La découverte de cet écrivain original prend un caractère
exceptionnel tant les nombreuses
annonces concernant la littérature convergent dans des directions nombrilistes convenues.
Les chercheurs de style seront comblés par la richesse, la
variété, l’ironie du traducteur de Shakespeare qui va direct au cœur de nos
préoccupations.
Il s’affale sur son canapé :
« Comme la plupart de
ses comparses sapiens, loin des splendeurs de la bipédie, poubellisé dans les
cryptes de l’avachissement, Jérémie prenait un bain de lumière bleue, laissant
les algorithmes le conduire par la main, égarant au passage la sève de la vie
qu’est le temps vers la mort. »
La recherche de rationalité du codeur passe par l’abbaye de
Solesmes après quelques épisodes où les
rapports amoureux, familiaux et avec son propre corps sont explorés.
« … les moines
ajoutaient de toute évidence un tréfonds spirituel, un au-delà de l’acte,
imperceptible et évident. Leurs conduites mécaniques étaient sans l’ombre d’un
doute guidées par une force supérieure. Il y avait donc un moyen que son œuvre
fit sens. Il suffisait à Jérémie de se trouver un dieu. »
Lui-même.
Dans ces 400 pages parfaitement documentées, nous avons
droit à des révisions expressives de l’histoire de l’univers, des mécanismes du
cerveau, des possibilités de l’Intelligence Artificielle, des inventions
culinaires… et la liste de toutes les horreurs possibles causées par ces
diables d’hommes.
Le violent combat prométhéen mené par le génial ingénieur
interpellant nos addictions connait de rares moments de félicité :
« Elle choisit
les assiettes d’une époque où l’on se mariait et où l’on recevait des assiettes
en porcelaine pour acclamer les promesses de l’amour. »
Si ce livre avait été écrit par l'IA , je n'y ait vu que du feu, celui de la passion, humaine, tellement humaine.

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