mardi 6 octobre 2026

L’étranger. Jacques Ferrandez.

Puisque le crime d’après Meursault, l’assassin, fut une affaire de soleil, je pouvais faire confiance aux couleurs de Ferrandez qui peint si bien l’Algérie et a déjà adapté Camus.
Je craignais que les dessins simplifient trop l’histoire, mais je sais gré à l’auteur de la bande dessinée d’avoir adapté avec autant de talent et de force une œuvre majeure de notre littérature, comme Ozon l’avait fait récemment au cinéma en noir et blanc.
Chaque case enchâsse la poésie fragile d’un instant : 
« … la plainte des tramways dans les hauts de la ville et cette rumeur du ciel avant que la nuit bascule sur le port » 
la chaleur : 
« Si on va doucement, on risque une insolation, mais si on va trop vite, on est en transpiration et dans l'église on attrape chaud et froid. C'est sans issue. » 
 la finesse des sentiments:
« comme si devant cette nuit chargée de signes et d’étoiles, je m’ouvrais pour la première fois à la tendre indifférence du monde » 
la violence du destin : 
« Moi, j'ai l'air d'avoir les mains vides, mais je suis sûr de moi, sûr de tout, plus sûr que vous, 
sûr de ma vie et de cette mort qui va venir ! »
la sincérité : 
«- Tu m’aimes ?
- Cela ne veut rien dire, mais il me semble que non… »
 la justice: 
« Enfin, est-il accusé d'avoir enterré sa mère ou d'avoir tué un homme? » 
 Dieu : 
«- Croyez-vous en dieu ?
- Non »
Là encore le dialogue avec l’aumônier est essentiel qui amène l’indifférent à la parole rare à sortir de lui-même, lui qui semblait tant à côté de sa vie. 
La philosophie s’incarne dans ces moments ultimes, quand l’ombre du cachot succède à la lumière de la Méditerranée. 
« Tout le monde est privilégié et tout le monde est coupable. »  

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