vendredi 29 janvier 2021

Fatigués.

A vivre sous les cris d’étiques jamais contents, quelques bien gras systématiquement satisfaits ont intérêt à se faire discrets, ce que je m’empresse de ne pas faire.
Derrière mes doubles vitrages, je peux plaindre le bébé qui vient au monde entouré de masques, mais je ne sais entendre distinctement les jeunes adultes qui demandent aux autres de changer, mais ont bien du mal à s’adapter aux contraintes qui s’imposent à tous.
Les médias courent à l'audience en plaignant un jour les vieux, un jour les jeunes. Où sont les adultes pour faire la part des choses? 
J’ai plus de compassion pour celui qui a du mal à trouver un boulot que pour le privé de « teuf ». L’inconfort est différent de la détresse.
Si le nombre de victimes de la COVID arrive à être relativement contenu, nombreux sont nos compatriotes à s’estimer martyrisés à chaque instant. 
Ce n’est pas à eux qu’il faut dire que la crise peut être féconde, et pourtant combien aiment les chamboulements pour autrui.
Qu’importe! Elle est là, la crise, et parmi les ravages qu'elle occasionne on peut constater les difficultés grandissantes à vivre avec nos semblables. La durée de vie des bunkers excèdera le temps du confinement. Quant à construire un avenir commun ! 
«  Ce qui m’inquiète le plus est de voir comment la question du partage de la valeur, du partage du pouvoir, de l’émancipation, voire des vertus civiles et de la foi en la démocratie butent sur la question de la fatigue. » Patrick Boucheron.
Cette fatigue a précédé la séquence actuelle où les termes médicaux sont devenus viraux. Pour envisager un monde d'après, on allait disait-on, s'arrêter, réfléchir comme dans le film «l'an 01» et ce ne serait  pas «triste». Mais les sprints du court terme, exténuent la société. Les impatiences ont du mal à se calmer. Un monde réfléchi, apaisé se trouve hors d'atteinte.
Sans en appeler aux « Maries-Louises », jeunes soldats de Napoléon, d’avoir connu des hommes qui serraient les dents face aux difficultés, je ne sais que jouer : être sévèrement « burnés » n’épargne pas du burn-out. Pour les choqués par un tel langage, je recommanderais : « J’m’en balek » indestructible survivant aux modes lexicales, même pas modifié par l’écriture inclusive. Et cette persistance n'est pas anodine.
A mon échelle je prendrai pour un signe des temps que sur ce blog, le paragraphe concernant les réseaux sociaux accompagné de son usuelle critique tend à se substituer à quelque inévitable propos autour de l’école. Le distanciel a pris le pas sur le présentiel: ça se passe plus sur Tik Tok que dans l'attention portée à un participe passé.
« Le Monde » qui reproche aux politiques de céder aux lobbies s’est rangé dans l’heure aux humeurs du net contre un de ses dessinateurs. 
Je préfère les contradictions des commentaires autour d’une photographie désuète d’une cuisinière plongeant sa louche dans une grande marmite devant des enfants tendant leurs assiettes qui éveillait la nostalgie des uns et évoquait pour d’autres les caïds qui crachaient dans le « rab ».

1 commentaire:

  1. Ça fait un certain temps que je suis persuadée que ce que nous vivons résulte d'un état des lieux déjà présent, mais attendant son moment pour se manifester.
    Et c'est pour ça que je ne m'étonne pas d'entendre, selon les autorités que j'écoute, que "nous" avons interprété les chiffres de travers, afin d'en faire... des auspices.
    Afin de faire plier la réalité à notre.. non désir ? fatigue de vivre ?
    Nous, les "créateurs" ont une curieuse faculté de nous imaginer que la réalité nous est "donnée", et que nous ne la faisons pas, à notre manière.
    Je trouve que c'est assez naïf comme manière de penser le monde, et pas d'une naïveté qui fait (bien) vivre.
    Tu as bien ciblé le problème de la fatigue... de vivre.
    En attendant, il me semble que nous devons continuer.
    Dans les crispations qui sévissent, je note que quand on est vieux, on doit lutter contre la morale pisse vinaigre.
    C'est un devoir, me semble-t-il.
    Comme d'autres vieux... je pèche, en ne luttant pas assez contre la morale pisse vinaigre qui fait que c'est souvent dans les vieux jours que les vieux s'asseyent sur leurs sous, dans le vain espoir de pouvoir les emporter.
    Et la fatigue ? C'est le symptôme numéro 1 de la vieillesse (mais pas que, certes. D'autres peuvent être fatigués, de déprime).
    Ce matin je me suis levée en pensant à mes... devoirs. J'en ai. J'essaie de les faire gracieusement, et sans faire en sorte qu'ils soient forcément désagréables parce qu'ils sont des devoirs.
    Des progrès à faire dans ce registre...
    Autre devoir : continuer la lutte contre la déception, autre grand symptôme de l'âge.
    "On" ne nous a jamais dit qu'il serait facile de vivre, n'est-ce pas ?
    Et encore moins facile de vivre... vieux...

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