samedi 17 octobre 2026

Les grues volent vers le Sud. Lisa Ridzén.

L’émotion, maître mot de bien des lecteurs, se comprend de la part des septuagénaires qui se reconnaîtrons dans cette chronique d’une fin de vie d’autant plus remarquable qu’il s’agit du premier roman d’une jeune suédoise de même pas quarante ans. 
«  … les larmes trouvent un support dans la plupart des souvenirs ».
Construit comme une lettre à sa femme, qu’elle ne pourra pas lire maintenant qu’elle est en maison de retraite atteinte par Alzheimer, un vieux monsieur solitaire, mais bien entouré, ajoute ses observations à ses souvenirs, à ses rêves. Les mots laissés par ses aides soignantes sur un cahier de liaison ponctuent le récit.
Il veut garder son chien, mais son fils estime qu’il ne peut plus s’en occuper correctement. Autour de cet enjeu remontent sur plusieurs générations les rapports père/fils, sous les silences nécessaires ou regrettables. 
«  J’ai envie de crier, mais j’ai l’impression que mes sentiments sont ridicules.Comme si personne au monde ne pensait que j’avais le droit d’être en colère comme ça. » 
Ces 420 pages ont tout le charme de la littérature scandinave où la nature est très présente
et la finesse, la profondeur, des livres crépusculaires qui auraient tendance à faire un genre, 
comme l’importance des chiens qui tiennent chaud aux papates des humains. 
L’écriture pudique de ce livre suit la perte d’autonomie et rend poignante la fatigue du vieux monsieur.
« Je regarde mon reflet, l'air interrogateur, et j'essaye de chasser mes craintes. 
Je ne faisais jamais ça avant, je ne ruminais pas et je ne m'inquiétais pas pour un rien. 
Mais maintenant, chaque aspect de ma vie est devenu fragile. Je ressens soudain de la compassion pour l'homme dans le miroir. Ce n'est sacrément pas facile d'être un humain. »

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