Comme dans la délicieuse émission radiophonique « Les
petits bateaux » où des spécialistes répondent à des questions d’enfants
inattendues mais fécondes, une simple remarque par un conducteur de taxi
pakistanais s’étonnant que le professore italien ne pouvait désigner les
ennemis de son pays, nous vaut ce petit opuscule de 50 pages dont la clarté
n’est pas brouillée par la richesse des références.
« L’un des chefs
des lépreux aurait avoué qu’il avait été acheté par un juif qui lui avait remis
du poison ( fait de sang humain, d’urine, de trois herbes et d’hosties
consacrées) placé dans des sachets lestés pour les faire couler plus aisément
au fond des fontaines, mais que c’était le roi de Grenade qui s’était adressé
aux Juifs - et une autre source ajoutait au complot le sultan de Babylone.
Ainsi d’un seul coup, étaient réunis les trois types d’ennemi
traditionnels : le lépreux, le Juif et le Sarrasin. Le quatrième ennemi,
l’hérétique, était apparu lorsque ordre avait été donné aux lépreux de cracher
sur l’hostie et de piétiner la croix. »
L’affaire de cette fabrique de l’ennemi pour nous préoccuper
en ce moment ne date pas d’aujourd’hui, ce qui pourrait décourager notre
croyance dans les progrès de l’intelligence humaine, mais l’auteur du
« Nom de la rose » ne surplombe pas le lecteur du haut de son
érudition.
En succulent pédagogue, il suscite d’autres questions.
« Le
bombardement régule la croissance démographique mieux que l’infanticide rituel,
la chasteté religieuse, la mutilation forcée ou l’usage excessif de la peine de
mort… »Reconnaître le
fascisme.
Toujours aussi vivante, la reprise d’un discours d’Umberto
Eco à l’occasion du cinquantenaire de la Libération (1995), apporte de la nuance, enrichit un débat
toujours recommencé et plus que jamais enflammé.
De brèves anecdotes autobiographiques appellent à la
modestie, avant une énumération argumentée des caractéristiques qui peuvent se
retrouver chez les simplistes qui ont si vite fait de voir des fascistes en
chemise noire marcher sur Rome, alors que si près s’accumulent les traits
prêts à former des faisceaux.
- Culte de la tradition
- Refus du modernisme
- L’action pour l’action: la culture est suspecte
- Peur de la différence, refus de l’étranger
- Appel aux classes moyennes frustrées
- Nationalisme et obsession du complot
- Les ennemis sont trop forts ou trop faibles
- Une vie de lutte, le pacifisme est une collusion
avec l’ennemi
- Elitisme de masse
- Culte de l’héroïsme
- Machisme
- Populisme
- Novlangue, peur du langage complexe: les
désaccords sont des trahisons.
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