samedi 18 mars 2023

La fascination du pire. Florian Zeller.

Posé sur la table où nous échangeons des livres avec les voisins, j’ai saisi celui-ci pour son titre et le bandeau Prix Interallié 2004 qui aurait pu m’éloigner des querelles d’aujourd’hui, loin des portables omniprésents : 
« Nous sommes entrés dans une période sans retour qui signe la fin de l’attente, c'est-à-dire de la confiance et du silence »
Mais comme ces 150 pages à l’humour désabusé abordent une critique d’une vigueur prémonitoire de l’Islam lors du voyage de deux écrivains en Egypte, nous ne quittons pas le terrain d’un affrontement de civilisations, avant Charlie et le Bataclan.
« Dans le mini bar, il n’y avait pas d’alcool fort. Certains musulmans sont très généreux : les lois qu’ils s’imposent à eux-mêmes, ils veulent aussi vous les imposer. » 
Certes l’explication par la frustration sexuelle des violences perpétrées au nom de la religion, peut paraître sommaire, surtout que les deux obsédés occidentaux à la recherche de putes ne sont guère épanouis.
Ce voyage quelque peu dépressif fournit une occasion de mesurer la distance entre littérature et réalité quand des images orientalistes de jadis ne peuvent naître dans de sordides bouges du Caire :
« Je la vis en levant les yeux ; ce fut comme une apparition. Debout, sous les derniers rayons du soleil qui l’enveloppaient de lumière, vêtue d’une simple petite chemise en gaze couleur brun de Madère… »
L’auteur du « Father » nous emmène où il veut, nous manipulant, tout en montrant ses stratagèmes et c’est bon.
« Nous nous sommes aimés, je le crois du moins » Flaubert

1 commentaire:

  1. Intéressant. En contrepartie, je te fais part de ma lecture de Robert Graves dans "Claude le Dieu". J'arrive à la partie où Graves dans la peau de Claude raconte la déroute de Hérode Antipas, roi des Juifs. Selon Graves/Claude, Hérode Antipas, en excellent stratège, a tissé des alliances avec une bonne partie du Moyen Orient, et s'apprête à se déclarer le Messie afin de fédérer les populations/COLONIES de Juifs éparpillées jusqu'en Alexandrie. (Dans l'Antiquité, les Juifs se révèlent très évangélisateurs, et bien avant les Chrétiens.) Il sait qu'il peut compter sur l'appui de tout ce diaspora pour se fabriquer un empire juif qui fera face, et tiendra tête, à Rome...Heureusement ? pour Claude, Rome (et nous ?), ce projet n'a pas abouti.
    Comme quoi, les Occidentaux que nous sommes ? restons particulièrement aveugles à la source du fanatisme ? monothéiste, ainsi qu'à ses enjeux. (Et je ne suis pas bien placée pour en parler, étant née dans un berceau monothéiste, et en étant profondément imprégnée.) Nous restons particulièrement aveugles à la différence entre un peuple rassemblé autour d'un "polis", et un peuple rassemblé autour de son Dieu... (oops, c'est vrai qu'il est difficile de dire autour de quoi le peuple juif est rassemblé aujourd'hui, mais ce n'est pas son Dieu, et il continue à se considérer comme un peuple, tout en étant dispersé sur la planète entière.) Ce n'est pas parce que nous sommes aveugles que les différences ne sont pas là.

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