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vendredi 16 octobre 2026

Le Postillon. N°82. Automne 2026.

Le journal garanti avec 0,001 % d’IA consacre de nombreuses pages forcément critiques, voire hostiles à la « super intelligence » mais documentées, y compris par des informaticiens soucieux de « relever la tête du guidon connecté ».
Les chercheurs ne peuvent plus suivre les publications scientifiques facilitées par les robots rédactionnels ; l’IA lit les productions, les pille. 
Le sujet  pointu d’une thèse iconoclaste consacrée à une « désescalade numérique depuis les laboratoires d’informatique » invalidée par l’Université, accusant les contestataires « d’ingérence étrangère », révèle cependant des contradictions stimulantes.
Les rédacteurs du « Postillon », technophobes anonymes, confrontés pour leur entreprise à la facturation électronique ne pouvaient qu’en souligner les inconvénients.
Le lac de Paladru occupe la une : «  Les rentiers de l’an 2000 » pour dénoncer la gestion par une SCI du cinquième lac naturel de France. A la suite du labourage d’un accès à l'eau du côté de Bilieu par le maire de la commune « pour chasser les pauvres », les arguments des riverains ne sont guère développés alors que les incivilités suivent une fréquentation exponentielle. 
Le procureur de la République dans l'affaire de l'effondrement de La Rivière a beau avoir été agacé « par la privatisation des bénéfices et la collectivisation du risque» les exploitants de la carrière mis en cause s'en sortent bien, alors que les services de l'état peuvent être mis en cause également.
Le sujet consacré aux gens du voyage fait le point sur la promesse de la Métro, remontant à 10 ans, d’aménager une aire de grands passage qui éviterait les occupations sauvages.
Entre 2018 et 2024 en Isère « 29% des places prescrites par la loi ont été réalisées » aucune dans l’Aglo, la Savoie en avait réalisé 65%. 
De la sortie du club privé « Couleur café » à sa non ouverture, une promenade de 24h dans la rue Chenoise nous fait apercevoir quelques personnages souvent abimés croisés dans une des plus anciennes rues de Grenoble , mais comme le rappelle un livre aperçu lors des ces bavardages :« l’or dans les fêlures » leur va bien ».
Les facétieux ont annoncé une carte des coins à champignons : Egirolles, Coublemelle, Vesse de loup en Vercors… et surfant sur l’invention de « skis électriques » ont imaginé des tongs à assistance électrique, ainsi que du PQ, et même un tee-shirt à chatouilles pour éviter de fâcher les auteurs de blagues qui ne font pas rire.
Une brève évoque le concert interrompu de Barbara Butch pour conclure sur « sa musique de merde ». Mon tee shirt à chatouilles a connu un bug !

vendredi 9 octobre 2026

Adultes.

Rome ne semble plus dans Rome.
Les adultes ont déserté le bureau ovale et toute autorité des grandes personnes n’est plus de mise.
Il ne reste que des victimes de l’Europe, des étrangers, de Trump, de Macron, des woke et des curés, ou alors des coupables du pillage de la planète, de la colonisation, des souffrances des femmes et des enfants … mais pas responsables.
Où est le pouvoir ?
Depuis que son effigie a été brûlée sur les ronds-points, le locataire de l’Élysée, garde encore sa fonction de bouc émissaire, mais ne fait plus le poids. La démocratie dont la légitimité des élus a été attaquée dès leur élection, s'abime. L’Assemblée bordélisée est paralysée, Bercy aux paniers percés, inaudible. Les princes ne gouvernent guère, les médias ne figurent plus au centre, les marchands ferment boutique, les juges sont débordés et les urgences font attendre. Le court terme s'empresse, le gouvernement lâche la monnaie.      
La violence paie, l’IA a du talent.
Les visages sont floutés, les personnes citées dans les reportage "ne souhaitent pas donner leurs noms", anonymat et pseudo font la loi sur les réseaux, la cagoule est à la mode 
- la Cagoule dans les années 30 désignait une organisation l’extrême droite - .
J’aimais la formule de Clémenceau : « La Révolution française est un bloc » pour rêver qu’il en serait ainsi de notre pays où la nouvelle France adviendrait après l’ancienne sans la mépriser, capables de vivre ensemble notre passé et le présent. Dans la succession oublieuse des évènements d’actualité, la légitimation de la violence par Bally Bagayoko efface-t-elle un samedi apaisé de Léon XIV in Paris ?
La compilation des lieux communs proférés par des lycéens qui relèguent au second plan de légitimes revendications et les bêtises de Ségolène Royal alourdissent notre accablement.
N’y aurait-il pas un lien entre les catastrophiques résultats PISA et la ronde des réclamations,  ignorant les réalités financières. Les doléances ramènent tout à l’état alors que les régions ont  plutôt à voir avec les lycées et que les profs auraient aussi leur mot à dire en ce qui concerne les voyages scolaires pas assez fréquents pour cette lycéenne de Bourgoin?
Mais ce n’est pas tant l’inflation des demandes adolescentes suivies immédiatement par « on ne nous écoute pas » qui est problématique, c’est qu’à l’exemple des Gilets Jaunes, la naïveté des "Gilets jeunes" soit tellement valorisée, la démagogie tellement encouragée. Les mâles adultes font semblant de croire encore au Père Noël et en appellent à un papa état, qu’ils détestent par ailleurs, coincés à l’étape de la puberté quand ils ne s'excusent pas de leur opinion ou de leur âge. Et le pauvre ministre qui dit « je vous crois » aux émeutiers, comme on doit dire aux femmes violées, se trompe de registre. 
Pour sortir de mes écrits empaquetés en allant dans le registre parlé, je respecte ceux qui apparaissent à visage découvert en ne les suivant pas forcément :
- Y a plus de ronds. 
Puisque vous regrettez les non remplacements de profs allez donc en bibliothèque, 
prenez un balai pour ramasser les débris de vos établissements dégradés ( ça s'est fait), 
ne prenez pas exemple sur les députés: en perturbant moins les cours peut être qu’il n’y aurait pas pénurie d’enseignants et même que vous auriez envie d'exercer ce beau métier. 
De sélection, il n’y en a plus guère quand il est nécessaire de proposer des dictées à des étudiants en lettres. Au moins parcours sup a fait disparaître le tirage au sort dans certaines filières. 
Epargnons les classes prépa à ceux qui ont peur de stresser. 
Tout le monde ne peut pas devenir Louis Boyard. »
L’avenir, invoqué à grands renforts de vibratos, pour lequel des investissements lourds seraient à effectuer contre le réchauffement de la planète, appartient aux chinois : leur génération d’enfants uniques à tendance royale n’a rien cassé dans leur école, ils bossent leur IA. 
« L'avenir ce n'est pas ce qui va nous arriver, mais ce que nous allons en faire. » 
Georges Clemenceau

vendredi 2 octobre 2026

Bêtisier.

Quand je prends mon stylo à encre pour assembler quelques mots sur le papier avant la mise au propre, c’est comme si je revenais au temps du poêle à charbon qui assurait jadis le chauffage dans la seule pièce de la maison, alors qu’en ce siècle les motifs ne manquent pas pour avoir chaud aux oreilles, quand brûle la planète.
Les petites phrases pleuvent et s’évaporent si vite qu’une chronique peut aussitôt devenir obsolète, bien que l’obstination des « Insoumis » à jeter de l’huile sur le feu soit une constante.
France Info ne citait comme commentaire après la victoire des néo nazis dans un land en Allemagne que celui de Mélenchon :  
«  c’est la faute des centristes ! » 
sans mentionner la faiblesse de Die Linke, son parti frère, alors qu’à Berlin ce même parti progressait, car il sait se montrer ouvert aux compromis.
Le service public donne à ce moment là des armes à ceux qui l’accusent de parti pris.
Au-delà de la faiblesse de l’accusation mécanique du chouchou des médias, s’applique la technique « Flood the zone with shit » (inonder la zone de merde) de Steve Banon, ancien conseiller de Trump.
Et  j’entre dans le piège en parlant une fois de plus de ceux qui emploient tous les moyens pour qu’on parle d'eux.
Bien qu’ayant peu de compétences en économie, « la mise au frigo de la dette » par le quadruple candidat à la présidence de la République Française ne me semble pas très sérieuse, mais la formule a fait jaser bien plus que l’impossibilité pour l’état d’investir. Le comique à l’humour douteux attire les commentaires, et toute critique aiguise les convictions de ses partisans, à la haine toujours prête à jaillir, diabolisant l’adversaire. 
« Les français affichent la durée de retraite la plus longue au monde, plus de vingt cinq ans » Antoine Foucher.
Ce fait positif sera moins médiatisé que n’importe quelle petite phrase pourvu qu’elle soit agressive.
Centriste triste, je pense que le bloc central devrait cesser d’insister sur le matraquage fiscal alors que taxer les très grandes fortunes aurait un certain rendement politique au-delà d’une efficacité miraculeuse sur le rétablissement des finances publiques.
Je m’applique à relever que l’augmentation de 8% des prélèvements obligatoires depuis 50 ans est allée aux dépenses de retraite (passées de 7 à 14% du PIB) et de santé bien que la population vieillissante pense ne pas en avoir pour son argent. Le recul de l’âge de la retraite semble inéluctable quoi qu’en dise la rue.
Mais je ne vais pas plus loin au pays des espèces sonnantes et trébuchantes et préfère, depuis mon fauteuil de patriarche défroqué, observer nos mœurs.
Homme at home devenu atone, je vois aussi que des masculinités violentes s’exacerbent à la hauteur de leur impuissance. Les féministes décoloniales jouent contre leur camp lorsqu’elles justifient la tradition de l’excision en excusant des pratiques cruelles, machistes puisqu’elles portent de bonnes couleurs.
Si se retrouvent dans un bêtisier où les femmes n’ont pas besoin de quota, les jugements lamentables de Ségolène Royal et les sornettes de Marine Tondelier, j’approuve Sandrine Rousseau, si souvent irritante, mais peu suspecte de démagogie sur ce coup là : 
«  Nous nous pensons puissants et nous sommes incapables de penser notre vulnérabilité. 
Le réchauffement climatique va menacer l’ensemble de nos structures sociales et politiques. »   
Les occasions ne manquent pas pour se désoler que pour caractériser l’esprit de notre pays, il devienne difficilement compréhensible de le dire « rabelaisien ».
Mirapolis et sa statue de Gargantua, parc imaginé sur le thème des contes et légendes français, ayant fait faillite, il est question d’un nouveau parc d’attraction sur le thème des mangas. Trop de références ignorées du public avaient conduit à l’échec de cette première entreprise, la culture japonaise semble plus porteuse que la française.
Un joueur de l’équipe de France se fait insulter  parce qu’il a dit aimer la France: j’en ai la crête qui frissonne. 
« La France souffre d’elle-même, elle ne se connaît plus, ne se reconnaît plus,
ce qui est bien la pire des maladies. »  
Boualem Sansal

vendredi 18 septembre 2026

PISA.

Le Programme International pour le Suivi des Acquis des élèves a suscité quelques titres devenus anodins à force d’être dupliqués : « de mal en PISA ».
Parmi tant de commentaires sur les commentaires, je ne prétendrai apporter ni grain de sable ni grain de sel, en livide acteur d’un monde ancien, seulement un soupir.
Au moins la chute des résultats de nos enfants devenue vertigineuse depuis un rang déjà calamiteux, nous éloigne du fallacieux « le niveau monte » de Baudelot et Establet qui occultait toute réalité dérangeante depuis les années 70.
Les regards se portent vers une des nations championnes : l’Estonie et ses établissements autonomes où la confiance envers les professeurs permet de varier les approches appuyées sur une culture qui n’oublie pas : «  si l’on travaille dur, l’on survivra. »
Mais les recettes venues d’ailleurs sont vouées à l’échec comme les réformes empilées sans évaluation, si les acteurs de terrain aux appréciations fines ne voient pas leur travail valorisé. 
Pourtant, à mon sens, mesurer l'investissement en terme de rémunération entre dans une logique de marchandisation hors sujet, les promesses ne sont plus crues, pas plus que ne sont appréciés les compliments.
Les augmentations présumées serait mieux employées à adapter les niveaux pour ne pas continuer à aggraver l’attraction de tous vers le bas. Quand « influenceuse » devient plus enviable que professeur, la transmission a quitté son cours, et nous courrons après les ingénieurs et médecins, charpentiers, conducteurs…
Face à des parents pas tous armés de couteaux mais devenus plutôt consommateurs que partenaires éducatifs, la dénonciation des écrans qui minent sommeil et attention participent au consensus. 
Je retiens du Haut commissariat à la stratégie et au plan la reconnaissance des problèmes nés de l’hétérogénéité des classes.
Dans une atmosphère où la diversité des approches serait respectée, le caporalisme disparaitrait.  Et rêvons: la force d’inertie de la corporation se métamorphoserait en initiatives ajustées, responsables, assumées.
J’avais fait mes choix en pédagogie et souvent changé de direction, accumulant les expériences, j’ai respecté d’autres démarches qui parfois convenaient mieux à certains élèves que mes propositions.
Derrière les clameurs des stades voisins, des évolutions nous parlent: nous ne nous supportons plus et supportons par intermittence nos équipes. Les plus bruyants abandonnent leurs joueurs à la première défaite et brûlent ce qu’ils ont adoré. Le tarissement des bonnes performances en athlétisme par exemple a peut être à voir avec la remise en cause d'un esprit de compétition  se sublimant dans les sports extrêmes, élitistes s’il en est.
Au pays du syndrome d’épuisement professionnel, l’école n'affermit plus les caractères, le péri scolaire a pris la main, les loisirs commandent.
Les Diafoirus de l’éducation proposent d’aller plus loin dans des impasses maintes fois empruntées: le stress des enfants rois serait encore trop élevé d’après eux, alors que la désinvolture et l’indifférence ne sont guère pourchassées. Ces ravis de la crèche prônent la multiplication de situations ludiques, en groupe bien entendu, et autres îlots bavards.
On n’a jamais autant chiffré nos appréciations envahissant toutes nos relations commerciales, sociales, depuis que l’école a abandonné les notes. Les classements y sont prohibés et des couleurs pastel remplacent les chiffres, les examens ne disent plus rien. 
La bienveillance, de la même eau que « le pas de vague » qui masque les violences, serait bienvenue pour accompagner des diagnostics où les verdicts, donneraient lieu à des corrections sans drame. 
« Évaluer, c'est créer : écoutez donc, vous qui êtes créateurs !
C'est l'évaluation qui fait des trésors et des joyaux de toutes choses évaluées. » 
Nietzsche

mercredi 16 septembre 2026

Touristes.

Respectueux de mes propres coutumes, je me remets à l’établi où en bon radoteur, je me promets de raboter mes textes.
Revenant de l’estive en Italie où je me sentais chez moi,  je ne me reconnais pas toujours dans ma patrie qui se néglige.
Après la Ligurie, mes pas me ramènent vers les bancs des squares dauphinois, quelques miroirs tachetés et des écrans bleutés. 
« Le voyageur voit ce qu’il voit, les touristes voient ce qu’ils sont venus voir » 
G.K. Chesterton   
Comme il y a belle lurette que l’école et l’église ne sont plus au centre du village, 
les loisirs, au-delà des intérêts de l’industrie hôtelière, donnent le tempo, modifient les mentalités, construisent une société ludique, muséale, pour des emplois de services, sur fond de friches industrielles vouées à devenir des Escape games.
Des intermittents du spectacle y rejouent le passé batailleur d’une Europe devenue tellement pusillanime.
Nous avons du mal à nous supporter.
Une photo d’une foule assemblée à la Croix de Chamrousse pour regarder l’éclipse surmontait une légende méprisant « le troupeau » auquel appartenait le photographe derrière son objectif. Le badaud s’oublie parmi les badauds.
Dans nos albums, témoins de nos voyages, aux pages collées entre elles, qui saura pour qui est ce bouquet de fleurs déposé au pied d’un poteau ?
Touriste méprisant les touristes,  nous avons cherché les lieux célébrés tout en espérant être seul(s). 
L’autochtone peut se monter fier de sa ville, en tirer des bénéfices, mais être contrarié par tout ce monde, comme les aristocrates lorsqu’ils ont découvert les premiers bénéficiaires des congés payés envahissant leurs lieux de villégiature. 
« Je n’ai pas encore été partout, mais c’est sur ma liste. » 
 Susan Sontag
Paradoxes, absurdités et contresens.
Nous nous débattons, plutôt que de débattre, et nous nous retrouvons bien souvent en désaccord avec nous-mêmes.
Les contradictions s’exacerbent dans une France dont les habitants aiment tant dénigrer leur propre pays, première destination touristique. 
Heureusement les étrangers sont là pour assurer la plonge et l’enlèvement des déchets, ils ne font pas que torcher nos vieux. 
« De plus en plus de nos importations viennent de l'étranger. » 
George W. Bush

vendredi 4 septembre 2026

Cramer.

« 474 personnes, dont 183
mineurs, interpellées depuis début juillet 
en lien avec les incendies. »
Comment ne pas en causer ?
Une fois  les inévitables responsables mécaniquement désignés : 
Macron, Moscou, les riches, les écologistes… 
va-t-on accuser les coupables? 
La négligence devient un crime, pourtant on leur avait bien dit de ne pas jouer avec les allumettes.
Je bloque quand il s'agit de trouver des excuses pour les incendiaires, à moins d’être l’agent suicidaire d’une civilisation qui se crame elle-même. 
La liberté dévoyée et le limogeage de la notion de responsabilité détruisent futaies et sous bois, broussailles et brins de muguet, notre humanité calcinée. 
La bêtise n’excuse pas la méchanceté. 
« Qu’avons-nous fait, pour avoir de tels enfants ? »
Les universitaires, amateurs de transversalité, ne sont-ils pas traversés par cette interrogation glaçante en milieu surchauffé ?
Bébé Cadum grisonnant reconnaît que ça prend dans tous les coins, à commencer par les lieux jadis dits du savoir (sciences po) quand la politique se voulait une science ou dans les colonnes d’un quotidien qui fut de référence.
Il suffit que l’école prescrive pour que l’information soit suspecte. Les récits avec morale à la clef ont saturé les écouteurs, les horreurs démentes sont préférées aux sages conseils : hydratez-vous. Au pays où Sandrine Rousseau tient le crachoir et Médiapart la boîte à scandales, pour des générations informées de la détérioration de la planète, des canettes sont encore oubliées dans les champs après la teuf.
Plus grave que les banales subventions demandées à un état que les braillards cherchent à affaiblir sans cesse, les ennemis de la démocratie se servent de nos principes pour la mettre en péril. Et il faut jouer fin quand au nom de la liberté d’expression se répandent tant de billevesées.
Les désaccords entre gens bien élevés peuvent être un moteur de la conversation, ainsi rien ne fortifie mes convictions qu’une bonne grosse balourdise. Et pas mieux que Trump pour se sentir tellement dans le bon camp qu’on finirait par ne plus s’y reconnaître tellement nous sommes nombreux. Les « woke » l’ont fait gagner à cause de leurs excès, mais ceux-ci peuvent reprendre du poil de la bête dès que le Magaga de Washington ouvre la bouche.
Nous sommes passés de sentences impitoyables à l’excuse permanente bien que la figure de la victime soit devenue centrale dans nos sociétés où la culpabilité coloniale, de genre, de génération est cultivée intensément. De féroces mises au pilori sur les réseaux vont de pair avec l’indulgence envers les fauteurs de trouble, les assassins.
Alibis, prétextes, dérobades sont servis pour des faits anodins aussi bien que pour des actes gravissimes, l’empilement d’arguties devenant un mode de conversation, la figure du nazi se voyant convoquée dès que le mot punition a fuité.
Les verdicts tendent à se montrer plus cléments en regard d’une vindicte populaire devenue plus féroce.   
L’enveloppement maternel a étouffé le mâle bourreau ; papa parti, mono maman est débordée.
Les bons sentiments, les principes se heurtent à une nature humaine plutôt rosse que rose.  
Les mots en nuages nous aident à brouiller une réalité décourageante, absurde, avec des commentaires perdant tout sens quand les bavards se mêlant de domaines où ils sont inexperts tournent complotistes.  
J’ai tant aimé : « Eduquer ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. »
 de Yeats, mais je retiens à la page des citations avec le mot « feu » : 
« Ce con de Ouille a balancé d’la vodka sur l’canapé pour éteindre le feu ! » 
de Jean Marie Poiré.

lundi 29 juin 2026

Casser.

Les désillusions finissent par peser dans la valise à roulettes du boomer arrivé bientôt à quai. 
Je ne dresserai pas une liste exhaustive de mes erreurs d’appréciations, de mes déboires, pas plus que je recenserai les mots ou expressions devenus incompréhensibles à ceux qui sont nés dans ce siècle. Ainsi  l’appréciation : « on lui donnerait le Bon Dieu sans confession » devenue tellement désuète depuis que les accusations ont remplacé les examens de conscience devant un Dieu devenu pièce de musée.
En conclusion de cette saison aux couleurs sombres, maquillées de mots de poètes disparus, je m’interroge : « Que sont mes amis devenus ? »
Déjà en d’autres temps échevelés, un marchand d’armes nous avait bien menés en bateau (ivre) alors que ces jours pleuvent les déceptions, dans tous les domaines :
- tel brillant vulgarisateur scientifique a plagié,
- un entraineur est parti vers des lieux plus dorés que ceux d’un stade qui avait revêtu de belles couleurs sang et or, le temps d’un dimanche innocent.
Quand les débats étaient politiques et que des doutes étaient formulés sur les capacités de la gauche à gouverner, un DSK pouvait être prescrit. Las : Sofitel et Carlton. Jack a les traits tirés.
Jadis, les bouffe-curés respectaient les combats charitables de l’abbé Pierre mais le saint homme lorgnait trop les seins.
« On était bien là », quand Depardieu partageait ses rires. Mais au bout de la valse, tout est parti en couilles !
L’histoire de l’art est révisée, Picasso et Gauguin endommagés.
La littérature s’abime : « La légende des siècles » s'oublie face aux appétits sexuels de Victor Hugo. 
L’émoi est  cassé pour les candides bluettes de Patrick.
Ces petites histoires s’impriment davantage et minent la grande Histoire.  
Pourtant ces anecdotes n’auraient pu prendre place dans un quelconque volume de « La France héroïque et ses alliés », fallacieux livres brochés dont j’avais hérité d’un grand père combattant de 14 et que ceux qui me suivent porteront à la benne.
Mes icônes colorées, les Gavroche et autres 
« clairons à leur poste gelés,
Restés debout, en selle et muets, blancs de givre,
Collant leur bouche en pierre aux trompettes de cuivre »
 
proposés à mes élèves ont perdu de leur bagout.
Les mots désormais nous embrouillent :
«  On est chez nous » chanté à Saint Denis est dans la même tonalité que ceux qui estiment qu’ils ne sont plus chez eux. Ils gueulent : «  cassez-vous ! » les étrangers, et ceux qui se voient étrangers dans leur propre pays.
Pour apporter quelques dérisoires points positifs, notre nation pourrait être fière, à défaut de briller dans le classement PISA, de fournir le plus fort contingent de joueurs nés en France parmi tous les sélectionnés pour la Coupe du monde (près d'un sur douze). Mais racistes et racisés ont oublié ce qu’est le jeu, tout en se cherchant comme lutteurs complices de MMA.
Il faut bien quelque bonne volonté pour croire encore en la chaleur de la fraternité quand le goudron fond sous un soleil de plomb, et bien chercher entre les lignes que dans le monde, l’espérance de vie et le revenu par habitant ont augmenté.
Les sinistres concierges de "l'enfer c'est les autres" de LFI et du RN, dans les pas de Trump, Poutine, Netanyahou en maîtres du brasier, eux, ne nous déçoivent pas. 
« Tous les hommes sont fous,
et qui n'en veut point voir doit rester dans sa chambre et casser son miroir. » 
Marquis de Sade
…………….
En cherchant si j’avais déjà usé du mot « casser » dans ce blog, je retrouve un article de 2008 : 
Je pose ma plume d'oie jusqu'en septembre. Bonne pluie à mes lecteurs.

vendredi 26 juin 2026

Beau.

Avant ces jours torrides, les bulletins météo parlaient d’ « amélioration » quand revenait le soleil et de « dégradation » quand s'annonçait la pluie salvatrice : désormais l'intouchable 
« beau temps» fera mois le beau.
Depuis « La fontaine » de Duchamp (1917) la beauté est devenue une valeur relative, Vincent Lagaf' le confirmait avec « Bo le lavabo » (1980).
La joliesse se réfugie à l’intérieur de chacun parait-il, quand toute manifestation flirtant avec le charme se fait mal voir. Pourtant les influenceuses arborent lèvres gonflées, ongles démesurés, leurs silhouettes truquées s’habillent virtuellement de produits qui piquent l’attention, pour s’adresser aux foules de noir revêtues.
L’anonymat des réseaux, la dissimulation des chevelures, la cagoule devenue un accessoire tendance, jouent à cache-cache, alors que se dévoilent volontiers des « sourires de plombier » pas seulement chez les réparateurs de lavabo.
La séduction demeure cependant une attention aux autres et l’accoutrement s’harmonisera au sein des tribus s’étourdissant sous des lumières stroboscopiques, toutes solitudes agrégées.
Les repas figuraient comme des cadeaux quotidiens, mais combien de tables ne sont plus dressées entre les boites hermétiques du midi et les biscuits apéritifs du soir qui s’effritent sur les claviers ?
Des plats sophistiqués aux épices rares font oublier de temps en temps ce glissement vers un nourrissage dont le plaisir est aboli pour goûter une séquence consacrée aux autres, à soi. 
Il n’y aura pas d’enjeu successoral pour se répartir les serviettes intactes de Mamie, et pour les soins du linge on repassera !
Ces mots ci dessus appelant les cinq sens autour d’un tableau adorable, d’un plat délicieux, d'un air divin, d’une petite robe noire, quand les foins sont coupés, se voudraient de bon sens.
J'essaye de décrire « un point de vue », terme en voie d’être remplacé par le mot « biais » soupçonné de malhonnêteté et persiste à éviter quelques contradictions vues chez d’autres. 
Ainsi les critiques des réseaux sociaux ne jurent que par le nombre de « like » pour juger de la pertinence d’une idée, redoutent l’arrivée du RN, mais anticipent sa venue, l’ayant facilitée en savonnant avec zèle la planche des gouvernements successifs.
Juillet, août approchant,  je ne mettrai pas en veille mon goût pour la discussion, plutôt que de jouer de la disqualification devenue inévitable dans les conversations, qui prête des intentions aux contradicteurs au lieu de débattre du fond, abusant de mots paralysants tel « islamophobie » pour fourrer dans le même gros sac, libres laïques et tristes racistes.
Le réformisme est devenu un transformisme : les désirs collectifs de changement en particulier dans le domaine social, affrontés à « la force des choses », mutent vers des domaines individuels. Narcisse 2.0  joue pour l’éternité avec des tatouages démesurés, pratique les sports les plus extrêmes, voire se mutile en jouant avec son sexe. Ce choix s’accompagne parfois de désir d’enfants à se faire livrer par utérus interposé, alors que d’autres couples en âge de procréer préfèrent les croquettes aux biberons.
Au moment où le nombre des décès dépasse celui les naissances, les luttes pour l’avortement me semblent décalées, comme si les campagnes de contraception n’avaient pas « porté leurs fruits », comme si la survie de la planète devait passer par la disparition de l’espèce humaine. 
« La beauté du monde qui disparaîtra bientôt a deux extrémités :
celle du rire et celle de l'angoisse, coupant le cœur en deux. » 
Virginia Woolf

mercredi 17 juin 2026

Marx, Nietzsche, Freud. Le 1 hebdo.

L’hebdo qui se déplie a proposé avant les vacances quelques points de vue à propos de la triade des « maîtres du soupçon » qui pourraient encore nous aider à « penser le XXI ° siècle », à « briser nos chaînes »,  « à penser nos vies ».
Leurs images iconiques apparaissent derrière des silhouettes qu’ils n’avaient pas connues,mais l’auteur du Capital peut éclairer l’ubérisation de nos sociétés,
comme l’auteur du « Gai savoir » s’introduire dans les salles de sport
et le dieu du stade oral et anal nous amener à détourner le regard de nos écrans,comme nous y invitent ces numéros aérés, légers.  
Marx : 
« Il nous a donné des concepts - aliénation, fétichisme de la marchandise, lutte des classes- qui structurent encore notre pensée aujourd’hui. » 
Sa pensée est confrontée  à l’écologie à la religion 
« Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage.»
Nietzsche : Un jésuite, Henri de Lubac, tire profit d’une façon originale du philosophe de « la mort de dieu. » et d’autres rédacteurs interrogent la post vérité, la cacophonie des valeurs, la grégarité, le ressentiment, la culpabilisation. 
« Que la jeune âme regarde en arrière et se pose la question suivante : qu’as- tu vraiment aimé jusqu’à présent, qu’est-ce qui a attiré ton âme, qu’est-ce qui l’a dominée et en même temps rendue heureuse ? » 
Freud : « Comparée à la prose enivrante de Nietzsche, qui toujours fait jaillir les feux d’artifice les plus fous de l’art et de l’artisterie, la sienne parait de prime abord incolore, sobre et froide. La prose de Freud ne fascine pas, ne conquiert pas : elle renonce à toute poétisation. » 
Stefan Zweig.
Il est question avec psychiatres, psychanalystes, d’enfance, de neurosciences, de guerres,  de ça, et moi et surmoi
« La manière dont nous nous comprenons contribue à définir ce que nous sommes. »
« Ce qui fait vivre contient aussi ce qui pousse à défaire la vie. »

vendredi 5 juin 2026

Bamm !

Depuis ma fenêtre d’où je profite de la vue d’un cerisier, le passage des fleurs aux fruits qu’une pie dilapide - grand bien lui fasse - me parait, années après années, toujours plus rapide.
J’entends parler de guerres au loin et  la nature humaine vue du dessus que je croyais plus sage, me désole. 
L’espérance de vie s’accroit, d’autres la bousillent. La science fait des progrès pour combattre la douleur, éradiquer des maladies et d’autres développent des machines létales toujours plus sophistiquées, cultivent des haines toujours prêtes à mordre.
« L’instinct de mort » déborde des divans psychanalytiques, saturant les débats autour de Gaza, de l’avortement, des sports extrêmes, de l’euthanasie, auxquels s’ajoutent recours aux drogues et refus des vaccinations…
Des mots bruyants viennent volontiers en bout de ligne pour habiller quelques vaines réflexions, dopés par un spectacle médiatique envahissant,  où rumeurs et pétarades recouvrent toute nuance, quoiqu’un Jancovici soit bien utile pour secouer le conformisme ambiant  lorsqu’il estime que Trump rend service à la planète pour la réduction des émissions de CO2, quand se réinterroge notre dépendance au pétrole.
La dénomination « opération spéciale » pour ne pas dire guerre, n’est pas qu’une euphémisation poutinienne, elle participe à une ambiance hypocrite qui multiplie les visions puériles de la réalité. Ces aspects douceâtres s’accommodent de grandes sauvageries lorsque sur radio Pigasse un humoriste souhaite à Sophia Haram: 
« de devenir daltonienne et de traverser au feu rouge, là, BAAM ! 
Oh non, merde ! Comment va la bagnole ? Ça va, elle roule encore. 
Super, alors repasse une fois en marche arrière. » 
et la meute rit.  Voilà que l'humour, légèreté à la vie, devient un véhicule de la haine reprochée à l'autre camp. La liberté prend des coups, la liberté d'expression n'est plus un argument depuis que Musk la préemptée. 
Qu’en ont dit les pétitionnaires compulsifs et autres tribuniciens des journaux des  milliardaires de gauche,  toujours émoustillés par le bruit et la fureur, apparemment loin de leur habituel camp du bien?
Le mot objectivité n’est plus à la mode. Les commentateurs sportifs ont préfiguré la tendance en s’affichant comme supporters et taclent férocement.
Tiens, à propos de foot, ce pelé, ce galeux, les incidents autour de la victoire du PSG ont été bien plus commentés que tout un stade lors de la finale de la coupe de France applaudissant à la 86 ° minute, quelque soit la couleur du maillot, en hommage aux 86 morts de Nice, dix ans après le massacre. 
L’image de cohortes de lémuriens se jetant à l’eau, réglant ainsi leurs problèmes de surpopulation, s’impose tant l’absurdité des comportements humains devient indéchiffrable.
Des scientifiques récusent cette interprétation concernant ces bestioles, mais pour nous comment ne pas qualifier de suicidaire, le déni du réchauffement climatique, la persistance butée à s’exposer à des substances toxiques, les embûches dressées contre toute dynamique positive, la volonté jamais assouvie de salir, de détruire ?
L’Express, magazine modéré, titrait: 
« Van Der Leyen, celle que les européens aiment détester »
 au dessus d’un portrait dessiné où les rides accentuées ne l’arrangeaient pas.
Tous les dirigeants à l’entour glissent vers le bas des pentes sondagières, hormis le nôtre arrivant en fin de mandat. Ils doivent faire face, aux passions tristes venant de tous côtés, promptes à dédouaner chacun de ses responsabilités, au point de devoir préciser qu’il convient de boire quand il fait chaud. Pourtant les aspirations à l’autonomie n’ont jamais été aussi fortes.
« L’époque est terrible » serait-on tenté de déplorer si l’on ne se retournait pas vers le passé et si un coup d’œil chez nos voisins ne relativisait pas ce sentiment qui pourrait s’estomper en enrôlant le stress en tant qu’élément mobilisateur.
Je ne sais plus où j’ai vu, pour parler du passé : 
« Défendons ce qui nous fonde et non ce qui fut » 
par contre : 
« L'avenir n'est pas ce qui va arriver, mais ce que nous allons faire » 
est d’Henri Bergson.

vendredi 22 mai 2026

Vide.

Dans cette ère de l’anthropocène où, coupables, nous crâmons, 
l’âge des copieurs-colleurs est bien entamé.
Mais les pages restent blanches, les écrans flous, les intellectuels censés nous éclairer, devenus transparents, nous brouillent, honteux de leur condition, de leur blanchitude. 
Au sein de l'université sont menés des travaux à propos de la sociologie du Laser game et des colloques organisés sur la poésie de Booba.
J’essaye de choper des mots dans l’air du temps mais mon Finki tremblote et je  ne  sais retenir que l’anodin centenaire Edgard Morin. J’ai oublié ceux qui persistent dans l’écriture inclusive et autres billevesées et m’éloigne de ceux qui, en simplets wokistes, ne peuvent être défini que par leurs ennemis: islamo gauchistes d’un côté et nazis de l’autre, réunis par leur haine de la nuance, des compromis, des modérés. Ils ont préparé la venue d'un mal extrêmement droit, tellement annoncé qu'il en surgirait parmi des « orages désirés ». 
Ces «mutins de Panurge» n'ont cessé tout au long des années de vilipender un Président de la République réélu.
Dans le même mouvement qui promeut la liberté et exacerbe l’individualisme, le manque de pensée originale aggravé par le mépris du travail, n’est même pas criant : comme dans un cauchemar aucun son ne sort de nos bouches. 
Depuis le temps que le bord de la falaise est annoncé en matière de réchauffement ou concernant les dangers de l’IA, nous tombons dans le vide.
La victoire de Trump est d’avoir mis tout le monde au ground zero de la réflexion. Des cohortes suivent les bannières de l'inculture.
Dans un cahier, j’avais écrit pour ne pas l’oublier : 
«  Soudan : 150 000 morts, 14 millions de déplacés. » 
Et je l’oublierai.
En guise de balises de crépon, un relevé de ce qui nous change peut distraire.  
Nos réticences étaient tellement fortes envers les premiers téléphones portables, si bien que l’étonnement peut surgir quand aujourd’hui des poches bien adaptées pour recevoir l’indispensable accessoire nous réjouissent. Nous ne pouvons plus reprocher à nos enfants et à leurs petits d’abuser de leur I phone : les vieux, nous passons notre temps à nous montrer les photos des petits et ne plus nous creuser la tête pour savoir dans quels films a tourné Nathalie Baye. Nous agrandissons nos trous de mémoire.  
Dans notre pays aux uniformes noirs portés par nos jeunes choyés de nos anciens enfants rois aux chasubles fluo, le boomer, dont le Larousse vient de retenir le sens péjoratif, en est rendu, à maculer son écran de cendres alors que s’avance la nuit.  
« On ne peut pas peindre du blanc sur du blanc, du noir sur du noir.
Chacun a besoin de l'autre pour se révéler. »
Proverbe africain

vendredi 8 mai 2026

Occident.

Quelques formules rassurent en période brouillée : « apprendre à vivre avec l’incertitude », quand de jolis refrains «  être né quelque part » accompagnent de douces évidences pas toujours acceptées alors que le sol se dérobe sous les pas.
Les internationalistes au poing levé, ennemis de la mondialisation, aiment donner la main aux souverainistes aux pieds tanqués dans le sol des ancêtres.
Le propriétaire de villa du bord de l’Océan ne veut pas la quitter bien que le niveau des eaux monte et le Palestinien tient encore plus à sa demeure explosée qu’aux promesses d’une Riviera. 
Nos enfants partent vers d’autres horizons en avion et d’autres arrivent en canots.
Nous croyions être à l’abri derrière les parapets du monde occidental, sûrs de nos principes que nous avions la prétention de croire universels, indubitablement plus cools que ceux de l’Iran, de la Corée du Nord, de la Russie ou de JD Vance.
Désormais c'est la Chine qui apparaît comme la puissance la plus respectueuse du droit international.
Les mots vacillent pour rendre compte d’un monde brutal et imprévisible, où parfois les péclotages universitaires éloignent encore davantage des réalités abrasives.
Ainsi le mot « Occident » entaché par son appropriation par un groupuscule d’extrême droite dissout en 1968, porte quelque culpabilité résultant de nos esprits volontiers autocritiques.
Cependant d’avoir été colonisateurs au siècle précédent ne nous empêche pas d’adresser un regard circonspect sur les errements de la décolonisation, ni de craindre les nouveaux colonisateurs au discret drapeau rouge et à l’appétit féroce.
Cernés géographiquement par l’Orient, politiquement par le Sud, bien des habitants de la planète se retrouveraient volontiers dans nos riches contrées où nous vivions en paix, mais que nous ne savons pas apprécier.
Alors pour situer nos refuges occidentaux, « Sam’ suffit » comme on n'en fait plus, on dira : l’Europe, la France. Mais il faut être précautionneux, car à vanter nos territoires, certains se crispent et mettent à bas le drapeau tricolore ou le bleu à étoiles, pour en planter d’autres aux diverses combinaisons de vert.
Le terme « vivre ensemble » avec nos cultures différentes devient obsolète, prouvant que nous ne savons nous aimer, ici, maintenant, tels que nous sommes ; pourtant ce n’est pas faute d’émoticônes ni de prêches. L’institution de la vaste Europe, levier de notre puissance, lente à se mouvoir, figure en tête des boucs émissaires devant notre nation, dont la langue commune sert davantage à nous quereller qu’à nous réunir : « tous ensemble » contre …
Il y a de quoi devenir chèvre, quand le niveau de langage s’effondre et que « je m’en bats les couilles » est le seul idiome familier dominant les conversations dans le tram. 
Ces affaires à partir du lointain, dites affaires étrangères, sont révélatrices des extrêmes de chez nous qui jouent à touche-touche, avec leurs regards indulgents convergeant en direction de Moscou qui nous désigne pourtant comme l’ennemi décadent. Alors que la France et son président ne sont pas les plus manches dans notre rapport au monde.
« Le fleuve occidental -  fleuve de Babylone -  roule ses eaux de fange qui charrient des idéologies, des chiens crevés, des religions, des figures de proue laquées de vase verte et des pères étranglés. Sur la rive, il n’y a personne. Si : des garçons et des filles "qui se chargent", des couples qui forniquent avec un microphone autour du cou, des sociologues barbus et des psychiatres glabres. Ils méditent un doigt sur la tempe ; ou ricanent. » 
Jean Cau

vendredi 24 avril 2026

Vieille France.

Le moindre commentaire devient obsolète dans la minute, alors un brin de prétention sera nécessaire afin d’aligner quelques mots qui ne savent pas quand ils rencontreront leurs lecteurs.
Façon de se détourner d’Ormuz,  je récupère quelques infos s’élevant au dessus des fumées aveuglantes : 
« Un Iphone mobilise entre vingt et quarante pays fournisseurs.»
Le terme d’intelligence collective s'est  effacé au profit de l’artificielle et pourtant, notre tonus, nos intelligences dépendent de tant de monde que la mondialisation ne disparaîtra pas si facilement sous les bombes.
Les préoccupations liées à l’énergie sont remontées en haut de la pile, mais pendant ce temps,  bien d’autres forces minent notre humanité.
Roberto Saviano, sous protection policière permanente, rappelle que le Fentanyl cause 80 000 morts par an aux Etats-Unis qui avaient perdu 4000 soldats en Irak et 50 000 au Viet Nam.
Des quartiers, voire des états, tremblent, avec sous le nez, les kalach' de ces trafiquants de hash.
Après avoir méprisé papes et imams, se rappellent à nous les religions, sous leurs voiles pourtant voyants, soubassements de bien des débats et de quelques dégâts : 
la proportion des musulmans votants pour Mélenchon est semblable à celle des évangéliques en faveur de Trump ou de Bolsonaro.  
En reprenant cette remarque, je fonce, comme beaucoup, dans la muleta insoumise qui adore les contrastes entre ombre et soleil.
Pour être passé de René Dumont à Emmanuel Macron, je peux pardonner les évolutions dans les choix politiques. Mais des raisons tactiques ont mené l'Insoumis en chef, le laïcard, du côté frériste, faisant un peu plus douter du courage, de l’honnêteté des politiques. 
Ne prenant pas part aux fracturations communautaristes, aux pratiques démagogiques, je me sens effectivement mieux dans le camp désigné comme ennemi par la gauche extrême. 
Cependant je refuserai toujours d'être assigné à droite quand ce bord voit l’étranger comme l’ennemi. Tant de pays accueillent plus de réfugiés que nous.  pourtant, les raisons humanitaires s’usent, et se vouloir un homme comme les autres hommes, ou reconnaître la chance d’être né du bon côté de la Méditerranée font du bienheureux, un arrogant.
Les raisons économiques, démographiques en territoire fatigué pourraient convaincre les raisonnables, puisque les gens venus d’ailleurs assurent les boulots dont nos enfants devenus tellement rares ne veulent plus.
Le terme « Nouvelle France » émerge, posé pour accroitre les fractures du pays, et peut convenir aux adeptes du « grand remplacement », dans le même chamboule tout où les « racisés » en appellent à la race, jadis mise en doute par les antiracistes. 
Les visages de notre pays prennent des couleurs, j'allais dire et "c'est bien", en tous cas il en est ainsi, mais des démagogues dressent les bourgs contre les tours, flattent les générations de fin d'alphabet contre les boomers  par ailleurs épargnés d'efforts budgétaires. 
La France est un tout, fait de vieux et de neufs, avec ses généreux et ses méfiants, ses naïfs et ses cyniques, ses noirs et ses blancs...    
La « créolisation » autre mot autour duquel la sphère médiatique a tourné un moment, semblait pour le porteur de la petite main de mon pote, un synonyme de « métissage » de « multi culturalisme », voire d’« intégration » mais les gardiens de chapelles dressent des barricades pour empêcher ce genre de mélange, de confusion, au nom de la « tolérance » et du « bien » excluant le voisin au nom du lointain. « La jeune garde » veille.
"Islamophobes" contre "islamo gauchistes" : voilà encore quelques mots pour effaroucher les braillards qui nous brouillent et nous pèsent, se gonflant les plumes en face de leurs indispensables ennemis de l’autre extrémité. 
« De plus en plus de nos importations viennent de l'étranger. » 
George W. Bush

vendredi 10 avril 2026

Ecriture.

Le passé s’accroche, mais de plus en plus, amnésie aidant, les nouveautés l’effacent de plus en plus vite: la vieille grange au bout de la rue s’oublie, remplacée par un immeuble charmant.
Parmi ces disparitions qui bouleversent nos relations : les messages vocaux et autres émoticônes, signent un amoindrissement de l’écriture.
Les boîtes aux lettres et les présentoirs à cartes postales dateront les films à venir.
La spontanéité de l’oral conduit à éviter de rechercher la précision, notion plutôt moquée que valorisée. Quelques éructations, "VTF", avec quelques lettres pour scrabble ne jouent pas dans la même cour que la précautionneuse écriture qui cherche ses mots, quand aggravée dans l’anonymat des réseaux, la réaction constitue le moteur des discussions.
Je pousse quelques soupirs pour regretter le temps des rédactions qui ne reviendra pas, même sous forme d’atelier comme la calligraphie, dernier témoin de la substitution de la main par le pouce.
Les nuances, les hésitations, les recherches, les pertes de temps, ne peuvent se retrouver dans des simulacres hâtifs constellés de copiés/collés occultant toute pensée autonome.
Alors que s’éteint la distinction entre antisionisme et antisémitisme, des publications jadis exigeantes ont adopté le terme « islamophobie » mais tordent le nez devant « islamo gauchisme », et de peur de ne pas être assez rap, reconnaissent que de l’opéra, ils n’en ont rien à foutre.
Toute œuvre du patrimoine se doit d’être rafraîchie, raccourcie, sonorisée en mode ludique.
Quelques staliniennes grattouillent les stigmates du féminin sur les cartels, mais n’ont pas un geste quand passé simple et subordonnées se barrent.
Et même dans des séquences où l’image et le son sont rois, les scénaristes doivent résumer régulièrement l’intrigue à des spectateurs distraits rivés à leur phone. Dès qu’il y a un effort, le burn out n’est pas loin.
J’ai eu le temps de me maquiller d’une couche de vernis culturel composée de morceaux choisis et autre Marx en bande dessinée ou « Histoire de l’art pour les nuls », mais pas seulement : les débats contradictoires m’ont fortifié.
Mon antédiluvienne expérience me permet de regretter des dérives, des abandons, les facilités du court terme.
J’ai l’âge de me considérer comme un adulte pour rappeler que la société repose sur des règles, des lois qui permettent son fonctionnement: sécurité, santé, éducation, loisirs, transports …
La perturbation de ces services accroit les angoisses, les frustrations et ébranle l’ordre social garanti par l’Etat, confondu dans le vocabulaire exalté, avec le Léviathan.
Libanais, Palestiniens, Soudanais, Iraniens, Ukrainiens... préfèreraient que leur état ne soit pas réduit à un rôle d’ambulance sur laquelle pleuvent les bombes.
Plus près de nous, au moment des premiers pas des engagements municipaux, les enjeux généraux préoccupants ne devraient pas empêcher de résoudre les problèmes à portée de main: avoir l’ambition d’une belle ville, n’oblige pas à subir le mépris des émus exclusifs du réchauffement de la planète.
Balayer devant sa porte, cultiver son jardin et rafraichir sa bibliothèque constituent déjà un sérieux programme personnel qui n’empiète pas sur les plates bandes plus grandioses.
Et inversement ! 
« Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes. »  
Georges Pérec