BD parfaite. Décrit l’époque avec ce qu’il faut de légèreté et d’humour pour faire passer la mélancolie, l’ennui, les difficultés à sortir de la solitude. Les quiproquos, les décalages naissent bien de ces incompréhensions. Monsieur Jean, un doux rêveur, ne se laisse pas importuner tant que ça par des tueurs qui lui apparaissent dans ses cauchemars. Félix son copain qui squatte son appartement, redoutable avec ses leçons définitives, nous conduit à nous situer du côté de ce gentil Jean. Dans ces comédies urbaines où flotte un air de film de Truffaut, les incursions à la campagne prennent des allures de chanson de Bénabar, et là les malentendus deviennent grinçants. Le trait noir élégant convient parfaitement à ces courts récits toujours justes qui disent avec finesse les malentendus avec des parents envahissants, les maladresses les mieux intentionnées, les vérités blessantes qui se voulaient tellement exactes…
mardi 1 juin 2010
La théorie des gens seuls Dupuis&Berberian
BD parfaite. Décrit l’époque avec ce qu’il faut de légèreté et d’humour pour faire passer la mélancolie, l’ennui, les difficultés à sortir de la solitude. Les quiproquos, les décalages naissent bien de ces incompréhensions. Monsieur Jean, un doux rêveur, ne se laisse pas importuner tant que ça par des tueurs qui lui apparaissent dans ses cauchemars. Félix son copain qui squatte son appartement, redoutable avec ses leçons définitives, nous conduit à nous situer du côté de ce gentil Jean. Dans ces comédies urbaines où flotte un air de film de Truffaut, les incursions à la campagne prennent des allures de chanson de Bénabar, et là les malentendus deviennent grinçants. Le trait noir élégant convient parfaitement à ces courts récits toujours justes qui disent avec finesse les malentendus avec des parents envahissants, les maladresses les mieux intentionnées, les vérités blessantes qui se voulaient tellement exactes…
lundi 31 mai 2010
Film socialisme. Jean Luc Godard
Dans cette dernière production quelque peu crépusculaire,il est dit que « les livres contiennent les livres », ce film contient aussi beaucoup d’autres films. L’octogénaire vaudois organise une croisière clignotante parmi les images d’un siècle révolu. Eau noire, Potemkine, et Agnès Varda, une fanfare attend les passagers du beau bateau sur le quai à Odessa, cartes postales de Barcelone et musiques qui s’achèvent à peine entamées, sentences pontifiantes, éléments historiques lapidaires et elliptiques, quelques expressions toutes faites revisitées, et « le sale gosse » s’applique toujours à rendre inaudible des morceaux de phrases. Quand on a décidé d’aimer, ce film passe comme en rêvant avec des erreurs de débutant exceprès quand le son se met à couiner où comme cette femme qui veut saisir la nuit et la mer avec le flash de son appareil photographique. Ces jeux avec les mots, les livres, la musique, la politique (si peu), les images sont à la fois revigorants et dérisoires mais JLG n’y croit plus. Nous, nous continuerons à aller dans les salles obscures pour nous émouvoir, réfléchir avec d’autres. Comme un arbre déraciné flottant sur cette mer du milieu des terres, où en recopiant la formule de Libé, parlant de cette dernière production, pour entendre « un enfant chanter dans la nuit ». Il est seul, nous sommes seuls, celui qui a été un saint pour les cinéphiles appliqués dont nous sommes par intermittence, nous donne encore une occasion de nous arrêter un peu à regarder un soleil bien orange qui descend sur la mer.
dimanche 30 mai 2010
Le temps des finales européennes.
Samedi de gala avec deux finales européennes pour l’ovale et le rond. En rugby, la ville du rugby, Toulouse gagnait contre Biarritz ; plus de provincialisme c’est difficile. L’Europe rêvée par certains : pas au-delà de la Loire ! Sport des pédagogues et de France télévision : la fête est digne et les filles ont des robes d’été. Si les logiques d’entreprise taraudent tous ceux qui aiment ces rudes affrontements maitrisés, tous les vices du barnum mondialisé qu’est devenu le foot ne sont pas tous entrés dans la composition du cassoulet bien de là bas.
En foot, sur TF1, c’est Milan qui l’a emporté contre une autre grande cité : Munich, après que la plus belle équipe, Barcelone fut éliminée. Le seul italien de l’équipe, Bouboule Materazzi a joué une demi minute additionnelle ! Il n’est pas question de sentiment à ce niveau, mais de tactique, d’efficacité, d’individualité et de ce qui fait l’irremplaçable attrait de ce sport insupportable pour beaucoup : l’imprévisible. Bien que de plus en plus, comme pour la bourse, les incertitudes soient éloignées. Pourquoi certains jours une équipe a la grâce, un joueur du génie ? Mourhino est-il un sorcier ? Sujet inépuisable de conversation sous toutes les latitudes, un lien entre générations, au-delà des clivages culturels et aussi de belles émotions. Mais les salaires mirobolants, le cynisme de certains éloignent des nostalgies où les rêves de l’enfance pouvaient tenir entre deux pulls posés contre une murette. Je me justifie de mes fréquentations excessives avec le ballon rond en pensant que c’est une bonne école pour comprendre la société, pour aussi en rabattre afin de ne pas trop idéaliser l’être humain.
samedi 29 mai 2010
Traquettes
Une bloggeuse d’origine américaine nous invitait l’autre soir à venir à la manif de jeudi : « L’Amérique nous regarde et ce gouvernement a peur ».
La famille des Brice Boutefeux qui rejoue quotidiennement avec l’insécurité tout en l’entretenant, serait-elle atteinte par la pétoche ?
Les inégalités qui s’accroissent sautent aux yeux: quand Nicolas va à l’usine, la télé a beau le cadrer au mieux et le public peut bien être trié, ce sont bien les ouvriers qui ramassent en premier avec la réforme des retraites. « Relever l'âge légal défavorise ceux qui ont commencé à travailler tôt, donc n'ont pas étudié longtemps, c'est à dire plutôt les ouvriers, dont nombre se trouveront avoir cotisé trop longtemps, avant d'avoir le droit de liquider leur retraite. »
Dans les discussions, j’en arrivais à trouver trop facile d’opposer « la bande du Fouquet’s » à ceux qui sont persuadés que ce sont les profs, les cheminots, les électriciens qui sont les privilégiés. Je suis contraint de revenir à des fondamentaux de la lutte des classes dans ce qu’elle a de plus élémentaire, quand certains en sont à revendre leurs médailles de baptême pour boucler une fin de mois et que passe en catimini une libéralisation des jeux en ligne au profit de Courbit et autres Bouygues… Tout ne se résoudra pas en faisant « payer les riches » pour combler tous les déficits, établir plus de justice dans la fiscalité, rendre la planète plus respirable, payer toutes les retraites, mais un peu de décence, arrêtez de vous goberger encore plus ! Et comment proposer de travailler plus longtemps aux séniors quand le travail manque pour tous?
Les éléments de langage soufflés par l’Elysée se désintègrent, et lorsqu’un reporter de France télévision se réjouit : « Bonne nouvelle ! La grève ne sera pas bien suivie dans les transports » les masques tombent. C’est vrai que les cheminots n’étaient pas là jeudi, la colère était moins visible - les régimes spéciaux ne sont pas concernés, pour le moment.
Le mot « objectivité » est devenu obsolète.
Comme le mot « travail » a été trahi. Le retournement des mots, où le jeu avec les citations de Jaurès par Guaino révélait un vrai culot mais le sens a été épuisé. Allez désormais employer le mot « courage » ou « travail » sans être guetté par l’ambigüité. Le conformisme, la lâcheté, le cynisme gagnent du terrain.
Le courage se portait bien jadis chez ceux qui revêtaient l’uniforme, aujourd’hui quand des gendarmes refusent de prendre des dépositions qui perturberaient les statistiques non souhaitées comme on s’arrange dans les jurys du bac à faire coller les résultats aux fourchettes ministérielles où que les pandores se font insulter par une famille qui perturbe depuis un certain temps la vie d’un immeuble : il y a quelque chose qui cloche !
Des voitures ont encore cramé dans notre banlieue paisible.
vendredi 28 mai 2010
XXI printemps 2010
Quand je viens d’acheter mon XXI trimestriel, j’ai la même tentation qui s’emparait de mes élèves au moment du pique-nique : commencer par les biscuits au chocolat avant d’attaquer la salade de riz. Commencer par la bande dessinée avant les reportages. Mais des fois, je suis raisonnable et c’est dans l’ordre des 200 pages que j’ai dégusté la production toujours aussi variée et riche de ce phénomène éditorial qui s’inscrit en tête des ventes des libraires au moment de sa parution. En revenant au Rwanda par les coulisses où s’activait un certain capitaine Barril, où le rôle des réseaux de madame Habyarimana est dévoilé, le dossier de ce numéro 10 est éclairant. Mais cette fois c’est le récit de la vie d’un vieux cow-boy, qui à priori n’avait rien pour me séduire, qui m’a touché. C’est tout le talent du journaliste de rendre sympathique, ce pathétique macho solitaire. De la même façon qu’entrer dans la passion d’un collectionneur de livres consacrés à la photographie peut révéler la richesse humaine, l’histoire d’une rue à proximité d’Orléans porte les marques de la grande histoire derrière la banalité des façades. Le récit graphique d’Olivier Balez qui raconte le combat de son frère contre la maladie de Crohn est édifiant, utile à tous ceux qui seraient tentés de baisser les bras. Et l’entretien avec le créateur des « folles journées » de Nantes est également requinquant. Un beau personnage, ce René Martin qui a su faire partager sa passion de la musique classique au plus grand nombre. Lire XXI, ça fait du bien, tout simplement.
jeudi 27 mai 2010
Napoléon en peinture.
Pour que le « Napoléon qui déjà perçait sous Bonaparte » advienne, la peinture a joué son rôle dans la communication de L’ajaccien. Les codes symboliques venus des profondeurs mérovingiennes sont revisités ainsi que cette tri partition moyenâgeuse entre ceux qui prient, qui travaillent, et ceux qui combattent. Le sacre de David avec la mère présente sur le tableau alors qu’elle était absente de la cérémonie, est une œuvre de propagande, mais les lignes de force de la toile immense concourent à la légende plus habilement. La démarche moderne d’une construction d’image se retrouve avec Bonaparte qui passe le col du Saint Bernard avec la cocarde républicaine sur son cheval cabré au dessus de la roche où est gravé le nom d’Hannibal et celui de Charlemagne. La légende se met en place depuis la visite aux lépreux en Egypte, le déterminé de brumaire, jusqu’à l’avatar de Jupiter dans son manteau d’hermine par Ingres. L’hermine : la pureté, mais elle punit aussi sans faire de bruit. Prendre connaissance des dessins, des travaux préparatoires de Girodet, David, Gérard était intéressant dans cette conférence de Gilles Genty qui a annoncé que la restauration reprendra bien des thèmes de l’empire. L’arc de triomphe voulu par Napoléon sera achevé par Louis Philippe.
mercredi 26 mai 2010
J 33. Dernier jour au Cambodge
Le réveil est tardif, nous n’avons rendez-vous qu’à 15h 30. La première activité consiste à plier, ranger le plus astucieusement possible les bagages qui n’ont cessé de grossir. Nous partons tous les trois pour la ville, après avoir changé de l’argent, nous nous séparons. Je me rends à mon officine internet préférée, et laisse les dames à la recherche du magasin d’optique indiqué par l’hôtel pour réparer des lunettes qui ont perdu une vis tellement petite au petit déjeuner. Le magasin moderne, aseptisé est désert. Avec un soin infini, l’employé visse, resserre, nettoie, rééquilibre les lunettes pour 1$. Tout vaut 1$ au Cambodge. Un dernier tour au grand marché central, sans l’ombre d’un client : échange de cadeaux : pachemina et foulards en soie. T-shirts « Same same », côté recto « but différent » côté verso, avec des tailles un peu fantaisistes. Et ultime crochet par l’old market pour des petites boîtes à épices en faïence déjà repérées ; marchandage en un temps record et emballage dans un joli panier pour la modique somme de 10 $. Nous rentrons en tuk tuk car il nous faut libérer les chambres à 12h. Le patron français de l’hôtel se montre accommodant en nous laissant une chambre.
Nous allons prendre notre dernier repas à « Arun ». Face au restaurant, sur un banc, cinq jeunes garçons sniffent de la colle et s’épouillent. Un handicapé poussé par un copain quête discrètement et reçoit un peu de monnaie de la part du personnel. Nous donnons les petits billets qui nous restent. Nous rentrons à l’hôtel par des chemins détournés. Encore une fois la pluie se déchaîne après notre arrivée à l’abri. Il pleut encore quand Sothy et son chauffeur viennent nous chercher ; les employés nous aident avec les grands parapluies toujours disponibles. Sothy nous gâte encore avec des bouquets de lotus blancs et roses et du jasmin odorant. Nous nous séparons devant l’aéroport tout neuf de Siem Reap. Premiers à enregistrer nos bagages, nous nous acquittons de l’onéreuse taxe de 25$ par personne et passons la frontière où une douanière facétieuse fait semblant de refuser nos bouquets. L’avion décolle avec pratiquement ¼ d’heure d’avance. Les hôtesses se cachent derrière des masques, et des fumées insecticides suintent des porte-bagages. Nous mangeons une nourriture insipide qui meuble bien les 1h 30 de vol. Il ne nous reste plus qu’à attendre 23h 25 à l’aéroport d’Hanoï.
mardi 25 mai 2010
La rebouteuse
Celle dont tout le monde parle, autrement dit « la désencraudeuse » n’apparaîtra qu’à la fin des cette BD de Lambour et Springer. Cette absence est un procédé efficace pour entretenir le mystère : les plantes peuvent guérir ou faire mourir. Le temps de décrire un village et ses rancunes, ses secrets, vigoureusement mis en image où il est question aussi du retour d’un enfant du pays. Les traditions se perdent mais les superstitions ont la peau dure. Vite lu.
lundi 24 mai 2010
Festival de Cannes 2010 : mes palmarès
Oui, il y a la sélection officielle et vous connaissez le vainqueur à cette heure, mais nous ne nous sommes pas agglutinés avec mes amis cinéphages dans les files d’attentes pour des films que nous verrons probablement en salles. D’autres compétitions nous ont offert des occasions de nous émouvoir ou de nous décevoir. Parmi les films de la liste « Un certain regard », j’attribuerais volontiers un trophée au réalisateur de « Mardi après Noël », très juste et fin sur un sujet rebattu pourtant : la séparation d’un homme et d’une femme.
Pour « La quinzaine de réalisateurs », « Benda Bilili » est le film le plus revigorant des 27 que j’ai vus cette année.
Pour la semaine de la critique, « The winner is : Armadillo » documentaire sur la guerre de jeunes soldats Danois en Afghanistan.
Dans la sélection ACID (Association du cinéma indépendant pour sa diffusion) : se distingue pour moi, « Fix me » où le réalisateur palestinien nous intéresse à ses douleurs intimes pour mieux évoquer les problèmes de son pays.
Et dans « Le cinéma des antipodes », c’est « Blessed », et ses enfants désespérés, le plus fort.
Je m’amuse chaque année à relever des points communs aux films proposés que j’ai pu voir.
Comme il y eut « l’année des pipes », la cuvée 2010 commença par des pannes de voitures dans « Chaque jour est une fête » et « Robert Mitchum est mort ».
« Benda Bilili », « Un poison violent » « Frères » « Le secret de Chanda » comportent des scènes de chorale.
Et si les enfants sont souvent voués à sauver les familles : « Boy », « Illégal », « Bi, Dong so », « Chanda », voire « Abel » ou « Sand castel », « Blessed », ce serait abuser de ramener ces films à cette seule dimension et en faire un système.
Des fosses sont creusées dans la terre pour enterrer les morts : « Armadillo », « Accidents happen », « Poison violent », « Secrets », « Nostalgie de la lumière », « Le secret de Chanda », « Boy », « Bi » et je ne compte pas « Home by Christmas » qui traite de la seconde guerre. Dans « Boy » un champ est défoncé pour retrouver un trésor.
dimanche 23 mai 2010
La Passion selon Jean
L’ambigüité du titre de cette pièce de théâtre peut laisser croire au récit d’une glorieuse dramaturgie : il n'est question que de l’attente d’un patient d’un hôpital psychiatrique et de son infirmier, au guichet d’une Caisse des pensions et des retraites, pour une validation médicale.« Regardez docteur / je suis en vie je suis en vie / j’ai le certificat / j’ai le certificat / existence en vie / c’est écrit là / que l’Jean c’en l’est l’témoin / et il a signé pour moi / que lui me garantit / que je suis en vie / hein l’Jean que je suis en vie ? Hein ? »
Le sous titre de la pièce montée par Jean Yves Ruf est plus explicite : « mystère pour deux voix ». C’est bien de langue dont il s’agit : quand la poésie va du rêve énigmatique à la révélation de l’absurdité du monde. Les hommes souffrent et rejouent la montée au Golgotha. Des jeux dérisoires autour de l’interdiction de fumer et l’usage compulsif de la cigarette ont pu faire naître quelques rires dans la salle de la MC2 que je n’ai pas compris, tant la douleur, la solitude ne peuvent se dire mieux que dans ces répétitions, ces fuites, ces cascades. Un son ténu, lancinant, mécanique vient soutenir la tension née d’un texte subtil d’Antonio Tarentino bien servi par deux acteurs très crédibles. Nous entrons en empathie avec ces dérèglements, qui ne sont pas éloigné de nos murailles.
samedi 22 mai 2010
En revenant de la réunion GEStE
Proclamer « Ensemble » sur notre blason n’est pas qu’une ambition gentillette, elle nous oblige à la fois à la modestie et à des renoncements. Dans la famille fâchée de la gauche dans notre ville, se contenter de constater la permanence des problèmes de personnes ne pourra amener qu’à les entériner.Dans une première phase nous avons réussi à travailler PS, PC, PG, non encartés, et puis nous nous sommes paralysés. Si les débats ont paru nous plomber, c’est aussi que les assurances sur le sens de l’action vacillaient et que les problèmes d’identité s’exacerbaient.
Le pari d’ouvrir une autre boutique pour aller inlassablement vers cette vieille lune de « la politique autrement » vient d’être lancé.
Si le compte rendu du Dauphiné Libéré de la première réunion satisfait la plupart des participants, j’aimerai me placer en contradicteur sur la priorité donnée aux préoccupations quotidiennes des saintégrévois.
Ce serait bien sûr présomptueux et imbécile de mettre de côté ce qui tourmente nos concitoyens. Mais parce que je suis un farouche amateur du débat démocratique, je ne me résous pas à ses caricatures, à ses dévoiements. Quand le débat essentiel concerne la densification de l’habitat, je suis du côté de ceux qui assument des positions courageuses et novatrices et non avec ceux qui flattent les égoïsmes. Belle âme contre démago électoraliste. Gauche baviarde contre aspirants perpétuels à la victoire aux élections locales-victimes-de-l’ingratitude-des-électeurs. Le respect de nos valeurs sera plus reconnu que d’hypocrites acquiescements à d’étroits intérêts. Chez les égaux, les égos devront composer : pour des camarades qui défilèrent poing levé pas loin les uns des autres, il doit être possible de se toucher la main.
Quant à notre organisation, elle devrait à l’image de notre projet, être souple, adaptable, à géométrie variable pour éviter de nous calcifier comme les partis qui nous irriguent et nous irritent.
jeudi 13 mai 2010
Lire les impressionnistes.
Le musée de Grenoble présente six toiles impressionnistes avec une mise en perspective pédagogique et attractive. Les cadres tarabiscotés qui cernent les œuvres nous rappellent l’époque où les toiles ont été exposées, il y a longtemps. Ce style de peinture serait-il devenu banal ? Il est bon de revoir et de découvrir encore ces tableaux. Avec ces tranches de lumière, les reproductions les plus fidèles, les numérisations les plus précises, ne valent pas la vision des touches pour de vrai. Le jardin de Renoir a ses fleurs qui bouillonnent dans la lumière.
Monet, le peintre du temps qu’il fait et du temps qui passe, sort son chevalet pour saisir le froid de la Seine dans les glaces en débâcle.
Degas, le dessinateur des intérieurs, des légèretés superbement cadrées, nous livre une vue d’atelier mélancolique avec une poupée inerte dans le coin avec un de ses amis Henri Michel Levy.
Pissaro nous donne l’idée d’un siècle où les ombres d’un soleil d’hiver sont bleues. La route de Louvecienne n’était pas encombrée.
Manet peint un enfant accoudé à une murette, les mains dans les cerises, cet enfant qui travaillait à l’atelier du maître s’est pendu.
Van Gogh, peintre de nuit, le plus japonais des hollandais vivant à Arles conclut le circuit, il n’aurait pas été lui-même sans les autres.
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Je reprends mes articles sur mon blog, samedi 22 mai. J’ai le privilège de pouvoir m'abreuver de cinéma tous ces jours qui viennent dans les salles de la banlieue de Cannes. Merci à ma logeuse.
mercredi 12 mai 2010
J 32. Le lac de Tonle Sap
Il n’y a pas grand monde ce matin au petit déjeuner. Le garçon, Pala, s’exerce à la langue française, il a acquis quelques formules de politesse.Sothy nous offre à chacun un CD de musique khmère. Dès le départ, lui et le chauffeur accèdent à nos moindres souhaits dès que c’est possible. J’aurai mes photos de charrettes avec zébus et buffles. Aujourd'hui nous partons pour 60 km à l’assaut du dernier temple de notre programme : Beng Meala, qui signifie l’étang de Méléa. Il fut construit comme brouillon d’Angkor Vatt et s’est effondré assez vite pour des raisons de matériel et de malfaçons. Jean Jacques Annaud a investi le lieu pour filmer « Les deux frères » et il a eu la bonne idée de laisser des rampes d’accès, complétées plus tard par des escaliers et autres passerelles indispensables pour appréhender ce temple en ruines d’une façon originale. Beaucoup de charme se dégage de ce chaos impressionnant de rocs moussus et verdissants entourés de quelques pans retenus par des racines qui continuent la démolition inexorablement. Le temple semble sortir de la jungle, comme s’il venait d’être découvert malgré les passerelles et la compagnie bruyante de touristes chinois. Il subsiste même une sorte de tunnel un peu mystérieux à peine éclairé par quelques ouvertures. Nous longeons l’extérieur du temple, loin des braillards où il reste encore quelques sculptures de belles femmes debout, et croisons sur le chemin de petits écoliers, cahier et stylo dans un sac plastique, très occupés par leurs ballons de baudruche.
Nous revenons à Siem Reap pour déjeuner. Nous prenons goût au gingembre. Nous discutons brièvement avec un couple d’un âge, très soucieux, de se débrouiller seuls et hors des sentiers battus.
Nous partons vers le lac de Tonle Sap dans le prolongement de la rivière pour voir ses maisons flottantes. C’est la plus grande réserve d’eau douce de l’Asie du Sud Est, pendant la mousson sa superficie est multipliée par cinq et la rivière qui l’alimente inverse son cours. Les poissons viennent se reproduire dans les forêts inondées, mais certains pêcheurs utilisent des explosifs et menacent cette réserve précieuse. Le Toyota nous conduit jusqu’à l’embarcadère où nous attend un beau bateau en bois. Les vietnamiens sont très présents dans l’élevage des poissons et les compagnies d’exploitation des bateaux sont coréennes. Le Cambodge qui n’est pas indépendant sur le plan énergétique est exploité par ses voisins, la corruption n’arrange rien. Outre les bateaux flottants et les parcs à poissons, il y a aussi une église et une école sur l’eau. Les habitations sont misérables, les enfants se baignent ou naviguent dans des bassines en métal. Quand nous arrivons au lac, le ciel et l’eau se confondent dans un même gris laiteux qui estompe la ligne d’horizon, nous sommes comme dans un tableau où seules les coques des bateaux apportent des touches de couleur. Le moteur est coupé, le bateau tangue : le moment est étrange.Panique à bord lorsqu’une fillette brandit un serpent à un bord, et sur l’autre côté un gamin conduit par son père soulève un boa en criant « one dollar ». Il s’éloigne sans montrer de signe d’animosité, ni faire mine de nous balancer ses bestioles devant notre refus.
Nous nous arrêtons au retour sur le ponton d’une maison flottante pour voir un élevage de poissons chats et de crocodiles. Ils sont assez petits, gueule ouverte, nous les surmontons seulement de l’épaisseur d’une planche souple, très souple ! Sur la même maison, une jeune fille exhibe son boa endormi dans un panier recouvert d’un filet. Drôle d’animal de compagnie ! Un petit musée avec aquariums a recueilli quelques éléments de la faune locale et montre en maquette des techniques de pêche. Notre bateau nous ramène sur la terre ferme et à notre grande surprise, voire stupeur, une gamine nous propose des assiettes décoratives en porcelaine avec notre photo en effigie au centre. C’est un choc, surtout de voir l’aspect sévère de nos bobines !
Pour terminer la journée, Sothy propose de nous conduire aux Artisans d’Angkor. Il s’agit d’ateliers d’apprentissage des arts khmers : sculptures sur bois, sur pierre, peintures sur soie, laques. Issus du compagnonnage, des français ont aidé à retrouver les techniques et leurs savoir faire à de jeunes villageois afin que ceux-ci puissent perpétuer leur traditions. Nous pouvons, guidés par une jeune fille parlant français, circuler au milieu des apprentis qui copient des modèles anciens. Des pièces posées sur les tables ont été vérifiées par les maîtres qui ont souligné au crayon les erreurs. Elles seront corrigées demain. Un magasin expose les œuvres achevées dans un grand souci esthétique grâce à une harmonie de couleurs et des éclairages bien adaptés pour mettre les œuvres en valeur. Michèle ne peut résister à l’achat d’une « female orant » (femme en prière) tandis que Dany se contente de couverts en bois de cocotier. A peine sortis de l’auto, sur le chemin de nos chambres les premières gouttes d’orage tropical s’échappent du ciel gris qui nous a accompagnés toute la journée! Comme les autres jours, le déluge ne dure pas plus d’une heure, il nous permet de nous reposer, de lire, d’écrire…
Nous testons un nouveau restau Petit futé : Arun, pas très loin de l’hôtel sur le bord de la rivière. Les prix sont tout à fait honnêtes, les menus présentés sous forme de photos sous- titrées en français et la nourriture très satisfaisante. Comme c’est notre dernier soir nous commandons en plus un ice cream au tarot et au chocolat, et l’alcool de riz ne nous est pas pleuré. Sur le mur un escargot de la taille d’une main s’étire sur un mur. Nous sommes bien, nous rentrons à pied pour notre dernière nuit cambodgienne peuplée d’insectes plus bruyants que les autres nuits. Il me sera rappelé que ce jour là j’avais oublié mon appareil photo sous l’auvent de notre chambre. Il était bien imbibé mais se porte toujours bien : chez A2C c’était du robuste !
mardi 11 mai 2010
La ligne de fuite. BD
Les dessins de Benjamin Flao permettent de s’interroger une fois encore sur la fin de l’existence d’Arthur Rimbaud, et cet énigmatique retrait d’un monde qu’il éclaira d’une façon fulgurante. Les rues de Paris, les arbres du côté de Charleville, les rivages accablés de soleil d’Aden et les traversées maritimes sur des vapeurs propices aux apparitions sont l’occasion de croquis de voyage aux crayonnés vibrants, aux couleurs vivantes. Des phrases de Rimbaud élèvent le récit au-delà des anecdotes où la fiction vient au service d’une histoire bien documentée.
« Si je désire une eau d'Europe, c'est la flache
Noire et froide où vers le crépuscule embaumé
Un enfant accroupi plein de tristesse, lâche
Un bateau frêle comme un papillon de mai.
Je ne puis plus, baigné de vos langueurs, ô lames,
Enlever leur sillage aux porteurs de cotons,
Ni traverser l'orgueil des drapeaux et des flammes,
Ni nager sous les yeux horribles des pontons. »
C’est la fin du « Bateau ivre », la flache, c’est une flaque
lundi 10 mai 2010
White material
Claire Denis filme l’Afrique comme je l’ai connue et aimée et comme je l’imagine aujourd’hui quand la folie est la maîtresse. Non pas l’Afrique des herbes sèches, mais celle des collines rouges où pousse le café. Cette richesse, dont on accable le continent noir comme une calamité de plus, n’est pas ce qui fascine le plus Isabelle Huppert. La maigriotte s’agite pour nier la réalité : il lui faudra partir. Les enfants soldats joueront, son enfant jouera désespérément, les installations en tôle et parpaings se consumeront, la banderole « Dieu ne baisse pas les bras »aura beau être tendue sur le fronton de l’église abandonnée, elle aura beau s’accrocher à l’échelle du taxi collectif, rien ne retardera l’échéance. « On ne possède pas la terre, encore moins la terre africaine, c’est elle qui vous possède, comme un sort… »Film tendu et fort. « L’Afrique noire est mal partie » titrait René Dumont l’agronome, c’était en 1962, c’est devenu pire !Sur le véhicule pris en photographie au Cameroun en 1995, était écrit" la technique ne meurt jamais"
dimanche 9 mai 2010
Ode maritime à la MC2.
L’acteur Jean Quartier Châtelain restitue pendant 1h50, mille vers de Pessoa. Planté sur un ponton métallique, il nous embarque pour un voyage au-delà des mers, vers nous-même. Le dépouillement de la scène, la simplicité des mots, la puissance du comédien qui passe du plus ténu des murmures au cri, permettent de mettre en lumière les contradictions de l’être humain, sa complexité. Douceur de l’enfance, cruauté et compassion; je ne savais de Pessoa que ses multiples identités et j’ai eu le plaisir d’entrevoir pourquoi ce poète était considérable. Lui qui traine « la douceur des mœurs » sur le dos « comme un ballot de dentelles », en appelle à la piraterie, à l’inévitable bouteille de rhum quand les rêves de voyage débordent, quand la poésie ne s’attarde pas aux bastingages en bois et va faire des étincelles avec la modernité.
« Mes songes ôtent un peu leurs mains de mes yeux.
Au fond de moi il n’y a qu’un vide, un désert, une mer nocturne ».
Nul besoin d’armer une goélette pour aller vers la lucidité, des mots triés par un poète peuvent suffire.
samedi 8 mai 2010
Théâtre des rêves
Casse sociale, désastre écologique, écroulement financier : l’ordinaire des informations. Auxquels se sont ajoutées à mes yeux, la désertion culturelle et la démission pédagogique lors d’un reportage sur un voyage en Angleterre d’un groupe de collégiens. C’était après la séquence, excellente au demeurant, sur France 2, « Mon œil », le samedi à 13h 15.
En introduction les professeurs protestent, comme on leur a suggéré, contre l’image de distraction qui est accolée aux sorties scolaires, mais ils vont s’appliquer à confirmer ce lieu commun et au-delà ! Je n’ai pu regarder jusqu’au bout ce naufrage des adultes qui non seulement refusent d’enseigner mais sont complices du mépris portés aux adolescents filmés entre « A nous les petits anglais ! » et concours de pets. Une jeune regrette que sa famille d’accueil ne parle pas français ! Un professeur s’initie à la console alors que d’autres dansent dans le car sur une chorégraphie transmise par les élèves. Dire que d’autres profs demandent aux jeunes qui leur sont confiés de mettre leurs ceintures de sécurité ; des ringards sûrement, comme tous ceux qui sont si loin de l’âge de leurs élèves ! Cette fraîcheur des débutants s’évente vite sous l’abandon démagogique.
Je fréquente volontiers tous les « Garden of dreams », les « parcs des princes » et autres « théâtres des rêves » et je serai volontiers allé au stade de Manchester avec des élèves, mais quand Old Trafford devient le but ultime du séjour, mes bras de manchot m’en tombent, surtout quand le commentateur aquige : « ce n’est plus le temps où l’on emmenait les élèves dans des chapelles poussiéreuses… » Un élève se signe, comme il l’a vu dans le seul lieu où se vénère encore un dieu. Si certains entrent sur la pelouse avec le pied gauche, je crois que de mon côté, que je vais rentrer dans les ordres.
L’OM enfin champion, la joie des supporters m’émeut.
Ce parcours est victorieux car l’équipe a gagné même quand elle n’était pas bonne et les défaillances de ses adversaires bordelais et lyonnais ont été spectaculaires et subites. Sarko du Paris Neuilly connaît en ce moment des coups de mou, l’Olympique de Martine sera-t-il en tête en fin de saison en 2012 ?
« You'll never walk alone » ça c’est le chant de Liverpool.
Lundi , 10 mai, l’association G.E.ST.E. ( Gauche Ensemble Saint Egrève) se réunit salle polyvalente de Fiancey à 20h 30.
vendredi 7 mai 2010
Dégagements
Lire Régis Debray, c’est soulever le couvercle du quotidien et se nourrir de mots grandioses et vivants, d’une musique qui rattache à l’histoire, du temps où elle fréquentait des routes escarpées. En cette dernière livraison qui regroupe quelques chroniques de sa revue Médium, c’est le vieux sautillant qui séduit et fait oublier les reproches qui lui sont adressés de « ronchon ». Avec un vieux comme lui, c’est du Viagra intellectuel. Et quand il rappelle l’Indochine, Suez, l’Algérie, le Viet Nam au moment où les belles consciences adhèrent à l’occupation de l’Afghanistan, il emporte l’adhésion. Les leçons du passé ne sont pas retenues, et même si se plaindre du présent est une occupation qui dure depuis 3000 ans, la modernité voit une recrudescence d’archaïsmes. Il rend léger les grands mots et rend sérieux, le léger. Sans que ce soit une posture, il est bien souvent à contre courant quand il dit avoir apprécié la cérémonie d’ouverture des J.O de Pékin, et s’il dit lui que l’engagement est surtout une façon de se tenir chaud, on le croit. Lorsqu’il trouve la formule : « le découronnement de l’avenir », je la note dans un coin pour la retenir. Je voulais disposer ici quelques uns de ces bonheurs d’écriture mais le mieux c’est de se procurer les 280 pages en papier ou alors juste une petite phrase : « Le frisson d’imminence n’est plus la grève générale insurrectionnelle, mais la montée des eaux de la mer ». Je m’autorise cet exercice d’admiration sans retenue, qu’il exerce lui avec finesse aussi bien pour Gracq que pour Loach, pas vraiment pour Michaël Jackson ni pour Levis Strauss pour lequel il remet les pendules à l’heure. « Il faut être hypocrite avec les morts. Cela leur fait du bien, et à nous, du même coup, qui respirons encore mieux en admirant qu’en vérifiant »jeudi 6 mai 2010
Duchamp.
Si Duchamp a consacré une partie de sa vie au jeu d’échecs est-ce, comme le dit le conférencier Christian Loubet, parce que cette phase venait après l’échec du jeu ? Malgré quelques œuvres majeures, ce sont surtout les questions de l’auteur de « La mariée mise à nu par ses célibataires, même » qui vont interpeler la société sur la place de l’art et sa nature. Le scandale initial de « la fontaine » est bien estompé, et les provocations qui rendent le spectateur acteur de la consommation artistique, ne choquent plus grand monde. Le scandale serait-il que de nos jours il n’y a plus de scandale ? Le sacré a déserté les cimaises, les objets eux sont venus au centre de nos vénérations de supermarché. Jeff Koons, ancien trader et Warhol ont accéléré le passage de l’art au marché. Et Duchamp en mourant en 68 avec comme épitaphe : « D’ailleurs, c'est toujours les autres qui meurent», avait autorisé la mise au grand jour de son œuvre ultime « Étant donnés : 1) La chute d’eau, 2) le gaz d’éclairage ». Le sujet reprend la main, après un grand silence occupé par des successeurs bavards, entre ironie et retour des images, et ce n’est pas du « Tout prêt ».
mercredi 5 mai 2010
J 31. La rivière magique.
Les dieux sont avec nous, le ciel moins bleu et moins lumineux qu’hier, est tout à fait clément.Aujourd’hui, nous roulons un peu plus longtemps, une trentaine de kilomètres au Nord Est de la ville où sont hébergés tous les touristes pour connaître Kbal Spean la rivière aux mille lingams. Cette rivière sacrée coule à Siem Reap, c’était donc une eau bénite. Le Petit Fûté n’encourage pas le déplacement, en mentionnant la détérioration et le vandalisme récents, mais nous faisons confiance à Sothy notre guide.
Dès la sortie de l’auto nous sommes sollicités par des petites filles qui zozotent de façon charmante, avec un ton dramatique: « achète pour moi, moi pas gagner, un dollar, c’est joli, c’est pas cher …»
Nous entamons la marche d’approche sur la première colline que nous rencontrons au Cambodge. Le chemin sablonneux est veiné par les innombrables racines apparentes des arbres monumentaux, des arbustes mêlés aux lianes torsadées. Là aussi, les racines des arbres au tronc large et solide retiennent les rochers et la terre. Rien que la balade dans la jungle mérite le voyage. L’enchevêtrement des troncs est inextricable, sur un arbre se développe un autre arbre, et la voute feuillue cache le ciel. Nous croisons des colonnes de fourmis et des vols de petits papillons fragiles. Nous sommes pratiquement seuls à jouer les explorateurs. Portant le sentier n’est pas vraiment sauvage : des escaliers de bois permettent de surmonter les passages les plus délicats, des refuges abrités attendent les promeneurs fatigués ou surpris par la pluie. Et au détour d’un arbre, un employé balaie le sentier pour en ôter les feuilles mortes et glissantes. Les 1700 m sont régulièrement décomptés sur des panneaux au fur et à mesure que l’on avance.
Nous percevons le bruit d’une cascade. Quelques touristes y pataugent et passent derrière le rideau d’eau pour la photo.
Nous prenons un escalier sans suivre l’exemple de nos semblables trempés. Et c’est alors que nous découvrons ce qui fait la curiosité du lieu : dans la roche sont sculptés, une grenouille, des petits bouddhas, un crocodile, un Vishnou allongé dans l’eau. Plus loin une armée de lingams affleure dans l’eau, dominée par un lingam géant érodé comme les autres. D’autres sculptures parent les rochers. C’est unique.
Nous ne pouvons remonter la rivière, pour mesurer toute l’ampleur de ce décor qui continue sur 4 à 5 h de marche. Un simple panneau « no acces » interdit l’accès d’un sentier encore semé de mines. Un coup de tonnerre nous pousse à prendre le chemin du retour, moins mystérieux qu’à l’aller à cause de l’arrivée d’autres visiteurs. Nous évitons un serpent, repéré par un jeune garçon blond et sa famille.
Nous mangeons tôt sur place et négocions avec les petites vendeuses de tout à l’heure.
Nous commençons l’après midi par la découverte de Banteay Srey : la citadelle des femmes. Les hommes auraient été écartés de ce temple par des travaux lointains. Elle se distingue par la couleur rose du grès et la très grande finesse de ses bas-reliefs. On y accède par une allée de colonnes magiques. Le taureau cassé qui attire notre attention atteste du culte shivaïte du temple. Si c’était Vishnou, on aurait un Garuda représenté. Dans ce temple l’accès au sanctuaire est protégé par une corde et on ne peut qu’en faire le tour. Des copies de singes, de Garuda veillent à la place des lions habituels. C’est ici qu’André Malraux séduit par la finesse des sculptures préleva un fronton et un linteau, ce qui lui valut quelques démêlés avec la justice dont il se tira grâce à Clara. Nous apprécions ce petit bijou que nous pouvons contempler et photographier tout à notre aise.
Nous nous déplaçons ensuite vers Banteay Samré le temple des peuplades. La légende raconte comment un jardinier régala le roi avec ses succulents concombres doux. Le roi le félicita et lui donna une lance pour garder son potager. Le roi pris d’une fringale et voulant s’assurer de la vigilance du jardinier, pénétra dans le jardin ; il fut transpercé par la lance et le jardinier succéda au roi.Nous nous abritons de la pluie sous une porte. Le Petit futé apprécie ce bel ensemble, en particulier pour les croupes des lions les plus « sexy » du complexe d’Angkor.
Le dernier temple pour aujourd’hui s’appelle le Pre Rup - retourner le corps. Il recevait, dans une sorte de sarcophage, l’urne funéraire du roi. Quarante ans plus tard, dans une « bassine » sacrée, on lavait les cendres avec de l’eau de coco sacrée que buvait le reste de la lignée. Nous escaladons les marches plutôt raides pour dominer l’environnement. Comme souvent dans ces temples montagnes, un sanctuaire termine la plus haute tour, celui-ci possède deux bas de statues debout rouge et le toit pyramidal est en parfait état.
Au retour, Sothy nous propose la visite d’une pagode avec son cimetière de stupas, sa bonzerie que nous ne visitons pas. De la musique sort d’un bâtiment qu’on écoute un moment avant de rentrer à l’hôtel juste à temps avant le déchaînement des éléments. Bel orage, tonnerre et trombes d’eau. Moment de repos. Je découvre un journal hebdomadaire en français Cambodgia, très intéressant, Dany se détend avec des mots croisés, et Michèle met son journal à jour. C’est celui-ci qui a servi à alimenter ce blog chaque mercredi. Un vol de chauve-souris en bataillon nous accompagne dans notre court déplacement vers le restau de ce soir.
mardi 4 mai 2010
Endurance
L’épopée en BD de Shackleton sur 135 pages en Antarctique, bien avant que Rocard en revienne congelé. C’était pendant la guerre de 14, l’exploit de cette équipe passera inaperçu. L’anglais avait participé à la malheureuse expédition de Scott doublé par Amundsen pour être le premier au pôle sud. Il avait une revanche à prendre. « Pourquoi imagine-t-on l’enfer comme un endroit incandescent ? » interroge un des « conquérants de l’inutile ». L’expédition comptait un photographe; là le dessinateur avec ses couleurs bleu gris nous rend bien l’extrème dureté de cette aventure glaciale.
lundi 3 mai 2010
Soul kitchen
Salé sucré : image facile pour une comédie agréable, cool en ses lofts mais anodine. La musique pulse pour voir la vie d’aujourd’hui avec un bon goût des sixties sans se soucier du lendemain.Une fois encore un film autour d’une cuisine où le réalisateur Akin force un peu sur les épices pour masquer une certaine désinvolture appliquée made in Germania sans laisser de saveur durable. Le héros a fini d’être ado, il faut qu’il se méfie de son dos.
dimanche 2 mai 2010
Alexis HK
Quand il chante « Les affranchis », il est plus crédible que le délicieux Ronan Luce dans « Repenti ». C’est qu'Alexis Djoshkounian a la voix profonde, bien accordée aux rythmes jazzy, et dans son clip où apparaissent Foulquier en parrain, avec Juliette, Aznavour… c’est un hommage au cinéma, plus qu’aux truands pour de vrai. Lors d’une première écoute, sa reprise du « Grand Pan » de Brassens m’avait fait négliger ses autres titres pourtant inventifs et drôles. Il fait bon y revenir à deux fois : dans « Chicken manager » Jack est l’entraîneur d’un certain coq nommé Nick, et ses « Ronchonchons » nous réjouissent. Il n’est pas du genre Renaud : « une gonzesse de perdue, c’est dix copains qui reviennent » quand il demande pardon à un vieux camarade. Tendresse, textes originaux et musiques chaleureuses, du neuf dans la continuité de la tradition chanson française.« C'que t'es belle quand j'ai bu,
je regrette de n'avoir pas fait d'autres abus
tellement t'es belle quand j'bois.
Les gens qui s'occupaient de la santé publique
ont crié au scandale quand je leur ai dit ça.
Je les invitais donc à venir très vite
participer à cette expérience avec moi.
Une fois que nous eûmes effacé toute forme
de modération, nous fûmes en émoi
de constater qu'au lieu de ces vilaines formes
étaient nées les courbures les plus belles qui soient. »
samedi 1 mai 2010
La Gauche près de chez nous.
Nous essayons de rassembler nos concitoyens autour d'une nouvelle association, à l’objectif clairement affiché : "Gauche Ensemble pour Saint Egrève". Autrement dit : "G.E.ST.E."
Réunion à venir à une date facilement mémorisable :
le 10 mai, lundi prochain salle polyvalente de Fiancey à côté de la bibliothèque à 20h 30.
Ce ne sera pas une mince affaire que de surmonter des divisions tenaces pour proposer aux citoyens de la commune un outil pour échanger, afin que la volonté d’une action juste et solidaire soit crédible et cohérente.
Expérience faite, l’indépendance nous semble une valeur maîtresse pour aller vers ces objectifs qui ne se révèleront point par miracle à quelques mois des élections.
Il faudra du travail et des acteurs nouveaux.
vendredi 30 avril 2010
Mouton.
Le livre de Richard Morgiève commençait bien : « la semaine dernière le Président a déjà supprimé la quatrième semaine de congé et la dictée. Le mois prochain ça sera peut être l’accent circonflexe et les cancers de confort, on verra. » Il y a bien ces petites pastilles sur l’actualité mais qui passent aussi vite que quelques jeux de mots sans saveur, alors comme le personnage central s’appelle Mouton, les occasions s’accumulent jusqu’à l’indigestion. Une fois traversée la rue Christine Angot qui fait l’angle de la rue Yannick Noah, je me suis très peu intéressé à une histoire qui voit un double méchant venir importuner celui qui fait profession de nettoyer les cadavres dans une entreprise de pompes funèbres. Le jeu avec les polices de caractères étire un texte qui finit par devenir pénible avec une violence, une grossièreté qui ne donnent même pas d’énergie, ni de couleurs à un destin déprimant.
jeudi 29 avril 2010
Botticelli.
Le parcours même de Sandro Di Filipepi dit « Botticelli » suit les progrès et les régressions de la renaissance. J’étais resté à la surface des ses grandes œuvres :« Le printemps », « La naissance de Vénus » tellement connus qu’on ne les voit plus, sans connaître les autres. « La naissance de Vénus » reproduit tellement les formes du baptême du Christ que le scandale était prévisible, même s’il s’agit de la reproduction d’une statue toute en pudeur qui appartenait aux Médicis. Si le florentin est surtout un graphiste, les cheveux de Vénus représentent le feu parmi les quatre éléments du célèbre tableau et « Le printemps » est un calendrier à lui tout seul qui se lit de la droite vers la gauche et se veut une synthèse entre le christianisme et le platonicisme avec ses valeurs antiques qui feraient accéder au Bien par le Beau. Ces valeurs nouvelles allaient bien à la nouvelle classe émergente : les bourgeois. Mais Savonarole, qui finira dans les flammes, fit amener, auparavant, des colifichets, des tableaux au bûcher des vanités. Et ce sont des enfants en brigade qui font régner un moment l’ordre moral avec les foules promptes à se punir. Les manières nouvelles de Botticelli oublieront la joliesse des nus, il peindra une délaissée derrière une porte, une crucifixion très noire et repentante, de même que « la calomnie » représente une Vérité sans éclat, supplantée par une femme vêtue de bure noire. Le soleil s’éteint, les visages se cachent.
mercredi 28 avril 2010
J 30. Angkor : « Des racines et des pierres »
Deuxième jour dans Angkor, sous le signe du soleil.Après avoir passé les guichets de l’entrée principale, nous révisons les monuments d’hier en les longeant et continuons la route vers le Preah Khan : l’épée sacrée en khmer.
Il s’agit d’un monastère, une université où enseignaient 1000 professeurs. Pour nourrir tout le monde, 15 tonnes de riz étaient récoltées par jour. Encore aujourd’hui Sothy, notre guide, nous apprend qu’un cambodgien mange un kilo de riz par jour, surtout ceux qui travaillent aux champs (En 2000, la consommation annuelle de riz a été de 163 kilogrammes par habitant. La consommation moyenne en Asie du Sud a été de 78 kilogrammes). Ce temple très fréquenté doit son succès aux racines des arbres majestueux et monumentaux qui emprisonnent et écrasent les murs. Un curieux bâtiment de deux étages se distingue des autres à cause de ses piliers ronds « style gréco-romain ». Il nous semble que c’est dans une des salles de ce temple qu’on aperçoit des trous régulièrement espacés : ils recevaient les torches, les bougies, et des diamants qui réfléchissaient la lumière. Au centre un stupa à la mémoire du père du roi appelait à tant de richesse.
La deuxième visite concerne Néak Pean= serpents enroulés. Le site est très différent des autres. Il comprend plusieurs bassins avec son temple central entouré de quatre autres bassins possédant une « chapelle » alimentée par les canalisations. Chaque édifice est caractérisée par une gargouille d’où s’échappait l’eau symbolisant les quatre éléments : une tête d’éléphant ( l’eau), une tête d’homme ( la terre) une tête de lion(le feu) et une tête de cheval (l’air). Il semblerait que l’on soignait les gens d'ici, une sorte d’hôpital avec un quelque chose de Lourdes. Dans le bassin central, des paysans coupent l’herbe à grands coups de machette pour la rassembler avant d’en faire des ballots. A l’entrée du site, un groupe de musiciens se produit en continu et tente de récolter quelque monnaie : ce sont des victimes des mines déposées dans le secteur par les khmers rouges.
Bien que ce ne soit pas tout à fait l’heure, Sothy nous propose la pause méridienne, ce qui nous évitera l’attente au restaurant. Nous repartons plein d’énergie après un bon repas de beef soit aux champignons, soit à l’ananas, soit au gingembre. Nous visitons le temple Ta Prohm dont le site servit à Jean Jacques Annaud pour tourner le film « Les deux frères », histoire de deux tigres. On lui doit l’allée sablonneuse d’accès ; les racines de fromagers « comme autant de reptiles à travers les anfractuosités des édifices qu’elles bouleversent et soulèvent comme des fétus de paille » (Petit futé). On retrouve une salle dédiée cette fois à la mère du roi. Après un bref transfert en Toyota climatisée, nous escaladons les redoutables marches de Ta Keo temple montagne inachevé dépourvu de bas relief, de culte hindouiste. Puis nos terminons la visite avec un ensemble Thommanon et Chau Say Tevoda reconstitué par l’école française d’Extrême Orient qui a remplacé les blocs disparus par des blocs ou des sculptures qui tranchent avec les pierres authentiques.
Nous commençons un peu à tout mélanger lorsque nous rentrons à l’hôtel. Nous avons juste le temps de profiter de la piscine avant l’orage. En fin d’après midi je retourne à mon échoppe internet favorite, m’accordant cette fois-ci une heure complète sans contrainte pour savoir comment l’OM s’est renforcé.
Nous assistons ensemble au dîner(buffet) spectacle au « Angkor Mondial » restaurant, pour 12$ chacun , nous festoyons en goûtant la grande variété des plats proposés avant d’admirer les danseuses khmers, reins cambrés et orteils s’agitant en tous sens, pouce relevé. Des clients se précipitent sur la scène à côté des artistes pour se faire photographier. Bonne soirée, on joue la flemme et un tuk tuk nous ramène à l’hôtel.
mardi 13 avril 2010
Construire un feu. BD.
D’après la nouvelle de Jack London, Chabouté, nous fait partager les derniers pas d’un homme qui n’arrivera pas à rejoindre ses compagnons dans les étendues du Klondike par des températures où les crachats se gèlent avant d’atteindre le sol. Epreuve physique ultime, et minimalisme métaphysique, dépouillé, beau, essentiel. Le chien qui l’accompagnait ira retrouver d’autres pourvoyeurs de feu, cet homme là a été vaincu par son orgueil et ses allumettes mouillées.---------------------------------------------------------------------------------
Je reprendrai la publication de mes articles le mercredi 28 avril.
lundi 12 avril 2010
Alice au pays des merveilles
Charles Lutwidge Dodgson, le professeur de mathématiques qui de l’autre côté du miroir fut Lewis Caroll, termine son livre« Elle était certaine que, dans les années à venir, Alice garderait son cœur d’enfant, si aimant et si simple, elle rassemblerait autour d’elle d’autres petits enfants… » Et c’est Tim Burton- qui mieux que lui ?- qui nous convie au pays des merveilles. Bien sûr, rien de mièvre dans ces contrées où le maître des nuées et des forêts mystérieuses nous précipite. Le retour d’une Alice plus âgée dans un pays qu’elle a oublié, comme nous, s’accorde bien avec une iconographie fidèle aux illustrations du XIX° siècle ravivées par les techniques modernes les plus spectaculaires. En effet, c’est Burton qui est le mieux placé encore, pour nous permettre de retrouver les délices premiers de l’attraction de foire qu’était le cinématographe, avec les lunettes pour une vision en trois D. Il faut baisser la tête, quand le chapelier projette son chapeau sur l’autre rive, et s’éviter de tousser quand la chenille vous envoie, dans les yeux, la fumée de son narguilé. Des personnages familiers, avec un bon dosage de trouvailles, rendent ce conte fluide alors qu’à l’origine celui-ci est complexe et peut décourager les enfants. Je n’avais perçu les charmes de ces aventures initiatiques, et encore pas tous, que devenu adulte en revisitant les phares de la littérature enfantine. Le chat de Chester est parfait.
dimanche 11 avril 2010
Oper Opis
Traduit du suisse allemand signifie « quelqu’un, quelque chose» et c’est vrai que les objets chaises, tables, planches, cales, miroirs, participent à l’affolement du monde de Zimmermann et de Perrot. Heureusement hommes et femmes ont quelques trappes pour s’échapper. Les glissements semblent burlesques au premier abord puis la tension grandit avec la musique originale. Le plateau penche sans arrêt, d’un côté puis de l’autre, les performances des équilibristes n’en seront que plus méritoires. Les séquences sont réglées au millimètre, c’est qu’il faut beaucoup de précision pour mimer le désordre. Les couples de tous les formats arrivent à s’échapper avec légèreté à cette frénésie, un instant. Leurs silhouettes rappellent Bosch pour les acrobates difformes, Crumb pour la beauté callipyge d’une danseuse, Keaton aussi, mais cet univers précaire, bancal, en déséquilibre constant est tout à fait insolite et le public de la MC2 en redemande.
samedi 10 avril 2010
La prospérité du vice.
Le qualificatif mis entre parenthèses dans le sous titre du livre de Daniel Cohen : « introduction (inquiète) à l’économie » a rassuré le piètre consommateur d’informations économiques que je suis. Je ne saurai avoir le recul nécessaire pour apprécier si l’histoire que Fukuyama estimait arrêtée, s’est remise en marche, ou pour nier le choc de civilisations de Huntington. Mais le livre de l’économiste, tant vanté, est accessible et met en perspective nos informations touffues. Le balayage de l’histoire du monde est magistral et pédagogique mais le regard est sombre : le commerce, n’est pas « doux », et l'éducation n’apporte par forcément « la raison ». Nous passons d’un monde infini où la croissance s’alimentait d’elle-même à un monde clos par la réalité écologique. Nous sommes sortis des temps simples : « celui qui fabrique des biens , le prolétaire, qui ne dispose que de ses mains pour assurer son salaire n’est plus une source de plus value ; il est un coût qu’on cherche à externaliser » . Et si ma mémoire s’accroche mieux aux formules poétiques dont j’ai découvert que Marx en était l’auteur : « dans les eaux glacées du calcul égoïste », on pourrait souhaiter que les approches du grand barbu ne soient pas gommées de nos programmes. L’introduction, par le professeur de l'école normale supérieure, des faiblesses humaines éclaire les mécanismes. La mondialisation n’est pas venue d’une autre planète, c’est bien la réorganisation du capitalisme qui l’a précédée. Il n’y a pas qu’en Inde que les plus jeunes passent des passions politiques à des plans de carrières dans le domaine économique. Dans ces moments où l’expansion est faible, les biens à consommer se raréfient, le collectif devient trop coûteux alors ce sont les valeurs de l’individu qui sont vantées. Bien des réflexions relèvent du simple bon sens mais valent d’être rappelées : « les français sont incomparablement plus riches en 1975 qu’en 1945, mais ils ne sont pas plus heureux. » Nous sommes heureux en regard de la comparaison avec nos voisins. « Etre heureux, c'est gagner dix dollars de plus que son beau-frère ». Dans un entretien, celui qui avait appelé à voter à gauche à la dernière présidentielle dit : « Le paradoxe du monde actuel est qu'on vit simultanément une percée dans ce nouveau monde virtuel, qui est la conséquence logique de l'enrichissement : tout devient de plus en plus simple à produire si bien qu'il ne reste plus à produire que de l'esprit pur, et dans le même temps on est rattrapé par le mal des origines. La donnée fondamentale du XXIe siècle, pour moi, c'est trois niveaux de risque majeurs. Un, celui de la répétition de nos violences par les pays émergents. Deux, le retour aux origines malthusiennes du monde, la terre devenant trop étroite ce qui entraînerait un effondrement comme on en a connu dans l'histoire. Trois, la schizophrénie. Une partie de l'humanité migre vers un cybermonde où il n'y a ni rareté, ni violence. Est-ce que les nouvelles générations qui naissent dans ce cybermonde vont être dans l'oubli du monde réel, ou au contraire vont être capables de construire un lien entre le virtuel et les ours polaires (comme symboles de la dégradation du climat) ? »
vendredi 9 avril 2010
La pension Eva.
Je remercie mon pourvoyeur en livres policiers, dont je ne partageais pas l’enthousiasme envers le célèbre romancier sicilien Camillleri, pour ce livre délicieux comme un bonbon. L’idole des lettres italiennes s’est offert selon ses dires « des vacances narratives » avec cette histoire d’un bordel dans les années 40. Ce microcosme donne lieu à des portraits hauts en couleurs, à des histoires pittoresques vivement contées, mais la partie la plus convaincante, pour moi, est l’éveil à la vie d’un garçon avant ses dix huit ans. Faut il atteindre ses quatre vingt ans pour décrire avec efficacité, tendresse sans jamais être scabreux la découverte de la sensualité avant la première communion ?
« Après quoi tout changea, le jeu devint presque une lutte désespérée. Ils s’embrassaient, se baisaient avec rage en se mordant au sang, se caressaient, se griffaient, se léchaient, tantôt entortillés l’un à l’autre très étroitement comme deux serpents, tantôt glissant comme des poissons, la peau comme savonnée de sueur. »
jeudi 8 avril 2010
Le jardin lettré en Chine.
Dans la forêt des symboles qui peuplent l’empire du milieu, la conférencière Yolaine Escande a été bien utile pour se frayer un chemin en particulier dans « le jardin du fonctionnaire maladroit » entre le lotus qui représente la pureté et la grue qui accompagne les immortels. Ceux-ci pourront se réfugier dans une grotte de la montagne ou dans une des trois îles qui émergera de l’eau. Ce microcosme où se rencontrent, à tous coups, la montagne (Yang ) et l’eau (Yin), qui peut tenir dans un pot, sur un balcon, est à l’image de l’univers. Au pays où il y a quinze mots pour écrire paysage dont un pour « celui où arrive la lumière après la pluie », la tradition des jardins remonte à une époque très lointaine. Le paysage pictural, bien plus présent que chez nous où dominent les portraits de la figure humaine, se distingue des jardins où les fleurs sont là avant tout pour témoigner du temps qui passe, des saisons. Le jardin est un lieu de retraite et celui de la pratique des arts : musique, calligraphie, poésie, peinture. Il ne comporte pas de belvédère qui donnerait une vue d’ensemble ; pour faire connaissance, il faut emprunter des sentiers sinueux où l’imaginaire fréquente la sagesse. Tao Qian un fonctionnaire lettré dans les années 300 a démissionné pour revenir dans son enclos personnel et mourir de faim.
« Jeune, je ne m’adaptais pas au vulgaire, de nature j’aimais collines et monts,
Par erreur, tombé dans les filets du monde, sont partis treize ans de ma vie,
L’oiseau captif regrette son ancienne forêt, le poisson du bassin, sa source passée.
J’ai défriché, au sud, des champs incultes.
Pour préserver ma simplicité, je suis revenu à la campagne. […]
Chez moi, aucun tumulte du monde de poussière, les pièces vides laissent du loisir,
Longtemps enfermé en cage, j’ai enfin pu revenir à ma nature »
mercredi 7 avril 2010
J 29 : Angkor
Nous prenons le petit déjeuner dans le restaurant de style colonial du premier étage en découvrant que le nom de l’hôtel: « Les mystères d’Angkor », est issu d’un film français joué par Lino Ventura et Micheline Presle. Guide et chauffeur nous prennent en charge à 8h. Nous nous dirigeons vers les vestiges d’un royaume disparu vers 1400 dont les réalisations des années 1100 figurent aujourd’hui parmi les merveilles du monde.
Sur le site il faut d’abord se faire tirer le portrait et en l’espace de quelques minutes nos pass d’entrée nous sont remis. Nous commençons la visite par l’antique capitale Angkor Thom (Angkor=capitale. Des singes peu farouches sont en liberté vers l’entrée. Nous nous munissons de bouteilles d’eau et commençons la visite côté sud par un pont dont une balustrade représente une succession de démons en rond de bosse opposée à une succession de dieux sur l’autre balustrade, bagarre pour « le barattage de la mer primordiale ». Da Sothi, notre guide francophone nous fait remarquer la présence de deux trous percés dans chaque pierre qui permettaient leur transport.
« Qui a construit Angkor ? Les éléphants. »
De même, il attire notre attention sur les deux statues lions qui encadrent souvent les entrées, alors que les lions n’ont jamais peuplé le Cambodge. Par contre ils vivaient en Inde, berceau de la religion et de l’art hindouistes. Il ne reste rien de la ville de 1 000 000 d’habitants, seuls les temples et certains monuments construits en pierre ont traversé les siècles jusqu’à nos jours malgré les vicissitudes de l’histoire et les pilleurs. Un réseau hydraulique témoigne de la sophistication de cette civilisation khmère dont l’effondrement reste inexpliqué. La Cité, était une représentation du ciel avec au centre, le temple, symbolisant le mont Méru. Autour des douves et des lacs ou baray représentant la mer. Dans le Bayon, le grand temple montagne, les visages impassibles de Bouddha tournés aux quatre points cardinaux se dégagent de 54 tours représentant 54 provinces. Le guide attire notre attention sur les bas reliefs relatant la vie quotidienne, mais aussi de leurs conquêtes guerrières, contre le Siam (la Thaïlande), le Champa (le Vietnam), avec éléphants et mercenaires chinois. Un vraie BD qui décodée ne manque pas d’humour par exemple la tortue qui mord les fesses de l’homme à la palanche. Et partout des représentations des apsaras, ces danseuses célestes qui rendaient fous ceux qui se refusaient à elles. Nous poursuivons nos découvertes par le Baphom en restauration et consolidation dont nous pouvons cependant admirer des scènes du Mahabarata et la légende de Krishna, ainsi que la silhouette érodée et trouée de bouddha couché qui s’étire au dos du bâtiment.
Puis c’est le tour de Phimeanakas, édifice où le roi montait seul coucher avec la reine serpent avant de consommer 85 femmes « humaines ». La montée est raide, les marches inégales et cassées, mais la vue récompense les efforts.Nous continuons vers la terrasse des éléphants construite aussi par Jayavarman VII qui surplombait le mail où défilaient les éléphants avec leur cornac, les militaires. Un éléphant tricéphale arrache des lotus et des herbes de ses trois trompes.
Il reste encore la terrasse du roi lépreux qui doit son nom à quelques doigts perdus. Nous remarquons aussi la disposition en trois niveaux des bas reliefs : scènes du quotidien en bas, le présent au centre, et le paradis en haut. Nous nous sentons fiers d’être français quand on constate le travail colossal de l’école d’Extrême Orient dans ces lieux grandioses
Da Sothi propose la pause repas dans un restaurant immense sur le site. Au bout d’une heure nous reprenons la visite et découvrons Angkor Vat « la ville temple » dédiée à Vishnou. Nous franchissons les douves, puis « la voie sacrée » dallée d’immenses blocs de pierre pourvue de balustrades en forme de naja. Nous visitons pratiquement seuls le spot touristique incontournable: apsaras, galerie de bas reliefs représentant le roi sous ses parapluies, le sanctuaire en forme de tour se retrouvent dans cet autre temple montagne. Notre guide nous montre des impacts de balles et les bouddhas décapités par les khmers rouges qui avaient gardé cependant la silhouette des temples sur leur drapeau. Les têtes vendues en Thaïlande rapportaient l’argent nécessaire aux armes. Les sites ont du être déminés sérieusement avant les restaurations et l’ouverture au public. Certaines pierres ont été endommagées par un usage abusif d’acide lors des restaurations. Dans les temps anciens le temple peint d’une couche noire, puis d’une couche rouge était recouvert de feuilles d’or et on peut apercevoir des bas reliefs inachevés, dessins juste ébauchés sur la pierre encore lisse. Nous prenons le chemin du retour, dans la voiture fraîche, laissant les lieux aux groupes quittant les restaurants.
Il n’est que 16h, ce qui nous laisse le temps de profiter de l’hôtel : lessive, sieste, baignade : un peu de vacances !
Vers 17h nous sortons vers le centre ville, il est facile de changer nos euros en dollars dans une petite officine en bord de rivière. Nous retournons au magasin, bar internet d’hier où la patronne nous offre le thé. Puis nous cherchons un restaurant indiqué par « Le petit futé » en vain. Nos pas nous conduisent dans un établissement plus ou moins japonais Moloppo à l’ambiance tamisée, avec musique de jazz, bon amok et rapport qualité prix intéressant. Nous avons sommeil.
mardi 6 avril 2010
Jazz club. BD
Alexandre Clerisse a un graphisme et des couleurs tout à fait adaptés à son sujet : le jazz. Très proche dans le style, propre et distancié, de Voutch, l’ auteur de « Tout s’arrange même mal » ou « Le futur ne recule jamais ».
Rythmé, élégant, très années 60, rassurant pour mieux partir sur des improvisations loufoques. De Los Angeles, à une retraite dans le sud de la France, sur fond de crise de l’inspiration pour un joueur de saxo soprano et la grande tempête de l’hiver 2000 avec cette échéance qui alluma quelques illuminés. Le temps passe, et un air de blues l’accompagne.
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