Toujours dans le style gothique, mais dans le domaine
religieux, l’onze-Lieve-Vrouwekerk
ou plus simplement l’église Notre-Dame se distingue par une flèche en brique la
plus haute au monde. Mais son intérêt
principal réside ailleurs ; en effet elle détient entre ses murs une
Vierge à l’Enfant en marbre sculptée par Michel-Ange, acquise par de riches
brugeois impliqués dans le commerce de
drap anglais. Ceux-ci furent amenés à voyager en Europe, notamment à Florence
où ils négocièrent directement l’œuvre avec l’artiste ou son frère ; avec
moult précautions, ils la transportèrent
à Bruges, alors que peu de statues de Michel-Ange franchirent les
frontières italiennes de son vivant. Exception rare donc, nommée la
Madone de Bruges, elle suscita des
convoitises au cours de l’Histoire, raflée par Napoléon puis par Hitler.Bruges, ville prospère, se dote d’un hôpital dès le XIIème
siècle, Le Sint-Janshopitaal acceptait « quiconque avait besoin de soins
ou d'un endroit où dormir, sans distinction d'origine ou de classe sociale ». Cependant, d’après notre guide, les malades
qui mourraient s’engageaient à léguer
tous leurs biens répartis entre l’église
à 50 % et la ville à 50%. Devenu obsolète
et inadapté à la médecine moderne, il a cédé la place à un musée portant sur
l’histoire des soins et détenant des peintures de Memling.
https://blog-de-guy.blogspot.com/2025/12/bruges-2.htmlBruges, ville prospère se soucie aussi des nécessiteux dès
le XIVème siècle. Pour eux des mécènes créent des maisons-Dieu (Godshuizen)
afin de leur offrir un toit décent. Celle que nous visitons s’appelle
« het rooms convent », construite en 1330. Elle se cache au bout
d’une ruelle semblable à un couloir lequel aboutit à un petit oratoire à l’abri où brûlent des bougies. Son fondateur donateur, proposait à des femmes miséreuses des logements sous
forme de maisonnettes blanchies disposées autour d’un jardin. De plus, il leur
assurait un bol de soupe et du bois pour se chauffer. En échange, il leur
demandait de prier pour le salut de son
âme. Ces logements sociaux servent encore aujourd’hui, la ville les réserve
pour des couples de plus de 60 ans, brugeois et à faibles revenus.Lorsque nous ressortons de Katelijnestraat, nous quittons un havre de paix pour renouer avec l’activité du monde moderne dans
une rue où se concurrencent les
chocolatiers connus : Léonidas, Jeff de Bruges et d’autres.Ce passage transitoire nous conduit rue Stoofstraat, autrement dit
rue des étuves. Elle recevait au Moyen âge les bains publics, d’où ce nom
qu’elle conserve. S’y mêlaient sans
distinction de sexe, les hommes et les
femmes et personne ne semblait s’en
scandaliser.La place Walplein quant à elle doit sa réputation à la brasserie De
Halve Maan, « demi-Lune » ou encore Henri Maes. Fondée en 1546, elle demeure la dernière brasserie présente
au centre- ville malgré des installations devenues trop petites. Elle a su
s’adapter grâce à un pipeline transportant le liquide réputé vers des usines
d’embouteillages à l’extérieur, ainsi, elle profite toujours de la même eau de
qualité et des équipements anciens.Il nous reste, comme
lieu incontournable de la ville, à nous
rendre au béguinage princier de la vigne : prinselijk begijnhof ten
wijngaarde (Begijnhof).
Ici les
béguines vivaient en communauté depuis le XIII ème siècle. Ces femmes
pieuses et actives vouaient leur vie aux bonnes actions sans toutefois
prononcer de vœux. Des murs protecteurs entourent l‘ensemble des bâtiments, percés d’une porte
d’entrée accessible par un pont et au-dessus de laquelle on peut lire en
français : « Sauve Garde ».
Cette inscription proclame un
droit d’asile sur un sol qui fut, à un
moment de l’histoire, français. A l’intérieur des maisons blanches et leurs jardinets, séparés par des clôtures pour
préserver l’intimité s’organisent autour d’une cour arborée. Des espaces
collectifs s’intègrent dans le même style. Des femmes célibataires uniquement,
3 bénédictines et des sœurs de l’ordre
de saint Vincent de Paul occupent encore
ces logements sans restriction de
revenus.Pour conclure son
tour de ville, W. nous réserve une surprise. Il obtient le sésame afin de
monter au 7ème étage du «Concertgebouw brugge » et nous laisser
sur une vue panoramique de la vieille ville de Bruges qu’il nous a faite
découvrir. Fin de la visite, nous nous séparons, marchons vers la gare sous le soleil, le
train prévu un quart d’heure après notre arrivée en gare nous ramène à Aalter
où nous faisons un crochet au Delhaize
avant de nous lover dans la maison.
PS. D’après notre
guide, le mot Bourse (finance) aurait pour origine le nom d’un Brugeois du XIVèmesiècle, Van der Beurse, propriétaire d’une
auberge devenue lieu d'échange pour les marchands.PS : A signaler
le musée de la frite et le musée du chocolat
PS : beaucoup
de vélos sur les pistes cyclables partagées avec les piétons, les pédaleurs roulent à vive allure, sans
casque de protection.


Merci beaucoup pour ce billet, Guy. Très intéressant, très instructif dans notre contexte actuel.
RépondreSupprimerC'est autour de 1340 que Nicolas de Rolin commence à mettre en place les Hospices de Beaune qui participent pleinement à l'esprit que tu décris dans ce billet : une révolution ? dans le désir d'accueillir et de soigner les pauvres... gratuitement, comme des rois. Je me demande si l'ancien hôpital avait également un tableau comme "Le Jugement dernier" de Van der Weyden, pour soigner les âmes des soignants et pauvres malades. Cela faisait partie de l'ancienne conception du soin, et je souscris à ces soins qui prennent soin de l'âme, l'esprit ET le corps. Et puis, quoi de plus noble que de traiter le pauvre... comme un riche dans sa détresse ? Ne voudrait-on pas tous avoir DES EGARDS qu'a la société pour ses riches en étant malades, vieux, vulnérables ? Qui ne le voudrait pas ? (Bon.... comme on sait que le fait d'avoir donne toujours envie d'avoir PLUS, la corruption, même des bons, est inévitable, n'est-ce pas ? ne divinisons pas les pauvres...)
Question technique : les béguines étaient-elles techniquement des laïques, au sein de l'église ou pas ? le sais-tu ? Cela dépasse mes compétences, et j'ai la flemme de pianoter sur Internet pour chercher.
Le statut de Bruges pendant cette période était-il en rapport avec le duché de Bourgogne, des fois ? Si c'est le cas, il y a des choses qui s'expliquent, me semble-t-il.
Merci pour toute cette instruction ce matin, et avec de belles photos en plus. Ça donne presque envie de... voyager.
Wikipédia: "Une béguine est une femme, le plus souvent célibataire ou veuve, appartenant à une communauté religieuse laïque sous une règle monastique, mais sans former de vœux perpétuels."
RépondreSupprimeret sur un autre site: "À la fin du Moyen Âge, Bruges était une ville cosmopolite, un melting-pot de richesses et de nationalités. Lorsque l’industrie drapière a perdu du terrain, la ville s’est lancée dans la production de biens de luxe, comme l’orfèvrerie, les manuscrits enluminés, la dentelle, les tableaux… Autant de biens qui seront exportés aux quatre coins de l’Europe.
Ainsi les mariages savamment arrangés de la cour de Bourgogne l’ont amenée à s’unir au comté de Flandre. Les ducs de Bourgogne se plaisaient à Bruges. Ils aimaient séjourner dans le luxe du Prinsenhof (l’actuel hôtel Duke’s Palace cinq étoiles). Forts d’un goût sans faille et d’un penchant pour le faste, ils ont commandé des œuvres aux artistes les plus renommés, notamment le peintre Jan van Eyck qui s’est installé à Bruges pour officier en tant que peintre de la cour de Philippe le Bon. Pour elle, il a effectué divers voyages et pèlerinages qui ont accru sa notoriété internationale et étoffé sa clientèle. "
Merci, Guy. Je me disais bien que le Duché de Bourgogne était de la partie quelque part. Et je ne fais pas partie de ces gens qui décrient en permanence le luxe et le faste, la main sur le coeur, en prêchant pour l'essentiel et le fonctionnel sobre à tout prix. Qui a pu dire que l'Homme ne vit pas que du pain ? Une sage observation, de mon point de vue. Et tant qu'Il sent qu'il peut accéder un tant soit peu au luxe et au faste, le temps d'une soirée ? d'une visite ? en n'étant pas méprisé, peut-être qu'il ne lorgne pas tant que ça la richesse et le luxe qui se paient cher, quand même.
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