samedi 24 octobre 2026

Bohemian flats. Mary Relindes Ellis.

Ce récit du destin d’immigrés allemands aux Etats-Unis au début du XX° siècle, est traité avec la même finesse que le film « Heimat » en noir et blanc dont j’avais gardé quelque souvenir. 
Partir : 
« A la gare, sa mère l’avait pris dans ses bras en disant :
- Je sais bien que c’est ce que tu dois faire et nous voulons que tu acquières de l’instruction. Mais je crains de ne jamais te revoir.
- Tu me reverras toujours. » 
Des thèmes éternels sont traités sans appuyer exagérément sur les drames. Ils concernent la liberté, le poids des familles ou celui de l’identité culturelle se posant pourtant d’une façon abrupte quand il s’agit de s’engager pendant la première guerre mondiale contre son pays d’origine. 
« Il s’est tapi dans les tranchées aux parois incrustées de crânes datant de ces trois dernières années. Des membres dépassent de la boue et du sol comme s’ils attendaient qu’on les rassemble. » 
Le premier de la famille était arrivé à Minneapolis au bord du Mississippi : 
« Il ne lui faut pas plus d'un mois pour découvrir que les Flats inspirent à ceux de la ville autant de crainte que de superstition, toutes fondées sur quelques vérités, mais surtout teintées de la fange de préjugés immémoriaux. Peu importe que vous soyez suédois, irlandais, italien, allemand ou norvégien. Une fois que l'on habite les Flats, on est mis dans le même sac que les slovaques ou les Tchèques : on devient Bohémien. »
 Les regards sur le monde peuvent se diversifier pendant 475 pages : 
« Ils avaient trouvé le nom de l'église curieux
 - "Notre-Dame des Perpétuelles Douleurs" - 
et après avoir vu l'homme cloué sur deux bûches disposées en croix, ils avaient conclu que les catholiques étaient obsédés par la douleur, le châtiment et la mort. » 
Les nuances sont précieuses en ces temps noirs ou blancs. 
« Idéaliser un peuple ou sa culture est une forme de condescendance: 
cela crée des illusions et pour finir engendre le mépris, 
car ceux que l'on idéalise ne peuvent jamais être à la hauteur des illusions qu'ils n'ont d'ailleurs jamais prétendus inspirer. » 

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