mercredi 20 mai 2026

Gerhart Richter et la peinture à l’ère technologique. Aline Guillermet.

La conférencière devant les amis du musée de Grenoble a choisi dans l’œuvre protéiforme du peintre allemand ce qu’il devait aux sciences et aux technologies.
En photographiant sa femme, « La lectrice », il avait dialogué avec la peinture classique,  
« La liseuse » de Vermeer

« Table »
est inaugurale : le flou devient sa marque de fabrique dans son dialogue croisé entre photographie et peinture. La réalité devient ambiguë sous le solvant.
Ses portraits, résurgences dans le milieu abstrait du pop art dont les figures humaines venues des publicités du cinéma se produisent en série.
Comme Roy Lichtenstein, « Allan Kaprow portrait »
ou Warhol : « Ethel scull thirty-six times » à partir de photomatons,
son
« Portrait Schmela » est multiple.
« Huit étudiantes infirmières »
avaient été victimes d’un tueur en série.
Dans le « Diptyque Marilyn » de Warhol peint quelques semaines après la mort de Monroe, 
on ne retient souvent que les couleurs de la vie, 
mais des effets de dégradation évoquent la fragilité, l’effondrement.
La photo-peinture aux contours atténués d’« Ema (Nu sur un escalier) »
s’établit en tant que référence critique
dans un genre universel, «  Nu descendant l’escalier » de Duchamp,
lui-même inspiré des chronophotographies d’Etienne-Jules Marey.  
« Sortir de son halo l’objet en détruisant son aura, c’est la marque d’une perception dont le sens du semblable dans le monde se voit intensifié à tel point que, moyennant la reproduction, elle parvient à standardiser l’unique. » Walter Benjamin
La peinture d’histoire n’est plus héroïque depuis « Guernica »
En 1988, Richter réalise une série intitulée « 18 Octobre 1977 »
dont « Morte »
et la plus grande « Enterrement » évoquant l’évènement qui traumatisa l’Allemagne après le suicide des leaders de la Faction Armée rouge dite Bande à Baader retrouvés morts dans leur cellule de la prison de Stuttgart. 
 
« Ces peintures révèlent de façon choquante que la peinture est morte, incapable de transfigurer les événements, de leur donner du sens. » Stefan Germer, historien de l’art
Il faut de la bonne volonté pour voir une correspondance 
avec « L’enterrement à Ornan » de Gustave Courbet.
Gerhart Richter
 étudie l’imagerie scientifique, « Première vue » reproduisant un atome à une échelle nanométrique.
Pour les quatre tableaux de la série « Silikat », l'élément le plus répandu à la surface de la terre, le degré de netteté varie. 
Ce fragment infinitésimal de la réalité comporte  des structures abstraites.   
Dans ce dilemme entre abstraction et réalisme, trace et empreinte, une des significations du mot « mimesis » peut apporter quelques nuances quand «  Il ne s'agit pas de reproduire l'apparence du réel, mais d'exprimer la dynamique, la relation active avec une réalité vivante », à ne pas confondre avec mimétisme.
Il développe les « Nuanciers », d’une façon aléatoire. « 1024 couleurs ».
En 2011, reprend un de ses tableaux « Abstract Painting » où il avait joué du racloir et à l’aide d’un logiciel extirpe,
parmi les différentes couches de pigment ,8190 bandes pour la série « Strip ».
Dans la cathédrale de Cologne dont la construction a duré 632 ans, monument le plus visité de toute l’Allemagne, ses vitraux ont remplacé ceux qui ont été détruits durant la seconde guerre mondiale. Ils sont composés de 11 263 carreaux de verre de 72 couleurs, placés au hasard. 
« Je n'obéis à aucune intention, à aucun système, à aucune tendance ; je n'ai ni programme, ni style, ni prétention. J'aime l'incertitude, l'infini et l'insécurité permanente. »

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