samedi 3 octobre 2026

La maison vide. Laurent Mauvignier.

J’avais offert ce Goncourt de Noël avant d’oser le lire, car les appréciations telles que « le plus grand livre du XXI ° siècle » avaient de quoi impressionner, comme pouvait lasser la thématique annoncée d’un retour de plus vers les origines opéré par tant d’écrivains.
Mais la finesse, l’intensité de l’écriture de cette histoire personnelle, m’ont concerné intimement.
Le titre, « La maison vide » appelle facilement la contradiction, tant l’imagination s’épanouit en ce monument grandiose dont le format (744 pages) participe à sa densité. 
Les citations, prélevées dans une symphonie grandiose, ne peuvent être que parcellaires. 
« … mais je crois que si ce que j’écris ici est un monde que je découvre en partie en le rêvant,    je ne l’invente pas tout à fait, je le reconstruis pièce à pièce, comme une machine d’un autre temps dont on découvre que le mécanisme a pourtant fonctionné un jour… » 
Les épisodes de la grande histoire inscrits sur les monuments aux morts et dans les partitions oubliées d’un piano devenu muet sont relatés avec une force renouvelée ainsi que les conflits les plus secrets. 
« … tout se tient dans les passages qui unissent les êtres entre eux par delà le temps et l’oubli, qui permettent à chaque génération d’inventer un présent et de se croire libérée de la tutelle de ses anciens. »
 Les silences, les passions, les contradictions, les évolutions, les pardons sont exprimés avec force et nuances.  
«  … tout de même on lui en racontait un peu, des histoires, car même sans le vouloir, par facilité, vantardise, sottise, par espoir que les mots fassent advenir une réalité ardemment souhaitée, à l’arrière… » 
Le lecteur peut suivre chaque personnage décrit sans concession, dont les hésitations, les points de vue sont présentés honnêtement, avec générosité, humanité. 
« … et qu’est-ce que c’est de déclarer une guerre un samedi, en plein été ? 
En pleines moissons ? » 
La construction est habile quand dans un foisonnement d’émotions, est révélé une conclusion fatale au détour d’une phrase, et que j’attends de savoir comment sera accueilli le soldat de retour du front :
« … en écrivant je ne vois que la béance d’un intouchable moment de vie, car ces retrouvailles, ni la fiction, ni le recours à des témoignages ne pourraient m’en ouvrir les portes »
L’ambitieux et prudent écrivain se laisse aller parfois à des anachronismes véniels : je ne suis pas sûr que l’expression « coûter un bras » était utilisée au début du XXI° siècle d’une façon figurée, pas plus que le terme « gerber » ou « contexte géo politique ».
Mais ce n’est rien, tant chaque page convoque de violentes sensations : 
« Les yeux vont te pourrir dans la tête à te lever à des heures pareilles ! » 
Cette œuvre permet de ne pas désespérer de la littérature contemporaine 
et autorise l’admiration devant tant de justesse d’une foisonnante écriture en quête de vérité:
« Tous ces malheurs accumulés depuis tant d’années qui n’en finissent pas de revenir pour quelques secondes ou plusieurs heures, comme s’ils avaient définitivement élu domicile en nous et que, la plupart du temps, ils consentaient à se laisser oublier et à faire une place à l’espoir d’un présent sans passé… »

vendredi 2 octobre 2026

Bêtisier.

Quand je prends mon stylo à encre pour assembler quelques mots sur le papier avant la mise au propre, c’est comme si je revenais au temps du poêle à charbon qui assurait jadis le chauffage dans la seule pièce de la maison, alors qu’en ce siècle les motifs ne manquent pas pour avoir chaud aux oreilles, quand brûle la planète.
Les petites phrases pleuvent et s’évaporent si vite qu’une chronique peut aussitôt devenir obsolète, bien que l’obstination des « Insoumis » à jeter de l’huile sur le feu soit une constante.
France Info ne citait comme commentaire après la victoire des néo nazis dans un land en Allemagne que celui de Mélenchon :  
«  c’est la faute des centristes ! » 
sans mentionner la faiblesse de Die Linke, son parti frère, alors qu’à Berlin ce même parti progressait, car il sait se montrer ouvert aux compromis.
Le service public donne à ce moment là des armes à ceux qui l’accusent de parti pris.
Au-delà de la faiblesse de l’accusation mécanique du chouchou des médias, s’applique la technique « Flood the zone with shit » (inonder la zone de merde) de Steve Banon, ancien conseiller de Trump.
Et  j’entre dans le piège en parlant une fois de plus de ceux qui emploient tous les moyens pour qu’on parle d'eux.
Bien qu’ayant peu de compétences en économie, « la mise au frigo de la dette » par le quadruple candidat à la présidence de la République Française ne me semble pas très sérieuse, mais la formule a fait jaser bien plus que l’impossibilité pour l’état d’investir. Le comique à l’humour douteux attire les commentaires, et toute critique aiguise les convictions de ses partisans, à la haine toujours prête à jaillir, diabolisant l’adversaire. 
« Les français affichent la durée de retraite la plus longue au monde, plus de vingt cinq ans » Antoine Foucher.
Ce fait positif sera moins médiatisé que n’importe quelle petite phrase pourvu qu’elle soit agressive.
Centriste triste, je pense que le bloc central devrait cesser d’insister sur le matraquage fiscal alors que taxer les très grandes fortunes aurait un certain rendement politique au-delà d’une efficacité miraculeuse sur le rétablissement des finances publiques.
Je m’applique à relever que l’augmentation de 8% des prélèvements obligatoires depuis 50 ans est allée aux dépenses de retraite (passées de 7 à 14% du PIB) et de santé bien que la population vieillissante pense ne pas en avoir pour son argent. Le recul de l’âge de la retraite semble inéluctable quoi qu’en dise la rue.
Mais je ne vais pas plus loin au pays des espèces sonnantes et trébuchantes et préfère, depuis mon fauteuil de patriarche défroqué, observer nos mœurs.
Homme at home devenu atone, je vois aussi que des masculinités violentes s’exacerbent à la hauteur de leur impuissance. Les féministes décoloniales jouent contre leur camp lorsqu’elles justifient la tradition de l’excision en excusant des pratiques cruelles, machistes puisqu’elles portent de bonnes couleurs.
Si se retrouvent dans un bêtisier où les femmes n’ont pas besoin de quota, les jugements lamentables de Ségolène Royal et les sornettes de Marine Tondelier, j’approuve Sandrine Rousseau, si souvent irritante, mais peu suspecte de démagogie sur ce coup là : 
«  Nous nous pensons puissants et nous sommes incapables de penser notre vulnérabilité. 
Le réchauffement climatique va menacer l’ensemble de nos structures sociales et politiques. »   
Les occasions ne manquent pas pour se désoler que pour caractériser l’esprit de notre pays, il devienne difficilement compréhensible de le dire « rabelaisien ».
Mirapolis et sa statue de Gargantua, parc imaginé sur le thème des contes et légendes français, ayant fait faillite, il est question d’un nouveau parc d’attraction sur le thème des mangas. Trop de références ignorées du public avaient conduit à l’échec de cette première entreprise, la culture japonaise semble plus porteuse que la française.
Un joueur de l’équipe de France se fait insulter  parce qu’il a dit aimer la France: j’en ai la crête qui frissonne. 
« La France souffre d’elle-même, elle ne se connaît plus, ne se reconnaît plus,
ce qui est bien la pire des maladies. »  
Boualem Sansal

jeudi 1 octobre 2026

Art up Grenoble 2026.

En cette fin septembre, à Grenoble, 
55 galeries ont présenté pendant quatre jours plus de  300 artistes.
La diversité des propositions est toujours agréable, 
bien que d’une année sur l’autre, les nouveautés ne m’ont pas sauté aux yeux
même si nous avons plaisir à retrouver Jürgen Lingl.
Lors d’une déambulation où ressortent les couleurs les plus vives, 
on arriverait à trouver un Miro quelque peu pâlichon,
alors que des citations de street artist seraient plutôt clean.
Les clins d’œil aux productions classiques les remettant dans la lumière deviennent coutumiers.
Bernard Buffet revient à la mode et Combas figure parmi les artistes des plus représentés.
Des artistes locaux côtoient les grands noms, mais un 
Ernest Pignon Ernest, lorsqu'il était affiché dans des rues de notre cité, délivre un message qui va au-delà des montagnes. 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2014/03/ernest-pignon-ernest-grenoble.html
Des photographies de Charlotte Perriand léguées récemment au musée de Grenoble après leur récente exposition accentuent la présence du huitième art dans les travées d’Alpexpo
où se retrouvent des artistes vus à Arles. 
Et si je n’ai pas relevé le nom de tous les artistes, je garde en souvenir un intitulé qui conviendrait à bien des productions : «  Un mince vernis de réalité ». 
Un rayon de soleil.
Un Chagall vibrant.
Un Simon Berger fracassant.

mercredi 30 septembre 2026

Pavie # 1

Nous partons à 8h du matin sous un ciel couvert avec un  thermomètre affichant de 11 à 12° alors qu’à la radio que nous écoutons, le jardinier consulté attire l’attention sur la verdure apparue en une nuit.
Nous passons le tunnel de Fréjus sans encombre ni circulation, surpris qu’aucun véhicule ne nous croise dans l’autre sens: des travaux sans doute limitent leur  passage à des heures réglementées.
Une fois en Italie, nous visons une station d’autoroute pour prendre un café, à l’apparence peu différente des autres proposées sur cet itinéraire ; nous la  trouvons vieillotte et bien délabrée avec ses WC à la turc obsolètes. 
D’ailleurs, l’environnement, les paysages et les villages ne semblent pas sortis du passé jusqu’à l’approche de Turin où se manifestent  toutes les caractéristiques des infrastructures et constructions  modernes d’aujourd’hui.
Nous atteignons PAVIE à 13h.
Nous profitons d’une place de parking (parcmètre) près du château Visconti, qui nous libère du souci de nous déplacer en voiture au centre-ville.
A pied nous nous dirigeons vers la place della Vittoria dans l’espoir d’y trouver des restaurants.
Ils ne se révèlent pas si nombreux, si nous excluons les bars à « tapas » et à grignotage, et nous optons pour la pizzeria Marechiaro.
La traversée rapide de la ville nous aura permis d’entrapercevoir l’une des plus anciennes universités d’Europe, toujours en fonction, dans ses vieux bâtiments de style néoclassique organisés autour de plusieurs cours intérieures, selon le même principe qu’à « Champo ».
Nous profitons de l’accès libre pour  assouvir notre curiosité et pousser jusqu’au portail clôturant l’arrière de l’édifice.
De là, nous découvrons trois hautes tours médiévales,
comme il s’en trouve à San Geminiano et construites dans le même but, celui d’étaler sa puissance et sa richesse.
La pittoresque place della Vittoria quant à elle reste l’endroit fréquenté de la ville. C’est ici que les marchés et les négociations commerciales se traitaient.
Des arcades la bordent jusqu’au palais gothique « dei diversi », proche de l’église désacralisée Santa Maria Gualtieri  et le  palais du Broletto qui ferme la place. Cet ancien palais communal en briques possède un escalier latéral 2 étages et une loggia. La ville l’utilise aujourd’hui pour abriter des institutions culturelles et des manifestations d’art contemporain. 
En revenant vers la voiture,nous débouchons presque par hasard devant l’église San Francesco caractéristique du style gothique-lombard.
Sa façade délicatement décorée joue avec les couleurs rouge de la brique, blanche du plâtre et du marbre et les tons clairs de grès  afin d’obtenir de fins  motifs géométriques. Nous ne disposons malheureusement pas de temps pour pénétrer à l’intérieur car nous devons prendre possession de notre chambre d’hôtel, super clean et agréable.

mardi 29 septembre 2026

Et à la fin, ils meurent. Lou Lubie.

Au centre de la verte couverture cartonnée ornée de dorures, très classique, le Petit Chaperon Rouge a un drôle de sourire parmi d’autres personnages aux yeux crevés, aux bras amputés, c’est que le volume se propose de révéler «  la sale vérité sur les contes de fée ».
En 245 pages, finement documentées, la dessinatrice a pris le temps de revenir par exemple à l’origine chinoise de Cendrillon, plus de mille ans avant Disney, en faisant part des transformations opérées où selon les pays varient les péripéties.
Le passage de la tradition orale populaire aux cercles lettrés par Perrault le catholique et les protestants Grimm ajoute à la diversité des versions.
Parmi les nombreuses histoires racontées aucune ne se termine par «  ils vécurent heureux et eurent beaucoup d’enfants » mais mettent en scène : mutilations, meurtres, adultères, voire cannibalisme et quelques scènes de cul que Basile le premier auteur d’un recueil de contes de fées n’occulte pas du tout.
« Il était une fois » ouvre le chemin de l’imaginaire comme : 
« Il y avait dans le temps »
« Il y a longtemps, bien longtemps »
« Dans l'ancien temps, quand les désirs s'exauçaient encore... »
« Dans une contrée éloignée où les oies battent le blé avec leurs ailes et où les chèvres moulent la farine avec leur barbichette. »
Bruno Bettelheim auteur de « La psychanalyse des contes de fées » est bien sûr convoqué et donne de la profondeur au sujet évalué par un œil contemporain sensible aux rôles joués par les hommes (extériorité) et les femmes (intériorité), au racisme, au rôle de la religion… 
« D'après sa correspondance, il est probable qu'Andersen ait aimé des hommes.
« La petite Sirène » pourrait avoir été inspirée par son amour impossible pour le fils de son bienfaiteur. »
Les formes modernes de récits sont également évoquées mais cette étude drôle a beau décaper la tradition, la conclusion se gardant de censurer invite à la transmission : 
 « Vous savez maintenant que les contes de fées sont bien plus que de naïves histoires pour enfants. Ils sont notre patrimoine littéraire, notre héritage culturel, les origines de notre imaginaire. Ils sont drôles, choquants, symboliques, variés, enchanteurs, parfois condamnables, et surtout vivants. »
 L’auteure excellente est vraiment à la hauteur. 

lundi 28 septembre 2026

Eléphants dans la brume. Abinash Bikram Shah.

Dans la forêt népalaise les téléphones portables fonctionnent. 
La problématique du changement de sexe au cœur du film va au-delà de la banalité d’un sujet devenu insistant dans nos sociétés occidentales.
Les éléphants, à la présence plutôt fantomatique, considérés comme une menace, font partie de la vie des villageois, comme les personnes du troisième genre souvent moquées mais dont les malédictions sont redoutées.
Dans le groupe de garçons devenus des filles, les relations, le désir de normalisation et la recherche d’émancipation constituent l’essentiel du film d’une heure trois quarts. 
Le mot « queer », souvent employé dans les commentaires, me semble cependant plus approprié pour les habitués des boites new-yorkaises que pour les participants des fêtes villageoises.

dimanche 27 septembre 2026

Pages.

Dans un essai de recension des livres qui émergent encore dans mes souvenirs, le premier à revenir sera celui que je ne suis pas arrivé à lire jusqu’au bout, dont le titre «  L’homme sans qualité » était attirant et la notoriété élitiste. Recommandé par un vrai routard de passage à Douala au Cameroun qui avait parfumé au haschich les climatiseurs de la popote du centre culturel français, il répand sur mes années 70 de latérite revêtues quelques effluves de la vieille Europe.
Si j’évite le recours à la mémoire de mon blog où figurent quelques centaines d’ouvrages dont certains complètement oubliés, ce sont des histoires liées à l’objet en papier qui reviennent telle « L’éducation sentimentale » de Flaubert tombée au fond d’une barque partie pour pêcher au lac de Paladru, sans que je l’ai ouvert, mais gardant quelques traces d’humidité. Je l’apprécierai bien des années plus tard après avoir été enthousiasmé par «  Madame Bovary ».
A l’époque des études littéraires en lycée, je préférais San Antonio et Miroir Sprint à Bergson et Gide bien que posant au milieu de mes pairs avec Sartre ou Camus. J’avais suivi des recommandations grand-maternelles pendant l’enfance aux couleurs vertes et roses, mais les beaux volumes de Pierre Loti m’effarouchaient plutôt et après « Pif le chien » j’accédais à la littérature par les suites romanesques d’Henry Troyat. Les dictées de Maupassant m’avaient familiarisé avec un de mes auteurs préférés.
Comme l’académie française au XVII° siècle, je mets la poésie au plus haut avec les poètes les plus élémentaires Charpentreau et Anna de  Noailles … oui Baudelaire.
Les engouements varient et si j’ai accédé à Proust vraiment tard, mon abus d’adjectifs dans mes articles obstinés doit peut être à Giono que j’ai adoré avant de l’abandonner et de le reprendre.   
Captivé par des rendez-vous radiophoniques à l’accent méridional, puis renforcé par des films ensoleillés, c’est Marcel Pagnol qui a enchanté mon enfance, ma vie : 
« Telle est la vie des hommes. Quelques joies, très vite effacées par d'inoubliables chagrins.
Il n'est pas nécessaire de le dire aux enfants. » 
Régis Debray par son parcours, son style, me parle, comme Marie Hélène Lafon ou Pierre Jourde dont « Pays perdu » tapait en plein dans le mille pour exprimer la distance entre ville et campagne, de préférence au terme « transfuge de classe » porté par quelques poseurs et une Annie Ernaud dont j’avais aimé les premiers livres mais pas du tout ses positions récentes, ni ses exhibitions.
Dans le mouvement des idées, j’ai eu à distinguer Pierre Bourdieu, « La misère du monde » et « La défaite de la pensée » d’Alain Finkielkraut comme les approches stimulantes d’ Emmanuel Todd et Hervé Le Bras dans « L'invention de la France ».
En la matière je me suis surtout nourri de journaux aimés passionnément avant de m'en lasser : Libération, Télérama, le Canard Enchaîné, Charlie hebdo, Le Nouvel Observateur, 
à moins qu’ils aient disparu : Politique hebdo, Le Point du jour, Actuel… 
Reste Courrier International  et pour m’énerver : Le Monde. 
«  Le petit Prince ».

samedi 26 septembre 2026

Tenez bon. Pierre Assouline.

Le sous titre précise : « comment des livres nous donnent de l’espoir » et laisse prévoir un moment de lecture réconfortant et vif en 140 pages. 
« Les voies du lecteur sont impénétrables, les voies de l’auteur sont impérissables. »
Les références variées enrichissent l’évocation de moments forts vécus par l’auteur de nombreuses biographies, Hergé, Simenon, Dassault, Gallimard, Londres … 
dont il rappelle la cohérence. 
La légèreté et l’humour du récit relativisent ce qui apparaît comme une injonction de plus qu’il aurait pu intituler : «  Non » si cela n’avait été déjà pris et porter en exergue«  un homme, ça s’empêche » de l’inusable Camus. 
« Tenir bon consiste parfois à persévérer dans l'erreur. Et, comme le disait Victor Serge, ce communiste libertaire, opposant de gauche au stalinisme jusqu'à son dernier souffle : « De défaite en défaite, jusqu'à la victoire finale », préfigurant ainsi le « Déjà essayé. Déjà échoué. Peu importe. Essaie encore. Échoue encore. Échoue mieux » de Samuel Beckett. »
 Le titre à l’impératif rappelle « Indignez-vous » de Stéphan Hessel, apprécié en un temps où les fachés n’avaient pas envahi tout l’espace médiatique, en plus fin et profond.  
« On agit en fonction de notre conscience, laquelle est régie par la réflexion rationnelle et non par les émotions. La manière la plus positive de tenir bon lorsqu’on est révolté par une injustice, c’est encore de transformer sa colère en créativité. » 
Sont convoqués Kipling, Celan, Gary… Job,  la chèvre de monsieur Seguin et aussi Jean Moulin, ou Paul Didier un juge qui sauva l’honneur de la justice soumise à Pétain, Simone Veil, Daniel Cordier.  
 « Tenir bon sur la fidélité au triptyque moral qui nous permet de tenir bon :
recevoir, célébrer, transmettre. »

vendredi 25 septembre 2026

Schnock. N°59.

La revue rejoue la bande sonore des années 80 avec un numéro consacré à France Gall & Michel Berger. « Ella, elle l’a » (135 M d’écoutes).
Didier Barbelivien avait choqué l’auteur de « La groupie du pianiste » en reconnaissant qu’il composait comme lui de la musique sur l’ « Anatole » (suite d’accords très courante), pour des chansons qui accompagnèrent une époque hédoniste, « Viens je t’emmène »,voire euphorique, «  Diego libre dans sa tête » comme l’expert Yves Bigot  les caractérise.
Des interviews recomposées ou redécouvertes de Berger & Gall ,enrichis par leur rencontre, sont complétées utilement par des entretiens avec Bernard Bosson, producteur de Starmania
et de son accompagnateur devenu son confident, Serge Pérathoner.
Dans le classement alphabétique menant de « BD » (japonaise) à « The end », apparaissent des panoplies de poupées ressemblant à France Gall pour « Mademoiselle âge tendre », ainsi que Claude François, Julien Clerc, Jean Luc Godard...
Puisque « L’amour est bizarre », il fallait plus d’un paragraphe pour que Véronique Sanson dévoile si peu de son jardin secret, elle qui fut la première des blondes préférées de l’auteur de du « Paradis blanc »  
Au cours des articles à l’écriture soignée, signe de désuétude, des expressions rares ponctuent les 178 pages, pour des parfums « à épaulettes » des années 80, ainsi lorsque « Poison » réplique à « Opium » : 
« La dimension solaire de la fleur est tamisée par une facette ambrée et boisée,sa volupté arrondie d’effets miellés. » 
Nicole Calfan, la compagne de Jean Yanne, ressort de l’oubli : 
« Sur « Le casse », Omar Sharif me couvrait de camélias tous les soirs » 
Les pantalons Karting, Kinder surprise et le Club Med figurent parmi les publicités remarquables de 1976, alors que les bas Dim comme Dimanche, dont la musique « Tatatatatata » m’enchanta, ont droit à un hommage particulier.
«  Salut les petits clous » introduisait le top 50 avec Marc Toesca.
En 86 au Mexique se refermaient les années Platini.

jeudi 24 septembre 2026

Cadrage-débordement.

Sous ce titre extrait du vocabulaire rugbystique, je persiste dans le mélange des genres pour évoquer les institutions muséales en essayant de cerner au-delà des dorures classiques alourdissant jusqu’aux fulgurances impressionnistes, tout ce que les pinceaux et les ciseaux nous apportent dans nos rapports à la modernité, aux presciences des artistes.  
Bien que je me demande s’il est de saison de reconduire une rubrique hebdomadaire intitulée « Beaux arts » quand la notion d’harmonie, de joliesse, d’excellence, tendent à disparaître de nos lexiques ? 
Entre le robot gouverné par l’IA et le bobo extasié devant une banane collée au mur, le beau a du mouron à se faire.
Comme je récapitule mes fondamentaux en musique, littérature ou cinéma, j’essaye de retenir quelques images, avant de reprendre les compte rendus de conférences données devant les amis du musée de Grenoble. Les zooms sur les plafonds de la Sixtine sur grand écran y sont plus confortables que les cous dévissés parmi les foules vaticanes.
Au-delà de l’histoire de l’art, se révisent les fondamentaux de notre civilisation : les mythologies grecques, romaines, chrétiennes et au-delà. Du temps où la peinture d’histoire était la plus prestigieuse, des échos nous parviennent d’un passé affronté à nos préoccupations d’aujourd’hui à travers l' évolution des formes, et la nature des emballages. 
Marcel Duchamp en 1919 se tint au tournant : « L.H.O.O.Q. », la Joconde. La première guerre  inaugura le XX° siècle, elle venait de finir. L’esprit potache va gagner, à peine altéré par les phraseurs aux absconses paroles affichées dans des FRAC désertées.
Cet art contemporain se joue dans des salles immaculées sans personne alors que ses provocations devraient interroger plus largement.
Par contre Ernest Pignon Ernest réussit par ses traits d’un classicisme absolu à réconcilier la tradition et la modernité. Il se défend d’être le père du « Street Art » bien que ses œuvres à 
l'emplacement minutieusement choisi aient pu concerner le premier passant venu, la dernière chaisière, aussi bien que ses nombreux admirateurs dont la mémoire garde le souvenir de ses collages voués à ne pas persister. 
Tirés sur du papier ordinaire leur force est à la hauteur de leur modestie. 
L’art populaire se retrouve sur les pignons, trompe-l’œil et autres fresques virtuoses, à ne pas confondre avec les tags égotiques agressant les propriétaires des murs. Les porteurs de bombes à peinture salopent les constructions des autres, imposent leurs couleurs, hâtent l’obsolescence des ponts, des usines, des commerces, appellent à l’indifférence des regards.
Que serait le noir sans Le Caravage et Soulages, un plongeon qui aurait oublié Hockney, une caresse qui ignorerait la légèreté de marbre du Bernin… ?
Les «  Glaneuses » de Banksy au Bristol City Museum me ravissent. Ainsi 
dans des musées sans cesse en recherche, les œuvres contemporaines peuvent réveiller les scènes du XIX° transpirant leur goudron, en soulignant l’intensité des touches, les lumières capturées, l’expression des éternelles passions humaines.    

mercredi 23 septembre 2026

Aux alentours de Saint-Agrève # 3

Saint-André-en-Vivarais 
Au hameau des Ruches, la modeste maison restaurée de la Béate datée de 1868 surmontée d’une cloche est ouverte pour les promeneurs
et donne une idée de la vie de jeunes filles ou veuves qui instruisaient sommairement les enfants, enseignaient le catéchisme et apprenaient la dentelle aux femmes de la communauté.
Elles habitaient à l'étage, au dessus de la salle de classe et d’assemblée.
Nourries, logées, venant du Puy-en-Velay elles assuraient depuis le XVIIe siècle une présence catholique face à la religion réformée.
Le château de Montivert
a succédé à un château féodal aujourd’hui disparu. 
Son allure moyenâgeuse date du XIX° siècle.
Au moment où nous l’avons vu, le parc était ouvert mais l’entrée de la bâtisse comportant 158 portes et 110 fenêtres était fermée.
Nous n’avons pas pu compter parmi les 10 000 visiteurs qui le visitent chaque année mais avons enregistré qu’il possède 64 pièces et offrait pour l’époque un confort d’avant-garde.
Serrières
.
Au bord du Rhône, le petit musée des Mariniers et de la batellerie est installé dans l’ancienne église Saint-Sornin aux belles peintures murales.
Des maquettes, des objets significatifs témoignent de la vie des équipages au XVIII et XIX ème siècle dans cette
 étape importante entre Arles et Lyon pour les bateaux halés par des chevaux,
Les croix des mariniers sont remarquables. Les symboles de la Passion peuvent se lire aussi comme les attributs de la profession de ceux qui se distinguaient des« gens d’à terre ». 
Ils vivaient sur le fleuve entre « Empi » et « Riaume ».  « L’Empi », c'était le Saint Empire Romain Germanique côté Isère et Drôme, « le Riaume » côté royaume de France, le Vivarais.
« Pique à l'Empi et bute au Riaume! » se disait plutôt que « babord et tribord ».
Dans le clocher de l'église au plafond en "cul de barque" 
sont entreposés les « mandulons »( amandes séchées), quatre corps momifiés provenant sans doute d'une fosse commune au 17ème siècle ( non accessible au public). 
A proximité, des gradins au bord du bassin de joutes peuvent accueillir jusqu’à 4000 personnes.