En attendant que le « Musée des tissus » de
Lyon ouvre à nouveau en 2030, nous sommes revenus, par une conférence devant les
amis du musée de Grenoble, vers des savoir-faire qui ont façonné l’identité
lyonnaise depuis le XV° siècle.« Robe » de Christian Lacroix (styliste), maison Jacob
Schlaepfer et Lelièvre (fabricants),
L’artiste sert l’artisan, l’artistique le dispute à
l’artisanat.Dans les textiles, le tissu se distingue du tricot ou du
feutre.
Lors du tissage, chaine et trame s’entrecroisent pour former son
armure.La soie provient de la « bave » du « Bombyx »
dont le cocon est constitué par un seul fil pouvant mesurer un kilomètre. Par contre, une
soie résistante, au point d’avoir inspiré des gilets pare-balles,
produite par
une araignée de Madagascar, ne pourra pas être rentable,
car la néphile dorée meurt
quand elle est déplacée.Les chinois ont gardé le secret de la fabrication de la soie
pendant 3000 ans et ont alimenté « La route de la soie »
qui connait actuellement une seconde jeunesse. Des moines, envoyés par l’empereur
byzantin « Justinien », ont importé des graines de mûrier,
arbre qui alimente exclusivement les vers, et ont compris la
délicate genèse de la fibre protéique naturelle.Les premiers tissus précieux et rares, « Suaire de saint Austremoine » du IX° siècle,
sont fabriqués par des Persans ou des Ottomans.A partir du XI°siècle,
une industrie nait à Lucques en Italie après Catanzaro, puis à Gênes, Venise et Florence
qui exportent vers toute l'Europe.
« Étoffe brochée à fil dorée à décor
d'oiseaux et de lions, Lucques, XIVe siècle »
En France, le roi Louis XI propose aux lyonnais de
développer une production nationale chez eux, ceux-ci refusent.
Il faut
attendre « François Ier » posant pour Jean Clouet
devant un velours « alto-basso » de Venise, pour développer la soierie à Lyon.en accordant une charte à ÉtienneTurquet (Stefano Turchetti)
et Barthélemy
(Bartolomeo) Naris, Philippe de Lasalle
Ayant désormais le monopole d’une activité qui fait vivre 12 000 personnes,
Ayant désormais le monopole d’une activité qui fait vivre 12 000 personnes,
la capitale des
Gaules.devient la capitale européenne de la soie. Olivier de Serres, ami de Sully,
publie :
« La cueillete de la soye par la nourriture des Vers qui
la font. »« Le métier à la grande tire » exposé au musée du
banquier Gadagne (Guadagni), a été perfectionné
par Claude Dangon, et remplace les enfants chargés de tirer les
« lacs » qui permettaient de lever ou d'abaisser les fils de chaînes.« Damas » pourpre
réservée au roi rehaussé de
fils d’or."Mise en carte du "Raphaël de la Fabrique" Jean Revel.
Colbert met en place la fabrique pour la
soie où se retrouvent dessinateurs, préparateurs de teintures,
« soyeux », marchands-fabricants, ouvriers, négociants… A Versailles, deux fois par an les meubles (tentures, fauteuils) sont
changés;
le brûlement de la chambre du roi en 1785 a permis de récupérer
une tonne d’or. « Dame à sa toilette recevant un cavalier » Jean-François de
Troy.
Une telle robe à la Watteau nécessitait 20 m de tissu et pesait 20 kg.Longtemps dépendants des pouvoirs royaux,
le travail des lyonnais sera soutenu aussi par Napoléon .Vaucanson, le grenoblois, avait perfectionné les métiers à
tisser au point qu’ils "pourraient être utilisés par un âne" ; c’est lui qui
a été jeté à la Saône et non Jacquard qui s’en était inspiré. Mais son système de cartes perforées va
révolter les canuts craignant le chômage. « Vivre
libre en travaillant ou mourir en combattant ! » en 1830,1834,1848.
En 1901, à la Croix-Rousse est inaugurée la statue de Jacquard,
au« bienfaiteur des ouvriers en soie ».
D'une des premières révoltes ouvrières sont nés les conseils des prud’hommes.
Autour de Lyon au XIX° siècle, de nombreuses
usines-pensionnats emploient et hébergent des jeunes filles de la campagne. « Soieries
Bonnet, Jujurieux (Ain) ».Après la maladie des vers à soie que Pasteur n’arrivera pas à
juguler à temps, le précieux fil
provient désormais du Brésil et de Chine, même si Hermès et Chanel essayent de remettre
en route une production française.Pour mesurer le degré
d’humidité de ce produit très onéreux des dessiccateurs sont installés dans des
bâtiments de condition des soies. Expositions
universelles et magasins de nouveauté avaient étendu leur clientèle au XIX ° siècle. Au XXI ° siècle, AURA, la région Auvergne-Rhône-Alpes, la première région
textile en France, compte 600 entreprises
et 17 000 emplois liés à la soie.Pour le musée des Confluences, Olivier Lapidus a créé la
première robe en textile lumineux.
"Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier
se transforment en robe de soie."
Proverbe chinois
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