mercredi 31 décembre 2025

Le réaménagement intérieur de Notre-Dame de Paris. Marc Chauveau.

Frère Marc Chauveau, le conférencier devant les Amis du musée de Grenoble a participé aux comités consultatifs mis en place pour la restauration de Notre-Dame de Paris après l’incendie de 2019. 
 
https://blog-de-guy.blogspot.com/2024/04/le-vitrail-moderne-frere-marc-chauveau.html
En 2018, la renaissance 
en 5 ans  du monument le plus visité d’Europe (14 millions de visiteurs) fut un exploit, après quelques miracles :
les rosaces du XIII° siècle demeurées intactes
comme la statue de Notre-Dame
ou La croix de Marc Couturier : une espérance pour les fidèles au milieu de la désolation.
Cette 
sombre première cathédrale gothique, a retrouvé sous de nouvelles lumières, la douceur des calcaires lutétiens.
Une suite de destructions et d’innovations constitue un patrimoine en évolution constante.
Après le concile de Trente, la liturgie devient plus théâtrale, 
le jubé qui séparait le chœur et la nef pendant la période médiévale a disparu.
 Le musée de Cluny en expose aujourd’hui des fragments retrouvés récemment.
Chaque année, 
pendant la période de l’Avent, les fidèles peuvent voir en Alsace 14 tapisseries jadis commandées par Richelieu pour Notre-Dame, achetées ensuite par le diocèse de Strasbourg.  
La confrérie des orfèvres avait offert 73  tableaux,« les Mays », entre 1630 et 1707.
 
Eustache Le Sueur
, "La Prédication de saint Paul à Éphèse".
 
Dispersés au moment de la Révolution, 51 se retrouvent au musée des Petits-Augustins, au Louvre, à Arras. 
Au XVII° siècle la lumière entre, 
les colonnes paléochrétiennes ressortent au détriment des ogives gothiques
Anne d’Autriche ayant enfin donné un fils à Louis XIII, celui-ci a décidé de consacrer son royaume à la Vierge au moment où 
les troupes espagnoles envahissaient la France.
Philippe de Champaigne « Le vœu de Louis XIII » au musée de Caen.
Une statue tout en délicatesse de Louis XIII occupe le chœur réaménagé sous Louis XIV. 
Après le sacre de Napoléon, Notre Dame n'appartient plus seulement à Paris, mais à la France,  
puisque des serments constitutionnels furent prononcés depuis la tribune installée dans la nef centrale.
Après l’incendie, elle devient Notre Dame de la planète.
Le drômois Guillaume Bardet vient de concevoir un nouvel autel, 
table du sacrifice à dimension commensale, dans une esthétique discrète en harmonie
avec le baptistère,
la cathèdre (siège réservé à l’archevêque qui marque le statut de cathédrale),
l’ambon (support de lecture des Évangiles),
le tabernacle en forme de tente originelle s’ouvrant comme un livre.
Ostensoir et ciboire, aiguière et burettes, la vaisselle liturgique se renouvelle. 
Ionna Vautrin a fourni 1500 chaises empilables et solidaires pour garnir l’axe du bâtiment entouré de 14 chapelles latérales.
La chapelle axiale est dédiée à la Passion du Christ avec la châsse-reliquaire de la Couronne d’épines.
Au nord, 
David, Abraham, Noé, Moïse, Isaïe, Salomon, Elie, personnages de l’Ancien testament, occupent « l’allée de la promesse» d’un sauveur.
Au sud, le déambulatoire « l’allée de la Pentecôte », représente des scènes après la Résurrection, au temps de l’église et de ses martyrs.
Les peintures de Violet le duc qui avait repensé ces chapelles en 1860 disparaissaient sous la crasse et la suie. Celui qui annonçait l’art nouveau a de nouveau été révélé.
Certains de ses murs décapés dans les années 60 redonnaient place aux œuvres du XVII°,  aussi légitimes que des œuvres d’art contemporain.
Il faudra c
inq ou six années pour tisser sept tapisseries dont celles de Miquel Barcelo et Michael Armitage dans les manufactures des Gobelins, de Beauvais et à Aubusson, iIlustrant les paroles de Moïse :
« J’ai vu, oui, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte, 
et j’ai entendu ses cris sous les coups des surveillants… » 
Claire Tabouret, choisie pour créer de nouveaux vitraux, malgré une pétition hostile regroupant 300 000 signatures, se rassurait : un pays où le remplacement de vitraux en grisaille suscite tant de passion n’est pas totalement fichu.
 

vendredi 26 décembre 2025

Diafoirus.

Parmi les antiennes des collègues de mon âge, le constat de la rapidité de la fuite du temps vient aggraver d’autres délitements.
En surface nous éprouvons ce que notre environnement subit et craignons tout ce que nous avons généré et qui nous dépasse : l’intelligence passe chez les robots, l’imbécillité se développe dans le déni de l’urgence climatique, des réalités budgétaires, des tensions commerciales et militaires.
Bien que la mise en valeur d’arguments contre-intuitifs devienne tendance, j’en resterais à l’esprit de contradiction pour voir l’IA comme rempart au populisme, dans la croyance que la science gagne toujours à la fin, comme l'équipe à Dédé.
Bien d’autres ont brodé à propos de notre vulnérabilité en tant qu’Européen, pensant que cette prise de conscience ferait notre charme, bien qu’elle regonfle les muscles des maîtres illibéraux d’un monde immonde. Notre régression démographique atteste la dépression d’une civilisation.
Les bouleversements tenant dans l’espace d’une génération, nous poussent à l’autodénigrement et accentuent des mouvements plus lents qui travaillent le corps social. 
Les populistes à la Bardelenchon peu encombrés de soucis de gouvernance au quotidien ni de scrupules envers ceux qui ne partagent pas leurs idées, carburent à la haine, exacerbent les particularismes au détriment du commun.
Les nationalistes les plus virulents sont financés par l’étranger intervenant directement dans les processus électoraux depuis les usines à trolls poutinesques ou sous pressions trumpistes au-delà de l’Amérique latine.
Face à ces ébranlements que le moindre pilier du bistrot numérique peut ressentir, on pourrait souhaiter que les investissements aillent vers une protection de nos mômes et de nos machines intelligentes, mais de sous, y a plus bezef. Les réparations des manques du passé empêchent les financements d’avenir par une puissance publique bien mal nommée.
Comme il ne faut point fâcher les retraités, les ressources pour accompagner la mutation climatique ne viendront pas : « grille, baby, grille ! »
Nos maux collectifs se déclinent au cas par cas chez nos médecins généralistes dispatcheurs de spécialistes dont les savoirs spécifiques renvoient vers d’autres errances médicales plus intuitives. Quand l’ostéopathe devient le recours pour traiter la globalité de l’être, il est bien tentant de voir le surgissement d’un « théos » (Dieu) des articulations douloureuses.
Des guérisseurs, d’autres diraient charlatans ne cessent de désigner le Macron comme cause de tous les maux comme dans une comédie où le poumon était incriminé à tous coups mais ne savent révéler la composition de leurs remèdes.  
« Les médecins laissent mourir, les charlatans tuent. »  
La Bruyère. 
Tel mon vieux copain d’école primaire dont on mouline la nourriture dans son EHPAD, je touille les métaphores entre médecine et politique n’étant plus en mesure de m’extraire d’un constat navrant d’une Europe qui regarde ailleurs alors qu’elle est désignée en tant qu'ennemie par Vladimir et Donald nommés ainsi que des personnages d’un distrayant film d’animation. 
Nous n’arrivons pas à penser et l’impensable s’annonce quand sont abandonnées les valeurs de laïcité, de sécurité, de travail, de responsabilité, comme il est pourtant répété de bien des côtés. 

jeudi 25 décembre 2025

Bruges # 2

Nous nous présentons à l’heure à l’Office du tourisme avec un groupe de trois dames et deux fillettes. Notre guide francophone  nous y attend. 
En introduction, il aborde l’histoire  de la Belgique depuis sa récente création, non s’en s’être  enquis au préalable de nos origines françaises et non wallonnes.
Comme il ne manque pas de nous le faire remarquer, ses opinions politiques penchent plutôt du côté de celles des pays du nord, alors qu’à son avis, les Wallons, sous-entendu plus sympathisants de la mentalité française, se montrent trop laxistes dans leur façon de gérer leur territoire.
Bref, il se lâche, nous n’ignorerons plus rien des bisbilles nationales tenaces que nous soupçonnions déjà. Sur le plan économique, il résume : Bruges connut la richesse, puis le déclin et  renoua avec sa splendeur grâce au tourisme (1er spot touristique en Belgique) : « nous sommes riches » déclare -t-il.
Puisque nous nous y trouvons, nous commençons le tour de la ville par la Marktplatz.
Elle servait autrefois de marché aux poissons, à proximité de la mer, lorsque le port se situait place du palais provincial (près de l’Historium)  jusqu’à son ensablement en 1604.
De nos jours, des calèches stationnent  ici dans l’attente de touristes à promener. Leurs chevaux  méritent une attention toute particulière. Dans le souci du bien- être animal; chouchoutés selon des conditions de protection très cadrées, ils ne travaillent qu’une demie journée tous les deux jours, jouissant de bains et de frictions lors de leur repos.
Sur la place, le beffroi se dresse à une hauteur démesurée. Il défie les plus courageux à gravir ses 360 marches, sans ascenseur.
Nous continuons donc vers la place Burg. Celle-ci constitue une vraie page d’histoire car c’est autour d’elle que Bruges s’est développée depuis sa création.
Véritable résumé architectural, elle comporte un bâtiment de chaque époque allant du  moyen âge, au roman rehaussé de gothique, en passant par la Renaissance, le baroque  jusqu’au néogothique du XIXème siècle.
De plus, le Stadhuis (mairie) de style gothique lui confère depuis plus de 600 ans une importance certaine.
Le marché aux poissons  (Vismarkt) se situe juste derrière, après le pont Blinde-EZelstr et non loin de l’embarcadère. A l’origine en plein air, il bénéficie depuis le XIXème siècle d’une galerie à colonnade disposée  autour d’une cour carrée. La vente continue encore aujourd’hui tous les jours sauf le week-end mais le nombre des poissonniers se réduit, il n’en resterait  plus qu’un.
W. notre guide se rappelle sa jeunesse quand, à la sortie de l’école ou pendant les vacances, il travaillait chez son oncle dans ces halles et recevait son salaire en chocolat.
En continuant notre route, notre guide tient à nous signaler l’Europa Collège. Cette institution renommée sélectionne des diplômés pour les préparer à de hautes fonctions diplomatiques, économiques et politiques. Jacques Delors en fut un temps le directeur.
Nous arrivons devant le Gruuthusmuseum. Ce palais gothique du XVème siècle appartenait aux Seigneurs De Gruuthuse.
Ils bâtirent leur fortune dans l’exploitation de la bière. Ils réussirent d’autant mieux dans cette branche que l’eau impure obligeait la population à consommer de la bière. Heureusement, elle ne titrait qu’1,5 degré, alors qu’aujourd’hui, elle atteint les 9°, augmentée parfois par d’autres alcools permettant de monter jusqu’à 13°….
Pour le brassage de la bière, était utilisé le gruau ou Grunt ou encore grute  obtenu avec un  mélange de fleurs et de plantes, puis  le houblon le remplaça.
Louis de Gruuthuse  (né vers 1422 et mort en 1492) acquit le monopole de la bière et préleva une taxe sur sa vente ; cet homme d’affaires, diplomate, riche et amateur d’art, avait adopté comme devise : « Plus est en vous ». Il conféra sa grandeur à cette demeure à laquelle il manque aujourd’hui un bâtiment pour clore l’ensemble.