Récit chaleureux, sincère, personnel, issu d’une recherche exigeante
où l’histoire de l’art rejoint l’histoire sociale du XIX° siècle finissant dans
les coulisses de l’Opéra, quand Marie Geneviève Van Goethem posait pour Edgard
Degas.
« Je suis triste
de quitter mon personnage. Il m'obsède. Je continue de penser à lui, à elle.
D'habitude, les auteurs qui prétendent cela m'exaspèrent, je les trouve
conventionnels, hypocrites, ridicules. Pourtant, c'est ce que j'éprouve
aujourd'hui avec la petite danseuse, avec -ma-petite danseuse, ai-je failli
écrire. »
La romancière se dévoile mais s’applique à ne pas romancer à
partir des indices qu’elle a collectés.
Nous révisons une nouvelle fois les enjeux de la
représentation :
« Vous vous
souvenez de cette anecdote à propos d’un tableau de Cézanne représentant son
épouse ? Certains visiteurs s’arrêtaient devant la toile et
s’écriaient : « Quel laideron ! »
tandis que d’autres
murmuraient : « Quel chef-d’œuvre ! »
Pour ma part, les pastels de Degas m’enchantent et cette
sculpture d’un mètre de haut effectuée alors que sa vue baissait était dans la
même veine charmante, alors que ces 170 pages vont en dévoiler toute une
dimension poignante.
Degas disait d’un tableau de Rembrandt :
« Il y a mis
l’élément de surprise qui nous fait réfléchir et amène dans notre esprit l’idée
du drame que renferment toutes les œuvres où la vérité sur la vie est dite sans
ménagements. »
Les sources des nombreuses citations sont répertoriées.
Henri de Reignier :
« Car tu sais
nous montrer, quand retombe la gaze
Et que pose au tréteau
le chausson de satin,
Le poids du corps qui
pèse au talon qu’il écrase. »
Dans l’atmosphère d’alors où la prostitution est systémique, comme on dit aujourd’hui, nous sommes épargnés de soupçons de pédophilie envers
le chaste artiste obsédé par son art qui sublimait la laideur, sans que s’ouvre
quelque coutumier procès rétroactif.
« … elle avance un pied
funambule sur le fil qui sépare les beaux-arts et la culture de masse, la
poésie de la prose, elle est à la fois classique et moderne, réaliste et
subjective, esthétique et populaire, vulgaire et belle.

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