La journée commence
par une nouvelle contrariante : l’hôtesse de ce soir, embêtée, se désiste
et annule notre accueil en raison d’une panne de chauffe-eau. Guy se lance dans
des tractations pendant que je me douche.Nous quittons le Airb&b à 9h 25, pour prendre
la direction de DOUAUMONT. Une fois
sur place, nous avalons un café au Bar des pèlerins avant d’affronter la dureté
de l’Histoire.Puis nous
approchons à pied du monumental ossuaire
cerné par les tombes aux croix ou stèles
identiques en fonction des religions. Nous payons le droit d’entrée à
l’intérieur : la visite commence par un film retraçant le conflit en 1916, bien fait, projeté sur un écran partagé en 2 parties
correspondant aux 2 protagonistes, c’est-à-dire côté français et côté allemand.
Il montre comment les Allemands se préparent secrètement dans les bois et
assurent leur intendance, en construisant des boulangeries, des châteaux d’eau,
des cimenteries ou centrales à béton et en stockant des armes. Pour les Français, Bar Le Duc devient le
passage obligé des troupes avant la montée vers l’enfer, par la route élargie
baptisée « la Voie sacrée ».
Assurant le ravitaillement des soldats à Verdun dès 1916, la cité se
transforme en ville-Hôpital et en base arrière. Le film nous explique
l’opération allemande nommée « Gericht » (= tribunal) menée par des
hommes sûrs de gagner, mais se heurtant à une forte résistance française :
l’équivalent d’un « no passaram » ! Beaucoup de villages
subissent, anéantis par la furie des combats,
Douaumont par exemple est détruit
à 100%.En 1919, un évêque, impressionné par tant de
morceaux humains abandonnés à l’air libre sans sépulture décente, demande
l’édification d’un ossuaire pour tous les morts, inconnus ou pas, Allemands ou
Français. Sa forme toute en longueur avec clocher central suggère plusieurs interprétations, certains
l’associent à une épée plantée dans le sol jusqu’à la garde, d’autres
l’apparentent à un obus. En exergue, le mot Pax se lit en lettres d’or sur la
porte de bronze. La galerie intérieure comparée à un cloitre avec son toit
voûté, permet de longer les murs recouverts de noms de soldats disparus, gravés
à la demande des familles. La grande nef est percée d’alvéoles sur les côtés où
reposent 46 cénotaphes tandis qu’une chapelle a trouvé sa place dans une aile
perpendiculaire partant du milieu du cloitre vers l’arrière. Au dessus du
carrefour chapelle/galerie s’élève une
tour assimilable à un phare marin, elle répond au nom de lanterne des morts.
Une grosse cloche en bronze surnommée « Bourdon de la Victoire » y
loge et quand elle sonne, laisse résonner la note « do ». Une fois en
haut, la vue donne pleinement la dimension du cimetière bien ordonné. Lorsque
nous redescendons pour le parcourir, nous pouvons apercevoir de l’extérieur, un
amoncellement d’ossements impressionnant et dense, entreposé à l’intérieur de
l’édifice, à sa base, visible derrière des vitres … Nous avançons, circulons un
moment entre les 14 264 croix et les 592
stèles regroupées dans un quartier musulman,
unies dans leur blancheur et
toutes gratifiées d’un rosier à leur pied. C’est peu par rapport aux
300 000 morts et disparus de Verdun et les 400 000 blessés.Parmi les
sépultures, une table commémore la rencontre de Helmut Kohl et François
Mitterrand pour célébrer la réconciliation. Notre visite finie,
nous récupérons la voiture. En reprenant la route à l’envers, nous tombons vers
CONSENVOYE sur un cimetière
militaire allemand dans lequel nous faisons halte, sans croiser âme qui vive
hormis des jardiniers discrets. 62 Allemands, un russe, des austro-hongrois,
des infirmières, des soldats reposent à l’ombre des arbres. Leurs noms
apparaissent gravés sur des croix noires alignées avec quelques stèles juives,
sans considération antisémite …Nous gagnons le
village de Consenvoye que nous visions au départ en quête de restau. Nous nous
installons à l’auberge lorraine en terrasse au bord d’un cours d’eau non identifié :
Meuse ou canal ? : au menu : jarret de porc ou salade lorraine
(salade, grenailles sautées, lardons, croutons, crème, et 2 œufs !)Après déjeuner,
nous revenons vers FLEURY-devant-Douaumont où nous attend le Mémorial de Verdun qui fut érigé à
l’emplacement même du village totalement détruit. Très fréquenté, il diffuse
des vidéos explicatives constituées de documents d’archives et s’appuie
beaucoup sur l’année 1917. Il a récupéré énormément d’objets personnels allant
d’uniformes aux carnets de croquis en passant par des ustensiles du quotidien.
Il a pu conserver aussi du matériel plus encombrant et expose des véhicules
d’intendance, des camions de transport ou dédiés à la popote et des canons. Il
livre des témoignages classés par thèmes comme le courrier, les soins, les
permissions. En 1917, l’esprit change, et les différences de classe s’estompent
jusqu’à disparaitre car tout le monde vit le même enfer ; des petits
groupes de 7 à 9 soldats se forment pour se soutenir, paysans notables ou intellectuels se rapprochent,
solidaires. Bien assez imprégnés de tout
ce gâchis, nous renonçons à explorer la partie réservée aux représentations des
artistes d’aujourd’hui dénonçant autant de destructions matérielles et
humaines.Nous utilisons la
voie sacrée pour nous replier sur BAR-LE-DUC
et prendre possession de notre Airb&b, finalement retenu. A peine
garés, une voiture explose bruyamment à côté de nous et de Gédéon (notre véhicule).
Elle stoppe au milieu de la chaussée, un pneu crevé, les air-bags expulsés dans
un grand nuage de fumée enveloppant un conducteur complètement hébété.
Aussitôt, des passants et des clients du coiffeur voisin débranchent la
batterie pour éviter un incendie, j’ouvre la portière et avec l’aide d’un jeune
musclé, extrayons l’homme accidenté, sonné, âgé et couvert d’eczéma. Sorti d’un
immeuble, quelqu’un lui porte les premiers secours, désinfecte les plaies,
l’assoit sur une chaise roulante empruntée à sa femme. Les secours arrivent en
un temps record, que ce soit la police dont 2 agents en civil en surveillance dans le coin ou les pompiers ; quant à la dépanneuse, elle débarrasse dès que possible la rue obstruée.Après avoir
déchargé nos bagages dans l’appartement, nous remontons le boulevard de la
Rochelle à la recherche d’une superette. En chemin, nous repérons le magasin de
Dumas et Pinguet « la nouveauté française » de style art déco et plus
loin un monument sous titré « à la gloire de Pierre et Ernest Michaux,
inventeurs du vélocipède à pédale, les cyclistes de France
reconnaissants ». Quelques Barisiens trainent aux terrasses des cafés mais
nous observons peu d’affluence dans les rues.Et puis fatigués, nous
n’aspirons plus qu’à rentrer manger et cocooner.
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