samedi 17 janvier 2026

L’âne. Michel Pastoureau.

J’avais dans mon petit musée de classe un coin dédié aux ânes pour marquer un changement d’époque dans l’histoire de l’école stigmatisant autrefois les élèves en difficulté sous un bonnet à grandes oreilles et confirmer le rôle positif de l’erreur.  
Je ne pouvais que me précipiter sur le recueil très bien illustré par le spécialiste des couleurs et des histoires culturelles du loup, du corbeau, de la baleine et du taureau.
Au delà de l’évolution des appréciations contrastées autour de l’animal domestiqué depuis 6 000 ans, une écriture agréable relativise les observations issues d’une documentation riche et accessible. Ainsi l’âne de la crèche, maltraité comme le Christ, monture de Marie enceinte, a pu préfigurer l’un des deux larrons de la Passion ou représenter le peuple juif « attaché à l’ancienne Loi », voire le dilemme entre le Bien et le Mal en compagnie du bœuf.
Cette présence tardive dans des textes apocryphes complétait son rôle lors de la fuite en Egypte ou pour l’arrivée du Christ à Jérusalem dont les reliques de sa monture furent vénérées jusqu’au XVII° siècle.
Depuis les bains au lait d’ânesse de Poppée épouse de Néron et les oreilles du roi Midas, « ce pelé, ce galeux », «  si doux, marchant le long des houx », tient une place importante dans les contes (« Peau d’âne ») et dans 21 fables de La Fontaine. 
Réhabilité par les romantiques, Modestine accompagnant Stevenson dans les Cévennes, l’équidé obtus écrit ses mémoires avec la comtesse de Ségur et expose une toile barbouillée de sa queue au salon des Indépendants de 1910 sous signature de Bonorali (anagramme du stupide Aliboron se croyant malin), un canular de Dorgelès.
Il figure en bonne place comme emblème de la Catalogne et des démocrates américains.
Ces 160 pages agréablement instructives permettent de confirmer la citation de Buffon :
«  L’âne est un âne […], pas un cheval dégénéré ni un cheval au rabais. »
La bête de somme souvent maltraitée et méprisée, devenue aujourd’hui animal d’agrément, bénéficie d’un fort capital de sympathie, si bien que celui qui a rendu tant de services aux plus modestes peut se permettre, en compagnon de Shrek, 
d’être « bavard, maladroit, collant et d’un optimisme à toute épreuve », au cinéma. 

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