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dimanche 14 juin 2026

Slava’s Snowshow.

Le public bon enfant avait du talent : rieur, marchant à toutes les sollicitations. Il a été récompensé par un final débordant où des ballons multicolores énormes étaient lâchés dans la foule qui ne se lassait pas de les faire lentement rebondir.
Le spectacle d’une heure et demie aurait mérité d’être plus resserré pour adopter un rythme plus vif, plus adapté à nos heures impatientes. Malgré quelques trouvailles, la représentation qui a connu un succès mondial n’est pas, pour ce qui me concerne, à la hauteur du chef d’œuvre annoncé, loin d’être aussi original que le moment loufoque « Les gros patinent bien »
Les déplacements des personnages hirsutes, les chutes, les nez rouges, un langage inventé autour de téléphones démesurés, font partie du répertoire classique des clowns, à la poésie quelque peu désuète, ils conviennent aux grands parents seuls ou accompagnés de leurs petits.
Les spectateurs arrosés redemandent des monceaux de confettis sur des airs de Paolo Conte ou des Blues Brother. Ils ont mesuré l’énergie des énergumènes aux grands pieds lâchés dans la salle et adoré être surpris par les conséquences grandioses d’un empêtrement dans une toile d’araignée. 

dimanche 7 juin 2026

I’m fine. Tatiana Frolova. Théâtre KnAM.

Quel plaisir de retrouver la sincère créatrice d’un théâtre documenté avec sa vie ! 
Le leitmotiv des prisonniers politiques du régime de Poutine que la troupe de Komsomolsk-sur-Amour a fuit depuis la guerre en Ukraine, s’immisce entre les souvenirs des acteurs accueillis au Théâtre des Célestins à Lyon. 
Leur traductrice a rejoint la troupe et tient un rôle important quand la langue interroge 
«  racines », «  asile », « refuge ». On peut s’inquiéter davantage des mots d’un jeune homme, reprenant les mensonges du maître de l’empire russe, saisi dans une vidéo, persuadé que les européens sont déjà conquis.
Des citations de Dostoïevski donnent envie de revenir à l’auteur d’ « Un homme ridicule ».  
Après un début prenant, où les acteurs « réapprennent à marcher », la  diversité des dispositifs scéniques avec utilisation poétique de la vidéo n’a pas toujours aidé à la cohérence d’un propos qui a bien le droit de se chercher. Il est par ailleurs des remises en cause des images mythologiques plus tragiques que celles du Transsibérien, mais la vie n’est pas faite que de drames grandioses.
Les pommes de terre dispersés sur la plateau ne sont pas que métaphores et une orchidée renaissante peut donner du courage, mais quel besoin de faire monter une personne sur scène pour lui offrir un pot de fleur aux allures de cadeau publicitaire.
Bien que cette représentation soit moins surprenante que la première, je reviendrai volontiers une fois prochaine à leur rencontre, tant l’honnêteté de la compagnie m’a paru toujours aussi vibrante.

dimanche 31 mai 2026

Le plaisir, la peur et le triomphe. Joachim Fossi.

Une image représentant « Les animaux dans l'arche de Noé » par l’atelier de Jacopo dal Ponte (1574) est distribuée à la sortie de ce spectacle d’une heure au petit théâtre de la MC2.
Cette attention rejoint l’engagement du jeune comédien qui nous attendait dès que le premier spectateur est entré, ravivant des souvenirs de proximité du off au festival d’Avignon.
Ce « seul en scène » espiègle et doux, parfois un peu mou, tranche avec les spectacles de ce genre farcis de punchlines agressives.
Se présentant en archéologue du 7e millénaire, le metteur de sa propre scène derrière son ordinateur ne délivre pas seulement son avis à propos de l’histoire de l’art mais interprète des signes venus de notre temps : smiley, les Sim’s, Google earth, la musique techno comme une prière, le porno, un cimetière avec les portraits de Face book, les couchers de soleil, le rite magique de la météo…
Cette redécouverte des traces laissées par Internet est d’une intelligence sans surplomb grâce à la légèreté du primesautier conférencier en connivence avec son public.
Il nous sollicite habilement pour prendre du recul par rapport au déluge d’images qui nous assaille à la cadence de 10 000 images crées à la seconde. 
«Quand les humains avaient peur de quelque chose, ils en faisaient une image. » 
Cinéma et théâtre sont aussi évoqués concernant notre goût à vivre dans la fiction : 
« Pourquoi la vie c’est jamais comme dans les films ? » 
Le titre  à la Lelouch, de ce spectacle modeste et ambitieux, en situe l’enjeu, tout en supportant l’ironie.

dimanche 17 mai 2026

Beatles everywhere. Ma P’tite chanson.

Le top de la musique pop au ukulélé et à l’accordéon fonctionne bien avec la si belle voix de la chanteuse lyrique Agathe Peyrat accompagnée du facétieux Pierre Cussac qui glisse entre deux reprises forcément mythiques une allusion au Boléro de Ravel, entre autres.
« Jude » et « Michelle » étaient là, « Yesterday » aussi, mais il fallait bien écarter quelques morceaux pour un format d’une heure : et les duettistes ont lâché la main d ’« I want to hold your hand » et abandonné « Lucy in the sky ».  
Dire que je croyais que le groupe aux douces mélodies  avaient créé « No milk today » alors qu’il s’agissait  du groupe mancunien Herman's Hermits.
Je pensais rattraper un peu de mon retard en anglaise musique à défaut d’avoir été peu concerné par la compétition entre les gars de Liverpool et les Stones londoniens, trop polarisé alors avec les frenchies Ferré, Brel, Brassens.   
Et il est trop tard pour progresser dans la langue de John Lennon, Paul Mc Cartney,  George Harrison et Ringo Starr, dont le groupe harmonieux constituait un support pédagogique de premier ordre. Qu’en reste-t-il ? 
Je regrette qu’entre deux gorgées d’eau, la chanteuse ne dise pas plus souvent quelques mots pour situer ses chansons, comme elle a pu le faire à deux reprises, ajoutant de l’émotion à une virtuosité remarquable.

dimanche 10 mai 2026

Didon et Enée. Le poème harmonique.

L’Opéra de Purcell date de 1689, et ravit les promis à l’artificielle intelligence plus de trois siècles après sa création. 
C’était alors la Renaissance et l’art lyrique avait pris son essor à Mantoue avec Monteverdi en au début du XVII°, si bien que l’italien en fut longtemps la langue officielle.
Là, l’anglais a pris la place, mais il fallait bien ma sous-titreuse pour me faire entendre au bon moment : « I stay » et « Away » qui sont les mots clefs du dilemme qui s’empare d’Enée l’homme partant finalement fonder Rome face à Didon, reine de Carthage, veuve amoureuse. 
Je regrette de n’avoir pas mieux repéré les paroles « remember me » dans le lamento.
Comme en danse, je préfère les grandes assemblées, sans toutefois douter de la qualité des solistes,  ainsi les choristes m’ont enchanté même quand ils ont quitté leur place pour jouer avec bonheur les sorcières ou les marins. Certains d’entre eux nous ont offert en rappel « Hear my prayer » tout en délicatesse et profondeur.
Les musiciens nous ont régalés également, habilement mis en valeur par l’élégant chef Vincent Dumestre, « artisan du renouveau baroque ».

dimanche 3 mai 2026

Contre-nature. Rachid Ouramdane/Compagnie de Chaillot.

Assurance plaisir avec l’ancien directeur du Centre Chorégraphique national de Grenoble, maintenant à la tête du Palais de Chaillot à Paris : le danseur devenu chorégraphe nous surprend encore.
Commencé sous les nuées, loin du procédé habituel qui enfume les salles, nous sommes installés d’emblée dans une douce poésie. J’ai voulu y voir « Zeus transformé en nuage embrassant Io » du Corrège. 
« On ne reconnaît pas dans les nuages les gouttes d'eau de la rosée que le soleil y a fait monter ! Evaporez-vous, pluie terrestre, larmes des jours anciens, et formez dans les cieux de gigantesques volutes, toutes pénétrées de soleil. »  
 Gustave Flaubert.
Les apparitions, disparitions, des personnages nous préparent en douceur aux tensions, lancers, rencontres, portées puissantes, empilements, tourbillons, envols et réceptions qui vont se croiser, s’accumuler, nous couper le souffle.
La lenteur initiale est traversée de sons élémentaires qui vont s’accélérer.
Danseurs et acrobates ont fusionné harmonieusement tout en audace maîtrisée, confiance, agilité et grâce délicate.
Le hip hop originel revisité par le chevalier des arts et lettres permet d’enchaîner des solos subtils toujours difficile à proposer après des foisonnants tableaux plus amples des dix artistes dans des bouquets de mouvements légers où Ouramdane dame le pion à la pesanteur, une nouvelle fois. La beauté convient bien alors à la modernité.

dimanche 26 avril 2026

Requiem(s). Angelin Preljocaj.

Cette cérémonie artistique est à la danse ce que les cathédrales sont à l’architecture.
Si l’esthétisation des malheurs du monde peut être parfois discutable, la chorégraphie du maître nous emmène au-delà des anecdotes à d’essentielles interrogations existentielles, quand l’évocation de la mort ravive la vie. 
Les images religieuses appelées dès le début par trois vitraux vivants magnifiques, inédits, évidents, constituent le fil de la représentation intense d’une heure trente. 
Pieta, descente de croix, jugement dernier, la Passion, rites primitifs transcendent notre humaine condition née du premier ensevelissement des morts. Et les trépidantes distractions que nous nous offrons pour oublier notre finitude n’en sont que plus délicieuses. Les carcasses inanimées réclament la résurrection et la beauté des corps en des costumes sobres a rarement été aussi vraie. 
Les mouvements de la vingtaine de danseurs, toujours inventifs, sans esbroufe, se jouent souvent en parallèles sublimant leur précision sur des musiques de Mozart, Ligeti, Bach, pas forcément des requiems, mais nous élevant, quand un coup de flute de Messiaen tranche dans la gravité.
Les lumières sculptent l’obscurité, en fond de scène des projections de ville en ruine, de sable qui file entre les doigts, des mots évoquant la « honte d’être un homme » de Primo Levi à son retour des camps de concentration ou la mort d’un enfant ne blessent pas la persistance d’un sentiment de douceur derrière l’énergie rock. 
Un grand et beau moment.

dimanche 19 avril 2026

Meshell Ndegeocello.

Le pseudonyme de la chanteuse Ndegeocello signifie 
« libre comme un oiseau » en langue swahili. 
Elle est annoncée en tant que femme, noire, bisexuelle et musulmane.
« Une des figures incontournables de la scène musicale de ces trente dernières années » 
comme il est dit par QR code interposé maintenant que les journaux de salle ont disparu,
a été très discrète.
Arrivée après trois chansons très années soixante interprétées par son batteur et le claviste, elle plaque quelques accords de basse et économise son organe ; le spectacle repose sur les épaules élégantes et la voix chaude de Justin Hicks.
Je me suis renseigné sur les thèmes abordés auprès d’un anglophone qui n’a pas jugé utile d’aller plus loin dans ses explications à l’égard d’un amputé de l’english : 
« l’amour, la haine répétitifs et  sans nuances ». 
Comme jadis les croyants entendaient à la messe les litanies en latin sans y comprendre rien afin de mieux croire au mystère, j’ai été attentif aux sonorités humaines intégrées à une musique pas désagréable.
A cheval sur deux générations celle du jazz et celle du rap, les recherches musicales datent un peu, et en ce qui me concerne, je n’ai pas ressenti une grande ferveur dans une salle pourtant sûrement plus avertie que moi pour ce qui est de la « Great Black Music » et plus familière de son inspirateur James Baldvin (1924/1987).
Quand au rappel, les professionnels décontractés jouent un « Imagine » sans relief, m’apparaissent bien vaines les douces paroles :  
« Imagine there's no countries,
It isn't hard to do,
Nothing to kill or die for,
No religion too, »
« 
Imagine qu'il n'y ait pas de pays,
Ce n'est pas dur à faire,
Rien à tuer ou pour lequel mourir,
Pas de religion non plus, »

dimanche 12 avril 2026

Les Quatre saisons. Wiener Concert-Verein/ Timothy Chooi.

Je suis ravi que les violons soient sortis ce soir ; une bonne vingtaine avec alto, contrebasses et violoncelles. 
S’oublient alors toutes les expressions laissant entendre l’exagération ou la dissimulation dès qu’il est question de cordes vibrantes, quand les instruments dont un Stradivarius de 1714 sont joués avec cette fluidité. 
La beauté se laisse apercevoir en un trait d’archet où se joue la complicité fine d’un soliste avec la puissance du groupe.
Vivaldi encore ! Et il faudrait s’en défendre comme si la virtuosité, la joie, l’inventivité devaient passer aux oubliettes.
J’ai tant aimé scander mes années d’enseignements avec les pommes de l’automne, les bonhommes de neige en hiver, le muguet de mai et les plongeons estivaux que cette révision fleurie me ravit. Les saisons reviennent, et enchantent les mémoires qui aiment à se réinitialiser pendant une heure trois quart de musique rafraichissant les feuilles. 
Les quatre chapitres emballants de l’Italien, 
étaient précédés par « Du temps de Holberg » d’Edvard Grieg, 
entrecoupés d’airs de danses viennoises, 
de sonorités écossaises « Scènes des Highlands » de sir Granville Bantock,
et « Soleil sur Tachkurgan » du chinois Chen Gang.
La star canadienne Timothy Chooi a fait jaillir des étincelles, l’orchestre les a multipliées dans  son feu d'artifices.

dimanche 5 avril 2026

Gesualdo Passione. Les arts florissants/ Compagnie Amala Dianor.

La postérité du « musicien meurtrier » de sa femme et de son amant, Bertrand Cantat de la fin de la Renaissance, pose à nouveau la question de la mise à distance de l’œuvre et de son auteur, d’autant plus que ce crime dit « d’honneur » ne lui valut qu’un exil pour échapper à une vendetta. 
« L'usage de la cour espagnole, qui s'appliquait à Naples, réclamait la mort de la femme adultère et de son amant alors que, dans le Nord de l'Italie, la tradition réclamait la mort de l'épouse seulement». 
Ce féminicide atroce, documenté dans le journal de salle, était dans nos têtes lors de l’évocation pendant plus d’une heure des souffrances du Christ, derrière les mouvements des danseurs contemporains et les chants déchirants et retenus d’un chœur très mobile.
Ce « concert dansé » a conjugué, dans l’intensité, les polyphoniques antiennes et les répons avec des mouvements gracieux. Ces gestes inventifs, pris de spasmes, évoquent, sans les parodier, les figures de la Passion.
 
    

dimanche 29 mars 2026

Luz Casal.

La référence de la chanson du film « Talons aiguilles » d’Almodovar nous avait incités à prendre notre billet pour le spectacle de «  la diva espagnole ». 
« Piensa en mí » arrive à la fin du concert, mon voisin s’était endormi.
Oui la sonorité de la langue espagnole convient bien aux chansons, mais un peu de traduction dans le journal de salle ou en introduction entre deux morceaux aurait pu donner une idée du sens des paroles à ceux qui ne pratiquent pas couramment la langue de Luis Enrique. 
Les appréciations: « c’est fort » ou « c’est beau » dans le pitch me semblent par contre inutiles, si  la confiance est accordée à l'auditeur.
Des chansons françaises agrémentent le concert, mais si Dalida ne fut guère ma tasse de thé, je préférais son interprétation de « C'est l'histoire d'un amour » ou d’ « Il venait d'avoir 18 ans ».
La voix de la sexagénaire convient mieux aux affirmations qu’à la douceur dans un registre plutôt variété que le rock annoncé.
La salle sûrement hispanophone a marché volontiers lors de la reprise de Daho « un duel au soleil ». La barrière de la langue s’est levée quand son investissement tout en sobriété s’est manifesté dans une chanson en galicien.
Si je retiens des détails tels que le spectacle a commencé à l’heure, et que souvent j’ai été ébloui par les projecteurs basculant vers la salle, c’est que cette prestation ne m’a guère emballé.

dimanche 22 mars 2026

Les chemins qui montent. Amel Brahim-Djelloul.

Les chemins qui montent sont ceux de la Kabylie décrite par l’écrivain Mouloud Feraoun auxquels la chanteuse lyrique d’origine algérienne rend hommage avec des chants en langue berbère.
Faut-il souligner l’élégance d’avoir traduit chacune des chansons dans la langue parlée par la plupart de grenoblois, car ce n’est pas toujours le cas quand les programmateurs pensent par exemple que la langue de Trump est comprise par tous ?
Si les paroles peuvent paraître d’une poésie un peu surannée avec mariage d’amour, fleurs des champs et fils mort à la guerre, nous n’avons plus qu’à nous laisser envelopper par les mélodies nostalgiques de la soprano lorsqu’elles sont modulées dans leur expression originale.
Sa belle voix douce s’enroule parfaitement aux plaintes, et ravissements des  quatre musiciens à la guitare, au violon, à la contrebasse et aux percussions. 
L’heure impartie a été largement dépassée au grand ravissement d’un public touché  par ces chants éloquents qui apaisent les tristesses et poussent les allégresses.   

dimanche 15 mars 2026

Monarques. Emmanuel Meirieu.

Les papillons monarques migrent du Canada vers le Mexique où ils arrivent le jour des morts. 
L’histoire des lépidoptères est évoquée en introduction par un film mettant en scène deux frères qui dès leur enfance les étudient, les réparent et pour l’un d’eux, les suivra en aile volante. 
L’autre jeune homme est mort accidentellement lors de leurs essais.
Puis le rideau s’ouvre sur des wagons du train nommé « la Bestia » par des américains du sud essayant de rejoindre l’Amérique du Nord.
Le décor est impressionnant avec une installation de personnages à la Ousmane Sow juchés sur les citernes.
Après une séquence cinéma et une proposition d’arts plastiques fort attrayantes, le théâtre doit advenir, mais il n’est pas venu.
La déception est d’autant plus surprenante que j’avais été bouleversé par les spectacles précédents du metteur en scène qui a tout mis dans le décor mais très peu dans les dialogues.
Bien qu’il aime se tenir près de la réalité, la partie jouée sur le plateau s’approche d’une fable misérabiliste d’où toute émotion est absente.
Un haïtien, auquel il manque un bras, doit rejoindre son frère qu’il a défiguré lors d’une dispute.
Il trimballe une marionnette munie d’une prothèse représentant un ami à qui il a promis de passer la frontière. Une jeune femme enceinte prend aussi le train. 
La conclusion quelque peu poétique permet de croiser les destins du parapentiste et de l’handicapé. Celui-ci pourra passer par-dessus la frontière avec l’aile volante aux couleurs de monarque.

dimanche 8 mars 2026

La guerre n’a pas un visage de femme. Svetlana Alexievitch / Julie Deliquet.

Parmi un million de femmes russes ayant chassé les nazis,neuf actrices, interprétant d’anciennes combattantes de la seconde guerre mondiale, témoignent pendant deux heures et demie.
C’était la guerre froide en 1975 au moment où dans un appartement communautaire une jeune journaliste pose ses questions à des ukrainiennes, une sibérienne, des soviétiques qui révèlent leur guerre, la seconde guerre mondiale.  
Le texte de la Biélorusse prix Nobel de littérature, essentiel, est sobrement mis en valeur par la mise en scène et rendu criant de vérité et d’émotion par le talent des actrices. 
« Les femmes sont des armes de guerre ».
L’évident message féministe s’élève bien au delà  des anathèmes contreproductifs des pointillistes de la fin des mots. Et si j’ai craint quelque effet de mode avec la salle restée allumée et les harangues frontales, je les ai appréciées tant la véhémence s’impose et que progresse subtilement la dramaturgie.
Depuis le documentaire bourré d’anecdotes intimes toutes signifiantes, nous revenons, au bout des trois mille guerres depuis que l’homme est Homme, à la question : 
à quand la der des ders ?  
Brancardière, tireuse d’élite, pilote, leur récit choral allant chercher la poésie et les chansons au cœur des horreurs offre un éventail d’interprétations, de vécus différents pour compléter les versions officielles. Les thèmes riches, intenses traitent de la mort, de la peur, de la haine, de la faim, et des moments de joie, des vêtements et des godillots trop grands, des corps  épuisés et désirés. 
« Face à la mort, c’était encore la vie ».
Elles ont suscité la méfiance et comme beaucoup se sont résolues au silence.
Ce soir elles nous ont parlé, fort, redonnant du sens au mot devenu un peu pâlichon à force d'avoir été utilisé : devoir de mémoire.

dimanche 1 mars 2026

Bach project. Vincent Peirani François Salque.

Le public du dimanche matin à la MC 2 a été conquis par un accordéoniste et un violoncelliste pour un hommage à Bach. 
Il ne s’agissait pas d’une révision de plus de l’œuvre d’un des phares de la musique baroque, exercice souvent périlleux, mais de propositions surprenantes, par un duo dont l’engagement et la virtuosité valaient tout un orchestre.
Au dire de plus mélomanes que moi, l’allegro en sol majeur du maître du XVIII° était le morceau le moins fort du concert, alors que des compositions de Villa-Lobos ou des obscurs Vasks, Stourk, Mehldau, Peirani, ont emballé tout le monde.
Se vérifiait l’intention d’un  
« lien direct avec la tradition bachienne,
en affirmant dans le même temps une esthétique contemporaine et personnelle. »
 Les accents tziganes au rappel ont encore fait monter la température.    

dimanche 22 février 2026

Entre-temps. Philippe Decouflé.

Fidèles à l’ordonnateur des pompes olympiques de 92 et à sa patte toujours singulière, j’ai trouvé  ce quatrième spectacle vu à la MC2 plus grave, plus profond que naguère, malgré ses airs de fête.
Ce joli moment chaleureux, nous hausse au dessus de notre quotidien et nous offre prétexte à émotions et à réflexion.
Toute dette est dite envers Goude ou Fellini, avec des danseurs de tous âges, un majoret et une vicieuse perceuse. Un pianiste exceptionnel les accompagne avec des improvisations variées allant de Madonna à Liszt.
 « Avec le temps… » : je n’avais pas cherché à reconnaître Ferré, alors que ma sous-titreuse avertie m’avait soufflé quand Bach ou Philip Glass étaient joué en direct sur scène.
«  I’ll survive » de Gloria Gaynor avait suffi à faire frissonner le nostalgique de 98.
Pourtant ce sont les « quat'z'arts » de Brassens qui me trottent dans la tête pour dire la proximité des plaisirs et des chagrins, entrevue ce soir: 
« Adieu ! Les faux tibias, les crânes de carton
Plus de marche funèbre au son des mirlitons
Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser
Les vrais enterrements viennent de commencer »
 
S’il est davantage question de mémoire à connotation plus personnelle, que du temps plus général, le texte du journal de salle ne se comprend que lorsqu’on s’est levé avec la foule pour les rappels au bout de deux heures suspendues:
«  parler du temps, c’est parler de ce qui se répète, de ce qui se transforme […]
« de la marche du temps, du temps de la marche ».

dimanche 15 février 2026

Ka-in. Groupe acrobatique de Tanger, Raphaëlle Boitel.

Pirouettes et roues endiablées sous des lumières changeantes, stroboscopiques ou portées par les artistes, ponctuent un spectacle de plus d’une heure, fusionnant danse et acrobaties, mêlant tradition marocaine et modernité.
L’hybride devient la règle, l’énergie une valeur cardinale pour foules fatiguées.
Ces moments dynamiques, dans un scénario qui les montre souvent contrariés, nécessitent des séquences plus apaisées parfois répétitives, dont la mécanique burlesque fait rire les enfants. Sous des allures de West Side Story hip hop, s’entendent aussi des sons vivaldiens revus par l’électro. Les treize artistes varient les tableaux : au trapèze tourbillonnant, dans des portées toujours impressionnantes, des projections inattendues, des regroupements émouvants, des traversées bien réglées, des visions fantomatiques originales  

dimanche 8 février 2026

Post-orientalist Express. Eun-Me-Ahn.

Sous des lumières jolies et une profusion de costumes brillants, l’Orient déconstruit m’a paru désorienté bien qu’extrêmement pailleté, mais moyennement chorégraphié.
Les moments d’ensemble trop rares n’ont pu apporter de la cohérence à une succession de tableaux où des archétypes hétéroclites des cultures asiatiques défilent : un gros panda,  des petits dragons, planchettes à casser, grands bâtons et volumineuse théière …
La joie de se déguiser, de faire tourner sa robe neuve comme faisaient jadis les petites filles, s’est communiquée au public, alors que l’emballage tape à l’œil n’a pas masqué pour moi le peu d’épaisseur du  fond. 
N’étant pas accessible 
« au croisement du yin-yang avec la ligne du nô entremêlé à un mudra du Kathakali »  
je retiens la disproportion entre une ambition remettant en cause la vision orientaliste de l’occident grâce à « un essentialisme stratégique », alors que tombent depuis les cintres de gracieux confettis.   

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.

dimanche 25 janvier 2026

Où nul ne nous attend. Pauline Laidet.

D’après « Les vagues », un « poème-jeu » selon la désignation de Virginia Woolf elle-même, ces retrouvailles de six personnages auraient pu inspirer une réécriture riche puisque la femme de lettres voyait dans les monologues des personnages « des facettes de conscience illuminant le sens de la continuité ».
Mais le nouveau texte proposé ce soir dans la petite salle de la MC2, rédigé avec la complicité des interprètes, hésite entre naturalisme et fable, drame et comédie avec quelques séquences chorégraphiées un peu longuettes parfois.
En tous cas ça braille et lorsqu’un brin d’intériorité peut être évoqué, les paroles disparaissent souvent derrière une musique mal réglée. Pourtant le projet d’une « quête dʼune nouvelle place dans le groupe pour ne plus être là où on les attend » me semblait une bonne entrée pour un sujet devenu un genre en soi. 
Les personnages archétypaux attendent Camille qui les a réunis, mais « iel » ne viendra pas. Plusieurs protagonistes répèteront que « il faut » est une expression qu’il convient de ne pas formuler. 
Je m’en veux de n’avoir retenu que cette idée creuse et de n’avoir pas saisi « le désir de l’autre » ni « leur désir d’être autre » annoncé, mais voilà au moins un avis sur le net qui aura échappé aux copié /collé du service de presse.