samedi 30 mai 2026

La petite danseuse de quatorze ans. Camille Laurens.

Récit chaleureux, sincère, personnel, issu d’une recherche exigeante où l’histoire de l’art rejoint l’histoire sociale du XIX° siècle finissant dans les coulisses de l’Opéra, quand Marie Geneviève Van Goethem posait pour Edgard Degas. 
« Je suis triste de quitter mon personnage. Il m'obsède. Je continue de penser à lui, à elle. D'habitude, les auteurs qui prétendent cela m'exaspèrent, je les trouve conventionnels, hypocrites, ridicules. Pourtant, c'est ce que j'éprouve aujourd'hui avec la petite danseuse, avec -ma-petite danseuse, ai-je failli écrire. » 
La romancière se dévoile mais s’applique à ne pas romancer à partir des indices qu’elle a collectés. 
Nous révisons une nouvelle fois les enjeux de la représentation : 
« Vous vous souvenez de cette anecdote à propos d’un tableau de Cézanne représentant son épouse ? Certains visiteurs s’arrêtaient devant la toile et s’écriaient : « Quel laideron ! » 
tandis que d’autres murmuraient : « Quel chef-d’œuvre ! » 
Pour ma part, les pastels de Degas m’enchantent et cette sculpture d’un mètre de haut effectuée alors que sa vue baissait était dans la même veine charmante, alors que ces 170 pages vont en dévoiler toute une dimension poignante. 
Degas disait d’un tableau de Rembrandt :
« Il y a mis l’élément de surprise qui nous fait réfléchir et amène dans notre esprit l’idée du drame que renferment toutes les œuvres où la vérité sur la vie est dite sans ménagements. » 
Les sources des nombreuses citations sont répertoriées. 
Henri de Reignier : 
« Car tu sais nous montrer, quand retombe la gaze
Et que pose au tréteau le chausson de satin,
Le poids du corps qui pèse au talon qu’il écrase. » 
Dans l’atmosphère d’alors où la prostitution est systémique, comme on dit aujourd’hui, nous sommes épargnés de soupçons de pédophilie envers le chaste artiste obsédé par son art qui sublimait la laideur, sans que s’ouvre quelque coutumier procès rétroactif. 
«  … elle avance un pied funambule sur le fil qui sépare les beaux-arts et la culture de masse, la poésie de la prose, elle est à la fois classique et moderne, réaliste et subjective, esthétique et populaire, vulgaire et belle. 

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