mercredi 10 juin 2026

La lentille et le roman. Maylis de Kerangal.

Les grands auteurs peuvent œuvrer dans le petit format (63 pages) aussi bien que dans des volumes épais, à l’image du cinéma traversé de séquences de 30 secondes et produisant de plus en plus de films de trois heures, ou du théâtre avec des pièces de cinq heures au pays des punch line.
La bigleuse romancière relie l’optique et la littérature : 
« Spinoza polit des lentilles, et ce faisant,
Il mène son « investigation de la vérité »,
Polir une lentille
Aide les yeux du corps à voir,
Tout comme la philosophie, les yeux de l’esprit, aide à connaître.
Polir une lentille vise à voir l’objet tel qu’il est. » 
Elle revient ainsi à la ligne et imprime un rythme poétique vu récemment chez certains auteurs 
Après avoir sollicité des souvenirs d’enfance où son imagination compensait ses déficits visuels, elle rappelle ses beaux romans, plein d’acuité:
« On cherche l’accès
A l’infiniment petit, à l’infiniment grand.
On veut voir loin, on veut voir ailleurs,
Vois ce qui n’est pas immédiatement visible.
Surtout, on veut voir les objets tels qu’ils sont. »
 Elle parle de littérature quand elle évoque phares et  fusées de détresse : 
« La charge pyrotechnique associe un oxydant,
Un combustible -perchlorate de potassium,
Magnésium - et un colorant rouge. »

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