J’avais offert ce Goncourt de Noël avant d’oser le lire, car
les appréciations telles que « le plus grand livre du XXI ° siècle »
avaient de quoi impressionner, comme pouvait lasser la thématique annoncée d’un
retour de plus vers les origines opéré par tant d’écrivains.
Mais la finesse, l’intensité de l’écriture de cette histoire
personnelle, m’ont concerné intimement.
Le titre, « La maison vide » appelle facilement la
contradiction, tant l’imagination s’épanouit en ce monument grandiose dont le
format (744 pages) participe à sa densité.
Les citations, prélevées dans une symphonie grandiose, ne
peuvent être que parcellaires.
« … mais je crois
que si ce que j’écris ici est un monde que je découvre en partie en le rêvant, je ne l’invente pas
tout à fait, je le reconstruis pièce à pièce, comme une machine d’un autre
temps dont on découvre que le mécanisme a pourtant fonctionné un jour… »
Les épisodes de la grande histoire inscrits sur les
monuments aux morts et dans les partitions oubliées d’un piano devenu muet sont
relatés avec une force renouvelée ainsi que les conflits les plus secrets.
« … tout se tient
dans les passages qui unissent les êtres entre eux par delà le temps et l’oubli,
qui permettent à chaque génération d’inventer un présent et de se croire
libérée de la tutelle de ses anciens. »
Les silences, les passions, les contradictions, les
évolutions, les pardons sont exprimés avec force et nuances.
« … tout de même
on lui en racontait un peu, des histoires, car même sans le vouloir, par
facilité, vantardise, sottise, par espoir que les mots fassent advenir une
réalité ardemment souhaitée, à l’arrière… »
Le lecteur peut suivre chaque personnage décrit sans
concession, dont les hésitations, les points de vue sont présentés honnêtement,
avec générosité, humanité.
« … et qu’est-ce
que c’est de déclarer une guerre un samedi, en plein été ?
En pleines
moissons ? »
La construction est habile quand dans un foisonnement
d’émotions, est révélé une conclusion fatale au détour d’une phrase, et que
j’attends de savoir comment sera accueilli le soldat de retour du front :
« … en écrivant
je ne vois que la béance d’un intouchable moment de vie, car ces retrouvailles,
ni la fiction, ni le recours à des témoignages ne pourraient m’en ouvrir les
portes »
L’ambitieux et prudent écrivain se laisse aller parfois à des
anachronismes véniels : je ne suis pas sûr que l’expression « coûter
un bras » était utilisée au début du XXI° siècle d’une façon figurée, pas
plus que le terme « gerber » ou « contexte géo politique ».
Mais ce n’est rien, tant chaque page convoque de violentes sensations :
« Les yeux vont
te pourrir dans la tête à te lever à des heures pareilles ! »
Voilà une œuvre qui permet de ne pas désespérer de la
littérature contemporaine qui permet d’exprimer l’admiration devant tant de justesse d’une
foisonnante écriture en quête de vérité:
« Tous ces
malheurs accumulés depuis tant d’années qui n’en finissent pas de revenir pour
quelques secondes ou plusieurs heures, comme s’ils avaient définitivement élu
domicile en nous et que, la plupart du temps, ils consentaient à se laisser
oublier et à faire une place à l’espoir d’un présent sans passé… »

Grrrr. Cela ne m'enchante pas du tout. A commencer par l'image du piano qui est devenu une sorte de symbole d'une... élite ? qui court allégrement vers d'autres nouveautés pour rester toujours dans l'avant-garde qui donne le la au... peuple.
RépondreSupprimerCes braves gens qui amènent leurs pianos A LA DECHARGE (ou cherchent à les caser, oui) pour se mettre au saxophone.
Non, je ne suis pas preneuse, et je ne vais pas me plonger dans ce livre, la main sur le coeur, en me disant avec tendresse combien j'ai EN COMMUN avec Laurent Mauvignier.
Surtout que, venue de parents dont mère née SUR LA FERME, et père, fils de tout petit bourgeois, je travaille la troisième ballade de Chopin en ce moment, avec les Fantaisies de Mozart, les trios de Haydn. Mes parents ont trimé pour que j'accède à la HAUTE CULTURE de l'époque, et c'était sans se rendre compte que, PARVENUS ENFIN, ils ne parviendraient jamais, car la caractéristique de l'élite OU SE PENSANT TELLE est de faire plusieurs pas en avant pour préserver son statut à ses propres yeux, et aux yeux de la société. On ne parvient... jamais. C'est la définition même d'un parvenu, de ne jamais parvenir.
Donc... je laisserai à Laurent Mauvignier le soin de TOUJOURS COURIR POUR ESSAYER DE PARVENIR... et d'entraîner ceux qui, comme les rats, suivaient le "flutiste" de Hamelin jusqu'à la noyade.
Je resterai assise à mon piano, en train de travailler Chopin et Mozart, en laissant les rats courir...
Si j'étais vraiment une très bonne personne, je serais sereine et tranquille devant ce comportement o combien... bourgeois de suivre le flutiste d'Hamelin, mais je suis un peu aigrie, même... beaucoup, et c'est mon grand tort. Mea culpa.