mardi 16 juin 2026

Je suis leur silence. Jordi Lafebre.

Polar original à Barcelone depuis un divan de psychiatre où devrait s’allonger une jeune psychiatre pétillante qui conte sa semaine agitée et sa vie : 
« Oui, je dors très peu. Oui, je passe d’un sujet à l’autre sans raison apparente. Oui, je parle sans filtre et je tire des conclusions hâtives, parfois simplistes. Oui, j’ai une libido et une vie sexuelle débridées et je couche souvent avec des parfaits inconnus. Oui, j’ai, la plupart du temps, une confiance aveugle en mon propre jugement et je n’ai aucune capacité d’autocritique. Bon, je l’avoue, je suis un peu excentrique. Cela ne m’empêche pas de mener une vie normale. »
Cette histoire de succession dans une grande famille de propriétaires de vignobles est parfaitement dénouée par des enquêtrices  qui se gardent d'être des démiurges infaillibles.
Les dessins dynamiques aux douces couleurs participent à un scénario habile aux dialogues efficaces : 
 « Déblatérer contre les mères est la meilleure des thérapies. »
« La pomme ne tombe jamais loin de l'arbre, surtout quand l'arbre est complètement pourri. » 
Alors que souvent le format BD oblige à aller à l’essentiel, les personnages sont bien campés et ces 110 pages nullement bâclées s’autorisent de sages sentences : 
« Pour certains, la vie s'apparente à un cycle : on vit sans cesse les mêmes expériences avant d'en tirer enfin une leçon. D'autres pensent qu'on n'échappe pas à un destin qui grandit en nous telles des racines tordues. Pour d'autres encore, la vie n'est qu'un chaos infini. »
Les fantômes pourtant envahissants ont des gueules bien sympathiques, et même les cadavres ne font pas peur quand l’humour ( noir) les refroidit au cours de cette élégante comédie.

1 commentaire:

  1. Bof. Trop... consensuelle, dans l'air du temps, je trouve. Pas un brin d'excentricité, là.
    Il est arrivé le moment où je me suis demandée d'où venait l'immense PRESSION qui pèse sur nous tous pour "déshonorer les mères, (mais surtout les pères, encore mieux), avoir un orgasme avec le premier venu, ne faire aucun retour sur ses actes et pensées, s'autoriser de dire tout ce qui passe par la tête.
    En plus je me suis demandée cela en reconnaissant que, adolescente, j'avais déjà vécu cette pression, et cela m'avait POUSSEE à sérieusement me lâcher dans des attaques contre mon père, censé incarner l'autorité.
    S'il y a quelque chose que je n'AIME PAS, c'est de sentir qu'on me pousse. Mais vraiment pas. Donc, contrairement à ce qu'on pourrait croire, maintenant je me maintiens... très bas, loin de la masse déchaînante, pour mon confort PERSONNEL, et pour résister à la pression.
    Aucun besoin non plus de me raccrocher au fait de dire que je vis une vie normale. C'est quoi, ça ? Il y a des gens qui croient encore que les normes abstraites se confondent avec des personnes en chair et en os ? Pauvres croyants.
    Mais c'est vrai, on a la foi qu'on peut...

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