Nous aurions pu y passer le reste de l’après-midi
si nous n’avions prévu une visite guidée
de la ville à 15h30. Nous gagnons le point de rendez-vous sur la grande place,
à la recherche d’un guide francophone repérable à un parapluie blanc selon les
dire de l’Office du tourisme. Bien que non inscrits (mauvaise info de l’ODT),
Christophe, le guide, nous accepte dans le groupe constitué de deux Québécois,
deux Belges, et deux Versaillais. Il sait d’emblée créer le contact et instaure
une ambiance détendue.Sous une météo
exécrable, alternant averses et répits, il
commence par une présentation générale de la Belgique et de BXL.
« Saviez-vous que Bruxelles se compose de 50% d’étrangers et se place
comme la 2ème ville la plus
cosmopolite après Dubaï ? »Puis il aborde
les monuments de la Grand-Place en commençant par l’hôtel de ville (Stadhuis). Au lieu de nous vanter cet édifice
gothique du XIVème siècle riche en statues et ornements, il
nous énumère un à un tous ses défauts ; effectivement, l’aile
gauche s’avère plus petite que l’aile droite ; entre les deux, la porte
d’entrée en dessous du beffroi est mal centrée. Quant aux fenêtres elles
adoptent des formes différentes à droite et à gauche. Malgré la 1ère
impression, la construction échappe donc discrètement à la symétrie. En
levant les yeux vers le haut du beffroi, Saint Michel, en laiton
recouvert d’or, choisi comme saint patron de la ville trône au dessus des hommes et resplendit sur des cieux bien
gris.Les maisons des guildes datant du XVIIème
se disputent un côté de la place. C’est le cas de la corporation des drapiers
ou maison du renard personnalisée par des représentations de bébés et des bouts
d’étoffe, de la corporation des bateliers et ses poupes de navires, ou encore
de celle des archers avec la louve Romus et Romulus. Siégeaient aussi les
menuisiers et les graissiers. La maison de la police, symbolisée par un phénix
renaissant de ses cendres fait allusion à l’ordre de bombardement donné
par Louis XIV détruisant toutes ces maisons en bois, reconstruites en dur
et ornées de laiton éclatant.Sur un autre côté
de la place s’élèvent une maison néogothique du XIXème ainsi qu’une demeure qui abrita un temps Victor Hugo. Les ducs de
Brabant choisirent de s’implanter face aux maisons des guildes et commandèrent
le palais allemand ; ils le
voulaient imposant, afin qu’il
corresponde à leur sentiment de supériorité vis-à-vis des autres notables.Enfin pour
terminer le tour de la place, un élégant bâtiment de style baroque servit à
différentes corporations avant d’appartenir aux brasseurs, d’où son nom (maison
des brasseurs) qui remplaça celui de l’Arbre d’or. En toute logique, elle
abrite aujourd’hui le musée de la brasserie. Elle voisine avec la maison du cygne,
une ex auberge acquise ensuite par la
corporation des bouchers.Après ces
explications et descriptions exhaustives de la Grand-Place nous nous en
éloignons en passant sous un passage couvert qui protège la statue d’un gisant.
Ce bas-relief en laiton montre le corps d’Everard
T’Serclaes, émergeant de son cercueil, avec la tête d’un chien affectueux
posée sur ses jambes. Cet hommage rendu
à un échevin héroïque du XIVème siècle
attire les touristes non pour saluer le personnage mais parce qu’une légende
assez récente laisse entendre qu’en frottant
le bras, le genou du mort, ou son
chien, le vœu de revenir à Bruxelles se réaliserait. Résultat, l’usure et la corrosion des
endroits tripotés entrainèrent une restauration et une modification de sa
patine.L’incontournable Manneken-Pis s’exhibe un peu plus loin dans le quartier, intégré
dans le renforcement d’un carrefour des rues piétonnes. Le petit garçon
irrévérencieux ne mesure pas plus d’une cinquantaine de centimètres mais placé
en hauteur au dessus du bassin, il se voit bien malgré la foule de ses
admirateurs amassés devant les grilles de la fontaine. Il symbolise l’esprit espiègle des habitants de la cité,
leur humour (la Zwanze), leur indépendance de pensée, leur tendance à ne pas se
prendre au sérieux. Pour rester dans l’ambiance, notre guide nous incite à
faire du cinéma et à adopter un comportement extravagant afin de choquer les
passants, en les interpelant gentiment ou en criant. Un peu calmé, il nous
raconte le décorum qui entoure le malicieux
garçonnet : ainsi, il possède une garde-robe fournie venant du monde
entier, qu’il revêt grâce à un majordome spécialement chargé de choisir sa
tenue à certains moment de l’année et en fonction des évènements . Aujourd’hui,
la statue s’affiche dans toute sa nudité.En parcourant les
rues adjacentes, nous rencontrons des morceaux d’histoire. Ici, Rimbaud tira
sur Verlaine ; là, la prison du XVIème a été transformée en 1958 pour
devenir l’hôtel cinq étoiles Amigo, le nom relevant d’une ancienne
confusion des espagnols entre le mot vrout (prison) et vriend (ami).
L’établissement reçoit aujourd’hui les plus grands de ce monde. Autres
célébrités, Marx et Baudelaire passèrent à Bruxelles, ils n’aimaient pas les
Belges parait-il mais appréciaient les
gaufres. (info ou intox ?)Le XXIème
siècle s’invite quand même dans cet
hyper centre historique. Des peintures murales recouvrent les murs aveugles de
personnages de BD, le Zinneke-Pis
en bronze (le petit chien qui pisse.
1999) de Tom Frantzen se soulage sans
complexe sur un poteletNous changeons d’époque et de lieu en prenant la direction du quartier Sainte Catherine où subsiste
une tour englobée dans des constructions modernes, proche d’un canal. En
traversant cette partie plus haussmannienne avec son architecture XIXème
et ses rues plus larges, Christophe aborde le sujet de Léopold II surnommé le
boucher du Congo, mais aussi, plus positif,
le roi bâtisseur. Il nous signale
que le fleuve, la Senne, coule sous nos pieds, ses odeurs nauséabondes et ses
eaux porteuses de maladies lui valurent d’être recouverte.Le circuit se
termine à la Bourse dont l’intérieur a tout d’un gâteau à la crème ! C’est
là que nous nous séparons.
Durant la visite,
Christophe nous aura :interprété la
Brabançonne (3 mots !) qu’un ministre de droite refusa de chanter, offert un
chocolat de chez Hermanvan Dender rue du
Beurre où nous apprenons que nous mangeons une praline et non pas un carreau,entrainé dans un
magasin de rhum belge pour découvrir le Brom, fabriqué à base de sucre de
betteraveet récité un
poème de Verlaine ainsi que des vers de sa propre création.
Il aura affronté la pluie bravement avant de
se résoudre à ouvrir son pépin, qu’il met un point d’honneur à ne déployer que sous la brache (grosse pluie) : résultat, il est trempé. Il
nous a offert sa passion pour sa ville avec originalité sans compter son temps.
Rendus à nous-mêmes, nous suivons son
conseil de restaurant et cherchons le « fin de siècle ». Trop réputé
sans doute, la queue pour y entrer s’étire déjà sur le trottoir. Alors nous
nous rabattons sur un établissement à Sainte Catherine au menu sympa : 3
huitres ou scampi panés, waterzoÏ ou bar grillé, légumes/purée, crème caramel
ou glace à la fraise. Nous souhaitons
nous promener dans les rues de nuit, mais la lumière chiche des rues et des
places nous découragent. Nous retournons au métro 5 et rentrons à 22h. Merci au GPS du téléphone largement consulté aujourd’hui.
Merci pour cette visite très agréable que j'ai suivi avec le plus grand intérêt.
RépondreSupprimerJ'emploie souvent le mot "pisser", et "on" froisse le nez quand je le fais, mais... "faire pipi" ? "uriner" ? Cela ne sonne pas... juste à mes oreilles maintenant. "Pisser" remonte au Moyen âge quand nous étions moins compassés sur nos besoins... naturels. Peut-être que nous ne devrions pas les annoncer, mais le grand problème est de réussir à ne pas avoir honte de ce qu'on cache, et... c'est très compliqué de le faire. Je connais peu de personnes qui y arrivent d'ailleurs.
Décidément, la civilisation n'est pas de tout bénéfice...