Arrivant au pays « des aurores boréales […] et des macareux
moines », j’ai commencé ces 480 pages, l’attention flottante, regardant
les arbres et les maisons défiler, sans m’attarder sur les noms des villages
traversés.
Ce procédé non prémédité n’en a rendu que meilleur
le moment où je me suis laissé prendre par la poésie de l’auteur islandais et
surprendre par l’originalité de la construction et d’une écriture qui sublime
l’ordinaire des jours, pour nous amener vers les interrogations les plus
fondamentales.
« Quand il faut rentrer le foin, il faut
le rentrer. Le bonheur, la tristesse, l’innocence, les trahissons, les systèmes
philosophiques de l’Occident et les dernières découvertes en astronomie-tout
cela est mis de côté. Le foin, c’est le foin, et l’hiver est long. »
Le gruau d’avoine parfois bien épais, les solitudes
obligatoires, les alcools pénibles, nourrissent un lyrisme renouvelé offrant de
belles pages exaltant l’amour, alors qu’il est beaucoup question d’abandons et de
fuites.
« L'espace qui
sépare l'amour et la haine est à peu près le même que celui entre vie et
trépas.
À la fois infini et infime. »
À la fois infini et infime. »
Les époques se superposent, les mémoires s’étirent,
une littérature « de nuit
et de nuages noirs » offre un recours à des hommes et
des femmes qui savent pardonner.
« … quand j’écris,
je deviens plus grand que l’homme que je suis. Oui, je me transforme en une corde sensible
qui tremble entre le visible et l’invisible. »
Le sous titre : « Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors
du monde » précède d’autres belles phrases de ce type ponctuant
des chapitres foisonnants, sensuels, vigoureux et beaux.
« Pourriez-vous
m’enlever mes chaussures et me réveiller quand je serai tout à fait
mort ? »
Le choix de quelques formules, le temps d’une
petite chronique, ne rend pas compte de la richesse de personnages palpitants,
ni des jeux féconds avec le temps, ni de la force des paysages : il faut
le lire et se laisser aller.

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