jeudi 1 janvier 2026

L’Almanach dauphinois. 2026.

Le mook annuel, où 
en couverture mémé joue du rouet devant l’âtre, nous offre pour sa soixantième édition, parmi soixante raisons de l’acheter :
«  Pour savoir qui sont saint Mamert, saint Pancrase, et saint Servais »
«  Parce qu’il n’est pas vendu sur Alibaba ni Amazon. »  
Une place libre est réservée dans les 130 pages pour noter « la première gelée blanche ».
Dans le calendrier à la page de septembre: 
«  poussent en abondance dans les forêts, les clitocybes nébuleux, les lactaires, les russules, les derniers bolets et d’autres espèces moins connues comme l’excellent polypore des brebis. »
« Quand les hirondelles voient la Saint Michel, l’hiver ne vient qu’à Noël ».
Pourtant les dictons ancestraux sont mis à mal par un réchauffement climatique documenté dans les pages consacrées à la météo : 
« L’exception française ne doit pas masquer l’inquiétante réalité : l’été 2024 est le plus chaud jamais enregistré dans le monde, battant le record précédent établi en 2023. »
Un article menant des glaciers aux vallées, développe le sujet avec des témoignages d’éleveurs et d’arboriculteurs, d’alpinistes qui ne se risquent plus dans la barre des Ecrins,
« Les Alpes sont la région qui s’est le plus réchauffée de l’hexagone. »
Et ce ne sont pas les Huizats, habitants d’Huez, village auquel est consacré un reportage exhaustif qui démentiront cette évolution. La station de l’Alpe d’Huez offrant une capacité de 30 000 lits touristiques a ouvert son premier téléski en 1936 et bien que la saison dernière ait été excellente, diversifie les animations qui ont rendu la montée aussi célèbre que les descentes depuis les 31 arrivées du Tour de France en altitude au bout de ses 21 virages, dont un baptisé « virage des hollandais ». L’histoire avec les compatriotes de Zoetemelk se poursuit avec une sorte de Téléthon diffusé en direct à la télévision chaque mois de juin «  L’Alpe d’HuZes », course caritative, «  faire six fois la montée en une journée- zes signifie six en néerlandais ».
La construction de l’église Notre Dame des neiges à l’allure très contemporaine a été impulsée par un prêtre … néerlandais.
Dans les nouvelles de l’Isère, de la Drôme et des Hautes alpes dont est rappelée l’histoire qui nous réunit sous le nom de Dauphiné, les visages des députés y apparaissent et disparaissent  comme le dispensable Hubert Prévost. 
Le 25 juillet, un million de mètres cubes de roches ont recouvert la route sur 800 m à La Rivière sans faire de victime.
La télévision centenaire figure à la rubrique « Vie d’autrefois », serait-elle devenue aussi obsolète que la baratte et le char à bancs ?
En tous cas, une certaine sagesse populaire est toujours valable : 
« Il n’est pas difficile d’avoir l’air parfait quand on n’a rien fait ». 
Dans le trio des fleurs, des fruits, des animaux à mieux connaître : le lis de Saint Bruno est en lice pour monter sur le podium des plus belles fleurs. 
La sauterelle verte peut se targuer de faire partie de la famille des Tettigonndae alors que la dénomination « mignonette d’Herbassy » en impose pour une pomme.
Parmi les recettes proposées, l’incontournable « Matefaim » pourrait-il convenir après une « bayanne » salade de haricots, coco de Mollans, tièdes avec de l’huile d’olives de Nyons ?Histo Bus Dauphinois, une association de Pont de Claix, collectionne les autobus, les autocars tel un Torpédo décapotable de 1937 destiné à transporter les pèlerins à Notre Dame de La Salette. En 1968 : 540 autocars avaient été affrétés depuis toute la France pour transporter les spectateurs des Jeux Olympiques.   
Les astuces de mémé Alice peuvent concerner aussi le nettoyage du micro-ondes.
Parmi les expressions bien de chez nous, « plaindre » signifie économiser : 
« Pour avoir de bonnes récoltes il ne faut pas plaindre les semences ni son temps au jardin. »
Et si sont valorisées les fêtes de villages qui mobilisent de nombreux bénévoles, à Roche, 450 pour le comice agricole, les cousinades sont aussi à la fête. 
Les centenaires ont forcément des tas de choses à dire comme Anna qui fréquentait la mercerie d’une certaine Jeanne Calment et l’ancien maire de Savines le lac qui eut bien du travail pour reconstruire le village englouti par les eaux du barrage de Serre-Ponçon ou ces militantes féministes, ces résistants, ces pieds noirs qui ont refait leur vie ici.  
« Tout s’est bien passé » dit l’une d’elles qui aura peut être l’honneur de figurer une deuxième fois dans «  La ronde des centenaires » comme Marie-Louise André âgée de plus de 110 ans. Louis Mermaz, Howard Butten, Jean François Kahn et Raphaël Géminiani nous ont quittés cette année ainsi que la doyenne du monde (117ans).   

mercredi 31 décembre 2025

Le réaménagement intérieur de Notre-Dame de Paris. Marc Chauveau.

Frère Marc Chauveau, le conférencier devant les Amis du musée de Grenoble a participé aux comités consultatifs mis en place pour la restauration de Notre-Dame de Paris après l’incendie de 2019. 
 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2024/04/le-vitrail-moderne-frere-marc-chauveau.html
En 2018, la renaissance 
en 5 ans  du monument le plus visité d’Europe (14 millions de visiteurs) fut un exploit, après quelques miracles :
les rosaces du XIII° siècle demeurées intactes
comme la statue de Notre-Dame
ou La croix de Marc Couturier : une espérance pour les fidèles au milieu de la désolation.
Cette 
sombre première cathédrale gothique, a retrouvé sous de nouvelles lumières, la douceur des calcaires lutétiens.
Une suite de destructions et d’innovations constitue un patrimoine en évolution constante.
Après le concile de Trente, la liturgie devient plus théâtrale, 
le jubé qui séparait le chœur et la nef pendant la période médiévale a disparu.
 Le musée de Cluny en expose aujourd’hui des fragments retrouvés récemment.
Chaque année, 
pendant la période de l’Avent, les fidèles peuvent voir en Alsace 14 tapisseries jadis commandées par Richelieu pour Notre-Dame, achetées ensuite par le diocèse de Strasbourg.  
La confrérie des orfèvres avait offert 73  tableaux,« les Mays », entre 1630 et 1707.
 
Eustache Le Sueur
, "La Prédication de saint Paul à Éphèse".
 
Dispersés au moment de la Révolution, 51 se retrouvent au musée des Petits-Augustins, au Louvre, à Arras. 
Au XVII° siècle la lumière entre, 
les colonnes paléochrétiennes ressortent au détriment des ogives gothiques
Anne d’Autriche ayant enfin donné un fils à Louis XIII, celui-ci a décidé de consacrer son royaume à la Vierge au moment où 
les troupes espagnoles envahissaient la France.
Philippe de Champaigne « Le vœu de Louis XIII » au musée de Caen.
Une statue tout en délicatesse de Louis XIII occupe le chœur réaménagé sous Louis XIV. 
Après le sacre de Napoléon, Notre Dame n'appartient plus seulement à Paris, mais à la France,  
puisque des serments constitutionnels furent prononcés depuis la tribune installée dans la nef centrale.
Après l’incendie, elle devient Notre Dame de la planète.
Le drômois Guillaume Bardet vient de concevoir un nouvel autel, 
table du sacrifice à dimension commensale, dans une esthétique discrète en harmonie
avec le baptistère,
la cathèdre (siège réservé à l’archevêque qui marque le statut de cathédrale),
l’ambon (support de lecture des Évangiles),
le tabernacle en forme de tente originelle s’ouvrant comme un livre.
Ostensoir et ciboire, aiguière et burettes, la vaisselle liturgique se renouvelle. 
Ionna Vautrin a fourni 1500 chaises empilables et solidaires pour garnir l’axe du bâtiment entouré de 14 chapelles latérales.
La chapelle axiale est dédiée à la Passion du Christ avec la châsse-reliquaire de la Couronne d’épines.
Au nord, 
David, Abraham, Noé, Moïse, Isaïe, Salomon, Elie, personnages de l’Ancien testament, occupent « l’allée de la promesse» d’un sauveur.
Au sud, le déambulatoire « l’allée de la Pentecôte », représente des scènes après la Résurrection, au temps de l’église et de ses martyrs.
Les peintures de Violet le duc qui avait repensé ces chapelles en 1860 disparaissaient sous la crasse et la suie. Celui qui annonçait l’art nouveau a de nouveau été révélé.
Certains de ses murs décapés dans les années 60 redonnaient place aux œuvres du XVII°,  aussi légitimes que des œuvres d’art contemporain.
Il faudra c
inq ou six années pour tisser sept tapisseries dont celles de Miquel Barcelo et Michael Armitage dans les manufactures des Gobelins, de Beauvais et à Aubusson, iIlustrant les paroles de Moïse :
« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, 
et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants… » 
Claire Tabouret, choisie pour créer de nouveaux vitraux, malgré une pétition hostile regroupant 300 000 signatures, se rassurait : un pays où le remplacement de vitraux en grisaille suscite tant de passion n’est pas totalement fichu.
 

vendredi 26 décembre 2025

Diafoirus.

Parmi les antiennes des collègues de mon âge, le constat de la rapidité de la fuite du temps vient aggraver d’autres délitements.
En surface nous éprouvons ce que notre environnement subit et craignons tout ce que nous avons généré et qui nous dépasse : l’intelligence passe chez les robots, l’imbécillité se développe dans le déni de l’urgence climatique, des réalités budgétaires, des tensions commerciales et militaires.
Bien que la mise en valeur d’arguments contre-intuitifs devienne tendance, j’en resterais à l’esprit de contradiction pour voir l’IA comme rempart au populisme, dans la croyance que la science gagne toujours à la fin, comme l'équipe à Dédé.
Bien d’autres ont brodé à propos de notre vulnérabilité en tant qu’Européen, pensant que cette prise de conscience ferait notre charme, bien qu’elle regonfle les muscles des maîtres illibéraux d’un monde immonde. Notre régression démographique atteste la dépression d’une civilisation.
Les bouleversements tenant dans l’espace d’une génération, nous poussent à l’autodénigrement et accentuent des mouvements plus lents qui travaillent le corps social. 
Les populistes à la Bardelenchon peu encombrés de soucis de gouvernance au quotidien ni de scrupules envers ceux qui ne partagent pas leurs idées, carburent à la haine, exacerbent les particularismes au détriment du commun.
Les nationalistes les plus virulents sont financés par l’étranger intervenant directement dans les processus électoraux depuis les usines à trolls poutinesques ou sous pressions trumpistes au-delà de l’Amérique latine.
Face à ces ébranlements que le moindre pilier du bistrot numérique peut ressentir, on pourrait souhaiter que les investissements aillent vers une protection de nos mômes et de nos machines intelligentes, mais de sous, y a plus bezef. Les réparations des manques du passé empêchent les financements d’avenir par une puissance publique bien mal nommée.
Comme il ne faut point fâcher les retraités, les ressources pour accompagner la mutation climatique ne viendront pas : « grille, baby, grille ! »
Nos maux collectifs se déclinent au cas par cas chez nos médecins généralistes dispatcheurs de spécialistes dont les savoirs spécifiques renvoient vers d’autres errances médicales plus intuitives. Quand l’ostéopathe devient le recours pour traiter la globalité de l’être, il est bien tentant de voir le surgissement d’un « théos » (Dieu) des articulations douloureuses.
Des guérisseurs, d’autres diraient charlatans ne cessent de désigner le Macron comme cause de tous les maux comme dans une comédie où le poumon était incriminé à tous coups mais ne savent révéler la composition de leurs remèdes.  
« Les médecins laissent mourir, les charlatans tuent. »  
La Bruyère. 
Tel mon vieux copain d’école primaire dont on mouline la nourriture dans son EHPAD, je touille les métaphores entre médecine et politique n’étant plus en mesure de m’extraire d’un constat navrant d’une Europe qui regarde ailleurs alors qu’elle est désignée en tant qu'ennemie par Vladimir et Donald nommés ainsi que des personnages d’un distrayant film d’animation. 
Nous n’arrivons pas à penser et l’impensable s’annonce quand sont abandonnées les valeurs de laïcité, de sécurité, de travail, de responsabilité, comme il est pourtant répété de bien des côtés.