L’émotion, maître mot de bien des lecteurs, se comprend de
la part des septuagénaires qui se reconnaîtrons dans cette chronique d’une fin
de vie d’autant plus remarquable qu’il s’agit du premier roman d’une jeune suédoise
de même pas quarante ans.
« … les larmes
trouvent un support dans la plupart des souvenirs ».
Construit comme une lettre à sa femme, qu’elle ne pourra pas
lire maintenant qu’elle est en maison de retraite atteinte par Alzheimer, un
vieux monsieur solitaire, mais bien entouré, ajoute ses observations à ses
souvenirs, à ses rêves. Les mots laissés par ses aides soignantes sur un cahier
de liaison ponctuent le récit.
Il veut garder son chien, mais son fils estime qu’il ne peut
plus s’en occuper correctement. Autour de cet enjeu remontent sur plusieurs
générations les rapports père/fils, sous les silences nécessaires ou regrettables.
« J’ai envie de
crier, mais j’ai l’impression que mes sentiments sont ridicules.Comme si personne au
monde ne pensait que j’avais le droit d’être en colère comme ça. »
Ces 420 pages ont tout le charme de la littérature
scandinave où la nature est très présente
et la finesse, la profondeur, des livres crépusculaires qui
auraient tendance à faire un genre,
comme l’importance des chiens qui tiennent chaud aux papates
des humains.
L’écriture pudique de ce livre suit la perte d’autonomie et
rend poignante la fatigue du vieux monsieur.
« Je regarde mon
reflet, l'air interrogateur, et j'essaye de chasser mes craintes.
Je ne faisais
jamais ça avant, je ne ruminais pas et je ne m'inquiétais pas pour un rien.
Mais maintenant, chaque aspect de ma vie est devenu fragile. Je ressens soudain
de la compassion pour l'homme dans le miroir. Ce n'est sacrément pas facile
d'être un humain. »

Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire