jeudi 5 mars 2015

De Bosch à Bruegel. Le fou, le diable et l’ermite.

Autour de l’année 1500, le moyen âge ne savait pas qu’il finissait, quand la  première mondialisation poussait au changement d’ère. Le capitalisme stimulé par les découvertes faisait émerger la bourgeoisie, alors que les craintes millénaristes vont durer 33 ans après la date ronde.
Toute comparaison de cette période avec notre début de siècle peut sembler plus féconde que celle qui rapproche des années 1930, lorsque l’imprimerie, difficile à maitriser par les pouvoirs, multiplie les idées. Prédicateurs et charlatans foisonnent, mais une dévotion plus moderne s’élève contre les superstitions, la piété devient une affaire plus individuelle. Le pape cautionne la chasse aux sorcières et les sectes prolifèrent : à quel saint, à quel diable se vouer ?
Un monde ancien met du temps à mourir, le nouveau va naître : la renaissance.
Christian Loubet présentait quelques tableaux de Bosch et Bruegel qui ont tant de choses à exprimer sur cette époque de crise.
http://blog-de-guy.blogspot.fr/2011/02/bruegel-et-bosch-le-sacre-des-proverbes.html
Les œuvres du premier sont pour beaucoup à Madrid, celles du second à Vienne : les Habsbourg avaient du goût.
Alimentée par les images médiévales, peinte par le malicieux Jheronimus van Aken dit Jérôme Bosch (du bois), « La nef des fous » à la destination incertaine, prend l’eau : religieux, bourgeois et manants insouciants  bâfrent et se disputent. Le plus fou, n’est pas forcément celui qui en porte l’habit. C’est dans ces eaux, qu’Erasme écrivit un pamphlet, « L’éloge de la folie ».
Sur la table représentant « Les péchés capitaux » le christ rayonne depuis le centre d’un œil au dessus de la phrase : « Attention Dieu vous regarde », entouré telle une « roue de l’infortune »  par la représentation de « sept déviations coupables de notre humanité » : colère, envie, avarice, gourmandise, luxure, paresse, orgueil. Si quatre façons de mourir tranquillement sont mentionnées c’est bien l’enfer qui attire nos regards : les damnés souffrent par où ils ont fauté. Cette thématique que Bosch développera, où l’imagination donne toute sa démesure, permet de représenter la violence et la sensualité.
Le triptyque autour du « chariot de foin », où chacun vient prendre sa poignée d’éphémère matière, comporte sur le panneau de gauche, lors de la création du monde, des anges rebelles chutant. Au centre, aucun représentant de la société en proie aux péchés, n’est à son avantage; l’air, l’eau, le feu, la terre sont corrompus. Sur le dessus du char, seul un couple d’amoureux semble échapper aux malheurs, sous les yeux de Jésus dans le ciel « qui n’en peut mais ». A droite les démons, animaux hybrides, torturent les humains, les trainent dans la boue. Les corps sont vides. Le forgeron, celui qui creuse la terre, est le grand ordonnateur de cette descente aux enfers où les références aux cartes du tarot foisonnent. Une fois le triptyque refermé, un vagabond aux traits de l’auteur occupe tout l’espace, il fuit le monde violent et s’abimant dans l’ivresse, il est aussi « le mat », le fou de l’arcane XXII accompagné d’un lynx.
« Le jardin des délices » surnommé aussi « le labyrinthe des délires » est constitué également en trois parties, entre un Eden bleuté, comme le lieu central où s’ébattent les enfants d’Adam et Eve dont les accouplements échouent, et un enfer où l’homme d’une infinie tristesse n’a pas constitué son unité. Les détails sont fascinants et l’effet de l’ensemble luxuriant est saisissant, l’univers est cataclysmique.
« Le jugement dernier » est apocalyptique à souhait alors que le traitement de Saint Antoine, de Saint Jean Baptiste ou Saint Jérôme aux yeux fermés au monde est plus apaisé, même si au sein de la sérénité se glisse le mal : un quatrième roi mage apparait dans « l’Epiphanie ».
Le christ dans le " Portement de Croix avec Sainte Véronique "  a  aussi les yeux fermés au milieu d’une foule grimaçante mais ouverts sur le suaire qui porte l’image de son visage.
Pieter Bruegel dit l'Ancien est né à Bruegel en Belgique au temps de Charles Quint, il marie l’équilibre italien et les débordements flamands.
« Le paysage avec chute d’Icare » est surtout occupé par un paysan qui laboure, un pêcheur qui pêche, un berger qui garde ses moutons ; les grands espoirs de l’homme s’abiment dans l’eau.
« La tour de Babel » voulue par Nemrod est aussi le témoignage de l’ambition des hommes, vouée à ne pas aboutir.
« La Huque bleue » (tunique) plus connue sous le titre «  Les Proverbes flamands », ou « Le Monde renversé » illustre une centaine de proverbes et d’expressions : « jeter des roses aux cochons », « ôter la barbe au christ », « se confesser au diable », « tenir le monde sur un doigt », « recueillir le soleil dans un chaudron » (naïf) …
Dans « La lutte de Carnaval et de Carême » le gros laisse la place au maigre, le poisson remplace la viande ;  « damned ! » Vient le temps de l’église après l’auberge, tranquillement.
Les paysans dansent vraiment dans la  dynamique « Danse des paysans » et il est bien légitime de s’amuser comme dans « Le repas de noce » où on peut penser à l’abondance de celles de Cana. Au « Pays de Cocagne », l’œuf à la coque arrive sur ses pattes, et ce paradis là est vraiment charnel.
Les riches devenus ont la nostalgie de leurs parents paysans et achètent les tableaux de fenaison, moisson, au fil des saisons.
Les scènes bibliques, « Le dénombrement à Bethléem » ou « Le massacre des innocents »  parlent aussi des Espagnols qui taxent ou tuent comme le brutal duc d’Albe. Celui-ci provoqua une guerre de 80 ans d'où naquit le premier état démocratique des Provinces Unies.
Perdu au milieu de la foule immense indifférente, « Le christ porte sa croix » dans une autre toile.
Pas loin de la parabole  des aveugles : « Laissez-les. Ce sont des aveugles qui guident des aveugles. Or, si un aveugle guide un aveugle, ils tomberont tous deux dans la fosse. »
« Le misanthrope »  porte le deuil de la perfidie du monde, il se fait détrousser par un enfant. 
Impossible d'être à l’abri de la méchanceté.
Les villageois dansent et sont indifférents à « La Pie sur le gibet », un homme défèque dans son coin.

mercredi 4 mars 2015

Iran 2014 # J 19. Sareyen/ Kandovan.

A 8h 30, heure prévue, le nouveau chauffeur, Hossein nous attend et nous embarque pour le petit déjeuner dans une petite ville aux alentours. Son minibus plus vaste, plus moderne nous transporte jusqu’à Tabriz dans le confort, à travers « un plateau monotone et agricole » avec toujours des constructions neuves édifiées dans des lieux improbables.
Hossein connait bien Tabriz, ville intellectuelle et étudiante, il garde un grand sang froid et une maitrise parfaite de la conduite dans une circulation intense, et nous lâche à proximité du bazar.
Très grand, celui-ci est organisé en quartiers spécialisés dont nous ne voyons que celui des tapis.
Ce que l’on appelle tapis, ce sont des sortes de tableaux en soie ou en laine, reproduisant des peintures anciennes demandant sans doute un grand savoir faire, souvent d’un goût qui n’est pas le nôtre.
Les porte-faix lancent leur : « Yala, Yala » en tirant leurs carrioles surchargées.
Nous retrouvons l’ambiance de marchés couverts, mais je dois commencer à devenir blasée et le trouve moins attrayant que les précédents, bien que ce soit le plus long du monde, et qu’il contienne des caravansérails. 
Cela provient  sans doute du plafond vouté trop neuf, restauré après un tremblement de terre.
Halleh nous déniche un restaurant populaire bondé où les familles s’installent côte à côte sur de longues tables à peine séparées par des chaises coincées dos à dos.
Il ne désemplit pas bien qu’on approche de 15h. Les serveurs disposent un bol de soupe à la tomate devant chacun puis apportent le riz kebab, plat de résistance. Nous sortons du bazar, Hossein nous attend en double file et nous partons vers Kandovan  dans la clim’ appréciée du van. Nous avons tendance à nous assoupir, c’est l’arrêt du véhicule qui nous ramène à la réalité.
De l’autre côté de la route, des entrées souterraines se devinent dans la pente grâce à des murets de pierres qui consolident ainsi les bords aériens de constructions troglodytes très anciennes  et récemment découvertes par un berger. Certaines excavations étaient réservées pour les bêtes, d’autres pour les hommes, à l’abri des regards des envahisseurs (Moghols ?) et sans doute elles ne sont pas toutes dégagées de la terre. Malheureusement des visiteurs ont laissé des détritus comme sur toute aire proche des routes, ce qui donne un air d’abandon et décourage notre intérêt.
D’un coup de voiture rapide, nous approchons de la "petite Cappadoce" et ses cheminées investies par les habitants de Kandovan. Hossein nous dépose avec les bagages sur la route pavée au bas du village de Schtroumpfs et s’en retourne vers Tabriz.
Il nous faut grimper la rue cassée de rudes escaliers, chargées comme des mules, et si un jeune ne m’avait aidée tout comme ma camarade, jamais nous n’aurions atteint la « suite » haut perchée, creusée dans le tuf. La grotte fraîche et sentant le soufre est équipée pour 4 personnes mais assez grande pour en coucher deux de plus par terre. 
Elle est dotée d’une salle de douche, d’un WC, d’une cuisinière  et d’un frigo vétuste. Après un petit café servi dans six verres neufs portant encore leur étiquette, nous explorons le village pittoresque au milieu de nombreux touristes iraniens. Des boutiques de souvenirs tous semblables, sont installées dans les caves troglodytes. Les femmes s’activent, distillant  du thym et proposant du miel, ou de la confiture de raisin spécialité d’ici.
Nous prenons notre repas du soir en bas du village de l’autre côté du cours d’eau sur des divans en plein air. Les touristes profitent de leurs congés ; il y a encore du monde. Pour résoudre les problèmes de stationnement le lit de la rivière sert de parking. Avant de se coucher, une petite glace au safran et au chocolat et nous gagnons  notre nid d’aigle pour organiser notre dortoir. 
D'après les notes de voyage de Michèle Chassigneux.

mardi 3 mars 2015

Atlas des préjugés. Yanko Tsvetkov.

A le feuilleter dans une librairie, je n’étais pas allé plus loin, n’ayant entrevu que des stéréotypes par définition peu originaux, mais à la faveur d’un cadeau, je suis allé dans les textes ingénus qui alternent avec une quarantaine de cartes et je me suis bien amusé.
L’épigraphe de Bertrand Russel  donne le ton:
«Aristote affirmait que les femmes ont moins de dents que les hommes; il s’est marié deux fois et pourtant il ne lui est jamais venu à l’idée d’examiner les bouches de ses épouses pour vérifier».
Si nous n’avions pas d’idées reçues, nous ne pourrions en sourire, alors le regard décalé du graphiste bulgare qui a laissé à la porte son parapluie assassin, ne manque pas de nous divertir avec ses cartes, si bien que l’ouvrage peut même sembler un peu court.
Parfois englobés dans une vieille Europe sans distinction, ne valant que pour les parisiennes aux yeux de Berlusconi ou Lourdes pour les Polonais, nous sommes en France, l’empire du Marais pour les gays, des voleurs de pâtisseries pour les autrichiens.
On peut trouver le point de vue de Charles Quint ou celui des grecs anciens, et la cartographie de l’Europe vue par la Grande Bretagne, la France, la Grèce, le Vatican, la Suisse … ou plus pointue la péninsule ibérique vue par l’Espagne où le Portugal est un coupe vent et les Baléares une Allemagne du Sud.
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 L'interruption de la publication de mes articles a été causée seulement par mes insuffisances techniques et non par d'autres problèmes dont se sont souciés quelques lectrices: merci.

samedi 28 février 2015

Que faire ? Alain Badiou, Marcel Gauchet.

La reprise du titre d’un livre de Lénine « Que faire ? » est un clin d’œil si l’on considère que le dialogue des deux intellectuels porte beaucoup sur le communisme considéré comme une hypothèse ou une utopie. Mais il ne faut pas chercher dans les 150 pages une réponse à la question initiale: les divergences demeurent entre celui qui croit à la réforme et l’autre qui en appelle au dépassement du capitalisme.
Pas de boite à outils, de programme mais un examen minutieux et riche de notre situation, même si parfois les fantômes de Charlie font de l’ombre à nos lectures et suscitent des craintes qui ne se dissolvent pas dans une telle « disputatio ».
Il y avait eu  Julliard et Michéa http://blog-de-guy.blogspot.fr/2014/11/la-gauche-et-le-peuple-jacques-julliard.html  Régis Debray et Renaud Girard, ces dialogues sont stimulants, en apportant des contradictions à la hauteur des perspectives géographiques, historiques, philosophiques tracées par les deux hommes.
D’abord apprendre du vocabulaire :
Aporie : Contradiction insoluble qui apparaît dans un raisonnement.
Hapax : Mot, forme qu'on ne rencontre qu'une fois.
Hypostase : Principe premier.
Solipsisme : Il n'y aurait pour le sujet pensant d'autre réalité que lui-même.
Le communisme pour Badiou est encore d’actualité quand le drapeau reprend des couleurs du côté d’Athènes.  
 Pour lui, l’expérience historique du communisme «  70 ans, c’est moins long que l’Inquisition espagnole qui usa de moyens incompatibles avec la conviction chrétienne et n’a jamais été considérée, pour autant que je sache, comme une expérience qui absorbe et décrédibilise en totalité et définitivement cette religion… »
Pour qu’advienne sa société idéale, il reconnait qu’une des difficultés tient à son rapport avec la modernité ; Gauchet avait apporté des éléments en vantant la fécondité du pluralisme démocratique :
« Cette incorporation nécessaire de la dimension d’adversité dans le fonctionnement politique, […] est porteuse d’une formidable puissance de renouvellement. »
Pourtant la mondialisation a mis à mal l’autorité du collectif au détriment de « l’expression illimitée des droits individuels ». Le chapitre consacré à une définition du concept de « sujet » qui se distingue de l’ « individu » est bien utile pour redonner foi en la politique pour dépasser : « le choix entre la cupidité sans états d’âme et la cupidité avec scrupules et ajustements à la marge »
«  La politique est la dimension de la vie où un sujet peut produire un rapport universalisable aux autres et naître à lui-même dans ce rapport »

vendredi 27 février 2015

Vocabulaire.

Après avoir revisité récemment quelques grands mots Liberté, Eg… aux rimes en « té » dont la puissance renaissante pouvait consoler des désastres de janvier, la lassitude m’avance son fauteuil au moment où les incantations à la Fraternité semblent encore plus vaines alors que les balles claquent, les feux crépitent, les fuites s’accélèrent.
Boko Haram, Ukraine, Lybie, défis, cynisme, escalade dans l’ignoble.
Nos précautions sémantiques figurent sur la face dérisoire de nos lâchetés, quand justement la pauvreté des mots, la faillite du vocabulaire ont contribué à ensauvager certains de nos compatriotes.
Lorsque quelque sociologue Inrocks, plutôt que de repérer une addition des causes pour expliquer la contagion de la folie qui va de Lunel au Danemark, en arrive quasiment à nier quelque responsabilité aux assassins, le propos est nuisible, la posture qui cherche l’originalité retombe dans la dénonciation mécanique et obsolète : « c’est la faute à la société ».
De la même façon que j’avais été abusé par des beaux parleurs 68 qui prônaient la supériorité de l’oral sur l’écrit, j’avais pensé en début de carrière d’instituteur que le vocabulaire était uniquement une affaire d’imprégnation sans nécessité de systématiser, je m’étais trompé.
Ceux qui ont tellement flatté les tchatcheurs venaient de lieux où l’aplomb était constitutif de leur classe sociale supérieure et ce sont les mêmes vainqueurs qui ne veulent surtout pas de notes, pas de compétition, ils ont leurs réseaux.
Celui qui brille écrase le laborieux. L’écrit qui clignote sur l’écran devient fugace comme le dire, et a oublié souvent l’application pour former un mot, une pensée, comme il convenait  de rédiger dans des lettres attentives.
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Dans "Le Canard" de cette semaine:

jeudi 26 février 2015

A la table des peintres : le vin des dieux.

A Tain L’Hermitage, là où le Rhône, transporteur de moult barriques, se resserre, est édifiée une chapelle. Elle donna son nom à un Clos qui en 2007 vendit 12 bouteilles 18 000 €.
Ce nectar devait être divin puisqu’en dégustation à l’aveugle, les œnologues les plus éminents  n’ont pu le départager du Pétrus - qui est au ciel.
Là, était construit auparavant un temple dédié à Apollon, celui qui inspira Saint Christophe le porteur du Christ.
 C’est l’histoire éternelle de la mythologie recyclée par la chrétienté, narrée par Jean Serroy aux amis du musée. Illustrée ci-dessus par une œuvre de Jan van Bijlert, « Le Festin des Dieux ».
Ainsi en fut-il du vin qui éclaira les trognes autour de Bacchus et fut béni en Cène où ils étaient treize à table.
J’aime apprendre que la production de vin la plus ancienne se situerait dans les monts Zagros en Iran, il y a 7000 ans, l’introduction de la culture de la vigne en Gaule par les phocéens datant de 700 ans avant JC.
Après Osiris, Dieu des saisons autour du Nil et Dionysos dans les exhalaisons du retsina, les bacchanales dédiées à Bacchus, le dernier dieu des débordements et du théâtre, furent interdites pendant deux siècles à Rome.
Le « Bacchus buvant » de Guido Réni (XVII° siècle) est dans l’extase, son œil retourné, le jet de son robinet parallèle à celui du tonneau rondelet débondé. Le réalisme historique aurait commandé de faire figurer une de ces amphores qui servirent au transport et à la conservation du « jus d’Octobre » pendant l’antiquité.
Le jeune Bacchus du Caravage est athlétique, aguicheur et fardé, un autre est malade, au lendemain de la fête, humain, avec le teint jaune des foies fragiles.
Les satyres de Rubens ingurgitent, alors que le maître boit, ils amplifient la violence de la nature primitive alors que « Silène ivre » de Ribera n’en perd pas une goutte. Le père de Dionysos est souvent ridicule, par contre chez Boucher, Bacchus a disparu sous forme de grappe, on ne se refait pas, dans la main de la charmante Erigone.
Les fêtes bachiques ont inspiré  beaucoup de peintres, ainsi Le Titien, Poussin ou Bouguereau qui fait figurer danseurs et danseuses sans vêtements et sous toutes les coutures. Chez Van Everdingen, Bacchus qui a posé son habituelle peau de léopard, est bien entouré, les nymphes  sont avenantes, l’amour fournit le carburant.
Klimt pour le plafond du théâtre de Vienne mêle tous les styles dans son « Autel à Dionysos »,  où les femmes sont ivres de vin et d’amour.
Avec l’ancien testament, les sages ne se tiennent guère mieux. Noé fut choisi pour sauver l’humanité du déluge, mais revenu à terre, le premier vigneron se retrouve nu sous les yeux de ses fils après avoir trop bu.  Dans la Bible, le vin et la vigne sont cités 443 fois.
Et  le vieux Loth pour coucher avec ses filles, puisque sa femme est transformée en statue de sel après s’être retournée vers Sodome en flammes, s’enivre. Cézanne, dans sa période « couillarde », le peignit crument.
Balthasar de Rembrandt lors d’un festin gigantesque est proche de sa fin, une servante renverse du vin sur sa manche, au moment où une lumière divine surgit.
« L’enfant prodigue » de Gherardo Delle Note a beaucoup bu, pendant son éloignement et aussi à son retour chez Jacopo Bassano.
Des « Noces de Cana » chez Véronèse au dernier repas chez De Vinci, le vin est divin. Depuis le premier miracle quand Jésus changea l’eau en vin, jusqu'à la bénédiction ultime, l’eau lustrale des hébreux est transformée et s’annonce « le breuvage du banquet d’éternité ». La Palestine était une terre de vignes.
Dans « Le pressoir mystique » de Marco Pino « le Christ foule aux pieds du raisin, et des blessures que son corps a subies, lors de la Passion, coule son sang qui se mêle au vin jaillissant des grappes ».
Depuis le pape Jean XXII en Avignon,  le vignoble de Chateauneuf-du-Pape a pu se développer. La raison sacrée vécue dans l’eucharistie a rencontré des raisons économiques avec des monastères qui ont beaucoup planté et récolté. 
Et pour conclure avec les paroles de Sainte Thérèse d’Avila : « Le Seigneur marche au milieu des pots et des casseroles », quoi de mieux  que « Le Christ dans la maison de Marthe et Marie » par Vélasquez ?

mercredi 25 février 2015

Iran 2014 # J 18. Hashte Par/Sareyn

Nous nous réveillons emmitouflés dans les grosses couvertures imposées par une climatisation vigoureuse et nous faisons l’opération inverse de la veille : transformer le dortoir en salle à manger. Nous rangeons la maison, lavons et plaçons la vaisselle. Dehors la chaleur nous tombe dessus. Plus de trace des entrailles des poissons mangés la veille par les poules voraces qui accourent  dès que la nappe est secouée. Nous chargeons tranquillement les bagages. Le minibus s’ébranle hors de la cour, des brins de plans de riz encore accrochés  au châssis rythment chaque tour de roue.
Avec  la mer en paysage, la route traverse des rizières dans lesquelles les paysans se courbent à angle droit pour couper la récolte à la main. Il y a aussi bon nombre de plantations de kiwis. L’habitat utilise des tuiles à la place des tôles grises ou rouges, moulées et placées côté creux face au ciel. Les petites villes où les marchands ambulants proposent noix et figues alternent avec la campagne.
Nous atteignons Astara dont une marque de caviar porte le nom. C’est un port à la frontière de l’Azerbaïdjan, réputé pour son bazar au bon approvisionnement en temps d’embargo et à ses prix intéressants. De port, nous n’en voyons pas, à peine un gros bateau au large. Par contre il y a une plage, aussi déprimante et triste que celle de Hashte malgré quelques cerfs-volants et une sorte de cirque en bois comme attraction http://blog-de-guy.blogspot.fr/2015/02/iran-2014-j-17-masouleh-mer-caspienne.html . Nous remontons dans la voiture et longeons  la frontière de l’Azerbaïdjan marquée par une limite en fil de fer barbelés, ponctuée de casernes. Tout à coup Halleh, notre guide, reçoit un coup de téléphone de la police qui vérifie, je n’ai pas trop compris quoi. La route s’élève en douceur dans un paysage verdoyant dont nous profitons depuis la terrasse du restau de midi face à un poisson grillé. Nous poursuivons notre voyage vers Ardabil en passant par une station de sports d’hiver avec quelques maisons cossues. Tout du long, au  bord de route, des étals de miel se succèdent avec parfois des bocaux aux couleurs surprenantes. Nous ne faisons que traverser Ardabil qui ne présente pas d’intérêt touristique hormis peut-être un mausolée datant de 5000  ans .
Et nous nous dirigeons vers Sareyn assez proche. Il s’agit d’une station thermale très fréquentée par les iraniens, célèbre pour ses eaux chaudes. Ali notre chauffeur, s’arrête devant un petit immeuble dans une rue calme à quelques pas du centre où nous attendent deux petits appartements qui manquent d’entretien.
C’est là qu’il nous fait ses adieux chaleureux, accolades et 3 bises à chacun. Il doit reprendre la route pour Téhéran puis Ispahan pour s’occuper d’un autre groupe ; nous nous quittons avec un petit pincement.
Halleh nous entraine à la découverte de la ville grouillante de  monde. Des tentes occupent des places de parking en bord d’avenues, logements bon marché pour touristes qui dorment là et mangent sans beaucoup d’intimité.    
Ici le farsi n’est pas la langue principale, le turc est majoritaire, pratiqué par les gens des montagnes dont le type physique s’écarte de celui des autres iraniens. Des sous vêtements en peau de chameau, caleçons longs, bonnets nous amusent par leur forme.
Côte à côte des boutiques vendent du miel liquide ou encore dans leurs alvéoles.
Les commerçants nous proposent de goûter leurs marchandises tous les trois pas, s’enquièrent de notre nationalité, nous sourient. Nous testons le miel, l’alwa à la carotte que l’on connaissait déjà en confiture. Nos hommes ont la possibilité de pénétrer dans une ancienne piscine d’eau chaude où barbote la gent masculine rhumatisante, mais nous nous contenterons de visionner la caméra de notre cinéaste exclusif.  
Dans les rues, l’affluence est digne de la Côte d’Azur, les restaus exposent des tripes ou des döner kebab, de grandes marmites chauffent sur des bruleurs conséquents remuées par d’énormes cuillères en bois.  Nous prenons notre repas au fond d’un restau sur un divan : abgoosht, ou … döner kebab, douceurs, puis nous commandons un narguilé pour 4.

 Notre guide se livre, elle nous parle de son élève de 11 ans tombée enceinte sans savoir les choses de la vie et renvoyée de l’école. Comment l’argent règle les problèmes avec la police ...
D'après les notes du carnet de voyage de Michèle Chassigneux .