samedi 3 octobre 2026

La maison vide. Laurent Mauvignier.

J’avais offert ce Goncourt de Noël avant d’oser le lire, car les appréciations telles que « le plus grand livre du XXI ° siècle » avaient de quoi impressionner, comme pouvait lasser la thématique annoncée d’un retour de plus vers les origines opéré par tant d’écrivains.
Mais la finesse, l’intensité de l’écriture de cette histoire personnelle, m’ont concerné intimement.
Le titre, « La maison vide » appelle facilement la contradiction, tant l’imagination s’épanouit en ce monument grandiose dont le format (744 pages) participe à sa densité. 
Les citations, prélevées dans une symphonie grandiose, ne peuvent être que parcellaires. 
« … mais je crois que si ce que j’écris ici est un monde que je découvre en partie en le rêvant,    je ne l’invente pas tout à fait, je le reconstruis pièce à pièce, comme une machine d’un autre temps dont on découvre que le mécanisme a pourtant fonctionné un jour… » 
Les épisodes de la grande histoire inscrits sur les monuments aux morts et dans les partitions oubliées d’un piano devenu muet sont relatés avec une force renouvelée ainsi que les conflits les plus secrets. 
« … tout se tient dans les passages qui unissent les êtres entre eux par delà le temps et l’oubli, qui permettent à chaque génération d’inventer un présent et de se croire libérée de la tutelle de ses anciens. »
 Les silences, les passions, les contradictions, les évolutions, les pardons sont exprimés avec force et nuances.  
«  … tout de même on lui en racontait un peu, des histoires, car même sans le vouloir, par facilité, vantardise, sottise, par espoir que les mots fassent advenir une réalité ardemment souhaitée, à l’arrière… » 
Le lecteur peut suivre chaque personnage décrit sans concession, dont les hésitations, les points de vue sont présentés honnêtement, avec générosité, humanité. 
« … et qu’est-ce que c’est de déclarer une guerre un samedi, en plein été ? 
En pleines moissons ? » 
La construction est habile quand dans un foisonnement d’émotions, est révélé une conclusion fatale au détour d’une phrase, et que j’attends de savoir comment sera accueilli le soldat de retour du front :
« … en écrivant je ne vois que la béance d’un intouchable moment de vie, car ces retrouvailles, ni la fiction, ni le recours à des témoignages ne pourraient m’en ouvrir les portes »
L’ambitieux et prudent écrivain se laisse aller parfois à des anachronismes véniels : je ne suis pas sûr que l’expression « coûter un bras » était utilisée au début du XXI° siècle d’une façon figurée, pas plus que le terme « gerber » ou « contexte géo politique ».
Mais ce n’est rien, tant chaque page convoque de violentes sensations : 
« Les yeux vont te pourrir dans la tête à te lever à des heures pareilles ! » 
Cette œuvre permet de ne pas désespérer de la littérature contemporaine 
et autorise l’admiration devant tant de justesse d’une foisonnante écriture en quête de vérité:
« Tous ces malheurs accumulés depuis tant d’années qui n’en finissent pas de revenir pour quelques secondes ou plusieurs heures, comme s’ils avaient définitivement élu domicile en nous et que, la plupart du temps, ils consentaient à se laisser oublier et à faire une place à l’espoir d’un présent sans passé… »

2 commentaires:

  1. Grrrr. Cela ne m'enchante pas du tout. A commencer par l'image du piano qui est devenu une sorte de symbole d'une... élite ? qui court allégrement vers d'autres nouveautés pour rester toujours dans l'avant-garde qui donne le la au... peuple.
    Ces braves gens qui amènent leurs pianos A LA DECHARGE (ou cherchent à les caser, oui) pour se mettre au saxophone.
    Non, je ne suis pas preneuse, et je ne vais pas me plonger dans ce livre, la main sur le coeur, en me disant avec tendresse combien j'ai EN COMMUN avec Laurent Mauvignier.
    Surtout que, venue de parents dont mère née SUR LA FERME, et père, fils de tout petit bourgeois, je travaille la troisième ballade de Chopin en ce moment, avec les Fantaisies de Mozart, les trios de Haydn. Mes parents ont trimé pour que j'accède à la HAUTE CULTURE de l'époque, et c'était sans se rendre compte que, PARVENUS ENFIN, ils ne parviendraient jamais, car la caractéristique de l'élite OU SE PENSANT TELLE est de faire plusieurs pas en avant pour préserver son statut à ses propres yeux, et aux yeux de la société. On ne parvient... jamais. C'est la définition même d'un parvenu, de ne jamais parvenir.
    Donc... je laisserai à Laurent Mauvignier le soin de TOUJOURS COURIR POUR ESSAYER DE PARVENIR... et d'entraîner ceux qui, comme les rats, suivaient le "flutiste" de Hamelin jusqu'à la noyade.
    Je resterai assise à mon piano, en train de travailler Chopin et Mozart, en laissant les rats courir...
    Si j'étais vraiment une très bonne personne, je serais sereine et tranquille devant ce comportement o combien... bourgeois de suivre le flutiste d'Hamelin, mais je suis un peu aigrie, même... beaucoup, et c'est mon grand tort. Mea culpa.

    RépondreSupprimer
  2. L'image du piano poussiéreux ne correspond pas exactement au livre où un piano joue un rôle important qui pourrait t'intéresser. Je n'avais pas de piano chez moi mais j'ai apprécié ce texte subtil et fort. Cherche d'autres critiques qui rendront plus fidèlement la teneur de ce roman qui a reçu des éloges mérités, tu peux aimer ce livre.

    RépondreSupprimer