vendredi 2 octobre 2026

Bêtisier.

Quand je prends mon stylo à encre pour assembler quelques mots sur le papier avant la mise au propre, c’est comme si je revenais au temps du poêle à charbon qui assurait jadis le chauffage dans la seule pièce de la maison, alors qu’en ce siècle les motifs ne manquent pas pour avoir chaud aux oreilles, quand brûle la planète.
Les petites phrases pleuvent et s’évaporent si vite qu’une chronique peut aussitôt devenir obsolète, bien que l’obstination des « Insoumis » à jeter de l’huile sur le feu soit une constante.
France Info ne citait comme commentaire après la victoire des néo nazis dans un land en Allemagne que celui de Mélenchon :  
«  c’est la faute des centristes ! » 
sans mentionner la faiblesse de Die Linke, son parti frère, alors qu’à Berlin ce même parti progressait, car il sait se montrer ouvert aux compromis.
Le service public donne à ce moment là des armes à ceux qui l’accusent de parti pris.
Au-delà de la faiblesse de l’accusation mécanique du chouchou des médias, s’applique la technique « Flood the zone with shit » (inonder la zone de merde) de Steve Banon, ancien conseiller de Trump.
Et  j’entre dans le piège en parlant une fois de plus de celui qui emploie tous les moyens pour qu’on parle de lui.
Bien qu’ayant peu de compétences en économie, « la mise au frigo de la dette » par la même bouche ne me semble pas très sérieuse, mais la formule a fait jaser bien plus que l’impossibilité pour l’état d’investir. Le comique à l’humour douteux attire les commentaires, et toute critique aiguise les convictions de ses partisans, à la haine toujours prête à jaillir, diabolisant l’adversaire. 
« Les français affichent la durée de retraite la plus longue au monde, plus de vingt cinq ans » Antoine Foucher.
Ce fait positif sera moins médiatisé que n’importe quelle petite phrase pourvu qu’elle soit agressive.
Centriste triste, je pense que le bloc central devrait cesser d’insister sur le matraquage fiscal alors que taxer les très grandes fortunes aurait un certain rendement politique au-delà d’une efficacité miraculeuse sur le rétablissement des finances publiques.
Je m’applique à relever que l’augmentation de 8% des prélèvements obligatoires depuis 50 ans est allée aux dépenses de retraite (passées de 7 à 14% du PIB) et de santé bien que la population vieillissante pense ne pas en avoir pour son argent. Le recul de l’âge de la retraite semble inéluctable quoi qu’en dise la rue.
Mais je ne vais pas plus loin au pays des espèces sonnantes et trébuchantes et préfère, depuis mon fauteuil de patriarche défroqué, observer nos mœurs.
Homme at home devenu atone, je vois aussi que des masculinités violentes s’exacerbent à la hauteur de leur impuissance. Les féministes décoloniales jouent contre leur camp lorsqu’elles justifient la tradition de l’excision en excusant des pratiques cruelles, machistes puisqu’elles portent de bonnes couleurs.
Si se retrouvent dans un bêtisier où les femmes n’ont pas besoin de quota, les jugements lamentables de Ségolène Royal et les sornettes de Marine Tondelier, j’approuve Sandrine Rousseau, si souvent irritante, mais peu suspecte de démagogie sur ce coup là : 
«  Nous nous pensons puissants et nous sommes incapables de penser notre vulnérabilité. 
Le réchauffement climatique va menacer l’ensemble de nos structures sociales et politiques. »   
Les occasions ne manquent pas pour se désoler que pour caractériser l’esprit de notre pays, il devienne difficilement compréhensible de le dire « rabelaisien ».
Mirapolis et sa statue de Gargantua, parc imaginé sur le thème des contes et légendes français, ayant fait faillite, il est question d’un nouveau parc d’attraction sur le thème des mangas. Trop de références ignorées du public avaient conduit à l’échec de cette première entreprise, la culture japonaise semble plus porteuse que la française.
Un joueur de l’équipe de France se fait insulter  parce qu’il a dit aimer la France: j’en ai la crête qui frissonne. 
« La France souffre d’elle-même, elle ne se connaît plus, ne se reconnaît plus,
ce qui est bien la pire des maladies. »  
Boualem Sansal

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