mardi 3 novembre 2026

Des boum et des paf. Delaf, Lewis Trondheim.

J’avais apprécié le retour de Gaston après la disparition de son célèbre créateur, Franquin, 
mais je suis déçu par cette livraison pourtant prometteuse avec Trondheim au scénario.
A part le premier gag où tout le monde s’affole quand le chimiste cataclysmique verse une petite goutte d’eau sur un cactus : 
«  Beuh … c’est juste de l’eau ». 
Les trouvailles scénaristiques sont rares.
Mes sourires d’enfant, à raison d’une apparition attendue semaine après semaine, font place au rictus du boomer dont la coolitude s’épuise dans l’accumulation des catastrophes sans surprises et des inventions inutiles.
Comme je regrette à longueur de journée l’érosion de la conscience professionnelle, je ne sais plus apprécier les sabotages au travail, les multiples explosions dans un monde fragmenté où les mortiers d’artifices croisent les lacrymogènes. 
Prunelle peut prétendre au burn out et Mademoiselle Jeanne se préoccuper de l’aveuglement de son bien aimé plus attentif à son chat qu’à son entourage pourtant fort bienveillant.   

lundi 2 novembre 2026

L’espèce explosive. Sarah Arnold.

Des sangliers de belle taille révèlent les mœurs baroques de la campagne dans l’Est de la France avec des gendarmes de comédie, qui ne font pas rire, pour s’interposer entre chasseurs et éleveurs. 
Dans cet univers absurde, l’’enquête policière devient accessoire, bien que sous des aspects loufoques mâtinés de romantisme, la satire classique envers les accointances des notables puisse paraître efficace.
Ne subsiste après une heure et demie qu’un sentiment de malaise malgré une certaine originalité, un décalage qui n’arrive pas à décoller, une vision poisseuse de nos semblables. 

dimanche 1 novembre 2026

Pellicule.

 
Avant que la pellicule ne casse, j’énumère quelques images premières, depuis celles d’un picador acculé aux barrières de l’arène par un taureau jusqu’au mot « Fin » qui clôturait le film mensuel  du samedi soir dans mon école communale.
 Et j’ouvre quelques portes, affolé comme l’homme dans un long couloir du générique de « Cinéma, cinémas » citant une séquence d’Alphaville de Godard.
Enfants, nous complétions : « 3, 2,1… » l’amorce clignotante du film avant que la lumière venue d’ailleurs advint.
L’affiche de « 1900 » m’a servi de bannière et quand ce fut mon tour de « faire classe » j’aimais proposer «  Le vieil homme et l’enfant » et « Jeux interdits ».
Lorsque j’ai projeté à mon tour «  Le passage du Rhin » où Charles Aznavour manie la faux, 
je me souviens des rires moqueurs des paysans du hameau qui venaient de payer leur entrée pour alimenter la coopérative de l’école.  
Au-delà des grands films de Kubrick et tous ceux qu’on retrouve forcément dans toutes les listes, je me souviens d’avoir resquillé pour voir avec mon fils : « La gloire de mon père » et de sortir avec lui avant la fin de « Greystoke ». 
Conformément à la géométrie de la mémoire les souvenirs anciens sont les plus vivaces et se teignent  au noir ambiant. Les émotions face au drame laissent plus de traces, surtout quand dans un film avec Fernandel, le crime surgit au milieu de la fête. 
« Quand passent les cigognes » à la télévision m’avait bouleversé, alors que les coups d’épée du film « Les Trois mousquetaires », ont impressionné mon petit fils.
Comme les nostalgiques farandoles finales de Fellini, pour lequel je mets au sommet « Les clowns », la sentimentalité italienne laisse des traces… et Claudia Cardinale.
La bouteille de coca des « Dieux sont tombés sur la tête », la noix cassée du « Passager de la pluie » objets anodins s’accrochent, quand les grands horizons se bouchent et que s’est inscrit l’effroi du « Silence des agneaux » avant le regard aveugle de Morgan dans « La symphonie pastorale ». 
Le piège à loup tendu au début des « Chiens de paille » en promettant de se refermer permettait d’apprécier la patte de Sam Peckinpah et de mesurer ce qu’est  la force d’un scénario. 
J’ai beau regretter aujourd’hui la pénurie de films souriants, dans cette recension reviennent plutôt les drames qui m’avaient fait cataloguer comme « lecteur de Télérama », bien que désabonné depuis longtemps, puisque je préfère les films qui se terminent mal.
J’accompagne volontiers mon petit fils dont le film culte est « Mission Cléopâtre ». 
Les Woody Allen me conviennent tout autant que  « Brazil » de Terry Gilliam. 
« Germinal » ou « Fahrenheit 451 » passent après la littérature, et Loach et les Dardennes éclairent la rue des boutiques obscures (où siégeait le parti communiste italien).
Le surgissement de Guédigian fut tellement ravissant que la suite a déçu parfois, alors que le souffle de « Reds » avait réveillé les espérances archaïques de l’apprêté « Potemkine ».
Je m’en tiendrais pour conclure à « Nous nous sommes tant aimés »  pour éviter de broder autour de « nous nous sommes tant trompés » qui n’a jamais été tourné. 
......
Dans cette liste, comment j'ai pu oublier "La ballade de Narayama" tout en haut de mes émotions de cinéphile?