Les débats dans la plus politique des nations -dit-on- ne me
semblent guère politiques, ni dans le sens de l’intérêt général ni dans la
prospective. Nous sommes plutôt abreuvés d'intéprétations à l'arrache sur les caractères
forcément mesquins des protagonistes, loin d’une psychologie fine et
éclairante.
Je ne vais cependant pas bouder mon plaisir à tremper dans
les chamailleries.
Les médias portent une attention soutenue aux enjeux
climatiques mais desservent la cause écologique et féministe en donnant
exclusivement la parole à Sandrine Rousseau. Elle devient la meilleure
propagandiste du barbecue tant elle se montre méprisante à l’égard de ses
contradicteurs qui n’ont qu’à la laisser parler pour emporter le morceau.
Par contre si Mélenchon ou Le Pen, les Roux et Combaluzier
des extrêmes, avaient appelé à « casser la baraque » les réactions indignées
n’auraient pas manqué.
Mais quand c’est Berger, l’intouchable de l’heure, qui
proclame cette intention, avant de s’excuser quand même, « ça passe crème ».
Il regrette
« une crise démocratique » qu’il alimente, se montrant intransigeant
en dénonçant l’intransigeance des autres, excitant le mépris envers le
« méprisant de la République ».
Les appels à la négociation n’ont pas
manqué, et quand elle arrive : les syndicats logent à l’« hôtel du
cul tourné ». Des politiques ont obtenu des modifications mais ne se sont
pas montré plus fiables que ceux qui ont regretté la retraite à points sans le défendre quand elle était à l’ordre du jour.
L’avis du conseil constitutionnel devait être la date
limite, les cheminots CGT ne l’entendaient pas ainsi, alors le chef de la CFDT, premier syndicat de France, les a
suivis.
Le courage appartient au passé d’une organisation qui avait connu des
dissidences du temps de Maire, Notat, Chérèque ; est-ce que cela avait
permis une clarification profitable au réformisme ?
Je ne vais pas insister dans la pochade envers Rousseau la
petite femme et Berger l’homme modérément grand se réservant la place du prudent quand
sonnent les casseroles qu’il a contribué à mettre en mains.
Le refus de toute réforme va avec l’affichage du mot
Révolution : « la retraite en CE1 » tagué sur le mur d’un lycée
pourrait faire sourire, rappelant des slogans surréalistes d’un autre siècle,
mais révèle aussi la volonté de sortir de l’Histoire, de s’abstraire du monde,
d’affirmer une ignorance de son appartenance à l’Europe. Qui se souvient que
celle-ci nous bien aidé pendant la pandémie et la crise qui en suivit ?
Innocents à jamais, cachés derrière leurs écrans saturés de
cœurs en bandoulière, câlinant leurs chatons virtuels, confinés dans leur égo,
les déambulateurs du soir s’accordent
parfois une sortie ludique sur les boulevards ou rue des Martyrs. Le
jour c’est pour les vieux, et les scrutins c’est trop tôt le matin, un
dimanche !
Victimes toujours, la haine envers leurs représentants
n’éclabousse-t-elle pas le jugement porté à eux-mêmes ?
« Dieu n'existe
pas. S'il existait, depuis le temps que je dis des horreurs, il m'aurait déjà
foudroyé. Ou Dieu est un mythe, ou il est sourd, ou c'est du mépris. »
Francis Blanche
Les dernières phrases résument le problème.
RépondreSupprimerHier, je réfléchissais à un mot anglais, le mot "grateful". On y voit le "gratias" qu'on trouve dans "gratitude" aussi, qui va avec la grâce. Je me disais que le régime républicain continue à vouloir détruire la possibilité en l'Homme d'être "grateful", qui se traduit le plus souvent en "reconnaissant" en France. Pourtant, d'après mon expérience personnelle, le sentiment de la gratitude, la possibilité de l'éprouver porte bien plus que le ressentiment, le mépris, et le sentiment qu'"on" vous méprise. Comme je dis souvent, ce qui pose problème est ce sentiment indéfinissable ? qu' "on" vous méprise. Mais si vous êtes un terreau fertile pour laisser pousser ce sentiment d'être l'OBJET du mépris de l'autre, vous ne manquerez jamais d'occasions pour vous dire qu'on vous méprise, alors que le monde est beaucoup plus compliqué que ça, de mon point de vue.
Fonder la vie politique sur la revendication de droits conduit à cette hargne que nous vivons maintenant, et encore plus, à cette expression de l'égoïsme que tout le monde est si prompte à fustiger. Fonder la vie politique sur ces revendications... égoïstes détruit la possibilité d'être reconnaissant (envers qui ? pour quoi ?) et rend l'Homme... très très malheureux, à la longue. C'est ce que je vois à longueur de journée maintenant.
Je fais remarquer qu'on n'a même pas besoin d'invoquer Dieu pour faire ces remarques, encore que je préfère le faire, mais ces remarques valent même... sans Dieu.
Nous nous sommes appauvris avec nos revendications. Et nous nous sommes racontés des bobards sur notre... pouvoir par la même occasion.