Le même temps
qu’hier soir nous attend ce matin, il bruinasse à 9h10 lorsque nous décollons.
L’air humide accentue l’impression de froid. Nous reprenons la tangentiale
Nord, passons devant l’immeuble l’Unipol, gagnons le parking piazza dell’ 8
agosto par des chemins différents mais sans anicroche ni embouteillage.Nous remontons à
pied la rue Indipendenza à l’abri sous les arcades.Nous arrivons un
peu en avance au palazzo
dell’Archiginnasio pour lequel l’Office du tourisme nous a réservé une entrée. Il héberge
un théâtre anatomique datant du XVII°, où se déroulaient des dissections
de cadavres devant des étudiants. Du bois de sapin habille tous les murs dune
salle de taille réduite, le plafond à caisson ouvragé ainsi que les deux
rangées de bancs en gradin. Au centre trône une table en marbre blanc. Mais
tous les regards convergent vite vers la
chaire du professeur : elle présente deux écorchés soutenant un dais sur
lequel repose l’allégorie de l’anatomie légèrement tournée vers un putti
porteur d’un fémur.A part le théâtre,
le palazzo réserve d’autres surprises comme la salle du Stabat Mater. C’est ici que Rossini donna la 1ère représentation de son œuvre
religieuse.
De nombreuses fresques (dont des blasons) au dessus de
bibliothèques basses grillagées décorent la pièce, aujourd’hui transformée pour
des conférences et occupée par des chaises modernes.A droite à travers une
ouverture condamnée par des barreaux, s’échappe une enfilade de salles
destinées à accueillir des rayonnages de livres magnifiques et sans doute
anciens à l’usage des étudiants d’autrefois. D’ailleurs la vocation pédagogique
du palazzo ressort partout sur les
murs, les couloirs ou escaliers voûtés
que nous traversons, grâce aux blasons d’étudiants ou de professeurs qui les
recouvrent entièrement.Entrevue hier dans
la rue, la photo d’une sculpture sur une affiche décide de notre visite
suivante : la Chiesa Santa Maria
della Vita. Cette église de style baroque protège un ensemble extraordinaire de personnages
grandeur nature en terracotta réalisé à la Renaissance par Nicolo Dell’ Arca.
La scène titrée, « delle Marie piangenti’ » (des Marie en
pleurs) ou déploration du Christ se compose de Marie Cléophas, Marie près de Saint Jean se tenant le menton, Marie Salomé, de Marie-Madeleine et de
Joseph d’Arimathie muni de pinces et outils pour libérer Jésus de la croix,
assurément le moins triste de tous et vêtu comme à la Renaissance tel un
spectateur tourné vers le public. (Signalons
l’absence de Nicodème mentionné
dans les évangiles). Les visages saisissants hurlent de douleur, d’effroi ou de
colère ? Marie- Madeleine se précipite en courant vers le Christ allongé dont le visage reflète de façon très réaliste la face cadavérique d’un mort. Il
perdure des traces de peinture notamment sur Joseph (vert) ou Jean, mais je préfère cette patine de la
terre plus monochrome qui révèle mieux la matière. « On a peu
représenté de façon aussi vraie la douleur et l’effroi devant la mort ».
Quant à Gabriele D’Annunzio, fort impressionné il qualifie l’œuvre de
« cri de pierre ».Dans la même veine,
l’oratoire communiquant avec
l’église conserve un autre ensemble en
terre cuite et stuc du XVI° : « La mort de Marie» d’Alfonso Lombardi. Juché sur un balcon, il offre moins de proximité, il
intègre plus de personnages avec cependant moins d’originalité dans les
postures et l’expressivité. La salle qui l’accueille est richement décorée du
sol d’époque (technique particulière à fleurs) en passant par les murs
(fresques) et le plafond peint. Entre l’église et l’oratoire, après un escalier
en pierre, nous traversons un petit musée. Nous y remarquons un petit portrait
de Louis XIV entouré de pierres précieuses assimilable à un bijou et
soigneusement protégé dans une vitrine, signalé comme don du roi, au milieu de
peintures (le combat de Tancède et Clorinde) que nous contemplons plus ou
moins. Lorsque nous
ressortons, la bruine s’est transformée en pluie. Nous n’épiloguons pas sur le
choix d’un restau, le « piano piano », non loin, en bordure de la
place maggiore, nous convient pour déjeuner d’une escalope milanaise ou de boulettes de viande.

























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