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vendredi 28 novembre 2025

Responsabilité.

A l’image des chevaux ombrageux, voilà que les grands mots m’effraient, comme celui du titre qui pouvait occuper toute une vie, jadis. 
Pourtant j’avais déjà décliné, le mot. 
Je persiste à déplorer l’effacement de l’implication de chacun dans sa propre trajectoire.
L’individu, fils de toute une dynastie d’enfants-roi, préférant se placer en victime, estime que ce sont toujours les autres les fauteurs de difficultés, alors que Moimoi ne prend pas tellement part à la marche de la société bonne fille. 
La confiance et le respect ayant fui, la démocratie souffre.
De subventions à l’industrie à l’arrosage des vignerons pour arracher leurs vignes, 
la collectivité est constamment sommée d’agir.
Toujours plus de moyens sont demandés à l’Etat, entité abstraite en poils de bouc émissaire à laquelle on refuse toute contribution nouvelle.
Les maîtres d’un destin sans Dieu ni tribun, en sont pourtant toujours à se plaindre. "Le vertige écologique et la fragilisation économique" seraient des excuses pour les drogués. Quelques bien-pensants ne veulent surtout pas culpabiliser les consommateurs alimentant de puissants réseaux de narco trafiquants aux mœurs capitalistes des plus sauvages. 
Ni responsable, ni coupable.
Je me mets dans la file des amateurs d'absurdités et remarque dans un vieux film un bellâtre au moment de sa déclaration qu'un robot sans I.A. aurait pu formuler: 
« Si un jour je te fais mal, ce ne sera pas de ma faute ». 
Ma position de boomer me conduit à jouer souvent en défense, mais arrivé en haut du cocotier, de celui qu’on secoue pour faire tomber papou, j’assume aussi mes options de citoyen, de père, de grand-père, de mari, d’ami …
A la manière d’un Clémenceau affirmant 
« la Révolution française est un bloc dont on ne peut rien distraire », 
j’aime « en même temps », à contre temps de tant de tambourineurs, 
les contradictions de mon pays, ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas.
On en arrive à manquer de mots comme le délicat Souchon doutant que « les français soient assez cons… » Et bien qu’il n’y ait pas d’autres raccourci en territoire populiste, il se montre contreproductif.
Le G 20, la Cop 30 ne disent plus rien. Trump fait peur au monde, à tout le monde.
Nos députés votant contre un budget par eux discuté paraissent anecdotiques bien que membres éminents du royaume de l’absurde. Ils s’amusent à l’abri de l’Europe mastrichienne, que certains vilipendent encore, alors que l’€uro nous a épargné dévaluation et autre crack.
Accablés de lointaines nouvelles catastrophiques où s’épuisent les clichés de chute de la falaise, la proximité vaut essentiellement pour le contenu de notre assiette, alors que nous n’avons pas vu qu’un proche n’était pas vraiment dans son assiette.
Pour se détendre, mon journal propose à la page des films de la semaine : 
l'enregistrement d’une fillette palestinienne avant sa mort, un documentaire avec les rushs de « Shoah », « Une traversée de l’Amérique des marges », « Queer panorama », « Hell in paradise »… « La monstruosité filmée au cœur de la maison familiale ». 
La fréquentation des salles de cinéma serait en baisse. 
« L'homme est responsable de Dieu. » 
André Gide

vendredi 21 novembre 2025

Modifié.

Les manières des réseaux Internet ont envahi tout l’espace.
Il n’y a pas un article dans la presse qui ne précise lorsque la parole est donnée à un témoin : « le prénom a été modifié » comme si mentionner son identité recelait un danger.
Avatars, pseudos et anonymes rejoignent les cagoulés, les voilées d’une société qui prône par ailleurs la transparence et l’expression sans filtre des individualités.
Tellement de gens craignent que Big Brother les surveille tout en rêvant d’être l’objet d’attentions particulières à fort potentiel de followers. 
Parmi les maladies mentales dont nous nous affublons dès les cours de récréation où le mot psychopathe est courant, paranoïa et grosse tête se portent bien, quand montent sur leurs égos les angoissés d’eux-mêmes.
La modestie est une qualité unanimement louée, alors que chacun réclame une place éminente dans le récit des existences sans que cette promotion doive forcément à des qualités remarquables. La proclamation submerge la reconnaissance et pendant ce temps la notion de responsabilité a du mal à être réhabilitée. Je fais ce que je veux mais ne réponds de rien : il doit bien y avoir dans le coin un paillasson en poil de bouc émissaire pour m’essuyer les pieds.
L’I.A. qui décidément me préoccupe, occupe bien des conversations au moment où l’E.I. qui n’est pas seulement mentionné lors des commémorations pointe à nouveau le bout de la kalachnikov en Syrie et place ses pions en Afrique.
Depuis les déserts passés et à venir, et « c’est pas pour dire », on rêverait que des paroles comme celles du premier ministre éthiopien, avant la COP 30, soient performatives : 
« Nous demandons à nos partenaires globaux de ne pas nous financer parce que nous sommes impactés, mais d’investir avec nous parce que nous sommes visionnaires.»
Parmi quelques expressions dont on abuse, « je ne sais pas » ne fait pas partie de la ronde, alors que ce serait l’occasion d’habiller la sincérité avec élégance. 
Par contre « On va voir ce qu’on va voir » montre ses muscles à tous propos tandis qu’il pourrait se contenter de s'annoncer avant quelque mâle combat de MMA (Mixed Martial Arts).
Marine (Tondelier), verte ou marron, (Le Pen) sont dans ce registre de la puissance bravache. Ces permanentes du spectacle aiment dramatiser et toute nuance apparaissant comme une faiblesse est bânie. Les fortes couleurs crépusculaires de l’apocalypse écologique ou migratoire découragent les modestes, les petits joueurs que nous sommes. Elles chérissent leurs victimes spécifiques. Leurs suiveurs minés par le complotisme qui va bien au-delà du cercle des shootés à l'hydroxychloroquine se perdent en interprétations, se bouffent la vie dans la méfiance systématique plutôt que de, choisir, inventer, aimer, faire confiance.
Si le « Rassemblement » ramasse tant de suffrages et C News tant de spectateurs, les excès woke n’y sont pas pour rien.
La radicalité de la gauche nourrit la radicalité de la droite.
La radicalité de la droite nourrit la radicalité de la gauche.
Pour l’instant, en superficiel scripteur, je ne fais pas appel à d’artificielles phrases venues des machines chauffantes, je livre mon jus depuis quelques arbres déchiquetés en recopiant les mots d’Eric Sadin qui regrette que des milliards d’individus trouvent dans les technologies : « l’occasion de ne plus exercer leurs facultés fondamentales, au premier rang desquelles celles de parler et d’écrire à la première personne. […]
Saisit-on qu’une vie privée de l’expression de nos facultés et de liens actifs avec nos semblables ne peut faire que le lit de la tristesse, de la rancœur et de la folie. »
Que soit interdit l'anonymat sur les réseaux sociaux ! 

vendredi 14 novembre 2025

I. A.

J’
envoie, vers quelque entrepôt où se réchauffe le Cloud, ces quelques mots destinés à se perdre dans « le silence éternel des espaces infinis » qui persistent depuis Pascal.
Je vacille, ivre de clics, de problèmes démographiques en crise climatique et autres conflits géopolitiques, sur fond d’interrogations éthiques, face aux défis technologiques… Hic !
Le valétudinaire minus remercie l’informatique qui lui permet d’oser s’exprimer.
Chaque jour, dans nos corps, dans nos déplacements, la science fait ses preuves et il serait bien ingrat de dénoncer toutes les avancées artificielles dues à l’agent humain.
Qui peut croire qu’on pourrait interdire l’IA comme on se priverait de penser ?
Mais grâce à la puissance des computeurs, il y aura bien des acteurs pour utiliser comme au judo leur force pour maîtriser la bête, se ménager du temps de cerveau disponible pour travailler et inverser le cours de la facilité, de la coolitude.
Pourrons-nous trouver une voix authentique dans un appareillage appelant au compromis contre les clivages populistes bardés de lignes rouges ? Il conviendrait de laisser à leur illusion de pouvoir nos éminents boucs émissaires et voir en face la puissance des algorithmes et nos paresses numériques, nos tocs et nos éthiques retoquées.
Les lénifiantes ambiances visant à apaiser les cris risquent pourtant de se substituer, dans le domaine des apprentissages, à toute improvisation, à toute fantaisie.
Reliés aux IA, dans les écoles, les bousculés des travaux en îlots tournant le dos aux  paroles magistrales, pourraient à leur rythme, faire valoir leur singularité, reprendre ce qui leur a échappé en toute discrétion face à des machines infiniment patientes. 
Dans bien des entreprises, les bureaux individuels furent bannis, comme fut promulgué le travail de groupes pour les élèves, dans un monde devenu de plus en plus individualiste. Les égos ont explosé oubliant les idéaux entre égaux.
Sur les écrans, une fois contournées haine et bêtise, les pensées pertinentes ne manquent pas. Dans leurs emballages de papier, je saisis plus volontiers les mots qui me conviennent, comme ceux de Julia De Funès qui aime « penser sans bannière » : 
« Refuser la moralisation facile, la soumission technocratique, l’individualisme forcené, l’absurdité normative et le clanisme de la pensée… »
Même pour proclamer notre liberté, faire valoir notre indépendance, nous suivons les autres par machines interposées ou main sur l’épaule (de géants).
Combien s’accordent à déplorer la destruction du monde alors que tant d’autres s’appliquent à le dévaster ? L’acharnement de nos parlementaires à ne pas voir les déficits est un signe d’une déliquescence de nos civilisations proclamée depuis des millénaires. 
Submergé de grands mots tambourinant dans le vide, bien difficile de percevoir des pensées optimistes,  d'avoir connaissance  d'actes responsables.  
Les organisations politiques en phase de putréfaction, telles Gribouille, poussent à une dissolution qui les diluerait. Ces péripéties ne gagnent pas en dignité à s’accumuler dans notre sac à dos qu’on prendrait pour un parachute avant de sauter de la falaise.  
« La terre pressée de se jeter à l’eau trébucha et ce fut la falaise. » 
Sylvain Tesson

vendredi 7 novembre 2025

La gauche contre le peuple. Front Populaire n° 22.

Si je ne lisais que ce qui me convient, il y a longtemps que j’aurais résilié mon abonnement au journal « Le Monde » et je n’aurai pas dépensé une nouvelle fois 15,90 € pour la publication d’un Michel Onfray complaisant avec la très contestable Sahra Wagenknecht ancienne de Di Linke qui a créé un parti à son nom, présentée comme l’enfant de Jaurès et de Gaulle … 
Concernant la gauche, je garderai toujours « au cœur, une plaie ouverte ! » et l’éternelle question du « peuple » continue à m’interroger, donc je suis allé revoir cette revue.
Pour avoir suivi Chevènement, dont la trajectoire est rappelée dans ce numéro, ne me comptez plus dans le camp souverainiste, fut-il « d’ailleurs ou de nulle part ». 
«  Je suis toujours de gauche mais pas de celle qui a pris sa place sous le même nom ».
Je me retrouve dans la prose fleurie d’Eric Naulleau lorsqu’il distingue gauche et gôche qui a « troqué la laïcité contre l’islamisme, l’universalisme contre le communautarisme, la Résistance contre l’antisémitisme, le prolétariat contre le trans, Victor Hugo contre Rima Hassan… » 
J’ai trouvé quelques articles ardus, ils s’annonçaient pourtant attractifs : « On ne combattra pas le racisme en parlant de races » voire «  l’anatomie du phénomène « woke ». 
« La liberté pourrait ressembler à la définition négative qu’en donne Spinoza comme « intellection de la nécessité » c'est-à-dire comme connaissance de nos déterminations. 
Le comprendre, c’est se donner une petite chance de composer intelligemment avec le réel. » 
Pas vraiment limpides, ni très populaires, ces références dans un article destiné à différencier le vrai du faux quant aux rapports de la gauche avec la nature, les lumières, le nationalisme…Pierre André Taguieff m’a paru également difficile à suivre. Décidément, mon niveau baisse!
« Nombreux sont les auteurs qui attendent le salut de la traduction transculturelle et qui prennent leurs désirs redéfinitionnels, accouchant d’images, d’analogies ou de métaphores vagues, pour des réalités ou des inventions conceptuelles. » 
A l’instar d’Eric Satie qui claironnait : « Moi, pour la modestie, je ne crains personne »,
en tant qu’abuseur de métaphores, je ne vois pourtant pas où il veut en venir.
Michéa me semblait plutôt lisible, par contre le commentaire à lui consacré, en tant que « paradigme », ne clarifie pas un positionnement original.  
Les présentations de livres recommandés donnent envie d’aller plus loin, mais la pile impressionne: «  La philosophie devenue folle », «  La diversité contre l’égalité »,  «  Penser le conservatisme de gauche », «  Critique de la raison coloniale », « L’ère de la post vérité » « Un autre Rousseau »…  
Cependant pour contrer la police de la pensée, George Orwell, Philip Roth, Gustave Flaubert… en condensé, sont heureusement convoqués avec quelques déconstructrices de déconstructeurs : Laure Murat, Tania de Montaigne ou Belinda Cannone.

vendredi 31 octobre 2025

Témoin.

La répétition de la plaisanterie consistant à confier son impression de visiter un appartement témoin lorsqu’on circule dans les allées d’un cimetière, a perdu de son sel, même en temps de Toussaint. 
Cependant le boomer, génération B, ne va pas s’excuser, comme à chaque fois, de s’exprimer avant de tartiner autour de l’expression « destruction créatrice » apparue dans les débats depuis l’attribution du prix Nobel d’économie. 
Celle-ci vaut pour bien des processus en œuvre tout au long de notre vie. 
« Avec le temps
Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie le visage, et l'on oublie la voix »
 
Et c’est pas triste.
La génération Z s’est mobilisée au Maroc, à Madagascar, au Kenya, au Pérou, au Népal, au Sri-Lanka, au Bangladesh, en Indonésie, aux Philippines, en Serbie…
Elle ne cherche pas à casser, simplement à pousser hors champ la vieille génération, comme celle des septuagénaires de chez nous, prônant la retraite à 60 ans, sans se mettre en retrait.
Notre terre surpeuplée se débarrasserait volontiers de quelques surnuméraires et pas seulement symboliquement, à juger par la multiplication massive des destructeurs.
Les habitants de la planète et la planète sont dans un sale état.
Lu dans "Le Monde": 16 000 femmes tigréennes ont témoigné d’avoir été violées par des soldats érythréens qui ont introduit des clous, des lames de rasoir dans leurs vagins, voire un serpent mort pour l’une d’elle.
Voilà de quoi pulvériser toute idée positive de notre prochain et, par rebond, mépriser les angéliques ne voulant pas voir les méchants. 
Je fus de cette niaise catégorie et, comme bien des braconniers devenus garde-chasse, je crains désormais de manquer de couleurs pastels dans ma trousse.
C’est peut être par contraste que les faire-part de naissance me ravissent.
Tout le monde s'attendrit, les bébés sont épargnés par les tablettes pour un bref instant. 
Nous sous-traitons nos mémoires comme nous confions nos enfants et nos vieux à d’autres, tout en ramenant tous nos émois à soi. 
Les craintes vis-à-vis des progrès fulgurants de l’Intelligence Artificielle proviennent de nos intelligences paresseuses, humaines trop humaines, qui n’ont présentement guère donné un visage aimable à notre monde. 
Par rapport aux malheurs dont la compilation pourrait envahir l’écran dans sa totalité, 
toute autre remarque sera aussi dérisoire qu’un doigt d’honneur entre politiques et journalistes.
Dans un environnement anxiogène, les médias en rajoutent une couche.
Ainsi, entendu à la radio : après un nouveau congé de naissance qui permet de mieux rémunérer les parents, le journaliste après avoir interrogé une présidente d’association satisfaite de la mesure, a cru bon d’ajouter, alors qu’il avait essayé d’extirper en vain une critique :  
« Eh ben, c’est pas avec ça qu’on va réarmer la natalité ! » 
Si comme souvent, l’opinion avait été défavorable, il se serait abstenu d’apporter un avis contraire.
Tout aussi anodin paraitra ce soupir concernant l’école que j’ai connue, avant que le harcèlement devienne sujet principal, alors que la question du statut des directeurs revient sur le tapis. Jadis opposé aux « maîtres directeurs », je regrette de voir une certaine complicité des adjoints envers l’émergence d’un échelon hiérarchique qui aura tendance à déresponsabiliser maîtresses et maîtres.
Mais c’est comme ça ; les générations X, Y, Z ont d’autres tchats à fouetter. 
« Les hommes se regardent de trop près pour se voir tels qu'ils sont. 
Ils sont toujours d'eux-mêmes des témoins infidèles et des juges corrompus. » 
Montesquieu

vendredi 24 octobre 2025

Le Postillon. N°78. Automne 2025.

Le journal saisonnier penché au dessus de la cuvette Grenobloise lance quelques fléchettes de plus à Piolle et Véran, cibles familières, et crache comme d’habitude dans la soupe tech.
Mais après une pause due justement au côté répétitif de leur technophobie, je dois reconnaître que leur méfiance salutaire est parfaitement illustrée dans cette livraison. 
La rencontre avec une jeune femme travaillant dans le département RSE, Responsabilité Sociétale d’une Entreprise, est poignante, témoignant de nos positions schizophréniques autour du numérique, surtout quand on y travaille. Visiblement en détresse, réfugiée derrière une multitude d’écrans, elle participe à la com’ mensongère de son entreprise, assistant au truandage de l’achat de quotas carbone à des petites entreprises.
C’est alors que la tentative de tout arrêter survient mais des appels à « quitter les réseaux sociaux », à éloigner les supercalculateurs financés par les Emirats Arabes Unis ,ou « débrancher l’IA » paraissent bien vains même si la vitesse de l’expansion de l’Intelligence Artificielle impressionne et inquiète.
Le retour critique d’une militante regrettant la mise à l’écart de sympathisants de « Bloquons tout » par des politiquement corrects explique pour une part l’échec d’une mobilisation restée dans l’entre-soi.  
Un mathématicien, qui a décidé de « relever la tête du guidon connecté », apporte des arguments aux chapitres les plus convaincants du journal lorsqu’il met en évidence les hypocrisies d’un monde se payant de mots, comme lors d’une conférence en « visio » intitulée « Ecrans quels effets sur la santé ? » comparée à 
« un atelier pour diabétiques autour d’un bol de fraises Tagada ».
Parmi les trois têtes d’affiche en vue des municipales issues de « l’éco système de la tech’ » deux d’entre elles ont droit à leur portrait, mais je pense que Pierre Edouard Cardinal directeur de Minatec du côté de « Retrouver Grenoble », ne manquera pas d’être habillé dans le numéro de cet hiver. 
Romain Gentil en bonne place sur la liste  « Grenoble capitale citoyenne » se trouve être responsable d’une start up qui prélevait un pourcentage auprès de jeunes sur les aides financières obtenues grâce à leurs conseils et qui maintenant offre à des banques en ligne des moyens pour fidéliser leurs clients. 
Laurence Ruffin, tête de liste de «  l’Union de la gauche écologiste et citoyenne », dirige la Scop Alma créatrice des logiciels destinés à « optimiser les processus de fabrication » dans « les systèmes de découpe en tôlerie et soudage robotisé » autrement dit en langage« Postillon » :  
« des logiciels pour que les fabricants de bagnoles, d’avions, de tanks, de tractopelles ou de plateformes pétrolières se passent de plus en plus des humains et augmentent leurs bénéfices » 
en toute « gouvernance partagée ».
Leur critique de l’hydro-électricité à cause des travaux envisagés dans le Drac me semble bien dérisoire, quand par ailleurs ces anti-nucléaires peuvent aussi faire la fine bouche à propos des panneaux photovoltaïques et sans doutes des éoliennes.   
Je partage par contre  leur perplexité face à un rapport complaisant concernant les responsabilités des sociétés qui exploitaient la carrière de la Rivière dans l’éboulement de juillet 2024.
Les pages centrales faisant part de réflexions de passants à propos de l’abstention autour de l’école Jean Paul Marat à Echirolles, où le taux de participation n'avait pas atteint les 20%  aux dernières municipales, sont honnêtes et éclairantes : « ça veut dire quoi l’abstention déjà ? » 
Le reportage dans le Sud Grésivaudan où poussent 600 000 noyers fait le tour de la question des effets des pesticides répandus par les nuciculteurs dans leurs noyeraies en faisant part d’avis contradictoires bien que «  Le surnom de vallée de la mort n’est confirmé par aucune étude scientifique. » Pas facile de prévenir avant de guérir les cancers du sein nombreux à l'ombre des noyers. 
A la recherche de nouvelles heureuses, autant inventer que Raphaël Quenard aurait intégré Sinsemilia.

vendredi 17 octobre 2025

Le courlis à bec grêle.

 « Les temps sont difficiles », formule chantée à toute époque, vaut pour la nôtre, 
bien qu’une fillette afghane ait plus de raisons de le penser que le boomer lambda d'ici bas.
La tolérance se tait, la générosité se porte mal, étouffées par la bienveillance,  
Submergé d’images, je barbote à chaque ligne dans les métaphores incapables de masquer la cruauté des heures.
Le déclin du septuagénaire se met en scène sur fond de catastrophe planétaire avec craquements de glaciers et disparition du courlis à bec grêle. 
Les bras nous en tombent, notre audition défaille, notre vue se brouille.
Pendant nos lamentations, les grandes gueules, les sans scrupules arrivent à leur fin plus efficacement que le camp du Bien, dans lequel chacun croit avoir élu domicile, accablé de mièvreries contre-productives.
Trump a bien joué à Gaza : les palestiniens et les otages sont soulagés, momentanément.
La brutalité a été reconnue aux pays des brutes.
Le Hamas par ses crimes avait permis de remettre dans l’actualité la situation désespérante de leurs concitoyens, les Israéliens par leur réaction démesurée ont attiré l’opprobre mondiale.
La reconnaissance d’un état palestinien est advenue permettant une pause.
Tout le monde aspire au silence des canons et fabrique des armes. 
Chaque parti, ailleurs et dans les parages, appelle au compromis mais reste campé sur ses positions. Nous déplorons l’arrogance transpirant dans bien des débats, mais n'accordons aucun crédit à ceux qui ne sont pas d’accord avec nous. Les élites en toutes matières jugées méprisantes sont méprisées.
Le niveau des politiques nous navre autant que le conformisme de bien des commentateurs; on se sent bien bête. Pourtant les performances techniques de notre époque nous époustouflent et augmentent nos capacités cognitives : nous savons plus de choses que nos parents et nos enfants sont plus agiles que nous.
Nous nous accordons bien volontiers de nos imperfections, ne pourrait-il en être de même face aux défauts de nos semblables ?  
J'aime l'expression: « la destruction créative». Toute activité humaine génère des déchets : si l’on veut recycler correctement, ce présupposé élémentaire s’impose dans notre univers imparfait.
Par ailleurs, nous serions devenus trop propres, parait-il, même nous les français réputés pour notre manque d’hygiène, ce dont on peut douter en voyant l’état des rues d'une certaine ville près de chez nous.
Nous nous heurtons aux échelles : très bavards sur les conflits lointains, nous ne voyons pas nos proches qui souffrent. 
Les catégories générales, amples, se prêtant aux grands mots définitifs, mentionnant par exemple « l’auto anéantissement » de l’espèce humaine, retiennent plus facilement les motifs hauts en dramaturgie de la « pulsion de mort » plutôt que « pulsion de vie » même quand un rescapé sort de sous les décombres.
De dérisoires anecdotes peuvent nous distraire : la mémoire des personnalités gisant au Panthéon avaient d’autres choses à subir que la proposition de dégenrer la formule figurant au dessus de leur tête «  Aux grands Hommes la patrie reconnaissante ». Une illustration de plus de l’expression « discuter du sexe des anges » qui occupait les conversations du temps de Byzance assiégée par les Turcs.
Sans adhérer à une vision cartoonesque de notre planète représentée comme une Déesse, j’en arrive pourtant à confondre les dérèglements du climat avec l’abaissement du niveau de nos débats hexagonaux inévitablement négatifs.
En effet, concernant les nominations de ministres, quelles autres solutions s’offraient pour éviter de céder aux manœuvres des extrêmes soutenues par un climat de dénigrement venu de loin ? Bravo Lecornu.  
« C’est purement négatif de toujours remettre tout en cause, 
c’est, en somme, la marque des faibles, des incapables. » 
Charles de Gaulle

vendredi 3 octobre 2025

Quatre pieds.

Difficile de ne pas s’improviser psychologue lorsque le diagnostic de la folie se confirme chaque jour avec
 le président américain et ses grossières paroles pour nier le réchauffement climatique, alors que la planète suffoque. Son nez clignotant nous aveugle, la déraison a gagné le monde entier.
Plus près de chez nous, même si la tonalité crépusculaire persiste, Jean Louis Bourlanges offre un raccourci pertinent sur l’évolution du paysage politique : 
« Jadis la droite incarnait la fidélité, la gauche la justice, le centre la concorde et la modération. Aujourd’hui, la gauche incarne le ressentiment, la droite la crainte et l’exclusion, et le centre est devenu l’arbitre récusé des divisions nationales et des passions inconciliables. » 
Le contexte concernant les affaires publiques à défaut de faire battre les cœurs, nous tape sur les nerfs. 
L’Europe pas plus que la France n’est un monolithe mais elle se trouve minée de l’intérieur.
La Hongrie illibérale, l’Italie gouvernée par l’extrême droite nous accoutument à l’idée d’une victoire de leurs amis cheminant à couvert sous les braillements d'en face vers qui tous les micros clonés se tendent. Farage gagne des parts de marché, l’AFD progresse et tous les sondages donnent le RN en tête. Grande-Bretagne, Allemagne, France : l’Occident n’est pas menacé seulement par la Russie revancharde, la Chine vigoureuse, ni par les duperies de Trump.
Les institutions se paralysent, les réformes pour une meilleure efficacité de l’Etat réclamée par ceux qui l’entravent sont ajournées.
Chaque camp, en mode intermittent, souhaite une justice indépendante au gré des condamnations jugées trop clémentes ou trop sévères alors qu'il est sain de confirmer que la loi s’applique à chacun sans distinction. Ce qui n'empêche pas de regretter par ailleurs une judiciarisation à l'américaine où l'empilement des recours entrave l'action publique.  
Depuis le temps que les tables sont à « renverser », d’après des commentateurs paresseux, elles doivent se retrouver remises sur leurs quatre pieds.
Tout le monde appelle au dialogue, au compromis, mais les mêmes chérissent ultimatums et lignes rouges. Il ne reste qu’à prier quelques dieux républicains, auxquels on ne croit guère, pour non plus « changer la vie » mais boucler un budget.
Nous chérissons nos ennemis quand ils sont caricaturaux et certains écologistes n’ont pas besoin des falsifications de l’intelligence artificielle pour être ridicules. Mais la colère à l’encontre des lanceurs d’alerte et des porteurs de solutions est folle : nous avons besoin d’éoliennes et de panneaux solaires pour compléter les centrales nucléaires.
Après l'assassinat d'un influenceur conservateur sur un campus américain, un sondage auprès des étudiants indique qu'un tiers d'entre eux estime légitime d'employer le violence afin de faire taire un orateur: y a-t-il un démocrate dans la salle? 
L'intolérance croit à mesure que l'incertitude apparait à l'horizon.  
Je préfère m’extraire de ces méli-mélodramatiques en savourant une victoire de l’OM contre le PSG et oublier pendant deux heures le tourbillon des algorithmes menant à une terre plate. 
 « Mon exigence pour la vérité m'a elle-même enseigné la beauté du compromis. » Gandhi 

mardi 23 septembre 2025

Champs de bataille. Inès Léraud Pierre Van Hove.

J’avais évoqué avant de l’avoir lue cette bande dessinée, 
réalisée par les auteurs d’ « Algues vertes » qui avaient déjà mis en lumière, au-delà du scandale écologique, une puissante omerta bretonne. 
Avec cet album documenté il s’agit plutôt du récit d’une histoire ancienne vue comme un « démembrement » accompagnant une mutation des campagnes sous le nom officiel de « remembrement ».
Les témoignages recueillis apportent, par leur variété, des nuances à la nostalgie d’une campagne de chemin creux peuplée de chants d’oiseaux. Qui vivrait aujourd’hui avec des parcelles où il faut sans cesse faire demi-tour avec la charrue, où l’hiver les sentiers sont impraticables ?
Pour évoquer la complexité des enjeux, le choix de retenir les remords d’Edgard Pisani, acteur majeur de la modernisation des campagnes, me semble judicieux, comme le revirement de l’ingénieur agronome René Dumont, premier candidat écologiste en 1974 qui disait après guerre : 
« Pour produire le maximum, il faut disposer de grandes quantités d’engrais ; de variétés de plantes et d’animaux perfectionnés ; de ressources en énergie surabondantes actionnant de puissantes machines. » 
Retrouver François Mitterrand en ministre de l’intérieur, ne manque pas de sel, lorsqu’il justifie le maintien des CRS pendant deux ans et demi dans un village breton refusant des tracés bureaucratiques, l’arrachage des arbres, s’élevant contre les accapareurs … 
« L’administration s’est heurtée à l’opposition d’éléments peu soucieux de l’intérêt général ni même de leur propre intérêt bien compris. » 
La parole est donnée aussi à ceux qui ont travaillé au « génie rural » ou dans les cabinets de géomètres, voire en tant que conducteurs de bulldozer. Ces paysans présentés souvent comme conservateurs se sont adaptés au gré des orientations dictées par des hauts fonctionnaires. La corporation organisée du temps du régime de Vichy finalement pas si « tradi » que ça, a maintenu un puissant pouvoir sous appellation syndicale et coopérative bien loin de l’origine de ces mots fraternels.
La distance entre ville et campagne s’accentue. 
Elle aurait pu être atténuée - facile à dire après les batailles - si les échanges de parcelles s’étaient faits à l’amiable entre voisins responsables. 
Je crains que l’aversion envers les agents arracheurs de haies soit la même que celle qui s’exerce contre les personnels de l’Office français de la biodiversité prônant le replantage des haies.

vendredi 19 septembre 2025

Intelligence Artificielle.

Vieux reste d’une jeunesse passée à s’esbaudir devant la moindre nouveauté, le sujet de l’Intelligence Artificielle m’interpelle lorsque, ancien enseignant, je persiste à voir dans l’ordinateur un outil patient, relevant le défi de l’individualisation des apprentissages.
Je cède à l'envie d’ajouter « Pour les trajets courts privilégier le vélo ou la marche à pied » comme  à la fin des pubs de SUV façon de nuancer sur un terrain où prudence et objections sont des  terres rares.
Dans une école qui a dégradé la place de la rédaction, les robots conversationnels peuvent relever le niveau, à condition de cultiver en « présentiel », altérité et quant à soi mâtiné d’auto critique. Le développement de l’oral permettra de détecter toute tricherie.
Derrière chaque écran solitaire sous pseudo aux liens de pacotille, l’individu a supplanté le collectif. Alors que la subjectivité, les passions chauffent les débats, l’IA serait-elle du côté de la raison, de l’humain, contre la bestialité ?
Les machines ne nous ont pas fait perdre la tête : l’obsession de désigner des boucs émissaires pour nous exempter de nos responsabilités n’a pas attendu l’Intelligence Artificielle, fruit du travail des hommes.
Les rumeurs, la grande peur de 1789 ont fait bien des ravages et amené des avantages, bien avant les réseaux.
Il est facile de jouer avec les mots et déplorer la bêtise humaine tellement humaine en regard de l'intelligence des machines.
Nos impuissances face aux défis environnementaux, démographiques, politiques, génèrent des conduites suicidaires poussant leurs feux sur toute l’étendue de notre planète, ensevelissant ses habitants sous les gravats à Gaza, en Ukraine, au Soudan.
Dans l’Aude, une dame a péri dans l’incendie de sa maison qu’elle avait refusé de quitter.
Le grand jour de blocage, attendu avec gourmandise par les médias, n’a pas bloqué grand-chose. Certains font profession de bloqueurs, d’autres de travailleurs, certains construisent d’autres détruisent.
Les haines anonymes des réseaux virtuels s’auto allumant ont eu beau crier à l’air libre, leur manque de cohérence était criant dans une période déjà suffisamment déraisonnable. 
Sur les banderoles protestataires, « solidarité » s’inscrit évidemment, mais ne demandez pas d’efforts pour la collectivité aux porteurs. Il y a tant de sébiles tendues que depuis longtemps les investissements à long terme ne sont pas possibles. Quant aux drapeaux tricolores, ils ne trouveront plus personne pour les brandir sur les champs de bataille.
La dissolution d’où viendrait tout le mal était réclamée à corps et à cris par tous ceux qui déplorent aujourd’hui cette décision ; ils en redemandent à nouveau une autre.
Les renoncements, les compromis, des ententes n’apaisent guère ceux qui estiment que la rue vaut mieux que les urnes dans un monde où la force prime sur le droit. La « Meute » qui suit Chantal Mouffe théoricienne du populisme reconnaîtra son Méluche, les autres leur Donald.
Et ce n’est pas la peine de leur expliquer que la nomination d’un premier ministre est une prérogative du Président de la République.
L’abandon de l’aéroport de Notre Dame des Landes n’a pas donné lieu à plus de remerciements de la part des écologistes que l’aide de la France envers le Mali.
Le recours à la violence des zadistes avait eu plus de poids là bas qu’un référendum local qui s’était prononcé en sens contraire. Présenté comme remède miracle, le Référendum d’Initiative Citoyenne avait pourtant été ajouté dans la corbeille des Gilets jaunes mobilisés au départ sur des problèmes de taxe carbone. Les cocktails des blacks bloqueurs leur avaient permis d’obtenir bien plus que les syndicats seuls. Et c’est ainsi que « quoi qu’il en coûte » coûta.
Si des influenceuses se gonflent au Botox, moi ce sont les beaux textes sous forme concentrée cette fois qui boursouflent mes textes : 
« L'injustice appelle l'injustice ; la violence engendre la violence. » 
Lacordaire fera l'affaire pour un fond d'assiette à souvenirs de Palavas-les-Flots.  
Le wokisme a boosté le trumpisme, les extrêmes ont prospéré au détriment du centre, les masculinistes sont nés de la cuisse des féministes les plus radicales. Les woke reprendront du poil de la bête avec les excès MAGA, les extrémistes se modèreront (peut être) au contact du pouvoir, quelques caresses et bien des durs s’adouciront. 

vendredi 12 septembre 2025

Colonisations. Front populaire.

La revue de Michel Onfray fournit une matière riche à un débat souvent escamoté sous des positions sommaires et irréconciliables où « repentance », « indépendance » dansent et que « soumission » et « insurrection » font impression.
Le philosophe a le sens de la formule et porte le fer dans la plaie lors de son édito traitant des empires.  
«  La France ne sait pas démanteler un point de deal à saint Ouen […] mais elle a la prétention de croire qu’elle pourrait entrer frontalement en guerre contre Moscou. »
Si la dénonciation des faiblesses de l’Europe est davantage documentée que des propositions de la part des souverainistes, les dernières lignes de la livraison de ces vacances 2025 à propos  de «  Vendredi ou les limbes du Pacifique » de Michel Tournier laissent une impression raisonnable et sensible.  
« … au lecteur de repenser, à la lumière de cet hymne à l’univers, érotique et solaire, les codes et les critères qui sont les siens, dans notre monde civilisé. » 
Une bibliographie claire, « Au temps des colonies », caractérise Fanon, Césaire, Senghor, Glissant dans leurs apports divers, mais aussi Gide, Conrad, Vuillard, Daoud… dont des citations vont enrichir divers articles de ces 160 pages copieuses traitant
- de la « rente mémorielle » algérienne,
- de l’instrumentalisation anti-coloniale et anti-raciste aux racines de l’antisionisme,
- mais aussi de la colonisation des esprits avec les partis pris de Wikipédia
- et l’emprise numérique en général
- ou lorsque le marché infiltre l’Etat.
Montaigne a sa place dans la généalogie de l’idée décoloniale :  
« Chacun appelle barbarie ce qui n’est pas de son usage. » 
Quelques mises au point sont nécessaires pour infirmer l’idée que la colonisation serait un projet spécifiquement européen et essayer de clarifier la notion d’ingérence. 
« Sur le plan commercial, ce sont les acteurs privés qui se sont enrichis véritablement. »
Les affects ne sont pas oubliés et la question se pose : «  L’histoire est-elle morale ? ».
La description de l’évolution de l’idée de décolonisation des années 50 à nos jours est stimulante en mettant en cause l’idée d’un universalisme européocentré porteur par ailleurs des idées d’émancipation.
Avec le recul des raisons cachées se révèlent: 
« De Gaulle veut passer l’éponge, amnésie, amnistie, coopération […] est-ce la contrepartie de la jouissance de droits pétroliers et stratégiques négociés au Sahara pour quelques années ? »  
Hors de la thématique centrale, la revue trimestrielle participe aux débats tendances du moment à propos de l’héritage, de la GPA, des ZFE, des retraites… des terroirs à réenraciner et développer technologiquement… avec des recommandations d’autres lectures dont un alléchant : « Face à l’obscurantisme woke » visant à « déconstruire la déconstruction ».

vendredi 5 septembre 2025

Travail.

Suivant la cadence commune, je reprends mes exercices d’écriture depuis ma retraite oisive ... pour vanter le travail.
Loisirs. 
Il fut question cette saison dans les estives, d’un « sur-tourisme » pour lequel chaque indigné rejoue l’effroi des aristocrates voyant débarquer les congés payés en 1936. 
Aucun coin de notre planète surpeuplée n’est épargné par ce phénomène. A cet égard, me revient un souvenir lors d’une cérémonie en Ethiopie, où spectateurs d’un moment rare, nous avions donné le spectacle ridicule de rivalités d’Européens à ceux que nous étions venus photographier. 
Vacances. 
En ce mois de septembre 2025, la reprise du travail s’apparente pour certains à une prolongation des congés, puisque toute activité est appelée à s’arrêter dès la reprise de leurs fonctions.
Le mouvement « Bloquons tout » se situe si loin d’ « on arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste » des rêveurs de l’an 01 des années 70, dont Doillon avait fait un film. 
La version 2025 se dispense de réfléchir et de sourire.
Le travail n’a plus de valeur, pourtant en sa décrépitude, fournit un sujet marqueur générationnel.
Il n’y a pas crise du recrutement seulement chez les enseignants de mon pays.
Au moment de reprendre nos ouvrages d'élèves et de Maître, j’aimais tant ce moment de la rentrée des classes, porteur de toutes les promesses, 
mais je sais aussi que l’emploi du temps de certains profs sera apprécié d’abord selon le calendrier des week-ends et des vacances.
Toute modification du tempo, dans le domaine scolaire ou ailleurs devient difficile. 
Voir le tollé à l’annonce de la suppression de deux jours de congé.Toute mesure nouvelle est condamnée bien qu’aucune solution de remplacement ne soit proposée.
Et Rome n’est plus dans Rome, quand des écolos s’opposent à une nouvelle ligne de train, à des installations d’éoliennes ou de panneaux solaires. « Wokistes » et autres «canceleurs» ont accéléré la victoire du plus ringard des machos et préparent la victoire de leurs ennemis. Les réacs arrivent dans les wagons des plus progressistes qui savonnent depuis longtemps la planche des modérés. 
Ah que de pleurs sur des mesures disparues qu’ils n’avaient jamais saluées ! 
Au moment du « quoi qu'il en coûte» qui a dit qu'il ne fallait pas ?
Dette, guerre, réchauffement ne sont guère contrariés par les sourds assourdissants, 
ce serait même le contraire.  
Epidémies de congés maladies et « burn-out », bien que le temps de travail en France a diminué dans les trente dernières années (en 1990 :1814 heures annuelles, 1600 en 2023).
Le foot offre une fois encore une lecture facile des évolutions quand la perte de l’amour d’une équipe par ses joueurs s’avère proportionnelle à l’hystérie chauvine des supporters. 
De même, l’anonymat de directions d’entreprises financiarisées peut atteindre la fierté d’appartenance à une boite.
Le sens de bien des métiers se brouille sous les normes. Les pertes de responsabilités diminuent le zèle, la conscience professionnelle fout le camp. 
Les vieux se désolent, les jeunes s’en balek. 
« Tout salaire mérite travail. »Yvon Gattaz
Les médias aiment vanter la reconversion d’un ingénieur dans la boulangerie ou d’un traider devenu jardinier, métiers méprisés au moment de l'orientation .
Le caractère exceptionnel de ces révélations tardives tranche avec la raréfaction de la conscience professionnelle et l’effacement de la fierté de participer à une œuvre commune. 
« Les pilotes de ligne déposent un préavis de travail. » Les Nuls. 

vendredi 27 juin 2025

Vacances.

Pour conclure ma saison d’écriture avant de reprendre en septembre, voici quelques mots assemblés en piles encore plus disparates que d’habitude.
Cette citation de Charles Lévêque, placée en introduction, devrait convenir à ma fidèle commentatrice, que je remercie:
« Au milieu du fracas des villes qui tombent et des temples qui s’écroulent,
la voix lointaine des muses grecques est encore entendue. »
Dans l'arsenal de nos mots, celui de « folie » parait insuffisant pour qualifier ceux qui abiment notre humanité, alors que nos colères vis-à-vis des énervés d’en face s'avèrent contre-productives. En même temps l'absence d'idées neuves et de propositions, participe à notre impuissance.
Si bien que pour rester au niveau des anecdotes, pour nous éloigner d'enjeux qui nous dépassent tellement,  je picore.
- Rythmes. 
Une responsable du syndicat enseignant SNUipp-FSU craint que la convention citoyenne sur les temps de l’enfant fasse du « prof bashing ». Cette réaction défensive souligne l’anémie des représentants de la profession qui en dehors des rituels concernant les moyens apparaissent bien peu dans les débats concernant une école en souffrance. 
Les paysans, victimes de l’ « agribashing », ne se cachent pas sous les bâches, et même s’ils utilisent des méthodes contestables pour des retours en arrière dangereux, ils ne baissent pas la tête.
Comment penser que des rectifications, ne parlons pas de réformes, soient possibles, quand la confiance envers les valeurs des apprentissages s’effrite avant que ne commencent les débats ? Les woke n’aiment guère le work. 
Mes rabâchages deviennent de  plus en plus vains ... mais pourtant : 
«  L’école est devenue essentiellement une activité entre deux week-ends. »
- Sortie. 
Revient sur mon clavier, de ne je sais plus de quelle anticléricale source, la perfidie ci-dessous attribuée à une religieuse qui assistait aux accouchements : 
«  Ha ! Ça vous fait mal quand ça sort, ça vous faisait moins mal quand ça rentrait ».
Les maternités d’autrefois n’étaient pas au chômage. 
A l’autre extrémité de la vie, où du personnel palie, sommes nous devenus plus forts quand il s’agit de quitter un monde sans promesse de paradis ?
Les débats sur la fin de vie ont été moins vifs que ceux qui concernaient l’avortement, mais si la mort montre sa dentition sur les T-shirts, elle me parait niée par certains aveugles qui ne voient pas davantage les faiblesses humaines, leurs faiblesses, donc leur finitude.
- Coupables. 
Les traits de notre civilisation se dessinent sous forme de selfies alors que les expressions personnelles en dehors des émoticônes se raréfient.
Chacun disserte sur les solutions au problème palestinien, mais plus grand monde n’ose dire "non" dans le cercle où nos responsabilités peuvent s’exercer. Trump ne risque pas de trembler devant l’indignation du narvalo de service, mais qui interdira à bébé de s’emparer du téléphone paternel ?  
Pendant l’isolement dû au COVID, l’idée d’un « monde nouveau », souriant, fraternel, était apparue. Le monde n’a jamais été aussi violent, les aéroports si fréquentés.
Dans les balancements entre individus et société, « les autres » source de peur et de mépris sont désignés comme responsables. « Ils » sont coupables : la troisième personne passe au premier rang sur le banc des accusés ou Moimoi juge est parti.
L’essentialisation devient habituelle, on parle en général pour éviter les remises en causes intimes. Les tatouages les plus grotesques sont exhibés, mais c’est ailleurs et loin dans le  temps, qu’on va chercher les petites bêtes en ne voulant pas voir le mammouth qui décongèle grave dans le magasin planétaire où il a écrasé quelques porcelaines précieuses.
En guise de conclusion au sourire crispé : à portée de bicyclette, les humanistes grenoblois partisans du pardon de pêchés n’accordent aucune indulgence à un ancien maire alors que les malversations du nouveau ne les scandalisent guère, pourtant Piolle a énervé tant de monde que les mois pré électoraux à venir risquent d’être agités… après les vacances.  
« La vacance des grandes valeurs n'enlève rien à la valeur des grandes vacances. » 
Henri Weber
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Demain en guise de post-scriptum, je publierai quelques lignes à propos 
d'« Un été avec Alexandre Dumas » par Jean - Christophe Rufin. 
Doux été ! à toutes mes lectrices et à tous mes lecteurs.