mercredi 25 février 2026

La soierie lyonnaise. Cécile Demoncept.

En attendant que le « Musée des tissus » de Lyon ouvre à nouveau en 2030, nous sommes revenus, par une conférence devant les amis du musée de Grenoble, vers des savoir-faire qui ont façonné l’identité lyonnaise depuis le XV° siècle.
« Robe »
de Christian Lacroix (styliste), maison Jacob Schlaepfer et Lelièvre (fabricants), 
soie, métal, dentelle mécanique brodée, rayonne viscose.
L’artiste sert l’artisan, l’artistique le dispute à l’artisanat.
Dans les textiles, le tissu se distingue du tricot ou du feutre. 
Lors du tissage, chaine et trame s’entrecroisent pour former son armure.
La soie provient de la « bave » du « Bombyx » 
dont le cocon est constitué par un seul fil pouvant mesurer un kilomètre.
Par contre, une soie résistante, au point d’avoir inspiré des gilets pare-balles, 
produite par une araignée de Madagascar, ne pourra pas être rentable, 
car la néphile dorée meurt quand elle est déplacée.
Les chinois ont gardé le secret de la fabrication de la soie pendant 3000 ans et ont alimenté « La route de la soie » qui connait actuellement une seconde jeunesse.
Des moines, envoyés par l’empereur byzantin « Justinien », ont importé des graines de mûrier, arbre qui alimente exclusivement les vers, et ont compris la délicate genèse de la fibre protéique naturelle.
Les premiers tissus précieux et rares, « Suaire de saint Austremoine » du IX° siècle,
sont fabriqués par des Persans ou des Ottomans.
A partir du XI°siècle, une industrie nait à Lucques en Italie après Catanzaro, puis à Gênes, Venise et Florence qui exportent vers toute l'Europe.  
« Étoffe brochée à fil dorée à décor d'oiseaux et de lions, Lucques, XIVe siècle »
En France, le roi Louis XI propose aux lyonnais de développer une production nationale chez eux, ceux-ci refusent.  
Il faut attendre « François Ier » posant pour Jean Clouet devant un velours « alto-basso » de Venise, pour développer la soierie à Lyon.
en accordant une charte à ÉtienneTurquet (Stefano Turchetti)
et Barthélemy (Bartolomeo) Naris, 
Philippe de Lasalle
Ayant désormais le monopole d’une activité qui fait vivre 12 000 personnes, 
la capitale des Gaules.devient la capitale européenne de la soie.
Olivier de Serres, ami de Sully, publie : 
« La cueillete de la soye par la nourriture des Vers qui la font. »
« Le métier à la grande tire »
exposé au musée du banquier Gadagne (Guadagni), a été perfectionné par Claude Dangon, et remplace les enfants chargés de tirer les « lacs » qui permettaient de lever ou d'abaisser les fils de chaînes.
« Damas »
 pourpre réservée au roi rehaussé de fils d’or.
"Mise en carte du "Raphaël de la Fabrique" Jean Revel
Colbert met en place la fabrique pour la soie où se retrouvent dessinateurs, préparateurs de teintures, « soyeux », marchands-fabricants,  ouvriers, négociants…
 A Versailles, deux fois par an les meubles (tentures, fauteuils) sont changés; 
le brûlement de la chambre du roi en 1785 a permis de récupérer une tonne d’or.
« Dame à sa toilette recevant un cavalier »
Jean-François de Troy
Une telle robe à la Watteau nécessitait 20 m de tissu et pesait 20 kg.
Longtemps dépendants des pouvoirs royaux, 
le travail des lyonnais sera soutenu aussi par Napoléon .
Vaucanson, le grenoblois, avait perfectionné les métiers à tisser au point qu’ils "pourraient être utilisés par un âne" ; c’est lui qui a été jeté à la Saône et non Jacquard qui s’en était inspiré.
 Mais son système de cartes perforées va révolter les canuts craignant le chômage. 
« Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ! » en 1830,1834,1848.
En 1901, à la Croix-Rousse est inaugurée la statue de Jacquard, 
au« bienfaiteur des ouvriers en soie ».
D'une des premières révoltes ouvrières sont nés les conseils des prud’hommes.
Autour de Lyon au XIX° siècle, de nombreuses usines-pensionnats emploient et hébergent des jeunes filles de la campagne. « Soieries Bonnet, Jujurieux (Ain) ».
Après la maladie des vers à soie que Pasteur n’arrivera pas à juguler à temps, le précieux fil provient désormais du Brésil et de Chine, même si Hermès et Chanel essayent de remettre en route une production française.
Pour mesurer le degré d’humidité de ce produit très onéreux des dessiccateurs sont installés dans des bâtiments de condition des soies.  
Expositions universelles et magasins de nouveauté avaient étendu leur clientèle au XIX ° siècle.
 Au XXI ° siècle, AURA, la région Auvergne-Rhône-Alpes, la p
remière région textile en France, compte 600 entreprises et 17 000 emplois liés à la soie.
Pour le musée des Confluences, Olivier Lapidus a créé la première robe en textile lumineux.
"Avec du temps et de la patience, les feuilles de mûrier 
se transforment en robe de soie."  
Proverbe chinois

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