Avec ce livre original, la littérature m’apparaît comme un réverbère
allumé dans la nuit quand le récit de la rencontre d’une boniche et d’une
gueule cassée de la première guerre dans les années 30 pose des questions toujours
à l’ordre du jour sur la condition des femmes, les classes sociales, la mort,
la musique…
Les personnages incarnés puissamment dispensent l’écrivaine institutrice
de distribuer des leçons, à son premier roman.
Les formes d’écriture mêlant vers et prose dans un rythme
haletant donnent une force inédite à ces 265 pages où chaque mot est
pesé : Petite et Bonne portent une majuscule.
« Et elle
dès que cela a été
possible
elle a vécu avec son
homme
à la colle
dans une mansarde plus
étroite encore
que celle qu’ils
occupent maintenant
La plupart du temps
il est gentil avec
elle
alors ça va
Il faut juste pas
qu’il boive un coup de trop
Elle espère bien
qu’ils auront
un jour
plus grand que leur
mansarde
Une pièce en plus où
dormir
sinon tant pis »
Disparaissant dans le décor, la jeune servante épuisée par
un travail qu’elle s’applique à accomplir va parvenir à
« domestiquer » le maître ancien pianiste amputé dont elle a la charge
pendant trois jours.
Il a incité sa femme qui consacre sa vie à le soigner à partir
chez une amie à la campagne.
« Mozart malade
avait rédigé dans l’urgence sa propre messe d’enterrement.
Lui vit depuis trop
d’années comme s’il était déjà parti.
Il doit réussir à se débarrasser de ce
corps pesant. »

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