samedi 13 juin 2026

Un printemps avec Arsène Lupin. Grégoire Bouillier.

« Les yeux écarquillés, il contemplait le bouleversement des choses. »
Le prince des voleurs, gentleman littéraire, virevoltant, surprenant se rappelle à nous avec ce livre primesautier. 
« Le primesaut, c’est l’enfance, c’est l’esprit de jeu, c’est l’insolence du risque…»
L’écrivain, passionné par son sujet, nous livre d’une écriture fluide, en 362 pages documentées un ouvrage léger, autour d’Arsène Lupin, qui hanta, à la fin de sa vie son géniteur Maurice Leblanc comme Balzac appelant à son chevet le docteur Bianchon, un de ses personnages de « La Comédie humaine ». 
« Je découvre seulement maintenant, en écrivant et parce que j’écris, la nature exacte des liens qui de ma solitude, la mienne, à sa solitude, la sienne, (car les liens sont toujours de solitude à solitude et non de compagnie à compagnie) m’attachent psychiquement, j’allais dire libidinalement au gentleman cambrioleur. »
Né à la belle époque, quand dix millions de quotidiens étaient vendus chaque jour, le cambrioleur peut être décrit en situationniste, dada, descendant d’Ulysse.
« Crée en toute conscience des situations nouvelles, romanesques, intenses et bouleversantes. »
L’habile romancier revient à la source des mots, des noms propres, démasque les identités qui toujours échappent, revisite Etretat et Jumièges, rappelle Cartouche ou d’autres élégants hors la loi, croise Sherlock Holmes, et Herlock Sholmès, Maupassant, Kundera, Einstein, Freud, Jankélévitch : 
« On peut, après tout, vivre sans le je-ne-sais-quoi, comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie et sans amour. Mais pas si bien. »
 Nous prenons connaissance d’un passage censuré dans une édition pour la jeunesse : 
 « Quand elle marche, sa taille a un petit balancement que je ne puis voir sans trembler… 
Tout en elle me donne ce tremblement de l’émotion et de l’amour».  
L’enquête portant sur l’anar devenu patriote et même détective, apparaissant dans dix-huit romans, trente-neuf nouvelles et cinq pièces de théâtre, va bien au-delà des cambriolages. 
« On croit que c’est le livre qui fait le lecteur, mais l’inverse est encore plus vrai. Lorsque nous tombons amoureux, c’est nous qui tombons amoureux. L’autre n’y est pas pour grand-chose, même si l’amour n’aurait pas lieu sans lui. Mais ce n’est pas une raison pour tout lui mettre sur le dos. »

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