Avant des « Chroniques birmanes » remarquables où le dessinateur canadien suivait sa femme travaillant dans une ONG, il avait connu la Corée du Nord où il supervisait des dessinateurs de films d’animation.
D’une dictature l’autre, avec pour celle-ci vue en 2003, les années qui n’ont pas adouci cette terrible tyrannie, les conditions infernales s’aggravent.
Libération rapportait récemment que 200 000 personnes seraient emprisonnées dans un « goulag caché » :
« Les détenus assistent aux exécutions de leurs compagnons, survivent en mangeant des rats, des graines retrouvées dans les excréments d’animaux ou encore des vers de terre ».
Le mérite de cette BD de 150 pages éditée par l’Association est de nous informer sur la banalité de l'oppression, l’ordinaire sinistre de la vie d’un occidental encadré par des guides omniprésents.
Son humour léger nous fait croire encore à la capacité de certains d’être libres dans un tombeau.
Le talent du conteur est de nous rendre intéressante une vie d’ennui, de solitude.
Malgré un encadrement extrême, il sait nous révéler toute l’absurdité du régime.
On a beau savoir l’omniprésence du grand Leader, je n’imaginais pas à quel point le système a broyé les coréens avec une propagande s’insinuant dans le moindre interstice de la vie quotidienne.
L’auteur avait emmené « 1984 »d’Orwell, ce livre majeur ne peut être lu comme de la science fiction.
mardi 27 septembre 2011
lundi 26 septembre 2011
La grotte des rêves perdus. Werner Herzog.
Dans la grotte Chauvet du côté de Vallon Pont d’Arc, il y a 36 000 ans des hommes ont tracé des dessins d’animaux à la lueur de flammes vacillantes. Le charbon tombé des torches mouchées contre les parois est encore là, mais défense d’y toucher. Les caméras n’ont été acceptées qu’un laps de temps très court, avant l’interdiction définitive. Alors ces images deviennent indispensables.
La technique la plus innovante, la 3D, nous fait rencontrer ces transcriptions premières pendant une heure trente sans l’ennui qu’on pourrait craindre quand il est question de regarder longuement des peintures rupestres.
Le tracé est très sûr et utilise parfois les fantaisies de la roche ; les animaux aux pattes multiples semblent s’animer sous les projecteurs.
Si l’on a pu voir Fred Aster dont l’ombre dansait, Picasso nous vient à l’esprit tant ces représentations les plus anciennes rencontrent celui qui personnifie encore la modernité.
Je n’ai pas perçu d’originalité particulière avec Herzog, réalisateur fameux, dont le documentaire nous transmet des images inédites sans encombre. Il nous fait entrevoir d’autres rapports au monde de la part de nos ancêtres sous un titre à la poésie pourtant un peu usée. Dans l’excitation de nos journées, savoir qu’un dessin a pu être modifié 5000 ans après son premier tracé donne le vertige, et ces empreintes de pas d’un enfant à côté de celle d’un loup étaient elles contemporaines ?
samedi 24 septembre 2011
Purge. Sofie Oksanen.
Est-ce ainsi que les Estoniennes vivent ?
De la même façon que Gomorra ne dit pas tout de l’Italie, ces 400 pages ne constituent pas un dépliant touristique pour qui dirigerait ses pas vers les rives de la mer baltique. Mais le propos va bien au-delà des frontières d’un pays malmené par de puissants voisins.
Le style est sensuel et les senteurs persistantes, la nature présente. La jeune auteure finnoise punky percute. La description d’une mouche narquoise en entrée m’a séduit et pourtant j’ai repris avec réticence le fil du récit car l’atmosphère glauque est angoissante.
Bien prendre connaissance en début de chapitre des dates mentionnées sinon des confusions peuvent naître entre toutes ces personnes traquées. Le découpage est très cinématographique et ces retours dans le temps soulignent la permanence des fatalités qui s’abattent essentiellement sur les femmes. Les hommes sont dans le cagibi.
Les embarras de l’Histoire : collaboration, dénonciation, croisent les histoires intimes entre les années 50 et 90 : amours cachés, jalousie et secret avec la peur toujours, et la honte.
« Elle avait attendu quelqu’un, exactement comme elle avait attendu alors dans cette cave où elle s’était rétrécie en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe. Et une fois sortie de cette cave, elle avait attendu quelqu’un. Quelqu’un qui ferait quelque chose qui l’aiderait ou qui enlèverait au moins une partie de ce qui s’était passé dans cette cave. Qui lui caresserait les cheveux et qui dirait : « Ce n’était pas ta faute. ». Et qui dirait encore : « Plus jamais. ». Qui promettrait que « plus jamais », quoi qu’il arrive. »
De la même façon que Gomorra ne dit pas tout de l’Italie, ces 400 pages ne constituent pas un dépliant touristique pour qui dirigerait ses pas vers les rives de la mer baltique. Mais le propos va bien au-delà des frontières d’un pays malmené par de puissants voisins.
Le style est sensuel et les senteurs persistantes, la nature présente. La jeune auteure finnoise punky percute. La description d’une mouche narquoise en entrée m’a séduit et pourtant j’ai repris avec réticence le fil du récit car l’atmosphère glauque est angoissante.
Bien prendre connaissance en début de chapitre des dates mentionnées sinon des confusions peuvent naître entre toutes ces personnes traquées. Le découpage est très cinématographique et ces retours dans le temps soulignent la permanence des fatalités qui s’abattent essentiellement sur les femmes. Les hommes sont dans le cagibi.
Les embarras de l’Histoire : collaboration, dénonciation, croisent les histoires intimes entre les années 50 et 90 : amours cachés, jalousie et secret avec la peur toujours, et la honte.
« Elle avait attendu quelqu’un, exactement comme elle avait attendu alors dans cette cave où elle s’était rétrécie en souris dans un coin de la pièce, en mouche dans la lampe. Et une fois sortie de cette cave, elle avait attendu quelqu’un. Quelqu’un qui ferait quelque chose qui l’aiderait ou qui enlèverait au moins une partie de ce qui s’était passé dans cette cave. Qui lui caresserait les cheveux et qui dirait : « Ce n’était pas ta faute. ». Et qui dirait encore : « Plus jamais. ». Qui promettrait que « plus jamais », quoi qu’il arrive. »
vendredi 23 septembre 2011
Merci DSK et " bye bye".
Les évènements vont très vite et un article commencé il y a quelques semaines peut apparaître aujourd’hui comme mouchillon dans la nuée s’écrasant sur le pare brise d’une ambulance.
Mais quand même la Porsche n’est pas si lointaine. Alors dans le flot bipolaire des déçus des hommes politiques en leurs ébats, je persiste à aimer la politique en ses débats.
« Gauche caviar ! » je m’étais accommodé du terme, et j’appréciais même en des temps plus évidents, cette rencontre qui devait assurer un large succès à la dite gauche dans une harmonie qui aurait vu carpes et lapins unis… quoique les lapins aient la réputation d’être chauds et ne prisent donc pas trop l’écaille. Bouffons. Les masques sont tombés : c’est tout un système qui baisse le pantalon.
Celui qui était présenté comme le seul recours possible, bien que tellement silencieux alors, pour lequel j’allais voter, était ainsi cousu d’or, dans les mains d’agence de com’, pourtant tellement maladroites.
Quand Jack Lang vient en remettre une couche sur le théâtre de dimanche soir après DSK sur TF1, personne ne lui a dit qu’il était contre productif. Il a été question de « faute morale »: « fausse morale » aurait tout aussi bien convenu.
Un écrivain au secours pour clore : Robert Menasse auteur de Don juan de la Manche : « Tout dépend, premièrement, si la génération politique qui viendra après Sarkozy, Merkel et Cameron comprend pourquoi on brûle des voitures dans les métropoles européennes, et deuxièmement, n’est pas assez stupide pour croire que la «défense des intérêts nationaux» peut résoudre les problèmes d’une Europe postnationale. »
Bourgi, Takieddine, Djouri, Bazire, Gaubert : pas ravis d’avoir fait leur connaissance que déjà on s’en lasse dans la chronique d’une fin de règne où Sarkozy, Guéant, Balladur suivent Chirac et Villepin dans le déshonneur de la politique, de la France. Et Guérini.
….
Dans « Le Canard »
Mais quand même la Porsche n’est pas si lointaine. Alors dans le flot bipolaire des déçus des hommes politiques en leurs ébats, je persiste à aimer la politique en ses débats.
« Gauche caviar ! » je m’étais accommodé du terme, et j’appréciais même en des temps plus évidents, cette rencontre qui devait assurer un large succès à la dite gauche dans une harmonie qui aurait vu carpes et lapins unis… quoique les lapins aient la réputation d’être chauds et ne prisent donc pas trop l’écaille. Bouffons. Les masques sont tombés : c’est tout un système qui baisse le pantalon.
Celui qui était présenté comme le seul recours possible, bien que tellement silencieux alors, pour lequel j’allais voter, était ainsi cousu d’or, dans les mains d’agence de com’, pourtant tellement maladroites.
Quand Jack Lang vient en remettre une couche sur le théâtre de dimanche soir après DSK sur TF1, personne ne lui a dit qu’il était contre productif. Il a été question de « faute morale »: « fausse morale » aurait tout aussi bien convenu.
Un écrivain au secours pour clore : Robert Menasse auteur de Don juan de la Manche : « Tout dépend, premièrement, si la génération politique qui viendra après Sarkozy, Merkel et Cameron comprend pourquoi on brûle des voitures dans les métropoles européennes, et deuxièmement, n’est pas assez stupide pour croire que la «défense des intérêts nationaux» peut résoudre les problèmes d’une Europe postnationale. »
Bourgi, Takieddine, Djouri, Bazire, Gaubert : pas ravis d’avoir fait leur connaissance que déjà on s’en lasse dans la chronique d’une fin de règne où Sarkozy, Guéant, Balladur suivent Chirac et Villepin dans le déshonneur de la politique, de la France. Et Guérini.
….
Dans « Le Canard »
jeudi 22 septembre 2011
Cranach et son temps. Musée du Luxembourg.
Compatriote de Dürer, ses ambassades vont l’amener en Italie et en Flandres,
ainsi ce représentant éminent de la renaissance germanique peut aisément illustrer la thématique européenne de l’exposition.
Ami de Luther, ses productions les plus célèbres, les plus sensuelles sont loin de l’austérité protestante.
Il ne dédaignait d’ailleurs pas les commandes catholiques.
Vénus et Eve sont la beauté sans voile ou alors le voile est très transparent.
Une pointe de morale nous dit-on, une fragrance érotique flagrante : le succès était au rendez-vous en cette première moitié du XVI° siècle. Il connaît actuellement une faveur renouvelée, un millier de ses œuvres sont arrivées jusqu’à nous, c’est que son atelier produisait en série. Les seins de ses belles aux yeux en amande sont petits et leur teint laiteux, et sur l’affiche de l’expo la justice est aimable et sa balance si fine ; elle est pure, la justice, c’est une allégorie. Elle brandit une épée.
Libé a beau titrer que Lucas Müller, dit Lucas Cranach l’Ancien, natif de Kronach en Haute-Franconie est
« élevé aux nus » , sur les 75 tableaux, il y a aussi des portraits d’une précision diabolique, d’une beauté ! Une Salomé tenant la tête de Jean Baptiste sur un plateau ou une sainte Catherine suppliciée, Lucrèce s'enfonçant un poignard dans le sein, finalement ce serait assez « gore », genre gothique du XXI°.
ainsi ce représentant éminent de la renaissance germanique peut aisément illustrer la thématique européenne de l’exposition.
Ami de Luther, ses productions les plus célèbres, les plus sensuelles sont loin de l’austérité protestante.
Il ne dédaignait d’ailleurs pas les commandes catholiques.
Vénus et Eve sont la beauté sans voile ou alors le voile est très transparent.
Une pointe de morale nous dit-on, une fragrance érotique flagrante : le succès était au rendez-vous en cette première moitié du XVI° siècle. Il connaît actuellement une faveur renouvelée, un millier de ses œuvres sont arrivées jusqu’à nous, c’est que son atelier produisait en série. Les seins de ses belles aux yeux en amande sont petits et leur teint laiteux, et sur l’affiche de l’expo la justice est aimable et sa balance si fine ; elle est pure, la justice, c’est une allégorie. Elle brandit une épée.
Libé a beau titrer que Lucas Müller, dit Lucas Cranach l’Ancien, natif de Kronach en Haute-Franconie est
« élevé aux nus » , sur les 75 tableaux, il y a aussi des portraits d’une précision diabolique, d’une beauté ! Une Salomé tenant la tête de Jean Baptiste sur un plateau ou une sainte Catherine suppliciée, Lucrèce s'enfonçant un poignard dans le sein, finalement ce serait assez « gore », genre gothique du XXI°.
mercredi 21 septembre 2011
Carcassonne
Nous quittons l’autoroute des vacances après Narbonne à Marseillette, où nous avons repéré la proximité du canal du midi.
Quelques péniches stationnent près d’une écluse et des cyclistes roulent sur les chemins de halage. Nous nous installons pour déjeuner à l’abri de cyprès protégeant une table et des bancs prévus pour un pique-nique. Puis nous rejoignons un café, en face des locaux de la radio locale, place Mitterrand, afin d’avaler un café strong servi par un monsieur dont l’accent nous dépayse déjà. Nous apprendrons par la suite que la chanteuse Olivia Ruiz est originaire du village et le café familial qu’elle évoque était bien celui là.
Notre Tom Tom nous dirige jusqu’au parking situé au pied de la citadelle de Carcassonne dont le prix jusqu’au lendemain se révèlera des plus raisonnables : 6 € pour 15 h de stationnement. Nous nous acheminons avec nos bagages à roulettes sur les pavés inégaux par la grande rue très fournie en touristes.
Nous sommes hébergés chez une des 80 résidentes permanentes de la cité avec laquelle je découvrirai que la créativité, l’audace sont indispensables aux commerçants pour réussir leurs affaires. Depuis la fenêtre de la cuisine du premier étage elle nous fait parvenir la clef de la porte d’entrée suspendue par une cordelette comme dans un épisode de « La vie est belle » de Benigni : « Maria, la clef ! » Nous sommes accueillis dans une maison adossée à un jardin ombragé par un figuier royal, à hauteur des remparts où circulent les touristes dont les enfants mâles sont armés de l’inévitable épée. Nous partons visiter la vieille ville inscrite au patrimoine mondial.
Je révise une légende : « quand Carcas sonne ». Dame Carcas, princesse sarrasine aurait découragé Charlemagne qui assiégeait la ville en jetant par-dessus les remparts le seul cochon qui restait, engraissé de la dernière mesure de blé. Que sonnent les cloches de la délivrance!
Je reprends des souvenirs de bruits et de fureurs à l’ombre des croix. La ville sous influence cathare capitulera devant les croisés au XIII° siècle et reviendra à Simon de Montfort. Une ville nouvelle sera crée, concurrente de la ville haute qui s’appauvrit. Pendant les guerres de religions, une fois les calvinistes chassés, la cité deviendra une base pour la reconquête par les catholiques des villes alentours. Il faut attendre le XIX° siècle pour que l’inévitable Viollet Le Duc restaure à 30% le plus grand ensemble de fortification du Moyen Âge.
Dans l’église Saint Nazaire dont le premier emplacement remonte au VI° siècle, nous avons l’agréable surprise d’entendre un quintette vocal russe avec une palette ténor baryton et surtout basses profondes. Ils ne comptent pas leur peine pour vendre leur CD et nous bénéficions de plusieurs chants mis en valeur par l’acoustique résonnante de l’église. Nous poursuivons notre visite dans les rues de la cité, peu propices aux talons hauts. Nous apprécions le restaurant Adélaïde qui propose un menu à 14€ d’autant plus honorable que sa situation dans ce haut lieu touristique est remarquable, arrosé d’un vin de pays « Le Pompadour » : soupe à l’oignon pour les uns ou salade de tomates mozzarella, salade de gésiers pour les autres, poisson, cassoulet ou entrecôte et dessert. Nous finissons notre soirée autour d’une tisane de verveine fraîche cueillie dans le jardin.
Nous sommes hébergés chez une des 80 résidentes permanentes de la cité avec laquelle je découvrirai que la créativité, l’audace sont indispensables aux commerçants pour réussir leurs affaires. Depuis la fenêtre de la cuisine du premier étage elle nous fait parvenir la clef de la porte d’entrée suspendue par une cordelette comme dans un épisode de « La vie est belle » de Benigni : « Maria, la clef ! » Nous sommes accueillis dans une maison adossée à un jardin ombragé par un figuier royal, à hauteur des remparts où circulent les touristes dont les enfants mâles sont armés de l’inévitable épée. Nous partons visiter la vieille ville inscrite au patrimoine mondial.
Je révise une légende : « quand Carcas sonne ». Dame Carcas, princesse sarrasine aurait découragé Charlemagne qui assiégeait la ville en jetant par-dessus les remparts le seul cochon qui restait, engraissé de la dernière mesure de blé. Que sonnent les cloches de la délivrance!
Je reprends des souvenirs de bruits et de fureurs à l’ombre des croix. La ville sous influence cathare capitulera devant les croisés au XIII° siècle et reviendra à Simon de Montfort. Une ville nouvelle sera crée, concurrente de la ville haute qui s’appauvrit. Pendant les guerres de religions, une fois les calvinistes chassés, la cité deviendra une base pour la reconquête par les catholiques des villes alentours. Il faut attendre le XIX° siècle pour que l’inévitable Viollet Le Duc restaure à 30% le plus grand ensemble de fortification du Moyen Âge.
Dans l’église Saint Nazaire dont le premier emplacement remonte au VI° siècle, nous avons l’agréable surprise d’entendre un quintette vocal russe avec une palette ténor baryton et surtout basses profondes. Ils ne comptent pas leur peine pour vendre leur CD et nous bénéficions de plusieurs chants mis en valeur par l’acoustique résonnante de l’église. Nous poursuivons notre visite dans les rues de la cité, peu propices aux talons hauts. Nous apprécions le restaurant Adélaïde qui propose un menu à 14€ d’autant plus honorable que sa situation dans ce haut lieu touristique est remarquable, arrosé d’un vin de pays « Le Pompadour » : soupe à l’oignon pour les uns ou salade de tomates mozzarella, salade de gésiers pour les autres, poisson, cassoulet ou entrecôte et dessert. Nous finissons notre soirée autour d’une tisane de verveine fraîche cueillie dans le jardin.
mardi 20 septembre 2011
Petites éclipses. Fane & Jim.
Est ainsi que vivent les trentenaires ?
"Quand on a plus l'immunité de la jeunesse, mais pas encore l'excuse de l'âge...
Quand on se retrouve, comme l'adolescent le cul entre deux chaises...
Quand un début de fatigue commence à éliminer ce qu'il subsiste d'envie."
Vifs, lucides, impitoyables, drôles, vivants, cyniques, romantiques… enfin pas trop non plus.
"Quand on a plus l'immunité de la jeunesse, mais pas encore l'excuse de l'âge...
Quand on se retrouve, comme l'adolescent le cul entre deux chaises...
Quand un début de fatigue commence à éliminer ce qu'il subsiste d'envie."
Vifs, lucides, impitoyables, drôles, vivants, cyniques, romantiques… enfin pas trop non plus.
Près de 300 pages pour 6 personnages découvrant un beau gite dans le midi avant l’éclipse de 99.
Si ce n’est le rappel un peu ronflant de la définition du phénomène cosmique, le récit ne se prend finalement pas trop au sérieux. La lune qui va faire de l’ombre au soleil n’est qu’une péripétie parmi d’autres dans la vie passionnée de ces hommes et femmes taraudés par le temps qui les sort de l’insouciance, dans le dilemme classique papa / amant, passion/honnêteté, intensité/responsabilité…
Ressemblerait à bien des films de copains au bord des piscines, à des séries aux personnages haut en couleurs, mais je me suis laissé prendre par la vivacité des dialogues, la vigueur des traits.
Alors sur un thème assez couru, intéresser le sexagénaire peut être estimable.
lundi 19 septembre 2011
Pain noir. Agustí Villaronga
Je craignais que ce film qui a eu tous les honneurs en Espagne soit esthétisant ; il est beau comme l’automne.
Se déroulant peu après la défaite des républicains, il n’est pas manichéen.
Et je n’ai su voir aucun vainqueur, par contre les vaincus sont innombrables.
Face à la misère, les engagements politiques les plus généreux comportent des zones que le réalisateur va fouiller.
Les adultes sont observés sans complaisance par des yeux d’enfants subissant une vie pénible où les superstitions viennent masquer les mensonges.
Les petits voient jusqu’aux contrées les plus effroyables, eux non plus ne seront pas doux et généreux.
Si le dénouement évite la mièvrerie, je reste pourtant sur une impression mitigée au bout de cette sombre histoire violente qui comporte certaines scènes dont la poésie complique la réalité.
dimanche 18 septembre 2011
Velouté de courgettes à « La vache qui rit ».
Incontestablement "velouté","potage" à la rigueur, c’est mieux que « soupe » pour utiliser le légume d’été dans une variante plus automnale...
encore que « soupe de fraises » : « ça le fait ».
encore que « soupe de fraises » : « ça le fait ».
On pourra préférer faire revenir avec de l’ail, le fruit considéré comme un légume, dans de l’huile d’olive plutôt que cuite à l’eau direct, déjà que la cucurbitacée est aqueuse. Puis verser de l’eau avec un cube de bouillon de volaille, suivant la texture souhaitée, mixez au bout de cinq bonnes minutes de cuisson et ajouter 2 ou 3 portions du fromage français le plus connu dans le monde.
Si notre gastronomie fait partie désormais du patrimoine mondial, elle ne le doit certes pas à ce jovial fromage fondu mais cette recette peut être une façon de retrouver des sensations d’enfance et se souvenir du plaisir de retrouver la boîte ronde déclinée dans des marchés les plus modestes, à l’autre bout du monde.
La variante est sympathique avec un oignon à la place de l’ail ou avec des pommes de terre, c’est mieux, mais alors la cuisson sera plus longue. Disperser un peu du produit de la tonte de votre pot de ciboulette au dernier moment, pas seulement pour la déco.
samedi 17 septembre 2011
Dix petits nègres. Agatha Christie.
« Le juge répliqua d’un ton aigre :
« A mon âge, vous savez, on ne recherche plus les émotions. »
Anthony ricana :
« La vie devient de plus en plus brève.
Les affaires criminelles me passionnent.
Je bois à la prospérité des assassins ! »
Il leva son verre et l’avala d’un trait.
Trop brusquement, peut être, car il s’étouffa. »
« A mon âge, vous savez, on ne recherche plus les émotions. »
Anthony ricana :
« La vie devient de plus en plus brève.
Les affaires criminelles me passionnent.
Je bois à la prospérité des assassins ! »
Il leva son verre et l’avala d’un trait.
Trop brusquement, peut être, car il s’étouffa. »
Un sommet de la littérature noire où les policiers apparaissent seulement de façon, anecdotique dans l’épilogue.
Dix cadavres, au rythme d’une comptine obsédante, jouant avec les mots pour composer une machinerie perverse qui valut à la dame un succès planétaire.
Les points de vue se déplacent, l’humour se glisse dans l’écriture sobre.
Les rebondissements ne font pas dévier le destin inexorable.
Le coupable se voulait égal à un Dieu qui punirait ceux qui avaient cru échapper à la justice.
Tous coupables.
La tension monte dans un décor où la lisse maison moderne bâtie sur une île nue ne recèle pas de cache pour mieux nous laisser apprécier l’habileté de celle qui nous mène par le bout du nez tout au long de ces 300 pages en poche
vendredi 16 septembre 2011
Primaires: entre déprise et reprise.
Est-ce qu’une soirée par écran interposé relancera chez moi quelque ardeur militante ?
Celle-ci a été fatiguée par des pratiques locales de candidats à la notabilité sans courage, sans vision, agissant à l’envers de la plus élémentaire des démocraties.
Plus d'un a été découragé, parmi ceux qui croient encore à la gauche.
A la façon d’un Scaron de chez Macé, je réactualise un de mes écrits antérieur au spectacle donné chez Pujadas.
La volonté de M. Aubry de réduire le cumul des mandats me semble de nature à améliorer l’exercice de la politique. Sa promesse d’augmenter de 50% le budget de la culture quelque peu aventureuse dans la période n’apparaît plus présentement.
L’indépendance de S. Royal était un atout, mais elle semble bien seule aujourd’hui. Sa persistance à fustiger l’impôt ou les augmentations du prix de l’essence lui attiraient des faveurs populaires mais ne participaient pas à une pédagogie nécessaire concernant la solidarité ou la sobriété face au tarissement des énergies fossiles. Elle a appliqué pour elle le non cumul, se montre ferme à l’égard des banques et parle désormais d’une justice fiscale plus présente que jadis dans les fondamentaux socialistes.
A. Montebourg a certes des discours plus en rupture que ceux de F. Hollande, ce n’est pas difficile, et s’il a eu le mérite de souligner les dysfonctionnements graves de la fédération PS des Bouches du Rhône, ses positionnements antérieurs variables devraient l’entrainer à plus de modestie.
E. Vals nous éviterait l’hémiplégie qui s’empare de bien des politiques quand flambent les banlieues mais il pousse la distinction à tomber chaque fois à droite.
Oui, il y a bien un problème de crise des valeurs morales et pas seulement chez les pauvres, et un problème social de répartition des richesses et donc d’espérance.
Son insistance à vouloir éviter la rupture de confiance semble partagée par ses concurrents.
J.M. Baylet préconise la vente du haschich en pharmacie, les journalistes adorent le sujet, Arnaud et Manu les plus jeunes, y sont le plus clairement opposés.
J’ai repris quelque goût au débat même si celui ci fut un peu empesé; la volonté de chacun de tourner la page du sarkozisme est décidément un bon moteur.
Mais combien avaient trouvé que C. Lagarde au FMI ce n’était pas si mal puisqu’elle est française ?
Ce n’est pas une faute qu’avait commise J.L. Mélenchon qui trouve souvent le mot juste en parlant par exemple des pièces jaunes pour caractériser la part des riches dans le plan d’austérité du gouvernement, mais faute de bras il est condamné à la posture tribunicienne.
Et il faut que ce soit F. Bayrou le plus convaincant dans sa dénonciation du scandale Tapie. Les compromissions avaient été entamées par L. Fabius et poursuivies par DSK.
La pépite avait quelques pailles qui l’ont amené si loin des roses en fête*. Et nous avec.
* Allusion à une réflexion ancienne d’Anne Sinclair où elle disait préférer sa vie à Washington sans
« circonscriptions à visiter ni fêtes de la rose à Trifouillis-les-Oies ».
……………………………………………….
« Strauss c’est trop » dans le Canard de la semaine dernière :
jeudi 15 septembre 2011
Abelardo Morell.
Le photographe d’origine cubaine propose des images en noir et blanc qui arrivent à nous étonner encore, par une présence puissante des objets tel un toboggan vu sous un angle insolite, ou régénérant une vision chaleureuse de la famille : ainsi sa femme et son fils derrière une porte vitrée.
Professeur d’université, il a aussi expérimenté avec une camera obscura de Manhattan à Florence.
J’ai beaucoup aimé des photographies de livres que car je m’étonne encore d’innovations encore possibles effectuées en repensant les travaux d’autres artistes comme Le Caravage dans un livre ouvert dont on devine un portrait seulement dans le reflet des encres d’imprimerie. La lumière tombant sur un livre ancien en dégage les mystères et les jeux avec les gravures d’ « Alice au pays des merveilles » sont inventifs et subtils. Un vase sur le rebord d’une table prend des allures métaphysiques, son alphabet d’eau est magnifique et sa manifestation de crayons inoubliable.
mercredi 14 septembre 2011
Touristes en chine 2007. # J 24 et 25. Derniers marchés, Hong Kong et retour.
A nouveau un ciel plombé à Kunming, mais pas de pluie. Nous retournons dans les quartiers d’hier, à la recherche du marché aux oiseaux, où l’on vend aussi des hamsters, des écureuils, des lapins, des tortues de toutes tailles, des poissons de toutes sortes, colorés de tous les rouges, de la nourriture pour animaux : vers, coléoptères, petits crabes rouges et noirs.
Un marchand d’instruments à vent, après démonstration, incite ma prof de musique à acheter une flûte, un hulusi composé d'une calebasse et de tubes de bambou. Les marchands de cuir font affaire aussi avec nous, au marché couvert où nous achetons encore quelques babioles.
Yuizhou passe nous prendre à 12h30 et nous accompagne à l’aéroport. Nous nous apprêtons à attendre 4h avant d’enregistrer nos bagages sur le vol de 21h10. Petit somme pour certains dans le grand vide de l’aérogare après le départ du vol KA 761, où même les policiers désertent. 2h après, c’est un déferlement de voyageurs à destination de Bangkok. Une bonne occasion de réviser toute la diversité du peuple chinois.
Dans l’avion, je discute avec mon voisin un américain d’origine chinoise étudiant en cinéma venu avec son « église qui est sa famille».
Arrivée à 23h30 à Hong Kong, nous prenons un petit métro pour rejoindre les guichets de la douane. Il faut changer nos euros en dollars de Hong-Kong ; dans la foulée, la caissière nous vend un billet aller-retour pour l’ Air Express Train. A nouveau, nous montons dans un compartiment pour nous rendre en centre ville où des taxis bien organisés attendent leur tour pour charger les clients dans une discipline qui nous était devenue inhabituelle. Ascenseur évidemment pour rejoindre notre chambre au Central Park hôtel, 283 Hollywood Street au milieu d’une forêt de buildings. Un peu de foot à la TV et dodo après avoir baissé la clim’ programmée sur 18°. Pour ce dernier jour en Asie, café et croissants dans un fast food chinois. Nous passons un long moment dans un magasin d’antiquités avec des statuettes en terre sans doute trouvées dans une tombe, représentant des chevaux, des coquettes en habit de cour, des meubles, des porcelaines. Petit marché dans les rues bien appétissant.Une passerelle au dessus des routes et traversant parmi les buildings de la ville qui compte plus de 6000 habitants au km2 nous conduit rapidement à l’Air express Train.
Dernier coup d’œil sur une ville particulière que nous n’avons fait qu’effleurer avant notre retour en France.
mardi 13 septembre 2011
Pachyderme. Frederik Peeters.
L’image de couverture de cette bande dessinée représentant une femme en bottines suspendue dans sa chute juste avant de percuter le sol, peut résumer le propos des 80 planches.
Le temps est arrêté dans les années 50 en Suisse, l’élégance et le mystère se mêlent mais ne mènent nulle part. Le surréalisme est un peu suranné, et un certain onirisme décourage la lecture,
heureusement la conclusion recolle quelques morceaux d’un magasin de porcelaine qui aurait ouvert ses portes à l’animal anecdotique.
…
Mandala à la Casamaures.
Les premiers grains ont été déposés ce lundi;
l’œuvre éphémère aux motifs décoratifs symboles de la Casamaures sera dispersée
samedi 17 septembre à 17h, début des journées du patrimoine.
Le temps est arrêté dans les années 50 en Suisse, l’élégance et le mystère se mêlent mais ne mènent nulle part. Le surréalisme est un peu suranné, et un certain onirisme décourage la lecture,
heureusement la conclusion recolle quelques morceaux d’un magasin de porcelaine qui aurait ouvert ses portes à l’animal anecdotique.
…
Mandala à la Casamaures.
Les premiers grains ont été déposés ce lundi;
l’œuvre éphémère aux motifs décoratifs symboles de la Casamaures sera dispersée
samedi 17 septembre à 17h, début des journées du patrimoine.
lundi 12 septembre 2011
This must be the place. Paolo Sorrentino.
Sean Penn souffle sur une mèche de cheveux, dernière trace rebelle chez le vieil ado déprimé en son manoir. Il traine sa sciatique, sa petite valise à roulettes, tout au long d’un film surprenant, donc intéressant, où le sujet de l’holocauste est évoqué au bout d’une belle balade en pick up.
Le gothique cramé va arriver à secouer l’ennui qui le paralyse non avec un vélo d’appartement resté dans sa housse, mais en mettant ses semelles compensées dans les pas de son père qui vient de mourir.
Des séquences musicales sympathiques se mêlent à des formules drôles, à des sentences fortes. Le récit est parfois loufoque quand un vieil indien vient par exemple s’asseoir à côté du rocker arthritique qui a déposé sa guitare depuis quelques années, mais l’intérêt est maintenu dans un genre tellement parcouru : le road movie aux paysages magnifiques.
Le gothique cramé va arriver à secouer l’ennui qui le paralyse non avec un vélo d’appartement resté dans sa housse, mais en mettant ses semelles compensées dans les pas de son père qui vient de mourir.
Des séquences musicales sympathiques se mêlent à des formules drôles, à des sentences fortes. Le récit est parfois loufoque quand un vieil indien vient par exemple s’asseoir à côté du rocker arthritique qui a déposé sa guitare depuis quelques années, mais l’intérêt est maintenu dans un genre tellement parcouru : le road movie aux paysages magnifiques.
dimanche 11 septembre 2011
Benda Bilili : la musique.
Pour prolonger le plaisir d’un des films les plus forts que j’ai pu voir depuis deux ans, le CD du groupe de Kinshasa nous accompagne de sa musique aigrelette qui mixte reggae et blues dans la tradition des « yéyés congolais ».
J’ai déjà écrit sur ce groupe musical kinois dont certains sont atteint de poliomyélite, avec son énergie communicative, quand du fin fond de la misère nous viennent des échos de résilience inoubliables.
A Kinshasa, surnommée « Kin la poubelle », un adulte sur cinq est séropositif et les deux tiers de la population souffrent de malnutrition. Des femmes en particulier ont essayé de survivre en reprenant des usages qui avaient lieu au village dans cette agglomération de huit millions d’habitants : le manioc pousse sur les terre- pleins d’autoroute. Mais les conflits armés ont encore accéléré l’exode rural et ce sont les enfants les plus pauvres qui souffrent le plus : les « enfants sorciers » vivent un calvaire.
En lingala, Benda bilili signifie « au-delà des apparences » et leur CD intitulé « trop trop fort » n’usurpe pas son nom avec ce qu’il faut d’humour :
« Je dormais sur des cartons Bingo !
Je me paye un matelas
Ça peut toujours t’arriver A toi, à lui, à eux
Un homme n’est jamais fini
La chance arrive sans prévenir
Il n’est jamais trop tard dans la vie
Un jour, c’est sûr on réussira »
Ils ont réussi.
J’ai déjà écrit sur ce groupe musical kinois dont certains sont atteint de poliomyélite, avec son énergie communicative, quand du fin fond de la misère nous viennent des échos de résilience inoubliables.
A Kinshasa, surnommée « Kin la poubelle », un adulte sur cinq est séropositif et les deux tiers de la population souffrent de malnutrition. Des femmes en particulier ont essayé de survivre en reprenant des usages qui avaient lieu au village dans cette agglomération de huit millions d’habitants : le manioc pousse sur les terre- pleins d’autoroute. Mais les conflits armés ont encore accéléré l’exode rural et ce sont les enfants les plus pauvres qui souffrent le plus : les « enfants sorciers » vivent un calvaire.
En lingala, Benda bilili signifie « au-delà des apparences » et leur CD intitulé « trop trop fort » n’usurpe pas son nom avec ce qu’il faut d’humour :
« Je dormais sur des cartons Bingo !
Je me paye un matelas
Ça peut toujours t’arriver A toi, à lui, à eux
Un homme n’est jamais fini
La chance arrive sans prévenir
Il n’est jamais trop tard dans la vie
Un jour, c’est sûr on réussira »
Ils ont réussi.
samedi 10 septembre 2011
Le dépaysement. Voyages en France. Jean Christophe Bailly.
Il est question de chez nous. En introduction :
« Si un pays, ce pays, est tellement lui-même, au fond nous ne le savons pas. Ce qui s’impose dès lors c’est d’aller y voir, c’est de comprendre quelle peut être la texture de ce qui lui donne une existence, c’est-à-dire des propriétés, des singularités, et de sonder ce qui l’a formé, informé, déformé. C’est justement parce que certains croient que cela existe comme une entité fixe ou une essence, et se permettent en conséquence de décerner des certificats ou d’exclure (dans le temps d’écriture de ce livre sera apparu un « ministère de l’Identité nationale », aberration qui entraînerait, on allait le voir, tout un train de mesures strictement xénophobes), qu’il est nécessaire d’aller par les chemins et de vérifier sur place ce qu’il en est »
J’ai tellement apprécié ce livre que j’en ai dégusté jusqu’aux remerciements qui illustrent les scrupules de l’auteur, sa minutie, pour continuer d’accompagner les mouvements d’une pensée dont l’honnêteté est à mes yeux le trait principal.
Malgré les multiples références qui appartiennent à l’histoire, à la littérature, à l’architecture, aux sciences de la terre, nous le suivons avec plaisir sur le bord des rivières, dans les rimes d’une comptine : « Beaugency, Notre dame de Cléry, Vendôme, Vendôme… », sur les escaliers de Fontainebleau, aux alentours de la gare de Culoz, comparant Tarascon et Beaucaire, sillonnant la France en tous sens. Les vaches dans le paysage, les publicités pour la Suze (anagramme de Zeus), les arbres ;
si bien qu’aucun lieu ne peut se réduire à « nulle part » dès qu’une main écarte un rideau, entrainant les réflexions de l’ancien collaborateur de Lavaudant dont l’écriture poétique n’est pas un ornement gratuit mais accoucheuse de sens, d’inventions.
Est-ce que des séquoias ont été plantés dans un quartier de Bourges comme le suggérait un ingénieur du paysage de ses élèves, pariant sur l’avenir en proposant la construction d’un lieu aussi remarquable que la cathédrale du centre de la ville ?
A l’heure où la gauche n’a pas le courage - c’est là son défaut premier- d’affronter l’idée d’identité nationale, cet ouvrage est une mine d’observations, de réflexions qui ne se résume pas seulement dans le joli mot qu’il invente : « bariol ». Il ne méprise pas les nostalgiques, sait reconnaître les énergies qui existent dans les banlieues, tout en se gardant de l’angélisme : la coexistence serait déjà un beau projet avant de tartiner de mots creux qui à force d’être mis en ondes n’articulent que du vent.
Au bout des 400 pages : « Ainsi d’un bord à l’autre du pays, les fils décousus d’une trame irrégulière où parfois les fils conducteurs s’interrompent tandis que de petites pelotes finissent par former des nœuds, réseau de synapses semblable à celui d’une carte que la mémoire parcourrait du doigt, comme un enfant suivant les lignes d’un livre ou un aveugle le fin grenage de l’écriture braille » Débats d’aujourd’hui et révisions avec nos yeux d’avant : quand l’histoire rejoint la géo s’envisagent des perspectives à long terme, du sentiment intime d’appartenance à une approche humaniste des autres en leurs lieux. Le paysage est éminemment politique.
J’ai tellement apprécié ce livre que j’en ai dégusté jusqu’aux remerciements qui illustrent les scrupules de l’auteur, sa minutie, pour continuer d’accompagner les mouvements d’une pensée dont l’honnêteté est à mes yeux le trait principal.
Malgré les multiples références qui appartiennent à l’histoire, à la littérature, à l’architecture, aux sciences de la terre, nous le suivons avec plaisir sur le bord des rivières, dans les rimes d’une comptine : « Beaugency, Notre dame de Cléry, Vendôme, Vendôme… », sur les escaliers de Fontainebleau, aux alentours de la gare de Culoz, comparant Tarascon et Beaucaire, sillonnant la France en tous sens. Les vaches dans le paysage, les publicités pour la Suze (anagramme de Zeus), les arbres ;
si bien qu’aucun lieu ne peut se réduire à « nulle part » dès qu’une main écarte un rideau, entrainant les réflexions de l’ancien collaborateur de Lavaudant dont l’écriture poétique n’est pas un ornement gratuit mais accoucheuse de sens, d’inventions.
Est-ce que des séquoias ont été plantés dans un quartier de Bourges comme le suggérait un ingénieur du paysage de ses élèves, pariant sur l’avenir en proposant la construction d’un lieu aussi remarquable que la cathédrale du centre de la ville ?
A l’heure où la gauche n’a pas le courage - c’est là son défaut premier- d’affronter l’idée d’identité nationale, cet ouvrage est une mine d’observations, de réflexions qui ne se résume pas seulement dans le joli mot qu’il invente : « bariol ». Il ne méprise pas les nostalgiques, sait reconnaître les énergies qui existent dans les banlieues, tout en se gardant de l’angélisme : la coexistence serait déjà un beau projet avant de tartiner de mots creux qui à force d’être mis en ondes n’articulent que du vent.
Au bout des 400 pages : « Ainsi d’un bord à l’autre du pays, les fils décousus d’une trame irrégulière où parfois les fils conducteurs s’interrompent tandis que de petites pelotes finissent par former des nœuds, réseau de synapses semblable à celui d’une carte que la mémoire parcourrait du doigt, comme un enfant suivant les lignes d’un livre ou un aveugle le fin grenage de l’écriture braille » Débats d’aujourd’hui et révisions avec nos yeux d’avant : quand l’histoire rejoint la géo s’envisagent des perspectives à long terme, du sentiment intime d’appartenance à une approche humaniste des autres en leurs lieux. Le paysage est éminemment politique.
vendredi 9 septembre 2011
Ecole primaire : la déprime.
60 000 postes fermés dans l’éducation nationale depuis Sarko.
Un élève sur 5 décroche.
150 000 jeunes sortent du système sans qualification.
La fracture fut dite « sociale », la dette elle, ne serait-elle pas éducative ?
Elle se creuse salement, et ne se compte pas seulement en Euros.
Les valeurs de l’école se sont désagrégées, une pub anecdotique pour l’Oréal peut- elle assécher encore plus les mots ? L. Chatel était DRH de cette entreprise.
La formule « quelle planète allons-nous laisser à nos enfants ?» devient banale,
la variante est plus riche : « quels enfants allons-nous laisser à la planète ? »
Qui croit encore aux paroles d’un ministère qui considère l’éducation exclusivement comme un poste de dépense ?
Une profession est piétinée par une hiérarchie installant le conformisme mais qui proclame le contraire de ses actes : « davantage de liberté aux acteurs éducatifs !»
Le temps d’un reportage, pour journaux télévisés aux ordres, il est question de « soutien » mais les postes de ceux qui sont compétents pour traiter finement des élèves les plus en difficulté sont réduits.
L’école maternelle fut une fierté nationale, l’âge pour y accéder a reculé.
La scolarisation des plus petits est déterminante pour l’avenir, c’est bien pour cela que ceux qui nous gouvernent sapent l’école pour que Betancourt, en mamie gaga, et Carla, maman gnangnan, continuent leur règne impunément.
Quant aux suggestions de tous bords concernant le collège, beaucoup tournent autour d’une présence accrue des profs dans les murs. Pour ce que je sais, en vivant avec une prof absente de la maison, je me demande comment elle pourrait être plus au collège avec toutes les réunions entre midi et deux, des cours à 13h, des parents à voir et à revoir pendant des plombes pour des orientations qui prennent de plus en plus de temps, préparations et corrections et délivrez nous des livrets de compétences.
Un article dans Libé évoquait « la bombe à retardement du 11 septembre » :
« dix ans durant lesquels l’ethnique et le culturel ont primé sur l’économique et le social ; l’insécurité et la peur, pris le pas sur la liberté et l’égalité ».
Qui tenait les commandes du gros porteur qui a écroulé les frontons de nos écoles ?
jeudi 8 septembre 2011
Paul Rebeyrolle à la fondation Salomon.
Le peintre originaire du Massif Central, disparu en 2005, est vraiment exposé au bon endroit dans le village d’Alex à proximité d’Annecy.
La fondation Salomon pour ses dix ans nous offre dans son château entouré d’un jardin, où des sculptures remarquables poussent sous les pruniers, un bel espace pour ce Bacon rural, évocateur d’un Soutine déchirant les grillages.
Le vieux sanglier mépriserait ces formules qui font leurs malignes, lui l’autodidacte s’étant abreuvé pourtant aux musées et galeries.
Pour m’être, jadis, approché furtivement des toiles avec un pinceau resté sec, je ressens vivement sa démarche où la peinture se mêle à la terre, aux poils, aux branches. Pour parler aux hommes il expose des animaux, et l’abstraction se confronte à l’impérieuse figuration.
Si j’ai apprécié la jeunesse de notre guide suivi d’une foule de curieux d’art contemporain, je lui conseillerais volontiers, en instit impénitent, de fouiller un peu du côté de la liste des synonymes d’ « énervé » pour mieux décrire l’indignation, la révolte du communiste aux pieds dans la glèbe, au poing toujours levé. Histoire de dépasser une contradiction dans l’exposé qui vise à rassurer le public en insistant sur la normalité du peintre alors que l’exposition crie, dégouline, dérange, arrache, éclate, insiste, nous poursuit.
J’aurai aimé par ailleurs reproduire plus fidèlement une de ses formules qui évoquait l’intervention du peintre dans une série sur les quatre saisons, « comme la trace d’un souffle de vent ».
L’exposition est visible jusqu’au début novembre 2011.
La fondation Salomon pour ses dix ans nous offre dans son château entouré d’un jardin, où des sculptures remarquables poussent sous les pruniers, un bel espace pour ce Bacon rural, évocateur d’un Soutine déchirant les grillages.
Le vieux sanglier mépriserait ces formules qui font leurs malignes, lui l’autodidacte s’étant abreuvé pourtant aux musées et galeries.
Pour m’être, jadis, approché furtivement des toiles avec un pinceau resté sec, je ressens vivement sa démarche où la peinture se mêle à la terre, aux poils, aux branches. Pour parler aux hommes il expose des animaux, et l’abstraction se confronte à l’impérieuse figuration.
Si j’ai apprécié la jeunesse de notre guide suivi d’une foule de curieux d’art contemporain, je lui conseillerais volontiers, en instit impénitent, de fouiller un peu du côté de la liste des synonymes d’ « énervé » pour mieux décrire l’indignation, la révolte du communiste aux pieds dans la glèbe, au poing toujours levé. Histoire de dépasser une contradiction dans l’exposé qui vise à rassurer le public en insistant sur la normalité du peintre alors que l’exposition crie, dégouline, dérange, arrache, éclate, insiste, nous poursuit.
J’aurai aimé par ailleurs reproduire plus fidèlement une de ses formules qui évoquait l’intervention du peintre dans une série sur les quatre saisons, « comme la trace d’un souffle de vent ».
L’exposition est visible jusqu’au début novembre 2011.
mercredi 7 septembre 2011
Touristes en Chine 2007. # J 23. Oiseaux en cage et fabrication de tofu.
La porte du sud de l’ancienne ville de Jianshui, qui gardait la route de la soie est construite dans le style d’autres portes déjà vues et sert de nichoirs aux martinets. C’est le lieu de rendez-vous des marchands ou propriétaires d’oiseaux avec leurs belles cages en bambous aux ouvertures plus ou moins travaillées. Une housse les cache parfois ne laissant visible que la porte et son oiseau. Les oiseaux sont stimulés par le chant des autres, c’est aussi un lieu de vente de vers grouillants, de gobelets en porcelaine, de cages.
Nous nous enfilons dans des ruelles étroites, en direction d’un puits en pierre polie à côté d’un cyprès. Son eau puisée et filtrée au travers d’un tissu sert aux fabriques artisanales et traditionnelles de tofu.
Cet aliment, très présent en Asie nous a semblé insipide mais les conditions de sa fabrication nous ont intéressées. Dans de grandes marmites remplies d’un liquide blanchâtre, du lait de soja, deux femmes échangent des seaux qu’elles versent et reversent dans les cuves. L’atmosphère est saturée d’humidité. A côté, d’autres femmes tassent une pâte non homogène et la façonnent en carré dans des tissus qu’elles pressent pour évacuer l’eau : les mouvements des mains sont d’une extrême dextérité.
Nous croisons sur notre chemin une vieille dame aux petits pieds bandés. Nous débouchons en pleine campagne cultivée, alors que la ville n’est qu’à deux pas. Nous traversons des quartiers pauvres aux allures de village où des petits chevaux ou des bœufs tractent sur des charrettes des bidons d’eau ; un potier travaille la terre au tour dans son atelier… La ruelle nous ramène porte sud, à la ville. Nous récupérons notre chauffeur et prenons l’autoroute vers Kunming. Pas d’arrêt à Tong Hai, grande ville sans intérêt particulier. Nous prenons notre repas dans un restau route un peu douteux. Arrêt dans un village mongol. Nous y accédons par les champs cultivés sur des chemins boueux, trop boueux pour nos sandalettes et nos pieds proprets. Les maisons traditionnelles sont en pisé ; dans la rue, les habitants fixent les feuilles de tabac sur des bambous avec un système de ficelle comme nous l’avons déjà vu faire. Plus loin sous des galeries d’une cour carrée, les femmes et les fillettes ôtent la nervure de chaque feuille de tabac et récupèrent la partie séchée. Il reste une soixantaine de kilomètres avant Kunming « la ville du printemps éternel ». Le ciel s’assombrit, puis l’orage éclate pour notre entrée dans la ville, des trombes d’eau ricochent sur la route et la voiture. Nous nous retrouvons bloqués un long moment dans un embouteillage où s’applique la loi de la jungle; c ’est le festival des klaxons, des capes plastiques et des parapluies colorés des cyclistes. La capitale du Yunnan à 1800m d’altitude compte 5 millions d’habitants.
A l’Hôtel du Golden Dragon le confort est total pour patienter jusqu’à la fin de la pluie. Notre deuxième tentative pour sortir est la bonne, avec même un peu de ciel bleu et de soleil Nous marchons sur Beijing Lu : dégustation et achat de thé pour dépenser nos (avant) derniers yuans. Nous cherchons les vieux quartiers signalés par Yuizhou et le Routard. Contrastes avec le reste de notre voyage : de grands magasins modernes aux marques de vêtements célèbres, des commerces grandioses et délirants pour mariage (style Marie-Antoinette) éclipsent quelques boutiques d’habits plus traditionnels Repas dans un quartier où ne manquent pas les restaus en plein air, avec d’excellentes aubergines à la tomate grillées et fondantes. Un gars prend sur son dos sa nana complètement bourrée qui ne tient plus debout. Nous rentrons à pied à l’hôtel. Les marchands de rues sur les trottoirs vendent encore de la nourriture, des vêtements, des ceintures ou des bijoux. Les magasins n’ont toujours pas baissé leur rideau et il est 22h. Le niveau de vie paraît nettement supérieur à d’autres lieux que nous avons traversés en Chine.
Nous nous enfilons dans des ruelles étroites, en direction d’un puits en pierre polie à côté d’un cyprès. Son eau puisée et filtrée au travers d’un tissu sert aux fabriques artisanales et traditionnelles de tofu.
Cet aliment, très présent en Asie nous a semblé insipide mais les conditions de sa fabrication nous ont intéressées. Dans de grandes marmites remplies d’un liquide blanchâtre, du lait de soja, deux femmes échangent des seaux qu’elles versent et reversent dans les cuves. L’atmosphère est saturée d’humidité. A côté, d’autres femmes tassent une pâte non homogène et la façonnent en carré dans des tissus qu’elles pressent pour évacuer l’eau : les mouvements des mains sont d’une extrême dextérité.
Nous croisons sur notre chemin une vieille dame aux petits pieds bandés. Nous débouchons en pleine campagne cultivée, alors que la ville n’est qu’à deux pas. Nous traversons des quartiers pauvres aux allures de village où des petits chevaux ou des bœufs tractent sur des charrettes des bidons d’eau ; un potier travaille la terre au tour dans son atelier… La ruelle nous ramène porte sud, à la ville. Nous récupérons notre chauffeur et prenons l’autoroute vers Kunming. Pas d’arrêt à Tong Hai, grande ville sans intérêt particulier. Nous prenons notre repas dans un restau route un peu douteux. Arrêt dans un village mongol. Nous y accédons par les champs cultivés sur des chemins boueux, trop boueux pour nos sandalettes et nos pieds proprets. Les maisons traditionnelles sont en pisé ; dans la rue, les habitants fixent les feuilles de tabac sur des bambous avec un système de ficelle comme nous l’avons déjà vu faire. Plus loin sous des galeries d’une cour carrée, les femmes et les fillettes ôtent la nervure de chaque feuille de tabac et récupèrent la partie séchée. Il reste une soixantaine de kilomètres avant Kunming « la ville du printemps éternel ». Le ciel s’assombrit, puis l’orage éclate pour notre entrée dans la ville, des trombes d’eau ricochent sur la route et la voiture. Nous nous retrouvons bloqués un long moment dans un embouteillage où s’applique la loi de la jungle; c ’est le festival des klaxons, des capes plastiques et des parapluies colorés des cyclistes. La capitale du Yunnan à 1800m d’altitude compte 5 millions d’habitants.
A l’Hôtel du Golden Dragon le confort est total pour patienter jusqu’à la fin de la pluie. Notre deuxième tentative pour sortir est la bonne, avec même un peu de ciel bleu et de soleil Nous marchons sur Beijing Lu : dégustation et achat de thé pour dépenser nos (avant) derniers yuans. Nous cherchons les vieux quartiers signalés par Yuizhou et le Routard. Contrastes avec le reste de notre voyage : de grands magasins modernes aux marques de vêtements célèbres, des commerces grandioses et délirants pour mariage (style Marie-Antoinette) éclipsent quelques boutiques d’habits plus traditionnels Repas dans un quartier où ne manquent pas les restaus en plein air, avec d’excellentes aubergines à la tomate grillées et fondantes. Un gars prend sur son dos sa nana complètement bourrée qui ne tient plus debout. Nous rentrons à pied à l’hôtel. Les marchands de rues sur les trottoirs vendent encore de la nourriture, des vêtements, des ceintures ou des bijoux. Les magasins n’ont toujours pas baissé leur rideau et il est 22h. Le niveau de vie paraît nettement supérieur à d’autres lieux que nous avons traversés en Chine.
mardi 6 septembre 2011
Les princesses aussi vont au petit coin. Chabouté.
Décidément le style de première page des dernières BD que j’ai vu passer est bien peu incitatif.
Pourtant le contenu de celle-ci est excellent.
Tout ce que j’aime : une approche du temps et du silence raffinée et juste, un dessin efficace, des noirs et blancs rythmant agréablement les pages, une aventure qui percute le quotidien avec des plaisanteries qui se glissent dans les interstices d’un suspens bien mené.
« Monsieur et madame Tounette ont un fils ?
- Patrice. »
Je me permets : ce road movie sort des sentiers battus.
Grandiloquent et modeste, glauque et tendre, déconcertant et limpide où l’on apprend surtout pourquoi on raconte des histoires.
Pourtant le contenu de celle-ci est excellent.
Tout ce que j’aime : une approche du temps et du silence raffinée et juste, un dessin efficace, des noirs et blancs rythmant agréablement les pages, une aventure qui percute le quotidien avec des plaisanteries qui se glissent dans les interstices d’un suspens bien mené.
« Monsieur et madame Tounette ont un fils ?
- Patrice. »
Je me permets : ce road movie sort des sentiers battus.
Grandiloquent et modeste, glauque et tendre, déconcertant et limpide où l’on apprend surtout pourquoi on raconte des histoires.
lundi 5 septembre 2011
Le chat du rabbin. Joann Sfar.
Le réalisateur très sollicité au cinéma (Gainsbourg), en BD, comme commissaire d’exposition (Brassens), a les faveurs de la mode.
Ce film d’animation, lui, porte la nostalgie d’une humanité qui vivait en Algérie en harmonie entre deux guerres mondiales et avant celle qui allait décoloniser le pays. Pourvu qu’on prête l’oreille, on y entendra la verte sagesse du chat qui veut faire sa bar mitzvah, porteuse de tolérance et de liberté, sans mièvrerie.
Avec de fraîches musiques, dans les belle lumières d’Alger qui recèlent tout de même sous les ombrages des cafés, quelques bas du front, les rondeurs de Zlabya sont charmantes, la bonhommie du rabbin est sympathique de même que celle de son homonyme Sfar, un sage musulman.
Le chat maigre a la voix de François Morel qui me ravit même lorsqu’il dit : « Miaou » ; impertinent, il traverse le film avec l’élégance ordinaire de ces bestiaux et nous offre des minutes ensoleillées qui se terminent trop brusquement
Ce film d’animation, lui, porte la nostalgie d’une humanité qui vivait en Algérie en harmonie entre deux guerres mondiales et avant celle qui allait décoloniser le pays. Pourvu qu’on prête l’oreille, on y entendra la verte sagesse du chat qui veut faire sa bar mitzvah, porteuse de tolérance et de liberté, sans mièvrerie.
Avec de fraîches musiques, dans les belle lumières d’Alger qui recèlent tout de même sous les ombrages des cafés, quelques bas du front, les rondeurs de Zlabya sont charmantes, la bonhommie du rabbin est sympathique de même que celle de son homonyme Sfar, un sage musulman.
Le chat maigre a la voix de François Morel qui me ravit même lorsqu’il dit : « Miaou » ; impertinent, il traverse le film avec l’élégance ordinaire de ces bestiaux et nous offre des minutes ensoleillées qui se terminent trop brusquement
dimanche 4 septembre 2011
Poulet aux mirabelles
J’ai entendu cette recette sur les ondes d’une radio bleue bourguignonne et faute d’escalope de poulets je l’ai adaptée sur les suggestions d’une charmante vendeuse de la ferme Guillet Revol qui élève volailles et lapins au col de Clémencières.
Il a fallu que j’aille au marché de l’Estacade pour apprendre qu’ils vendaient également à Saint Egrève le jeudi, comme c’est par mon lyonnais de fils que j’ai repéré le magasin Casabio installé depuis un an sur not’ zone industrielle.
La variante consistait en la présence d’une collection de bréchets qui donnaient un air cuisses de grenouilles à la recette, mais une autre suggestion avec pintade devrait satisfaire ceux qui tiennent à des saveurs plus affirmées.
Faire revenir la viande émincée dans l’huile d’olive avec un oignon, laisser dorer, verser du vin blanc dans la sauteuse, laisser cuire dix minutes et ajouter les mirabelles dénoyautées, du persil, une cuillerée de miel, cinq minutes encore, sel poivre : c’est fête ! Et quand le vin est bon on voit la différence.
samedi 3 septembre 2011
XXI, été 2011.
Juste avant la parution du numéro d’automne qui portera sur l’utopie, quelques lignes pour évoquer le numéro de cet été d’une revue désormais familière qui n’a pas épuisé son regard original.
Le dossier en trois reportages consacré à l’Algérie est éclairé par le témoignage de la plus française d’une famille de là bas vivant en France qui ne veut pas se faire naturaliser par solidarité avec ceux qui affrontent les humiliations lors des renouvellements des cartes de séjour.
Les portraits sont ceux d’un roi de l’amiante dévoilé malgré une discrétion organisée allant jusqu’à une reconversion (lucrative) dans l’air du temps et celui de Maurice Nadeau lecteur centenaire.
Le dessinateur Tronchet abandonne la loufoquerie pour un récit graphique à Quito tandis que le portfolio est consacré à des bergers du Caucase.
Madoff, Guantanamo : on sait, mais prendre le temps d’interviews fouillés vous revigore l’indignation et l’accablement, en particulier à travers l’histoire d’un gamin tchadien emprisonné hors de toute règle de droit, broyé par l’absurde.
Au fin fond de la misère, en Haïti, les retrouvailles avec d’anciens footballeurs qui ont offert à leur pays un bonheur qui retentit encore aujourd’hui, en menant 1-O contre l’Italie, lors de la coupe du monde 74: pendant 6 minutes
bien avant le « goudougoudou » tremblant de 2010.
Le dossier en trois reportages consacré à l’Algérie est éclairé par le témoignage de la plus française d’une famille de là bas vivant en France qui ne veut pas se faire naturaliser par solidarité avec ceux qui affrontent les humiliations lors des renouvellements des cartes de séjour.
Les portraits sont ceux d’un roi de l’amiante dévoilé malgré une discrétion organisée allant jusqu’à une reconversion (lucrative) dans l’air du temps et celui de Maurice Nadeau lecteur centenaire.
Le dessinateur Tronchet abandonne la loufoquerie pour un récit graphique à Quito tandis que le portfolio est consacré à des bergers du Caucase.
Madoff, Guantanamo : on sait, mais prendre le temps d’interviews fouillés vous revigore l’indignation et l’accablement, en particulier à travers l’histoire d’un gamin tchadien emprisonné hors de toute règle de droit, broyé par l’absurde.
Au fin fond de la misère, en Haïti, les retrouvailles avec d’anciens footballeurs qui ont offert à leur pays un bonheur qui retentit encore aujourd’hui, en menant 1-O contre l’Italie, lors de la coupe du monde 74: pendant 6 minutes
bien avant le « goudougoudou » tremblant de 2010.
vendredi 2 septembre 2011
Morale à l'école
C’est bien sûr parce que la vertu est devenue une fleur surannée que chaque ministre annonce le retour de la morale à l’école. Le mot civisme a épuisé ses charmes de ressuscité d’un temps, alors l’ancien DRH de l’Oréal réécrit sur l’ardoise en ardoise :
« morale » et le frenchy moral s’en sent tout ragaillardi.
Que peut l’école face au cynisme, au conformisme, à la vulgarité, à la richesse insolente, au mensonge, qui tartinent notre pain quotidien ?
Si l’indignation ne m’étouffait pas, je jouerais volontiers au jeu de la maxime du jour, mais la liste est trop longue des paroles malheureuses des éminents qui nous gouvernent.
Car pour traiter par exemple de la générosité nous vient un air de Brassens : « L’Auvergnat » mais c’est alors l’humour d’Hortefeux qui vient brouiller la chanson.
Et pour illustrer la politesse, un « casse-toi… » de celui « qui ose tout et c’est à ça qu’on le reconnaît » revient bruyamment.
« Ni l'or ni la grandeur ne nous rendent heureux».
L’allusion au passé par ceux qui saccagent chaque matin la morale publique ne ravira que quelques sourds qui ont quitté les bancs de la communale depuis longtemps, elle ne modifiera en rien les pratiques dans une école qui subit aujourd’hui des attaques sans précédent.
« Un acte vaut cinq dires »Henri IV.
jeudi 1 septembre 2011
Arles : rencontres photographiques 2011.
Je ne sais plus du nombre d’expositions visitées dans la journée, ni du nom de bien des auteurs entrevus, et pourtant combien de photographies j’ai zappées.
Alors la mise en évidence de la profusion des images prises sur internet sur de grands panneaux peut nous parler, et la thématique développée autour de
« From here on» (« à partir de maintenant »)est bienvenue.
La photographie connaît la révolution qui avait touché la peinture avec l’explosion du numérique et d'internet, mise en évidence par des propositions vertigineuses en tous lieux et par tous les moyens:
36 artistes questionnent la notion de propriété artistique avec virtuosité, poésie, inventivité, humour. Les caméras de surveillance sont sollicitées
et le mot clef « capture » nous éloignerait de cette chère liberté, allant parfois jusqu’à la vacuité.
Ces démarches expérimentales sollicitent plus la réflexion que l’émotion que l’on peut retrouver avec des photographes mexicains très présents dans la ville.
Ainsi les prostituées de la zone frontière « Welcome to lipstick » ou les travailleurs immigrés chez leur riche voisin déguisés en super héros.
La rétrospective du New York Times Magazine nous est plus familière ainsi que celle d’Amnesty international révisant 50 ans de violences dans le monde.
Ces images là se sont tellement inscrites dans nos mémoires qu’un artiste qui effacé par exemple les tanks chinois du cliché mythique où un homme leur fait face avec ses deux sacs en plastique à la main, arrive à nous interpeler en ne laissant subsister que les marques au sol d’une route qui ne sera plus jamais innocente.
Chris Marker est un des rares grands noms que je connaissais avec Salgado, mais je n’ai rien trouvé de rare avec lui sinon le rapprochement qu’il peut effectuer entre des visages saisis dans le métro et des portraits appartenant à l’histoire de la peinture.
Une œuvre de 40 mètres du chinois Wang Qingson est parfaitement à sa place dans l’église des trinitaires en présentant un point de vue spectaculaire sur les représentations de la beauté à travers des scènes parodiant des tableaux et des sculptures du patrimoine mondial. J’apprécie souvent les travaux de l’agence « Tendance floue » mais leur accrochage est vraiment trop dans l’obscurité et la confusion, alors qu’ils veulent se montrer à contre courant, ils participent au propos redondant de la profusion quand « trop d’images tuent l’image ».
mardi 5 juillet 2011
Mots d’enfants 3.
Merci à la grand-mère de Titou et Lilou :L'autre jour, en revenant de l'école:
- Titou,est-ce que tu aimes toujours Eglantine?"
- Boh, non"
- Elle sort avec un autre garçon?
- Boh non, elle sort à toute vitesse..."
Lilou marchait sagement sur le trottoir, quand un vélomoteur arrive à grand bruit.
Elle sursaute.
- N'aie pas peur, c'est le facteur, il est gentil.
- Je peux le caresser?...
Lilou :"pourquoi tu veux pas de frites"?
Moi:"parce que je suis au régime."
Lilou:" non! tu es Mamie!"
Elle regarde son grand père avaler un médicament et elle demande:
- Pourquoi tu prends un médicament?"
- Pour soigner mon dos"
- Pourquoi tu le mets pas dans ton dos ?"
Lilou regarde sa maman corriger des copies, des tas de copie
- Qu'est-ce qu'elle fait ta maman ?
- Son travail"
Quelques temps plus tard:
- Qu'est-ce qu'elle fait ta maman?
- Son travail"
- C'est quoi son travail?"
- Du papier"
Titouan est préoccupé par la mort.
"Mamie ,je t'aimerai toujours, toute la vie, même quand tu seras morte.
Et toi quand tu seras morte, tu m'aimeras encore?"
Lilou est en train de cuisiner au jardin: terre, feuilles, cailloux....et un peu de crème "gentille"
Lilou veut venir faire les courses car à la poissonnerie elle verra les crabes et les cauchemars (homards).
La petite Lilou se promène au jardin le jour de ses 3 ans.
Sous un sapin: "oh des pommes dauphines!"
....
Avec ces mots des petits, s'ouvrent les vacances: je reprendrai mes lignes en ligne au mois de septembre.
Bel été aux lecteurs fidèles du blog.
lundi 4 juillet 2011
Stanley Kubrick. Exposition à la cinémathèque.
Du côté de Bercy, jusqu’au 31 juillet une exposition est consacrée au réalisateur majeur qui n’a pas galvaudé son talent puis qu’il a tourné 13 films seulement – ce n’est pas Mocky - en abordant tous les genres : - Film noir : « L’ultime razzia »
- Science fiction : « Docteur Folamour », « 2001, l’odyssée de l’espace »
- Anticipation : « Orange mécanique »
- Historique : « Barry Lindon »
- Guerre : « Les sentiers de la gloire », « Full métal jacket »
- Horreur : « Shining »
- Sexy folie: « Eye wide shut ».
Comme beaucoup je n’avais pas vu « Fear and Desire » que Kubrick lui-même a voulu détruire. Je ne me souvenais pas que « Lolita » et « Spartacus » étaient de lui, et j’ai aimé découvrir les coulisses d’autres films qui m’étaient inconnus : « Le baiser du tueur » son premier de 1954 et retrouver des objets mythiques de ses plus grandes créations. Quelques photographies témoignent de son premier travail : photographe. Revoir avec le recul des années certaines critiques, invite à la modestie, quand on aime les avis tranchés.
Ce qui m’a peut être le plus impressionné dans les documentations colossales témoignant du travail nécessaire à chaque production, c’est celle qui avait été rassemblée pour le film qu’il ne réalisera jamais : « Napoléon ».
La présentation sur deux étages est agréable, pédagogique, pas surchargée, montrant le travail méticuleux pour usiner les rêves.
Comme le disent les commentateurs d'aujourd'hui: ses recherches, ses innovations dans le domaine technique étaient au service d’une interrogation inlassable sur le bien et le mal. Farfouillant dans l’âme humaine, sa folie, il nous a raconté des histoires qui se sont inscrites pour longtemps dans notre mémoire.
Une bonne réactivation et nous pouvons retrouver un sentiment semblable à celui qui nous vient quand nous nous retrouvons pour de vrai dans un paysage que nous ne connaissions qu’en carte postale. Les costumes de Barry Lindon, les sculptures du milk bar, les jumelles et la hache…
"Quiconque a eu le privilège de réaliser un film est conscient que c'est comme vouloir écrire Guerre et Paix dans l'auto-tamponneuse d'un parc d'attraction. Mais lorsqu'enfin la tâche est bien accomplie, peu de choses dans la vie peuvent se comparer à ce que l'on ressent alors."
dimanche 3 juillet 2011
Ratatouille.
Inspirée de « La cuisine du soleil » de Vergé, elle peut aller au delà des bouillies trop pressées des débuts d’été affairés : cuire chaque légume à part, et ne pas lésiner sur l’huile d’olive.Soumettre à petit feu pendant 20 minutes des oignons blancs hachés et des poivrons en fines lamelles.
Les aubergines en morceaux pendant sept minutes à grand feu puis les égoutter.
Même opération pour les courgettes mises à dégorger auparavant.
Un petit tour de chauffe pour les tomates pelées et pressées avec les herbes de Provence.
Ajouter dans l’assemblage du basilic, de l’ail, du persil.
Les temps de cuisson s’apprécient différemment suivant les personnes qui sont devant le gaz, de même que le choix de mettre un moment les aubergines ou les courgettes au sel peut s’essayer. A plusieurs on s’échange les variantes : celui qui met les légumes l’un après l’autre en commençant par les aubergines, et celle qui défend le mélange. Le verdict de la table n’en sera que plus indulgent, et le lendemain le plat de l’été sera encore meilleur.
« …Entre les feux croisés des cristaux les carafes
Ont l’air de blocs de jour oubliés par le soir… » Paul Géraldy
samedi 2 juillet 2011
Entretiens d’un été. Régis Debray.
Le bougre publie bientôt autant que Max Gallo, et je n’arrive pas à tout lire bien que ce soit à chaque fois un plaisir qui me pousserait à trouver que déjà le titre est une invitation agréable. Il s’agit de la transcription de conversations diffusées sur France Culture.
Le libre penseur y est plus accessible, mais la chaleur, le souffle, les malices de son style écrit habituel m’ont un peu manqué. Restent une vivacité, une honnêteté, une fidélité, une clairvoyance désabusée : de quoi régaler l’instituteur qui aime les accents républicains.
Ses thèmes de prédilections sont abordés avec Daniel Bensaïd concernant la révolution, Pierre Nora pour les intellectuels, Daniel Bougnoux pour la médiologie, la République avec Elisabeth Badinter et Christine Taubira, la France avec Hubert Védrine, des dieux avec Alain Bauer, Jérusalem avec Stéphane Hessel, les images avec Raymond Depardon…
Et je ne les cite pas tous, telle cette inspectrice qui rapporte la question d’une institutrice :
« Est-ce que j’ai mal fait ? J’ai dit à un élève qui se battait : « tu ne devrais pas te battre ta religion te l’interdit. »
Elle a répondu : « Oui madame. Vous avez mal fait. Ce n’est pas la religion.
C’est le règlement de l’école qui interdit de se battre ! »
Un vade mécum pour le quotidien et un salutaire moyen pour prendre du recul.
vendredi 1 juillet 2011
Vive l’impôt mais lequel ?
Au débat animé par la formation Copernic, la fondation Jean Jaurès et « En temps réel » aux journées Libé Marianne, il y avait du grain à moudre, et le best seller de ces journées le petit livre rouge de Piketti, « Pour la révolution fiscale » était en vue sur la table. L’économiste prône un barème d’imposition transparent, la retenue à la source, l’individualisation, et remplacer le quotient familial par le crédit d’impôt.J’ai appris que les citoyens américains payaient leurs impôts quelque soit le pays où ils résident : Jean Philippe Smet n’aurait pas les moyens de s’met à l’ombre.
Les temps changent parfois dans le bon sens : la pétition « je consens à l’impôt » de 2007 aurait peut être plus d’impact aujourd’hui .
Fabius et ses allègements fait lèdge aujourd’hui, avec DSK qui fut, à une époque, dans le sens du vent d’un recul de la solidarité que Sarko a mis sauvagement en application : il n’y eut pas scandale alors.
Le débat a porté sur la sanctuarisation de la CSG ou de sa fusion avec l’impôt sur le revenu.
Et je ne me souviens pas d’avoir entendu parler de bouclier fiscal tant cette iniquité est trop évidente que depuis le mot a disparu, mais les riches sont toujours blindés.
Nous avons eu droit à des éclairages crus :
50 milliards de dette, c’est équivalent au poids de l’enseignement scolaire.
La dette était de 20% du PIB en 73, elle est de 85% : la dette française est celle qui croît le plus vite, elle est détenue aux 2/3 par des étrangers, le sud finance le Nord : j’en perds la boussole.
Au temps de Jospin celui du parti des partageux et des malades de la taxe, il n’y avait pas de déficit.
A présent avec notre « Truculent Tyranneau » (d’après Patrick Rambaud) et son parti du sérieux budgétaire, les déficits ont explosé et les finances locales sont au plus mal, Carla est bien contente.
Le tissu social est déchiré, la lutte des classes est des plus sévère.
Il y a 480 niches fiscales, d’autres disent plus de 500.
Les revenus du capital sont deux fois moins taxés que les revenus du travail.
Les PME payent 30% au titre de l’impôt sur les sociétés mais les grandes sociétés 13% et celles du CAC 40 : 8%, par le jeu des filiales !
Les banques européennes empruntent à 1% auprès de la Banque centrale alors que c’est 12% pour l’état grec. J’ai entendu depuis d’autres chiffres mais le décalage est toujours important.
Pierre Alain Muet un des intervenants annoncé peut-il être contredit lorsqu’il brosse sur son blog ?
« L’explosion de la dette, le creusement des déficits, la montée des inégalités sont autant de manifestations de l’échec persistant des politiques économiques menées par la droite au pouvoir durant la dernière décennie, qui mettent en péril un système construit sur les principes de justice et de solidarité. »
Celui-ci propose « une réforme fiscale d’ensemble articulée autour d’un impôt citoyen sur le revenu plus progressif, plus simple et plus juste, et des outils fiscaux au service d’une croissance durable, permettant d’aborder de concert les enjeux écologiques, économiques et sociaux. »
....
"Canard enchainé"
jeudi 30 juin 2011
Basilique de Saint Denis: le cimetière des rois.
Lors de mes voyages à Paris dans ma jeunesse, j’avais commencé par le mur des Fédérés, cependant ma visite récente à la basilique de Saint Denis m’a intéressé, d’autant plus que des amies m’avaient vivement recommandé une guide dont j’ai apprécié l’érudition et l’entrain. Saint Denis fut le premier évêque de Paris, il avait porté, dit-on, sa tête coupée sur sept kilomètres avant de s’écrouler là. Le lieu de sa sépulture devint une destination de pèlerinage au 5° siècle et l’abbaye une des plus puissantes au moyen âge dans cette ville de foire.
"Montjoie Saint Denis"; une copie de l'oriflamme est exposée sur laquelle est inscrite ce qui deviendra au Moyen Age la devise du royaume en temps de conflit, un cri de ralliement. L’évêque remettait l’étendard au souverain avant de partir guerroyer : le sabre et le goupillon.
Dagobert est le premier enfoui, Pépin le Bref y est sacré.
C’est l'abbé Suger qui va donner une dimension nouvelle à l’édifice considéré comme le premier gothique.
Violet Le Duc, l’incontournable, restaura les lieux bien après que les révolutionnaires de 89 eurent prélevé le plomb des cercueils, des vitraux et de la toiture. La guerre de cent ans avait laissé aussi quelques cicatrices ainsi que les guerres de religions. La révolution sera un des moments de destruction mais aussi celui de l’émergence de la notion de patrimoine et de conservation au service du peuple.
Une des tours menaçait ruine, il n’en reste qu’une seule, et si la façade n’a pas la majesté de Notre Dame avec ses portails bien noirs, l’intérieur est grandiose éclairé de vitraux magnifiques. L’histoire de l’architecture funéraire royale s’y trouve condensée.
Quand le corps est absent, il s’agit d’un cénotaphe. Les os, après souvent bien des vicissitudes, furent déposés le plus souvent à Saint Denis. Lorsque les viscères sont là, le gisant tient un petit sac dans ses mains, le cœur bénéficie souvent d’une urne particulière. C’est que se posaient des problèmes de conservation : il fallait retirer les viscères et le cœur. Le corps était parfois bouilli et les chairs conservées avec des aromates et du vin.
Saint Louis a fait réaliser les gisants idéalisés de ses prédécesseurs, plaçant la dynastie capétienne dans la continuité des Mérovingiens et des Carolingiens.
Louis XI n’aimait pas les fastes de Saint Denis, il est un des rares rois à ne pas y être enterré, alors que quarante de ses semblables et leurs reines, des princes et princesses y furent mis également en terre entièrement ou partiellement. Ainsi que quelques rares personnages importants du royaume comme Du Guesclin représenté dans sa taille réelle, modeste, alors que François premier, dont les funérailles durèrent six semaines, lui, atteint ses deux mètres. Le breton repose dans quatre sépultures : les os à Saint-Denis, les entrailles au Puy-en-Velay, les chairs à Montferrand, le cœur à Dinan.
Les Bourbons, Louis XIV en tête sont restés sobres. Il a préféré investir dans les statues équestres sur les places en plein air.
Louis XII auprès de son épouse Anne De Bretagne marque une rupture, il est représenté nu comme un mortel ordinaire, transi, même si son monument à trois étages est l’un des plus grandioses avec 12 apôtres pour l’accompagner avec les statues des quatre vertus cardinales (prudence, justice, force et tempérance) ; des scènes de ses batailles y figurent et il surmonte le tout agenouillé pour le pardon. Le monument d’Henri II est également impressionnant, il mourut avant Catherine de Médicis celle-ci préféra son gisant inspiré de Vénus que dans la version très émouvante déposée au Louvre.
Louis XVIII a fait revenir et édifier des statues pour Le seizième des Capets, il sera le dernier à figurer dans ce lieu même si en 2004 le cœur de l’enfant d’un des fils de Louis XVI, le XVII°, y fut déposé.
mercredi 29 juin 2011
Touristes en chine 2007. # J 22. De l’importance des canards.
La petite éclaircie d’hier au soir n’a pas duré, la pluie est vite revenue. Nuit sonorisée par les clients avinés de l’hôtel et le karaoké déjà perçu hier. Départ humide vers 9h. Des éboulements jalonnent la route, avec des arbres déracinés, des rochers, des coulées de boue, non seulement sur la descente vers Yuanyang la nouvelle mais tout au long du fleuve qui a grossi. Ce n’est pas rassurant. Arrêt pour acheter des fruits, mangues et bananes, le chauffeur et le guide ne sont pas en reste. Il faut plus des 2h annoncées pour enfin arriver à Jianshui. Hôtel Linan, nous prenons nos quartiers, mais le restau ne peut nous accueillir, il est réservé. C’est l’anniversaire de l’armée ou des pompiers qui manœuvrent devant nos chambres et se font filmer. Bon repas à côté commandé par Yuizhou. Bonheur de remettre les orteils à l’air.
Village Tuanshan ou la résidence de la famille Zhang a le charme de la décrépitude. Y logent des paysans depuis la redistribution des terres aux sans logis.
Porte en forme de lune, bassin avec des poissons rouges entouré de pavillons vides. Dans les cours, lessives, animaux domestiques, les petites filles et les grands-mères vendent des reproductions de chaussures de femmes qui avaient les pieds bandés (9cm). Sous un bel arbre, vente de champignons, des bolets ; promenade jusqu’à la voiture en bas du village, vers les rizières, les cultures de piments, la voie de chemin de fer et le cours d’eau avec canards qui sont un maillon important dans l’équilibre écologique de la rizière : ils chassent les parasites et apportent au sol leurs fientes. Pont du double dragon aux 17 arches ; pour y accéder nous traversons un marché voué aux champignons. De l’autre côté de la voie ferrée, le pont de pierre est beau construit en plusieurs étapes pour suivre les déplacements du lit de la rivière. Depuis la sorte de pagode construite au milieu nous voyons l’étendue des cultures maraîchères et des rizières.
A Jianshui, on quitte le chauffeur : la résidence de la famille Zhu est transformée en hôtel, avec des pavillons autour de 40 cours décorées de bonzaï de toutes sortes, de treilles de raisin, d’un théâtre de plein air avec plan d’eau avec toujours des portes de bois sculptés, en forme de lune pour passer d’une cour à l’autre. Du charme et de la tranquillité avec le soleil qui apparaît et fait chanter les couleurs. Ce jardin se situe dans un quartier « flambant neuf » plutôt sélect avec des magasins modernes.
Dans le même secteur nous visitons le temple de Confucius avec un très vaste bassin circulaire peuplé de poissons et de lotus : la mer des études est bordée de petits kiosques. Difficile de distinguer le confucianisme et une religion, car on retrouve les mêmes éléments : pavillons, encens, dragons, cloches. Confucius prônait la réussite à l’examen impérial et ce temple est dédié aujourd’hui à la réussite scolaire, accessible qu’à celui qui a réussi. C’est assez confus à cause des digressions de Yuizhou. Nous partons à deux en chasse photographique dans la nuit.
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