samedi 21 février 2026

Ásta. Jón Kalman Stefánsson.

Arrivant au pays « 
des aurores boréales […] et des macareux moines », j’ai commencé ces 480 pages, l’attention flottante, regardant les arbres et les maisons défiler, sans m’attarder sur les noms des villages traversés.
Ce procédé non prémédité n’en a rendu que meilleur le moment où je me suis laissé prendre par la poésie de l’auteur islandais et surprendre par l’originalité de la construction et d’une écriture qui sublime l’ordinaire des jours, pour nous amener vers les interrogations les plus fondamentales.  
« Quand il faut rentrer le foin, il faut le rentrer. Le bonheur, la tristesse, l’innocence, les trahissons, les systèmes philosophiques de l’Occident et les dernières découvertes en astronomie-tout cela est mis de côté. Le foin, c’est le foin, et l’hiver est long. » 
Le gruau d’avoine parfois bien épais, les solitudes obligatoires, les alcools pénibles, nourrissent un lyrisme renouvelé offrant de belles pages exaltant l’amour, alors qu’il est beaucoup question d’abandons et de fuites. 
« L'espace qui sépare l'amour et la haine est à peu près le même que celui entre vie et trépas.
À la fois infini et infime. »
 
Les époques se superposent, les mémoires s’étirent, une littérature « de nuit et de nuages noirs » offre un recours à des hommes et des femmes qui savent pardonner. 
« … quand j’écris, je deviens plus grand que l’homme que je suis. Oui, je me transforme en une corde sensible qui tremble entre le visible et l’invisible. » 
Le sous titre : « Où se réfugier quand aucun chemin ne mène hors du monde » précède d’autres belles phrases de ce type ponctuant des chapitres foisonnants, sensuels, vigoureux et beaux. 
« Pourriez-vous m’enlever mes chaussures et me réveiller quand je serai tout à fait mort ? » 
Le choix de quelques formules, le temps d’une petite chronique, ne rend pas compte de la richesse de personnages palpitants, ni des jeux féconds avec le temps, ni de la force des paysages : il faut le lire et se laisser aller.

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