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mardi 3 février 2026

Le printemps suivant. Margaux Motin.

Quel plaisir de retrouver la charmante dessinatrice au moment où elle emménage avec son nouveau compagnon dans une belle maison au bord de la mer ! 
Les couleurs sont lumineuses, les traits délicieux et l’humour, la tendresse de la jeune femme, habillés d’autodérision font oublier sa mauvaise foi, son immaturité.
La féministe ne se donne pas toujours le beau rôle, alors que son Paco placide a tout loisir pour jouer avec les filles.
Son énergie, sa légèreté, ses exigences, sa sincérité excusent ses caprices. 
Au milieu des cartons, la musique : 
« Il en faut peu pour être heureux
Vraiment très peu pour être heureux
Il faut se satisfaire du nécessaire […] 
 Et quand je retourne un gros caillou
Je sais trouver des fourmis dessous. »
Des planches didactiques entre quelques scénettes croustillantes permettent 
de choisir son défaut ou sa qualité : 
« Ne sait pas déléguer ou simplifie la vie des autres ; 
bordélique ou décontracté ;  
maniaque ou organisée… »
 Nous aimerons encore réviser avantages et inconvénients de la vie de couple :
- le partage des taches :  
«  J’ai vidé la moitié du lave-vaisselle » 
- ne plus être la seule chef : 
« Quoi même pour planifier les vacances, je vais devoir te demander ton avis. »

mardi 27 janvier 2026

Gun men of the West. Tiburce Oger.

Dans la série où renait par la BD la légende de l’Ouest en trois volumes,
12 dessinateurs et coloristes sont réunis pour rappeler quelques figures de hors la loi et autres tueurs sanguinaires qui arpentèrent ces contrées sauvages et grandioses. 
«  Mais pour bien des desperados, le choix fut imposé par une injustice, la pauvreté la misère ou une loi scélérate… » 
Pour les plus célèbres :  Tiburcio Vásquez dont la fin est contée a inspiré le personnage de Zorro alors que des doutes sur la disparition de Billy the Kid alimentent sa légende.
Toutes ces existences sont incroyables mais vraies, comme celle des frères Harpes atroces tueurs en série, Slade « le damné » ou « la goule de Gettysburg » devenu une attraction de foire…
Le récit de Middleton épargné par Apache Kid lors de son évasion, car il lui avait offert une cigarette tend à illustrer les bienfaits du tabac,et il fallait bien dans cette galerie des mythes américains, une querelle de deux tenancières de bordel, une histoire de vengeance  comme celle de John Sontag contre la Souphern Pacific Transportation Company, quelque « Black Evil » et un as de la gâchette le cow-boy John Wesley Hardin.
Quant à l’éléphant condamné à être pendu en public après avoir écrasé son cornac, une photographie en a gardé le souvenir dans des archives complétant les 107 pages magnifiquement illustrées et mises en scènes. 
A travers l’évolution des armes depuis le fusil à silex des années 1820 aux mitrailleuses Gatling de 1861 et quelque Colt, ces évocations, telles des nouvelles nerveuses, sont reliées par la verve d’un armurier distrayant un bandit amateur qui vient de déboucher malencontreusement dans son magasin, pour le plaisir des lecteurs.

mardi 20 janvier 2026

Famille nombreuse. Chadia Chaibi Loueslati.

Chronique souriante d’une famille d’origine tunisienne installée à Drancy qui en arrive à compter onze enfants, quand dans les années 80 le respect des origines ne contredisait pas l’intégration.
Le père était venu d’abord seul puis avait été rejoint par sa femme et les deux premiers enfants, vivant d’abord dans un studio à Paris avant d’obtenir grâce à la détermination d’Omi, la maman, un HLM en Seine Saint Denis.  
Le papa qui apparaît après chaque naissance pour signaler que « c’est grâce à lui » est tendrement présenté, même si le fauteuil n’est que pour lui. 
« Moi jou tiendre li balai si bourkoi tu aller à licoule pour tiendre une stylo mon fille »
« Ce n'est que bien des années plus tard que j'ai compris ce que le Daron a voulu me dire ce jour-là. »
Les dessins très simples et expressifs conviennent parfaitement à un récit inévitablement commenté par les frères et sœurs, rendant avec tendresse l’ambiance chaleureuse de la famille. L’humour relativise les moments où se perdent les illusions de l’enfance, quand la petite souris n’est pas passée ou que la spécialité longuement mijotée, pour la copine, une fille unique, empeste dans toute la montée. 
En 190 pages, les anecdotes se multiplient, et l’apparition du téléphone, l’obtention du permis de conduire, ou un agent immobilier malhonnête contraint au remboursement témoignent d’une vision positive de l’existence, réconfortante. 

mardi 13 janvier 2026

La commode aux tiroirs de couleurs. Véronique Grisseaux- Amélie Causse- Winoc.

En 80 pages, l’album aux couleurs ensoleillées ouvre les tiroirs d’une commode accessible après la mort de la grand-mère républicaine espagnole réfugiée à Narbonne.
La chanteuse Olivia Ruiz a suivi de près l’adaptation en BD de son roman à succès après avoir collaboré avec le chorégraphe Jean Claude Galotta. 
« Enfin, après tant d'années d'impatience domptée, je vais connaître le secret que renfermaient ces dix tiroirs. Ma grand-mère les nommait ses renferme-mémoire. » 
Chaque tiroir correspondant à un chapitre contient une lettre accompagnant une médaille de baptême, une clef, un carnet de poèmes, un sac de graines, un acte de naissance, un foulard, un baromètre. 
Cette mémoire partagée sur plusieurs générations, dont la révélation a pu nourrir l’harmonie finale, ne se complait pas dans les drames qui ont marqué ces femmes fortes en fournissant des témoignages qui poussent à vivre.  

mardi 6 janvier 2026

Petit Pierre. Daniel Casanave Florence Lebonvallet.

J’ai su dès la première page au sous titre approprié : «  La mécanique des rêves », qu’il s’agissait de Pierre Avezard dit Petit Pierre (1909-1992) dont j’avais vu le travail et en gardait un souvenir ému.
Les dessins de visages anguleux comme ceux qui figurent dans le manège construit par Petit Pierre, conviennent parfaitement, avec leurs couleurs douces, à raconter un rude destin rencontrant aussi bien des hommes bienveillants que des malveillants.
Le petit garçon malformé en butte aux moqueries des autres enfants ou des ouvriers agricoles lorsqu’il deviendra vacher, rejeté du monde, va offrir chaque dimanche aux visiteurs, un manège d’une inventivité extraordinaire à partir de matériaux mis au rebut.
Nous sommes au-delà des recherches de qualificatifs académiques pour un art en marge désigné le plus souvent comme « art brut », 
dans la famille des « Inspirés du bord des routes », 
de Picassiette,
ou du facteur Cheval. 
Au-delà des musées, cette BD de 115 pages raconte la belle histoire d’une vie terrible embellie par de poétiques mécaniques, et rend hommage à d’autres passionnés qui ont permis la reconnaissance de ce destin hors du commun.

mardi 23 décembre 2025

Une affaire de caractères. François Ayroles.

Enquête policière dans une contrée imaginaire peuplée d’amateurs de lettres.
Dans ce pays, j’ai reconnu Georges Perec dans le rôle d’un muet, il s’appelle Gorgs, les « e » ayant disparu de son nom comme dans son livre, « La disparition ». Il était un membre éminent de l’Oulipo (Ouvroir de littérature potentielle) club d’écrivains joueurs s’inventant des contraintes. Cet album développe, avec dessins et jeux de mots, l’équivalent en BD de ces défis exigeants réservés à un public averti. 
Il y a de belles trouvailles : le livreur de caractères, Tezorus qui ne s’exprime qu’en définitions, une battle de phraseurs, un vendeur de guides pour chaque occasion de la vie, des cruciverbistes, une machine à écrire sorte de Chat GPT qui fonctionne au whisky ou plutôt ne fonctionne pas … et un inspecteur de police décalé pour élucider des meurtres en série qui ne sont que prétextes à exercices de style. 
Les 70 pages poétiques aux douces couleurs réservent des surprises mais l’ensemble paraitra froid au familier d’Astérix qui aime les allusions, les connivences mais peut se sentir exclu dans cette cérébrale affaire.

mardi 16 décembre 2025

Les garde-fous. Bézian.

Dans la grande maison d’architecte isolée où est attendu un tueur en série, le huis clos se voudrait étouffant. 
Le lettrage, le fin graphisme participent avec élégance à une atmosphère glaçante. Mais l’esthétisme éloigne toute émotion et malgré des dialogues ciselés, nous restons indifférents à cette histoire dont les personnages semblent étrangers les uns aux autres.  
De belles lignes inhabitées.

mardi 9 décembre 2025

Le repos du guerrier. Zidrou & Jordi Lafebre.

Le numéro quatre de la série «  Les beaux étés » nous régale comme les albums précédents, où nous avions appris à connaître chaque membre d’une famille belge en vacances. Même si les quatre enfants, maman et papa dessinateur de BD risquent d’apparaître seulement comme silhouettes si on commence par cet album.
L’originalité de ces 50 pages nous ravit par ses histoires positives, où les désagréments  se surmontent dans une bonne humeur communicative, elles ne courent pas les cases ni les bulles dans les productions de BD habituelles.
Sur un air enjoué de« Banana split », du temps de « The Wall », les bonnes formules abondent : 
« Si t'as pas tâté les pis de la vache, faut pas t'étonner si t'hérites d'un taureau! » 
Un supplément de croquis préparatoires permet de prolonger le plaisir des dessins expressifs, en accord avec la simplicité du propos, la douceur des sentiments, l’énergie des plus jeunes et la bienveillance des ainés. Les étés sont beaux.

mardi 2 décembre 2025

La dernière rose de l’été. Lucas Harari.

Le joli titre n’a pas grand-chose à voir avec cette histoire légèrement policière prétexte à de charmants cadrages sur les villas de bord de mer, mais il participe à l’ambiance élégante de cet ample album de 190 pages.
Dans le style jazzy de Loustal, une atmosphère désabusée s’installe.
Sous le soleil méridional, bien que des carrelets graphiquement intéressants ou des ferrys menant aux iles soient plutôt atlantiques, personne ne transpire, les corps se croisent, disparaissent et les individus solitaires gardent leur mystère dans des couleurs ravissantes.
Des chansons diverses rythment le récit qui s’épaissit en cours de route, devient inquiétant, sans se départir d’une certaine distance gracieuse.
On peut penser à Hitchcock, à Sagan,
même si l’anti-héros aux velléités d’écrivain n’écrit pas une ligne, bien qu’il ait acquis le livre de Jack London, « Martin Eden », décidément indépassable. 

mardi 25 novembre 2025

Le Dieu vagabond. Fabrizio Dori.

Alors qu’en ce moment, les dieux antiques ne sont guère vénérés, un ancien satyre de la bande à Dionysos, se met en route pour retrouver ses attributs perdus pour avoir contrarié Artémis.  
«- Tu ne te lasses jamais de raconter les histoires ?
- Les mythes sont faits pour être racontés. Sans ça, le monde s'appauvrit et meurt. » 
Les beaux dessins ne sont pas encombrés de trop de paroles gardant ainsi toute leur force, leur poésie. 
« Si vous ne voyez pas les choses clairement, 
c’est parce que vous les recouvrez constamment d’une couche de paroles,
Nous les satyres gardons la tête claire, solidement attachées au corps, 
et le corps bien ancré dans la terre. Le monde s’offre à nous spontanément. » 
La mythologie peut enseigner à notre société moderne désenchantée quand une rencontre avec Van Gogh nous entraine aussi vers les étoiles. Les silhouettes des vases grecs ont eu le temps de s’animer en 156 pages au graphisme soigné.  
Cependant cette joliesse, où l’onirisme est revêtu des codes élégants de l’art nouveau revu par le pop art, m’a parue un peu figée. Les personnages ayant volontiers la bouteille à la main m’ont laissé au régime sans alcool. J’aurai préféré des Dieux plus incarnés, moins lisses.

mardi 18 novembre 2025

Astérix en Lusitanie. Fabcaro Didier Conrad.

Ce 41° album réserve peu de surprises, à part la vigie du bateau pirate inévitablement coulé qui  maintenant prononce les « r » lorsqu’une galère phénicienne apparaît à l’horizon. 
«  Ô tempora ô mores ». 
Le pays des pêcheurs de morue sympathiques échappe aux caricatures appuyées.
Les chevelus à la moustache noire dont aucun poil ne dépasse sont nostalgiques et fatalistes : 
« Maintenant tout a disparu, mon cœur est fatiguééé
Mon bonheur à jamais perdu dans la douleur du passééé
Je ne vis qu’avec mon chagriiin Il ne me reste qu’à pleurer » 
Le plus festif des fado souhaite ainsi le bienvenue au « petit anxieux et au gros nonchalant » venus aider à la libération d’un  producteur artisanal de garum ( condiment à base de poissons) victime d’un Pirespès, traitre au service de Pluvalus le gouverneur, prédateur invitant tous les hommes d’affaires implantés en Lusitanie : 
« Paruvendus qui détient tous les papyrus d’information,
Elonmus bien sûr et Meïdinazix, le grand industriel de la caliga de sport… » 
L’évocation de la mondialisation capitaliste naissante s’agrémente d’allusions au milieu de la communication avec un certain Nioubiznes. Nous pouvons reconnaître nos démêlés avec des mots de passe toujours plus complexes, et retrouver la réforme des retraites :
«  Passé 75 ans, on a bien mérité notre repos, pas vrai ? » 
disent deux retraités bien de chez nous en vacances avec leur charavane au Portugal.

mardi 11 novembre 2025

Les seins. Guillaume Bianco.

Potaches, enfantins, puisqu’il est question de « tétés », les carnets de l’auteur pour la jeunesse, sont gentiment amusants. 
Avec une bonne dose d’autodérision, le sérial looser ne fait pas de mal à celles qui l’affolent et nous allège du poids pesant en ce moment sur les hommes, souvent présentés comme de lourds machistes ou de toxiques masculinistes.  
Son plaisir pris à dessiner de douces rondeurs est bien innocent sous des traits vifs plus caricaturaux qu’érotiques.
Un autre volume intitulé « Les femmes sont folles » avec écrit en petit (« de moi ») annonce lui aussi une série d’anecdotes personnelles habilement racontées, pleines de scrupules sous forme de dialogue avec son éditeur Lewis Trondheim. 
Il pense que passer pour un homosexuel lui permettra de mieux draguer les filles, ou rêve de devenir une fille pour se palper les nichons. 
« Une meuf ça parle beaucoup »mais« il faut bien dire ce qui est… sans elles, le monde serait moins rigolo… Plus de maîtresse d’école, plus de chanteuses, plus de caissières de supermarché, plus de copines, de petites sœurs ni de mamans, plus de grands-mères… » 
Bon enfant.

mardi 4 novembre 2025

Comment je ne suis pas devenu un salaud. Matthieu Blanchin.

Lors du festival de bandes dessinées de Saint Nicolas de Macherin, le dessinateur venu en voisin m’a dédicacé avec délicatesse, un de ses albums autobiographiques.
Un psychologue en a écrit la préface : 
« Cet album est surtout un hommage incroyable à la bande dessinée. Cette dernière constitue, page après page, un fil d’Ariane qui semble avoir permis à l’enfant et à l’homme  qu’il est devenu de survivre et puis de vivre. Conçue à l’origine pour les enfants, la bande dessinée vient, encore et toujours, chercher cet enfant en nous, celui qu’on a trop souvent laissé en friche, qui a peut être transcendé la solitude et l’ennui en plongeant dans des albums, des heures entières, voire une vie entière. »  
Les 255 pages qui suivent en apportent la preuve, le titre avait annoncé un parcours difficile.
Le récit de son enfance apparu dans « Le val des ânes » 
est inclus dans cette livraison et se prolonge par des épisodes d’une adolescence d’autant plus incandescente que sa timidité compromet bien des relations et se mue parfois en agressivité, surtout au sein de sa fratrie.
Les moments d’apaisement, de plénitude sont plutôt rares, tant les désirs refoulés, les non-dits le tourmentent. Dans ce début de vie vécu comme violent, le souvenir de rencontres bienvenues autour de la bande dessinée pourra peut être réconforter, en abyme, des lecteurs qui pourront se reconnaitre dans cet univers plutôt rude.

mardi 28 octobre 2025

A l’intérieur. Mathieu Sapin.

 « Un ou deux policiers meurent toutes les trois semaines » dans l’exercice de leurs fonctions.
Pourquoi la description du fonctionnement de la police, de la gendarmerie enfermerait le lecteur  à Droite, côté obscur de l’opinion qui n’acquiescerait pas à la version : « la police tue » ?
Le chroniqueur de la République avait cette appréhension quand il a entrepris de raconter le quotidien de ceux qui nous protègent, depuis le stagiaire angoissé jusqu’aux responsables passionnés par leur travail. 
Quand Mathieu Sapin revêt jambières, casque et gilet renforcé pour suivre une compagnie de CRS lors d’une manifestation à propos des retraites, les lacrymos piquent les yeux.
Les portes de la police judiciaire, de la brigade criminelle, des stups, du service central de renseignement criminel de la gendarmerie s’ouvrent au dessinateur aux traits légers.
Le training de préfets pour gérer des situations de crise, les stratégies d’anticipation, de protection pour la visite du pape à Marseille ou sur le parcours de la flamme olympique sont intéressantes, comme un aperçu de l’enseignement dans l’école de la police à Saint Mandé.
Il va être au cœur des dispositifs qui ont à gérer les crises lors du meurtre de Nahel, des émeutes à Mayotte.
La communication officielle est rendue aimable par un humour qui conjugue  empathie et recul. Le dessinateur en était arrivé à commettre une Benalette (usurpation d’un pouvoir de police) comme le fit un certain Benalla, quand il a failli être renversé par un 4X4 à contresens.
Lorsqu'il survole les environs de Calais ou les abords de la Grande terre à Mayotte, dans ces lieux de tensions, de misère, la description d’un traitement humaniste plutôt inhabituelle nous apporte des éléments peu connus. Un sauvetage en montagne s’avère plus conventionnel même si celui qui est secouru se montre plutôt contrarié que reconnaissant.
Un prochain album consacré aux travaux de Notre Dame promet une approche de grandes réalisations.  

mardi 21 octobre 2025

Un père. Jean louis Tripp.

L’article indéfini du titre évite un trop vibrant possessif et permet ainsi d’impliquer intimement chaque fils et chaque père qui se régaleront de ces 350 pages.
L’autobiographie partagée entre l’amour et incompréhensions évite tout pathos avec un narrateur fugueur de bonne heure pas toujours dans un beau rôle et ce père admirable pas toujours irréprochable.
L’auteur revient sur son pseudonyme dérivé de Tripier objet de moqueries et dont il est fier dans la dédicace au padre Francis Tripier- Mondencin.
La paternité c’est aussi la transmission d’un nom. 
« Cet homme est mon père...Mon papa.
Mais que sais-je de lui ?
Je n'ai vécu avec lui que pendant mon enfance...
Alors que sais-je donc de l'homme ?
De celui qu'il est avec ses amis, ses femmes et ses maîtresses...
Qui et comment aime-t-il ?
Et pourquoi l'aime-t-on ? »
 
A travers la chronique familiale, toute une époque est revisitée avec le vendeur de l’Huma au volant de la 404 familiale en Roumanie et en Allemagne de l’Est depuis leur Sud Ouest natal.
L’intime où la confiance se mêle aux trahisons se tricote avec les évènements du monde. Le rugby, la pédagogie Freinet, l’humour, agrémentent la chronique depuis nos années soixante où on marchait sur la lune et ce qu’il advint quand le mur tomba.
Les dessins expressifs se fondent parfois dans des couleurs sombres sans perdre de leur honnêteté.
« Les souvenirs… les vrais, les arrangés et ceux qu’on se fabrique… 
Ceux qu’on avait oubliés… qui parfois nous reviennent… 
Et ceux disparus à jamais. »

mardi 14 octobre 2025

Vernon Subutex. Seconde partie. Luz Despentes.

Le pavé de 360 pages se tient en haut des productions BD : les marginaux mis en scène expriment une époque qui ne s’aime pas, avec l’acuité d’un Houellebecq et la force d’un Eugène Sue dont la réputation de ses « Mystères de Paris »  avait suffi à me dispenser d’aller à l’original. 
Cet album nourrissant  accroche le lecteur par le pittoresque des personnages, les résonances des moments contemporains « Nuit debout », « Bataclan »…  une verve attribuée à « Paris mère nature des bétonnés de la vie » : 
« Tant que les ateliers s’appelleront « self défense » autant étudier la peinture sur soie.
Le jour où on les appelle «  Je t’arrache les couilles avec mes dents » on en reparle… »
Les tatouages constituent des manifestes, les drogues une routine, la violence un folklore.
Le milieu du cinéma côtoie les SDF : 
« Le monde se divise en deux catégories ceux qui comprennent que c’est la guerre
et ceux qui s’accrochent à leur vie d’avant. » 
Peu importe que le héros principal paraisse assez insignifiant parmi les nombreux personnages hauts en couleurs qui l’escortent comme les ravis du flûtiste de Hamelin: 
« Ils voulaient en faire un Rimbaud alors que c'était juste un vieux cas social. » 
Bien que la playlist punk rock, élément essentiel du récit, chérisse la distinction pour initiés, les dessins du rescapé de Charlie expriment avec efficacité les moments de grâce des retrouvailles de tout le groupe des Buttes Chaumont arrivant à oublier ses solitudes agressives en des « kermesses pour punk à chiens ». 

mardi 7 octobre 2025

Le chanteur perdu. Didier Tronchet.

Je ne savais si je devais préciser qu’il s’agissait d’une histoire vraie, bien qu’arrangée, tant la recherche passionnée du dessinateur est incroyable. 
Pourtant bien des récits de l’auteur de Raymond Calbuth partent de situations vécues. 
Rémi B, héros de ces 180 pages, de son vrai nom Jean Claude Rémy, reconnu par Brassens, a produit un album édité par Pierre Perret puis s’est retiré dans une île malgache. 
Parti à sa recherche, le narrateur, bibliothécaire dépressif, offre une occasion de se remémorer Raoul de Godewarsvelde, un autre chanteur : 
« Quand la mer monte
J'ai honte, j'ai honte
Quand elle descend
Je l'attends
A marée basse
Elle est partie hélas
A marée haute
Avec un autre. »
 
Le Belge s’était pendu et le métis Rémi B, né au Vietnam, héros très discret de cette BD, lui avait consacré une chanson : 
« Mais quand le mal est trop profond
Et la débine et l'abandon
Si durs, revient la tentation
De la corde et du tabouret
Que cette idée au début peine
Habituelle et souterraine
Devient relance quotidienne
Et puis un jour, drôle de jour,
Un jour d'hiver, un fait divers
Chien écrasé, au Cap Gris-Nez ».
 
De Paris vers Morlaix, Berck, l’île aux nattes, les paysages sont variés.
Les années ont passé depuis le temps des cassettes, mais même à l’heure des amnésies fatales, « on a tous dans le cœur » quelques chansons inoubliables et quelques secrets à découvrir.

mardi 30 septembre 2025

Nos héritages. Fred Bernard.

Le passé reste toujours difficile à enseigner, si bien que 
ces 220 pages reliées m'ont parues  particulièrement réussies. Le récit très personnel de l’auteur à destination de son fils se marie parfaitement à l’histoire de l’humanité.
Le bourguignon avait déjà célébré ses racines et fait part de son engagement écologiste. 
Cette fois, il habille le petit garçon qu’il était en homme préhistorique, puis prend la toge antique. La renaissance, sa renaissance, correspond à l’âge du lycée…
Depuis sa naissance en 1969, il a « passé plus de temps dans les hôpitaux que ses parents et grands parents réunis ».
Mais alors que des apprentis punk gravaient «  No future » sur les pupitres, il disait « Yes » à l’avenir et cite en conclusion, Bruno Latour, le philosophe inquiet de notre inaction face au changement climatique et au cynisme des plus riches : 
« Tout n’est pas foutu, au contraire… » 
Les livres et une campagne à explorer en toute liberté lui ont permis de surmonter bien des épreuves. Dans une réflexion plus générale, son optimisme voisine avec la certitude qu’il faudra en passer par des contraintes comme lors de la crise du COVID (6,54 millions morts dans le monde, 152 000 en France), pour permettre de garder une planète vivable, quand se dissipera le mantra délétère qui relie « écologie » et « punition ».  
S’il n’idéalise pas le passé en remarquant par exemple que la pollution était plus évidente sur les plages dans les années soixante, il n’oublie pas les attentats islamistes récents et à propos de l’histoire longue où il met en évidence les combats féministes, l'auteur nous rappelle quelques chiffres indispensables : grippe espagnole : entre  40 millions et 50 millions de morts en 1918,  seconde guerre mondiale : entre 60 et 70 millions de morts.  
Il s’inquiète toujours du sort des animaux dont il découpait les images quand il était petit : plus que mille gorilles des montagnes et dix mille panthères nébuleuses, alors le guépard se demande «  a quoi sert-il de courir à 110 km/h » ils ne sont plus que 8000.  
Il mentionne aussi la progression de la production de voitures et n’oublie pas Sabrina Salerno « Boys ! Boys ! Boys » : raison et émotion, précision et rêves, contradictions et convictions.
Il avait noué des rapports fraternels avec Nino Ferrer
et rencontré Robert Badinter pour une bande dessinée consacrée à Idris sa grand-mère adorée, lui qui n’avait jamais été autorisé à lire un illustré alors qu’il avait eu accès à Hugo, Zola et Ovide dès qu’il sut lire. 
La gravité du propos d’une sincérité qui excusera des redites, se comprend aisément en s’accompagnant de dessins légers aux tons pastel.

mardi 23 septembre 2025

Champs de bataille. Inès Léraud Pierre Van Hove.

J’avais évoqué avant de l’avoir lue cette bande dessinée, 
réalisée par les auteurs d’ « Algues vertes » qui avaient déjà mis en lumière, au-delà du scandale écologique, une puissante omerta bretonne. 
Avec cet album documenté il s’agit plutôt du récit d’une histoire ancienne vue comme un « démembrement » accompagnant une mutation des campagnes sous le nom officiel de « remembrement ».
Les témoignages recueillis apportent, par leur variété, des nuances à la nostalgie d’une campagne de chemin creux peuplée de chants d’oiseaux. Qui vivrait aujourd’hui avec des parcelles où il faut sans cesse faire demi-tour avec la charrue, où l’hiver les sentiers sont impraticables ?
Pour évoquer la complexité des enjeux, le choix de retenir les remords d’Edgard Pisani, acteur majeur de la modernisation des campagnes, me semble judicieux, comme le revirement de l’ingénieur agronome René Dumont, premier candidat écologiste en 1974 qui disait après guerre : 
« Pour produire le maximum, il faut disposer de grandes quantités d’engrais ; de variétés de plantes et d’animaux perfectionnés ; de ressources en énergie surabondantes actionnant de puissantes machines. » 
Retrouver François Mitterrand en ministre de l’intérieur, ne manque pas de sel, lorsqu’il justifie le maintien des CRS pendant deux ans et demi dans un village breton refusant des tracés bureaucratiques, l’arrachage des arbres, s’élevant contre les accapareurs … 
« L’administration s’est heurtée à l’opposition d’éléments peu soucieux de l’intérêt général ni même de leur propre intérêt bien compris. » 
La parole est donnée aussi à ceux qui ont travaillé au « génie rural » ou dans les cabinets de géomètres, voire en tant que conducteurs de bulldozer. Ces paysans présentés souvent comme conservateurs se sont adaptés au gré des orientations dictées par des hauts fonctionnaires. La corporation organisée du temps du régime de Vichy finalement pas si « tradi » que ça, a maintenu un puissant pouvoir sous appellation syndicale et coopérative bien loin de l’origine de ces mots fraternels.
La distance entre ville et campagne s’accentue. 
Elle aurait pu être atténuée - facile à dire après les batailles - si les échanges de parcelles s’étaient faits à l’amiable entre voisins responsables. 
Je crains que l’aversion envers les agents arracheurs de haies soit la même que celle qui s’exerce contre les personnels de l’Office français de la biodiversité prônant le replantage des haies.