mercredi 28 octobre 2026

Bologne # 3

Le même temps qu’hier soir nous attend ce matin, il bruinasse à 9h10 lorsque nous décollons. L’air humide accentue l’impression de froid. Nous reprenons la tangentiale Nord, passons devant l’immeuble l’Unipol, gagnons le parking piazza dell’ 8 agosto par des chemins différents mais sans anicroche ni embouteillage.
Nous remontons à pied la rue Indipendenza à l’abri sous les arcades.
Nous arrivons un peu en avance au palazzo dell’Archiginnasio pour lequel l’Office du tourisme nous a réservé une entrée.
Il héberge un théâtre anatomique datant du XVII°, où se déroulaient des dissections de cadavres devant des étudiants.
Du bois de sapin habille tous les murs dune salle de taille réduite, le plafond à caisson ouvragé ainsi que les deux rangées de bancs en gradin.
Au centre trône une table en marbre blanc.
Mais tous les regards convergent vite  vers la chaire du professeur : elle présente deux écorchés soutenant un dais sur lequel repose l’allégorie de l’anatomie légèrement tournée vers un putti porteur d’un fémur.
A part le théâtre, le palazzo réserve d’autres surprises comme la salle du Stabat Mater.
C’est ici que Rossini donna la 1ère représentation de son œuvre religieuse. 
De nombreuses fresques (dont des blasons) au dessus de bibliothèques basses grillagées décorent la pièce, aujourd’hui transformée pour des conférences et occupée par des chaises modernes.
A droite à travers une ouverture condamnée par des barreaux, s’échappe une enfilade de salles destinées à accueillir des rayonnages de livres magnifiques et sans doute anciens à l’usage des étudiants d’autrefois.
D’ailleurs la vocation pédagogique du palazzo ressort  partout sur les murs, 
les couloirs ou escaliers voûtés que nous traversons, grâce aux blasons d’étudiants ou de professeurs qui les recouvrent entièrement.
Entrevue hier dans la rue, la photo d’une sculpture sur une affiche décide de notre visite suivante : la Chiesa Santa Maria della Vita.
Cette église de style baroque protège  un ensemble extraordinaire de personnages grandeur nature en terracotta réalisé à la Renaissance par Nicolo Dell’ Arca.
La scène titrée, « delle Marie piangenti’ » (des Marie en pleurs) ou déploration du Christ  se compose de Marie Cléophas,
Marie près de Saint Jean se tenant le menton, Marie Salomé, de Marie-Madeleine et de Joseph d’Arimathie muni de pinces et outils pour libérer Jésus de la croix, assurément le moins triste de tous et vêtu comme à la Renaissance tel un spectateur tourné vers le public. (Signalons  l’absence de  Nicodème mentionné dans les évangiles).
Les visages saisissants hurlent de douleur, d’effroi ou de colère ?
Marie- Madeleine se précipite en courant vers le Christ allongé dont le visage reflète de façon très réaliste la face cadavérique d’un mort. Il perdure des traces de peinture notamment sur Joseph (vert)  ou Jean, mais je préfère cette patine de la terre plus monochrome qui révèle mieux la matière.  « On a peu représenté de façon aussi vraie la douleur et l’effroi devant la mort ». Quant à Gabriele D’Annunzio, fort impressionné il qualifie l’œuvre de « cri de pierre ».
Dans la même veine, l’oratoire communiquant avec l’église  conserve un autre ensemble en terre cuite et stuc du XVI° : 
« La mort de Marie» d’Alfonso Lombardi. Juché sur un balcon, il offre moins de proximité, il intègre plus de personnages avec cependant moins d’originalité dans les postures et l’expressivité.
La salle qui l’accueille est richement décorée du sol d’époque (technique particulière à fleurs) en passant par les murs (fresques) et le plafond peint. Entre l’église et l’oratoire, après un escalier en pierre, nous traversons un petit musée.
Nous y remarquons un petit portrait de Louis XIV entouré de pierres précieuses assimilable à un bijou et soigneusement protégé dans une vitrine, signalé comme don du roi, au milieu de peintures (le combat de Tancède et Clorinde) que nous contemplons plus ou moins. Lorsque nous ressortons, la bruine s’est transformée en pluie.
Nous n’épiloguons pas sur le choix d’un restau, le « piano piano », non loin, en bordure de la place maggiore, nous convient pour déjeuner d’une escalope milanaise ou de boulettes de viande.

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