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mercredi 4 février 2009

« Base élèves » dans nos têtes

J’interromps, cette semaine, la publication de ma rubrique du mercredi « faire classe » où j’essaye de rassembler ce qui a constitué ma pratique pédagogique ces dernières années, pour transmettre un texte rédigé par Jean Pauly, directeur d'école dans le Lot, membre du collectif national de résistance à la base élèves.
Il m’a convaincu que le problème « base élèves » n’était pas anecdotique.
Ce sujet ne m’avait pas semblé central d’autant plus que j’ai eu à regretter parfois que des prises en charge d’enfants en souffrance ne soient pas effectuées suffisamment tôt, faute de partage d’informations. Mais il s’agit de bien autre chose. En outre, ce collègue exprime des ressentis sur l’évolution de la profession, que je partage, sans avoir réussi à les formuler clairement.
Prologue
C'est une réunion de directeurs et de directrices de circonscription.
Vous voyez le tableau, nous sommes dans une salle des fêtes de centre bourg.
Sur la scène – celle prévue sans doute pour les spectacles en costume de papier crépon, les évolutions collectives et les reprises de la chorale enfantine – sur la scène, donc, l'Inspectrice a installé son grand quartier général. Elle trône au centre, à un bon mètre de hauteur, on voit ses chaussettes et ses escarpins, et pilote la réunion derrière le rabat de son ordinateur portable. Un vague écran sur le mur affiche une succession de titres sur fond couleur, des diagrammes et des tableaux, illisibles depuis la salle. La salle où nous sommes… comme au spectacle, sur des chaises en plastique équipement collectif accrochées les unes aux autres par une barrette de métal… la salle où nous subissons plus d'une heure de consignes pour les saisies informatiques des évaluations CM2.
Que ça… pendant une heure!
Sur la scène aussi, la brochette des conseillers pédagogiques de circonscription, chacun à son pupitre. On ne voit pas leur tête derrière l'écran de leur portable et on devine qu'ils ne sont pas très à l'aise. Ils se terrent, les ex-collègues, barbouillés par la difficile digestion de toutes les couleuvres avalées, serrant le popotin sur la sellette, chacun sa tâche… qui d'apporter une précision, qui de prendre les notes, qui de confirmer la bonne parole. La responsable informatique a rang de ministre d'état et l'oreille de la patronne…
"T'as vu, elle a un nasus" me dit ma voisine. "Un quoi?" "Un Asus… c'est le top…"
Heureusement la pause café arrive… ça râle sec autour du verre en plastique… ça promet du saignant dans la deuxième partie des questions posées… et qu'on va voir ce qu'on va voir… et qu'on va pas se gêner… et qu'elle va nous entendre…
On se rassied dans les murmures…
Trente doigts se lèvent, le micro de salle est happé par la foule, trente questions, trente récriminations, trente déclarations fracassantes…
Et pas une sur ce qui saute aux yeux, qui paraît l'évidence dans cette mise en scène surréaliste et délirante… pas une seule mise en cause du conditionnement technologique et de la fuite en avant dans les systèmes.
***
Je fais partie des 170 directeurs et directrices qui ont signé l'appel à ne pas renseigner la Base élèves. 170… une paille… une aiguille dans la botte de foin de l'Education Nationale… une rumeur à peine audible dans l'assourdissant silence de cette grande muette.
La profession participe, dans son immense majorité, à ce projet. Elle s'est émue du contenu des renseignements demandés sans comprendre que la finalité de Base élèves était la création du répertoire et l'immatriculation forcée des jeunes scolarisés.
Elle aurait pu se poser des questions, s'inquiéter de la destinée d'un fichier centralisé, se préoccuper du contrôle nécessaire des systèmes informatiques ou mettre en avant le principe de précaution. Elle aurait pu, tout simplement, avoir le réflexe de la protection de l'enfance jetée ainsi en pâture dans le grand bain des politiques de contrôle de la population.
Elle aurait pu. Elle ne l'a pas fait. Elle ne le fait pas.
Comment expliquer que les enseignants trahissent à ce point les valeurs de leur métier et leur engagement pour l'enfance… sans même s'en apercevoir?
C'est une question que je me suis souvent posée et qu'on nous a souvent posée dans les réunions. Je vais essayer de l'aborder en avançant cette hypothèse : si la Base élèves a pu s'installer aussi facilement dans notre paysage, c'est qu'elle était là, tapie, dans nos têtes… c'est qu'elle était à l'œuvre, souterraine, dans les conditionnements subis depuis une vingtaine d'années.
Nous ne sommes pas complètement « victimes innocentes » dans cette affaire. Nous, c'est-à-dire les instits, les "de gauche", les républicains, les pédagogues, les syndicalistes ou les militants de l'école "nouvelle"…
Adeptes de la modernité, nous avons laissé filer la tradition humaniste du métier avec l'eau du bain.
Enfermés dans des batailles à court terme, nous n'avons pas su voir plus loin que le petit périmètre de nos revendications.
Intimidés par les discours des experts, nous avons accepté les techno-logiques (comme dit David Corneille) dans nos pratiques.
Dépossédés du point de vue d'ensemble, nous nous sommes fourvoyés dans des impasses… et nous avons commencé à perdre notre âme.
Je propose ici une mosaïque de réflexions, les unes argumentées, les autres plus intuitives, sur les bouleversements de l'école que nous avons vécus et qui ont préparé le terrain à la résignation. Le lecteur aura peut-être du mal à retrouver un lien direct avec le sujet, voire peut-être une cohérence. Le fil logique de tout cela n'est pas toujours encore très clair pour moi. Si je devais en dérouler un, d'emblée, ce serait celui d'une histoire d'instit (la mienne) et de son ressenti.
*Sortir du petit périmètre
Elle ne verrait de la mer que chaque vague, l'une après l'autre,
et ne comprendrait pas la houle et son immense mobilité,
ni les promesses et les dangers qu'elle recèle
(Note technique : au rugby, quand on dit qu'on joue dans le petit périmètre, c'est qu'on reste cantonné autour des regroupements et qu'on n'envoie pas la balle au large… C'est un choix qui peut s'avérer utile quand on n'a pas confiance dans ses capacités ou quand on est sur la défensive. C'est un jeu qui peut faire gagner sur un match, mais rarement sur une saison).
La bataille contre la Base élèves a été perdue par la profession en juillet dernier parce qu'elle a joué dans le petit périmètre. Elle n'a pas su voir plus loin, aveuglée par le débat sur les items et notamment sur celui de la nationalité et des sans-papiers… ce n'est finalement qu'un aspect secondaire, ou simplement une conséquence possible de la mise en place du fichier nominatif centralisé.
Nous savons maintenant - et nous commençons à être crédible là-dessus - que le point central est celui du numéro d'identification.
Aujourd'hui encore, pour beaucoup d'entre nous, la résistance à la Base élèves est une ligne dans le catalogue des résistances alors, qu'à mon sens, elle va au-delà des questions strictement politiques : la mise en place du fichier national n'est pas une invention de Darcos (elle a commencé en 2004); elle ne sera pas résolue par la démission du Ministre, ni par la défaite de Sarkozy aux élections… parce que le projet vient de beaucoup plus loin et résistera aux péripéties à venir. Il touche à des questions de fond qui se posent depuis longtemps à l'école et à la société sans qu'elles aient pris jusqu'à maintenant ce caractère déterminant.
Je crois que notre hiérarchie ne ment pas sur un point : le projet de la Base élèves est aussi un projet de gestion de l'éducation nationale, en gestation depuis longtemps dans les bureaux du ministère. L'équipe en place ne fait qu'achever un travail préparé par toutes celles qui l'ont précédée.
L'objectif est de moderniser la vieille Maison considérée par l'air du temps comme peu rentable et inefficace. Pour cela, il faudrait des outils de mesure (comme les évaluations nationales) et une gestion pilotée par des systèmes informatiques centralisés.
Je ne pense donc pas qu'on puisse assimiler ce plan de re-concentration autoritaire aux politiques de démantèlement de l'Institution Ecole, par ailleurs très réelles. Je serais même tenté de défendre le contraire : il s'agit d'une réorganisation par le haut d'un mammouth qui bat de l'aile. Le développement continu de la machinerie bureaucratique me fait plutôt penser au syndrome de l'Urss en phase terminale : ils pensent pouvoir s'en sortir avec encore plus de centralisation.
J'ai plusieurs fois évoqué le pouvoir de la technostructure… j'espère que cette formule a une réalité sociologique car elle évoque bien ce que je pense : les logiques auxquelles nous sommes soumis – auxquelles nous sommes sommés – ne sont pas forcément toujours des logiques politiques à court terme. Il y a une dynamique propre de la bureaucratie technique qui me paraît bien plus forte et plus profonde que la volonté des appareils politiques. Qu'elle soit utilisable à des fins répressives immédiates est une donnée, mais ça ne me semble pas être le cœur du problème, ni son origine.
La Base Elèves serait la créature de la technostructure.
Ce qu'on peut craindre, c'est qu'elle lui échappe comme le monstre échappait au Docteur Frankenstein ou comme le nuage de Tchernobyl filait entre les doigts des ingénieurs de la centrale.
*L'instit' d'hier et le professeur des écoles d'aujourd'hui.
La bonne pensée bruisse dans le silence feutré des bâtiments d'époque.
Je ne veux pas idéaliser ce que furent les années 70-80, les années d'un autre siècle… mais, convenons en, l'instit' d'alors avait beaucoup plus d'autonomie que le professeur des écoles d'aujourd'hui. L'Institution était un peu coincée, voire revêche, mais ne cherchait pas à tout tenir comme aujourd'hui. C'était une vieille dame poussiéreuse et un peu dure d'oreille qui exerçait son contrôle sur l'apparence et la tenue plus que sur le contenu du travail. Bonne mère, elle faisait preuve d'une certaine tolérance vis-à-vis de ses enfants les plus turbulents et réagissait avec discernement aux provocations de circonstance. Le personnel d'inspection pouvait parfois se montrer très ouvert… j'ai souvenir de quelques uns qui se permettaient des libertés par rapport au discours officiel tout à fait inimaginables aujourd'hui.
A l'Ecole normale, où j'usais le fond de mes jeans de ces années là, nous pouvions passer quelques jours dans la classe de Marceau, ou de Ségala, ou de Cadiou que nous nous étions donnés comme maîtres compagnons du moment… Les mouvements pédagogiques avaient pignon sur rue. Nous faisions des stages officiels chez les Francas ou dans les Cemea. Le mercredi, nous animions des après-midi Usep. Un groupe Freinet qui réunissait des profs et des élèves-maîtres s'était monté derrière les murs de la vieille maison. Un Inspecteur était président de l'Occe. Avant le premier poste, une dizaine d'entre nous s'étaient retrouvés dans un centre de colo pour préparer sa rentrée au bord de la mer, échanger des outils, des idées, des émotions.
Plus rien de tout ça aujourd'hui… une administration cuirassée, une machine et ses rouages bien en place, une armée de techniciens de l'éducation (de vrais professionnels!), des inspecteurs sans état d'âmes. Bientôt des super-directeurs… et des fonctionnaires.
Des fonctionnaires… la première fois qu'on m'a sommé de l'être, c'était il y a presque dix ans, pour me reprocher une liberté de parole… j'étais tombé de cul. Naïvement, je pensais que j'étais beaucoup plus qu'un fonctionnaire, beaucoup plus, beaucoup mieux, en étant un "militant de l'école".
On commençait à changer d'époque, sans doute… et c'était sous la gauche.
*Education et Education populaire
S'il avait le temps, il regarderait le ciel… de vagues souvenirs d'un stage franca…
Pour notre génération, l'école et les mouvements d'éducation populaire étaient intimement liés. Le plus souvent, nous avions été monos avant d'être instits. C'était un tout. L'enfance était un tout : à l'école, au centre aéré, en camp, à la cantine, au stade, à l'étude. L'éducation était un tout : les savoir savoir, les savoir faire, les savoir penser, les savoir être, les savoir dire… très loin des débats de sourds entre tenants de l'instruction et tenants de l'éducation. Aux formations des Cemea, par exemple, c'est un directeur d'école de banlieue qui nous emmenait dans les bois. Il ressemblait au maître à blouse grise de "La guerre des boutons" (le film). Nous sortions nos Opinel pour tailler des branches de noisetier. Nous aurions pu sortir nos stylos rouges pour souligner le verbe conjugué de la phrase ou poser la division à deux chiffres. C'était pareil. Tout cela procédait d'une émancipation républicaine qui n'avait pas besoin de dire son nom. Un état d'esprit. Une culture partagée par l'époque, les parents, la gauche, le syndicat, les œuvres… et l'Institution sans doute… du bout des yeux et des lèvres.
L'enfance était un monde. On la considérait en bloc. On n'avait pas de projets personnalisés. On ne décortiquait pas les tenants et les aboutissants. On y allait comme ça… et le reste (la psychologie, l'approche individuelle, les considérations particulières) suivait. J'ai l'impression qu'un élan nous portait et entraînait tout derrière lui sans qu'il soit besoin d'y remédier.
L'éducation populaire a disparu de nos horizons. Petit à petit. Oublié, ce formidable gisement d'expériences, de connaissances, de pratiques ouvertes. Etranglé aujourd'hui par la suppression des subventions. Etouffé alors par les grosses machines du savoir officiel. Par le triomphe des experts.
*Le triomphe des experts
Il portait maintenant les cheveux courts et une boucle à l'oreille, comme tout le monde…
La disparition des écoles normales a sonné un premier glas. Je ne veux pas les pleurer maintenant, ne les ayant pas regrettées alors. Mais tout de même… en quelques années, les praticiens ont quasi disparu de la formation.
L'Université en prenant en charge les Iufm a apporté un nouveau souffle dans les bâtiments centenaires, une tenue intellectuelle, des connaissances, un recul sur les choses du quotidien. Mais en même temps, sûre d'elle même, elle a exclu de fait tout un pan du savoir instit, des traditions, des tours de main et des outils. Elle a exclu – peut-être sans le vouloir - les mouvements d'éducation populaire et les œuvres laïques en les reléguant d'abord à la marge du système de formation, puis en les confinant, comme des curiosités, au musée de l'histoire de la pédagogie.
Sur un autre plan, l'emprise de l'Université a fait beaucoup de mal à la culture humaniste du monde de l'école (l'esprit de polyvalence) en important le cloisonnement de ses matières enfermées dans des jalousies corporatives. Les conseillers pédagogiques spécialistes se multiplient aux dépens des "généralistes". Les promoteurs des disciplines se tirent la bourre dans l'antichambre du ministre avec leur plan de rénovation prioritaire. Les colloques font florès (la litanie des chercheurs du petit bout de la lorgnette) d'où l'auditeur ressort plus décousu encore. D'où aussi, le rare bonheur d'écouter la parole cohérente d'un intellectuel qui s'élève au dessus des disciplines pour un tour d'horizon salutaire…
Ce cloisonnement dont je parle et cet émiettement intellectuel ont joué un rôle important, il me semble, dans le triomphe actuel des experts et des conceptions de l'école de plus en plus techniques et de plus en plus fermées… On fractionne, on découpe l'acte éducatif en mille petits morceaux didactiques et on perd la vision d'ensemble. On perd l'âme des choses.
*Le bureau des statistiques
Mme Lambert présente l'organigramme de la cellule Développement et Perspectives…
Je m'amuse à imaginer l'étage du ministère consacré aux études statistiques.
Tout aurait commencé il y a une trentaine d'années. Quelques fervents de la règle à calcul – des mathématiciens, des géographes, des sociologues, des économistes – auraient pris position dans un obscur bureau d'une annexe de la rue de Grenelle. Les voilà maintenant au sommet du pouvoir, au creux de l'oreille du ministre, en ligne directe et sur le même palier… comparant, évaluant, conseillant, prévoyant, simulant, prospectant.
Enfin de la macro vision de l'école pilotée par des gens qui savent jusqu'au bout des ongles! Enfin du solide, de la réalité vraie mesurée par des professionnels de la statistique!
Les évaluations nationales nous sont arrivées dans la foulée. Elles ont mobilisé des centaines de milliers de classes, des enseignants, des conseillers, des inspecteurs et des chercheurs. Elles étaient d'abord complètement anonymes. Puis nous avons vu les premiers tableaux comparés… par circonscription, par classe, par élève enfin. Sans nous en apercevoir, nous avons rendu des résultats nominatifs. Nous avons rougi en réunion parce que le pourcentage d'échec sur l'item 46 était particulièrement élevé dans notre classe et que ça se voyait. Nous y avons cru… un peu. Nous avons pensé qu'il fallait en tenir compte. Ainsi nous avons enfermé nos élèves dans un labyrinthe de données chiffrées sans issue. Nous nous sommes enfermés nous-mêmes dans une mécanique évaluation–analyse–remédiation rigide et bornée. Et pour quel résultat?
Aujourd'hui, la boucle se boucle. La Base Elèves deviendra peut-être – on ne le sait pas encore - le support naturel des relevés des évaluations.
Traçabilité. Transparence. Lisibilité.
Zéro défaut…. ou déviance.
*La culture de la modernité
« T'as un look de jardinier Camif, Maurice… »
Nous avons aimé être modernes.
Enlever nos blouses grises, mettre les tables en carré, jouer de la guitare, écrire au marqueur fluo, travailler sur fichiers… nous précipiter sur les nouvelles technologies avec la foi du charbonnier… être de gauche.
Pas un congrès syndical sans l'appel à CHANGER l'école. Pas une déclaration pédagogique sans mettre en avant l'école nouvelle, l'école moderne, l'école de DEMAIN. Pas un discours de ministre progressiste sans de vibrants plaidoyers pour l'INNOVATION.
Trente ans après, les slogans fatiguent. A force de changer, nous avons perdu la boule et les mots sont vides. Ils nous précipitent dans des débats impossibles du genre "la grammaire, c'est réac" ou "le web c'est fun".
Les slogans nous figent.
Drôle d'époque où nous avons de plus en plus de mal à trier entre le vrai et le faux, le virtuel et l'accompli, le réel et l'illusion… le progrès et le moderne. Drôle d'aventure que celles des mots. Quand nous vilipendons la tradition au profit de la modernitude, le marketing agricole fait le contraire : les produits qui se vendent sont des produits Tradition et la nouvelle alimentation est identifiée à la mal bouffe.
Aujourd'hui, la "gauche moderne" renseigne la Base élèves tandis que la hiérarchie catholique, paraît-il, s'inquiète de l'atteinte au respect des personnes. Le discours obsessionnel de la modernité a été repris par les libéraux à l'assaut de la vieille forteresse.
Les mots ne veulent plus rien dire. Les géographies politiciennes n'ont plus beaucoup de sens. Mais on continue comme avant, conditionnés, comme les chiens de Pavlov.
*L'idéologie informatique
Les Lumières, c'est fini… si tu vois ce que je veux dire…
Un souvenir me vient à l’esprit… c’était dans les années 90 en plein boum des nouvelles technologies. Je participais au réseau Marelle que des petites classes rurales isolées utilisaient pour des correspondances et des interactions immédiates grâce à l’Internet, le fax, et toutes sortes de moyens de communication. Les instits qui animaient ce réseau étaient des pionniers (ils avaient commencé avec le minitel) et avaient alors une longueur d’avance sur les questions pédagogiques induites par l’introduction des Tice à l’école. J’avais été invité à présenter l’outil Marelle à un colloque d’un cddp quelconque. Un colloque… que dis-je ?... une foire commerciale plutôt.
Je ne connaissais pas grand-chose aux questions techniques. J’avais apporté une vieille bécane : le logiciel Marelle était très simple d’utilisation pour les élèves et ne nécessitait pas d’ordinateurs sophistiqués. J’ai vite compris que ça n’intéressait pas grand monde. Le public branché était attiré comme des papillons de nuit par le clinquant, la nouveauté, la performance et pas vraiment par l’intérêt pédagogique des machines. J’ai vite compris que ce petit monde abordait la technique de manière tout à fait infantile, comme fasciné, sans aucun recul.
Cette inconscience peut faire penser à ce que fut le scientisme à la fin du XIXème siècle… même absence de réflexion, même idolâtrie des machines, même idéologie ridicule. Ce pourrait être marrant… on sait maintenant, après deux guerres mondiales, que ça peut mener à des catastrophes.
La bêtise omnipotente des branleurs de clavier, le délire métaphysique de certains penseurs de l'âge informatique (la noosphère comme nouveau ciel des Idées), le cynisme des marchands de matériel font maintenant le quotidien de l'Education Nationale. Pas une année sans qu'un "spécialiste" nous vante le logiciel didactique miracle ou le nouvel équipement indispensable. Et les instits suivent… vaille que vaille… enthousiastes, ou culpabilisés, ou allergiques… ou les trois à la fois. Jusqu'à renseigner la Base Elèves.
*La fin d'un métier : du praticien à l'exécutant
On pensait que la classe était un bateau et que c'était beau.
Laurent Ott a souligné un aspect de la mise en place de la Base Elèves que nous n'avions pas mesuré dans les premiers temps. En créant le fichier national, l'institution externalise la gestion de chaque école, transformant le directeur en "bipeur de supermarché", celui qui transmet les données au nouveau super gestionnaire. Ce serait une dépossession de plus, l'achèvement de ce qui est à l'oeuvre depuis des années et que j'ai déjà évoqué plus haut : la perte de l'autonomie du praticien, le monopole de la parole pédagogique des experts, l'encadrement de plus en plus serré des initiatives et des projets, la culpabilisation, l'intimidation et l'infantilisation du personnel orchestrées par les DRH académiques.
Dans quelques années, il n'existera plus rien de ce qui a fait la richesse de la grande Maison, ce foisonnement, cette pléthore, comme dans un défilé de carnaval. Voici venir les bataillons au carré, les futurs professeurs des écoles recrutés au profil… les exécutants.
Je m'énerve depuis longtemps de l'enfermement progressif des préoccupations du milieu et de son corollaire corporatiste. L'horizon des revendications se borne le plus souvent aux problèmes de gestion et sort très rarement des sentiers battus et rebattus par les cortèges. En passant du praticien ouvert et curieux sur le monde au modèle du pion exécutant, la profession a perdu le goût des grands espaces. L'instit' devient un "travailleur" comme les autres (une autre manière de dire fonctionnaire).
L'instit' devient ce que l'époque en fait.
*L'acte éducatif est d'abord un acte d'humanité…
Le maître était content, la classe était ravie…
Le lecteur aura compris que je me méfie beaucoup des sciences de l'éducation, ou plutôt de l'éducation affichée comme une science. Je suis probablement très ignorant de ses apports concernant la connaissance de l'élève, les méthodes et les approches éducatives. Pourtant, j'aime penser qu'une petite part de l'éducation échappe aux catégories, comme à l'observation. Un je ne sais quoi, une magie, un petit rien insaisissable qui relie l'adulte et l'enfant et qui est sans doute déterminant.
J'ai l'outrecuidance de penser que je connais mieux la réalité de la classe que tous les chercheurs réunis. J'entends par là, la connaître intimement, presque charnellement, au fil des années, des longues années, dans la répétition et l'ennui, les habitudes et l'épaisseur du temps… l’encre de la photocopieuse, la poussière de la craie, le ronron de l’unité centrale… Je serai comme cet artisan qui connaît mieux la machine que l'ingénieur qui l'a conçue, parce que c'est la sienne, celle qu'il utilise quotidiennement, celle à qui il parle dans la solitude de l'atelier.
Un des aspects de la modernisation forcée de l'école est bien (comme le disait Christian Gerbelot) ce passage de l'artisanat du maître à celui du technicien de l'éducation dans des pratiques de plus en plus émiettées, sur la grande chaîne de l'entreprise Ecole. Dans ce cadre, les experts animeraient un bureau des méthodes, analysant chaque geste de l'exécutant et chaque étape du cycle pour en tirer le maximum en terme d'efficacité et de rentabilité, éliminant le superflu… à savoir l'envie, l'imagination, la fantaisie, la relation humaine.
Alors, le maître-personne n'existera plus, celui qui se trompe aussi, qui reprend, qui s'excuse, qui s'en veut… et qui vit.
*Les mômes
Ce qu'il aimerait Valentin, c'est disparaître. Se fondre et qu'on en parle plus. Voilà…
Les mômes, les gamins, les gosses, les drôles, les bout d' choux…
C'est pour ne pas les inscrire que je suis réfractaire à base Elèves. Viscéralement.
Parmi les chroniques que j'ai écrites*, une de mes préférées s'intitule Essai collectif… L'histoire de Valentin, le problème-Valentin qui passe en commission et "qu'on étudierait par tous les bouts". Lui, il n'aspire qu'à une chose "disparaître et qu'on n'en parle plus".
Cette chronique, je l'avais inventée et je ne pensais pas que j'allais la vivre en vrai. C'était en juin dernier. J'accueillais un élève de "centre" pour quelques semaines. A la réunion de synthèse comme on dit, son père, ses éducateurs, son maître du centre, le maître référent et lui, le gamin assis sur une chaise, comme nous, en rond. Alors, ils ont parlé de lui devant lui. Il fallait qu'il prenne conscience. Ils lui ont demandé de s'engager sur un objectif. Il a dit oui, qu'il s'engageait… c'était comme une mise en scène convenue et obligatoire. Le gosse, il tordait ses mains et balançait ses jambes sous sa chaise. J'étais malheureux pour lui. J'étais malheureux pour les gens de la commission (tous des copains). J'étais malheureux pour nous.
Jamais, on ne s'est autant occupé des mômes.
Jamais on ne les a autant étudiés, analysés, disséqués, traqués...
Ils ne peuvent pas y échapper : être acteur de ses apprentissages, choisir entre son père et sa mère, être citoyen, et consommateur pulsionnel, et spectateur averti…
Maintenant, ils ne font plus exception du monde des adultes.
Il faut qu'ils aient leur mot à dire, alors que parfois, ils aimeraient, justement, pouvoir se taire.
Les mettre sur un piédestal, n'est-ce pas aussi les mettre sur la sellette?
Fichons la paix aux gosses, ne les fichons pas…

Le 20 janvier 2009.
*Pendant une année scolaire passée, j'ai tenu chronique tous les jeudis, depuis ma classe de Reyrevignes. Ces textes qui traitent de petites histoires d'école et de village, sur le mode littéraire, ont été rassemblés par les Editions Odilon dans un recueil "L'année des quarante jeudis", paru en mars dernier. A commander chez le libraire ou chez l'éditeur.

vendredi 12 novembre 2021

Z. N° 14.

Une revue de critique sociale qui titre « Grenoble et l’école elle est à qui ? » peut susciter l’intérêt au moment où une proposition pour les écoles de Marseille vise à nommer des enseignants en dehors des règles ordinaires du mouvement, comme ce fut le cas dans les écoles expérimentales de la Villeneuve de Grenoble.
Mais ma curiosité a été mise à l’épreuve par des partis pris lourdingues qui voient par exemple dans l’obligation scolaire en 1882 « une contrainte des plus pauvres ». 
Leurs rappels historiques sont biaisés qui oublient une date essentielle : la réforme Haby du collège unique sans doute trop complexe à décrypter quand l’égalité était servie en amuse-bouche de la part d’un ministre de droite.
L’article concernant la Villeneuve se conclut sur les mots d’André Béranger avant sa mort et croise d’autres témoignages à tonalité essentiellement nostalgique.
Les réponses  entrevues à la question de la propriété de l’école peuvent prêter à contestation, même si elles ont la fraicheur de mots d’enfants en tête des 200 pages agréablement illustrées 
« Nous on travaille et on n’est pas payés : c’est un peu du travail forcé, non ? » 
La mise en valeur du travail des ATSEM est louable même si je sais que leur pouvoir était parfois abusif quand une jeune collègue instit’ avait la prétention de changer quelques habitudes. Quant aux mamans d’élèves, elles n’ont pas toutes comme première préoccupation de porter le hijab pour jouer au foot ou le burkini.
Il est vrai que les rédacteurs ont eu plus de contacts avec « Alliance citoyenne », Sud éducation, la CNT, voir le PAS dont j’avais dessiné le logo affirmant une diversité de points de vues qui n’est point venue, qu’avec le SGEN CFDT à l’origine des ZEP alors qu’il est question d’éducation prioritaire.
A l’image de leur rappel « les courants pédagogiques pour les nuls » n’est pas trompeur, sous des formules rebattues «  Maria Montessori et Célestin Freinet sont dans un bateau ».  Pour le coup leur inculture n’est guère alternative comme pourraient le faire croire leur goût pour les squats, les Zad et les Zapatistes. Les thématiques, école à la maison, hypertrophie du religieux, transgenre, l’école dehors, ne sont guère originales. Le seul de l’académie qui ait refusé de faire passer les évaluations est interviewé, et il faut ressortir de sa retraite Claude Didier pour que soit dénoncé un « base élèves » qui commence à dater.
Si les rédacteurs disent avoir été bousculés dans leurs certitudes lors de la pandémie, cela ne les conduit guère à nuancer leurs jugements envers ceux qui avaient à gérer la crise que ce soient Blanquer ou Piolle. Leur résistance proclamée envers la numérisation à l’école ne prend même pas en compte leur déception de ne pas découvrir dans les classes visitées toutes les horreurs technophiles qu’ils souhaitaient.
Finalement il n’y avait pas que leur écriture inclusive pour m’agacer les gencives, j’ai trouvé plus rétro que moi.

jeudi 7 mai 2020

Responsable (bis).

Depuis le temps que je me répands sur ce blog, je croyais n'avoir titré aucun article avec ce mot clef de nos débats, eh si! http://blog-de-guy.blogspot.com/2020/04/responsable.html  C'est que celui-ci revient en force à l’occasion de l’évacuation de la responsabilité pénale des maires en temps d’urgence sanitaire.
Le sénat a entériné un mouvement marquant de nos comportements contemporains : ouvrir les parapluies face à la judiciarisation de nos rapports sociaux. Si les gardiens de la loi préfèrent que ceux à qui ils doivent leurs places se défaussent, comment appeler des citoyens à prendre leurs responsabilités ?
Ces calculs électoraux accompagnent le jingle obsédant de la période : « de toutes façons c’est la faute à Macron », sans atteindre toutefois l’odieux «  Macronvirus », ils participent d’un climat délétère.
Pour chérir ici les paradoxes et les contradictions, je n’en suis pas moins perplexe devant l’incohérence des contempteurs d’une trop grande verticalité du pouvoir qui refusent de choisir quand on leur en laisse la possibilité. Ils tirent sur l’état mais lui soutirent tout ce qu’ils peuvent pourtant : l’état c’est moi !
Le catalogue des instructions du ministère de l’éducation pour la réouverture des classes a semblé bien lourd, que n’aurait-il pas été dit s’il n’y avait pas eu de recommandations du ministère de l’instruction publique ?
Depuis ma retraite confortable, je m’en voudrais d’asséner des leçons, mais en toute bonne dialectique, je vais le faire, prudemment. Quand une ancienne collègue instit’ colle sur Facebook une carte de France, venant du SNUIPP, tout en rouge pour signifier que nulle part ne sont réunies des conditions de sécurité pour accueillir les élèves le 11 mai, je commente en supposant que cette carte deviendra verte au mois de juillet. Il est vrai qu’elle s’était inscrite d’emblée « du côté de la vie face à l’économie », avec tant d’autres, comme cet enseignant interviewé qui ne veut pas tuer sa mère en lui rapportant le COVID. Combien d’assassins a-t-il croisé en allant acheter son masque ? Prônant le droit de retrait, ils s’économisent, bienheureux d’avoir pu ignorer l’économie,15 millions de retraités, 8 millions de personnes au chômage partiel.
Au fil de l’eau, plutôt que dans le courant « courage », un représentant du PS (parti socialiste) déclare:  
 «Je ne souhaite pas que mes enfants, ni qu'aucun enfant de France, soient les cobayes d'une expérience qui pourrait être malheureuse.»
Le confinement a pu permettre de se ressourcer mais en demeurant dans un cocon où nous sommes préservés de l’adversité, des aspérités, des dangers, les déjà mous se sont ramollis et les durs endurcis.
Quand on met le nez dehors, on entend à nouveau les oiseaux, on pourrait aussi réviser la complexité du monde.
Le temps s’était arrêté  http://blog-de-guy.blogspot.com/2020/04/le-temps-se-distend.html mais la géographie, l’histoire, l’économie nous rattrapent : nous nous apercevons que des familles ne mangent pas à leur faim à… Genève, alors au Burkina, la petite fille qui avait un seul œuf à vendre, qu’est-elle devenue ?
Si le virus est un accélérateur de tendances dans le désordre mondial et dans les caractères dont les traits s’accusent, il précipite vers leur fin les plus vieux et les plus fragiles.
« Avec la récession économique qui découle du confinement, ce sont les jeunes qui vont payer le plus lourd tribut, que ce soit sous forme de chômage ou d’endettement. Sacrifier les jeunes à la santé des vieux, c’est une aberration. »
J’approuve ce salutaire coup de gueule d’André Comte-Sponville et je ne suis pas mécontent que mon fils n’ait pas d’idées préconçues quant à la reprise des cours pour se petits.
Dans le débat plus général, quand est minimisé le temps qui reste à passer en classe d’ici les vacances, est oublié le temps très long où les enfants ont été privés d’école, même si certains professeurs des écoles n’y voient aucun inconvénient http://blog-de-guy.blogspot.com/2020/04/le-postillon-n-55-printemps-confine-2020.html, je suis d’une autre école, d’une autre génération.
« Si demain le temps des procureurs l’emporte sur le temps des éclaireurs nous allons dans le mur. » Nicolas Hulot
...............
Comme le nombre de mots dépassait ce qu'un commentaire peut contenir, j'ajoute cette contribution au débat qui m'est parvenue dans ma boite mail avec l'accord de l'auteure:

" Bonjour,
Je n’ai pas l’habitude de réagir à vos articles que je lis assez souvent ... et même si je n’ai pas votre facilité d’écriture j’ai besoin de m’exprimer en lisant et relisant le dernier que vous avez posté.
Il m’a mise en colère et blessée également.  Vous sous-entendez  quelque part que nous sommes des « planqués »  : « Prônant  le droit de retrait ils s’économisent  bienheureux d’avoir pu ignorer l’économie… »   ou bien réagissant à cette carte de France du SNUIPP en rouge qu’une amie et collègue de Saint Egrève avait postée sur FB . À l’époque votre commentaire m’avait déjà fait un petit tiquer … Comme si pendant toute cette période nous, enseignants, nous nous étions tranquillement tournés les pouces à la maison ...
Je ne sais pas si vous avez encore le loisir de consulter des blogs d’enseignants ou de côtoyer des instits en activité mais ces deux derniers mois n’ont pas été de tout repos. Personnellement j'ai été vraiment bluffée par le travail incroyable que certains collègues faisaient à distance avec leurs élèves (travail qu'ils partageaient généreusement...) et que  je n’étais pas capable de faire par manque de connaissance des nouveaux outils numériques. Je me suis contentée de travailler à distance via Internet et beaucoup par téléphone. J’ai passé des heures à appeler mes élèves pour les aider ou leurs parents me transformant parfois en psy à distance quand ceux ci craquaient … Je ne pense pas les avoir abandonnés  ou ne pas avoir rempli ma mission. Sous-entendre que la carte de France allait comme par miracle être verte le 4 juillet était pour moi assez méprisant envers le corps enseignant.
Quant à la reprise j’aurais aimé qu’elle se passe différemment : la faire sur la base du volontariat : le ver était dans le fruit et c’était ne lui donner aucune chance de réussir… On nous a asséné ces dernières semaines qu’il fallait à tout prix raccrocher les enfants décrocheurs, les plus fragiles, les familles qui n’avaient pas accès aux nouvelles technologies… Etc. etc. Mais qui regarde BFM TV… ? Qui se nourrit des rumeurs les plus anxiogènes… ? Résultat : sur ma petite classe de CE1 en REP "100 % réussite" je n’ai que le tiers  de mes élèves qui vont revenir et ce tiers a des parents qui ont dû recevoir la même éducation que votre fils et qui ont la même capacité de réflexion ...  autant dire que ces enfants à mes yeux ne sont pas les plus défavorisés au niveau transmission des savoirs. Ceux que j’aurais aimé voir revenir à l’école ne reviendront pas car leurs parents ont trop peur pour eux… Un autre élément  intervient en cette période : le ramadan qui déjà les autres années éloigne certains enfants de l’école car les parents ont plus de mal à les réveiller le matin ayant souvent veillé tard en famille…
À mes yeux il ne fallait pas laisser le choix. Il fallait effectivement organiser la reprise pour que les conditions sanitaires soit réunies peut-être un jour sur deux mais il fallait que tous les  enfants reprennent le chemin de l’école. Du coup les écarts vont encore se creuser. Nous autres enseignants nous allons nous trouver devant des enfants en présentiel et des enfants qu’il faudra continuer à suivre à distance…  (Je ne crois pas que les enseignants s'économiseront en assurant cette double tache).
Les ordres et les contre-ordres affluent. Être directeur en cette période n’est pas une sinécure. À Anatole France à Fontaine par exemple nous avons annoncé aux parents que l’école reprendrait la semaine prochaine mais hier au soir  on a appris que notre école était réquisitionnée pour recevoir tous les enfants prioritaires de la commune et que du coup nous ne pourrions pas accueillir nos propres élèves… Il a fallu donc faire un mail aux parents pour leur dire que finalement la rentrée était repoussée au moins au 18 mai... Comment décourager ceux qui avaient "vaillamment" pris la décision d'envoyer leur rejeton "au front" ...  ? tout ceci assorti d’un protocole sanitaire que je vous joins et qui fait complètement halluciner… !
J’essaye d'imaginer qu'elles auraient été vos réactions il y a 15 ans quand vous étiez encore en poste avec la conscience professionnelle, le bon sens et l’engagement qui vous caractérisaient.
Désolée d’avoir été si longue mais j’avais besoin de m’exprimer et de vous expliquer mon point de vue depuis le terrain.
À bientôt… J’espère qu’on se croisera à l’automne à la MC2 !"
Martine C
....
 le dessin est de Chappatte pour "Le temps" repris par courrier International.
 

mercredi 17 mai 2023

Limoges soir et matin.

Lorsque nous récupérons notre voiture pourtant à l’ombre, le thermomètre indique 40 °
Mais le voyage vers LIMOGES s’avère confortable grâce à la clim.
Selon notre habitude, nous transitons d’abord par l’Office du tourisme recueillir notre lot d’informations avant d’aller prendre possession de notre AirB&B à SOLIGNAC. 
Nous  avons pour voisins de chambre une autre famille composée d’un jeune couple et 2 petites filles avec laquelle nous partagerons la salle de bain. Un certain bazar règne dans la maison tenue par une propriétaire artiste, qui dépose ses œuvres à la vente ou en décoration in situ dans les différentes pièces ; dans notre chambre, un miroir à base de touches de piano, une patère faite à partir d’embauchoirs en bois, donnent un exemple de ses productions. Pour passer à la salle de bain, un sas déborde de matériaux divers entreposés là pour de futures créations.
 
Solignac est un joli petit village sur le chemin de Saint Jacques de Compostelle, notre logement se situe à côté de la belle  porte Saint Jean protégeant l’Abbaye.
Pas loin, un charmant  pont vouté en pierre surmonte la Briance depuis le XIII° mais la Mairie avertit sur l’état de fragilité de la construction qui permettait le passage des pèlerins. Il existe un restaurant face à ce décor agréable malheureusement il n’est pas ouvert.
D’ailleurs, nous ne trouvons aucun établissement  servant des repas, nous devons donc reprendre la voiture et tenter notre chance à Limoges où nous optons pour le quartier/village médiéval de la boucherie.
Rue de la boucherie,  beaucoup de maisons à pans de bois et une curieuse chapelle participent à raconter le passé de Limoges. Nous nous installons à la terrasse de « Le versant » pour boire un spritz avant de nous régaler d’un sandre à la piperade avec un verre de Viognier et d’un dessert original.
L’heure est douce, nous flânons un peu dans le coin, tirons jusqu’aux halles constituées de verre briques et acier style Eiffel, rehaussées  d’une frise à base de porcelaines de 328 carreaux.
De retour à Solignac, nous prolongeons notre promenade tant vespérale que digestive.
Nous marchons jusqu’à l’église romane jouxtant le monastère bénédictin enfermé derrière des grilles.
Une plaque apposée sur un mur informe de la présence des élèves maîtres de l’école normale d’Obernai pendant la 2ème guerre mondiale.
Il est vrai que cette très ancienne  abbaye après avoir recueilli  différentes congrégations, servit  aussi de pensionnat de jeunes filles sous l’empire et de fabrique de porcelaines au début du XX°. Nous continuons jusqu’à l’ancienne maison d’observations astronomiques des moines avant de rentrer. Le ciel se pommelle de petits nuages, la température avoisine encore les 30° à 21h30  et impose une bonne douche  puis au lit.

Matin
Nous galérons pour trouver un bar ou restau ouvert près de Solignac et même à Limoges pour prendre un petit déjeuner.
Généralement près des gares, ce genre d’établissements ne manquent pas, mais pas ici !
Puisque nous avons atterri devant la gare des bénédictins, nous la visiterons, le ventre vide. Ce monument emblématique de Limoges achevé en 1927 mélange le style néo-classique et l’art nouveau. Il est érigé au- dessus des voies et son campanile contribuant avec le dôme à l’apparenter à un monument religieux,  s’aperçoit de toute la ville.
Des pierres calcaires habillent  le béton jugé trop audacieux pour les gens de l’époque, du cuivre recouvre le dôme et une élégante marquise accueille les usagers
ainsi que deux sculptures bien encrassées qui encadrent la porte
et symbolisent l’une l'émail  l’autre la porcelaine de Limoges.
De belles verrières adoptent les formes et les motifs chers à l’art nouveau.
A l’intérieur, quatre sculptures allégoriques représentent des provinces françaises  (« le Limousin, la Bretagne, la Gascogne et la Touraine, qui étaient à l'origine quatre provinces desservies par la Compagnie du Paris-Orléans ») dont une charmante Gascogne aux jolies fesses.

samedi 25 avril 2020

Le Postillon. N° 55. Printemps confiné 2020.

La période peut convenir aux rédacteurs du bimestriel qui préfèrent depuis toujours être masqués, ne pas signer leurs articles, dans l’air d’un temps qu’ils aiment fustiger où agissent les sans visage. Mais nul besoin de personnaliser les pages d’ouverture, ce recueil de « brèves de confinement » tel un micro trottoir aurait tout au plus gagné à être plus ramassé:
 « C’est bien, il y aura moins de pollution, moi je trouve ça pas mal. » C'est ben vrai!
Par contre les confinés dauphinois sont toujours bons dans les parodies
- d’une attestation de déplacement dérogatoire avec case  à cocher :
«  Déplacements brefs dans un studio de 15m2 en maintenant les gestes barrières avec soi. »
- ou avec les conseils des coachs sportifs Eric Piolle et Olivier Veran à base de mouvements de bras visant à déplacer de l’air pour les deux. Si le maire de Grenoble est rappelé à tous les coups à son péché originel : « Raise Partner » société  fondée avec son cousin Larroutourou, c’est le ministre de la santé qui « passe à l’estrapade ». Jugé par d’autres journaux comme « compétent », « auteur d’un sans faute », le Postillon ne pouvait le manquer, lorsqu’au moment de son investiture, il lance une enquête pour consulter tous les hospitaliers, alors qu’il connaît bien le terrain. Toutes ses initiatives, interventions seraient motivées par sa seule ambition : cette vision pessimiste des hommes participe à un populisme des plus antipathiques.
Après avoir ajouté Julien Polat, maire de Voiron, à leur tableau de chasse,
et comme celui-ci les menace d’un procès, prévoir une suite dans la prochaine publication.
Leur critique régulière de la technologie s’alimente avec le rappel de leur opposition à la 5G et des témoignages de  profs pratiquant les cours en ligne qui pour être pertinents quand l’un d’eux souligne la position d’exécutant de l’apprenant, sont très contestables quand une autre constatant que seulement deux élèves sur dix s’étaient connectés démontre plutôt une méconnaissance de son public, elle est prof de FLE ( français langue étrangère) et en rajoute en méprisant la continuité pédagogique: « Je ne pense pas que ça aurait été grave si les élèves avaient complètement manqué deux mois de cours ».
Parmi 1700 personnes qui vivent dans la rue, les deux hommes qui ont la parole, sans faux apitoiement, sont touchants :
« Et puis quand on vit dans la rue, on les connait les microbes. De toute façon, vivre dans la rue c’est déjà une maladie. »
Le choix de conter l’adaptation des dealers à la situation est intéressant
comme le plaidoyer d’un postier dont l’entreprise a reçu pas mal de critiques
ou les dilemmes des salariés de l’usine Becton Dickisson qui fabrique des seringues.
Si dans la période les rappels historiques éclairants ne manquent pas, par exemple sur la grippe de Hong Kong de 1969 qui passa inaperçue ou sur la peste dans le voironnais avec Montaigne pour garder les portes, leur choix s’est porté sur la peste à Grenoble de 1410 à 1643.
«  Ceux qui restent, se retrouvent parfois pour se fouetter sur le dos ou les fesses jusqu’au sang en priant pour ne pas être atteint par le fléau. »
Par contre le choix de fictionner les conditions de travail à l’hôpital dans le cadre d’une colocation est tellement une caricature du genre « Hélène et les garçons », qu’il fait perdre de leur vigueur aux critiques à l’égard de la gestion de la crise sanitaire par l’hôpital. Un jeune « ingénieur manufacturing » en télé travail, méchant asthmatique, va demander au gentil infirmier qui est au front avec les contaminés de quitter leur appartement.

vendredi 24 novembre 2017

Expression.

Pour éviter de trop alimenter ce blog aux resucées d’informations tombées des containers médiatiques, j’essaye d’étayer mes propos avec quelques expériences personnelles.
Un esprit de l’escalier rencontrant les limites d’un format lisible me conduit à compléter les écrits de la semaine dernière concernant la sélection. 
Mon bac, celui de 68, constituait un démarrage en flèche de statistiques de réussites qui firent perdre tout sens au diplôme. Même au rabais, celui-ci m’a pourtant suffi, dès le mois de novembre de cette belle année, pour me retrouver à 18 ans devant une classe : instit’.
Un sentiment d’illégitimité qui a mis du temps à s’avouer m’a conduit, je pense, à me surpasser pour compenser une formation proche de zéro.
C’est aussi que la culpabilité que nous vilipendions en critiques radicaux d’une pensée « judéo-chrétienne » était un bon moteur. Nous avions alors en face de nos véhémentes oppositions, des modèles impressionnants, des valeurs qui nous obligeaient.
C’était quand même autre chose que ces hoquets contemporains :
« C’est nul ! Je rigole ! Arrête de me prendre la tête ».
Nous riions très forts, très Charlie. Toujours Charlie.
Cet humour mis à la portée de tous les biberons avait pourtant stérilisé la plaine comme traitement au Glyphosate. Le terme « valeur » en dehors de la Bourse devient délicat à manier, depuis que la laïcité elle même a eu besoin de s’affubler de prudents adjectifs quand de grossiers personnages ont ramassé le mot abandonné, et que d’autres n’ont rien vu venir.
Mais je ne vais pas me cantonner aux évocations de 50 ans d’âge que vont activer, en 18, les commémorations envers le rouge soldat inconnu, voici une anecdote de la semaine dernière.
Une élève vient voir une prof à la fin d’un contrôle :
«  Madame j’ai honte, je n’ai pas pu m’empêcher, j’ai copié. »
Et demande de rectifier les réponses à l’exercice litigieux.
C’est bien que des valeurs lui ont été transmises et qu’elle les met en œuvre courageusement. Cet acte d’honnêteté nous change tellement des déplorations, voire des consternations paralysantes, plus habituelles. Dans un autre collège, une élève de 4° interrogée sur un état de fatigue manifeste précise que ce sont ses propres jumeaux qui la tiennent éveillée toute la nuit.
Au moment d’écrire, la pudeur, la discrétion peuvent s’opposer à l’expression qui est à la base de toute vie en société. Le minimum du respect de l’autre réside dans notre franchise à dire ce qu’on à dire : plus facile à dire qu’à faire.
Ma perplexité ancienne concernant les difficultés à s’exprimer y compris chez les adeptes du texte libre à gogo pour les élèves, s’aggrave à la vue des bavards réseaux sociaux qui sont essentiellement des compilations bien peu personnelles. Les éructations le plus souvent sous pseudos ne comptent pas.
Alors je cause. 
« Écrire, c'est l'art des choix, comme on dit à Privas. » Frédéric Dard
……..
Dessin de Willis, Tunisie, pour Courrier international :


vendredi 3 juin 2016

Tas d’urgences.

Quand les temps changeants se mettent à chanter, les airs sont rebattus et les copié /collé dépourvus de commentaires propres font florès.
Mots et images, chiffres, viennent des machines ; nous devenons machinaux.
Les répercussions de tels usages sur les apprentissages, dont il n’est plus guère question d’ailleurs, amorcent des mutations anthropologiques.
La formule : «  à quoi bon apprendre, c’est sur Internet » avait pu faire sourire dans son ingénuité, elle est devenue la ligne de fuite des petits marquis du défunt ministère de l’instruction publique.
Ainsi chacun sera à sa tablette chaque jour, après tellement d'écrans solitaires, la nuit.
Les animateurs n’auront plus qu’à se préoccuper de la dimension collective, réparatrice, après la réussite à leur examen de tous les jeunes - ne pas dire « élèves » - même ceux qui n’en voulaient pas.
Les réseaux de papa et maman pourvoiront aux carrières à venir pour certains, alors que les abusés à Bac +3 ne voudront nettoyer ni nos vieux, ni nos rues. Le « mérite » ayant été depuis longtemps passé par les fenêtres, avec « transmission » qui fut reconnaissance, « travail » qui était appropriation en vue d’un enrichissement personnel, avec « République » et « laïcité » raptés par leurs ennemis.
Et ce n’est pas parce que l’autre voleur de valeurs avait cité Jaurès que Micro doit donner comme perspective aux jeunes de devenir milliardaire.
Les hommes politiques travaillent avec tellement d’obstination à leur perte de légitimité que quelque soit le texte présenté ce sera : « non ! ».
Un signe de plus de déprime dans une France dont les nuages noirs qui la surplombent allumés par quelques anars en cagoule sont de la même amère essence que d’autres héritiers aux chemises très sombres.
En salopant les distributeurs de billets, ils pensent faire s’écrouler le capitalisme : ce qui me semble une illusion peu éloignée des sensations procurées par quelque jeu virtuel.
La CGT court planter ses drapeaux parmi un mouvement qui la dépasse en faisant jouer les secteurs les plus protégés où elle est encore présente : SNCF, RATP, dockers, livre… EDF qui a bradé ses savoir-faire à des sous traitants maltraités.
Avec des rapports ambigus aux casseurs. La radicalité est un aveu d’impuissance comme les rodomontades de Vals. Faut-il ajouter qu’il suffit à quelques indignés de voir les mots « loi » et « travail » sur un projet pour qu’ils soient révulsés ?
De culture cédétiste du temps de Piaget, je ne sais de quel côté me situer. Depuis cette réforme du collège qui procède des services qui ont servi tous les ministres, où ceux-ci ne sont que des porte paroles, je ne peux dire à ceux qui sont concernés par les réformes du code du travail d’y consentir, alors que dans le domaine que je connais, les orientations en cours me font bondir.
Je n’ai pas lu le livre « Dans la disruption », mais je partage et m’inquiète à la suite de l’auteur  Bernard Stiegler, dans une interview au journal « Le Monde » qui use de ce mot que je viens de découvrir :
« La disruption est un phénomène d’accélération de l’innovation qui est à la base de la stratégie développée dans la Silicon Valley : il s’agit d’aller plus vite que les sociétés pour leur imposer des modèles qui détruisent les structures sociales et rendent la puissance publique impuissante. C’est une stratégie de tétanisation de l’adversaire. »
En reprenant aussi l’acronyme GAFA qui désigne Google, Apple, Facebook et Amazon, il accuse le trait en pensant que :
« la stratégie des GAFA, ne peut qu’étendre leur écosystème et intensifier la colonisation de l’Europe : faire exploser les transports, l’immobilier, l’éducation, toutes les filières, via de nouveaux modèles type Uber. Or cette pratique disruptive détruit les équilibres sociaux, ce que Theodor W. Adorno anticipait en parlant dès 1944 de « nouvelle forme de barbarie » à propos des industries culturelles. »
Après quelques nuits de printemps à dormir debout, il faudrait ouvrir les yeux et se mettre au travail : il y a des tas d’urgence. Santé : le déficit de généralistes devient préoccupant, fiscalité, écologie, éducation : depuis que tout le monde est prof, plus personne ne veut le devenir ... Liberté, égalité, fraternité. 
.................
Le dessin ci-dessous est du "Canard" de cette semaine:

vendredi 15 septembre 2023

« Maladresse » rappeuse.

Un vieux laïcard comme moi, respectueux quand même de toute grenouille de bénitier, peut se sentir menacé d’une « crucifixion » par Médine, nouvelle idole des NU(L)PES, car je ne prends pas de telles paroles pour une « maladresse ». Par là, je réutilise son mot d’
«excuse » tellement facile pour ses propos anti sémites, alors que bien peu lui ont demandé des comptes pour sa violence envers ceux qui respectent toutes les religions pourvu qu’elles ne s’imposent pas dans l’espace public.
La faiblesse humaine vaut mieux que l’infaillibilité divine.
Martine Panot, qui n'est pas Jaurès, participe à la déconstruction de la poésie française: elle voit celui dont la notoriété est liée à ses provocations dans la lignée de… Brassens et Hugo ! Cette députée vivant aussi d’outrances contribue à l’échauffement des échanges politiques et témoigne de l’effondrement des connaissances et du discernement dans une civilisation sans repères.
Face à des monceaux d’insultes culminant avec l’usage courant du mot « dictateur » appliqué à des acteurs élus de notre démocratie et banalisant les vrais tyrans, les vertus de l’esprit critique tendent à devoir être relativisées. 
Pour avoir eu la prétention de cultiver le jugement de mes élèves leur demandant de justifier leurs avis, je serai tenté de privilégier aujourd’hui, la reconnaissance, le respect, tant la chicane, la diatribe sont devenues hégémoniques.
Le jeune péteux que je fus en classe dite de philo, qui voulait ignorer Bergson parce qu’il n’était pas sur la photo où Sartre montait sur un tonneau, peut ébaucher une autocritique et avouer ne rien savoir alors de l’auteur de « L’être et le néant » sinon quelque aphorisme pour carnet rouge.
Aujourd’hui, vieux pétard mouillé, je me la pète en mon blog et regrette que toute annonce gouvernementale soit submergée par les blâmes à la crédibilité relative ne reconnaissant jamais le moindre aspect positif. 
« De tous les conformismes, le conformisme du non-conformisme est le plus hypocrite et le plus répandu. » Jankélévitch
Mes regrets naïfs de voir s’aggraver les discordes ne peuvent rien face aux stratégies assumées de radicalisation des débats quand il importe si peu de savoir à qui profite l’invective. 
En manque d'humour, plus que jamais, je suis adepte du « en même temps » de la fluidité,  de l’adaptabilité, en ces temps qui se veulent d’airain d’autant plus que « tout fout le camp ».
Et je continue à accumuler dans mon débarras à paradoxes des figures nouvelles de « base jumpers » et autre funambule dont la mise en danger n’est pas étrangère à des recommandations excessivement protectrices. Nul n'est censé ignorer les effets pervers mais la démarche éducative apparait illusoire quand dans les faits la première cause de mortalité est le cancer et la première cause de cancer est la consommation de tabac. 
Les climato-sceptiques n’ont jamais tant prospéré qu’en cet été meurtrier pour la planète.
Les habitudes ne changent pas aussi facilement que les injonctions constantes le voudraient.  Les campagnes publicitaires, l’augmentation des prix, ni la répression ne sont décisives.
- « En 2021, selon Santé publique France, 31,9% des 18-75 ans ont déclaré fumer, un chiffre en hausse par rapport à 2019. »
- « La consommation totale de viande en France a augmenté sur le long terme, passant de 3,8 millions à 5,8 millions de tonnes équivalent carcasse entre 1970 et 2022 (+ 50 %).»
Et le cannabis ? Et l’héroïne ? 
C’est pas gagné et pas si simple, mais c’est bien joli : 
« La liberté commence où l'ignorance finit. » Victor Hugo
J’y ai cru et ça vaut mieux que : 
« Je scie l'arbre de la laïcité avant qu'on le mette en terre, 
Marianne est une Femen tatouée "Fuck God" sur les mamelles ». Médine.

mercredi 23 décembre 2009

J14 . Hoi An

Je commence la journée à 5h pour photographier les pêcheuses qui arrivent au marché. Je me retrouve en compagnie de quelques suédoises et les vieilles vietnamiennes sont plus souvent coiffées de casques de moto que de leurs chapeaux traditionnels. La vie débute tôt au bord du fleuve pour les pêcheurs, les commerçants. Je reviens au bout d’une heure trente, tâter à nouveau du lit confortable.
Vers 10h, nous partons à la découverte des trésors de la ville munis d’un billet à coupons.
Nous commençons par la représentation de danses et chants traditionnels organisée dans une vieille demeure d’Andicraft. Nous nous régalons avec le solo du violoniste. Nous pouvons ensuite déambuler dans la demeure, où nous regardons travailler des femmes aux lanternes, à la poterie, à la broderie, à la confection de nattes, les garçons sculptent bois et pierre en maintenant l’objet travaillé entre les pieds. La maison traditionnelle s’organise en pièces en long séparées par des cours. Des trappes au plafond permettent de hisser à l’aide de poulies, les meubles à l’étage lors des crues de l’hiver.
Nous dirigeons nos pas vers la vieille maison privée Tan Ky dans la même rue, elle concilie les traditions chinoises, japonaises et vietnamiennes. Nous sommes reçus dans le salon de réception d’inspiration japonaise : piliers en bois sombre incrustés de nacre (bois de fer et jacquier) posés sur des supports de marbre. Si l’on s’approche de deux panneaux de bois figurant des signes d’écriture chinoise ou japonaise, nous découvrons que chaque signe constitue un assemblage de poissons et d’oiseaux. Deux autels dédiés aux ancêtres occupent une place importante de la pièce. Après la cour, la maison comprend la chambre du maître, simple lit de bois recouvert d’une natte, et la cuisine dans laquelle s’affaire une femme de la famille à la préparation du repas, ensuite la maison s’ouvre sur la rue arrière face à la rivière. Nous sommes accueillis par un guide francophone avec une tasse de thé offerte en bienvenue et quelques explications pas toujours identiques à celles du Routard. Nous avons l’occasion d’entrer dans une autre maison ancienne moins métissée et luxueuse, utilisée aujourd’hui comme musée de la céramique rue Tran Phu. Céramiques du 18° et 17° bleue bien sûr pour les disques (plats) et en terre brute pour les poteries cham.
Tout à côté, au numéro 23 de la même rue se trouve le très coloré Phuc Kien Assembly Hall. Il s’agit d’un temple élevé par une congrégation de chinois arrivés du Sud Est de la Chine et visant à la protection du commerce maritime, d’où la présence d’une maquette de bateau. Le rouge domine. Nous sommes frappés par l’abondance de spirales d’encens rouges pendues au plafond et payées par des croyants dont le nom et l’âge apparaissent sur une pancarte jaune. L’endroit ne manque pas de pittoresque avec ses dragons, sa dame céleste, aux couleurs vives, dorées. A l’extérieur, des bonzaïs bien sûr et une reproduction miniature de la muraille de Chine au milieu de rocailles et d’épines du christ toujours monstrueuses se disputent la cour, et sur les portiques se réunissent une variété d’animaux mythiques à base de tessons de porcelaine aux couleurs gaies. La girouette en haut de son mât est un poisson, en relation avec la mer, comme le temple. Cet endroit est vraiment propice à la photo, je me couvre de cendres d’encens.
Nous nous accordons une halte vers 13h30/14h que nous passons au « Café des amis » avec un menu à la viande pour trois qu’on ne finit pas. Le renoncement à la bière est reporté à demain. Le patron vient nous saluer sur le petit balcon et nous met Brassens… en Russe.Nous rentrons doucement à l’hôtel découvrant une halle complète de marchands de tissus et tailleurs inemployés ou jouant aux cartes. Ma compagne renonce dans un premier temps à un ensemble en soie mais son doute s’estompe pendant la sieste. Nous retrouvons notre commerçante, ou plutôt elle accourt vers nous. Commande est passée de deux chemises vietnamiennes, il est déjà plus de 17h et nous les récupèrerons à 19h à la fermeture (4100000 D) La halle sera pratiquement vide avec le gardien qui s’impatiente pour la fermeture. La vendeuse nous appelle afin d’éviter de rester bloqués derrière les grilles et la couturière finira de couper ses fils dans la rue à la lumière d’un estanco mobile de fruits.
Nous trouvons facilement Quan Long’s temple dédié à un général chinois victorieux. Des personnages ventripotents et des chevaux sur roulettes occupent à eux seuls le sanctuaire. Passés la cour, nous pénétrons dans le deuxième bâtiment transformé en musée de la ville, assez restreint. Nous partons à la recherche d’un puits signalé dans Lonely Planet comme ayant des vertus particulières pour la confection de cao lâu plat traditionnel de Hoi An. Riche idée qui nous permet de découvrir un monde parallèle insoupçonné avec des venelles et des petites maisons résidentielles, calmes, où il semble qu’il fait bon vivre, loin du commerce et du tourisme. Nous discutons avec un maître d’art martial vietnamien qui vient de terminer un cours pour enfants. Les deux ou trois élèves plus âgés s’entrainent encore avec des bâtons, des sabres dans de gracieux mouvements chorégraphiques.
Nous faisons confiance au Routard pour nous indiquer un restau : le 399 (Nguyen Duy Hien) ce qui nous donne la possibilité de goûter au cao lâu (pates plates, viande, morceau de galette). Nous mangeons pour 77 000D à 3, boisson comprise (eau et jus de fruit et pas de bière !) : 3€ pour 3. Retour dans nos foyers pour boucler nos valises.