mardi 15 septembre 2026

Terre Neuvas. Chabouté.

Nous embarquons sur la Marie Jeanne avec les pêcheurs de morue au début du XX° siècle.
Ce récit, dans les eaux glacées, enlève toute trace de romantisme au travail des bretons tant les violentes conditions de vie auraient justifié « burn out » à chaque heure et plainte pour harcèlement à chaque mot.
L’accumulation de cadavres n’était pas forcément nécessaire à mes yeux pour convaincre de la force de ce témoignage mis un fois encore efficacement en scène par un maître du noir et blanc et du cadrage. 
L’alcool permet de s’étourdir tant les hommes sont sans pitié entre eux, affrontés à la peur, au froid, à la faim, aux blessures pour lesquelles il n’y a que la pisse pour désinfecter. 
Des kilomètres de lignes sont lancés depuis les doris, des barques à remplir de morues. 
Mais dans  l’immensité de l’Océan et le brouillard, quelle angoisse de ne pas repérer facilement le bateau  que l’on a quitté où se sale le poisson qui va nourrir la France !  
 Cela s’appelait « Promener le parisien » quand  
« il fallait nager (ramer) pendant des heures 
pour essayer de rejoindre le voilier au son de la corne de brume ».

lundi 14 septembre 2026

Shana. Lila Pinell.

Cette comédie doit tout à son actrice Eva Huault débordante d’énergie dont la gouaille à base de couilles cassées a franchi depuis longtemps la barrière des genres.
La jeune femme vulgaire gère le trafic de son homme en prison pour violences conjugales.
Ses relations familiales sont également explosives. 
Mais sous des dialogues amusants et la personnalité attachante de Shana, une improbable insertion dans la société serait plus triste. Ainsi se marque la différence entre une fiction truculente et une fatalité sociale problématique inscrite dans une réalité épuisante où la sororité dépanne mais ne garantit pas un avenir.
Rigolote et émouvante, l’extravertie tempétueuse est bien plus fragile qu’elle en a l’air, elle donne son énergie au film, son rythme et interroge sur l’authenticité, la brutalité… le destin.

 

dimanche 13 septembre 2026

Moya. Zip zap Circus.

Les spectacles de cirque à la MC2, toujours de haute tenue, nous font voyager : 
après les canadiens, les australiens, les marocains, 
cette fois ce sont les sud africains qui nous régalent pour cinq soirées.
Avec en fond de scène une image de bidonville aux couleurs vives, nous n’oublions pas la dimension sociale de l’entreprise qui depuis 30 ans valorise le travail d’ enfants venus de la rue. Un clown sans nez rouge mimant un mendiant d’abord ignoré avant d’être jeté en l’air puis recueilli par la troupe sert de lien maladroit et virtuose entre numéros solo et prestations de groupe parfaitement enchainés.
La Gumboot danse en bottes de caoutchouc signature du pays de Mandela donne le tempo. 
Nous admirons l’adresse, la confiance, la précision, l’allégresse, la souplesse, la force, des dix artistes à la fois jongleurs, acrobates,  trapézistes, danseurs accompagnés de chansons françaises parmi d’autres musiques excellentes avec la bonne idée de fournir la traduction d’un texte qui accompagne leurs exploits sans les plomber. 
« Enfin la liberté,
Pas besoin de s’inquiéter de savoir quand j’ai mangé pour la dernière fois
Je suis à jamais reconnaissant pour l’air frais que je respire
L’hiver sombre est parti laissant place au printemps ». 
« Moya » , mot zoulou, signifie : Esprit, Air, Âme et Vent.

samedi 12 septembre 2026

L’inconnue du quai de Javel. Philippe Jaenada.

Quel plaisir de découvrir un auteur original entrevu dans des articles de la revue « Zadig » ! 
Désormais en tête de gondole, il avait déjà écrit de nombreux ouvrages inspirés par des faits divers à l’origine d’un réseau de fidèles informateurs dont il exploite le zèle amical.
Louise Cansot a été retrouvée morte, étranglée, sur un trottoir, quai de Javel à Paris en 1949.
L’auteur revient sur une époque où les émigrées bretonnes arrivaient dans la capitale gare Montparnasse pour devenir souvent servantes ou prostituées, avec l'avortement comme recours. 
« Je ne pourrai jamais me mettre dans le peau d’une femme, et peut être moins encore d’une femme de 1949 (c’est idiot, quand on ne peut pas on ne peut pas, il n’y a pas de plus ou moins qui tienne), mais je peux plaindre du plus profond de moi celles qui ont connu-et elles sont innombrables- une telle violence physique et morale, dans des conditions sordides où s’effectuaient ces avortements amateurs, indispensables pour elles . » 
Par ses digressions, ses doutes, son honnêteté, son empathie avec ses personnages,  son humour, l’écrivain sympathique parvient à nous passionner pour un crime non élucidé datant de l’après guerre. Il se glisse dans le manteau de Maigret, il en connait tous les romans et en adopte les méthodes,et ne néglige ni Wikipedia ni l’I.A. 
« Dans les rapports de Maigret, il y a surtout des parenthèses, « probablement parce que je veux trop expliquer, tout expliquer, que rien ne me paraît simple, ni résolu. » (Mon ami ! Mon frère !))) »  
Il abuse de délicieuses parenthèses qu’à priori je n’aime guère (bien que souvent je divague).
Dans cette enquête très précise à propos d’une enquête de plus de 70 ans, la masse de documents est impressionnante qui excitent sa minutie raisonnable et ses intuitions.  
Lorsqu’il peut écrire «  Lise marche vers son assassin », il a développé habilement un corpus très documenté où la victimologie apparaît comme une catégorie de la criminologie, nous amenant à enrichir la notion de responsabilité.
Au cours de ces 500 pages, la légèreté renforce la gravité dans un univers artistique vu du côté des modèles: l’incognito croise la notoriété, le labeur côtoie l’oisiveté, la misère voisine avec la richesse, le passé interroge le présent. 
« Aux États-Unis, le passé est effacé par le présent, ce qui est nouveau, ce qui se passe maintenant, a de l’importance, ce qui est ancien n’en a pas. Alors qu’en Europe, le passé domine le présent. Les vielles pierres, partout, donnent de l’assurance, un sentiment de sécurité, l’impression que la vie est quelque chose de difficile, qui dure très longtemps. »

vendredi 11 septembre 2026

Vieux. N° 9.

Le plaisir de retrouver le magazine d’Antoine De Caunes alliant légèreté et sérieux se renouvelle chaque trimestre.  
Un dialogue concernant la fin de vie est précédé d’un entretien avec Jacques Dutronc léger comme la fumée de ses havanes, « les cigares du fanfaron ». Il vient de se faire appareiller.
« Je ne peux pas faire grand-chose, ce qui me donne un bon prétexte pour ne rien faire » 
Le style ironique de ce chameau de Laurent Chalumeau oblige à saisir son téléphone pour  apprendre le sens des mots : « rudânière » ou « eulogie » à l’occasion d’un hommage à Harrison Ford: 
« Certes un auditorium hollywoodien glamoure plus que Crousty Poulet privatisé à la retraite de Jean-Kévin ou le jubilé de papy entouré de toustes celleux qui ont mis au pot pour le déambulateur connecté. »
Et il fallait bien l’article de Nicolas Estienne D’Orves «  Ne bougez-plus » en contre point du dossier consacré aux bienfaits du sport avec même des fiches pratiques pour « rester jeune ».
Un ancien coureur cycliste proclame par ailleurs que le sport à outrance est un signe de fainéantise bien que tant d’autres témoignages illustrent :
« Je préfère être le plus vieux à la salle de sport que le plus jeune à la maison de retraite ».
La marche est vantée comme le foot en marchant alors que l’incidence de l’architecture sur la mobilité enjeu central pour l’autonomie est développée : 
«  le banc, c’est l’aire d’autoroute des vieux ». 
Daniel Herrero ancien troisième ligne était tout désigné pour valoriser le jeu alors que Thomas Legrand plaide pour les valeurs progressistes du rugby en réaction aux propos d’un Insoumis regrettant la blanchitude des équipes de quinze.
L’évidente évolution du désir en fonction de l’âge accompagne une évolution des rôles avec des hommes davantage soumis à des exigences esthétiques alors que« le regard social avait toujours assigné aux femmes une position de visibilité plutôt qu’une position de désir. » 
Dans ces 150 pages, nous sommes décidément dans une niche peuplée de vieux puisque des recommandations de lecture abondent dont je retiens «  Journal de guerre au cochon » d’Adolfo Bioy Casares, une histoire de vieux persécutés par des jeunes et bien sûr une BD de Baru «  Rock’n Roll-Salauds de boomers ». 
Un philosophe remonte de Beauvoir en De Gaulle jusqu’à Chateaubriand pour ce fameux naufrage que serait la vieillesse : 
«  je retrace [..] ma jeunesse pénétrant dans ma vieillesse […] par l’inconstance même des tempêtes déchainées contre ma barque, et qui souvent m’ont laissé pour écrire tel ou tel  fragment de ma vie que l’écueil de mon naufrage. »
 Les aidants, « piliers et héros invisibles de la dépendance », ne sont pas oubliés avec des adresses de guichets dédiés et des références pour conserver du lien et des idées pratiques comme la gazette «  Familéo » qui fait le pont entre numérique et papier.

jeudi 10 septembre 2026

Ernest Pignon Ernest à Carpentras.

J’ai beau connaître l’artiste, il m’émerveille chaque fois. 
« Ombres de Naples » riche de 200 œuvres, évoque la mythologie latine. 
Jusqu’au 1er novembre 2026, 
Carpentras lui consacre une exposition, 
la ville à laquelle il est attaché, bénéficie d'une donation de plus d’une centaine de ses œuvres.
Dessins, photographies, sérigraphies illustrent la période napolitaine entre1988 et 2015 d’un des pionniers de l’art urbain dont les collages provisoires ont persisté dans les mémoires si loin des tags égotiques souillant pour longtemps nos villes.
« Dans l’entrelacs des rues, mes images interrogent ces mythes, elles tracent des parcours qui se croisent, se superposent ; elles traitent de nos origines, de la femme, des rites de mort que sécrète cette ville coincée entre le Vésuve et les terres en ébullition de la Solfatare sous laquelle Virgile, déjà, situait les Enfers ; elles convoquent Caravage, parlent des cultes païens et chrétiens que porte aux ténèbres cette cité ensoleillée. C’est une quête au long cours, qui a duré des années, de ce qui fonde ma culture, ma sensibilité méditerranéenne. » 
Une photo avait été prise de « La mort de la vierge » à côté de deux vieilles dames qui vendaient des cigarettes. « Plus tard, lors d’un voyage, j’ai remarqué qu’il n’y avait plus le dessin, plus la vieille Antonietta qui passait ses journées là depuis des décennies. J’ai appris qu’elle était morte. Comme j’avais une photo de mon dessin avec la dame à côté, dans la nuit je l’ai dessinée où elle était tous les jours et j’ai collé le dessin.
C’est devenu une image presque sainte. Une télévision allemande m’a envoyé un film où l’on voit les gens dans la rue qui passent et embrassent le dessin de la vieille dame. »
Ses œuvres dialoguent avec d’autres tableaux de l’ Inguimbertine,
remarquable bibliothèque-musée pour une ville de 30 000 habitants ancienne capitale du Comtat Venaissin, un petit État pontifical de 1274 à 1791.
Des amis enthousiasmés par cette exposition nous ont conseillé  de voir également
une des  rétrospectives d’un des plus grands artistes contemporains au musée Ziem à Martigues :
« c’est encore mieux ! ».

mercredi 9 septembre 2026

La France à la carte. Jean-Claude Raspiengeas.

En tant que fervent du GPS je me suis retrouvé avec plaisir dans les plis nostalgiques des cartes routières, sous la couverture aux couleurs vintage de ce livre chaleureux.
«  La carte parle au cerveau, le GPS seulement à l’oreille. » 
L’auteur solide sait aussi bien citer les grands écrivains que mettre en valeur les collectionneurs un peu dingues, les chercheurs, les dessinateurs, les visionnaires, les passionnés, décrivant l’apport décisif de la famille Michelin bien au-delà de l’économie clermontoise, avec des audaces et un sens de la communication époustouflants depuis que les premières bicyclettes se mirent à « rouler sur l’air », « buvant les obstacles », jusqu’à l’omniprésent Bibendum. 
« Toutes les familles françaises ont un lien avec Michelin. Elles ont roulé sur des pneus Michelin, à vélo ou en voiture - voire, en Micheline ; remisé des cartes Michelin dans la boîte à gants, dépliés sur le capot ou la table de la cuisine ; consulté un guide rouge pour pointer les bonnes auberges, des Guides verts pour sélectionner les curiosités touristiques. » 
André Michelin avait du mal à maintenir sur la route, une de ses premières automobiles: 
«  Elle allait au fossé comme le cochon à la truffe. » 
Au début du XX° siècle, les enthousiasmes populaires autour des compétitions ne faisaient pas oublier les drames : 
«  … personne n’eut osé demander au gouvernement d’interdire une épreuve dont la témérité même constituait l’attrait et qui séduisait par l’aventureux courage déployé par ceux qui allaient y prendre part. » 
Si l’auteur a voulu suivre à nouveau la nationale 7 qui a perdu jusqu’à son nom où des nostalgiques organisent régulièrement des embouteillages de vieilles voitures, il n’insiste pas dans la mélancolie. 
L’histoire se superpose à la géographie, le temps compte davantage que le nombre de kilomètres disparaissant de panneaux souvent souillés.
Sous les routes, tuyaux et fibres par lesquels circulent gaz, eau, et informations, sont répertoriés sur de nouveaux supports,, sans cesse mis à jour par des géomaticiens. 
« Aujourd’hui des dizaines de milliers de personnes en France produisent des cartes que vous ne verrez jamais » 
L’IGN, entrée dans la modernité, outille décideurs et citoyens en représentant de façon simple des phénomènes complexes dans le domaine de la défense, de l’aménagement du territoire, des risques environnementaux. 
« La carte est devenue le territoire. »

mardi 8 septembre 2026

Cinq branches de coton noir. Cuzor / Y.Sente.

Le récit de la guerre d’indépendance aux Etats-Unis rencontrant celui de la seconde guerre mondiale est renouvelé efficacement dans un album palpitant de 170 pages.
Le montage habile, les dessins excellents, nous font rencontrer des personnages qui ont le temps de se révéler, affrontés à la ségrégation raciale sans que la violence n’altère la complexité des situations.
Au moment de l’engagement des Etats Unis contre les nazis, les afro-américains regrettaient de ne pas avoir le droit d'aller se battre.
Après une longue période d’attente, trois d’entre eux en mission pour récupérer des biens spoliés se retrouvent face à la Wehrmacht dans les Ardennes pour récupérer un drapeau à haute valeur symbolique. Johanna, la sœur d’un des soldats de ce commando, leur a offert, par ses relations, l’occasion d’un acte héroïque. Elle avait appris par le journal intime de sa tante que sous l’une des treize étoiles initiales du « Stars and Stripes » avait été glissé une étoile noire par la domestique de la femme qui a cousu ce premier drapeau américain en 1777. Cette invention scénaristique poétique et signifiante est un excellent prétexte pour apprendre ou rappeler des épisodes qui méritent d’être connus.
A propos de Jesse Owens :  
« Un coureur noir qui gagne les jeux olympiques devant Hitler et la presse du monde entier... Pour toi, ce n’est pas un bel exemple de gars qui a fait progresser la cause de l’égalité des races?
- Ah ouais? Moi je me souviens que Roosevelt a refusé de le recevoir à la Maison-Blanche! On parle toujours d’Hitler qui n’aurait pas voulu lui serrer la main... Mais damn it!! Roosevelt non plus ne l’a pas fait!!! »

lundi 7 septembre 2026

L’Odyssée. Christopher Nolan

En ces temps empressés, il est remarquable qu’un poème homérique de près de 3000 ans puisse inspirer encore les artistes et attirer de nombreux spectateurs. 
Loin du carton pâte des péplums, ce sombre voyage d’Ulysse est spectaculaire sans que le réalisateur n’abuse des effets spéciaux. 
Hormis Athéna, les dieux sont discrets mais les cyclopes et autres monstres familiers sont effrayants à souhait.
Il fallait bien du sang froid à Ulysse (Matt Damon) 
absent d’Ithaque pendant fort longtemps pour ne pas succomber à la belle Calypso
(Charlize Theron) qui lui offrait, de surcroit, l’immortalité. 
Si les thèmes du rachat, de la culpabilité, de la mémoire, de la fidélité, de l’hommage aux morts sont éternels, celui de la violence parcourt les 2h 50.
Comme chaque époque peut interpréter cette quête de soi même, de façons différentes, me trouvant à l’étape des héritages, j’ai retenu l’importance de la transmission.
La musique participe à l’épopée épique et le traitement attendu du chant des sirènes que l’on n’entend pas comme l’équipage aux oreilles bouchées à la cire, constitue une pirouette bienvenue dans cette accumulation d’épreuves. 
Les lois de Zeus concernant l’accueil des étrangers demandent à être rappelées par l’auteur britannique et américain ainsi que le questionnement à propos de la barbarie que notre hellénique civilisation n’a pas vraiment résolu.

dimanche 6 septembre 2026

Avignon. 2026.

Mes petits enfants, public captif, ont eu droit cette année
à une ration de théâtre classique agrémentée de créations aux allures apparemment plus contemporaines.
Les encadrants s’étaient réservé des écrits pacifistes de Giono
et les mots intranquilles de Pessoa
mais toutes les générations ont partagé une dizaine de spectacles.
En parfait transfuge de classe, je me la suis joué comme le « Bourgeois gentilhomme » en imposant Shakespeare connu seulement de réputation, au royaume d’Erling Haalland.
« Hamlet » évoqué depuis une chambre d’adolescent dont la mère vient de se remettre en ménage deux mois après la mort du père a parlé à tous
comme « Le Bourgois gentilhomme » en version rapeuse.
Les injustices nées de mariages arrangés retrouvées dans « Tartuffe »
ou « Le Barbier de Séville » peuvent encore concerner les enfants de nos mariages dérangés.
Le temps passant, les plus anciens ont tendance à se montrer plus indulgents envers Orgon ou monsieur Jourdain dont les certitudes pathétiques ne suscitent plus seulement les rires ou le mépris.
Les recherches hip hop  de « Malmus » offrent des plages propices à la méditation 
éloignées des rythmes proposées dans le spectacle de Carolyn Carlson 
avec la même intention de célébrer la beauté des corps en mouvement. 
«  Qu’il est loin mon pays » 
: au cours d’une sélection de chansons de piliers de la francophonie aux origines étrangères, « Viens voir les comédiens » d’Aznavour était vraiment dans le thème d’un festival vibrant de propositions tellement diverses.
Et l’heure fut hilarante pour que le rocker de « Toute la mer du monde » délivre enfin une chanson sur les 29 promises après deux guitares éclatées.
A l’intérieur des remparts de la ville sans papes, le spectacle continue entre les spectacles aux acteurs si proches, comme cette fausse conférencière dont le talent permet de faire rire à la présentation du tragique « Radeau de la Méduse ».
Les jeunes comédiens tellement familiers, en évoquant la sortie de l’insouciance de la jeunesse dans «  Hier a duré quatre jours » ont captivé notre petite troupe.

samedi 5 septembre 2026

La solitude des profs est infinie. Yannick Haenel.

Le titre, excessif, m’a attiré et j’ai remis les pieds dans les locaux de l’éducation nationale avec délices en suivant le récit d’apprentissage d’un jeune prof de français en banlieue parisienne  par la grâce d’une écriture vibrante, exaltée, excitante. 
« … la vie d'un prof se raconte de manière contradictoire: rien n'est plus ambigu, plus chatoyant, plus triste, plus allègre, plus intéressant, plus dérisoire et finalement plus décisif que la vie quotidienne d'un prof. »
 Il sait le caractère plombant du terme « transmission » chargé d’ « insignifiance vertueuse » alors que ce lien entre générations le maintient intensément dans une existence où la poésie se partage.  
« Je me vois « descendre dans mon jardin », comme on dit dans le Cantique des cantiques; et la lumière qui traverse ces milliers de journées vécues dans les collèges a beau avoir terni, elle a beau s'être perdue plus d'une fois dans l'ennui et la détresse, et s'être noyée à la longue dans une forme de désespoir, elle a toujours continué à briller, fût-ce d'une manière inexplicable, comme une pointe d'allumette qui fait naître de timides éclats dans les ténèbres. » 
La chronique d’un quotidien avec ses joies et ses déconvenues ne se complait pas dans le désespérant « pas de vague » avec quelques séquences pédagogiques réussies qui témoignent d’une pratique éprouvée sans altérer de romanesques péripéties. 
« Je leur ai demandé, comme d'habitude, de choisir un détail qui leur semblait décisif. Les détails sont les étincelles du texte, ai-je dit : sans détails, non seulement la littérature n'a pas d'intérêt, mais le monde non plus n'existe pas. Quand on raconte quelque chose à quelqu'un, ce qu'il aime, ce qu'il trouve le plus vivant, ce sont les détails. Sans détails, pas d'histoire. Sans détail, pas de vie. » 
Le souvenir des assassinats des profs Paty et Bertrand se projette sur ce récit de 300 pages se déroulant dans les années 90, dont l’ombre assombrit encore le constat d’un état dépressif de l’Ecole, quand nous voudrions ne jamais avoir rencontré ceux qui chassent les lumières.

vendredi 4 septembre 2026

Cramer.

« 474 personnes, dont 183
mineurs, interpellées depuis début juillet 
en lien avec les incendies. »
Comment ne pas en causer ?
Une fois  les inévitables responsables mécaniquement désignés : 
Macron, Moscou, les riches, les écologistes… 
va-t-on accuser les coupables? 
La négligence devient un crime, pourtant on leur avait bien dit de ne pas jouer avec les allumettes.
Je bloque quand il s'agit de trouver des excuses pour les incendiaires, à moins d’être l’agent suicidaire d’une civilisation qui se crame elle-même. 
La liberté dévoyée et le limogeage de la notion de responsabilité détruisent futaies et sous bois, broussailles et brins de muguet, notre humanité calcinée. 
La bêtise n’excuse pas la méchanceté. 
« Qu’avons-nous fait, pour avoir de tels enfants ? »
Les universitaires, amateurs de transversalité, ne sont-ils pas traversés par cette interrogation glaçante en milieu surchauffé ?
Bébé Cadum grisonnant reconnaît que ça prend dans tous les coins, à commencer par les lieux jadis dits du savoir (sciences po) quand la politique se voulait une science ou dans les colonnes d’un quotidien qui fut de référence.
Il suffit que l’école prescrive pour que l’information soit suspecte. Les récits avec morale à la clef ont saturé les écouteurs, les horreurs démentes sont préférées aux sages conseils : hydratez-vous. Au pays où Sandrine Rousseau tient le crachoir et Médiapart la boîte à scandales, pour des générations informées de la détérioration de la planète, des canettes sont encore oubliées dans les champs après la teuf.
Plus grave que les banales subventions demandées à un état que les braillards cherchent à affaiblir sans cesse, les ennemis de la démocratie se servent de nos principes pour la mettre en péril. Et il faut jouer fin quand au nom de la liberté d’expression se répandent tant de billevesées.
Les désaccords entre gens bien élevés peuvent être un moteur de la conversation, ainsi rien ne fortifie mes convictions qu’une bonne grosse balourdise. Et pas mieux que Trump pour se sentir tellement dans le bon camp qu’on finirait par ne plus s’y reconnaître tellement nous sommes nombreux. Les « woke » l’ont fait gagner à cause de leurs excès, mais ceux-ci peuvent reprendre du poil de la bête dès que le Magaga de Washington ouvre la bouche.
Nous sommes passés de sentences impitoyables à l’excuse permanente bien que la figure de la victime soit devenue centrale dans nos sociétés où la culpabilité coloniale, de genre, de génération est cultivée intensément. De féroces mises au pilori sur les réseaux vont de pair avec l’indulgence envers les fauteurs de trouble, les assassins.
Alibis, prétextes, dérobades sont servis pour des faits anodins aussi bien que pour des actes gravissimes, l’empilement d’arguties devenant un mode de conversation, la figure du nazi se voyant convoquée dès que le mot punition a fuité.
Les verdicts tendent à se montrer plus cléments en regard d’une vindicte populaire devenue plus féroce.   
L’enveloppement maternel a étouffé le mâle bourreau ; papa parti, mono maman est débordée.
Les bons sentiments, les principes se heurtent à une nature humaine plutôt rosse que rose.  
Les mots en nuages nous aident à brouiller une réalité décourageante, absurde, avec des commentaires perdant tout sens quand les bavards se mêlant de domaines où ils sont inexperts tournent complotistes.  
J’ai tant aimé : « Eduquer ce n’est pas remplir un vase, c’est allumer un feu. »
 de Yeats, mais je retiens à la page des citations avec le mot « feu » : 
« Ce con de Ouille a balancé d’la vodka sur l’canapé pour éteindre le feu ! » 
de Jean Marie Poiré.

jeudi 3 septembre 2026

Rencontres Arles 2026.

L’adjectif « photographiques » qui accompagnait la promesse des « Rencontres » arlésiennes a disparu, mais les 3000 images présentées par 300 artistes peuvent nous parler, sans recours  forcément aux discours  envahissant les cimaises.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2025/09/les-rencontres-de-la-photographie-arles.html
Mitraillé par Tik-tok, secoué par l’IA, saoulé de selfies, le huitième art n’échappe pas aux « enrobages discursifs » familiers de l’art contemporain ,
recouvrant de leur vocabulaire inclusif et laxatif des propositions absconses 
(Ecole nationale « Supérieure » de la photographie)
ou n’intéressant que les copains posés 
sur le canapé d’artistes "émergents" "en immersion".
De beaux textes poétiques épinglés à la verticale à côté d’images grises prises autour de la Méditerranée peuvent paraître difficiles d’accès
 
et les écrits de Nathacha Appanah, prix Femina, autour de photographies évoquant les rêves, mériteraient plus de temps pour aller au-delà de « la pâle copie » que serait la silhouette d’un homme et permettre d’aller voir « notre complexité et notre insignifiance mélangées. »
Les conditions de présentation des écrits ne répondent pas aux mêmes critères que celles des images souvent magnifiées dans les chapelles ou les entrepôts de la ville.
Cette 57° édition vise à « relire les mondes », «  ce qui persiste et se transforme » et réussit à nous inciter à « regarder le monde avec plus d’intensité ».
Des auteurs mettent en lumière en de chatoyants paysages, le travail des bactéries, 
voire l’action des sucs gastriques sur des pellicules argentiques.
Quelques expositions éloquentes se dispensent de bavarder, quand la poésie du finlandais Pentti Sammallahti, son humour, vont vers la beauté.
La puissante rétrospective de l’œuvre du reporter Alain Keler révise les conflits dans le monde depuis la deuxième guerre.
Ayana V. Jackson se met en scène avec élégance dans des tableaux impressionnants de précision et d’énergie.
La diversité des regards et leurs évolutions dans le temps (performatifs, affectifs, éthiques…), 
la pertinence des thèmes structurants l’exposition « Le modèle animal », la beauté, nous séduisent et nous scrutent.
Pas de meilleure place que le jardin d’été pour exposer des fleurs
vues par ailleurs dans le lieu dit « La mécanique générale » entouré d’un jardin méditerranéen bien entretenu plutôt moins aride que certaines de nos pelouses dauphinoises.
Une présentation des livres photo jeunesse bénéficie aussi de la variété des approches.
L’Afrique longtemps discrète s'impose avec les afro-américains en tête d’affiche.
Il y avait la queue à l’espace Van Gogh pour la jazzie Martine Barrat française 
installée à New York.
Bruno Boudjelal
 a voyagé de Tanger au Cap.
L’émergence d’une espérance après l’indépendance du Ghana en 1957 apparait dans les portraits intimes quand les protagonistes entrent en relation.
Les romans-photos jadis méprisés sont remis au goût du jour 
du côté d’Abidjan dans les années 70.
S’il y a des vidéos troublantes comme les rues de Taipeh vides de tous ses habitants lors d’un exercice d’alerte, des productions d’amateur peuvent également être touchantes, mais «  Le roman algérien » dans l’église Saint Blaise m'a paru vraiment insuffisant.
Des reportages et documentaires pour le magazine Stern par Marie-Claude Deffarge et Gordian Troeller s’intitule « Des Images qui ne font pas rêver »,
pas plus qu’ « Une traversée katangaise » inextricable situations au pays de l’ « extractivisme ».
Harry Gruyaert
aime les couleurs,
Ming Smith préfère les flous.
Omar Victor Diop s’incruste dans des photos de familles blanches des années 60
et Thato Toeba redécoupe et colle, «  Tout le monde peut être Lucifer ».
Les extra terrestres, les consignes de sécurité chez EDF 
ou les images dites cannibales m’indiffèrent
alors que la maladie d’Alzheimer d’une grand-mère ou le travail de Clément Cogitore « Memory palace » sur la mémoire me concerne.
S’il n’y avait pas de gris, il n’y aurait pas de noir profond ni de blanc éclatant.