Quelques formules rassurent en période brouillée :
« apprendre à vivre avec l’incertitude », quand de jolis refrains « être né quelque
part » accompagnent de douces évidences pas toujours acceptées quand le
sol se dérobe sous les pas.
Les internationalistes au poing levé, ennemis de la
mondialisation, aiment donner la main aux souverainistes aux pieds tanqués dans
le sol des ancêtres.
Le propriétaire de villa du bord de l’Océan ne veut pas la
quitter bien que le niveau des eaux monte et le Palestinien tient encore plus à
sa demeure explosée qu’aux promesses d’une Riviera.
Nos enfants partent vers
d’autres horizons en avion et d’autres arrivent en canots.
Nous croyions être à l’abri derrière les parapets du monde
occidental, sûrs de nos principes que nous avions la prétention de croire
universels, indubitablement plus cool que ceux de l’Iran, de la Corée du Nord, de
la Russie ou de JD Vance.
Désormais c'est la Chine qui apparaît comme la puissance la plus
respectueuse du droit international.
Les mots vacillent pour rendre compte d’un monde brutal et
imprévisible, où parfois les péclotages universitaires éloignent encore davantage des réalités
abrasives.
Ainsi le mot « Occident » entaché par son
appropriation par un groupuscule d’extrême droite dissout en 1968, porte
quelque culpabilité résultant de nos esprits volontiers autocritiques.
Cependant d’avoir été colonisateurs au siècle précédent ne
nous empêche pas d’adresser un regard circonspect sur les errements de la
décolonisation, ni de craindre les nouveaux colonisateurs au discret drapeau
rouge et à l’appétit féroce.
Cernés géographiquement par l’Orient, politiquement pas le
Sud, bien des habitants de la planète se retrouveraient volontiers dans nos riches contrées où nous vivions en paix, mais que nous ne savons pas
apprécier.
Alors pour situer nos refuges occidentaux, « Sam’ suffit » comme on n'en fait plus, on
dira : l’Europe, la France. Mais il faut être précautionneux, car à vanter nos territoires, certains se crispent et mettent à bas le drapeau tricolore ou le bleu à étoiles, pour en planter d’autres aux diverses combinaisons de vert.
Le terme « vivre ensemble » avec nos cultures
différentes devient obsolète, prouvant que nous ne savons nous aimer, ici,
maintenant, tels que nous sommes ; pourtant ce n’est pas faute
d’émoticônes ni de prêches. L’institution de la vaste Europe, levier de notre puissance,
lente à se mouvoir, figure en tête des boucs émissaires devant notre nation, dont la langue commune sert davantage à nous quereller qu’à nous réunir :
« tous ensemble » contre …
Il y a de quoi devenir chèvre, quand le niveau de langage
s’effondre et que « je m’en bats les couilles » est le seul idiome
familier dominant les conversations dans le tram.
Ces affaires à partir du lointain, dites affaires étrangères,
sont révélatrices des extrêmes de chez nous qui jouent à touche-touche, quand
leurs regards indulgents convergent en direction de Moscou qui nous désigne
pourtant comme l’ennemi décadent. Alors que la France et son président ne sont
pas les plus manches dans notre rapport au monde.
« Le fleuve occidental
- fleuve de Babylone- roule ses eaux de fange qui charrient des idéologies,
des chiens crevés, des religions, des figures de proue laquées de vase verte et
des pères étranglés. Sur la rive, il n’y a personne. Si : des garçons et
des filles qui
se “chargent”, des couples qui forniquent avec un microphone autour du cou,
des sociologues barbus et des psychiatres glabres. Ils méditent un doigt sur la
tempe ; ou ricanent. »
Jean Cau

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