 
Les femmes « tiennent la  baraque » mais les violences, les superstitions, les rigidités mettent à mal la légèreté avec laquelle les sujets étaient traités.
La maison de Bintou, vedette de la série « Gâteuse de foyer », a pris feu à cause de la confusion entre fiction et réalité. Des hospitalisations parallèles mettent en évidence les problèmes du système hospitalier jusqu’au drame, et l’acceptation de l’homosexualité est toujours problématique…
L’évocation du thème du mariage blanc, quelque peu caricaturale, prend un espace qui aurait permis de mieux démêler les embrouilles du côté du quartier de Yopougon. 
Pourtant les relations familiales au cœur des récits mettent en évidence leur tendre force et leur lourdeur persistante.
Les expressions sont toujours aussi savoureuses :
« cafouilleuse » ou « être en débrouillage » ne nécessitent pas d’aller voir dans le lexique en supplément des 96 pages alors que 
« C’est ta figure tu vas cacher Abidjan ici » avait besoin d’être précisé :
« Tu auras tellement honte que tu seras la risée de tout Abidjan ». 
Par contre les dialogues m’ont paru parfois surchargés de sages formules qui me ravissaient quand elles ne nuisaient pas à la spontanéité des palabres. 
« Même si l'éléphant est maigre, il reste toujours le roi de la forêt. »

mardi 19 mai 2026

Ce qu’il faut de terre à l’homme. Martin Veyron.

Ce conte russe au temps des moujiks, inspiré par une nouvelle de Tolstoï, 
repose la question de la dimension des ambitions humaines.
Il convient de ne pas divulguer la conclusion qui donne toute sa profondeur au titre pour ménager le suspens dans un récit bien mené et agréablement illustré.
Les personnages évoluent, et nous pouvons goûter la description de la vie d’un village à travers les saisons. Les rapports d’une propriétaire terrienne et d’une communauté de paysans ne sont pas forcément aussi simples qu’attendus en ces temps archaïques, mais un changement de génération et de mentalité s’opère. 
« - On dirait qu'avoir de l'argent pose plus de problèmes que ça n'en résout.
- Va dire ça à ceux qui n'en ont pas. »
 
La douceur des traits ne rend pas compte de la rudesse de la condition de ces familles mais permet de voyager au-delà des époques et des espaces quand les ressources de notre planète s’épuisent. La cupidité des hommes a compromis toute entente collective et l’alternative au capitalisme amorcée en ces terres a tourné au vinaigre.

mardi 12 mai 2026

Le ciel dans la tête. Altarriba. Garcia Sanchez. Moral.

Terrible.
Un enfant du Congo devient soldat après avoir échappé à l’ensevelissement dans une mine de coltan, il franchit forêt, savane et désert, traverse la Méditerranée avant d’être mis en prison en Europe.
Ce récit contredit le titre poétique rappelant quelques étoiles consolantes: 
Nivek le héros se définit comme un guerrier et franchit bien des obstacles grâce à une détermination impitoyable si loin d’une approche romantique d’une vie fracassée.
L’Afrique est vue avec toute sa violence, sa pauvreté, sa magie, sa beauté rendue par des dessins originaux aux visages rappelant les masques de là bas et une disposition des cases sophistiquée qui en esthétisant le récit le rend plus soutenable. 
Contrairement aux autoflagellations ordinaires, la noirceur colore les âmes des colonisateurs et des colonisés.
Depuis la barque surchargée de cadavres, d’horreurs, de terreurs, de cruauté, s'oublient de fragiles amitiés, de rares rencontres avec ceux qui réparent, une quelconque lueur d’espoir en l’humanité.   

mardi 5 mai 2026

L’enfance d’Alan. Emmanuel Guibert.

A la lettre A, en tête des bacs à BD de la bibliothèque municipale magnifiquement restaurée dans la maison de Barnave, j’avais longtemps reculé le moment de faire connaissance avec le vétéran Alan dont les récits de guerre tiennent trois volumes. Cette œuvre figure d’ailleurs dans le top 100 des meilleures bandes dessinées du XXIᵉ siècle pour l’Observateur.
Je viens d’en lire le préquel qui m’incite à lire toute la série tant le ton du récit est délicat et les dessins soignés. 
« Je n’ai pas grande facilité à décrire physiquement ma mère.
Je ne pense pas qu’on puisse dire qu’elle était belle. Elle était très sympathique. »
 
Ces 150 pages sensibles vont au-delà des anecdotes souriantes ou dramatiques pour un récit universel depuis les 14 maisons occupées par une famille californienne dans l’entre deux guerres.
« À l’âge de cinq ans j’ai fait connaissance avec l’idée de Dieu à cause d’une buanderie, de la verge, d’une aiguille à couture de la mère et d’un frelon.
Ceci est une histoire vraie, grave et qui porte une leçon à qui veut l’écouter. »
 
Le rendu de la mémoire est mis en scène avec sincérité et une fraîcheur enviable.
Le dessinateur retravaille les photographies à la façon d’un Gerhard Richter, sans pousser à bout le flou, il échappe à la glose des marchés de l’art mais rend sensible et beau son travail  autour du passé et sa complicité avec le personnage dont il partage la vitalité.
Un texte de Rodin en conclusion amplifie toute la valeur de ce livre. Il magnifie la figure de l’Artiste mais l’enfant qui vient de raconter ses souvenirs peut s’y reconnaître. 
« Oui, même dans la souffrance, même dans la mort d’êtres aimés et jusque dans la trahison d’un ami, le grand artiste, et j’entends par ce mot le poète aussi bien que le peintre ou le sculpteur, trouve la tragique volupté de l’admiration.
Il a parfois le cœur à la torture, mais plus fortement encore que sa peine, il éprouve l’âpre joie de comprendre et d’exprimer. Dans tout ce qu’il voit, il saisit clairement les intentions du destin. Sur ses propres angoisses, sur ses pires blessures, il fixe le regard enthousiaste de l’homme qui a deviné les arrêts du sort. Trompé par un être cher, il chancelle sous le coup, puis, se raffermissant, il contemple le perfide comme un bel exemple de bassesse, il salue l’ingratitude comme une expérience dont s’enrichit son âme. Son extase est parfois terrifiante, mais c’est du bonheur encore parce que c’est la continuelle adoration de la vérité.
Quand il aperçoit les êtres qui se détruisent les uns les autres, toute jeunesse qui se fane, toute vigueur qui fléchit, tout génie qui s’éteint, quand il voit face à face la volonté qui décréta toutes ces sombres lois, plus que jamais il jouit de savoir et, rassasié de vérité, il est formidablement heureux. » 
La guerre d’Alan 1, 2, 3.
Dans la foulée je me suis donc précipité sur les souvenirs de guerre d’Alan Ingram Cope, impressionnants de précision et servis par une documentation méticuleuse de l’illustrateur fidèle au récit singulier d’une vie qui pétille au milieu des fracas des combats.
L’américain  installé en France aura été plus en danger dans des péripéties hasardeuses à l’arrière que lorsqu’il se trouvait en première ligne.
Son regard optimiste n’abolit pas les doutes dans un cheminement qui l'a pproché d’une carrière ecclésiastique puis l’en a éloigné, comme ses amitiés et ses amours que le temps a graciés dans une douceur et un humanisme baignant ces quatre volumes.

mardi 28 avril 2026

Contes de la mansarde. Elizabeth Holleville Iris Pouy.

Une vieille dame raconte des histoires depuis un bar.
Les trois récits se déroulent dans une mansarde donnant sur «  Les deux mégots » où elle fume ses clopes et sirote son mescal dont une tête de mort figure sur l’étiquette.
L’appartement sous les toits, lieu romantique, est propice aux dérapages fantastiques.
Des couples de diverses compositions s’y succèdent et éprouvent désir, amour, solitude, fatigue, en des séquences bien menées. La précision des traits décrivant la vie quotidienne rend familier le surnaturel.
Le morbide annoncé ne revêt guère des oripeaux gore mais l’inventivité des divers scénarios maintient une certaine  tension tandis que la canicule omniprésente est encore plus étouffante au dernier étage.
Le nom de la maison d’édition : « L’employé du moi » est bien trouvé comme est élégant ce livre de 200 pages qui offre un aperçu de la vie parisienne de jeunes gens affrontés à la dépression, aux angoisses, à des conditions d’emploi incertaines, sans les détourner des plaisirs partagés en terrasse.

mardi 21 avril 2026

Une gueule de bois en plomb. Tardi d’après Léo Malet.

Dans mon idée,Tardi est tellement l’homme du noir que j’ai à peine vu qu’il y avait d’autres couleurs, dans cet album de moins de 100 pages, sinon le rouge bien sûr.
La périphérie parisienne, dans les années 50 est sombre et les histoires glauques.
« Je ne savais pas où j'étais... J'ai arpenté les rues sordides de l'agglomération.
Dans quelle banlieue, dans quel enfer stalinien étais-je en train d'user mes pompes. » 
Cette ambiance parfaitement rendue prend plus d’importance que l’intrigue forcément resserrée dans ce format qui accumule les péripéties et les coïncidences.
La seconde guerre a laissé des traces, des balafres et quelques cadavres vont joncher un sol boueux entre deux terrains vagues imprégnés de mazout.
Nestor Burma, le détective prognathe, pourtant embrumé d’alcool a tôt fait de débrouiller les énigmes dont le mystère n’a pas le temps de s’installer. Le désinvolte serait en situation d’être accusé, mais on n’a pas le temps de douter de ses capacités à résoudre les problèmes.
L’essentiel se tient «  Chez Auguste » dans « un rade pourri … mais engageant ». 
La langue a vieilli, et nous aussi. 
« Le patelin ma semblait assez éloigné, j’étais à pince et ça urgeait…
je m’étais donc permis de forcer la porte de la cagna d’un ferrailleur, bêtement située sur mon hasardeux itinéraire. »

mardi 14 avril 2026

9 secondes. Bruno Patino Morgan Navarro.

Nos capacités de concentration ne dureraient-elles que le temps pour un poisson rouge d’oublier qu’il vient d’effectuer un tour de bocal ?
Plutôt que de me coltiner un essai plein de petites lettres, ces 144 pages de dessins pédagogiques suffiront-elles pour me situer au pays des trolls scrollant ?
Suis-je toujours maître de mon temps, de ma tête ?  
La fille d’un journaliste chargé d’écrire un article sur l'économie de l'attention, elle aussi sous influences, va mettre la famille sur le chemin de la rédemption. 
La grosseur du fil narratif n’entrave pas la lecture qui en revient aux sources de nos addictions, aux balbutiements d’Internet, en « émocratie », avec des entrées originales sortant des connivences entre geeks ou celles des sociologues des tribunes Mondaines.
Des graphiques séparent les chapitres 
pour représenter l’évolution du temps passé avec ses enfants, ses collègues ou seul,
le temps passé devant les écrans,
nos réactions face aux fake news…
Huxley et Orwell sont évoqués : 
«  … ce flot de contenu n’est pas organisé par Big Brother, certes, mais par une économie prédatrice au sein de laquelle nous sommes les acteurs de notre propre propagande ».
Orson Welles lors d’une émission de radio avait fait croire à un débarquement d’extra-terrestres. 
« Ceux qui furent les plus virulents pour crier au scandale n’y ont pas cru eux-mêmes,
mais ils ont supposé que d’autres ont pu y croire. » 
Quelques films et des séries sont appelés en renfort : « Rashōmon »  quand un événement est interprété différemment selon les individus, « X Files » : «  I want to believe », le personnage de Dark Vador, Patrick Le Lay, Jürgen Abermas : 
«  Aujourd’hui, non seulement nous ne partageons pas toujours la même réalité factuelle, 
mais en plus, à cause des « filter bubble’s » ( bulles d’information) 
nous ne parlons plus forcément des mêmes choses. »

mardi 7 avril 2026

Tempête au haras. Chris Donner & Jérémie Moreau.

Un enfant nait dans une écurie  au moment où une jument met bas.
Cette scène initiale pourrait laisser prévoir un récit sans surprise, mais les péripéties, qui précèdent une conclusion attendue, laissent de la place à la curiosité.
Les personnages sont intéressants, pas parfaits, mais volontaires, faisant face à l’adversité dans un monde hippique évoqué avec précision.  
Après l’interview du jeune garçon qui n’a pas répondu comme l’attendait une journaliste, le caméraman réagit : 
«- On n’est pas là pour décourager les gens, on est responsables.
- Et la vérité ? T’en fait quoi ? »
Cette histoire a d’abord été un roman jeunesse avant d’exister au cinéma : « Tempête ».
Les dessins un peu effilochés conviennent bien à l’énergie de la course et ajoutent une dimension légèrement rêveuse aux situations, mais ils ne servent pas, à mon goût, l’humanité des protagonistes.   

mercredi 1 avril 2026

De la BD au roman graphique. Thierry Groensteen.

En 2027, la BD fêtera son bi-centenaire en même temps que le daguerréotype (photographie)
depuis « Les Amours de monsieur Vieux Bois », littérature en estampe, du genevois Töpffer.
Le conférencier devant les amis du musée de Grenoble en retrace les évolutions, à l’occasion de l’exposition au musée de Grenoble d' « Epopée graphique » présentant plus de 400 planches originales, issues de la collection de Michel-Édouard Leclerc. 
Parmi les pionniers, le journal « Vaillant » 
né de la Résistance, devenu « le journal de Pif » dont les aventures paraissaient dans « l’Humanité », adoptera le titre « Pif gadget » en 1969.
Entre 1945 et 1965, c’est  le moment belge où la publication « Tintin » tournée vers l’aventure, les grands espaces, la science fiction, concurrence  « Spirou » plus fantaisiste. 
Ils s’adressent  tous deux aux enfants et plus spécialement aux garçons.
En 1964, dans le coquin, « V Magazine », réservé aux adultes, Jean-Claude Forest donne naissance à « Barbarella » dont le recueil sera édité par Éric Losfeld.
« Pilote »
repris par Goscinny va vieillir avec ses lecteurs et après 68, aborde par l’humour les préoccupations politiques, écologiques, féministes.
« Claire Bretécher, présentait l’amusante particularité d’être une dessinatrice.» Gotlib
Ces deux là fondent avec Mandrika « L’écho des savanes ». 
Georges Wolinski
rédacteur en chef du mensuel « Charlie » offre, 
dans les années70, le meilleur de la production internationale.
Dans « Métal Hurlant » tourné vers la science fiction,
Moebius  propose en couleurs directes « Arzach » aux formes inédites.
« On peut très bien imaginer une histoire en forme de flamme d'allumette soufrée. »
 
Le mensuel «  A suivre » encourage les auteurs à publier des histoires longues.
Comès
y publie «  Silence » drame rural empreint de sorcellerie
et Schuiten « Les Cités obscures » récit de science fiction rétrospective.
Les éditions Glénat avec « Les passagers du vent » de Bourgeon 
se consacrent aux récits historiques
et deviennent leader pour les mangas (1/3 des BD vendues) appréciés aussi par les enfants de ceux qui les avaient découverts dans les années 90.
Des dessinateurs bien de chez nous ont repris les codes japonais 
pour donner naissance aux « Manfra » (manga à la française).
Yslaire
dessinateur belge auteur de « La Légende des Sambre » travaille en France. 
Les grandes maisons belges ont été rachetés par des entreprises hexagonales.
Futuropolis met en avant les auteurs
Baudoin ouvre la voie de l’autobiographie avec « Couma acò ».
« Corto Maltese »
n’était qu’un protagoniste parmi tant d’autres avant de connaître le succès.
« Maus »
d’Art Spiegelman est édité par Flammarion après avoir été refusé par les éditeurs habituels de BD. Ce roman graphique désormais incontournable pour décrire la Shoah, vendu dans les librairies traditionnelles, a reçu toutes les récompenses.
Faire entrer les dessins dans les librairies était aussi le projet 
 de L’Association qui a publié « L’Ascension du Haut-Mal » de David B.
« Persepolis » de Marjane Satrapi vendu à 1 million d’exemplaires a contribué à la féminisation de la profession. Désormais les filles sont majoritaires dans les écoles de BD 
et plus seulement vouées à illustrer la littérature jeunesse.
Les petites filles peuvent apprécier de nouvelles héroïnes : Akissi, Cerise, « Mortelle Adèle ».
Les plus grandes - et les plus grands - se régalent avec Margaux Mottin de Fluide glacial.
Les éditions 
«Actes Sud » se sont lancées aussi dans l'aventure.
« Les grands cerfs »
de Gaétan Nocq se permet le silence
la BD de genre ( SF, western…) se renouvelle,
« Le Monde sans fin » par Christophe Blain vulgarise 
la réflexion scientifique de Jean-Marc Jancovici.
« Jérusalem »  de Christophe Gaultier comme tout dessinateur désormais associé à un scénariste Vincent Lemire résume en 156 pages 4000 ans d’histoire.
Étienne Davodeau pour « Cher pays de notre enfance »   
a travaillé avec le journaliste Benoît Collombat.
Dans « Le photographe » le
s photographies de Didier Lefèvre 
se mêlent aux dessins d’ Emmanuel Guilbert
par ailleurs papa d’ « Ariol » publié chez Bayard presse,
le  groupe leader chez les enfants qui n’ont plus l’exclusivité des gaufriers 
(la grille d'images découpant la planche de bande dessinée).
Le neuvième art et ses multiples visages a étendu son territoire.
Catherine Meurisse
vient d’entrer à l’Académie des beaux arts.