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dimanche 25 octobre 2026

24 Place Beaumarchais. Brahim Koutari.

Dans le Petit Théâtre de la MC2 de Grenoble, le comédien promis à un CAP d’électricien est venu en voisin depuis Echirolles. Il convoque ce soir, son père et sa mère et évoque sa ZUP, 
« Zone huppée ».
Un contrôle au faciès à l’âge de 14 ans va marquer son récit écrit par Adèle Gascuel et mis en scène par Catherine Hargreaves.
S’il aime la caricature en mettant en cause classiquement une conseillère d’orientation, 
il prend habilement ses distances avec le vocabulaire à la mode tel que « la société post-coloniale », bien que la lecture d’une proclamation militante à la fin du spectacle, mettant dans la même phrase lycéens et Palestiniens, viennent alourdir le propos.
Il a échappé à l’assignation aux seuls rêves de footballeur ou à la condition de dealer, en montant à Paris au théâtre du Soleil où il va réussir sur les planches. 
Il a bien dû rencontrer des personnes qui l’ont aidé à faire valoir son talent et amené à sortir d’une position de victime dans laquelle il se complait. S'il n'en parle pas trop, la qualité de son interprétation, sa sincérité, son énergie ne peuvent en pâtir.
Sa dignité qui le conduit à porter un jugement ironique sur ceux qui s’appliquent à mimer « wesch »marqueur de la banlieue, valorise ses spécificités culturelles et religieuses. 
Il prie sur son tapis et rappelle les « Mystères » sur le parvis de cathédrales au moyen-âge quand la religion faisait son théâtre. 
Lorsqu’il interpelle un contradicteur imaginaire tout en s’interrogeant s’il ne  commettait pas lui-même un délit de sale gueule, il éloigne des soupçons de communautarisme qui ont pu m’effleurer parfois.

dimanche 18 octobre 2026

Les Indes galantes - De la voix des âmes. Leonardo Garcia-Alarcon/Bintou Dembélé.

Pour accompagner le célèbre titre il convient de préciser les noms des nombreux participants  d’un plateau bien garni en musiciens et danseurs : Jean Philippe Rameau est joué sur instruments d’époque par l’ensemble Cappella Mediterranea accompagné du chœur de chambre de Namur alors que les danseurs appartiennent à la structure « Rualité » (rue et réalité). 
La musique baroque contrastée était faite pour rencontrer les structures fermes du hip hop en toute théâtralité.
Bien que les arguments de l’opéra ballet de 1736 soient développés dans le livret d’accompagnement, un sur titrage n’aurait pas été superflu pour éclaircir les textes.
Pourtant la beauté des voix des solistes et des chanteurs du chœur qui se joignent parfois aux danseurs est incontestable.
L'épisode «  forêts paisibles » repris au rappel emporte le public qui gardera la mélodie dans l’oreille et l’énergie de la chorégraphie qui s’était fait attendre. 
Si les lumières ont parfois ébloui le public, les vêtements issus de la garde-robe des Deschiens apparaissent comme des critiques secondaires, tant l’équilibre entre musique et danse est remarquable, bien qu'il eut été tellement facile de faire passer une pirouette sur la tête devant un accord de clavecin.
Le cinéma avait exploré les coulisses des répétitions et situé cette interprétation en « contrepoint face à l’imaginaire colonial » respectant un vocabulaire déconstruit à la mode;
alors que, tout simplement, ce moment de plaisir transcende les époques . 

dimanche 11 octobre 2026

I love you two.

Nous avons "two" aimé de ce spectacle de cirque qui ouvrait la saison à la MC 2. 
Le mot « amour » perdant souvent ses couleurs dans des émoticônes répétitifs, est ici pleinement illustré pendant cette heure sous chapiteau : acrobates, jongleurs, funambules, tous musiciens, en couples, au trapèze, à la bascule, à la roue Cyr, se soulèvent, voltigent, s’accompagnent, se font confiance.
Les artistes suédois sont impressionnants tout en étant familiers, renvoyant à des images d’un spectacle respectueux des traditions, proposant en même temps des figures nouvelles dans un agencement cohérent et poétique soutenu par une musique vivante.

dimanche 4 octobre 2026

Sur un plateau.

Ce dimanche, je dépose au vide grenier de ma mémoire, derrière un castelet perdant ses couleurs, les images recomposées de quelques spectacles vivants auxquels j’ai assisté.
L’émotion première remonte à « Sarcelles-sur-mer » du fiévreux Jean Pierre Bisson dans les  incandescentes années 70, du temps de Savary et ses animaux tristes, de Mnouchkine et Bartabas à Avignon, notre Mecque d’avant les Mac. 
Il y eut « Le Cid » joué par des marionnettes de glace et la cigale réveillée par les projecteurs dans la carrière Boulbon pour un vrai « Songe d’une nuit d’été », un des premiers one man show de Jean Paul Farré et l’effervescence avec les amis à voir cinq pièces dans la journée et de discuter jusqu’à point d’heure de Dario Fo ou de Calaferte.
Ces représentations qui embrassaient les siècles avec Molière et Shakespeare participaient à une compréhension sensible d’un monde tendu vers un futur plus chaleureux, plus intelligent.
J’ai prolongé ces émotions au Grand Bornand et son festival « Au Bonheur des mômes » pendant plus de dix ans, avec ma petite fille et mon petit garçon attendant devant un chapiteau. Et puis Cyrano d’Edmond Rostand qui chante clair vint. 
A la Maison de la Culture devenue Cargo puis MC 2, l’abonné a vécu de grands moments avec Lavaudan et les coulisses qui ouvrent sur la ville ou Galotta et ses recherches, mais les mises en scènes de ces dernières années tiennent plus à déconstruire qu’à inventer, à jouir du chaos qu’à donner du plaisir. 
Les corps sont davantage valorisés par des acrobates époustouflants d’un cirque renouvelé avec les mises en scène inventives de Yoann Bourgeois et de tous ceux comme Marcos Morau qui essayent de se rapprocher des étoiles sublimes de la danse, Béjart ou Pina Bausch.
Si le rideau de velours rouge s’écartant demeure le symbole d’une promesse sans cesse renouvelée devant une salle retenant son souffle, les souhaits d’un élargissement des publics sont devenus tellement vains qu’ils ne sont même plus formulés. 
Le petit monde théâtreux, miroir de la société, s’enferme de plus en plus dans l’entre soi élitiste, ou se fondant dans les manières égotiques du moment ne propose plus que des seuls-en-scène nombrilistes et vachards à voir tout seul sur son écran oublieux, forcément oublieux. 

dimanche 13 septembre 2026

Moya. Zip zap Circus.

Les spectacles de cirque à la MC2, toujours de haute tenue, nous font voyager : 
après les canadiens, les australiens, les marocains, 
cette fois ce sont les sud africains qui nous régalent pour cinq soirées.
Avec en fond de scène une image de bidonville aux couleurs vives, nous n’oublions pas la dimension sociale de l’entreprise qui depuis 30 ans valorise le travail d’ enfants venus de la rue. Un clown sans nez rouge mimant un mendiant d’abord ignoré avant d’être jeté en l’air puis recueilli par la troupe sert de lien maladroit et virtuose entre numéros solo et prestations de groupe parfaitement enchainés.
La Gumboot danse en bottes de caoutchouc signature du pays de Mandela donne le tempo. 
Nous admirons l’adresse, la confiance, la précision, l’allégresse, la souplesse, la force, des dix artistes à la fois jongleurs, acrobates,  trapézistes, danseurs accompagnés de chansons françaises parmi d’autres musiques excellentes avec la bonne idée de fournir la traduction d’un texte qui accompagne leurs exploits sans les plomber. 
« Enfin la liberté,
Pas besoin de s’inquiéter de savoir quand j’ai mangé pour la dernière fois
Je suis à jamais reconnaissant pour l’air frais que je respire
L’hiver sombre est parti laissant place au printemps ». 
« Moya » , mot zoulou, signifie : Esprit, Air, Âme et Vent.

dimanche 6 septembre 2026

Avignon. 2026.

Mes petits enfants, public captif, ont eu droit cette année
à une ration de théâtre classique agrémentée de créations aux allures apparemment plus contemporaines.
Les encadrants s’étaient réservé des écrits pacifistes de Giono
et les mots intranquilles de Pessoa, 
mais toutes les générations ont partagé une dizaine de spectacles.
En parfait transfuge de classe, je me la suis joué comme le « Bourgeois gentilhomme » en imposant Shakespeare connu seulement de réputation, au royaume d’Erling Haalland.
« Hamlet » évoqué depuis une chambre d’adolescent dont la mère vient de se remettre en ménage deux mois après la mort du père a parlé à tous
comme « Le Bourgois gentilhomme » en version rapeuse.
Les injustices nées de mariages arrangés retrouvées dans « Tartuffe »
ou « Le Barbier de Séville » peuvent encore concerner les enfants de nos mariages dérangés.
Le temps passant, les plus anciens ont tendance à se montrer plus indulgents envers Orgon ou monsieur Jourdain dont les certitudes pathétiques ne suscitent plus seulement les rires ou le mépris.
Les recherches hip hop  de « Malmus » offrent des plages propices à la méditation 
éloignées des rythmes proposées dans le spectacle de Carolyn Carlson 
avec la même intention de célébrer la beauté des corps en mouvement. 
«  Qu’il est loin mon pays » 
: au cours d’une sélection de chansons de piliers de la francophonie aux origines étrangères, « Viens voir les comédiens » d’Aznavour était vraiment dans le thème d’un festival vibrant de propositions tellement diverses.
Et l’heure fut hilarante pour que le rocker de « Toute la mer du monde » délivre enfin une chanson sur les 29 promises après deux guitares éclatées.
A l’intérieur des remparts de la ville sans papes, le spectacle continue entre les spectacles aux acteurs si proches, comme cette fausse conférencière dont le talent permet de faire rire à la présentation du tragique « Radeau de la Méduse ».
Les jeunes comédiens tellement familiers, en évoquant la sortie de l’insouciance de la jeunesse dans «  Hier a duré quatre jours » ont captivé notre petite troupe.

dimanche 28 juin 2026

Le chant du cygne. Schubert / Ludwig Rellstab / Antoine Thiollier.

Dernière œuvre de Schubert, à la lettre son chant du cygne, pour le dernier spectacle de la saison à la MC 2. 
Le palmipède altier chante enfin harmonieusement juste avant sa mort. 
« Ces oiseaux ne chantent nullement la tristesse et encore moins, je crois, les cygnes, qui, appartenant à Apollon, sont devins ; et comme ils prévoient les biens dont on jouit dans l'autre vie, ils chantent et se réjouissent plus ce jour-là qu'ils n'ont jamais fait. » 
Socrate (dans son dernier discours). 
Accompagnés au piano, la mezzo-soprano et le baryton interprètent les ultimes Lieder (chants) du musicien romantique aux 1000 compositions.
Je suis reconnaissant à ceux qui ont organisé ce concert du dimanche d’avoir affiché la traduction des paroles d’amour, de beauté de la nature. 
« Mes chansons implorent doucement toute la nuit jusqu’à toi. »
J’ai apprécié les mélodies délicates mais j’aurai aimé que les chants soient moins démonstratifs, la langue plus douce. Dommage que Françoise Hardy ou Vincent Delerm ne soient pas leaders sur ce segment du marché des chansons.

dimanche 21 juin 2026

Birds on a Wire. Dom la Nena & Rosemary Standley.

La franco américaine et la franco brésilienne savent chauffer une salle prête à répondre en anglais ou en portugais, mais je suis resté tiède. 
J’ai aimé la pureté de leurs voix et celle du violoncelle augmenté de la technique du looper qui permet d’enregistrer une brève mélodie pour la faire revenir en boucle et la superposer à une interprétation en live.
Par contre les interpellations adressées au public m’ont parues parfois laborieuses et ont perturbé par exemple la reprise du sublime « Perlinpinpin » de Barbara au sortir de rigolades : 
« Pour qui, combien, quand et pourquoi, contre qui, comment, contre quoi
C'en est assez de vos violences
D'où venez-vous, où allez-vous, qui êtes-vous, qui priez-vous
Je vous prie de faire silence
Pour qui, comment, quand et pourquoi, s'il faut absolument qu'on soit
Contre quelqu'un ou quelque chose » 
Ces chants et comptines folk ou baroques parfois lyriques, en langues diverses valent par leur diversité. 
Mais ne saisissant pas le sens des paroles, je n’ai pas  rejoint les « oiseaux sur leur fil » dont l’intitulé vient d’une chanson de Léonard Cohen  
« Like a bird on the wire 
 like a drunk in a midnight choir 
 I have tried in my way to be free. » 
« Comme un oiseau sur le fil
Comme un ivrogne dans une chorale de minuit
J'ai tenté, à ma façon, d'être libre ». 
Par contre j’ai apprécié « La peinture à l’huile » de Bobby Lapointe parfaitement adaptée à leur douce fantaisie et « Sur la place » de Brel magnifiquement redécouverte.  
« Ainsi certains jours paraît
Une flamme à nos yeux
A l’église où j’allais
On l’appelait le Bon Dieu,
L’amoureux l’appelle l’amour
Le mendiant la charité
Le soleil l’appelle le jour
Et le brave homme la bonté. »

dimanche 14 juin 2026

Slava’s Snowshow.

Le public bon enfant avait du talent : rieur, marchant à toutes les sollicitations. Il a été récompensé par un final débordant où des ballons multicolores énormes étaient lâchés dans la foule qui ne se lassait pas de les faire lentement rebondir.
Le spectacle d’une heure et demie aurait mérité d’être plus resserré pour adopter un rythme plus vif, plus adapté à nos heures impatientes. Malgré quelques trouvailles, la représentation qui a connu un succès mondial n’est pas, pour ce qui me concerne, à la hauteur du chef d’œuvre annoncé, loin d’être aussi original que le moment loufoque « Les gros patinent bien »
Les déplacements des personnages hirsutes, les chutes, les nez rouges, un langage inventé autour de téléphones démesurés, font partie du répertoire classique des clowns, à la poésie quelque peu désuète, ils conviennent aux grands parents seuls ou accompagnés de leurs petits.
Les spectateurs arrosés redemandent des monceaux de confettis sur des airs de Paolo Conte ou des Blues Brother. Ils ont mesuré l’énergie des énergumènes aux grands pieds lâchés dans la salle et adoré être surpris par les conséquences grandioses d’un empêtrement dans une toile d’araignée. 

dimanche 7 juin 2026

I’m fine. Tatiana Frolova. Théâtre KnAM.

Quel plaisir de retrouver la sincère créatrice d’un théâtre documenté avec sa vie ! 
Le leitmotiv des prisonniers politiques du régime de Poutine que la troupe de Komsomolsk-sur-Amour a fuit depuis la guerre en Ukraine, s’immisce entre les souvenirs des acteurs accueillis au Théâtre des Célestins à Lyon. 
Leur traductrice a rejoint la troupe et tient un rôle important quand la langue interroge 
«  racines », «  asile », « refuge ». On peut s’inquiéter davantage des mots d’un jeune homme, reprenant les mensonges du maître de l’empire russe, saisi dans une vidéo, persuadé que les européens sont déjà conquis.
Des citations de Dostoïevski donnent envie de revenir à l’auteur d’ « Un homme ridicule ».  
Après un début prenant, où les acteurs « réapprennent à marcher », la  diversité des dispositifs scéniques avec utilisation poétique de la vidéo n’a pas toujours aidé à la cohérence d’un propos qui a bien le droit de se chercher. Il est par ailleurs des remises en cause des images mythologiques plus tragiques que celles du Transsibérien, mais la vie n’est pas faite que de drames grandioses.
Les pommes de terre dispersés sur la plateau ne sont pas que métaphores et une orchidée renaissante peut donner du courage, mais quel besoin de faire monter une personne sur scène pour lui offrir un pot de fleur aux allures de cadeau publicitaire.
Bien que cette représentation soit moins surprenante que la première, je reviendrai volontiers une fois prochaine à leur rencontre, tant l’honnêteté de la compagnie m’a paru toujours aussi vibrante.

dimanche 31 mai 2026

Le plaisir, la peur et le triomphe. Joachim Fossi.

Une image représentant « Les animaux dans l'arche de Noé » par l’atelier de Jacopo dal Ponte (1574) est distribuée à la sortie de ce spectacle d’une heure au petit théâtre de la MC2.
Cette attention rejoint l’engagement du jeune comédien qui nous attendait dès que le premier spectateur est entré, ravivant des souvenirs de proximité du off au festival d’Avignon.
Ce « seul en scène » espiègle et doux, parfois un peu mou, tranche avec les spectacles de ce genre farcis de punchlines agressives.
Se présentant en archéologue du 7e millénaire, le metteur de sa propre scène derrière son ordinateur ne délivre pas seulement son avis à propos de l’histoire de l’art mais interprète des signes venus de notre temps : smiley, les Sim’s, Google earth, la musique techno comme une prière, le porno, un cimetière avec les portraits de Face book, les couchers de soleil, le rite magique de la météo…
Cette redécouverte des traces laissées par Internet est d’une intelligence sans surplomb grâce à la légèreté du primesautier conférencier en connivence avec son public.
Il nous sollicite habilement pour prendre du recul par rapport au déluge d’images qui nous assaille à la cadence de 10 000 images crées à la seconde. 
«Quand les humains avaient peur de quelque chose, ils en faisaient une image. » 
Cinéma et théâtre sont aussi évoqués concernant notre goût à vivre dans la fiction : 
« Pourquoi la vie c’est jamais comme dans les films ? » 
Le titre  à la Lelouch, de ce spectacle modeste et ambitieux, en situe l’enjeu, tout en supportant l’ironie.

dimanche 17 mai 2026

Beatles everywhere. Ma P’tite chanson.

Le top de la musique pop au ukulélé et à l’accordéon fonctionne bien avec la si belle voix de la chanteuse lyrique Agathe Peyrat accompagnée du facétieux Pierre Cussac qui glisse entre deux reprises forcément mythiques une allusion au Boléro de Ravel, entre autres.
« Jude » et « Michelle » étaient là, « Yesterday » aussi, mais il fallait bien écarter quelques morceaux pour un format d’une heure : et les duettistes ont lâché la main d ’« I want to hold your hand » et abandonné « Lucy in the sky ».  
Dire que je croyais que le groupe aux douces mélodies  avaient créé « No milk today » alors qu’il s’agissait  du groupe mancunien Herman's Hermits.
Je pensais rattraper un peu de mon retard en anglaise musique à défaut d’avoir été peu concerné par la compétition entre les gars de Liverpool et les Stones londoniens, trop polarisé alors avec les frenchies Ferré, Brel, Brassens.   
Et il est trop tard pour progresser dans la langue de John Lennon, Paul Mc Cartney,  George Harrison et Ringo Starr, dont le groupe harmonieux constituait un support pédagogique de premier ordre. Qu’en reste-t-il ? 
Je regrette qu’entre deux gorgées d’eau, la chanteuse ne dise pas plus souvent quelques mots pour situer ses chansons, comme elle a pu le faire à deux reprises, ajoutant de l’émotion à une virtuosité remarquable.

dimanche 10 mai 2026

Didon et Enée. Le poème harmonique.

L’Opéra de Purcell date de 1689, et ravit les promis à l’artificielle intelligence plus de trois siècles après sa création. 
C’était alors la Renaissance et l’art lyrique avait pris son essor à Mantoue avec Monteverdi en au début du XVII°, si bien que l’italien en fut longtemps la langue officielle.
Là, l’anglais a pris la place, mais il fallait bien ma sous-titreuse pour me faire entendre au bon moment : « I stay » et « Away » qui sont les mots clefs du dilemme qui s’empare d’Enée l’homme partant finalement fonder Rome face à Didon, reine de Carthage, veuve amoureuse. 
Je regrette de n’avoir pas mieux repéré les paroles « remember me » dans le lamento.
Comme en danse, je préfère les grandes assemblées, sans toutefois douter de la qualité des solistes,  ainsi les choristes m’ont enchanté même quand ils ont quitté leur place pour jouer avec bonheur les sorcières ou les marins. Certains d’entre eux nous ont offert en rappel « Hear my prayer » tout en délicatesse et profondeur.
Les musiciens nous ont régalés également, habilement mis en valeur par l’élégant chef Vincent Dumestre, « artisan du renouveau baroque ».

dimanche 3 mai 2026

Contre-nature. Rachid Ouramdane/Compagnie de Chaillot.

Assurance plaisir avec l’ancien directeur du Centre Chorégraphique national de Grenoble, maintenant à la tête du Palais de Chaillot à Paris : le danseur devenu chorégraphe nous surprend encore.
Commencé sous les nuées, loin du procédé habituel qui enfume les salles, nous sommes installés d’emblée dans une douce poésie. J’ai voulu y voir « Zeus transformé en nuage embrassant Io » du Corrège. 
« On ne reconnaît pas dans les nuages les gouttes d'eau de la rosée que le soleil y a fait monter ! Evaporez-vous, pluie terrestre, larmes des jours anciens, et formez dans les cieux de gigantesques volutes, toutes pénétrées de soleil. »  
 Gustave Flaubert.
Les apparitions, disparitions, des personnages nous préparent en douceur aux tensions, lancers, rencontres, portées puissantes, empilements, tourbillons, envols et réceptions qui vont se croiser, s’accumuler, nous couper le souffle.
La lenteur initiale est traversée de sons élémentaires qui vont s’accélérer.
Danseurs et acrobates ont fusionné harmonieusement tout en audace maîtrisée, confiance, agilité et grâce délicate.
Le hip hop originel revisité par le chevalier des arts et lettres permet d’enchaîner des solos subtils toujours difficile à proposer après des foisonnants tableaux plus amples des dix artistes dans des bouquets de mouvements légers où Ouramdane dame le pion à la pesanteur, une nouvelle fois. La beauté convient bien alors à la modernité.

dimanche 26 avril 2026

Requiem(s). Angelin Preljocaj.

Cette cérémonie artistique est à la danse ce que les cathédrales sont à l’architecture.
Si l’esthétisation des malheurs du monde peut être parfois discutable, la chorégraphie du maître nous emmène au-delà des anecdotes à d’essentielles interrogations existentielles, quand l’évocation de la mort ravive la vie. 
Les images religieuses appelées dès le début par trois vitraux vivants magnifiques, inédits, évidents, constituent le fil de la représentation intense d’une heure trente. 
Pieta, descente de croix, jugement dernier, la Passion, rites primitifs transcendent notre humaine condition née du premier ensevelissement des morts. Et les trépidantes distractions que nous nous offrons pour oublier notre finitude n’en sont que plus délicieuses. Les carcasses inanimées réclament la résurrection et la beauté des corps en des costumes sobres a rarement été aussi vraie. 
Les mouvements de la vingtaine de danseurs, toujours inventifs, sans esbroufe, se jouent souvent en parallèles sublimant leur précision sur des musiques de Mozart, Ligeti, Bach, pas forcément des requiems, mais nous élevant, quand un coup de flute de Messiaen tranche dans la gravité.
Les lumières sculptent l’obscurité, en fond de scène des projections de ville en ruine, de sable qui file entre les doigts, des mots évoquant la « honte d’être un homme » de Primo Levi à son retour des camps de concentration ou la mort d’un enfant ne blessent pas la persistance d’un sentiment de douceur derrière l’énergie rock. 
Un grand et beau moment.

dimanche 19 avril 2026

Meshell Ndegeocello.

Le pseudonyme de la chanteuse Ndegeocello signifie 
« libre comme un oiseau » en langue swahili. 
Elle est annoncée en tant que femme, noire, bisexuelle et musulmane.
« Une des figures incontournables de la scène musicale de ces trente dernières années » 
comme il est dit par QR code interposé maintenant que les journaux de salle ont disparu,
a été très discrète.
Arrivée après trois chansons très années soixante interprétées par son batteur et le claviste, elle plaque quelques accords de basse et économise son organe ; le spectacle repose sur les épaules élégantes et la voix chaude de Justin Hicks.
Je me suis renseigné sur les thèmes abordés auprès d’un anglophone qui n’a pas jugé utile d’aller plus loin dans ses explications à l’égard d’un amputé de l’english : 
« l’amour, la haine répétitifs et  sans nuances ». 
Comme jadis les croyants entendaient à la messe les litanies en latin sans y comprendre rien afin de mieux croire au mystère, j’ai été attentif aux sonorités humaines intégrées à une musique pas désagréable.
A cheval sur deux générations celle du jazz et celle du rap, les recherches musicales datent un peu, et en ce qui me concerne, je n’ai pas ressenti une grande ferveur dans une salle pourtant sûrement plus avertie que moi pour ce qui est de la « Great Black Music » et plus familière de son inspirateur James Baldvin (1924/1987).
Quand au rappel, les professionnels décontractés jouent un « Imagine » sans relief, m’apparaissent bien vaines les douces paroles :  
« Imagine there's no countries,
It isn't hard to do,
Nothing to kill or die for,
No religion too, »
« 
Imagine qu'il n'y ait pas de pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Rien à tuer ou pour lequel mourir,
Pas de religion non plus, »

dimanche 12 avril 2026

Les Quatre saisons. Wiener Concert-Verein/ Timothy Chooi.

Je suis ravi que les violons soient sortis ce soir ; une bonne vingtaine avec alto, contrebasses et violoncelles. 
S’oublient alors toutes les expressions laissant entendre l’exagération ou la dissimulation dès qu’il est question de cordes vibrantes, quand les instruments dont un Stradivarius de 1714 sont joués avec cette fluidité. 
La beauté se laisse apercevoir en un trait d’archet où se joue la complicité fine d’un soliste avec la puissance du groupe.
Vivaldi encore ! Et il faudrait s’en défendre comme si la virtuosité, la joie, l’inventivité devaient passer aux oubliettes.
J’ai tant aimé scander mes années d’enseignements avec les pommes de l’automne, les bonhommes de neige en hiver, le muguet de mai et les plongeons estivaux que cette révision fleurie me ravit. Les saisons reviennent, et enchantent les mémoires qui aiment à se réinitialiser pendant une heure trois quart de musique rafraichissant les feuilles. 
Les quatre chapitres emballants de l’Italien, 
étaient précédés par « Du temps de Holberg » d’Edvard Grieg, 
entrecoupés d’airs de danses viennoises, 
de sonorités écossaises « Scènes des Highlands » de sir Granville Bantock,
et « Soleil sur Tachkurgan » du chinois Chen Gang.
La star canadienne Timothy Chooi a fait jaillir des étincelles, l’orchestre les a multipliées dans  son feu d'artifices.

dimanche 5 avril 2026

Gesualdo Passione. Les arts florissants/ Compagnie Amala Dianor.

La postérité du « musicien meurtrier » de sa femme et de son amant, Bertrand Cantat de la fin de la Renaissance, pose à nouveau la question de la mise à distance de l’œuvre et de son auteur, d’autant plus que ce crime dit « d’honneur » ne lui valut qu’un exil pour échapper à une vendetta. 
« L'usage de la cour espagnole, qui s'appliquait à Naples, réclamait la mort de la femme adultère et de son amant alors que, dans le Nord de l'Italie, la tradition réclamait la mort de l'épouse seulement». 
Ce féminicide atroce, documenté dans le journal de salle, était dans nos têtes lors de l’évocation pendant plus d’une heure des souffrances du Christ, derrière les mouvements des danseurs contemporains et les chants déchirants et retenus d’un chœur très mobile.
Ce « concert dansé » a conjugué, dans l’intensité, les polyphoniques antiennes et les répons avec des mouvements gracieux. Ces gestes inventifs, pris de spasmes, évoquent, sans les parodier, les figures de la Passion.
 
    

dimanche 29 mars 2026

Luz Casal.

La référence de la chanson du film « Talons aiguilles » d’Almodovar nous avait incités à prendre notre billet pour le spectacle de «  la diva espagnole ». 
« Piensa en mí » arrive à la fin du concert, mon voisin s’était endormi.
Oui la sonorité de la langue espagnole convient bien aux chansons, mais un peu de traduction dans le journal de salle ou en introduction entre deux morceaux aurait pu donner une idée du sens des paroles à ceux qui ne pratiquent pas couramment la langue de Luis Enrique. 
Les appréciations: « c’est fort » ou « c’est beau » dans le pitch me semblent par contre inutiles, si  la confiance est accordée à l'auditeur.
Des chansons françaises agrémentent le concert, mais si Dalida ne fut guère ma tasse de thé, je préférais son interprétation de « C'est l'histoire d'un amour » ou d’ « Il venait d'avoir 18 ans ».
La voix de la sexagénaire convient mieux aux affirmations qu’à la douceur dans un registre plutôt variété que le rock annoncé.
La salle sûrement hispanophone a marché volontiers lors de la reprise de Daho « un duel au soleil ». La barrière de la langue s’est levée quand son investissement tout en sobriété s’est manifesté dans une chanson en galicien.
Si je retiens des détails tels que le spectacle a commencé à l’heure, et que souvent j’ai été ébloui par les projecteurs basculant vers la salle, c’est que cette prestation ne m’a guère emballé.

dimanche 22 mars 2026

Les chemins qui montent. Amel Brahim-Djelloul.

Les chemins qui montent sont ceux de la Kabylie décrite par l’écrivain Mouloud Feraoun auxquels la chanteuse lyrique d’origine algérienne rend hommage avec des chants en langue berbère.
Faut-il souligner l’élégance d’avoir traduit chacune des chansons dans la langue parlée par la plupart de grenoblois, car ce n’est pas toujours le cas quand les programmateurs pensent par exemple que la langue de Trump est comprise par tous ?
Si les paroles peuvent paraître d’une poésie un peu surannée avec mariage d’amour, fleurs des champs et fils mort à la guerre, nous n’avons plus qu’à nous laisser envelopper par les mélodies nostalgiques de la soprano lorsqu’elles sont modulées dans leur expression originale.
Sa belle voix douce s’enroule parfaitement aux plaintes, et ravissements des  quatre musiciens à la guitare, au violon, à la contrebasse et aux percussions. 
L’heure impartie a été largement dépassée au grand ravissement d’un public touché  par ces chants éloquents qui apaisent les tristesses et poussent les allégresses.