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vendredi 9 janvier 2026

Le Postillon. N° 79.

La pastille qui accompagne le titre «  Journal post-IA » convient bien pour illustrer l'engagement du périodique grenoblois contre le « refroidissement technologique » qu’il documente abondamment dans sa dernière livraison à propos du CEA. Son titre malheureusement excessif mine leur crédibilité en parlant de « scandale et de détournement d’argent public en bande organisée » sur fond de dessin évoquant la mafia. 
Pourtant au pays des ingénieurs la course aux brevets se révèle bien artificielle, et « les startups biberonnées par le CEA » ne tiennent pas toutes les promesses affichées au moment de leur lancement. 
Les effets de mode peuvent coûter cher, ainsi les promesses de la physique quantique ont du mal à se concrétiser parait-il chez « Quobly » ou avec la mise au point d’un « nez électronique » chez Aryballe. 
Plus banalement la production de batteries électriques par « Verkor » ou d’écrans par « Aledia » s’avère compliquée. Les pépites technologiques ont levé des pépettes par milliards, les financeurs de licornes peuvent parfois se sentir pousser des cornes.
Les pages consacrées aux candidats concourant pour les municipales développent quelques anecdotes sibyllines au détriment d'une présentation des projets. Par contre le rappel des fusillades du temps de Carignon relativise les promesses de sa campagne axée essentiellement sur la sécurité : l’affaire est complexe et les aggravations récentes devraient mobiliser tous les bords.  
Sinon les reporters en vélo et qui tiennent à préciser à chaque fois leur moyen de locomotion pourront poursuivre leur déambulation en territoire abstentionniste, cette fois Saint Martin d’Hères.
Je suis flatté par une reprise d’un extrait d’une chronique de ce blog les concernant. 
Mais leur souhait de décroissance énergétique me semble bien utopique, tant toute tentative de changement même anodine se heurte à des oppositions coriaces décourageant les plus audacieux.
Les journalistes en deux roues n’échappent pas au langage de l’entre soi, illustré par un plan de Grenoble imagé devant lequel je pouvais me retrouver il y a quelques années mais qui m’est étranger cette fois, car trop allusif, et puis la carte des EHPAD m'est devenue plus familière que celle de skateparks.
Ils font leur boulot en nous tenant au courant des enjeux autour des logements de la cité universitaire du Rabot
«  La vie n’est pas un moellon fleuve tranquille »  
Le sujet du logement pourrait être développé, tant le chiffre de 3700 locaux vides depuis plus de deux ans dans l’agglomération grenobloise me semble à peine croyable quand squats et occupations se multiplient et que le nombre de sans abris ne diminue pas.
L’installation de Decitre au BHV (anciennement Galeries Lafayette) fait davantage jaser que la énième crise du Magasin. Les difficultés du libraire après que le groupe Furet du Nord en ait fait l’acquisition est à rapprocher des problèmes des sirops Teisseire racheté par le géant Carlsberg. 
Il est utile de mentionner le ralentissement de l’activité du fret ferroviaire à Saint Martin Le Vinoux, bien que cette moindre activité ne me semble pas à mettre essentiellement sur le dos du Lyon-Turin. L’industrie chimique, décriée dans ce journal critique, n’utilise plus autant les trains : la décroissance chérie par les postillonneurs  a des allures de déprise, de déprime.
Alors à la question élémentaire posée à des doctorants préparant la présentation de leurs travaux lors du 14° chapitre d’un de ceux qui « relève la tête du guidon connecté » : 
« Qui je suis ? Pourquoi je suis là ? Pourquoi  je travaille là-dessus ? » 
une réponse unique ne peut être donnée en 28 pages à 4 €. 
Par contre l’exemple d’une jeune qui tient une  toute petite librairie à Gières malgré ses difficultés, maintient le moral  du lecteur qui a tendance à décroitre à mesure que la dette croit. 
Et juste pour énerver mes journalistes à bicyclette préférés, en tant que partisan du train Lyon -Turin, je ne désespère pas des humains, quand des techniciens des ciments Vicat font preuve d’imagination en voulant enfouir dans la mer Adriatique, les masses énormes de CO2 (quatre fois les émissions de la ville de Grenoble) produites par les cimenteries de Montalieu.

vendredi 2 janvier 2026

Mal aimé.

Je ne crois plus guère au père Noël, mais quand je l’ai croisé à la station service et qu’il a soulevé son casque de moto, j’ai vu un papy maghrébin qui allait rejoindre d’autres barbus en rouge pour distribuer des cadeaux à des enfants malades.
Je ne suis pas le seul à continuer à aimer les contes, quand le monde entier s’attendrit devant un loup végétarien de chez Inter Marché, alors que les massacres entre nous ne connaissent pas de trêve. 
« Je suis le mal aimé
Les gens me connaissent
Tel que je veux me montrer
Mais ont-ils cherché à savoir
D'où me viennent mes joies ? »
 
La chanson de Claude François qui accompagnait la publicité occupe les têtes. 
Après les confiseurs sans trêve, la forme écrite peut essayer de prendre du recul sur les approximations et les silences accompagnant les repas de fêtes, rares espaces de contradictions avec des noms qui créent facilement la connivence: Trump et Sarkozy.
Une fois les ricanements éteints à propos de péripéties anecdotiques, des trajectoires au long terme se confirment.
Plutôt que l’installation à la Maison Blanche d’une salle de bal, celle d’un « bureau de la foi » me semble plus signifiante. Au moment où les églises deviennent des musées, le religieux repointe son nez dans la conduite des affaires publiques tandis que la laïcité se trouve remise en cause.
Par ailleurs, les propos d’un prisonnier de dix jours concernant l’union des droites sont plus lourds de conséquences, que son usage d’un téléphone fixé au mur. 
Le ralliement si peu impromptu de Trump à Poutine témoigne de proximités établies depuis longtemps. Si les croix gammées ne se hissent plus au dessus des frontons, le culte de la virilité blanche et de la religion, marqueur de l’extrême droite les réunit. Et l’indulgence de Mélenchon à l’égard du Kremlin, par anti américanisme viscéral, devient absurde depuis que Donald et Vladimir sont de mèche. L’« héritier du soviétisme » bien qu’il ait désigné l’Europe comme l’ennemie avec ses drones et usines à trolls, truffé les champs de blé de mines, causé des milliers de morts, connait bien nos faiblesses : certains chez nous ne voient pas où est le problème. Quelle invasion de l’Ukraine ?
Emmanuel Todd ajoute à la confusion :
« Seul le bloc centriste macroniste mérite le qualificatif d'extrême droite »,
si bien que les mots perdent tout leur sens, la stupéfaction nous paralyse.
La banalisation de l’inconcevable conduit à l’indifférence avec le terme « nazi » appliqué à des personnes soucieuses de la rigueur orthographique mais disparaissant pour qualifier ceux qui remettent en cause la démocratie.
La progression des régimes illibéraux et la diffusion de leurs idées est inquiétante que ce soit  en Allemagne, en Espagne, au Chili qu’on croirait vaccinés contre le fascisme, en Italie.
Quand l’autorité des élus, des profs, des juges, des policiers, des parents, des scientifiques… est bafouée et que sont valorisées les défections au travail, 
quand l’auto flagellation se banalise, les certitudes simplistes deviennent désirables. 
Il me faudrait mettre bien des paroles entre guillemets : 
«  les récits de la modernité s’épuisent ».
Alors que « la planète brûle », la décroissance est devenue plus attrayante que le progrès, dans les discours, mais se heurte aux réflexes devenus massifs de mobilisation automatique contre toute proposition nouvelle, y compris chez les défenseurs les plus sincères de la nature, avec enterrement fatal de tout courage. La calamiteuse dissolution de l'assemblée nationale en deviendrait anecdotique, elle fut réclamée de toutes parts, mais sert d'alibi à tous les partis toujours pas sortis des ronds points bloqués. La tactique passe avant les urgences du pays .
« La folie, c'est de faire toujours la même chose et de s'attendre à un résultat différent ! »
Albert Einstein.

vendredi 26 décembre 2025

Diafoirus.

Parmi les antiennes des collègues de mon âge, le constat de la rapidité de la fuite du temps vient aggraver d’autres délitements.
En surface nous éprouvons ce que notre environnement subit et craignons tout ce que nous avons généré et qui nous dépasse : l’intelligence passe chez les robots, l’imbécillité se développe dans le déni de l’urgence climatique, des réalités budgétaires, des tensions commerciales et militaires.
Bien que la mise en valeur d’arguments contre-intuitifs devienne tendance, j’en resterais à l’esprit de contradiction pour voir l’IA comme rempart au populisme, dans la croyance que la science gagne toujours à la fin, comme l'équipe à Dédé.
Bien d’autres ont brodé à propos de notre vulnérabilité en tant qu’Européen, pensant que cette prise de conscience ferait notre charme, bien qu’elle regonfle les muscles des maîtres illibéraux d’un monde immonde. Notre régression démographique atteste la dépression d’une civilisation.
Les bouleversements tenant dans l’espace d’une génération, nous poussent à l’autodénigrement et accentuent des mouvements plus lents qui travaillent le corps social. 
Les populistes à la Bardelenchon peu encombrés de soucis de gouvernance au quotidien ni de scrupules envers ceux qui ne partagent pas leurs idées, carburent à la haine, exacerbent les particularismes au détriment du commun.
Les nationalistes les plus virulents sont financés par l’étranger intervenant directement dans les processus électoraux depuis les usines à trolls poutinesques ou sous pressions trumpistes au-delà de l’Amérique latine.
Face à ces ébranlements que le moindre pilier du bistrot numérique peut ressentir, on pourrait souhaiter que les investissements aillent vers une protection de nos mômes et de nos machines intelligentes, mais de sous, y a plus bezef. Les réparations des manques du passé empêchent les financements d’avenir par une puissance publique bien mal nommée.
Comme il ne faut point fâcher les retraités, les ressources pour accompagner la mutation climatique ne viendront pas : « grille, baby, grille ! »
Nos maux collectifs se déclinent au cas par cas chez nos médecins généralistes dispatcheurs de spécialistes dont les savoirs spécifiques renvoient vers d’autres errances médicales plus intuitives. Quand l’ostéopathe devient le recours pour traiter la globalité de l’être, il est bien tentant de voir le surgissement d’un « théos » (Dieu) des articulations douloureuses.
Des guérisseurs, d’autres diraient charlatans ne cessent de désigner le Macron comme cause de tous les maux comme dans une comédie où le poumon était incriminé à tous coups mais ne savent révéler la composition de leurs remèdes.  
« Les médecins laissent mourir, les charlatans tuent. »  
La Bruyère. 
Tel mon vieux copain d’école primaire dont on mouline la nourriture dans son EHPAD, je touille les métaphores entre médecine et politique n’étant plus en mesure de m’extraire d’un constat navrant d’une Europe qui regarde ailleurs alors qu’elle est désignée en tant qu'ennemie par Vladimir et Donald nommés ainsi que des personnages d’un distrayant film d’animation. 
Nous n’arrivons pas à penser et l’impensable s’annonce quand sont abandonnées les valeurs de laïcité, de sécurité, de travail, de responsabilité, comme il est pourtant répété de bien des côtés. 

vendredi 12 décembre 2025

Missionnaires cloîtrés.

Les descendants des anciens colonisateurs lestés de culpabilité ont peut être été soulagés par nos replis opérés en Afrique, à moins que l’indifférence l’ait emporté ; nous avons tant d’autres bourriques à fouetter.
Ces péripéties de moins en moins lointaines marquent une étape de plus dans le désenchantement de notre propre civilisation envoyant, pour le meilleur et le pire, des missionnaires, des ingénieurs, des militaires, des commerçants, des médecins, dans les pays chauds.
Nous ne croyons plus en Dieu, ni en nous-mêmes, comment peut-on être encore désirables et porter la bonne parole démocratique?
Les migrants en direction de l’Europe contredisent-ils ceux qui nous ont foutu à la porte ?
Les Russes prenant notre place seront-ils plus respectueux et plus désintéressés ?
L’Iran abrite le plus grand nombre de réfugiés (3,5 millions d’Afghans).
La réflexion : « La plus grande force de l’Europe est de se savoir faible » fait honneur à notre humanisme mais conforte Poutine qui a beau jeu d’exploiter nos doutes, et Trump.
Quand dans l’excellente séquence radiophonique des « Petits bateaux » avant le vespéral et dominical «  Masque et la plume » où ce sont les enfants qui posent les bonnes questions, un bambin de quatre ans et demi demande :  
« Pourquoi les grands ont plus de droits que les petits ? » 
La réponse est adéquate lorsqu’elle reprend les mots de la convention internationale des droits des enfants avec le droit d'être protégé, nourri, soigné, éduqué, de s'exprimer, d'avoir des loisirs… Mais il m’a semblé que ce petit se plaçant au niveau des adultes réclamait d’autres droits pour lui et non pour celui qui se casse les ongles dans quelque mine de terre rare.
Cet élève de maternelle se pousse du col et se pose en souverain contestant la loi, il en établirait bien une autre dans le prolongement d’une prise de parole valorisante.
Tout en me méfiant des généralisations, je ne m’interdis pas de voir là encore des fêlures dans le lien social, pour jouer avec les hiérarchies il a besoin de règles. Les grands, les grands parents, usaient trop volontiers d’arguments d’autorité maintenant dévalués, ils n’ont plus qu’à se défouler sur les réseaux qu’ils vilipendent dans la foulée.
Ce monde numérique sans visage exacerbe les violences, conforte les solitudes, aggrave les inaptitudes pour les peu coutumiers des froides machines.
« L'ennemi est sot; il croit que c'est nous l'ennemi alors que c'est lui. »
Pierre Desproges. 
Si je dis que je ne vais pas pleurnicher, c’est que je vais le faire, en voyant  l’humour en fuite, le second degré incompris, les symboles à la base des narratifs religieux, ignorés. Pas de recul, tout est pris au pied de la lettre, l’exigence dont on s’exempte pour soi est requise pour tous les autres. Le niveau baisse en littérature, le cinéma souffre, les chansons s’essoufflent, l’art contemporain se pose en tas qui indisposent, l’industrie souffre, l’école ne fait pas de vague, quant au niveau de la mer et à celui des politiques…
Delogu député LFI sur une chaîne algérienne : 
« Qu’est-ce que nous, Français, avons à voir avec la Pologne ? Je respecte l’État de Pologne et les Polonais et les Polonaises, mais qu’avons-nous à avoir avec eux ? Alors si je dois maintenant acheter, je dis n’importe quoi, des pommes de terre, il faut peut-être que j’aille les acheter de l’autre côté. Je dis ça, je sais même pas s’ils ont des pommes de terre là-bas ».
Il se présente comme maire de Marseille : un coup à devenir supporter du PSG !
Faut-il en rire ? Y a-t-il un adulte dans la salle ?  
« La technique atteindra un tel niveau de perfection
que l'homme pourra se passer de lui-même. » 
Stanislas Jerzy Lec

vendredi 28 novembre 2025

Responsabilité.

A l’image des chevaux ombrageux, voilà que les grands mots m’effraient, comme celui du titre qui pouvait occuper toute une vie, jadis. 
Pourtant j’avais déjà décliné, le mot. 
Je persiste à déplorer l’effacement de l’implication de chacun dans sa propre trajectoire.
L’individu, fils de toute une dynastie d’enfants-roi, préférant se placer en victime, estime que ce sont toujours les autres les fauteurs de difficultés, alors que Moimoi ne prend pas tellement part à la marche de la société bonne fille. 
La confiance et le respect ayant fui, la démocratie souffre.
De subventions à l’industrie à l’arrosage des vignerons pour arracher leurs vignes, 
la collectivité est constamment sommée d’agir.
Toujours plus de moyens sont demandés à l’Etat, entité abstraite en poils de bouc émissaire à laquelle on refuse toute contribution nouvelle.
Les maîtres d’un destin sans Dieu ni tribun, en sont pourtant toujours à se plaindre. "Le vertige écologique et la fragilisation économique" seraient des excuses pour les drogués. Quelques bien-pensants ne veulent surtout pas culpabiliser les consommateurs alimentant de puissants réseaux de narco trafiquants aux mœurs capitalistes des plus sauvages. 
Ni responsable, ni coupable.
Je me mets dans la file des amateurs d'absurdités et remarque dans un vieux film un bellâtre au moment de sa déclaration qu'un robot sans I.A. aurait pu formuler: 
« Si un jour je te fais mal, ce ne sera pas de ma faute ». 
Ma position de boomer me conduit à jouer souvent en défense, mais arrivé en haut du cocotier, de celui qu’on secoue pour faire tomber papou, j’assume aussi mes options de citoyen, de père, de grand-père, de mari, d’ami …
A la manière d’un Clémenceau affirmant 
« la Révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire », 
j’aime « en même temps », à contre temps de tant de tambourineurs, 
les contradictions de mon pays, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas.
On en arrive à manquer de mots comme le délicat Souchon doutant que « les français soient assez cons… » Et bien qu’il n’y ait pas d’autres raccourci en territoire populiste, il se montre contreproductif.
Le G 20, la Cop 30 ne disent plus rien. Trump fait peur au monde, à tout le monde.
Nos députés votant contre un budget par eux discuté paraissent anecdotiques bien que membres éminents du royaume de l’absurde. Ils s’amusent à l’abri de l’Europe mastrichienne, que certains vilipendent encore, alors que l’€uro nous a épargné dévaluation et autre crack.
Accablés de lointaines nouvelles catastrophiques où s’épuisent les clichés de chute de la falaise, la proximité vaut essentiellement pour le contenu de notre assiette, alors que nous n’avons pas vu qu’un proche n’était pas vraiment dans son assiette.
Pour se détendre, mon journal propose à la page des films de la semaine : 
l'enregistrement d’une fillette palestinienne avant sa mort, un documentaire avec les rushs de « Shoah », « Une traversée de l’Amérique des marges », « Queer panorama », « Hell in paradise »… « La monstruosité filmée au cœur de la maison familiale ». 
La fréquentation des salles de cinéma serait en baisse. 
« L'homme est responsable de Dieu. » 
André Gide

vendredi 21 novembre 2025

Modifié.

Les manières des réseaux Internet ont envahi tout l’espace.
Il n’y a pas un article dans la presse qui ne précise lorsque la parole est donnée à un témoin : « le prénom a été modifié » comme si mentionner son identité recelait un danger.
Avatars, pseudos et anonymes rejoignent les cagoulés, les voilées d’une société qui prône par ailleurs la transparence et l’expression sans filtre des individualités.
Tellement de gens craignent que Big Brother les surveille tout en rêvant d’être l’objet d’attentions particulières à fort potentiel de followers. 
Parmi les maladies mentales dont nous nous affublons dès les cours de récréation où le mot psychopathe est courant, paranoïa et grosse tête se portent bien, quand montent sur leurs égos les angoissés d’eux-mêmes.
La modestie est une qualité unanimement louée, alors que chacun réclame une place éminente dans le récit des existences sans que cette promotion doive forcément à des qualités remarquables. La proclamation submerge la reconnaissance et pendant ce temps la notion de responsabilité a du mal à être réhabilitée. Je fais ce que je veux mais ne réponds de rien : il doit bien y avoir dans le coin un paillasson en poil de bouc émissaire pour m’essuyer les pieds.
L’I.A. qui décidément me préoccupe, occupe bien des conversations au moment où l’E.I. qui n’est pas seulement mentionné lors des commémorations pointe à nouveau le bout de la kalachnikov en Syrie et place ses pions en Afrique.
Depuis les déserts passés et à venir, et « c’est pas pour dire », on rêverait que des paroles comme celles du premier ministre éthiopien, avant la COP 30, soient performatives : 
« Nous demandons à nos partenaires globaux de ne pas nous financer parce que nous sommes impactés, mais d’investir avec nous parce que nous sommes visionnaires.»
Parmi quelques expressions dont on abuse, « je ne sais pas » ne fait pas partie de la ronde, alors que ce serait l’occasion d’habiller la sincérité avec élégance. 
Par contre « On va voir ce qu’on va voir » montre ses muscles à tous propos tandis qu’il pourrait se contenter de s'annoncer avant quelque mâle combat de MMA (Mixed Martial Arts).
Marine (Tondelier), verte ou marron, (Le Pen) sont dans ce registre de la puissance bravache. Ces permanentes du spectacle aiment dramatiser et toute nuance apparaissant comme une faiblesse est bânie. Les fortes couleurs crépusculaires de l’apocalypse écologique ou migratoire découragent les modestes, les petits joueurs que nous sommes. Elles chérissent leurs victimes spécifiques. Leurs suiveurs minés par le complotisme qui va bien au-delà du cercle des shootés à l'hydroxychloroquine se perdent en interprétations, se bouffent la vie dans la méfiance systématique plutôt que de, choisir, inventer, aimer, faire confiance.
Si le « Rassemblement » ramasse tant de suffrages et C News tant de spectateurs, les excès woke n’y sont pas pour rien.
La radicalité de la gauche nourrit la radicalité de la droite.
La radicalité de la droite nourrit la radicalité de la gauche.
Pour l’instant, en superficiel scripteur, je ne fais pas appel à d’artificielles phrases venues des machines chauffantes, je livre mon jus depuis quelques arbres déchiquetés en recopiant les mots d’Eric Sadin qui regrette que des milliards d’individus trouvent dans les technologies : « l’occasion de ne plus exercer leurs facultés fondamentales, au premier rang desquelles celles de parler et d’écrire à la première personne. […]
Saisit-on qu’une vie privée de l’expression de nos facultés et de liens actifs avec nos semblables ne peut faire que le lit de la tristesse, de la rancœur et de la folie. »
Que soit interdit l'anonymat sur les réseaux sociaux ! 

vendredi 14 novembre 2025

I. A.

J’
envoie, vers quelque entrepôt où se réchauffe le Cloud, ces quelques mots destinés à se perdre dans « le silence éternel des espaces infinis » qui persistent depuis Pascal.
Je vacille, ivre de clics, de problèmes démographiques en crise climatique et autres conflits géopolitiques, sur fond d’interrogations éthiques, face aux défis technologiques… Hic !
Le valétudinaire minus remercie l’informatique qui lui permet d’oser s’exprimer.
Chaque jour, dans nos corps, dans nos déplacements, la science fait ses preuves et il serait bien ingrat de dénoncer toutes les avancées artificielles dues à l’agent humain.
Qui peut croire qu’on pourrait interdire l’IA comme on se priverait de penser ?
Mais grâce à la puissance des computeurs, il y aura bien des acteurs pour utiliser comme au judo leur force pour maîtriser la bête, se ménager du temps de cerveau disponible pour travailler et inverser le cours de la facilité, de la coolitude.
Pourrons-nous trouver une voix authentique dans un appareillage appelant au compromis contre les clivages populistes bardés de lignes rouges ? Il conviendrait de laisser à leur illusion de pouvoir nos éminents boucs émissaires et voir en face la puissance des algorithmes et nos paresses numériques, nos tocs et nos éthiques retoquées.
Les lénifiantes ambiances visant à apaiser les cris risquent pourtant de se substituer, dans le domaine des apprentissages, à toute improvisation, à toute fantaisie.
Reliés aux IA, dans les écoles, les bousculés des travaux en îlots tournant le dos aux  paroles magistrales, pourraient à leur rythme, faire valoir leur singularité, reprendre ce qui leur a échappé en toute discrétion face à des machines infiniment patientes. 
Dans bien des entreprises, les bureaux individuels furent bannis, comme fut promulgué le travail de groupes pour les élèves, dans un monde devenu de plus en plus individualiste. Les égos ont explosé oubliant les idéaux entre égaux.
Sur les écrans, une fois contournées haine et bêtise, les pensées pertinentes ne manquent pas. Dans leurs emballages de papier, je saisis plus volontiers les mots qui me conviennent, comme ceux de Julia De Funès qui aime « penser sans bannière » : 
« Refuser la moralisation facile, la soumission technocratique, l’individualisme forcené, l’absurdité normative et le clanisme de la pensée… »
Même pour proclamer notre liberté, faire valoir notre indépendance, nous suivons les autres par machines interposées ou main sur l’épaule (de géants).
Combien s’accordent à déplorer la destruction du monde alors que tant d’autres s’appliquent à le dévaster ? L’acharnement de nos parlementaires à ne pas voir les déficits est un signe d’une déliquescence de nos civilisations proclamée depuis des millénaires. 
Submergé de grands mots tambourinant dans le vide, bien difficile de percevoir des pensées optimistes,  d'avoir connaissance  d'actes responsables.  
Les organisations politiques en phase de putréfaction, telles Gribouille, poussent à une dissolution qui les diluerait. Ces péripéties ne gagnent pas en dignité à s’accumuler dans notre sac à dos qu’on prendrait pour un parachute avant de sauter de la falaise.  
« La terre pressée de se jeter à l’eau trébucha et ce fut la falaise. » 
Sylvain Tesson

vendredi 7 novembre 2025

La gauche contre le peuple. Front Populaire n° 22.

Si je ne lisais que ce qui me convient, il y a longtemps que j’aurais résilié mon abonnement au journal « Le Monde » et je n’aurai pas dépensé une nouvelle fois 15,90 € pour la publication d’un Michel Onfray complaisant avec la très contestable Sahra Wagenknecht ancienne de Di Linke qui a créé un parti à son nom, présentée comme l’enfant de Jaurès et de Gaulle … 
Concernant la gauche, je garderai toujours « au cœur, une plaie ouverte ! » et l’éternelle question du « peuple » continue à m’interroger, donc je suis allé revoir cette revue.
Pour avoir suivi Chevènement, dont la trajectoire est rappelée dans ce numéro, ne me comptez plus dans le camp souverainiste, fut-il « d’ailleurs ou de nulle part ». 
«  Je suis toujours de gauche mais pas de celle qui a pris sa place sous le même nom ».
Je me retrouve dans la prose fleurie d’Eric Naulleau lorsqu’il distingue gauche et gôche qui a « troqué la laïcité contre l’islamisme, l’universalisme contre le communautarisme, la Résistance contre l’antisémitisme, le prolétariat contre le trans, Victor Hugo contre Rima Hassan… » 
J’ai trouvé quelques articles ardus, ils s’annonçaient pourtant attractifs : « On ne combattra pas le racisme en parlant de races » voire «  l’anatomie du phénomène « woke ». 
« La liberté pourrait ressembler à la définition négative qu’en donne Spinoza comme « intellection de la nécessité » c'est-à-dire comme connaissance de nos déterminations. 
Le comprendre, c’est se donner une petite chance de composer intelligemment avec le réel. » 
Pas vraiment limpides, ni très populaires, ces références dans un article destiné à différencier le vrai du faux quant aux rapports de la gauche avec la nature, les lumières, le nationalisme…Pierre André Taguieff m’a paru également difficile à suivre. Décidément, mon niveau baisse!
« Nombreux sont les auteurs qui attendent le salut de la traduction transculturelle et qui prennent leurs désirs redéfinitionnels, accouchant d’images, d’analogies ou de métaphores vagues, pour des réalités ou des inventions conceptuelles. » 
A l’instar d’Eric Satie qui claironnait : « Moi, pour la modestie, je ne crains personne »,
en tant qu’abuseur de métaphores, je ne vois pourtant pas où il veut en venir.
Michéa me semblait plutôt lisible, par contre le commentaire à lui consacré, en tant que « paradigme », ne clarifie pas un positionnement original.  
Les présentations de livres recommandés donnent envie d’aller plus loin, mais la pile impressionne: «  La philosophie devenue folle », «  La diversité contre l’égalité »,  «  Penser le conservatisme de gauche », «  Critique de la raison coloniale », « L’ère de la post vérité » « Un autre Rousseau »…  
Cependant pour contrer la police de la pensée, George Orwell, Philip Roth, Gustave Flaubert… en condensé, sont heureusement convoqués avec quelques déconstructrices de déconstructeurs : Laure Murat, Tania de Montaigne ou Belinda Cannone.

vendredi 31 octobre 2025

Témoin.

La répétition de la plaisanterie consistant à confier son impression de visiter un appartement témoin lorsqu’on circule dans les allées d’un cimetière, a perdu de son sel, même en temps de Toussaint. 
Cependant le boomer, génération B, ne va pas s’excuser, comme à chaque fois, de s’exprimer avant de tartiner autour de l’expression « destruction créatrice » apparue dans les débats depuis l’attribution du prix Nobel d’économie. 
Celle-ci vaut pour bien des processus en œuvre tout au long de notre vie. 
« Avec le temps
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage, et l'on oublie la voix »
 
Et c’est pas triste.
La génération Z s’est mobilisée au Maroc, à Madagascar, au Kenya, au Pérou, au Népal, au Sri-Lanka, au Bangladesh, en Indonésie, aux Philippines, en Serbie…
Elle ne cherche pas à casser, simplement à pousser hors champ la vieille génération, comme celle des septuagénaires de chez nous, prônant la retraite à 60 ans, sans se mettre en retrait.
Notre terre surpeuplée se débarrasserait volontiers de quelques surnuméraires et pas seulement symboliquement, à juger par la multiplication massive des destructeurs.
Les habitants de la planète et la planète sont dans un sale état.
Lu dans "Le Monde": 16 000 femmes tigréennes ont témoigné d’avoir été violées par des soldats érythréens qui ont introduit des clous, des lames de rasoir dans leurs vagins, voire un serpent mort pour l’une d’elle.
Voilà de quoi pulvériser toute idée positive de notre prochain et, par rebond, mépriser les angéliques ne voulant pas voir les méchants. 
Je fus de cette niaise catégorie et, comme bien des braconniers devenus garde-chasse, je crains désormais de manquer de couleurs pastels dans ma trousse.
C’est peut être par contraste que les faire-part de naissance me ravissent.
Tout le monde s'attendrit, les bébés sont épargnés par les tablettes pour un bref instant. 
Nous sous-traitons nos mémoires comme nous confions nos enfants et nos vieux à d’autres, tout en ramenant tous nos émois à soi. 
Les craintes vis-à-vis des progrès fulgurants de l’Intelligence Artificielle proviennent de nos intelligences paresseuses, humaines trop humaines, qui n’ont présentement guère donné un visage aimable à notre monde. 
Par rapport aux malheurs dont la compilation pourrait envahir l’écran dans sa totalité, 
toute autre remarque sera aussi dérisoire qu’un doigt d’honneur entre politiques et journalistes.
Dans un environnement anxiogène, les médias en rajoutent une couche.
Ainsi, entendu à la radio : après un nouveau congé de naissance qui permet de mieux rémunérer les parents, le journaliste après avoir interrogé une présidente d’association satisfaite de la mesure, a cru bon d’ajouter, alors qu’il avait essayé d’extirper en vain une critique :  
« Eh ben, c’est pas avec ça qu’on va réarmer la natalité ! » 
Si comme souvent, l’opinion avait été défavorable, il se serait abstenu d’apporter un avis contraire.
Tout aussi anodin paraitra ce soupir concernant l’école que j’ai connue, avant que le harcèlement devienne sujet principal, alors que la question du statut des directeurs revient sur le tapis. Jadis opposé aux « maîtres directeurs », je regrette de voir une certaine complicité des adjoints envers l’émergence d’un échelon hiérarchique qui aura tendance à déresponsabiliser maîtresses et maîtres.
Mais c’est comme ça ; les générations X, Y, Z ont d’autres tchats à fouetter. 
« Les hommes se regardent de trop près pour se voir tels qu'ils sont. 
Ils sont toujours d'eux-mêmes des témoins infidèles et des juges corrompus. » 
Montesquieu

vendredi 24 octobre 2025

Le Postillon. N°78. Automne 2025.

Le journal saisonnier penché au dessus de la cuvette Grenobloise lance quelques fléchettes de plus à Piolle et Véran, cibles familières, et crache comme d’habitude dans la soupe tech.
Mais après une pause due justement au côté répétitif de leur technophobie, je dois reconnaître que leur méfiance salutaire est parfaitement illustrée dans cette livraison. 
La rencontre avec une jeune femme travaillant dans le département RSE, Responsabilité Sociétale d’une Entreprise, est poignante, témoignant de nos positions schizophréniques autour du numérique, surtout quand on y travaille. Visiblement en détresse, réfugiée derrière une multitude d’écrans, elle participe à la com’ mensongère de son entreprise, assistant au truandage de l’achat de quotas carbone à des petites entreprises.
C’est alors que la tentative de tout arrêter survient mais des appels à « quitter les réseaux sociaux », à éloigner les supercalculateurs financés par les Emirats Arabes Unis ,ou « débrancher l’IA » paraissent bien vains même si la vitesse de l’expansion de l’Intelligence Artificielle impressionne et inquiète.
Le retour critique d’une militante regrettant la mise à l’écart de sympathisants de « Bloquons tout » par des politiquement corrects explique pour une part l’échec d’une mobilisation restée dans l’entre-soi.  
Un mathématicien, qui a décidé de « relever la tête du guidon connecté », apporte des arguments aux chapitres les plus convaincants du journal lorsqu’il met en évidence les hypocrisies d’un monde se payant de mots, comme lors d’une conférence en « visio » intitulée « Ecrans quels effets sur la santé ? » comparée à 
« un atelier pour diabétiques autour d’un bol de fraises Tagada ».
Parmi les trois têtes d’affiche en vue des municipales issues de « l’éco système de la tech’ » deux d’entre elles ont droit à leur portrait, mais je pense que Pierre Edouard Cardinal directeur de Minatec du côté de « Retrouver Grenoble », ne manquera pas d’être habillé dans le numéro de cet hiver. 
Romain Gentil en bonne place sur la liste  « Grenoble capitale citoyenne » se trouve être responsable d’une start up qui prélevait un pourcentage auprès de jeunes sur les aides financières obtenues grâce à leurs conseils et qui maintenant offre à des banques en ligne des moyens pour fidéliser leurs clients. 
Laurence Ruffin, tête de liste de «  l’Union de la gauche écologiste et citoyenne », dirige la Scop Alma créatrice des logiciels destinés à « optimiser les processus de fabrication » dans « les systèmes de découpe en tôlerie et soudage robotisé » autrement dit en langage« Postillon » :  
« des logiciels pour que les fabricants de bagnoles, d’avions, de tanks, de tractopelles ou de plateformes pétrolières se passent de plus en plus des humains et augmentent leurs bénéfices » 
en toute « gouvernance partagée ».
Leur critique de l’hydro-électricité à cause des travaux envisagés dans le Drac me semble bien dérisoire, quand par ailleurs ces anti-nucléaires peuvent aussi faire la fine bouche à propos des panneaux photovoltaïques et sans doutes des éoliennes.   
Je partage par contre  leur perplexité face à un rapport complaisant concernant les responsabilités des sociétés qui exploitaient la carrière de la Rivière dans l’éboulement de juillet 2024.
Les pages centrales faisant part de réflexions de passants à propos de l’abstention autour de l’école Jean Paul Marat à Echirolles, où le taux de participation n'avait pas atteint les 20%  aux dernières municipales, sont honnêtes et éclairantes : « ça veut dire quoi l’abstention déjà ? » 
Le reportage dans le Sud Grésivaudan où poussent 600 000 noyers fait le tour de la question des effets des pesticides répandus par les nuciculteurs dans leurs noyeraies en faisant part d’avis contradictoires bien que «  Le surnom de vallée de la mort n’est confirmé par aucune étude scientifique. » Pas facile de prévenir avant de guérir les cancers du sein nombreux à l'ombre des noyers. 
A la recherche de nouvelles heureuses, autant inventer que Raphaël Quenard aurait intégré Sinsemilia.

vendredi 17 octobre 2025

Le courlis à bec grêle.

 « Les temps sont difficiles », formule chantée à toute époque, vaut pour la nôtre, 
bien qu’une fillette afghane ait plus de raisons de le penser que le boomer lambda d'ici bas.
La tolérance se tait, la générosité se porte mal, étouffées par la bienveillance,  
Submergé d’images, je barbote à chaque ligne dans les métaphores incapables de masquer la cruauté des heures.
Le déclin du septuagénaire se met en scène sur fond de catastrophe planétaire avec craquements de glaciers et disparition du courlis à bec grêle. 
Les bras nous en tombent, notre audition défaille, notre vue se brouille.
Pendant nos lamentations, les grandes gueules, les sans scrupules arrivent à leur fin plus efficacement que le camp du Bien, dans lequel chacun croit avoir élu domicile, accablé de mièvreries contre-productives.
Trump a bien joué à Gaza : les palestiniens et les otages sont soulagés, momentanément.
La brutalité a été reconnue aux pays des brutes.
Le Hamas par ses crimes avait permis de remettre dans l’actualité la situation désespérante de leurs concitoyens, les Israéliens par leur réaction démesurée ont attiré l’opprobre mondiale.
La reconnaissance d’un état palestinien est advenue permettant une pause.
Tout le monde aspire au silence des canons et fabrique des armes. 
Chaque parti, ailleurs et dans les parages, appelle au compromis mais reste campé sur ses positions. Nous déplorons l’arrogance transpirant dans bien des débats, mais n'accordons aucun crédit à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. Les élites en toutes matières jugées méprisantes sont méprisées.
Le niveau des politiques nous navre autant que le conformisme de bien des commentateurs; on se sent bien bête. Pourtant les performances techniques de notre époque nous époustouflent et augmentent nos capacités cognitives : nous savons plus de choses que nos parents et nos enfants sont plus agiles que nous.
Nous nous accordons bien volontiers de nos imperfections, ne pourrait-il en être de même face aux défauts de nos semblables ?  
J'aime l'expression: « la destruction créative». Toute activité humaine génère des déchets : si l’on veut recycler correctement, ce présupposé élémentaire s’impose dans notre univers imparfait.
Par ailleurs, nous serions devenus trop propres, parait-il, même nous les français réputés pour notre manque d’hygiène, ce dont on peut douter en voyant l’état des rues d'une certaine ville près de chez nous.
Nous nous heurtons aux échelles : très bavards sur les conflits lointains, nous ne voyons pas nos proches qui souffrent. 
Les catégories générales, amples, se prêtant aux grands mots définitifs, mentionnant par exemple « l’auto anéantissement » de l’espèce humaine, retiennent plus facilement les motifs hauts en dramaturgie de la « pulsion de mort » plutôt que « pulsion de vie » même quand un rescapé sort de sous les décombres.
De dérisoires anecdotes peuvent nous distraire : la mémoire des personnalités gisant au Panthéon avaient d’autres choses à subir que la proposition de dégenrer la formule figurant au dessus de leur tête «  Aux grands Hommes la patrie reconnaissante ». Une illustration de plus de l’expression « discuter du sexe des anges » qui occupait les conversations du temps de Byzance assiégée par les Turcs.
Sans adhérer à une vision cartoonesque de notre planète représentée comme une Déesse, j’en arrive pourtant à confondre les dérèglements du climat avec l’abaissement du niveau de nos débats hexagonaux inévitablement négatifs.
En effet, concernant les nominations de ministres, quelles autres solutions s’offraient pour éviter de céder aux manœuvres des extrêmes soutenues par un climat de dénigrement venu de loin ? Bravo Lecornu.  
« C’est purement négatif de toujours remettre tout en cause, 
c’est, en somme, la marque des faibles, des incapables. » 
Charles de Gaulle

vendredi 3 octobre 2025

Quatre pieds.

Difficile de ne pas s’improviser psychologue lorsque le diagnostic de la folie se confirme chaque jour avec
 le président américain et ses grossières paroles pour nier le réchauffement climatique, alors que la planète suffoque. Son nez clignotant nous aveugle, la déraison a gagné le monde entier.
Plus près de chez nous, même si la tonalité crépusculaire persiste, Jean Louis Bourlanges offre un raccourci pertinent sur l’évolution du paysage politique : 
« Jadis la droite incarnait la fidélité, la gauche la justice, le centre la concorde et la modération. Aujourd’hui, la gauche incarne le ressentiment, la droite la crainte et l’exclusion, et le centre est devenu l’arbitre récusé des divisions nationales et des passions inconciliables. » 
Le contexte concernant les affaires publiques à défaut de faire battre les cœurs, nous tape sur les nerfs. 
L’Europe pas plus que la France n’est un monolithe mais elle se trouve minée de l’intérieur.
La Hongrie illibérale, l’Italie gouvernée par l’extrême droite nous accoutument à l’idée d’une victoire de leurs amis cheminant à couvert sous les braillements d'en face vers qui tous les micros clonés se tendent. Farage gagne des parts de marché, l’AFD progresse et tous les sondages donnent le RN en tête. Grande-Bretagne, Allemagne, France : l’Occident n’est pas menacé seulement par la Russie revancharde, la Chine vigoureuse, ni par les duperies de Trump.
Les institutions se paralysent, les réformes pour une meilleure efficacité de l’Etat réclamée par ceux qui l’entravent sont ajournées.
Chaque camp, en mode intermittent, souhaite une justice indépendante au gré des condamnations jugées trop clémentes ou trop sévères alors qu'il est sain de confirmer que la loi s’applique à chacun sans distinction. Ce qui n'empêche pas de regretter par ailleurs une judiciarisation à l'américaine où l'empilement des recours entrave l'action publique.  
Depuis le temps que les tables sont à « renverser », d’après des commentateurs paresseux, elles doivent se retrouver remises sur leurs quatre pieds.
Tout le monde appelle au dialogue, au compromis, mais les mêmes chérissent ultimatums et lignes rouges. Il ne reste qu’à prier quelques dieux républicains, auxquels on ne croit guère, pour non plus « changer la vie » mais boucler un budget.
Nous chérissons nos ennemis quand ils sont caricaturaux et certains écologistes n’ont pas besoin des falsifications de l’intelligence artificielle pour être ridicules. Mais la colère à l’encontre des lanceurs d’alerte et des porteurs de solutions est folle : nous avons besoin d’éoliennes et de panneaux solaires pour compléter les centrales nucléaires.
Après l'assassinat d'un influenceur conservateur sur un campus américain, un sondage auprès des étudiants indique qu'un tiers d'entre eux estime légitime d'employer le violence afin de faire taire un orateur: y a-t-il un démocrate dans la salle? 
L'intolérance croit à mesure que l'incertitude apparait à l'horizon.  
Je préfère m’extraire de ces méli-mélodramatiques en savourant une victoire de l’OM contre le PSG et oublier pendant deux heures le tourbillon des algorithmes menant à une terre plate. 
 « Mon exigence pour la vérité m'a elle-même enseigné la beauté du compromis. » Gandhi 

mardi 23 septembre 2025

Champs de bataille. Inès Léraud Pierre Van Hove.

J’avais évoqué avant de l’avoir lue cette bande dessinée, 
réalisée par les auteurs d’ « Algues vertes » qui avaient déjà mis en lumière, au-delà du scandale écologique, une puissante omerta bretonne. 
Avec cet album documenté il s’agit plutôt du récit d’une histoire ancienne vue comme un « démembrement » accompagnant une mutation des campagnes sous le nom officiel de « remembrement ».
Les témoignages recueillis apportent, par leur variété, des nuances à la nostalgie d’une campagne de chemin creux peuplée de chants d’oiseaux. Qui vivrait aujourd’hui avec des parcelles où il faut sans cesse faire demi-tour avec la charrue, où l’hiver les sentiers sont impraticables ?
Pour évoquer la complexité des enjeux, le choix de retenir les remords d’Edgard Pisani, acteur majeur de la modernisation des campagnes, me semble judicieux, comme le revirement de l’ingénieur agronome René Dumont, premier candidat écologiste en 1974 qui disait après guerre : 
« Pour produire le maximum, il faut disposer de grandes quantités d’engrais ; de variétés de plantes et d’animaux perfectionnés ; de ressources en énergie surabondantes actionnant de puissantes machines. » 
Retrouver François Mitterrand en ministre de l’intérieur, ne manque pas de sel, lorsqu’il justifie le maintien des CRS pendant deux ans et demi dans un village breton refusant des tracés bureaucratiques, l’arrachage des arbres, s’élevant contre les accapareurs … 
« L’administration s’est heurtée à l’opposition d’éléments peu soucieux de l’intérêt général ni même de leur propre intérêt bien compris. » 
La parole est donnée aussi à ceux qui ont travaillé au « génie rural » ou dans les cabinets de géomètres, voire en tant que conducteurs de bulldozer. Ces paysans présentés souvent comme conservateurs se sont adaptés au gré des orientations dictées par des hauts fonctionnaires. La corporation organisée du temps du régime de Vichy finalement pas si « tradi » que ça, a maintenu un puissant pouvoir sous appellation syndicale et coopérative bien loin de l’origine de ces mots fraternels.
La distance entre ville et campagne s’accentue. 
Elle aurait pu être atténuée - facile à dire après les batailles - si les échanges de parcelles s’étaient faits à l’amiable entre voisins responsables. 
Je crains que l’aversion envers les agents arracheurs de haies soit la même que celle qui s’exerce contre les personnels de l’Office français de la biodiversité prônant le replantage des haies.