mercredi 15 septembre 2010

New York J 2 : ici on parle français.

Réveil à 6h, après une bonne nuit dans un lit gigantesque. Episode oreilles basses quand je m’aperçois de la disparition de l’appareil photo, que nous retrouvons finalement.
Sous un ciel sans nuage, au propre comme au figuré, nous partons l’esprit léger prendre le métro à la station Nostrand. Là nous achetons un Pass voyages illimités valable 7 jours à 27 $ au moyen d’une machine qui parle français si on le lui demande. Les couloirs sont délabrés et sales. En direction de Manhattan, les rames sont occupées d’abord exclusivement par des noirs, entassés, puis peu à peu, l’usager devient blanc et en nombre moindre. L’express nous permet de gagner du temps, le trajet dure en gros une demi-heure jusqu’à la 42° rue de la 7° avenue, vers Times Square.
A la sortie du métro le choc : nous nous sentons tellement petits dans Manhattan avec ses rues bordées de gratte-ciels, ses pubs géantes et ses animations projetées sur les façades. Le soleil peine à s’engouffrer dans la rue. Sur la route défilent des taxis jaunes, mais aussi des limousines, des 4X4, des policiers à cheval, tous respectueux des feux de circulation suspendus au dessus des routes. Les piétons obéissent soit à une main rouge ou clignotante, soit à un petit bonhomme vert qui marche. Nous sommes vite abordés par du personnel habillé en rouge de la Gray Line proposant un New York sighting: ils sont tous blacks et beaucoup parlent français. Pour ce billet du tour de la ville en bus, ils se font tirer l’oreille pour appliquer la réduction incluse dans le New York City Pass qui coûte dans les 60$ avec les incontournables : Empire State Building panorama, American Museum of Natural history, Museum of Modern Art, Metropolitan Museum of Art, Guggenheim Museum, Statue of Liberty and Ellis Island …
Mais tandis que nous poursuivons notre chemin, un employé nous rattrape et concède la ristourne des 10 $ tout en en levant 2 $ de taxes après avoir beaucoup palabré avec un collègue en langue du Togo. Il nous apprend que beaucoup de ses compatriotes viennent ainsi trouver du boulot aux US où les formalités et les papiers sont plus faciles à obtenir qu’en France. Nous nous sentons un peu en connivence grâce à notre langue.
Notre lieu de rendez vous à Times Square est sur les gradins qui permettent une vue sur la place effervescente nommée ainsi car c’était l'ancien emplacement du siège du « New York Times ».
Nous grimpons sur l’impériale de notre bus pour un circuit de deux heures dans la partie plutôt Sud de Manhattan qui nous promènera vers l’Empire State Building, le fer à repasser (flat iron building) en bordure de Greenwich village et Soho, vers le site du World Trade Center, Battery Park (face à la statue de La Liberté) puis remontera vers Brooklyn Bridge, China town, Little Italy, les bâtiments de l’Organisation des Nations Unies après East village, Rockefeller Center et enfin Central Park. Nous ne saisissons pas l’humour de notre guide qui se met parfois à hurler furieusement dans son micro. Par contre nous apprécions l’itinéraire qui nous fait prendre la mesure de l’architecture époustouflante, parfois gothique, écrasante, élancée, ou art déco, moderne, délirante mais toujours gigantesque. Du haut de notre bus, nous sommes surpris par les odeurs de cuisine, Mac Do ou plus exotiques et retrouvons encore des images familières de NYC avec les vapeurs qui émanent de tuyaux plantés dans le sol ou sortant de toits comme le mug géant qui sert de pub, et ces réservoirs style réservoirs d’eau des chemins de fer de western se découpant dans les airs. Je photographie sans relâche. Nous nous promenons aussi au hasard : dans une rue stationne un camion mastodonte, bleu roi métallisé, chromes étincelants, il fait l’orgueil de son chauffeur qui invite une famille à s’installer pour des photos.
Nous retrouvons nos camarades qui nous emmènent au restau chinois avec nourriture à volonté pour 8,50 dollars. Je demande à un des clients l’autorisation de le photographier avec sa tenue qui me semble originale, cela m’est accordé à condition que je pose également avec mon modèle: il s’agit non pas d’un musicien comme je l’imaginais, mais d’un avocat du Nigéria.
En cherchant l’arrêt de notre deuxième circuit en bus, Nicole déniche un café Internet moins facile à dégotter qu’à Hanoï. Un vieil employé Haïtien « qui parle français comme toi » m’aide avec gentillesse à accéder aux ordinateurs. Pendant ce temps le reste de la troupe ne se régale pas avec le café d’un demi-litre (minimum vendu)
Nous prenons notre deuxième bus touristique. Cette fois la guide, une jeune femme enrouée nous commente le circuit autour de Central Park : cathédrale, Harlem (salle théâtre de l’Apollo) Guggenheim muséum, Métropolitan muséum, le zoo ; c’est moins impressionnant que la découverte de ce matin mais bien agréable. Le métro nous conduit ensuite en plein quartier chinois que nous traversons à pieds en direction du pont de Brooklyn ; le jour décline au moment où nous y parvenons. C’est au milieu des promeneurs que nous contemplons l’éclairage progressif des lumières des gratte-ciel s’ajoutant au rouge des feux et des phares des véhicules sur un ciel de plus en plus gris ; le lieu est très photogénique, derrière les filins entrecroisés. Pour la première fois nous sommes surpris par le bruit de la circulation, surtout les sirènes des ambulances et des pompiers en tous points semblables aux sons synthétiques de la foire de l’Esplanade.

mardi 14 septembre 2010

Berlin : la cité des pierres

Jason Lutes est à Berlin ce que Tardi est à Paris, avec le même bonheur pour le rythme des noirs et blancs et la minutie des dessins qui nous transportent dans les années 20. L’américain fait preuve de pédagogie pour nous faire partager les craintes et les espoirs de ses personnages. La première guerre finie est omniprésente avec tous ses éclopés. Les intellectuels, les artistes cherchaient un sens nouveau à l’art, à leurs vies. La misère frappait aux vitrines frivoles; des espoirs naissaient dans la classe ouvrière et des violences gonflaient les bannières et les muscles. Le dessinateur nous présente en 200 pages ce bouillonnement intellectuel, politique : un roman graphique efficace et enrichissant, aux cadrages variés qui nous dépayse dans le temps et l’espace, mais l’on ne peut s’empêcher de penser qu’en ce moment où toute une misère toque à nos rives, les paroles de ceux qui conduisaient les juifs à être pourchassés contiennent un venin toujours actif.

lundi 13 septembre 2010

Cleveland Vs Wall street. Jean Stéphane Bron

Les avocats de la ville de Cleveland dont des milliers d’habitants ont été expulsés de leur maison suite à la crise financière due aux subprimes devaient attaquer les banques en justice. Mais celles-ci sont tellement puissantes: ce procès n’a pu avoir lieu que sous la forme de ce film permettant de mettre des visages sur ces drames humains. Les protagonistes qui apparaissent à l’écran font partie de ceux qui ont été concernés directement dans cette affaire. La forme d’un procès convient bien à la dramaturgie, expose les arguments des deux parties en compagnie par exemple d’un dealer devenu courtier. Tous les arguments sont mis en lumière, le scandale de ce capitalisme le plus cynique, n’en est que plus flagrant.

dimanche 12 septembre 2010

La soupe au pistou.

Par piston, voici la recette recueillie auprès de la marchande de légumes de Laragne en 1989, et tellement rééditée depuis, qu’elle appartient désormais à notre patrimoine amical.
Faire revenir deux blancs de poireaux, un oignon dans l’huile d’olive, ajouter 4 à 5 tomates pelées.
Ajouter 500 g de haricots en grains (cosse jaune), 500 g en habit rouge et blanc, 500 g de haricots verts plats coupés en morceaux. Ajouter bouquet garni, poivre, couvrir d’eau. Après trois quarts d’heure ajouter quatre courgettes, un pomme de terre, une gousse d’ail émincée, saler, cuire encore trois quarts d’heure. Ajouter des tiges de basilic attachées et deux poignées de pâtes au dernier moment.
Pour le pistou (l’autre nom du basilic) six gousses d’ail, quatre tomates pelées( pas indispensables finalement cela affadit la préparation à mon avis) et les feuilles d’un bouquet de basilic, à servir à part avec éventuellement du parmesan.
Voilà une bonne quantité, de quoi se resservir des morceaux d’été sortis du congélateur en des temps plus brumeux.

samedi 11 septembre 2010

« Renouveau »

Précédé par « Les états généraux «, le mot figurait sur les bannières derrière les tribunes du forum de Libé en juin. A Alpexpo, de grands intellectuels : Morin, Viveret…, des politiques respectables : Rocard, Filoche…, des think tanks ayant pignon sur l’opinion : Terra Nova, fondation J. Jaurès…, des associations prestigieuses : Emmaüs, Ni pute ni soumise… s’entretenaient à proximité du quartier de la Villeneuve … à portée de fusil.
Le mot « fracture sociale » s’est inventé dans les colloques, la réalité insiste chaque jour.
Deux mondes : « Les maux de l’incompréhension ».
Quand sur fond de finitude écologique, d’aggravation des inégalités, la dictature de l’émotion s’incruste, comment respirer, espérer ?
Les thèmes évoqués à Grenoble furent ceux de la campagne de notre compagne du Poitou Charente disparue des écrans : la démocratie participative, la fraternité, les collectivités territoriales, avec un tantinet de « care » puisqu’il fut question de bienveillance, de courtoisie.
Des bons mots : « le socialisme à visage urbain », « les étrangers qui ont quitté un pays de soleil pour un pays de lumière » nous conviennent, mais avec un président qui n’est même plus le garant de la constitution avec ses sbires au dessus des lois, ça n’arrange pas l’espérance démocratique; même si la dénonciation est bien un versant de l’énonciation.
L’innocence est perdue, le progrès vécu comme une menace. Et dans les cellules solitaires, la vulnérabilité psychologique galope avec l’économique.
« La renaissance » était venue après une ère religieuse, hiérarchisée, révérente des pouvoirs, elle nous a ouvert à la perspective. Nous ne sommes pas en ces temps. Le monde est tellement complexe que même la souveraineté populaire est mise en question car bien des suffrages portent sur les apparences. Et l’urgence est brouillée avec les processus démocratiques.
J’ai trouvé juste la sentence :
« Avec la mondialisation, les riches des pays pauvres deviennent plus riches et les pauvres des pays riches deviennent plus pauvres ».
Mais pour habiller une conclusion, ce proverbe zoulou pourrait bien dire une volonté désespérée de persister :
« Si tu avances, t’es mort,
Si tu marches, t’es mort,
Si tu t’arrêtes, t’es mort,
Alors avance !»


Ci-dessous cliquez sur la chronique de François Morel d'hier, toujours excellent.

vendredi 10 septembre 2010

La violente espérance de Stéphane Hessel.

Agnès B. est à l’origine avec Boltanski de l’initiative de la publication de 100 000 exemplaires d’un huit pages d’un format ambitieux, investi par un artiste, ici Pascal Lemaître, diffusé à raison de six à huit numéros par an dans ses boutiques mais aussi dans des musées, des librairies …
Ce cinquantième numéro est consacré au diplomate Stéphane Hessel, qui est le fils de celle qui inspira le livre de Henri Pierre Roché « Jules et Jim », il fut le rédacteur de la déclaration universelle des droits de l’homme et reste un infatigable propagandiste de la cause humaniste un penseur toujours fécond, militant mais tellement libre.
Quelques articles de la déclaration sont rappelés sous le dessin d’un mur immense qui emprisonne le peuple palestinien :
« Toute personne a le droit de circuler librement et de choisir sa résidence à l’intérieur d’un état »
Apollinaire est souvent cité, c’est que le résistant de toujours est un fin connaisseur et se nourrit des poètes :
« Nous voulons explorer la bonté contrée énorme où tout se tait »

jeudi 9 septembre 2010

Gasiorowski au carré d’art à Nîmes.

Je n’avais jamais entendu parler de ce peintre, ainsi j‘ai eu le plaisir d’une découverte d’autant plus que le titre de l’exposition « recommencer, commencer de nouveau la peinture » avait tout pour appâter, dans ces temps où il est banal de constater la quasi disparition de la pratique du pinceau dans les propositions d’art contemporain. Le parcours de l’exposition qui lui est consacrée n’est pas jonché de coquelicots, les paradoxes ne manquent pas, ni les provocations : en fin de visite, des galettes d’excréments (les tourtes) sont disposées, parait-il en hommage aux pommes de Cézanne, avec des peintures issues d’un jus de la même matière. Cependant, la variété des approches, l’intensité de sa verve qualifiant de croûtes ses propres toiles, des cartes postales repeintes, des maquettes inondées de peinture pour déclarer la guerre à la peinture, des productions d’une fausse académie, ses identités variables, témoignent aussi de son amour de cet art comme de celui de la photographie. Passé du pop art avec de belles toiles en noir et blanc à la marque ténue d’un vol d’oiseau sur une feuille blanche, sur ses toiles gigantesques la peinture danse, la réalité se déchire. Régressions, répétitions, hommage à la terre des paysans avec humour et recherche de régénération. Il a désiré s’inscrire dans l’histoire qui va de Lascaux à Degas et cet accrochage qui retrace l’œuvre d’une vie abrégée en 86, nous intéresse.

mercredi 8 septembre 2010

New York J1. Sur un tapis roulant.

Le comptoir d’Iberia à Genève n’ouvre qu’à 9h 30, nous sommes quasiment les premiers à accéder au guichet. Heureusement, car la charmante jeune fille qui vérifie nos papiers découvre des erreurs dans nos formulaires ESTA (genre est ce qu’on a l’intention de commettre un attentat ?), remplis auparavant sur internet. Il nous faut les refaire d’urgence dans un café internet, après avoir changé quelques euros en francs suisses. Nous avions auparavant dû nous acquitter de 30€ pour la vignette des autoroutes suisses, alors qu’à plusieurs reprises sur la courte portion de la frontière à l’aéroport, on ne m’avait rien demandé. Munis de formulaires adéquats, nous retrouvons le guichet d’embarquement et nous avons juste le temps de piétiner devant les contrôles de sécurité, de traverser le long couloir interminable bordé de gates d’embarquement. Les trois heures prévues pour l’enregistrement ont été comblées avec une activité que nous n’avions pas envisagée.
Premier vol Genève-Madrid de 1h 40, nous nous dispensons du service de restauration facultatif et plutôt cher. Nous sortons dans un magnifique aéroport à la toiture originale, colorée différemment selon les secteurs. Comme nous possédons déjà la carte d’embarquement du vol pour N.Y., il nous suffit de suivre les indications pour aller vers la porte prévue à 25 minutes de là. Nous circulons à travers des magasins nombreux et chicos, descendons par des escalators et finissons par un métro sans pilote qui nous transporte à destination. Il fallait effectivement tout ce temps. Embarquement sans histoire à 16h 20 pour un décollage à l’heure : 17h.
Nous atterrissons à 23h40, heure de Madrid, 18h 40 heure de New York. Jamais nous n’avons effectué des formalités de douane aussi vite : répartis face aux bureaux vitrés, nous nous présentons à un guichet normalement pour résidents, « Citizen US ». Nous collons nos mains sur une machine à la lumière verdâtre, et nous voilà sur le nouveau continent. Le douanier fait l’effort de s’exprimer en français. Nous récupérons immédiatement nos bagages sur le tapis roulant. Pas de problème pour se rendre à la station de taxis bien indiquée à la sortie de l’aéroport loin d’être clinquant, contrastant avec la modernité de celui de Madrid. La ligne bien rangée des grandes voitures jaunes typiques attend tranquillement que des employés dirigent le client, après avoir demandé le nombre de personnes et nous avoir munis d’un papier informatif (notamment sur les tarifs. Pour nous, ce ne sera pas un chauffeur édenté à casquette mais un Sikh enturbanné et barbu. Il parcourt la ville en téléphonant, avec de accélérations brusques (boîte automatique) tandis qu’à l’arrière nous pouvons suivre l’itinéraire sur un petit écran. Nous remarquons les terrains de sport grillagés et nos premiers immeubles avec les escaliers de secours en façade. Ce n’est pas l’opulence. Notre chauffeur nous dépose dans Dean Street à Brooklyn pour la somme de 29 dollars. C’est un quartier noir et sa rangée de maisons à deux étages rappelle Londres. On parvient à chaque logement par un portillon donnant sur une cour minuscule et un escalier accédant à la première porte d’entrée. Nous montons les marches de la maison jusqu’à la première porte, tapons le code indiqué par les amis qui nous ont précédé, passons la deuxième porte, retapons le code, face à la troisième porte nous réitérons l’opération et nous nous trouvons dans la chambre de ceux qui nous ont préparé ce voyage, tout surpris de nous voir débarquer si tôt. Nous sommes arrivés ici, comme sur des roulettes, eux sont enchantés.
On se croirait dans une maison mitoyenne des années 20/30, avec beaucoup de bois; à côté une cuisine, une petite salle de bains complète le logement. Nous papotons en attendant le logeur qui doit nous livrer la chambre. Il arrive vers 20h 30 et nous guide un peu plus loin à l’adresse de son cabinet dentaire. Notre appartement coquet et cossu est décoré dans le style années 20, avec lustres, table hexagonale à tiroirs, paravent presque chinois, miroir et motifs floraux sur les vitraux. Nous réglons la chambre pour les deux jours plus une caution (400 dollars) et nous sommes contents de nous coucher : il n’est pas loin de quatre heures en France.

mardi 7 septembre 2010

Citations de groupe dans un gite en Savoie.

Sur un set de table personnalisé : « entendu à la Chiserette et nulle part ailleurs » à Champagny-le-haut(Savoie).
Mots d’enfants :
« Quand il bruine c’est de l’eau en poudre. »
« Le cimetière, c’est là où les morts vivent. »
« Pourquoi en montagne, il fait froid alors qu’on est plus près du soleil ? »
« Les vaches de Léon ont été bien traitées ce soir. »
« Un caillou qui bouge, c’est une marmotte. »
« Le nuage, c’est la maison des gouttes d’eau »

Les grands :
« La paresse est un vice couché. »
« Bienheureux les fêlés car ils laissent passer la lumière. »
« Quand il est trop tard pour partir tôt, rien ne sert de s’acharner. »
« La montagne, valeur refuge. »
« Une erreur peut être vraie ou fausse selon que celui qui la commise s’est trompé ou pas. »
« Heureux ceux qui ne savent rien d’eux-mêmes car ils n’ont pas fini de s’amuser. »
« On doit appeler un chat un chat sauf si c’est un chien. »
« On a pris de l’avance sur notre retard ! »
« Vos paroles vous habillent et vous mettent à nu. »
« L’infini, ce n’est pas une adresse, c’est là où nous sommes. »

lundi 6 septembre 2010

Un poison violent. Katell Quillévéré.

C’est l’amour. De la petite fille pour le grand père, du grand père pour « l’endroit d’où il vient », de la mère Lio pour son confesseur, du prêtre pour Dieu et l’une de ses créatures, et de la fille à la mère et réciproquement, avec le manque du père. Un traitement léger et juste lors d’un repas de famille, des émois adolescents, des remords à tous âges. Les grands mots de la religion passent au dessus de têtes contemporaines surtout quand l’évêque rapporte les paroles de saint Paul fustigeant la chair qui éloigne de l’esprit. Les corps se dénudent tout en allégresse et l’esprit aussi souffle chez cette jeunesse qui s’ouvre à la vie, avec le vieux Galabru qui n’est pas en reste.

dimanche 5 septembre 2010

Avignon 2010, le off.

Quoi de neuf ? Hugo.
La boutade est usée pourtant c’est bien le propriétaire d’une concession au Panthéon qui dit :
« Apprendre à lire, c'est allumer du feu ; toute syllabe épelée étincelle. Ces pieds nus, ces bras nus, ces haillons, ces ignorances, ces abjections, ces ténèbres, peuvent être employés à la conquête de l'idéal. »

Extrait du tract distribué pendant un spectacle intitulé Les Misérables avec lequel nous pouvons prendre une goulée d’air pour survivre aux discours d’un vint unième asthmatique.
Parmi les dix sept pièces vues sur les mille programmées dans le off d’Avignon, cette cuvée est peu politique, sans regretter toutefois l’absence d’allusion à Bouge-bouge : ça repose.
D’autres auteurs du patrimoine auraient pu permettre de réviser nos bases : ceux qui nous présentaient La Fontaine jouaient dans une bien petite cour. La nuit des rois manquait de profondeur derrière l’énergie des acteurs, pourtant Shakespeare est encore parmi les plus joués.
Ce sont d’autres auteurs qui ont écrit pour le théâtre qui ont emporté nos suffrages. Horowitz en tête, avec une araignée qui vous prend dans ses filets : Le baiser de la veuve. Roger Martin Du Gard et ses inventions langagières avec La gonfle, Maupassant qui dépasse le théâtre de boulevard pour présenter la liberté de la femme dans La paix des ménages. Melville avec Pennac qui lit Bartelby, c’est de l’élémentaire, du bon. L’humour en musique passe bien avec Carrington et Brown, Anne Bacquet. La commedia dell’ Arte nous rafraichit : Arlequin, valet de deux maîtres.
Les retrouvailles avec les compagnies que nous avions tellement aimées avaient un goût de légère déception tant avec Hercub’ : Lonely planet, que les épis noirs dans Fatrasie. Malgré la musique et un décor original Primo Lévy vaut mieux en livre. Je n’aborderai jamais les œuvres complètes de Platon même si la fantaisie qui porte son nom en titre, restera un souvenir agréable. Quant au pauvre Cervantès, la faiblesse de Mais qui est donc Quichotte ? le laisserait indifférent, au mieux.
Quelques jours à passer d’un auteur à l’autre, apprécier des comédiens dont la qualité la plus évidente est l’énergie, ont fait mesurer aussi le temps qui passe. Même l’humour de Francis Blanche a pris un léger voile, et l’évocation de la dernière nuit de Che Guevara ne rallume pas d’étoile : l’espérance passa. Le condor est un rapace.

samedi 4 septembre 2010

Villeneuve, vieux débat.

D’autres y ont usé leur langue, alors j’éviterai de faire le malin, en alignant quelques mots sur un sujet qui met à mal l’icône de Grenoble : ville des salles blanches au pied des pistes immaculées. Mais l’image inversée d’une cité envahie par la pègre et l’insécurité est tout aussi fabriquée.
A lire bien des articles insuffisants parus cet été, je ne me sens pas moins légitime que d’autres pour m’exprimer.
Je m’insurge contre l’idée que ce quartier de l’Arlequin soit un quartier abandonné. Ce qui rend encore plus insupportables les dégradations dont il a pu être victime depuis longtemps. Des moyens ont été mis pour édifier un lieu agréable, et si la volonté politique s’est heurtée à la nature humaine peu apte à se comporter d’une façon citoyenne, ce n’est vraiment pas faute d’intentions bonnes. Les coursives devaient être des lieux de convivialité, elles sont devenues des couloirs angoissants.
C’est bien parce qu’un quartier ne peut être assimilé à ses arsouilles, voire bandits, qu’il convient de ne pas se taire sur le scandale des saccages et de l’omerta.
Je suis navré de la complaisance dont font preuve ceux qui absolvent les malfrats.
A l’opposé de la révolte, ceux-ci sont à l’âge de pierre du capitalisme : tout pour le fric ! Sous les projecteurs et les vacarmes d’hélicoptère, qui ramasse l’argent des tickets du spectacle ?
Et si je suis d’accord avec le tract appelant à la manif de ce samedi qui parle du chef de l’état :« il ne lutte en rien contre la délinquance, qui est répréhensible pour tout individu sans distinction de nationalité ou d’origine : il met délibérément en cause les principes qui fondent l’égalité républicaine, alors que déjà une crise sociale et économique d’une extrême gravité menace la cohésion de la société tout entière. » L’impuissance publique fait du bruit, brasse l’air avec ses pales. Cela ne doit pas nous empêcher de prendre un peu de recul, de ne pas nous laisser enfermer dans des postures symétriques aux superficiels carapaçonnés d’en face.
Est-ce qu’un regard rétrospectif concernant la pédagogie dans des lieux expérimentaux, jadis recouverts sous des tonnes de paroles, peut être utile ?
Le pédagogue de Bégaudeau dans « Entre les murs » est amené à une réaction regrettable parce qu’à tellement disparaître face aux jeunes, en voulant leur plaire, il n’avait pas mis de barrière assez tôt. La mort d’un jeune fracassé dans sa toute puissance pourrait nous amener à reconsidérer nos égarements éducatifs. Quand était considéré comme réactionnaire l’instit' qui apprenait à ses petits à reboucher les feutres, nous ne pouvons cautionner tant d’imbécillité ; l’ambroisie des années non directives, qui innervait les écoles du quartier, a viré au vinaigre. Elle compte quarante ans d’âge et mesure l’amenuisement de l’influence des pédagogues.
Nous ne pouvons pester contre le bougisme de Sarkofeux sans porter un regard sur la durée. Retrouver « les gardiens de la paix » prendra du temps ; celui qu’on hésite à qualifier de président tant il a salopé tout ce qu’il touche, à commencer par la constitution, la notion de travail, de réforme, Môquet… mais je m’excite inutilement sur cette cible trop facile qui après avoir sucé quelques mots à connotation écolo, a choisi maintenant de tirer sur « les voleurs de poules ». Les sédentaires contre les nomades : « ça ne nous rajeunit pas ! » diraient les Pierrafeux. Et mon réflexe, à moi, c’est de m’opposer d’instinct à ceux qui attaquent les plus faibles et je trouve minable la chasse aux roms, la stigmatisation des gens du voyage qui n’ont pas assez de places décentes pour faire étape. Diversion et stratagème nauséabond contre des « boucs émissaires » et loi sur les terrains d’accueil non respectée.
Aujourd’hui quand se construit un commissariat, les riverains ont peur ! Oui, c’est le couplet « police de proximité », réponse aussi évidente que l’abandon du bouclier fiscal. Mais une politique qui toucherait à la moelle des comportements nécessite encore plus de patience, d’ambition : moralisation de l’exercice des mandats publics (Woerth à la retraite !), fin des rémunérations indécentes des PDG, refonte de l’imposition. C’est de l’institutionnel, quant au respect de papa, maman, du professeur : c’est de la morale. Prudence! Mais l’affaiblissement de l’éducation nationale ne se compte pas seulement en poste,la désintégration des valeurs républicaines la mine. Monoparentale s’accole à famille et ce ne sont pas les ambianceurs et autres médiateurs qui vont résoudre ces faillites. Où sont les pères ? Pourtant nous ne pouvons laisser aux religions, le poste de gardien des valeurs. Le XXI° siècle est bien entamé ; les déclarations dites sécuritaires de Grenoble ne seront qu’une péripétie oubliable si le discours de Latran s’inverse :
" Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur remplacera le curé, le pasteur, l’iman et le prescripteur publicitaire »
« De la crise actuelle du socialisme européen, il y a plusieurs causes, mais l’une d’entre elles est la perte du sens moral, historique, culturel pour ses politiques. Non qu’il ne soit pas présent dans les engagements et les motivations militants. Mais il n’est plus suffisamment explicite. Or, pour créer (recréer ?) des liens de solidarité, il faut clairement exposer ce qui doit être le « bien commun ». C’est une condition pour restaurer la vérité, la bienveillance, la réciprocité entre les femmes et les hommes. » Bergounioux dans la Revue Socialiste

vendredi 3 septembre 2010

XXI, été 2010.

A force d’afficher mon enthousiasme pour cette revue trimestrielle en vente en librairie, voilà que mes amis m’ont abonné. Alors je n’ai pas fini d’en dire du bien parce que je crois que j’en deviens inconditionnel. Ce numéro dont le dossier principal est consacré à Israël, sujet pourtant déjà abondamment documenté, aborde les problèmes d’une façon originale sans crier au scoop, loin de l’anecdotique : une version tout à fait inédite consacrée à un trafic de drogue organisé par l’état hébreu en direction de l’Egypte dans les années 70 qui se retourne présentement contre eux, la vie d’un colon, et celle d’un gynécologue palestinien militant de la paix malgré ses trois filles tuées en juin 2009 dans la bande de Gaza.
Et toujours de beaux portraits pour aller contre les malheurs du monde : un psychiatre pour fous dangereux dans les Pyrénées, un prof haïtien de retour dans son île, le diplomate insoumis Stéphane Essel amateur de poésie au destin extraordinaire. Le récit en BD est cette fois consacré aux enfants soldats au Congo, bien loin de Tintin. Dans un style tout à fait représentatif de l’esprit de cette publication : rigueur, regard sans concession, exhaustivité jusque dans les conditions de recueil des récits où les échos d’un match à la télévision nous font partager l’authenticité du contexte. Les békés sont atypiques comme ces allemands descendants d’un village fondé par la sœur de Nietzsche au Paraguay, ces roms dans nos banlieues, dont le sort est évoqué depuis plusieurs numéros bien avant que l’actualité qui jette ne les mette sous les projecteurs, ou cette communauté néo hippie en Sibérie, et cette juge qui instruit un procès de la dioxine à Albertville faisant son travail est-elle si exceptionnelle ?

jeudi 2 septembre 2010

Rencontres photographiques. Arles 2010.

Pas d’émotion majeure cette année, hormis Giacommelli qui a beaucoup travaillé le noir et le blanc, le gris apparaissant dans des œuvres plus récentes et plus abstraites. Un témoignage fort par ses sujets, par exemple dans des maisons de retraite, mais aussi graphiquement avec des séminaristes en soutane noires qui jouent dans la neige sous le titre « ll n’y a pas de main pour me toucher le visage ».
Enfant il accompagnait à l’hospice sa mère blanchisseuse, il reviendra pour une série de photographies présentées avec cette phrase ultime de Pavese « la mort viendra et aura tes yeux ».
Peter Klasen le peintre hyper réaliste des arrières de camion est aussi un photographe des univers industriels.
Un voyage en transsibérien n’entretient aucune légende romantique, par contre les photos de Téhéran sont inattendues et Marco Lopez est un vigoureux coloriste argentin dont le pays a été privilégié avec Mori qui apporte aussi une façon originale de proposer des portraits.
J’ai fait l’impasse sur des photos de rockers et passé rapidement dans des salles où des peoples boivent du champagne, les retours sur l’histoire de la photo ne m’ont pas retenu non plus, alors que les collections de Marin Karmitz qui vont au-delà des photographies avec Annette Messager ou Boltanski valent par la diversité des auteurs.
Les paysages comparés de la Savoie au temps des gravures et maintenant avec les pointillés sur les routes sont intéressants comme les cents photos de personnes âgées de un à cent ans : la photo c’est du temps en tranche, sur nos tronches.
Avec le titre du cru 2010 : « Du lourd et du piquant », des mots d’aujourd’hui sont repris, mais est ce parce que cette vigueur n’était pas évidente que l’accroche avait tout de l’illusion publicitaire ? C’était mieux avant, avec plus de politique, de passion, d’inventions, de dérangement…
Il y avait un verrier qui exposait des miroirs au Capitol : il invitait les visiteurs qui se promènent tous avec un appareil dans cette ville forcément photogénique, à envoyer une photo. Pour une fois que ce n’était pas interdit.
« La photographie est une machine docile qui fabrique du souvenir,
le miroir lui est indomptable, il fabrique de l’oubli »

mercredi 1 septembre 2010

Une histoire populaire de l’empire américain.

Un des libraires du Square avait indiqué sur un petit carton que cette bande dessinée de 280 pages valait le coût. 22€ plus tard : c’est ben vrai.
Howard Zinn, un historien engagé, disparu récemment, qui a rédigé une célèbre histoire populaire des Etats-Unis, est mis en vignettes tout au long d’une conférence contre la guerre en Irak commençant par le massacre de Wounded Knee et se terminant aux tours jumelles. Ce puissant balayage de l’histoire met en lumière la constance des manipulations de l’opinion pour justifier les atteintes les plus grossières à l’indépendance des pays : de Cuba à l’Irak en passant par les Philippines, l’Iran, le Nicaragua, le Viet Nam… et à l’intérieur de leur propre pays pour écraser la classe ouvrière ou les minorités indiennes ou noires.
En parcourant cette période depuis la condition atroce des noirs aggravée par la bêtise la plus déchaînée, l’élection d’Obama apparaît comme miraculeuse, mais l’inculture persistante dans la première puissance de la planète fait toujours craindre le pire. Des anecdotes éclairantes, des aperçus de destins romanesques comme celui de Sandino, ou amusantes, voisinent avec des notations d’autant plus convaincantes qu’elles sont souvent nuancées : « quel enfant qui est aimé sait qu’il est pauvre ? » Une histoire pour les nuls, d’un pays si proche qu’on ne sait pas le voir, où l’oncle Sam tombe le masque.

mardi 31 août 2010

Mots d'enfants.

Titouan est le principal pourvoyeur de cette série:
- Quand je serai grand je serai un papa"
- Combien auras-tu d'enfants?
- Quatre.
- Comment les appelleras-tu?
- Venez, c'est l'heure de manger!

Un jour Titouan joue avec de l'herbe.
- Je veux faire du lait.
- Avec de l'herbe?
- Ben oui, la vache elle mange de l'herbe pour faire son lait.

A zoorama de Chizé, il a vu des espèces européennes dont la fouine.
- Elle couinait
- Qu'est-ce qu'elle disait?
- J'ai pas compris, c'était de l'anglais.

Titouan buvait du pétillant sans alcool.
- Qu'est-ce qu'on arrose?
- Nos ventres.

Explication pour son premier feu d’artifice :
- Les fusées montent et quand elles touchent le ciel, elles explosent.
Lilou, sa petite sœur à 2 ans arrose son petit carré dans le jardin, et dit:
- Regarde, i poussent bien cailloux!
Une autre fois :
- Maman, va tomber la lune en volant!

samedi 21 août 2010

Jean Yves Roguet

L’église de Le Pin était trop petite pour accueillir ceux qui sont venus à l’enterrement de Jean Yves, nommé encore par ceux qui lui ont rendu hommage, avec son surnom des jours de soleil de sa jeunesse. Son courage, celui de sa compagne ont été dits, comme les doutes qui assaillent les croyants lorsque la souffrance et l’injustice les mettent sempiternellement à l’épreuve. J’étais à ce rendez-vous après en avoir manqué bien d’autres depuis nos enthousiasmes adolescents. J’ai retrouvé des désormais lyonnais, aperçu des écoliers d’alors et des gardiens de buts grands-pères.
Jean Yves était resté au village et il était allé courir aux quatre coins du monde : des 100 km à Rio, la « diagonale des fous » à La Réunion et des 42,195 km à New York, Berlin… Nous avons appris. Il n’était pourtant jamais loin de cette cour de la laiterie que ses cousines ont évoquée où se jouaient des musiques et des élans de vie qui se cherchaient. J’ai revu Ritou qui m’a raconté comment le père Oscar Roguet était devenu président du foot, pour que ceux qui allaient à la messe et ceux qui n’y allaient pas, jouent ensemble. Nous avons participé à cette histoire et nous étions ce vendredi d'été dans l’église, il n’y avait pas de prêtre. « Le grand » était conseiller municipal, Jean Paul le maire, venu aussi de cette génération « maison pour tous », l’a bien raconté. L’élastique du temps nous a fait bavarder, et nos photos se peuplent de disparus.

jeudi 29 juillet 2010

Henri Renou Lyat

Henri est mort, il a résisté au cancer pendant des années.
En cette fin juillet à Bourg, nous étions nombreux à accompagner sa famille et ses amis.
Je suis fier de l’avoir connu autour des ronéos à la Bourse du Travail, derrière des piles d’enveloppes à adresser pour faire partager nos convictions. Le syndicalisme CFDT chez les enseignants ne se réduisait pas à la défense d’une corporation, mais se devait d’associer les parents au service des enfants. La vie ne se séparait pas de la classe, le laboratoire d’idées se nourrissait de réalisations concrètes.
Artisan en pédagogie ; à sa retraite, il a milité chez Artisans du Monde.
Avant les bonifications financières, il avait choisi de s’installer à l’école du Grand Chatelet à l’Abbaye, avec Suzanne son épouse, où il s’occupa en particulier des enfants gitans.
Plus tard il travailla dans les lieux d’accueil de nuit des habitants de la rue.
Producteur de BT (bibliothèque du travail); il y a peu, il reliait des livres.
« Cybèle, qui les aime, augmente ses verdures,
Fait couler le rocher et fleurir le désert
Devant ces voyageurs, pour lesquels est ouvert
L’empire familier des ténèbres futures. »

Baudelaire (Les bohémiens)

mercredi 23 juin 2010

Bonnes vacances

Je suis arrivé au bout de notre journal de voyage au Viet Nam, mis en ligne chaque mercredi après des écrits concernant mes années d’école.
Le lundi, la matière vient à manquer, en cette saison, pour parler de cinéma.
Pour alimenter la rubrique BD du mardi et celle du vendredi sur les livres, il faut que je retrouve du temps pour lire et courir les expos pour le jeudi et les spectacles pour les dimanches blogger.
Alors je fais une pause, pourtant en ce qui concerne la politique du samedi, la matière est surabondante, parce que comme disait Nicolas :"Désormais quand il y a une grève en France on ne la remarque plus".
Je m’étais promis de ne pas ajouter mes bavardages sur lébleus, ou alors juste un petit mot pour retenir les paroles d’Emmanuel Petit le célèbre philosophe: « c’est la fin d’un héritage » qui vaut mieux que celles de Finki qui décidément quand il parle de foot se fourvoie.
Avant de suspendre la mise à jour de ce blog pendant deux mois, la trace d’une énigme, que je n’arrive pas à résoudre.
Aux débats du forum de Libération, j’ai croisé quelques camarades dans les couloirs d’Alpexpo entre deux ateliers sur la fraternité, la démocratie locale. Je persiste à être atterré par la distance des paroles aux actes : quand nous militants de la gauche dispersée, applaudissons à la nécessaire bienveillance alors que se ressassent près de chez nous les blessures du passé, nous remplissons des carnets avec des beaux mots de ces états généraux qui s’intitulaient du « renouveau » pour lesquels nous prenons bien mal notre part, ici et maintenant.
Les mots de Destot listant les atouts de la France : « démographie favorable, forte capacité individuelle d’innovation, attractivité des villes françaises… » ne diminuent pas mon pessimisme. Le maire de Grenoble a parlé aussi « du chômage, de la précarisation, de la mise en cause récurrente du système éducatif, du malaises de la jeunesse, de la ségrégation territoriale, de l’abstention grandissante… » de quoi nous élargir le regard... et alors ?
Le papier que Domenech a lu parlait de valeurs ! Le papier était froissé, l’humiliation va bien au-delà de Raymond. Quand même le temps de matchs qui auraient pu nous alléger, l’illusion de vivre ensemble se fracasse, il ne nous reste qu’à constater que nous appartenons à un pays qui ne s’aime plus.
Sans leader c’est la tyrannie du n’importe quoi, revenir aux fondamentaux de chez basique : « l’union fait la force ».
J’avais dit juste un mot.
Je reprends les publications sur ce blog en septembre

mardi 22 juin 2010

Mon bel amour.

Bel ouvrage de Frédéric Poincelet qui n’est pas vraiment un dessinateur à la ligne claire avec des personnages cernés d’un trait aux personnalités lisses et tranchées. Ses dessins à la plume saisissent plutôt les pilosités de ses protagonistes, sans les flatter, sans les caricaturer, sans les maquiller. Il rend les vibrations de la vie, l’entre deux des relations hommes/femmes, d’un bord de mer à un canapé, par portables interposés, silences prolongés, ou bavardages entre copines.
Un moment de tendresse quand une conversation arrive depuis l’étage du dessous par la fenêtre ouverte. L’écriture des dialogues minimalistes tracés d’une plume également légère s’inscrit dans des taches blanches sur fond beige. Chacune des seize scénettes est précédée d’une phrase de Gide : « Il entre dans toutes les actions humaines, plus de hasard que de décision. » « On sent si bien quand un objet se détache de vous, veut vous quitter comme un enfant qu’on ne tient plus en main, qui s’émancipe, Un instant d’inattention et le tour est joué. »
Ces tranches de vie se laissent entrevoir dans une forme originale où la bande dessinée apporte de la nouveauté au récit éternel des histoires d’amour et de solitude.

lundi 21 juin 2010

Année bissextile. Michael Rowe

La solitude d’une femme à Mexico, malgré les moyens de communication modernes qui deviendront les instruments de ses mensonge et de son enfermement dans la folie.
Parmi les hommes qui lui passent dessus, elle choisira celui qui sera l’instrument de son suicide.
Les scènes burlesques de coucherie tournent au malaise quand la violence s’aggrave jusqu’à la transgression ultime, à moins qu’une issue bienheureuse à l’américaine, qui nous insupporte d’habitude, vienne désamorcer une montée insoutenable de la tension.
Des scènes sado- maso insupportables. Quand la demande de quelques mots est aussi une demande de reconnaissance, des bribes de tendresse venant après les sévices ne peuvent qu’ouvrir les portes les plus mortifères.

dimanche 20 juin 2010

Impressing the Czar

Il n’y a pas eu que le tzar à être impressionné par le premier tableau du ballet des Flandres reprenant une création de Forsythe datant de 1988 et qui a gardé sa force d’étonnement. Pour user fréquemment de l’ironie, voire en abuser, j’ai pourtant été désarçonné par la dérision en beaux costumes avec danseurs virtuoses. J’ai eu le même étonnement que lorsque je vois un tableau impressionniste dans son cadre empesé et daté, et pourtant il n’en parait que plus moderne. J’avais beau trouver salutaire que cette esthétique Figaro madame soit bousculée, et apprécier le rythme endiablé, les saynètes hachées, inachevées étaient trop hétéroclites : les nombreuses flèches rataient leur cible. Ce n’est qu’au deuxième tableau que je retrouvais mes marques avec une danse contemporaine, classique, magnifiquement exécutée. Un plaisir intense confirmé par un final époustouflant où l’humour à ce moment là me convenait mieux avec un dynamisme constant qui a emporté un public finalement conquis.

samedi 19 juin 2010

Conformes.

A en juger par la fatigue de mes anciens collègues instits, l’état de santé de l’éducation nationale me semble au plus bas devant les tableaux interactifs.
La fermeture massive des postes, conjuguée au tourbillon incessant des annonces cathodiques, minent les soutiers. Brushing Chapel et paperasse vous lassent!
Mais ce qui me semble encore plus grave, c’est la mise à bas de toute une culture qui était celle des enseignants où les personnalités comptaient. Les valeurs sont inversées sous l’enfumage médiatique, le mensonge devient la norme. Les créateurs sont sur le banc.
La droite avait effectué le rapt du mot liberté quand s’est imposé le terme école « libre » pour désigner l’école privée. Les libéraux affaiblissent l’état, et par ailleurs d‘une main de fer, ils mettent au pas l’éducation nationale en la transformant en service aux consommateurs, en usine à conformisme.
L’autoritarisme le plus implacable sous les mots cool and fun.
Voir la grotesque épreuve intitulée « Agir en fonctionnaire de l’état et de façon éthique » introduite au CAPES et à l’agrég’.
Combien de vocations sont nées en rencontrant des profs ou des instits qui « y croyaient », qui justement n’avaient pas l’obéissance comme vertu cardinale. Il y avait du respect, des couleurs, de la vie.
Bien loin le temps où, sûr de son autorité, De Gaulle refusait de bâillonner Sartre ; aujourd’hui Sarko et sa bande aux ordres s’imposent jusque dans les divertissements, et ses laquais zélés, recteurs, inspecteurs, font régner l’ordre bling, bling :
une, deux ! Zéro.
Une pétition est en ligne pour exiger le retrait de l’épreuve
« agir en fonctionnaire de l’état et de façon éthique et responsable »
en tapant sur votre moteur de recherche : contrôle moral pour aller sur le site :
http://www.petitiononline.com/mod_perl/petition-sign.cgi?azby1111

vendredi 18 juin 2010

La scène. Maryline Desbiolles

J’avais acheté ce livre pour consoler une ancienne élève élevée à la mathématique moderne et qui en conservait un souvenir d’ennui, mais elle est restée rétive à la poésie que l’auteure niçoise apporte aux réunions, intersections, jusqu’à l’infini. Elle n’a pas aimé ces bavardages, moi j’ai adoré ces vagabondages autour des tables avec ce qu’elles cachent, ce qu’elles révèlent : les souvenirs, les échappées autour de la Cène et des tableaux. Dans la lignée de la savoureuse « Seiche », un roman précédent. La photographie est aussi un bon déclencheur d’écriture et le contenu des assiettes a encore de l’importance. Les saveurs, les intentions quand on prépare, et la mort qui rôde. J’étais bien tourné pour apprécier ces digressions où se mêlent l’anodin et des rêveries sublimes, le doux parfum des souvenirs perdus et la recherche d’une écriture intense qui forcément tâtonne et m’a séduit.
« …nous rions en nous même, avons-nous une tête à nous asseoir à table ?et nous avons passé l’âge de nous rouler dessous, nous marchons sur la grande table du monde, nous renversons les assiettes et foulons sa nappe… »

jeudi 17 juin 2010

Les héroïnes de l’ancien testament en peinture.

Les vies dignes de romans photos des femmes de l’ancien testament vont convenir parfaitement aux peintres au service de la religion et Catherine de Buson dans sa conférence va savoir bien nous conter ces aventures passionnantes.
Eve, la mère de tous, et aussi la première pécheresse, ouvre la voie à d’autres femmes aux destinées pittoresques. Masaccio a fixé son image dans nos mémoires pour longtemps.
Sarah, la princesse, eut son fils à 90 ans et forma ménage avec Agar sa servante autour d’Abraham lui-même.
Rebecca, elle épousera ce fils. Si elle aussi eut des soucis de stérilité, ses deux jumeaux Jacob et Esaü commencèrent à se battre dans son ventre: « Et l'Éternel lui dit: deux nations sont dans ton ventre, et deux peuples se sépareront au sortir de tes entrailles; un de ces peuples sera plus fort que l'autre, et le plus grand sera assujetti au plus petit. »
Jacob, lui, tomba amoureux de Rachel et travailla sept ans chez son beau père espéré pour obtenir la main de la belle. Mais au bout de ce délai, celui-ci lui mit dans son lit Léa, la soeur. Il dut travailler sept années supplémentaires pour marier Rachel. Polygamie, et vie mouvementée. Rachel enfin féconde mourra en couche.
Judith, munie dans des versions récentes d’une scie sauteuse vaudra quelques flots d’hémoglobine sur les toiles quand elle décapite Holopherne plus vraisemblablement à l’épée.
Bethsabée, elle, aura un enfant dès sa première rencontre (biblique) avec le roi David qui enverra le mari de la belle se « faire casser la pipe » : il était général. Rembrandt entre autres peignit sa belle croupe dévêtue puisque c’est au bain que celle là séduisit le roi.
Son fils Salomon connut la reine de Saba représentée drapée jusqu’au cou sur un retable séduisant, sur un autre registre qu’un péplum tourné avec Gina Lollobrigida.

mercredi 16 juin 2010

Hamburger hill

Depuis Verdun, les collines à conquérir se payent de sang dans la boue aux ordres d’un commandement assassin. L’hommage aux troufions américains incompris qui se sont fait hacher menu en cette fin de la guerre du Viet Nam manque de nouveauté, même si le titre illustre à la lettre l’humour comme politesse du désespoir. Les personnages sont pourtant intéressants et la dimension raciale abordée dans ce film de John Irvin est nouvelle, de même que les échos qui arrivent de l’arrière hostiles à cette guerre perdue; les scènes d’actions sont efficaces, mais les ennemis invisibles, le film est vain.

mardi 15 juin 2010

Les indégivrables : c’est stable !

Oui, je ne me lasse pas de me régaler chaque jour des dessins de Xavier Gorce et sur ce présent blog, il s‘agit d’une récidive puisque en août 2008 j’en causais déjà.
Il tient un blog en lien ici dans la colonne de droite.
De l’humour sur fond de banquise qui fond où un candidat chez les manchots intrigue son monde : « votez pour moi : je ne promets rien ! Pas plus d’argent, pas plus d’amour, pas plus d’espoir ! Faudra continuer à bosser pour trois fois rien ! ». Quelqu’un se demande alors : « Heu…qui réclamait plus de « parler vrai ». C’est toujours excellent. Et on peut toujours acquérir un recueil de ses doses d’humour en vente dans toutes les bonnes librairies.

lundi 14 juin 2010

Carnets de voyage

Le film du brésilien Walter Selles (Central do Brasil) qui retrace le long voyage d’Ernesto Guevara et son ami Alberto Granado à travers l’Amérique latine, avait une bonne critique dans le Figaro en 2004 : « un film humaniste, simple et généreux ». Ils n’ont plus peur. Je craignais quant à moi de mesurer cruellement le temps entre mon maquillage barbudos qui m’a tenu des années jusqu’à mon clavier trop tempéré, je viens juste de l’apprécier en DVD. Une belle promenade en motocyclette, avec des dialogues couillus ; le récit d’une prise de conscience. Qui ne serait pas resté auprès de la belle promise en son vert cottage au lieu d’aller toucher la main des lépreux andins ? Le rugbyman asthmatique, le futur médecin, piètre danseur forge sa volonté qui l’amènera à croire aux armes pour venir à bout de situations intolérables. Les peuples d’Amérique latine ont vaincu les dictatures; il n’y a pas que des désillusions dans ce siècle.

dimanche 13 juin 2010

Saucisse de Morteau - gingembre

Tous les jeudis je me régale dans Libé des articles de Jacky Durand, dans la rubrique intitulée les « Foodingues » avec des recettes enrobées dans un style appétissant. Il revigore les plats du terroir sans manières. J’ai essayé cette rencontre du Haut Doubs avec l’Asie.
Sortir la cocote pour mijotages et faire revenir dans l’huile d’olive du gingembre, de l’ail, une saucisse de Morteau déjà cuite coupée en tranches, puis après « avoir humé le parfum capiteux plus sournois qu’un tapage nocturne pour sortir les braves gens de leur lit », ajouter une boîte de pulpe de tomates, un bouquet garni, sel, poivre, piment. Laisser mijoter avant d’ajouter une boîte de haricots rouges, et laisser cuire encore cinq minutes. A servir avec du riz.
C’est une version du rougail saucisse réunionnais, simple et parfumé.
............................... Domenech.........................
Vous vous êtes là. La chanson du dimanche

samedi 12 juin 2010

Dense, dense.

- Le train, c’est bien, mais pas de ligne près de mon village.
- Ces déchets font tache dans le paysage mais pas de déchèterie par ici.
- Il faut limiter les déplacements, mais pas de logements près de mon chez moi.

Je m’étais habitué à Timide qui n’osait pas trop prononcer le mot « logement social » qui a pourtant racine commune avec socialiste.
Voilà que les Verts de chez nous empruntent les mêmes voies hypocrites en rappelant d’un côté les grands principes : « il faut augmenter la densité de l’habitat » le long de la voie du tram et « limiter l’étalement urbain », mais ils montent dans la remorque de ceux qui veulent que rien ne change.
Ainsi pour la défense des parcs et jardins, Atchoum et Dormeur s’acoquinent à Joyeux, d’une majorité qui soutient les évolutions nécessaires comme la corde, le pendu : quand ceux ci parlent d’identité, les seules constructions qui s’élèvent sont des murettes.
Les prospectives sont laissées à Prof et ses chères études de cabinets d’urbanisme ; c’est qu’il y a de l’électeur Simplet à flatter.
Quant à Grincheux qui apprécierait un peu de courage et de cohérence, il verrait bien deux belles tours d’habitation, DD(développement durable), autosuffisantes énergétiquement, à l’architecture audacieuse, pour accueillir ceux qui arrivent par l’entrée Nord de l’agglomération, ça aurait de la gueule, non ?
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Petite blague :
« Un bon macho voit passer une superbe nana.
- Je me la ferais bien !
- Non, mon chéri, dis plutôt que tu te la ferais volontiers, rectifie sa femme. »

vendredi 11 juin 2010

Seul le silence. RJ Ellory

Saisissant l’opportunité d’une déclaration admirative dans les travées de la librairie du Square, je m’emparais de ce livre pour le lire dans l’avion qui nous a emmenés à New York. Je n’avais pas remarqué la mention thriller sur la couverture et je me laissais séduire par le style : « C’était logique que les oreillers soient remplis de plumes d’anges. C’était de là que venaient les rêves. » La description de la vie d’un enfant en Géorgie dans l’Amérique des marais, me plaisait ; et puis je me suis lassé, peut être à partir du moment où Brooklyn figure dans le décor et j’ai fini plus tard les 600 pages par devoir. Les cadavres démembrés de 32 fillettes commençaient à peser et la culpabilité du narrateur écrivant des romans dans le roman devenait lourde. J’avais failli aimer un polar, et même si l’écriture est séduisante, je préfère que pour l’intensité les romans ne comportent pas forcément autant de fillettes découpées. Le lecteur érudit qui alimente le site « Autre monde » à portée de clic sur la droite de ce blog m’avait peut être influencé dans ce désenchantement, mais cela m’avait amusé que l’on tombe sur le même livre en même temps, et j’avais remarqué aussi après coup que ce que je prenais pour de l’efficacité des auteurs américains venait d’un anglais. Mais c’est bien bon d’être leurré parfois. « Lorsqu’il parlait, il s’exprimait sur un ton bourru ; il avait un penchant pour les mots à coucher dehors : inclination, intrinsèque, astreignant. Chaque phrase était mûrement réfléchie, soupesée et évaluée, comme s’il jouait au poker avec une mise à mille dollars »

jeudi 10 juin 2010

L’arte povera.

Une tribu plutôt qu’un mouvement, née dans les années 60: des plasticiens italiens utilisent des matériaux tels que toile de jute, terre, chiffons, des éléments naturels pour contester la société de consommation. Cependant l’usage de tubes de néon déroge à ce qui pouvait apparaître comme une caractérisation. Des citations de l’art classique ajoutent à la poésie exigeante de ces œuvres où les exégètes révèlent des références à la pensée franciscaine. De vrais chevaux dans une galerie amenés par Kounellis, les tas de vêtements avec statue de Vénus de Pistolletto, les spirales, les huttes de Merz sont caractéristiques de cette attitude dans l’art contemporain où Penone avec une éponge posée sur un rail confronte la nature à la culture et amène dans d’autres installations le temps comme élément de réflexion.

mercredi 9 juin 2010

Bi, dang so. (Sois fort). Phon Dang Di

Un spectateur de ce deuxième film Vietnamien présent à Cannes après « L’odeur de la papaye verte » parlait à la fois de la pudeur et de l’impudeur de cette production qui va fouiller sous les lits, avec des protagonistes qui s’enferment dans leurs secrets, leurs solitudes. Pourquoi le fils refuse de voir son père revenu vivre ses derniers jours dans la maison de la belle fille qui va se consacrer à lui ? La tante échappe au célibat mais les perspectives de vie heureuse ne sont pas évidentes. L’enfant, pourrait apporter un peu de fantaisie dans cet univers moite, mais le jeu du jeune acteur, un peu cabotin,amoindrit ce regard. Le sexe est triste ou violent, et le thème de la glace constitue un « truc » narratif qui appelle forcément la boutade : le spectateur reste de glace, même quand il est fait un usage inédit d’un glaçon. On ne s’ennuie pas mais aucune trace sympathique ne subsiste malgré la beauté des femmes; je m’en veux de ne pas sortir du préjugé de l’impassibilité des hommes de là bas.

mardi 8 juin 2010

Lovecraft

Cet écrivain américain est une référence pour les amateurs de littérature fantastique où l’horreur fait partie des sensations recherchées. Mon humour est vraiment limité sur ce terrain, puisque les effrois du réel me suffisent, je m’obstine à rester à l’écart des mystères des ténèbres. Et le politiquement correct, qui est trop souvent vu comme péjoratif alors qu’il est une barrière humaniste, me conduit ici à ne pas aller plus en avant avec quelqu’un qui fut un raciste halluciné.
« Les ongles fétides du cadavre lacérèrent les chairs jusqu’à ce que la douleur horrible de quelque blessure lui brûlait les mollets »( j’aurais plus volontiers écrit « lui brûle », en gothique).
Ils se sont mis à trois : Rodiounoff, Giffen et Breccia pour rendre compte de la vie de souffrances d’un Lovecraft dévoré par son œuvre qui ne connaît pas de répits, ne serait ce que l’espace d’une planche de bande dessinée.
Malgré mes réticences, j’ai trouvé le récit habile, le traitement des fantasmes intéressant, de même que l’ambigüité entre le réel et les visions effrayantes. Même si les chats maigres aux yeux exorbités, et les chèvres noires aux entrailles tentaculaires me séduisent bien peu, ces artistes nous laissent quelques cicatrices.

lundi 7 juin 2010

Les secrets. Raja Amiri

Trois femmes squattent une maison abandonnée quoique belle où le fils de l’ancienne propriétaire revenu dans ses murs avec une jeune fille moderne ne s’aperçoit pas de l’existence de ces oubliées. Indifférence et différences de classe, avec par-dessus le marché, un secret de famille bien lourd dont la révélation va tourner au massacre. La problématique de la recherche de la féminité est marquée par des chaussures à talons, du rouge à lèvres : schématique. La folie est la seule issue au bout d’une succession d’invraisemblances qui rend ce film pesant. L’affiche était bien jolie avec des airs de laitière de Vermeer en pays méditerranéen et le sujet des femmes au Maghreb est certes crucial, mais ce traitement sous forme de fable ne me semble pas faire avancer la cause des opprimées.

dimanche 6 juin 2010

Clarika

Je viens de découvrir grâce à la chanson épatante « Les garçons dans les vestiaires » une chanteuse que je croyais toute jeunette, avec sa voix de chippie, mais elle en est à son quatrième album et c’est un régal, tout en regrettant que sa notoriété ne soit pas à la hauteur de son originalité et de sa verve.
Ainsi ces paroles de « bien mérité » qui renouvelle le thème de
« né quelque part » :
« Et tant pis pour ta gueule si t'es né sous les bombes,
bah ouais, tu l'as bien mérité.
T'avais qu'à tomber du bon côté de la mappemonde,
bah ouais, tu l'as bien mérité.
Si la terre est aride y'a qu'à trouver d'la flotte,
bah ouais.
Un peu de nerf mon gars pour la remplir ta hotte,
bah ouais.
On prend pas un bateau si on sait pas nager,
bah non »

Elle chante en duo avec Lavilliers et ça lui donne un bon coup de jeune au Nanar:
« On se dévore des yeux
Sous la lune sanguine
Et on s'croit plus malin
Et on n'a peur de rien »

C’est vraiment bien, drôle, enlevé, sans concession. Léger et attachant.
La poésie du quotidien, mais c’est pas le tout, « il faut qu’on se quitte », la mère et l’enfant.
« Allez va, allez dégage, allez tire-toi, tire-toi et cours
Plus tu grandiras, plus tu prieras pour qu'à mon tour
Je te lâche enfin la main et tout le reste pour qu'un beau jour
C'est ta vie, va
Aller viens-là que je t'enlève ton blouson
C'était comment aujourd'hui et ta leçon?
La maîtresse m'a dit qu'elle t'a mis un A
Pour la peine ce soir open bar Nutella »

« Et rien de tel qu’une petite chanson » pour dire l’absurde sur une musique qui assure.
Elle voudrait « danser comme Shakira sur des textes de Barbara » et elle a des petites pas mal qui prennent la suite : Olivia Ruiz, Anaïs, Jeanne Cherhal…

samedi 5 juin 2010

Caméras ou vigiles ?

De réunions en réunions, quand nous avons fini de discuter sur l’engagement citoyen ou les difficultés des MJC, nous nous donnons des nouvelles. Et le décompte des voitures brulées a tendance à revenir régulièrement dans ces conversations, mais nous nous gardons de tenir des réunions sur la question.
Nous serions contraints à choisir entre caméras et vigiles et n’entendons plus ceux qui replacent ces problèmes de violence quand « la haine de soi se décharge sur les autres » dans une évolution néfaste de la société.
Jean Pierre Le Goff dans Marianne : « La précarité socio économique et l’effondrement de la cellule familiale produisent des effets puissants de destruction anthropologique qui rendent possibles ces actes de violence non maîtrisés. »
« Le travail… permet la confrontation avec les limites du possible et il est une condition essentielle de l’estime de soi par le fait de se sentir utile à la collectivité et de pouvoir être autonome en gagnant sa vie ». Famille et travail.
Cette approche qui désigne l’opposition entre répression et prévention comme un faux débat, souhaiterait la reconstruction problématique d’un éthos commun même si cela ne se décrète pas et en appelle à une réflexion de fond sur les causes de ces phénomènes de violence loin des excuses angélistes où tout était affaire de conditions économiques et sociales.
A regarder les évolutions de la MJC, nous ne sommes pas loin du sujet quand nous regrettons la séparation de l’animation enfance, de celle des jeunes, « les débordements de violence étaient maintes fois jugulés par la collectivité imprégnée d’une morale commune». On pourrait penser que lorsque tu as connu le « rouilleur » quand il venait à la poterie, il y aurait des chances qu’il ne manque pas du RESPECT à celui qui s’occupe aujourd’hui de son petit frère. Ce n’est pas gagné : des petits garçons élevés au Maurice Carème roulent aujourd’hui des pelles à des pitbulls.
« On a dressé la table ronde
Sous la fraicheur du cerisier
Le miel fait des tartines blondes
Un peu de ciel pleut dans le thé.
On oublie de chasser les guêpes
Tant on a le cœur généreux… »

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"Quand Nicolas Sarkozy nous donne des leçons de maîtrise budgétaire, c'est un peu M. Madoff qui administre quelques cours de comptabilité" Martine Aubry.
Le dessin est du canard Enchaîné:

vendredi 4 juin 2010

Destins ordinaires

Sous titré : « identité singulière et mémoire partagée », je pensais voir s’articuler en ces quelques pages l’individuel et le collectif. Interrogation centrale pour mieux comprendre ce qui entrainerait vers mieux de « vivre ensemble » au pays où la compétition individuelle gagne les parts de marché. Jouer, un bref moment, à l’étudiant qui feuillette une publication des presses de Sciences Po. Mais le sabir de la sociologie qui court toujours après la reconnaissance comme science, m’a fait m’attacher aux récits plutôt qu’aux réflexions méthodologiques: « l’injonction de réalisation de soi et de l’impératif de réflexivité qui caractérisent les sociétés contemporaines - n’ont qu’une faible « conscience discursive » … »
Les photos de couverture d’un village et celle d’une barre d’immeuble me parlent de cette autoroute qui nous emmena de l’enfance aux odeurs de forge à la ville et son ciné.
Les deux témoignages d’une femme vivant à la cité des 4000 depuis 30 ans et celle d’une famille aux ancêtres forgerons dans la campagne picarde me concernent jusque dans leur appartenance à une tradition de gauche fière d’elle-même. Les uns aux parcours différenciés vont entretenir avec la mémoire familiale des rapports tout aussi divers. Et l’autre qui regrette la perte des valeurs éducatives voit l’un de ses fils vendeur dans un sex shop et l’autre militaire homosexuel habitant Berlin; de quoi éviter les schémas courus d'avance.

jeudi 3 juin 2010

Lorsque l’art fait scandale avec des images religieuses.

Eliane Burnet conférencière familière des amis du musée commençait sur du velours avec un graffiti romain représentant un âne en croix, jusqu’à une femme bien en chair placée sur la croix de Félicien Rops qui tente Saint Antoine, ou le christ avec un masque à gaz de Görtz. Le Caravage et sa vierge Marie aux pieds sales ou « la sortie de bains » de Michel Ange au plafond de la Sixtine ne choquent plus grand monde, pas plus que Masaccio avec ses chassés du Paradis parce qu’ils montraient leur douleur trop humaine et pas seulement le sexe d’Adam qui disparut sous les feuillages, un temps.
L’art contemporain secoue plus, en principe, mais il a fallu que la sculpture du pape bousculé par un météorite de Maurizio Cattelan arrive en Pologne pour susciter quelque émoi, et le christ - encore lui - crucifié sur un Bombardier de l’Argentin Ferrari, aurait pu être lu comme la souffrance renouvelée du seigneur qui saigne à chaque malheur du monde et pas forcément comme la dénonciation de la collusion de l’église avec les maîtres des orages U.S. Et aujourd’hui quand monseigneur Di Falco fait entrer un christ sur une chaise électrique, il électrise peut être quelques bigotes, mais il ne fait qu’entériner le glissement des églises vers une fonction patrimoniale, muséale.
Si les cochons tatoués de Wim Delvoye ont fait parler d’eux grâce aux défenseurs des animaux et aussi avec quelques intégristes à cause d’images religieuses sur couenne, il y a eu moins de battage quand un homme Tim Steiner a été tatoué par le même artiste. Il devra être présenté trois fois par an afin de permettre à l’acquéreur de l’exposer. Après sa mort, le tatouage sera détaché de son corps. Sur Internet il paraît qu’on peut acquérir un rein par exemple, un ventre à louer… Ce n’est plus du velours, c’est du lourd. L’esclavage a été aboli dans les textes, pas la misère absolue.

mercredi 2 juin 2010

Indochine

En 1992, au moment de sa sortie, ce film de Régis Wargnier ne m’avait pas semblé majeur ; en le revoyant après notre voyage au Viet Nam, je me suis aperçu qu’il avait accroché à notre mémoire quelques images : la baie d’Along terrestre et maritime, le palais impérial de Hué, les hévéas au « sang blanc », plus quelques archétypes qui participent au charme des voyages jusque dans leurs ambigüités. Confort de la colonisation auquel sied bien une lucidité désabusée lors des bals à l’ambassade, dans les fumeries d’opium, à la terrasse du café de Paris, sous les paumes des masseurs, chaleur et lents ventilateurs. Catherine Deneuve est au sommet de son art avec ce qu’il faut de ride naissante sous les yeux pour nous émouvoir et Jean Yanne est vraiment taillé pour la coloniale, Dominique Blanc en « môme caoutchouc », inattendue. Ce genre de film avec destins individuels sur fond de fresque politique, est finalement assez rare en France. En allant revoir sur Internet ce que fut le bagne de Paulo Condor évoqué dans ce film, on révise aussi les horreurs de ces années et la formidable énergie qu’il fallut à ce pays pour se libérer