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dimanche 15 mars 2026

Monarques. Emmanuel Meirieu.

Les papillons monarques migrent du Canada vers le Mexique où ils arrivent le jour des morts. 
L’histoire des lépidoptères est évoquée en introduction par un film mettant en scène deux frères qui dès leur enfance les étudient, les réparent et pour l’un d’eux, les suivra en aile volante. 
L’autre jeune homme est mort accidentellement lors de leurs essais.
Puis le rideau s’ouvre sur des wagons du train nommé « la Bestia » par des américains du sud essayant de rejoindre l’Amérique du Nord.
Le décor est impressionnant avec une installation de personnages à la Ousmane Sow juchés sur les citernes.
Après une séquence cinéma et une proposition d’arts plastiques fort attrayantes, le théâtre doit advenir, mais il n’est pas venu.
La déception est d’autant plus surprenante que j’avais été bouleversé par les spectacles précédents du metteur en scène qui a tout mis dans le décor mais très peu dans les dialogues.
Bien qu’il aime se tenir près de la réalité, la partie jouée sur le plateau s’approche d’une fable misérabiliste d’où toute émotion est absente.
Un haïtien, auquel il manque un bras, doit rejoindre son frère qu’il a défiguré lors d’une dispute.
Il trimballe une marionnette munie d’une prothèse représentant un ami à qui il a promis de passer la frontière. Une jeune femme enceinte prend aussi le train. 
La conclusion quelque peu poétique permet de croiser les destins du parapentiste et de l’handicapé. Celui-ci pourra passer par-dessus la frontière avec l’aile volante aux couleurs de monarque.

dimanche 8 mars 2026

La guerre n’a pas un visage de femme. Svetlana Alexievitch / Julie Deliquet.

Parmi un million de femmes russes ayant chassé les nazis,neuf actrices, interprétant d’anciennes combattantes de la seconde guerre mondiale, témoignent pendant deux heures et demie.
C’était la guerre froide en 1975 au moment où dans un appartement communautaire une jeune journaliste pose ses questions à des ukrainiennes, une sibérienne, des soviétiques qui révèlent leur guerre, la seconde guerre mondiale.  
Le texte de la Biélorusse prix Nobel de littérature, essentiel, est sobrement mis en valeur par la mise en scène et rendu criant de vérité et d’émotion par le talent des actrices. 
« Les femmes sont des armes de guerre ».
L’évident message féministe s’élève bien au delà  des anathèmes contreproductifs des pointillistes de la fin des mots. Et si j’ai craint quelque effet de mode avec la salle restée allumée et les harangues frontales, je les ai appréciées tant la véhémence s’impose et que progresse subtilement la dramaturgie.
Depuis le documentaire bourré d’anecdotes intimes toutes signifiantes, nous revenons, au bout des trois mille guerres depuis que l’homme est Homme, à la question : 
à quand la der des ders ?  
Brancardière, tireuse d’élite, pilote, leur récit choral allant chercher la poésie et les chansons au cœur des horreurs offre un éventail d’interprétations, de vécus différents pour compléter les versions officielles. Les thèmes riches, intenses traitent de la mort, de la peur, de la haine, de la faim, et des moments de joie, des vêtements et des godillots trop grands, des corps  épuisés et désirés. 
« Face à la mort, c’était encore la vie ».
Elles ont suscité la méfiance et comme beaucoup se sont résolues au silence.
Ce soir elles nous ont parlé, fort, redonnant du sens au mot devenu un peu pâlichon à force d'avoir été utilisé : devoir de mémoire.

dimanche 1 mars 2026

Bach project. Vincent Peirani François Salque.

Le public du dimanche matin à la MC 2 a été conquis par un accordéoniste et un violoncelliste pour un hommage à Bach. 
Il ne s’agissait pas d’une révision de plus de l’œuvre d’un des phares de la musique baroque, exercice souvent périlleux, mais de propositions surprenantes, par un duo dont l’engagement et la virtuosité valaient tout un orchestre.
Au dire de plus mélomanes que moi, l’allegro en sol majeur du maître du XVIII° était le morceau le moins fort du concert, alors que des compositions de Villa-Lobos ou des obscurs Vasks, Stourk, Mehldau, Peirani, ont emballé tout le monde.
Se vérifiait l’intention d’un  
« lien direct avec la tradition bachienne,
en affirmant dans le même temps une esthétique contemporaine et personnelle. »
 Les accents tziganes au rappel ont encore fait monter la température.    

dimanche 22 février 2026

Entre-temps. Philippe Decouflé.

Fidèles à l’ordonnateur des pompes olympiques de 92 et à sa patte toujours singulière, j’ai trouvé  ce quatrième spectacle vu à la MC2 plus grave, plus profond que naguère, malgré ses airs de fête.
Ce joli moment chaleureux, nous hausse au dessus de notre quotidien et nous offre prétexte à émotions et à réflexion.
Toute dette est dite envers Goude ou Fellini, avec des danseurs de tous âges, un majoret et une vicieuse perceuse. Un pianiste exceptionnel les accompagne avec des improvisations variées allant de Madonna à Liszt.
 « Avec le temps… » : je n’avais pas cherché à reconnaître Ferré, alors que ma sous-titreuse avertie m’avait soufflé quand Bach ou Philip Glass étaient joué en direct sur scène.
«  I’ll survive » de Gloria Gaynor avait suffi à faire frissonner le nostalgique de 98.
Pourtant ce sont les « quat'z'arts » de Brassens qui me trottent dans la tête pour dire la proximité des plaisirs et des chagrins, entrevue ce soir: 
« Adieu ! Les faux tibias, les crânes de carton
Plus de marche funèbre au son des mirlitons
Au grand bal des quat'z'arts nous n'irons plus danser
Les vrais enterrements viennent de commencer »
 
S’il est davantage question de mémoire à connotation plus personnelle, que du temps plus général, le texte du journal de salle ne se comprend que lorsqu’on s’est levé avec la foule pour les rappels au bout de deux heures suspendues:
«  parler du temps, c’est parler de ce qui se répète, de ce qui se transforme […]
« de la marche du temps, du temps de la marche ».

dimanche 15 février 2026

Ka-in. Groupe acrobatique de Tanger, Raphaëlle Boitel.

Pirouettes et roues endiablées sous des lumières changeantes, stroboscopiques ou portées par les artistes, ponctuent un spectacle de plus d’une heure, fusionnant danse et acrobaties, mêlant tradition marocaine et modernité.
L’hybride devient la règle, l’énergie une valeur cardinale pour foules fatiguées.
Ces moments dynamiques, dans un scénario qui les montre souvent contrariés, nécessitent des séquences plus apaisées parfois répétitives, dont la mécanique burlesque fait rire les enfants. Sous des allures de West Side Story hip hop, s’entendent aussi des sons vivaldiens revus par l’électro. Les treize artistes varient les tableaux : au trapèze tourbillonnant, dans des portées toujours impressionnantes, des projections inattendues, des regroupements émouvants, des traversées bien réglées, des visions fantomatiques originales  

dimanche 8 février 2026

Post-orientalist Express. Eun-Me-Ahn.

Sous des lumières jolies et une profusion de costumes brillants, l’Orient déconstruit m’a paru désorienté bien qu’extrêmement pailleté, mais moyennement chorégraphié.
Les moments d’ensemble trop rares n’ont pu apporter de la cohérence à une succession de tableaux où des archétypes hétéroclites des cultures asiatiques défilent : un gros panda,  des petits dragons, planchettes à casser, grands bâtons et volumineuse théière …
La joie de se déguiser, de faire tourner sa robe neuve comme faisaient jadis les petites filles, s’est communiquée au public, alors que l’emballage tape à l’œil n’a pas masqué pour moi le peu d’épaisseur du  fond. 
N’étant pas accessible 
« au croisement du yin-yang avec la ligne du nô entremêlé à un mudra du Kathakali »  
je retiens la disproportion entre une ambition remettant en cause la vision orientaliste de l’occident grâce à « un essentialisme stratégique », alors que tombent depuis les cintres de gracieux confettis.   

dimanche 1 février 2026

Mille et une nuits pour des regards croisés. Quatuor Debussy.

Les dimanches matin à la MC 2 sont des occasions de rencontres :
Keith Jarrett et Henri Purcell, 
Philippe Glass et Jean Sébastien Bach
cette fois Haydn fréquente les pulsations persanes.  
Le Quatuor Debussy  qui a déjà frayé avec le jazz et le hip hop avait invité le percussionniste franco-iranien Keyvan Chemirani adepte aussi des passerelles vers l’opéra, la musique baroque et le slam.
Violons, et violoncelle jouent sans les chœurs habituels « Les  sept dernières paroles du Christ  en croix » de Haydn et émerveillent par leur virtuosité comme si un seul homme jouait de mille cordes fines à l'image de la chevelure de Shéhérazade.
Zarb, daf, santour ne sont pas tonitruants mais plutôt que de reproduire le terme «  suave » du journal de salle, je parlerai plus volontiers d’une sensuelle énergie à deux mains et des tas de phalanges agiles.
Pour examiner un autre mot du titre, il s’agissait bien d’un croisement, d’une juxtaposition et non d’une fusion, chaque continent ayant ses charmes, mais le plus souvent les uns se taisaient quand l’autre jouait, admiratifs.

dimanche 25 janvier 2026

Où nul ne nous attend. Pauline Laidet.

D’après « Les vagues », un « poème-jeu » selon la désignation de Virginia Woolf elle-même, ces retrouvailles de six personnages auraient pu inspirer une réécriture riche puisque la femme de lettres voyait dans les monologues des personnages « des facettes de conscience illuminant le sens de la continuité ».
Mais le nouveau texte proposé ce soir dans la petite salle de la MC2, rédigé avec la complicité des interprètes, hésite entre naturalisme et fable, drame et comédie avec quelques séquences chorégraphiées un peu longuettes parfois.
En tous cas ça braille et lorsqu’un brin d’intériorité peut être évoqué, les paroles disparaissent souvent derrière une musique mal réglée. Pourtant le projet d’une « quête dʼune nouvelle place dans le groupe pour ne plus être là où on les attend » me semblait une bonne entrée pour un sujet devenu un genre en soi. 
Les personnages archétypaux attendent Camille qui les a réunis, mais « iel » ne viendra pas. Plusieurs protagonistes répèteront que « il faut » est une expression qu’il convient de ne pas formuler. 
Je m’en veux de n’avoir retenu que cette idée creuse et de n’avoir pas saisi « le désir de l’autre » ni « leur désir d’être autre » annoncé, mais voilà au moins un avis sur le net qui aura échappé aux copié /collé du service de presse.  

dimanche 18 janvier 2026

Hedda. Sébastien Monfé, Mira Goldwicht, Aurore Fattier.

Ibsen figure parmi les grands classiques 
et nous sommes habitués aux interrogations des acteurs du théâtre sur eux-mêmes. 
Bien qu’étant méfiant quand des œuvres du passé abandonnent leurs grandes robes, « je n’ai pas vu passer les 2 h 40 » pour reprendre les mots d’un lycéen à la sortie qui ne me semblait pas au départ dans de bonnes dispositions.
Notre attention est habillement entretenue par une fiction tendue révélant la réalité et les débats s'enrichissent lorsque les vies privées croisent des rôles patrimoniaux..
Les recherches pointilleuses pour incarner les dilemmes avec justesse font oublier que bien des interrogations concernent d’abord les théâtreux entre eux.
Bien que faisant désormais partie du décor habituel, les écrans permettent de clarifier les points de vue tout en les multipliant, ils mettent en valeur l’expressivité des acteurs.
La dénonciation habituelle des mâles se nuance avec une maîtresse femme aux défauts très masculins : manipulatrice, dans la toute puissance, violente et forte, séduisante, parfaitement interprétée à l’instar de son insupportable père en pathétique musicien.  

dimanche 11 janvier 2026

Afanador. Rubén Olmo Marcos Morau.

« Tellurique » a dit mon amie qui aime tant le flamenco ; pas mieux.
Le plateau de la MC2 crépite le temps d’une claque qui dure une heure trois quarts.
Souvent les danseurs, les acrobates se jouent de la pesanteur, ici trente six danseurs frappant le sol soulèvent le public.
La transmission est assurée autour d’une guitare, de timbales, d’une voix familière rencontrant de puissants rythmes contemporains où s’est glissée « La pavane pour une infante défunte » de Ravel.
Le Ballet national d’Espagne dégage de la puissance, reprenant les clichés, les sublimant.
« Rude comme le pays » ainsi que le roman familial le rappelle souvent,  
«  couillu » ose une autre, 
les mots paraissent insuffisants pour aimer rappeler sous les flashs une cascade de castagnettes, une rafale de pieds, des cloches, des éventails, de sombres processions, des chaises magnifiées, un toro. La vitalité défie la mort.
Sous le noir des robes à volants ou en haut des pantalons à taille haute, les peaux se découvrent élégamment, violemment. Les contrastes, les lumières, les ombres, le graphisme, les cadrages inédits, évoquent sans accessoires envahissants l’univers du photographe colombien Ruven Afanador.
L’ampleur, l’intensité, la gravité de la chorégraphie, son inventivité produisent un spectacle exceptionnel qu’on a envie de revoir encore.

dimanche 4 janvier 2026

Toutes les petites choses que j’ai pu voir. Olivia Corsini.

Ne pas s’attendre à une célébration des plaisirs minuscules à la Delerm avec la disponibilité nécessaire pour déguster, car nous sommes dans une adaptation de Raymond Carver qui n’avait que peu de temps après ses petits boulots pour écrire ses nouvelles.
Les lumières sont faiblardes pour entrevoir la solitude des « loosers » accentuée par la juxtaposition de leurs différents destins loin du « rêve américain », expression tellement banale qu’elle a perdu tout sens, de même que l’allusion aux inévitables ambiances à la Hopper. 
Pour abuser des expressions toutes faites qui conviendraient à cette morne ambiance, en guise de trilogie : le sexe est triste, la drogue sordide et la musique plombante.
De bons acteurs interprètent des personnages irrésolus dans des situations qui ne mènent nulle part ou pour dire comme ma prof de musique loin de toute agogique « pour désigner le mouvement ascendant d’une mélodie ». Un familier de la langue anglaise remarquait que le langage habituellement utilisé chez ces gens en détresse était trahi par une traduction trop sage. 
On pourrait attendre plus de flamboyance de la part d’une ancienne actrice du Théâtre du soleil en sa première mise en scène, sinon dans la scène finale où un cheval est convoqué avec un cow-boy venu de nulle part. 
La mélancolie de cette heure et demie nous a achevé, écrasé comme cette pathétique grand-mère, ces jeunes épuisés, ces amoureux déprimés. 
« Peur de la mort.
Peur de vivre trop longtemps.
Peur de la mort.
Ça, je l’ai déjà dit. »

dimanche 21 décembre 2025

Ten thousand Hours. GOM.

La troupe australienne Gravity and Other Myths a utilisé le langage du Commonwealth pour son titre, mais évidemment ces acrobates sautent les frontières, en jouant si bien des limites de la pesanteur.
J’avais été dithyrambique lors de leur précédente prestation à la MC 2 il y a deux ans,  
et défaillances de la mémoire obligent, je redécouvre avec enchantement les performances des huit acrobates variant à l’infini les envols, les chutes, les balancements, les empilements, les sauts, les culbutes, les portés aériens, les courses, les réceptions douces…
Quel plaisir procure ce travail d’une telle précision où sur un rythme étourdissant s’enchainent les exploits dans une chorégraphie fluide !  Il fait bon retrouver des qualités devenues rares : haute conscience professionnelle et exaltation de la confiance.
Le tempo est donné par une batterie en live devant un décor où s’affichent d’immenses chiffres au décompte changeant. Le solo du batteur a légèrement perturbé pour moi l’intensité foisonnante du début du spectacle même si les cinq gars et les trois filles avaient bien besoin de souffler. 
Leur humour mettant en scène sans emphase les difficultés de leurs exercices avec les gémissements d’une artiste lors de mouvements pouvaient parler plus facilement à mes articulations que les vols planés croisés qui ont conservé toute leur magie et gagné toute mon admiration.  

dimanche 14 décembre 2025

Histoire d’un Cid. Jean Bellorini Pierre Corneille.

Quatre comédiens et deux musiciens tentent une « variation ludique » pour faire entendre la pièce de 1637 aux anciens élèves de quatrième et à quelques collégiens d’aujourd’hui.
Les vers les plus célèbres renommés « punchline » sont là :
« Ô rage ! ô désespoir, ô vieillesse ennemie ! Que n’ai-je donc vécu que pour cette infamie. » récités par la foule sollicitée par un Rodrigue bondissant avant que soit opportunément rappelé : 
« Ton père s’appelle Don Diègue, pas Mick Jagger ». 
Les facilités de la parodie farcesque sont évitées, le dilemme cornélien entre amour et honneur persiste à sembler obsolète autant à l’élève du siècle dernier qu’au spectateur blasé de 2025.
Subsistent quelques mots inscrit sur notre friable socle commun  : 
« Cette obscure clarté qui tombe des étoiles. »
« Vas, je ne te hais point »,
« Nous partîmes cinq cent ; mais par un prompt renfort
Nous nous vîmes trois mille en arrivant au port » 
 « A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. »
 « Je suis jeune il est vrai, mais aux âmes bien nées
La valeur n’attend pas le nombre des années. » 
Par contre j’avais oublié l’infante et son secret et tant de flots de sang racontés qui grossissent ceux que nous avions cru laisser à la porte de la MC2, c’est qu’ il y a encore matière à puiser dans les œuvres du passé et pas seulement dans le désespoir d’un père vieillissant, sans qu’un matelas gonflable ne subsiste comme seul souvenir d’une proposition déjà démodée.

dimanche 7 décembre 2025

Cécile McLorin Salvant.

Nous avons entendu une chanteuse au répertoire varié dont la voix permet des intonations étonnantes. Mais l’annonce d’ « expériences folles » parait exagérée à l’auditeur qui ne saura pas si la filiation revendiquée avec Sarah Vaughan pourrait être homologuée.
Je l’ai préférée dans ses chansons facétieuses aux accents caribéens, « il m’a vue nue », « mon doudou » et j’ai apprécié la reprise du poème « Est-ce ainsi que les hommes vivent » d’Aragon et Ferré.
Mon niveau en anglais étant à peine meilleur qu’en occitan, seule la sonorité des mots étirés parfois d’une façon artificielle a pu me parvenir servie par des musiciens dynamiques.
Une rencontre agréable avec la franco-américaine à la voix plus élégante que le costume qu’elle portrait ce soir à la MC2. Bien que des publicitaires trop facilement flatteurs mettent trop haute la barre des attentes, son professionnalisme a permis d’apprécier la variété des chansons proposées.

dimanche 30 novembre 2025

Vanessa Wagner.

Notre rendez-vous mensuel musical à 11h le dimanche a des airs "calotins" comme disait mon grand-père pour désigner les talas (ceux qui vont-à-la messe) pour remonter à des enfances pieuses se rappelant des cloches d’antan. 
Cette fois dans l’auditorium comble de la MC2, Vanessa Wagner, la pianiste d’une grande notoriété, chevalière de la légion d’honneur, alterne Philippe Glass et Jean Sébastien Bach avec une virtuosité qui mérite tous les agenouillements. 
Dès la première note, je fus sous le charme et si je reconnaissais la fluidité apaisante du luthérien allemand, je suivais, fasciné, les mains de la pianiste pour les constructions fascinantes du juif new-yorkais qu’il est encore permis d’entendre. 
Rien qu’un piano et nous voilà sous le dôme des mélodies entre études et préludes au-delà des soucis, des petitesses, au royaume des compositeurs surhumains par l’entremise d’une interprète impressionnante. 
Le minimaliste contemporain gagne en poésie et le géant baroque du XVIII° apporte sa sérénité à la petite fille qui posait sa tête devant nous sur l’épaule de son papa et à tous les paroissiens.

dimanche 23 novembre 2025

Lacrima. Caroline Guiela Nguyen.

Ces trois heures de spectacle nous ont fait atteindre un sommet d’émotions tout en proposant une multitude de pistes de réflexion au risque de faire apparaître bien fades d’autres propositions théâtrales. 
Quelle créativité autour d’un chiffon fut-il de haute couture !
La réalisatrice comme ses personnages aime le travail bien fait et livre un chef-d’œuvre de clarté abordant les problématiques de l’époque au moment où il est question ponctuellement de Shein, sans tomber dans l’anecdotique à l’obsolescence précoce, nous renvoyant plutôt aux enjeux éternels de notre condition humaine.
Pour la confection pendant des mois d’une sublime robe de princesse, nous partageons l’exigence du créateur soumis aux prescriptions de celle qui portera pendant 27 minutes la robe dont la symbolique dépasse les caprices. Nous admirons l’ardeur des ouvriers de la maison de couture, des dentelières d’Alençon et d’un brodeur de Mumbaï, en Inde, apportant chacun leur part à la beauté du monde.
Leur engagement percute leurs vies intimes et nous pouvons comprendre les burn-out tant la tension est pressante. Une passionnante documentation apparaît habilement à travers des témoignages destinés à une émission de radio quand les ouvrières du siècle précédent obligées au silence s’arrêtaient de respirer tant leur concentration était intense pendant des heures pour un centimètre carré d’or blanc.
La confrontation entre l’Occident et le Sud et notre hypocrisie saillante sont relevées: 
« Vous voulez les plus belles réalisations au prix les plus bas, et l'éthique en plus… 
Vous vous dites garants de la santé des employés, sans que l'exigence d'éthique ne vous coûte un centime … » 
Les urgences de notre univers toujours impérieuses, les échéances affolantes parfaitement rappelées, sont allégées par des sourires avec quelques facéties tempérant les tensions, éloignant le pathos. 
La mise en scène efficace, sans esbroufe, nous fait même subir sans broncher des paroles pas toujours audibles de certains acteurs, comme cela arrive quand une sirène d'alarme se superpose à des cris longtemps retenus. Dans la richesse de cette soirée, j’aime retenir les dialogues où se révèlent les difficultés de dire entre mères et filles, entre la doctoresse et la première d’atelier.
La précision de la description des personnages aux passions violentes ramène au format des séries devenu l’aune de nos addictions, alors que Boby Solo nous aurait susurré « Una lacrima sul viso ». 
Pour souligner la force de cette pièce de théâtre, j’aurai eu envie de la résumer dans une formule du genre : «  la beauté advient au prix des larmes et du silence » mais ce serait faire peu de cas de la subtilité de l’écriture humaniste de madame Nguyen. 

dimanche 16 novembre 2025

Imminentes. Jann Gallois.

La douceur initiale, le calme, surprennent quand est annoncé du hip hop dont quelques  performances spectaculaires attendent que la tension monte aux rythmes d’une musique envoutante.
Six danseuses, sans qu’il soit utile de les qualifier de guerrières pour vanter leur énergie, nous tiennent par la main pendant près d’une heure.
Loin des défis virils, leurs intentions apaisantes sont célébrées avec grâce et intensité.
Si des passages s’approchent des rondes enfantines, «  Passez pompon les carillons », les liens entre les individus et le groupe sont exprimés avec simplicité et fantaisie.
Peut-on profiter de belles propositions artistiques à la beauté abstraite détachée des malheurs du monde ? Ecartant l’image de l’orchestre du Titanic, nous pouvons éviter aussi d’être abusé par des intentions vaines prétendant lutter contre les destructions. 
Les bras enlacent, les corps se délient joliment, nous avons passé une bonne soirée.  

dimanche 9 novembre 2025

Delirium. Miet Warlop.

Comment jouer avec un kilomètre et demi de tissus pendant une heure ?
La troupe flamande parfaitement réglée déroule des bobines de soie (ou de rayonne) de toutes les couleurs sur la scène et dans les travées de la grande salle de la MC2, cependant il s’agit plus d’opérateurs mettant en place une performance que de danseurs.
L’imagination est au rendez-vous pour exploiter toutes les ressources de grands voiles enserrant les manipulateurs qui s’en extirpent, en magnifient les plis, mais les hommes et les femmes pourtant dynamiques s'effacent en tant qu’acteurs sous les dimensions majestueuses de coupons soulevés par d’immenses ventilateurs.
La matière dont on ne peut s’empêcher de la lier aux gaspillages industriels submerge les humains.
Parmi les tableaux parfois un peu étirés, l’évocation d’une vague où apparaît puis disparaît un personnage m’a paru poétique et forte, bien accordée aux sons électro puissants de la  plasticienne-scénographe plus heureuse dans sa musique que pour les socquettes noires,malheureusement à la mode, puisqu’elle signe aussi les costumes. 
Les termes démesurés des attachés de la presse mentionnant « un humour ravageur », « une beauté plastique éberluante » desservent un propos qui aurait gagné à être présenté avec plus de simplicité.

dimanche 2 novembre 2025

Obsession. La tempête.

A l’auditorium de la MC 2, un son et lumières inattendu met en relief les variations d’Arvo Pärt, Philip Glass, Jehan Alain servis par des voix et un orchestre de haute tenue.
Les points lumineux synchronisés aux sons dispersés du début se multiplient telles des lucioles accordées aux rythmes envoutants, avant que pleuvent des étoiles filantes en volutes toujours renouvelées. 
Le chef d’orchestre enserré dans une résille mouvante dirige aussi le chœur où chaque artiste est cerné par un entrelac d’ampoules amplifiant leur performance avec une précision étonnante. Leur ballet dans la pénombre accompagne les musiques organiques propices à la méditation. L’émotion peut naître après la séduction de tant de prouesses techniques et amener à goûter ce genre de musique minimaliste qui a fait le maximum ce soir.