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dimanche 26 avril 2026

Requiem(s). Angelin Preljocaj.

Cette cérémonie artistique est à la danse ce que les cathédrales sont à l’architecture.
Si l’esthétisation des malheurs du monde peut être parfois discutable, la chorégraphie du maître nous emmène au-delà des anecdotes à d’essentielles interrogations existentielles, quand l’évocation de la mort ravive la vie. 
Les images religieuses appelées dès le début par trois vitraux vivants magnifiques, inédits, évidents, constituent le fil de la représentation intense d’une heure trente. 
Pieta, descente de croix, jugement dernier, la Passion, rites primitifs transcendent notre humaine condition née du premier ensevelissement des morts. Et les trépidantes distractions que nous nous offrons pour oublier notre finitude n’en sont que plus délicieuses. Les carcasses inanimées réclament la résurrection et la beauté des corps en des costumes sobres a rarement été aussi vraie. 
Les mouvements de la vingtaine de danseurs, toujours inventifs, sans esbroufe, se jouent souvent en parallèles sublimant leur précision sur des musiques de Mozart, Ligeti, Bach, pas forcément des requiems, mais nous élevant, quand un coup de flute de Messiaen tranche dans la gravité.
Les lumières sculptent l’obscurité, en fond de scène des projections de ville en ruine, de sable qui file entre les doigts, des mots évoquant la « honte d’être un homme » de Primo Levi à son retour des camps de concentration ou la mort d’un enfant ne blessent pas la persistance d’un sentiment de douceur derrière l’énergie rock. 
Un grand et beau moment.

dimanche 19 avril 2026

Meshell Ndegeocello.

Le pseudonyme de la chanteuse Ndegeocello signifie 
« libre comme un oiseau » en langue swahili. 
Elle est annoncée en tant que femme, noire, bisexuelle et musulmane.
« Une des figures incontournables de la scène musicale de ces trente dernières années » 
comme il est dit par QR code interposé maintenant que les journaux de salle ont disparu,
a été très discrète.
Arrivée après trois chansons très années soixante interprétées par son batteur et le claviste, elle plaque quelques accords de basse et économise son organe ; le spectacle repose sur les épaules élégantes et la voix chaude de Justin Hicks.
Je me suis renseigné sur les thèmes abordés auprès d’un anglophone qui n’a pas jugé utile d’aller plus loin dans ses explications à l’égard d’un amputé de l’english : 
« l’amour, la haine répétitifs et  sans nuances ». 
Comme jadis les croyants entendaient à la messe les litanies en latin sans y comprendre rien afin de mieux croire au mystère, j’ai été attentif aux sonorités humaines intégrées à une musique pas désagréable.
A cheval sur deux générations celle du jazz et celle du rap, les recherches musicales datent un peu, et en ce qui me concerne, je n’ai pas ressenti une grande ferveur dans une salle pourtant sûrement plus avertie que moi pour ce qui est de la « Great Black Music » et plus familière de son inspirateur James Baldvin (1924/1987).
Quand au rappel, les professionnels décontractés jouent un « Imagine » sans relief, m’apparaissent bien vaines les douces paroles :  
« Imagine there's no countries,
It isn't hard to do,
Nothing to kill or die for,
No religion too, »
« 
Imagine qu'il n'y ait pas de pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Rien à tuer ou pour lequel mourir,
Pas de religion non plus, »

dimanche 12 avril 2026

Les Quatre saisons. Wiener Concert-Verein/ Timothy Chooi.

Je suis ravi que les violons soient sortis ce soir ; une bonne vingtaine avec alto, contrebasses et violoncelles. 
S’oublient alors toutes les expressions laissant entendre l’exagération ou la dissimulation dès qu’il est question de cordes vibrantes, quand les instruments dont un Stradivarius de 1714 sont joués avec cette fluidité. 
La beauté se laisse apercevoir en un trait d’archet où se joue la complicité fine d’un soliste avec la puissance du groupe.
Vivaldi encore ! Et il faudrait s’en défendre comme si la virtuosité, la joie, l’inventivité devaient passer aux oubliettes.
J’ai tant aimé scander mes années d’enseignements avec les pommes de l’automne, les bonhommes de neige en hiver, le muguet de mai et les plongeons estivaux que cette révision fleurie me ravit. Les saisons reviennent, et enchantent les mémoires qui aiment à se réinitialiser pendant une heure trois quart de musique rafraichissant les feuilles. 
Les quatre chapitres emballants de l’Italien, 
étaient précédés par « Du temps de Holberg » d’Edvard Grieg, 
entrecoupés d’airs de danses viennoises, 
de sonorités écossaises « Scènes des Highlands » de sir Granville Bantock,
et « Soleil sur Tachkurgan » du chinois Chen Gang.
La star canadienne Timothy Chooi a fait jaillir des étincelles, l’orchestre les a multipliées dans  son feu d'artifices.

dimanche 5 avril 2026

Gesualdo Passione. Les arts florissants/ Compagnie Amala Dianor.

La postérité du « musicien meurtrier » de sa femme et de son amant, Bertrand Cantat de la fin de la Renaissance, pose à nouveau la question de la mise à distance de l’œuvre et de son auteur, d’autant plus que ce crime dit « d’honneur » ne lui valut qu’un exil pour échapper à une vendetta. 
« L'usage de la cour espagnole, qui s'appliquait à Naples, réclamait la mort de la femme adultère et de son amant alors que, dans le Nord de l'Italie, la tradition réclamait la mort de l'épouse seulement». 
Ce féminicide atroce, documenté dans le journal de salle, était dans nos têtes lors de l’évocation pendant plus d’une heure des souffrances du Christ, derrière les mouvements des danseurs contemporains et les chants déchirants et retenus d’un chœur très mobile.
Ce « concert dansé » a conjugué, dans l’intensité, les polyphoniques antiennes et les répons avec des mouvements gracieux. Ces gestes inventifs, pris de spasmes, évoquent, sans les parodier, les figures de la Passion.
 
    

dimanche 29 mars 2026

Luz Casal.

La référence de la chanson du film « Talons aiguilles » d’Almodovar nous avait incités à prendre notre billet pour le spectacle de «  la diva espagnole ». 
« Piensa en mí » arrive à la fin du concert, mon voisin s’était endormi.
Oui la sonorité de la langue espagnole convient bien aux chansons, mais un peu de traduction dans le journal de salle ou en introduction entre deux morceaux aurait pu donner une idée du sens des paroles à ceux qui ne pratiquent pas couramment la langue de Luis Enrique. 
Les appréciations: « c’est fort » ou « c’est beau » dans le pitch me semblent par contre inutiles, si  la confiance est accordée à l'auditeur.
Des chansons françaises agrémentent le concert, mais si Dalida ne fut guère ma tasse de thé, je préférais son interprétation de « C'est l'histoire d'un amour » ou d’ « Il venait d'avoir 18 ans ».
La voix de la sexagénaire convient mieux aux affirmations qu’à la douceur dans un registre plutôt variété que le rock annoncé.
La salle sûrement hispanophone a marché volontiers lors de la reprise de Daho « un duel au soleil ». La barrière de la langue s’est levée quand son investissement tout en sobriété s’est manifesté dans une chanson en galicien.
Si je retiens des détails tels que le spectacle a commencé à l’heure, et que souvent j’ai été ébloui par les projecteurs basculant vers la salle, c’est que cette prestation ne m’a guère emballé.

dimanche 22 mars 2026

Les chemins qui montent. Amel Brahim-Djelloul.

Les chemins qui montent sont ceux de la Kabylie décrite par l’écrivain Mouloud Feraoun auxquels la chanteuse lyrique d’origine algérienne rend hommage avec des chants en langue berbère.
Faut-il souligner l’élégance d’avoir traduit chacune des chansons dans la langue parlée par la plupart de grenoblois, car ce n’est pas toujours le cas quand les programmateurs pensent par exemple que la langue de Trump est comprise par tous ?
Si les paroles peuvent paraître d’une poésie un peu surannée avec mariage d’amour, fleurs des champs et fils mort à la guerre, nous n’avons plus qu’à nous laisser envelopper par les mélodies nostalgiques de la soprano lorsqu’elles sont modulées dans leur expression originale.
Sa belle voix douce s’enroule parfaitement aux plaintes, et ravissements des  quatre musiciens à la guitare, au violon, à la contrebasse et aux percussions. 
L’heure impartie a été largement dépassée au grand ravissement d’un public touché  par ces chants éloquents qui apaisent les tristesses et poussent les allégresses.   

dimanche 15 mars 2026

Monarques. Emmanuel Meirieu.

Les papillons monarques migrent du Canada vers le Mexique où ils arrivent le jour des morts. 
L’histoire des lépidoptères est évoquée en introduction par un film mettant en scène deux frères qui dès leur enfance les étudient, les réparent et pour l’un d’eux, les suivra en aile volante. 
L’autre jeune homme est mort accidentellement lors de leurs essais.
Puis le rideau s’ouvre sur des wagons du train nommé « la Bestia » par des américains du sud essayant de rejoindre l’Amérique du Nord.
Le décor est impressionnant avec une installation de personnages à la Ousmane Sow juchés sur les citernes.
Après une séquence cinéma et une proposition d’arts plastiques fort attrayantes, le théâtre doit advenir, mais il n’est pas venu.
La déception est d’autant plus surprenante que j’avais été bouleversé par les spectacles précédents du metteur en scène qui a tout mis dans le décor mais très peu dans les dialogues.
Bien qu’il aime se tenir près de la réalité, la partie jouée sur le plateau s’approche d’une fable misérabiliste d’où toute émotion est absente.
Un haïtien, auquel il manque un bras, doit rejoindre son frère qu’il a défiguré lors d’une dispute.
Il trimballe une marionnette munie d’une prothèse représentant un ami à qui il a promis de passer la frontière. Une jeune femme enceinte prend aussi le train. 
La conclusion quelque peu poétique permet de croiser les destins du parapentiste et de l’handicapé. Celui-ci pourra passer par-dessus la frontière avec l’aile volante aux couleurs de monarque.

dimanche 8 mars 2026

La guerre n’a pas un visage de femme. Svetlana Alexievitch / Julie Deliquet.

Parmi un million de femmes russes ayant chassé les nazis,neuf actrices, interprétant d’anciennes combattantes de la seconde guerre mondiale, témoignent pendant deux heures et demie.
C’était la guerre froide en 1975 au moment où dans un appartement communautaire une jeune journaliste pose ses questions à des ukrainiennes, une sibérienne, des soviétiques qui révèlent leur guerre, la seconde guerre mondiale.  
Le texte de la Biélorusse prix Nobel de littérature, essentiel, est sobrement mis en valeur par la mise en scène et rendu criant de vérité et d’émotion par le talent des actrices. 
« Les femmes sont des armes de guerre ».
L’évident message féministe s’élève bien au delà  des anathèmes contreproductifs des pointillistes de la fin des mots. Et si j’ai craint quelque effet de mode avec la salle restée allumée et les harangues frontales, je les ai appréciées tant la véhémence s’impose et que progresse subtilement la dramaturgie.
Depuis le documentaire bourré d’anecdotes intimes toutes signifiantes, nous revenons, au bout des trois mille guerres depuis que l’homme est Homme, à la question : 
à quand la der des ders ?  
Brancardière, tireuse d’élite, pilote, leur récit choral allant chercher la poésie et les chansons au cœur des horreurs offre un éventail d’interprétations, de vécus différents pour compléter les versions officielles. Les thèmes riches, intenses traitent de la mort, de la peur, de la haine, de la faim, et des moments de joie, des vêtements et des godillots trop grands, des corps  épuisés et désirés. 
« Face à la mort, c’était encore la vie ».
Elles ont suscité la méfiance et comme beaucoup se sont résolues au silence.
Ce soir elles nous ont parlé, fort, redonnant du sens au mot devenu un peu pâlichon à force d'avoir été utilisé : devoir de mémoire.

dimanche 1 mars 2026

Bach project. Vincent Peirani François Salque.

Le public du dimanche matin à la MC 2 a été conquis par un accordéoniste et un violoncelliste pour un hommage à Bach. 
Il ne s’agissait pas d’une révision de plus de l’œuvre d’un des phares de la musique baroque, exercice souvent périlleux, mais de propositions surprenantes, par un duo dont l’engagement et la virtuosité valaient tout un orchestre.
Au dire de plus mélomanes que moi, l’allegro en sol majeur du maître du XVIII° était le morceau le moins fort du concert, alors que des compositions de Villa-Lobos ou des obscurs Vasks, Stourk, Mehldau, Peirani, ont emballé tout le monde.
Se vérifiait l’intention d’un  
« lien direct avec la tradition bachienne,
en affirmant dans le même temps une esthétique contemporaine et personnelle. »
 Les accents tziganes au rappel ont encore fait monter la température.    

dimanche 22 février 2026

Entre-temps. Philippe Decouflé.

Fidèles à l’ordonnateur des pompes olympiques de 92 et à sa patte toujours singulière, j’ai trouvé  ce quatrième spectacle vu à la MC2 plus grave, plus profond que naguère, malgré ses airs de fête.
Ce joli moment chaleureux, nous hausse au dessus de notre quotidien et nous offre prétexte à émotions et à réflexion.
Toute dette est dite envers Goude ou Fellini, avec des danseurs de tous âges, un majoret et une vicieuse perceuse. Un pianiste exceptionnel les accompagne avec des improvisations variées allant de Madonna à Liszt.
 « Avec le temps… » : je n’avais pas cherché à reconnaître Ferré, alors que ma sous-titreuse avertie m’avait soufflé quand Bach ou Philip Glass étaient joué en direct sur scène.
«  I’ll survive » de Gloria Gaynor avait suffi à faire frissonner le nostalgique de 98.
Pourtant ce sont les « quat'z'arts » de Brassens qui me trottent dans la tête pour dire la proximité des plaisirs et des chagrins, entrevue ce soir: 
« Adieu ! Les faux tibias, les crânes de carton
Plus de marche funèbre au son des mirlitons
Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser
Les vrais enterrements viennent de commencer »
 
S’il est davantage question de mémoire à connotation plus personnelle, que du temps plus général, le texte du journal de salle ne se comprend que lorsqu’on s’est levé avec la foule pour les rappels au bout de deux heures suspendues:
«  parler du temps, c’est parler de ce qui se répète, de ce qui se transforme […]
« de la marche du temps, du temps de la marche ».

dimanche 15 février 2026

Ka-in. Groupe acrobatique de Tanger, Raphaëlle Boitel.

Pirouettes et roues endiablées sous des lumières changeantes, stroboscopiques ou portées par les artistes, ponctuent un spectacle de plus d’une heure, fusionnant danse et acrobaties, mêlant tradition marocaine et modernité.
L’hybride devient la règle, l’énergie une valeur cardinale pour foules fatiguées.
Ces moments dynamiques, dans un scénario qui les montre souvent contrariés, nécessitent des séquences plus apaisées parfois répétitives, dont la mécanique burlesque fait rire les enfants. Sous des allures de West Side Story hip hop, s’entendent aussi des sons vivaldiens revus par l’électro. Les treize artistes varient les tableaux : au trapèze tourbillonnant, dans des portées toujours impressionnantes, des projections inattendues, des regroupements émouvants, des traversées bien réglées, des visions fantomatiques originales  

dimanche 8 février 2026

Post-orientalist Express. Eun-Me-Ahn.

Sous des lumières jolies et une profusion de costumes brillants, l’Orient déconstruit m’a paru désorienté bien qu’extrêmement pailleté, mais moyennement chorégraphié.
Les moments d’ensemble trop rares n’ont pu apporter de la cohérence à une succession de tableaux où des archétypes hétéroclites des cultures asiatiques défilent : un gros panda,  des petits dragons, planchettes à casser, grands bâtons et volumineuse théière …
La joie de se déguiser, de faire tourner sa robe neuve comme faisaient jadis les petites filles, s’est communiquée au public, alors que l’emballage tape à l’œil n’a pas masqué pour moi le peu d’épaisseur du  fond. 
N’étant pas accessible 
« au croisement du yin-yang avec la ligne du nô entremêlé à un mudra du Kathakali »  
je retiens la disproportion entre une ambition remettant en cause la vision orientaliste de l’occident grâce à « un essentialisme stratégique », alors que tombent depuis les cintres de gracieux confettis.   

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.

dimanche 25 janvier 2026

Où nul ne nous attend. Pauline Laidet.

D’après « Les vagues », un « poème-jeu » selon la désignation de Virginia Woolf elle-même, ces retrouvailles de six personnages auraient pu inspirer une réécriture riche puisque la femme de lettres voyait dans les monologues des personnages « des facettes de conscience illuminant le sens de la continuité ».
Mais le nouveau texte proposé ce soir dans la petite salle de la MC2, rédigé avec la complicité des interprètes, hésite entre naturalisme et fable, drame et comédie avec quelques séquences chorégraphiées un peu longuettes parfois.
En tous cas ça braille et lorsqu’un brin d’intériorité peut être évoqué, les paroles disparaissent souvent derrière une musique mal réglée. Pourtant le projet d’une « quête dʼune nouvelle place dans le groupe pour ne plus être là où on les attend » me semblait une bonne entrée pour un sujet devenu un genre en soi. 
Les personnages archétypaux attendent Camille qui les a réunis, mais « iel » ne viendra pas. Plusieurs protagonistes répèteront que « il faut » est une expression qu’il convient de ne pas formuler. 
Je m’en veux de n’avoir retenu que cette idée creuse et de n’avoir pas saisi « le désir de l’autre » ni « leur désir d’être autre » annoncé, mais voilà au moins un avis sur le net qui aura échappé aux copié /collé du service de presse.  

dimanche 18 janvier 2026

Hedda. Sébastien Monfé, Mira Goldwicht, Aurore Fattier.

Ibsen figure parmi les grands classiques 
et nous sommes habitués aux interrogations des acteurs du théâtre sur eux-mêmes. 
Bien qu’étant méfiant quand des œuvres du passé abandonnent leurs grandes robes, « je n’ai pas vu passer les 2 h 40 » pour reprendre les mots d’un lycéen à la sortie qui ne me semblait pas au départ dans de bonnes dispositions.
Notre attention est habillement entretenue par une fiction tendue révélant la réalité et les débats s'enrichissent lorsque les vies privées croisent des rôles patrimoniaux..
Les recherches pointilleuses pour incarner les dilemmes avec justesse font oublier que bien des interrogations concernent d’abord les théâtreux entre eux.
Bien que faisant désormais partie du décor habituel, les écrans permettent de clarifier les points de vue tout en les multipliant, ils mettent en valeur l’expressivité des acteurs.
La dénonciation habituelle des mâles se nuance avec une maîtresse femme aux défauts très masculins : manipulatrice, dans la toute puissance, violente et forte, séduisante, parfaitement interprétée à l’instar de son insupportable père en pathétique musicien.  

dimanche 11 janvier 2026

Afanador. Rubén Olmo Marcos Morau.

« Tellurique » a dit mon amie qui aime tant le flamenco ; pas mieux.
Le plateau de la MC2 crépite le temps d’une claque qui dure une heure trois quarts.
Souvent les danseurs, les acrobates se jouent de la pesanteur, ici trente six danseurs frappant le sol soulèvent le public.
La transmission est assurée autour d’une guitare, de timbales, d’une voix familière rencontrant de puissants rythmes contemporains où s’est glissée « La pavane pour une infante défunte » de Ravel.
Le Ballet national d’Espagne dégage de la puissance, reprenant les clichés, les sublimant.
« Rude comme le pays » ainsi que le roman familial le rappelle souvent,  
«  couillu » ose une autre, 
les mots paraissent insuffisants pour aimer rappeler sous les flashs une cascade de castagnettes, une rafale de pieds, des cloches, des éventails, de sombres processions, des chaises magnifiées, un toro. La vitalité défie la mort.
Sous le noir des robes à volants ou en haut des pantalons à taille haute, les peaux se découvrent élégamment, violemment. Les contrastes, les lumières, les ombres, le graphisme, les cadrages inédits, évoquent sans accessoires envahissants l’univers du photographe colombien Ruven Afanador.
L’ampleur, l’intensité, la gravité de la chorégraphie, son inventivité produisent un spectacle exceptionnel qu’on a envie de revoir encore.

dimanche 4 janvier 2026

Toutes les petites choses que j’ai pu voir. Olivia Corsini.

Ne pas s’attendre à une célébration des plaisirs minuscules à la Delerm avec la disponibilité nécessaire pour déguster, car nous sommes dans une adaptation de Raymond Carver qui n’avait que peu de temps après ses petits boulots pour écrire ses nouvelles.
Les lumières sont faiblardes pour entrevoir la solitude des « loosers » accentuée par la juxtaposition de leurs différents destins loin du « rêve américain », expression tellement banale qu’elle a perdu tout sens, de même que l’allusion aux inévitables ambiances à la Hopper. 
Pour abuser des expressions toutes faites qui conviendraient à cette morne ambiance, en guise de trilogie : le sexe est triste, la drogue sordide et la musique plombante.
De bons acteurs interprètent des personnages irrésolus dans des situations qui ne mènent nulle part ou pour dire comme ma prof de musique loin de toute agogique « pour désigner le mouvement ascendant d’une mélodie ». Un familier de la langue anglaise remarquait que le langage habituellement utilisé chez ces gens en détresse était trahi par une traduction trop sage. 
On pourrait attendre plus de flamboyance de la part d’une ancienne actrice du Théâtre du soleil en sa première mise en scène, sinon dans la scène finale où un cheval est convoqué avec un cow-boy venu de nulle part. 
La mélancolie de cette heure et demie nous a achevé, écrasé comme cette pathétique grand-mère, ces jeunes épuisés, ces amoureux déprimés. 
« Peur de la mort.
Peur de vivre trop longtemps.
Peur de la mort.
Ça, je l’ai déjà dit. »

dimanche 21 décembre 2025

Ten thousand Hours. GOM.

La troupe australienne Gravity and Other Myths a utilisé le langage du Commonwealth pour son titre, mais évidemment ces acrobates sautent les frontières, en jouant si bien des limites de la pesanteur.
J’avais été dithyrambique lors de leur précédente prestation à la MC 2 il y a deux ans,  
et défaillances de la mémoire obligent, je redécouvre avec enchantement les performances des huit acrobates variant à l’infini les envols, les chutes, les balancements, les empilements, les sauts, les culbutes, les portés aériens, les courses, les réceptions douces…
Quel plaisir procure ce travail d’une telle précision où sur un rythme étourdissant s’enchainent les exploits dans une chorégraphie fluide !  Il fait bon retrouver des qualités devenues rares : haute conscience professionnelle et exaltation de la confiance.
Le tempo est donné par une batterie en live devant un décor où s’affichent d’immenses chiffres au décompte changeant. Le solo du batteur a légèrement perturbé pour moi l’intensité foisonnante du début du spectacle même si les cinq gars et les trois filles avaient bien besoin de souffler. 
Leur humour mettant en scène sans emphase les difficultés de leurs exercices avec les gémissements d’une artiste lors de mouvements pouvaient parler plus facilement à mes articulations que les vols planés croisés qui ont conservé toute leur magie et gagné toute mon admiration.  

dimanche 14 décembre 2025

Histoire d’un Cid. Jean Bellorini Pierre Corneille.

Quatre comédiens et deux musiciens tentent une « variation ludique » pour faire entendre la pièce de 1637 aux anciens élèves de quatrième et à quelques collégiens d’aujourd’hui.
Les vers les plus célèbres renommés « punchline » sont là :
« Ô rage ! ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! Que n’ai-je donc vécu que pour cette infamie. » récités par la foule sollicitée par un Rodrigue bondissant avant que soit opportunément rappelé : 
« Ton père s’appelle Don Diègue, pas Mick Jagger ». 
Les facilités de la parodie farcesque sont évitées, le dilemme cornélien entre amour et honneur persiste à sembler obsolète autant à l’élève du siècle dernier qu’au spectateur blasé de 2025.
Subsistent quelques mots inscrit sur notre friable socle commun  : 
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. »
« Vas, je ne te hais point »,
« Nous partîmes cinq cent ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » 
 « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
 « Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années. » 
Par contre j’avais oublié l’infante et son secret et tant de flots de sang racontés qui grossissent ceux que nous avions cru laisser à la porte de la MC2, c’est qu’ il y a encore matière à puiser dans les œuvres du passé et pas seulement dans le désespoir d’un père vieillissant, sans qu’un matelas gonflable ne subsiste comme seul souvenir d’une proposition déjà démodée.