dimanche 18 juin 2023

La Mouette. Tchekhov. Teste.

Cette fois c’est « la » mouette et non « une mouette », plus universelle que slave, 
qui nous est proposée à la MC 2 : théâtre dans le théâtre, partir ou rester à la campagne, incomplétude de l’amour et destins inaccomplis. 
Les malentendus, les apparences, participent à cette comédie ainsi définie par l’auteur, où cependant on ne rit guère.
Les images alimentées par des vidéastes mettant en valeur les expressions des comédiennes composent un mur graphique attirant les regards mais éloignant du scénario qui finit cependant par s’éclaircir à la longue. Cette virtuosité autour des images me semblait comme issue d’un jeu découvert depuis peu au détriment de la profondeur du texte d’une actualité brulante : 
« Les hommes, les lions, les aigles et les perdrix, les cerfs à cornes, les oies, les araignées, les poissons silencieux, habitants des eaux, les étoiles de mer et celles qu’on ne peut voir à l’œil nu, bref, toutes les vies, toutes les vies, toutes les vies se sont éteintes, ayant accompli leur triste cycle... 
Depuis des milliers de siècles, la terre ne porte plus d’êtres vivants et cette pauvre lune allume en vain sa lanterne. Dans les prés, les cigognes ne se réveillent plus en poussant des cris, et l’on n’entend plus le bruit des hannetons dans les bosquets de tilleuls. Tout est froid... froid... froid... froid... Tout est désert... désert... désert... J’ai peur... peur... peur... » 
Lorsque je me relis, je vois que j’ai dépassé le moment où je m’émerveillai de la nouveauté des procédés. Je préfèrerais à présent des mises en scènes plus sobres allant chercher plus d’intériorité. 
Il y a des livres pour ça ; mais je n’aime pas trop lire le théâtre dont les émotions ne peuvent pas être  indexées sur la précision d’un zoom. 

1 commentaire:

  1. Je partage tes sentiments ici, Guy. Le problème avec les images, c'est qu'à la longue elles attaquent et font imploser la possibilité de l'intériorité. Depuis la maîtrise d'Ovide dans "Les Métamorphoses", on a les moyens de savoir ça, car Ovide le démontre avec art, dans le récit sur Narcisse. Il y a un équilibre fragile à maintenir entre intérieur/extérieur, dedans/dehors. Mais à l'heure actuelle, nous sommes submergés d'images, sans même pouvoir nous rendre compte de l'ampleur de ce phénomène. ll n'y a qu'à regarder la multiplication des miroirs dans les espaces, publiques ou privés, pour avoir une idée de l'ampleur de l'aliénation que provoque une DEBAUCHE d'images...
    Le plus difficile étant de con-joindre texte et image, la lettre et la figure, pour la conscience humaine. Nous sommes des êtres de lettres ET d'images. Mais quand l'un prend un trop grand pas sur l'autre, nous trinquons.
    Recommandé : "Thank you, Shakespeare", de Philippe Torreton. Un grand bonheur qui remet le théâtre à une place vivante, où il n'est pas phagocytée par les images objectivées, en tout cas.

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