jeudi 29 avril 2010

Botticelli.

Le parcours même de Sandro Di Filipepi dit « Botticelli » suit les progrès et les régressions de la renaissance. J’étais resté à la surface des ses grandes œuvres :« Le printemps », « La naissance de Vénus » tellement connus qu’on ne les voit plus, sans connaître les autres.
« La naissance de Vénus » reproduit tellement les formes du baptême du Christ que le scandale était prévisible, même s’il s’agit de la reproduction d’une statue toute en pudeur qui appartenait aux Médicis. Si le florentin est surtout un graphiste, les cheveux de Vénus représentent le feu parmi les quatre éléments du célèbre tableau et « Le printemps » est un calendrier à lui tout seul qui se lit de la droite vers la gauche et se veut une synthèse entre le christianisme et le platonicisme avec ses valeurs antiques qui feraient accéder au Bien par le Beau. Ces valeurs nouvelles allaient bien à la nouvelle classe émergente : les bourgeois. Mais Savonarole, qui finira dans les flammes, fit amener, auparavant, des colifichets, des tableaux au bûcher des vanités. Et ce sont des enfants en brigade qui font régner un moment l’ordre moral avec les foules promptes à se punir. Les manières nouvelles de Botticelli oublieront la joliesse des nus, il peindra une délaissée derrière une porte, une crucifixion très noire et repentante, de même que « la calomnie » représente une Vérité sans éclat, supplantée par une femme vêtue de bure noire. Le soleil s’éteint, les visages se cachent.

mercredi 28 avril 2010

J 30. Angkor : « Des racines et des pierres »

Deuxième jour dans Angkor, sous le signe du soleil.
Après avoir passé les guichets de l’entrée principale, nous révisons les monuments d’hier en les longeant et continuons la route vers le Preah Khan : l’épée sacrée en khmer.
Il s’agit d’un monastère, une université où enseignaient 1000 professeurs. Pour nourrir tout le monde, 15 tonnes de riz étaient récoltées par jour. Encore aujourd’hui Sothy, notre guide, nous apprend qu’un cambodgien mange un kilo de riz par jour, surtout ceux qui travaillent aux champs (En 2000, la consommation annuelle de riz a été de 163 kilogrammes par habitant. La consommation moyenne en Asie du Sud a été de 78 kilogrammes). Ce temple très fréquenté doit son succès aux racines des arbres majestueux et monumentaux qui emprisonnent et écrasent les murs. Un curieux bâtiment de deux étages se distingue des autres à cause de ses piliers ronds « style gréco-romain ». Il nous semble que c’est dans une des salles de ce temple qu’on aperçoit des trous régulièrement espacés : ils recevaient les torches, les bougies, et des diamants qui réfléchissaient la lumière. Au centre un stupa à la mémoire du père du roi appelait à tant de richesse.
La deuxième visite concerne Néak Pean= serpents enroulés. Le site est très différent des autres. Il comprend plusieurs bassins avec son temple central entouré de quatre autres bassins possédant une « chapelle » alimentée par les canalisations. Chaque édifice est caractérisée par une gargouille d’où s’échappait l’eau symbolisant les quatre éléments : une tête d’éléphant ( l’eau), une tête d’homme ( la terre) une tête de lion(le feu) et une tête de cheval (l’air). Il semblerait que l’on soignait les gens d'ici, une sorte d’hôpital avec un quelque chose de Lourdes. Dans le bassin central, des paysans coupent l’herbe à grands coups de machette pour la rassembler avant d’en faire des ballots. A l’entrée du site, un groupe de musiciens se produit en continu et tente de récolter quelque monnaie : ce sont des victimes des mines déposées dans le secteur par les khmers rouges.Bien que ce ne soit pas tout à fait l’heure, Sothy nous propose la pause méridienne, ce qui nous évitera l’attente au restaurant. Nous repartons plein d’énergie après un bon repas de beef soit aux champignons, soit à l’ananas, soit au gingembre. Nous visitons le temple Ta Prohm dont le site servit à Jean Jacques Annaud pour tourner le film « Les deux frères », histoire de deux tigres. On lui doit l’allée sablonneuse d’accès ; les racines de fromagers « comme autant de reptiles à travers les anfractuosités des édifices qu’elles bouleversent et soulèvent comme des fétus de paille » (Petit futé). On retrouve une salle dédiée cette fois à la mère du roi.
Après un bref transfert en Toyota climatisée, nous escaladons les redoutables marches de Ta Keo temple montagne inachevé dépourvu de bas relief, de culte hindouiste. Puis nos terminons la visite avec un ensemble Thommanon et Chau Say Tevoda reconstitué par l’école française d’Extrême Orient qui a remplacé les blocs disparus par des blocs ou des sculptures qui tranchent avec les pierres authentiques.
Nous commençons un peu à tout mélanger lorsque nous rentrons à l’hôtel. Nous avons juste le temps de profiter de la piscine avant l’orage. En fin d’après midi je retourne à mon échoppe internet favorite, m’accordant cette fois-ci une heure complète sans contrainte pour savoir comment l’OM s’est renforcé.
Nous assistons ensemble au dîner(buffet) spectacle au « Angkor Mondial » restaurant, pour 12$ chacun , nous festoyons en goûtant la grande variété des plats proposés avant d’admirer les danseuses khmers, reins cambrés et orteils s’agitant en tous sens, pouce relevé. Des clients se précipitent sur la scène à côté des artistes pour se faire photographier. Bonne soirée, on joue la flemme et un tuk tuk nous ramène à l’hôtel.

mardi 13 avril 2010

Construire un feu. BD.

D’après la nouvelle de Jack London, Chabouté, nous fait partager les derniers pas d’un homme qui n’arrivera pas à rejoindre ses compagnons dans les étendues du Klondike par des températures où les crachats se gèlent avant d’atteindre le sol. Epreuve physique ultime, et minimalisme métaphysique, dépouillé, beau, essentiel. Le chien qui l’accompagnait ira retrouver d’autres pourvoyeurs de feu, cet homme là a été vaincu par son orgueil et ses allumettes mouillées.
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Je reprendrai la publication de mes articles le mercredi 28 avril.

lundi 12 avril 2010

Alice au pays des merveilles

Charles Lutwidge Dodgson, le professeur de mathématiques qui de l’autre côté du miroir fut Lewis Caroll, termine son livre
« Elle était certaine que, dans les années à venir, Alice garderait son cœur d’enfant, si aimant et si simple, elle rassemblerait autour d’elle d’autres petits enfants… » Et c’est Tim Burton- qui mieux que lui ?- qui nous convie au pays des merveilles. Bien sûr, rien de mièvre dans ces contrées où le maître des nuées et des forêts mystérieuses nous précipite. Le retour d’une Alice plus âgée dans un pays qu’elle a oublié, comme nous, s’accorde bien avec une iconographie fidèle aux illustrations du XIX° siècle ravivées par les techniques modernes les plus spectaculaires. En effet, c’est Burton qui est le mieux placé encore, pour nous permettre de retrouver les délices premiers de l’attraction de foire qu’était le cinématographe, avec les lunettes pour une vision en trois D. Il faut baisser la tête, quand le chapelier projette son chapeau sur l’autre rive, et s’éviter de tousser quand la chenille vous envoie, dans les yeux, la fumée de son narguilé. Des personnages familiers, avec un bon dosage de trouvailles, rendent ce conte fluide alors qu’à l’origine celui-ci est complexe et peut décourager les enfants. Je n’avais perçu les charmes de ces aventures initiatiques, et encore pas tous, que devenu adulte en revisitant les phares de la littérature enfantine. Le chat de Chester est parfait.

dimanche 11 avril 2010

Oper Opis

Traduit du suisse allemand signifie « quelqu’un, quelque chose» et c’est vrai que les objets chaises, tables, planches, cales, miroirs, participent à l’affolement du monde de Zimmermann et de Perrot. Heureusement hommes et femmes ont quelques trappes pour s’échapper. Les glissements semblent burlesques au premier abord puis la tension grandit avec la musique originale. Le plateau penche sans arrêt, d’un côté puis de l’autre, les performances des équilibristes n’en seront que plus méritoires. Les séquences sont réglées au millimètre, c’est qu’il faut beaucoup de précision pour mimer le désordre. Les couples de tous les formats arrivent à s’échapper avec légèreté à cette frénésie, un instant. Leurs silhouettes rappellent Bosch pour les acrobates difformes, Crumb pour la beauté callipyge d’une danseuse, Keaton aussi, mais cet univers précaire, bancal, en déséquilibre constant est tout à fait insolite et le public de la MC2 en redemande.

samedi 10 avril 2010

La prospérité du vice.

Le qualificatif mis entre parenthèses dans le sous titre du livre de Daniel Cohen : « introduction (inquiète) à l’économie » a rassuré le piètre consommateur d’informations économiques que je suis. Je ne saurai avoir le recul nécessaire pour apprécier si l’histoire que Fukuyama estimait arrêtée, s’est remise en marche, ou pour nier le choc de civilisations de Huntington. Mais le livre de l’économiste, tant vanté, est accessible et met en perspective nos informations touffues. Le balayage de l’histoire du monde est magistral et pédagogique mais le regard est sombre : le commerce, n’est pas « doux », et l'éducation n’apporte par forcément « la raison ». Nous passons d’un monde infini où la croissance s’alimentait d’elle-même à un monde clos par la réalité écologique. Nous sommes sortis des temps simples : « celui qui fabrique des biens , le prolétaire, qui ne dispose que de ses mains pour assurer son salaire n’est plus une source de plus value ; il est un coût qu’on cherche à externaliser » . Et si ma mémoire s’accroche mieux aux formules poétiques dont j’ai découvert que Marx en était l’auteur : « dans les eaux glacées du calcul égoïste », on pourrait souhaiter que les approches du grand barbu ne soient pas gommées de nos programmes. L’introduction, par le professeur de l'école normale supérieure, des faiblesses humaines éclaire les mécanismes. La mondialisation n’est pas venue d’une autre planète, c’est bien la réorganisation du capitalisme qui l’a précédée. Il n’y a pas qu’en Inde que les plus jeunes passent des passions politiques à des plans de carrières dans le domaine économique. Dans ces moments où l’expansion est faible, les biens à consommer se raréfient, le collectif devient trop coûteux alors ce sont les valeurs de l’individu qui sont vantées. Bien des réflexions relèvent du simple bon sens mais valent d’être rappelées : « les français sont incomparablement plus riches en 1975 qu’en 1945, mais ils ne sont pas plus heureux. » Nous sommes heureux en regard de la comparaison avec nos voisins. « Etre heureux, c'est gagner dix dollars de plus que son beau-frère ».
Dans un entretien, celui qui avait appelé à voter à gauche à la dernière présidentielle dit : « Le paradoxe du monde actuel est qu'on vit simultanément une percée dans ce nouveau monde virtuel, qui est la conséquence logique de l'enrichissement : tout devient de plus en plus simple à produire si bien qu'il ne reste plus à produire que de l'esprit pur, et dans le même temps on est rattrapé par le mal des origines. La donnée fondamentale du XXIe siècle, pour moi, c'est trois niveaux de risque majeurs. Un, celui de la répétition de nos violences par les pays émergents. Deux, le retour aux origines malthusiennes du monde, la terre devenant trop étroite ce qui entraînerait un effondrement comme on en a connu dans l'histoire. Trois, la schizophrénie. Une partie de l'humanité migre vers un cybermonde où il n'y a ni rareté, ni violence. Est-ce que les nouvelles générations qui naissent dans ce cybermonde vont être dans l'oubli du monde réel, ou au contraire vont être capables de construire un lien entre le virtuel et les ours polaires (comme symboles de la dégradation du climat) ? »

vendredi 9 avril 2010

La pension Eva.

Je remercie mon pourvoyeur en livres policiers, dont je ne partageais pas l’enthousiasme envers le célèbre romancier sicilien Camillleri, pour ce livre délicieux comme un bonbon.
L’idole des lettres italiennes s’est offert selon ses dires « des vacances narratives » avec cette histoire d’un bordel dans les années 40. Ce microcosme donne lieu à des portraits hauts en couleurs, à des histoires pittoresques vivement contées, mais la partie la plus convaincante, pour moi, est l’éveil à la vie d’un garçon avant ses dix huit ans. Faut il atteindre ses quatre vingt ans pour décrire avec efficacité, tendresse sans jamais être scabreux la découverte de la sensualité avant la première communion ?
« Après quoi tout changea, le jeu devint presque une lutte désespérée. Ils s’embrassaient, se baisaient avec rage en se mordant au sang, se caressaient, se griffaient, se léchaient, tantôt entortillés l’un à l’autre très étroitement comme deux serpents, tantôt glissant comme des poissons, la peau comme savonnée de sueur. »

jeudi 8 avril 2010

Le jardin lettré en Chine.

Dans la forêt des symboles qui peuplent l’empire du milieu, la conférencière Yolaine Escande a été bien utile pour se frayer un chemin en particulier dans « le jardin du fonctionnaire maladroit » entre le lotus qui représente la pureté et la grue qui accompagne les immortels. Ceux-ci pourront se réfugier dans une grotte de la montagne ou dans une des trois îles qui émergera de l’eau. Ce microcosme où se rencontrent, à tous coups, la montagne (Yang ) et l’eau (Yin), qui peut tenir dans un pot, sur un balcon, est à l’image de l’univers. Au pays où il y a quinze mots pour écrire paysage dont un pour « celui où arrive la lumière après la pluie », la tradition des jardins remonte à une époque très lointaine. Le paysage pictural, bien plus présent que chez nous où dominent les portraits de la figure humaine, se distingue des jardins où les fleurs sont là avant tout pour témoigner du temps qui passe, des saisons. Le jardin est un lieu de retraite et celui de la pratique des arts : musique, calligraphie, poésie, peinture. Il ne comporte pas de belvédère qui donnerait une vue d’ensemble ; pour faire connaissance, il faut emprunter des sentiers sinueux où l’imaginaire fréquente la sagesse.
Tao Qian un fonctionnaire lettré dans les années 300 a démissionné pour revenir dans son enclos personnel et mourir de faim.
« Jeune, je ne m’adaptais pas au vulgaire, de nature j’aimais collines et monts,
Par erreur, tombé dans les filets du monde, sont partis treize ans de ma vie,
L’oiseau captif regrette son ancienne forêt, le poisson du bassin, sa source passée.
J’ai défriché, au sud, des champs incultes.
Pour préserver ma simplicité, je suis revenu à la campagne. […]
Chez moi, aucun tumulte du monde de poussière, les pièces vides laissent du loisir,
Longtemps enfermé en cage, j’ai enfin pu revenir à ma nature »

mercredi 7 avril 2010

J 29 : Angkor

Nous prenons le petit déjeuner dans le restaurant de style colonial du premier étage en découvrant que le nom de l’hôtel: « Les mystères d’Angkor », est issu d’un film français joué par Lino Ventura et Micheline Presle.
Guide et chauffeur nous prennent en charge à 8h. Nous nous dirigeons vers les vestiges d’un royaume disparu vers 1400 dont les réalisations des années 1100 figurent aujourd’hui parmi les merveilles du monde.
Sur le site il faut d’abord se faire tirer le portrait et en l’espace de quelques minutes nos pass d’entrée nous sont remis. Nous commençons la visite par l’antique capitale Angkor Thom (Angkor=capitale. Des singes peu farouches sont en liberté vers l’entrée. Nous nous munissons de bouteilles d’eau et commençons la visite côté sud par un pont dont une balustrade représente une succession de démons en rond de bosse opposée à une succession de dieux sur l’autre balustrade, bagarre pour « le barattage de la mer primordiale ». Da Sothi, notre guide francophone nous fait remarquer la présence de deux trous percés dans chaque pierre qui permettaient leur transport.
« Qui a construit Angkor ? Les éléphants. »
De même, il attire notre attention sur les deux statues lions qui encadrent souvent les entrées, alors que les lions n’ont jamais peuplé le Cambodge. Par contre ils vivaient en Inde, berceau de la religion et de l’art hindouistes. Il ne reste rien de la ville de 1 000 000 d’habitants, seuls les temples et certains monuments construits en pierre ont traversé les siècles jusqu’à nos jours malgré les vicissitudes de l’histoire et les pilleurs. Un réseau hydraulique témoigne de la sophistication de cette civilisation khmère dont l’effondrement reste inexpliqué. La Cité, était une représentation du ciel avec au centre, le temple, symbolisant le mont Méru. Autour des douves et des lacs ou baray représentant la mer. Dans le Bayon, le grand temple montagne, les visages impassibles de Bouddha tournés aux quatre points cardinaux se dégagent de 54 tours représentant 54 provinces. Le guide attire notre attention sur les bas reliefs relatant la vie quotidienne, mais aussi de leurs conquêtes guerrières, contre le Siam (la Thaïlande), le Champa (le Vietnam), avec éléphants et mercenaires chinois. Un vraie BD qui décodée ne manque pas d’humour par exemple la tortue qui mord les fesses de l’homme à la palanche. Et partout des représentations des apsaras, ces danseuses célestes qui rendaient fous ceux qui se refusaient à elles. Nous poursuivons nos découvertes par le Baphom en restauration et consolidation dont nous pouvons cependant admirer des scènes du Mahabarata et la légende de Krishna, ainsi que la silhouette érodée et trouée de bouddha couché qui s’étire au dos du bâtiment.
Puis c’est le tour de Phimeanakas, édifice où le roi montait seul coucher avec la reine serpent avant de consommer 85 femmes « humaines ». La montée est raide, les marches inégales et cassées, mais la vue récompense les efforts.
Nous continuons vers la terrasse des éléphants construite aussi par Jayavarman VII qui surplombait le mail où défilaient les éléphants avec leur cornac, les militaires. Un éléphant tricéphale arrache des lotus et des herbes de ses trois trompes.
Il reste encore la terrasse du roi lépreux qui doit son nom à quelques doigts perdus. Nous remarquons aussi la disposition en trois niveaux des bas reliefs : scènes du quotidien en bas, le présent au centre, et le paradis en haut. Nous nous sentons fiers d’être français quand on constate le travail colossal de l’école d’Extrême Orient dans ces lieux grandioses
Da Sothi propose la pause repas dans un restaurant immense sur le site. Au bout d’une heure nous reprenons la visite et découvrons Angkor Vat « la ville temple » dédiée à Vishnou. Nous franchissons les douves, puis « la voie sacrée » dallée d’immenses blocs de pierre pourvue de balustrades en forme de naja. Nous visitons pratiquement seuls le spot touristique incontournable: apsaras, galerie de bas reliefs représentant le roi sous ses parapluies, le sanctuaire en forme de tour se retrouvent dans cet autre temple montagne. Notre guide nous montre des impacts de balles et les bouddhas décapités par les khmers rouges qui avaient gardé cependant la silhouette des temples sur leur drapeau. Les têtes vendues en Thaïlande rapportaient l’argent nécessaire aux armes. Les sites ont du être déminés sérieusement avant les restaurations et l’ouverture au public. Certaines pierres ont été endommagées par un usage abusif d’acide lors des restaurations. Dans les temps anciens le temple peint d’une couche noire, puis d’une couche rouge était recouvert de feuilles d’or et on peut apercevoir des bas reliefs inachevés, dessins juste ébauchés sur la pierre encore lisse. Nous prenons le chemin du retour, dans la voiture fraîche, laissant les lieux aux groupes quittant les restaurants.
Il n’est que 16h, ce qui nous laisse le temps de profiter de l’hôtel : lessive, sieste, baignade : un peu de vacances !
Vers 17h nous sortons vers le centre ville, il est facile de changer nos euros en dollars dans une petite officine en bord de rivière. Nous retournons au magasin, bar internet d’hier où la patronne nous offre le thé. Puis nous cherchons un restaurant indiqué par « Le petit futé » en vain. Nos pas nous conduisent dans un établissement plus ou moins japonais Moloppo à l’ambiance tamisée, avec musique de jazz, bon amok et rapport qualité prix intéressant. Nous avons sommeil.

mardi 6 avril 2010

Jazz club. BD

Alexandre Clerisse a un graphisme et des couleurs tout à fait adaptés à son sujet : le jazz.
Très proche dans le style, propre et distancié, de Voutch, l’ auteur de « Tout s’arrange même mal » ou « Le futur ne recule jamais ».
Rythmé, élégant, très années 60, rassurant pour mieux partir sur des improvisations loufoques. De Los Angeles, à une retraite dans le sud de la France, sur fond de crise de l’inspiration pour un joueur de saxo soprano et la grande tempête de l’hiver 2000 avec cette échéance qui alluma quelques illuminés. Le temps passe, et un air de blues l’accompagne.

lundi 5 avril 2010

Precious

Dans cette œuvre de Lee Daniels, à voir, il faut s’accrocher, tant ce film est noir. Dans les années 80, à New York, un des phares de l’humanité, le fond de l’inhumanité : une jeune fille encore enceinte de son père - son premier enfant s’appelle Mongo, puisqu’il est mongolien - va dans un collège alternatif pour apprendre à lire. Sa vie n’est qu’une suite d’horreurs. Elle la subit sous une très grosse couche de graisse avec une mère tellement odieuse. Ken Loach à côté c’est de la bluette rigolarde. Et c’est encore l’éducation qui va entretenir la possibilité d’un espoir. Celle qui s’appelle Precious rêve parfois, on la suit volontiers dans ses fantasmes de pacotille pour qu’elle détourne les yeux de toute cette merde. Quelque soit l’interprétation que l’on apporte à la fin, on sait qu’aux bouches de l’enfer, cette fille est précieuse avec ses petits.

dimanche 4 avril 2010

La passion selon Saint Jean

J’ai hérité d’un billet pour le concert unique ( pourquoi unique ?) donné par Marc Minkowski à la MC2 et j’ai apprécié d’être surpris et ému par une œuvre qui me semblait inaccessible. A l’heure où l’église catholique vit son calvaire, quand son peuple l’abandonne, c’est dans un lieu d’autres religiosités où le public se rend en rangs serrés pour passer au dessus des soucis du quotidien, pour approcher les mystères de nos vies, de la mort.
Il est des moments d’allégresse dans ces airs de Bach et la foule lyncheuse d’alors nous effraie et nous séduit. « Saint Jean, semblable à l'aigle, prend son vol au-dessus des nuages de la faiblesse humaine, et contemple d'un œil intrépide et assuré la lumière de l'immuable vérité. »
Au cœur des faiblesses humaines, des reniements, des trahisons, du mal, va naître une religion majeure. De cette vision d’une humanité chancelante, où la souffrance physique étanche sa soif au vinaigre, va naître l’espérance.
Le mariage des voix et des instruments a soulevé un public conquis, et l’on comprend que l’on ait pu dire que Bach était le cinquième évangéliste.
Je venais d’acheter « Siné hebdo » avant la fin de ses parutions, le journal satirique exploite cette semaine encore avec vigueur les scandales pédophiles dans l’église. Je suis triste, bien que laïcard avéré, de l’ampleur de ces scandales sordides qui assombrissent encore l’image des hommes. Je me réconforte à l’écoute de l’excellence des jeunes instrumentistes qui démentent bien des appréciations portant sur l’affaiblissement des exigences dans l’enseignement.

samedi 3 avril 2010

Saint Jean bouche d’or.

Depuis le temps lointain du PSU flamboyant, j’entends parler de rénovation en politique.
Le PSU est mort, pas la langue de bois.
La dissolution de « Réussir ensemble » (voir les articles des samedis précédents sur ce blog).
En mettant sur la place publique tous les éléments d’un débat y compris nos faiblesses, nos désaccords, j’ai le sentiment d’œuvrer pour un enrichissement de la politique.
« Ne pas prendre les gens pour des cons », c’est la moindre des choses.
Les non dits, les secrets font tellement de dégâts dans les familles ; entre adultes responsables la franchise est la condition de relations saines.
Je m’oppose à ceux qui confondent le porteur de mauvaises nouvelles avec les responsables des dysfonctionnements.
Il ne s’agit pas de cette transparence fallacieuse qui multiplie par exemple sur le net les grimaces, les « off » mal digérés des personnages publics.
C’est le contraire de cette superficialité. C’est faire coïncider les paroles et les actes.
Quand on prétend à des démarches démocratiques, il n’y a pas de citoyen de seconde zone.
Et pour s’excuser de prendre des positions qui paraîtraient tellement ringardes car conformes à une certaine morale, je dirai que cette démarche vise à l’efficacité et à la responsabilité.
"Les tilleuls, les lilas d'Espagne et les sureaux,
Sous l'averse chaude d'avril
S'épanouissent. Quand le soleil brillera-t-il?
Ah! quand chanteront les oiseaux?
L'herbe envahit le jardin tout entier,
Le chat s'endort dans le grenier,
J'entends grincer la pluie en haut du toit,
La girouette
Tourne sur elle trente-six fois,
Et puis s'arrête. "

Francis Carco

vendredi 2 avril 2010

Mariages et enterrement.

Daniel Bougnoux, dans le numéro 22 de la revue Médium de ce trimestre, a ficelé un article guilleret où il échangerait quatre mariages pour un enterrement car « la vie comme la culture sont l’ensemble des forces qui résistent à la mort ». Il va bien au-delà de la critique des hypocrisies qui peuvent accompagner les noces où se retrouve la cousine bréhaigne (dont le dictionnaire précise: « se dit des juments qui possèdent des canines et qui sont généralement infécondes »)
« La mort n’égalise pas seulement les conditions (que tant de mariages distinguent et hiérarchisent), elle ravive l’âme de la communauté dans son plus sûr ressort : face au désastre inéluctable, l’éminente valeur du soutien et du lien entre ceux qui restent »
La livraison de cette revue qui vise « à transmettre pour innover » est toujours aussi revigorante. L’article développé dans sa belle langue par Régis Debray concerne la bombe diasporique dans le domaine religieux : « il y aura demain moins de catholiques, mais ils seront plus cathos » et ses digressions sur Michaël Jackson valent le détour dans la rubrique « casse tête ». Des articles concernant Aragon ou Balzac nous éclairent plus sur notre société présente que bien des brèves sur BHL. Et toujours ce retour indispensable aux définitions, aux racines : la distinction entre objet technique et technologique, entre balles et ballons, l’inflation des sorciers dans le manuels scolaires, le devenir du livre : du lutrin à la vitrine…

jeudi 1 avril 2010

Manet Edouard

Dans le cycle des conférences des amis du musée « peinture et scandales de l’art », la place de Manet était toute désignée même s’il nous apparaît bien pépère aujourd’hui, « le peintre bourgeois qui faisait peur aux bourgeois ». Serge Legat qui a bâti son exposé convaincant sur « Manet, le scandaleux malgré lui » nous a décrit les cordons de policiers nécessaires pour empêcher les coups de parapluie à l’égard du « buveur d’absynthe » d’« Olympia », du « joueur de fifre », « du déjeuner sur l’herbe », de « la musique aux tuileries » ou « Lola de Valence »… Des femmes s’évanouissaient ; alors que l’objet du scandale tenait plus à la technique qu’aux thèmes : des femmes nues il y en eut bien d’autres auparavant mais tellement idéalisées. « Le dernier des anciens et le premier des modernes » fut inspiré par Vélasquez et aux Batignoles Monet peignit Zola et mit quelques grains de sable dans ses peintures qui nous ensoleillent encore

mercredi 31 mars 2010

J 28 : Siem Reap

A 8h, la Toyota retenue par Phoenix Agency s’arrête devant l’hôtel à l’heure précise, conduite par un costaud rigolard, parlant parfaitement l’anglais. Tout au long du trajet ce n’est pas ma virtuosité en anglais qui va permettre la conversation, mais le football langue universelle. "Excuse me boss, vous avez un texto " inattendu, sorti de son téléphone s’invite dans le dialogue. La plaine diffère des paysages vietnamiens. Les rizières sont parsemées de palmiers très hauts dont les fruits sont utilisés pour leur eau et leur sucre afin de fabriquer du vin de palme. Les maisons bleues ou grises, hautes sur pattes avec leurs pilotis sont construites en bois, souvent, accessibles par des escaliers raides. Elles ne possèdent ni eau courante, ni l’électricité. Les champs n’en peuvent plus d’absorber toute cette pluie qui s’abat avec violence par intermittence. La route ressemble parfois à un bourbier. Nous doublons des charrettes tirées par deux bœufs ou par des petits chevaux notamment pour le transport du bois et des meubles.
Nous faisons une pause à mi-chemin dans la ville de Kompong Thom. Le chauffeur gare sa voiture pratiquement dans l’entrée d’un restaurant tandis que des employés se précipitent pour nous ouvrir les portières, et soulever le capot afin que le moteur refroidisse et protéger le pare-brises à l’aide d’un carton. Il semble que l’endroit soit incontournable pour les voyageurs comme un relais de diligences, car plusieurs cars et voitures stationnent devant l’établissement bien rempli.
Lorsque nous repartons, le chauffeur indique une route non goudronnée qui mène vers un temple et la frontière thaïlandaise. Il nous informe d’incidents militaires entre les deux pays qui interdisent la visite aux touristes.Nous arrivons à Siem Reap vers 13h sous la pluie. Nous nous engageons dans une ruelle qui coupe en plein milieu la concession d’un temple bordé d’un cimetière, la caisse de la voiture racle sur un « gendarme couché ». Peu après nous retrouvons la route et nous nous arrêtons sans vraiment apercevoir l’hôtel. C’est un lodge noyé dans la verdure avec des passerelles en caillebotis et c’est encore l’enchantement. Nous sommes accueillis par notre guide francophone qui en signe de bienvenue m’offre un petit tableau et un bouquet blanc ravissant à base de lotus à mes deux femmes. Nous prenons rendez-vous pour 8h demain et nous découvrons nos chambres de bon goût dans des petites maisons cachées par l’abondante végétation tropicale où nous profitons de la piscine. Lit à moustiquaire, carrelage rouge brique séparé par des lattes de bois, murs blancs et volets en bois sombre à claire voie assortis aux meubles ; salle de bain originale avec un pot en terre vernissé en guise de lavabo, une petite terrasse avec deux chaises longues en bois et ventilateur.
Nous nous arrachons à ce petit paradis et longeons la rivière sur l’autre rive à la recherche d’une officine Internet. Celle que nous trouvons sert aussi de bar et semble t-il peut être aussi de coiffeur. Nous sommes à l’abri d’une averse violente qui ricoche sur le bitume. Nous pouvons remettre le nez dehors assez rapidement et gagnons le marché couvert à quelques pas de là. Il ne nous faut pas longtemps pour dépenser des sous en écharpes, mobile, et bronzes dans les échoppes de souvenirs. Les bijoutiers éclairent leurs lampes à notre passage et les éteignent dans notre dos. Sous le même toit, les fruits et légumes, les viandes et les poissons, les insectes grillés et les restaurants s’étalent sur les tables autour des marchands assis en tailleur à la même hauteur. Il règne une impression de fraîcheur et de propreté dans ce marché ;
Nous trainons un moment avant de prendre le chemin du retour en stoppant devant une partie de badminton au pied et les marchandes d’orchidées au bord de la rivière. Près de la bifurcation, des joueurs de billes poursuivent leur partie malgré la nuit tombante. Nous traversons le territoire du temple à la lampe de poche.
Nous ressortons pour dîner dans un restau au bord de la rivière, grand hangar fréquenté par des cambodgiens et à moitié prix de ceux pratiqués au centre. Les plats ont le mérite de l’originalité. 8h 30 : vite, allons profiter de nos chambres !

mardi 30 mars 2010

De Spar en Spar

A cette terrasse du bistrot près du Spar, je ne m’y suis jamais assise.
Une femme de la cité, attablée seule dans l’unique troquet à des kilomètres à la ronde, c’est suspect. Vous imaginez les regards hostiles des ménagères de cinquante ans plus ou moins, les ragots de porte en porte dans les coursives à courants d’air, les yeux vicelards des mecs. Une femme seule à une terrasse de l’unique rade à des kilomètres à la ronde, c’est louche, ça fait désordre, c’est de la provocation, surtout si la dame est rousse, qu’elle fume et qu’elle croise les jambes, haut. C’est pas mon portrait, je m’habille en sac pour m’épargner le viol. Y a des pervers qui aiment se faire des mamies : remarquez l’inverse est juste aussi.
Alors chaque mardi, mon jour de ménagèr, je ralentis la marche devant la terrasse minuscule pour vérifier s’il est là, devant son café, toujours sur la même chaise, les yeux dans le vague. Il a les mains fines, une barbiche à la Ho Chi Minh, une calvitie bien avancée. S’il pleut, il s’abrite sous un parapluie, ce qui doit énerver la tenancière, j’imagine, vu qu’elle ne déploie pas le store quand il pleut. Se mouiller pour deux euros !
Le chien de la patronne, un caniche grisonnant mal peigné ou pas peigné du tout, un clébard inoffensif, s’installe aux pieds de l’inconnu. Il sommeille, le museau sur les vieilles baskets de ce régulier en poussant des soupirs émouvants. Lonely dog for a lonely man !
Il y a ce va-et-vient des clients, leurs sacs Carrefour ou Picard, gonflés de bonnes intentions écologiques et équitables. J’entre au Spar. J’aime les Spar qui offrent moins de tentations que les hypermarchés, sont moins fatigants pour les quilles. De surcroît les proprios connaissent mes habitudes, mes préférences : ils me sourient.
Une de mes copines, un peu foldingue, ce qui fait en grande partie le plaisir de la fréquenter - elle s’appelle Andrée - adore se balader de Spar en Spar quand elle est en congés.
Elle n’achète rien, sort la tête haute, sourire énigmatique, je dirais plutôt sardonique, moi ! Elle préfère, dit-elle, trouver sa pitance aux marchés quotidiens de notre bonne commune : ce qui marche bien chez nous ce sont les marchés ! Quant au reste, c’est à chacun d’en décider !
Pourquoi, tu n’achètes rien ? C’est mon luxe, me répond-elle, ma séance de résistance à la tentation, l’exercice de ma liberté de non consommatrice de mal bouffe. Tu n’imagines pas combien je me sens libre, forte, glorieuse quand je sors d’une supérette, ou d’un hyper, les mains vides ! La caissière m’interroge du regard, (quitte à faire la queue, je ne passe jamais par la sortie « sans achats ») donc, je lui présente les paumes de mes mains, et je ris le plus bêtement possible. Ma caissière préférée, celle que je harcèle chaque semaine chez Merlin le pas enchanteur, me sourit maintenant en vissant son index sur la tempe. Elle a de jolies fossettes qui me mettent la pèche !
Andrée fait sa tournée à bicyclette. S’exercer dans les trois Spar et les dizaines de grandes surfaces de la zone, ça lui prend la journée.
Il n’y a aucune relation entre l’homme seul et Andrée, du moins à ma connaissance. Ce qui fait de cette histoire un rébus !
Vous pourriez imaginer une idylle intéressante entre ces deux-là, bien faits pour s’entendre, à première vue. Il n’entre jamais dans le Spar ; elle en sort sans avoir consommé. Comme je ne fréquente le commercial que le mardi et Andrée ses jours de congés très aléatoires, mon enquête va prendre beaucoup de temps. J’ai bien autre chose à faire ! Pour être honnête, je n’ai rien à faire.
Désormais, je me poste entre 10 et 11 heures derrière la camionnette du Spar pour les surveiller, ces potentiels tourtereaux. Epier les gens, c’est plus instructif que de faire des confitures ou du tricot : la journée prend du sens, les rêves se nourrissent.
Vous objecterez que je ne suis pas logique, que je patauge dans la contradiction et que c’est énervant pour les personnes armées de références classiques. C’est ainsi.
En général je m’autorise ce que je m’interdis, jamais l’inverse. « Je » étant un autre, cela ne pose aucune difficulté.
D’abord il faut résoudre ce rébus d’une manière ou d’une autre, ensuite la logique est ennemie du vivant ! J’ai même envie de dire qu’elle est son pire ennemi !
Je suis en vigilance, imper gris, un tic à l’oeil gauche pour me fondre dans le béton. De ma place je vois le Spar et la terrasse du bistrot. Lundi, rien. Mardi, rien : Je fais mes courses. Mercredi, rien. Normal Andrée fait son marché.
Vendredi, c’est veine et déveine ! Andrée sort du Spar, les mains vides, la tête haute, sourire sardonique. Prévu.
Il y a un attroupement à la terrasse du bistrot. Andrée enfourche son vélo et file en sifflant, indifférente. Les obsessionnels n’ont pas de cœur… Je m’approche. La patronne, assise à sa terrasse, pleure toutes les larmes de son corps. Expression un peu osée, non ? Des soubresauts agitent son gravissime décolleté. Elle a les pieds dans le caniveau, une chaussure en errance, les chevilles gonflées des fortes femmes de bar toujours debout.
- Je l’ai vu. C’est lui qui m’a enlevé mon Titi. Il a profité des cinq minutes que j’ai passées au Spar pour me l’enlever, mon Titi chéri. Ah ! L’hypocrite ! Le salaud ! Et ce chien ! Pourquoi il s’est laissé kidnapper, hein ? L’ingrat !
Ainsi la vie… Enigmes insolubles, même dans le café.

Marie Treize
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Remplir les sacs… mais aussi les vider.
Marie Treize, alias Philomène, alias Marie-Thérèse Jacquet
a épuisé sa réserve de nouvelles courtes. Bien désolée de ne plus vous faire
le petit coucou du mardi sur le blog de Guy, un lieu bien famé (ou femmé ?)
Si vous souhaitez lire mes nouvelles longues et quelques autres non éditées sur ce blog vous pouvez acquérir « Allumez le four et autres récits… » aux Editions Alzieu
1 rue du Moulin au Fontanil.
Ci dessous un bon de souscription pour ce livre vendu 13 euros jusqu’au 15 avril.
Merci à vous.
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Bon de souscription
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Désire recevoir… exemplaire(s) du livre :
« Allumez le four et autres récits… »
de Marie-Thérèse Jacquet
(120 pages environ : 24 nouvelles )
Prix de souscription : 13 euros l’un valable jusqu’au 15 avril 2010
Parution dans un délai maximum de deux mois après la fin de la souscription
Prix public 15 euros
Ci-joint un chèque de …………….. correspondant au règlement de ….. exemplaires
Lettres et Règlement
Editions Alzieu La Maison du Livre : 1 bis rue du Moulin Le Fontanil Cornillon Tel : 04 76 75 33 76
e.mail : admin@editions-alzieu.com
« Si elle sait peindre dans les couleurs subtiles de l’aquarelle, son écriture emprunte à toutes les ressources des palettes de la mémoire. Du fantastique vient enchanter une réalité âpre qui recèle aussi bien des tendresses. Sous le sourire et les mots choisis qui pétillent, elle exprime la fidélité à ses origines, quand le four s’ouvrait pour offrir le pain essentiel, chaud et parfumé. Elle nous fait voyager du Marais Poitevin à l’île de Batz en passant par la Mauritanie…
Une documentation précise permet de tracer des univers variés avec une nature très présente où les herbes révèlent leurs mystères et les oiseaux leurs rêves. Humour, sensualité, plaisir de l’écriture. Et quand elle reçoit un certain monsieur Dieu, elle hésite à lui faire écouter la Symphonie Liturgique d’Arthur Honegger qui serait trop marquée. Aucune faute de goût. »

lundi 29 mars 2010

A serious man

Les frères Coen savent raconter des histoires, mais je me suis dit que je n’avais pas toutes les clefs des allusions à la culture juive pour expliquer leur pessimisme insistant sur l’absurdité de la vie. Tout se détraque autour du professeur qui essaie de faire de son mieux. Les rabbins insuffisants ne vont pas lui être d’un grand secours, rien décidément ne peut aller contre des évènements toujours défavorables. La tartine tombe inexorablement du côté du beurre. Alors sourire face à la fatalité.

dimanche 28 mars 2010

Boubacar Traoré

En allant au concert de Boubacar Traoré, je retournais vers une contrée éloignée dans ma mémoire où les terres sont rouges et les musiques noires. A la MC2, mon voisin remontait le Niger où nous avions coulé des heures fortes avec ce blues malien qui nous a embarqués. La mélancolie accrochée à des rythmes dansants, accompagne nos voyages, notre vie.
Le guitariste pourrait nous jouer sa chanson toute la nuit, accompagné par des claquettes des mains sur une calebasse et un harmonica qui pulse bien dans ce trio. La foule de l’auditorium était debout. Il manquait un papier avec la traduction des paroles des chansons surtout que celui qui accompagnait les réveils radiophonique de Bamako, « Kar Kar » (casser casser), est passé de la notoriété à l’oubli à cause de son engagement pour l’indépendance du Mali. Cette musique, pourtant, qui mélange douceur et douleur, nous a enivrés.

samedi 27 mars 2010

Gauche à Saint Egrève : la gestation.

« Coopérative » : revenu du fond des âges politique et pédagogique, le mot redevient tendance :
version ordinateurs au PS (la « coopol » réseau social)
et avec Cohn Bendit dans son appel du 22 mars 2010 qui n’a pas suscité beaucoup d’échos.
Dans notre commune où la gauche rassemble 64 % de suffrages aux régionales, nous sommes minoritaires au niveau municipal depuis belle lurette. Nous essayons, à plusieurs, de résoudre cette énigme.
Nous avons cherché sur le plan associatif à fédérer localement les énergies
mais « Réussir Ensemble » n’a pas réussi.
Nous cherchons de nouveaux dispositifs car « la politique ne prend sens que depuis une certaine configuration de la vie sociale » ( Bruno Karsenti),
Un travail a été possible "tous ensemble" à la région.
Que ferons-nous ?
Une plate-forme pour confronter des projets ?
Une estrade pour faire entendre nos voix ?
Une scène où Cassandre donnerait la réplique à Narcisse ?
Un lieu commun pour les perroquets d’espèce papamadi ?
Un cercle pour tous ceux qui ont perdu leurs cartes ?
Un terrain d’entraînement à la démocratie ?
Un club de réflexion ?
Un pont entre associations ?
Un jardin, pour le temps nécessaire aux éclosions, et les forêts de métaphores, même si « l’heure de la fermeture a sonné dans les jardins de l’occident » Cyrill Connolly ?
Un forum pour se donner de l’aire ?
Une allée vers la Métro ?
Une île en Utopie?
Un « machin » en trop ?
Une rocade qui contourne les conformismes ?
Un bûcher des vanités où d’impénitents grognons grognent ?
Un sas de décontamination pour des personnalités partantes pour de nouvelles aventures, un trampoline ?
Un champ d’échange, d’expériences, d’idées ?
Un mouvement modeste ?
Une association ?
Des citoyens ?
Un interface que les partis chercheraient à débrancher car ils seraient, eux, les seuls lieux légitimes de négociation et de validation pour une lutte des places ?
Un espace d’expression, de propositions, où la politique reviendrait à sa définition originelle quand il est question des affaires de la cité ?
J’ai mêlé des intentions nobles et des risques déjà éprouvés. J’aurai aimé encore livrer quelques belles citations mais je reviens abasourdi de ma rencontre avec un converti de fraîche date aux plaisirs du cumul des mandats qui me reproche de trop prendre les mots au pied de la lettre ; alors j’éviterai de me draper dans des phrases trop jolies. Mais je continue à croire aux mots et à la noblesse de l’action politique qui est de faire - d’essayer- de faire coller les actes aux mots.
Dans cette énumération pourtant contrastée qui se hasarde à échapper à la naïveté, je n’ai à aucun moment mentionné lieu de conformisme, d’obéissance, de flagornerie, de trahison, de manque de respect.
« Coopérative » me semble aller pas mal, qui verrait un rouge trinquer d’un verre de rosé, un lecteur du Monde Diplo causer avec un abonné du Dauphiné Libéré, un de Rochepleine avec une de La Monta.
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Petit supplément made in ATTAC : « On veut persuader l’opinion que le coût du travail est un frein à l’emploi, alors que le principal obstacle est le coût du capital, c'est-à-dire le coût que le capital impose à la société en terme de rémunération des actionnaires et l’accroissement des inégalités. »J.M. Arribey.

vendredi 26 mars 2010

Reportages

A la librairie du square, j’ai ramassé machinalement sur le comptoir une brochure éditée par leur soin. Malheur à moi ! Ce recueil d’une centaine de pages distribué gratuitement va élever gravement la montagne des livres que je souhaiterais lire. En effet c’est une cohorte d’écrivains qui parlent d’autres écrivains et donnent souvent envie de lire leurs productions conjointes. Ce panorama de la littérature de reportage convie bien sûr des noms tellement connus que leur notoriété m’avait masqué leurs livres : Londres, Mac Orlan ; d’autres que j’ai tant aimé dont il me reste à découvrir tant de pages évoquées avec talent par Tangui Viel pour Jean Rollin ou Briatte avec Bowles. Saviano l’auteur solitaire de Gomorra ou Anna Politkovskaia assassinée le jour de l’anniversaire de Poutine, ont payé de leur liberté et de leur vie pour illustrer cette phrase d’Orwell : « c’est toujours là où je n’avais pas de visée politique que j’ai écrit des livres sans vie ». Et pourtant brûle toujours l’espoir que les mots écrits rendront ce monde moins brutal. Même si comme l’écrit Jean Paul Mari à propos de Bao Ninh : « Un gamin est parti se battre autrefois, le but semblait clair, la mort héroïque et bienvenue. Il est revenu et la paix ne ressemble à rien. Ceux à qui il a offert un futur le regardent comme un objet inutile, désuet, un jouet cassé. » Ou cette citation de Sainte Thérèse D’Avila au détour de l’article consacré à Truman Capote « il y a plus de larmes versées sur les prières exaucées que sur celles qui ne le sont pas ». London Jack, Kessel, Leroux Gaston, Simenon, Cendrars et ce Werth à qui fut dédié « Le petit prince » et Colette et John Berger si vigoureux, à revoir, et Anne Marie Schwazenbach si mystérieuse et Kapuscinski qui « s’attache à des destinées singulières pour dire l’universel »… Et une interview évidemment des fondateurs de « XXI » le livre des beaux reportages, que j’attends impatiemment à chaque saison.

jeudi 25 mars 2010

Le Caravage

Le conférencier des amis du musée n’a pas insisté sur les anecdotes les plus spectaculaires de la biographie de Michelangelo Merisi qui vécut à Caravaggio où sa famille n’était pas si pauvre ; il entretint aussi toute sa vie une culture religieuse certaine. Il eut à subir l’acharnement du clan favorable aux espagnols après avoir tué l’un deux au cours d’un duel. Tout de même plus qu’un coquin ! Mais l’historien d’art a emballé son public par sa passion pour celui qui tient une place centrale dans l’histoire de la peinture. Héritier des sculpteurs antiques avec ses corps magnifiques, des flamands aux fortes natures mortes, il annonce le baroque. Faisant honneur sur ses toiles aux peaux exposées au soleil des gens les plus humbles pour figurer la spiritualité la plus élevée. Le sacré et le profane, la terre et le ciel, l’ombre et la lumière. Les corps magnifiques aux pieds poussiéreux, tellement humains, à l’heure de la contre réforme et de la peste. Cette mort qui rend si précieuse la vie et ses ivresses. A tomber par terre comme Saint Paul saisi par la révélation divine, ou bénéficier comme Matthieu de la présence chaleureuse d’un ange pour guider ses écritures, mettre le doigt dans la plaie comme Thomas. Il peignit la mort de la vierge et non sa dormition, tragique dans sa robe rouge la main sur le ventre des commencements. Ce fut un scandale, magnifique !

mercredi 24 mars 2010

J 27. Phnom Penh

Dany se lève assez tôt, va faire un tour, elle revient ébranlée par la misère entrevue des enfants abandonnés.
Nous allons au « marché russe » en tuk-tuk pour 2$(8000Riels). Nous ne tournons pas longtemps autour du bâtiment et passé un magasin extérieur d’antiquités intéressantes nous pénétrons dans le marché couvert, en cambodgien Psaar Tuol Tom Pong. Nous sommes loin de l’activité des marchés vietnamiens. Les marchands attendent sans nous haranguer, certains ont même carrément abandonné leur échoppe. Nous ne tardons pas à nous lancer dans des négociations pour des éléphants et oiseaux sous forme de boîtes en cuivre, une serpe pour couper le riz utilisant de la corne animale, boites à bétel et écharpes multicolores pour ramener des souvenirs aux familles. Nous reprenons le tuk-tuk pour l’hôtel assez tôt pour ne pas manquer notre rendez-vous.
Amreth nous attend, en jean, tongs et polo qui ont remplacé la chemise blanche du service. Pour 15$ le tuk tuk à 4 places s’ébranle et attaque ses quinze kilomètres sous une pluie timide. Il se passe un certain temps avant que nous entrevoyions des champs et la campagne. Tout à coup un bruit inquiétant suivi d’un cahotement anormal : crevaison. Nous sommes à l’embranchement qui conduit à Choeung Ek, le mémorial du génocide que nous gagnons à pied. Un immense stupa khmer contient une vitrine comprenant de nombreuses étagères où sont déposés 8000 crânes. Le bas est réservé aux misérables habits retrouvés sur les corps. Autour quelques stèles émergent encore de cet ancien cimetière chinois où ont été creusés des charniers découverts en 1980. Il y a le charnier des hommes frappés à la tête par un bâton ou un fléau qu’on laissait agoniser et souffrir jusqu’à la mort, le charnier réservé aux femmes et aux enfants découverts entièrement nus, le charnier des corps sans tête, l’arbre où l’on frappait les bébés quand ils n’étaient pas jetés en l’air puis mitraillés comme au tir aux pigeons et qui chutaient sur des haches et des lames. Choeung Ek ne servait pas de prison, mais de lieu d’exécution, l’espérance de vie n’excédait pas 24h. Dans un petit musée nous pouvons voir des informations sur « la clique » à Pol Pot, quelques photos et crânes et les vêtements noirs d’un couple de khmers rouges avec leur écharpe à carreaux rouges. Sous ce régime les enfants de quinze ans étaient éduqués pour tuer : « un enfant, c’est une feuille blanche ».
Amreth s’applique, avec tact et justesse, à nous raconter cet épisode douloureux de son pays « mon grand papa est là, il était policier ». Nous retrouvons notre tuk tuk pour aller jusqu’à la prison S 21.
Dans un ancien lycée, les khmers rouges ont transformé les salles de classe en salles de torture. Des photos individuelles des nombreux prisonniers provenant des dossiers des bourreaux sont exposées, restent aussi des fers collectifs pour immobiliser les jambes avec des anneaux fixés au sol, quelques lits métalliques. Dans un bâtiment enveloppé de barbelés pour empêcher les suicides, l’intérieur a été cloisonné en de nombreuses et minuscules cellules aux cloisons de briques. On peut voir aussi des instruments pour faire souffrir, des photos de morts après leur calvaire et des témoignages d’anciens khmers rouges. A l’extérieur les installations sportives de l’ancien lycée ont été recyclées en instrument de torture, notamment le portique destiné au grimper de corde : les mains attachées dans le dos, le prisonnier était hissé et quand il s’évanouissait, on lui plongeait la tête dans un jarre nauséabonde. Dans la cour les 14 tombes des dernières victimes de Pol Pot. Sur les 20 000 prisonniers, sept personnes ont échappé à la mort. A l’entrée de chaque bâtiment un panneau demande au public de ne pas rire à gorge déployée. Nous sommes dans l’hébétude devant tant de sadisme systématique qui s’est déchaîné pendant trois années entre 1975 et 1978.
Nous discutons encore un peu avec notre gentil étudiant. Nous le quittons à 17h pour assister à la projection du film « histoire d’un génocide » en français, monté et commenté par le patron d’un bar qui recadre les évènements, leurs causes et leurs conséquences, très utile. Ces années noires cambodgiennes ne sont pas si lointaines, nous les avons vécues en paix, social traitre pour les derniers marxistes léninistes les plus acharnés, alors que nous savions. La nuit tombe sur la ville annonçant l’heure du repas vers 18h30. Nous dinons à l’Edelweiss restaurant qui affiche des influences bavaroises. Je teste l’Amok (poisson au curry légumes riz) spécialité cambodgienne.

mardi 23 mars 2010

« Le pays d’où je viens… »

Au pays d’où je viens, le Plat Pays, ses maigres chevaux, les rivières ne coulent pas : elles sont canaux paisibles, porteurs de péniches ou se baladent sous terre, se font marécages et les égouts puent.
Au pays d’où je viens les murs sont de briques usées, rouges et noires parfois blanchies de peinture grasse vite ternie.
Ce pays d’où je viens dressait autrefois de hautes cheminées dominant les crassiers. Aujourd’hui les terrils ont verdi, devenus collines en hiver, modestes pentes pour timides skieurs.
Au pays de mes grands parents, dans les cités processionnaires, au pays de mes grands parents, Pas-de-Calais, il y a encore des corons. Leur maison toujours debout, deux pièces en bas, deux pièces en haut, si exiguës. Les temps nouveaux ont ajouté des vérandas. L’aluminium tient les fenêtres.
Ma mère y a grandi, si vite passant de l’enfance à l’âge adulte. Ma mère, ses onze frères et sœurs. Les filles promises aux « wassingues », les garçons « au fond », aux lampes à éthylène, aux boyaux, à une mort pas facile.
Au pays de mes ancêtres les hommes mouraient jeunes. Les veuves se mettaient en ménage avec un mineur moribond. On ne se mariait pas : ça faisait deux pensions.
Il y a une vingtaine d’années je suis retournée à Auchel (Pas de Calais) dans une de ces petites maisons de briques restaurées. Il y avait sur une couche mauve à volants l’avant-dernier de mes oncles, à son côté des bouteilles d’oxygène, sa future veuve aussi. Le mineur en tenue de momie, visage d’Indien.
Au pays d’où je viens les survivants ont le souffle court. Ils jouent aux boules et à la belote en toussant. Le foot c’était il y a si longtemps.Ils jouent dans les vestiaires de la vie en buvant leur bistouille (du Genièvre dans un fond de café).
Au pays d’où je viens, la pluie est mère fidèle, lavant et délavant, jamais découragée, son enfant meurtri.
En Novembre, il y a la Grande Braderie ; on y mange des tonnes de moules et de frites. La bière autrefois, en un temps moins écologique, coulait des braguettes aux caniveaux. Les femmes se retenaient.
Le soir on brûle toujours des géants de tissu, de papier et de bois sur la grande place de la Bourse, autrefois celle du Général de Gaulle.
Les Lillois font la ronde en chantant sous un ciel blanc et gris.
Misérabilisme ? Passéisme ? Nostalgie ? Que dalle !
Ecoutez ma mère :
« On a eu une enfance si joyeuse, on se faisait des farces, je lavais les longs cheveux de ma mère. Mes parents s’adoraient. On craignait la ceinture du père mais on courait plus vite qu’un mineur essoufflé.
On voisinait, on s’entraidait, on se mettait des branlées ; on était communistes et on baptisait les nouveaux-nés. »

Marie Treize

lundi 22 mars 2010

Ghost writer

Décidément, après le « nègre » de Dumas, voilà l’histoire d’un autre écrivain qui va être un révélateur de vérité très efficace dans un milieu des plus inhumains. Le dernier film de Polanski baigné de couleurs océanes, décrit avec de brillants dialogues, et des acteurs excellents, une mécanique du pouvoir terrible. Le marchand de livres, commanditaire de la biographie demande une écriture « qui parle au cœur » mais uniquement pour des raisons marketing, il est un maillon de cet univers impitoyable comme le métal et les vitres teintées. Le film est élégant et bien ficelé.

dimanche 21 mars 2010

Cannibales

J’ai apprécié les derniers spectacles de la MC2 qui réveillent notre regard sur l’époque. Cette pièce de théâtre de David Bobée sur un texte de Ronan Chéneau est attrayant avec une esthétique art contemporain, mêlant le cirque, à la vidéo, avec des déclamations en slam brillantes, de la musique, de la danse, des chants. Mais les interventions d’une comédienne surlignant les intentions de l’auteur semblent faire croire que celui-ci ne croit pas à son dispositif. Pourtant les acteurs sont convaincants, le décor clean, en accord avec le propos.
Le lit est un élément central où les convictions s’exercent à sauter sur le matelas, et la tendresse à se cacher sous la couette. Ces trentenaires cherchent une vie qui ait un sens, échappant à l’ensevelissement sous le confort.
Ils se mettent le feu au moment où ils sont heureux.
Le bidon d’essence restera sur la scène tout au long de la pièce.
Ma part adolescente se retrouve dans cette complaisance dans la noirceur, le bi trentenaire à bouffées moralisantes ne peut accepter que la jeunesse s’immole ainsi paresseusement. L’abus d’un jeu mortel avec le mot « flamboyant » n’est qu’une défaite face au monde des faux semblants, le résultat d’un avachissement de gavés, de revenus de tout sans être allés nulle part.

samedi 20 mars 2010

Dénis

« Que la mandale est belle »( Le Canard Enchaîné)
Je les aime, la droite, quand ils sont pathétiques comme ça avec leurs « éléments de langage » à ressasser sur les plateaux télé, au soir des élections régionales. Nous pourrions leur donner des tuyaux, nous à gauche, qui sommes rodés aux défaites. C’est d’ailleurs assez énigmatique la rapidité de cette chute du système Sarko vue par le filtre des médias qui ne sont pas loin de lâcher celui qui les fascinait, il y a encore peu. Ils n’ont rien vu venir, les sondeurs, concernant aussi la persistance du FN, et il ne voit toujours pas où est le problème, Fillon, et l’à peine président entouré de courtisans qui zigzague après s'être préservé de toute contestation lors des voyages en province. Il avait disait-il le culte de l'évaluation, eh bien voilà un sondage gratuit et il dit qu'il n'y a pas de problème. Continuez comme ça!
L’autruche à langue de bois n’est pas une espèce en voie de disparition, elle se multiplie sous tous les cieux.
Nous au village aussi l’on a des voitures qui crament jusque dans les sous sols de l’hôtel de ville. Eh bien la majorité municipale et la gendarmerie minimisent. Et ce sont les élus de gauche, les yeux ouverts,sur ce coup, qui s’indignent de ces attaques au bien commun et proposent un juste équilibre entre sanction et prévention, en reconnaissant la difficulté des affaires concernant la sécurité.
Les vents favorables des élections ont tendance à griser un peu mes camarades sevrés depuis longtemps de bonnes nouvelles. Sur notre canton en 2004, J.J. Queyranne faisait 40% maintenant il est à 30% avec le front de gauche à 8%, les verts eux sont passés de 13 à 23%. Et il y a eu quelques abstentions.
Et voilà que Dany le vert parle de déni de démocratie… ça va énerver, mais les accords électoraux ne se résolvent pas en une nuit, bien sûr. Souvent, il y avait eu du travail en commun auparavant. D’où la nécessité localement…
Pour aller au-delà des petites phrases, Ronsanvallon :
« Résister. Résister à l’insécurité sociale galopante, au naufrage de l’éthos public, au court-termisme, à l’ivresse marchande, à la société du mépris, à la corruption des institutions. Résister à « la droitisation » du monde. »
« Pour aimer la démocratie, il faut la compliquer, et s’attacher à lui donner consistance contre tout ce qui prétend la réduire à la légitimation électorale »

vendredi 19 mars 2010

Le quai de Ouistreham

Florence Aubenas, de la télé, a écrit sur son livre dédicacé rien que pour moi : « une vie devant le tableau noir, chapeau », alors que j’ai tant aimé ce travail, mais dans la chaîne des signatures à la librairie du Square, comment dire autrement ?
Elle vient de vivre, elle, le métier de femme de ménage, et témoigne de toute la difficulté à l’exercer. Dans l’entretien, suivi par de nombreux lecteurs qui ont apprécié ce témoignage fort, elle s’est montrée comme son livre, drôle et sincère, en empathie avec ses compagnons de galère. C’est une autre époque que celle décrite par Orwell, « Le quai de Wigan », avec ses prophéties politiques ou d’un Linhart « Etabli » dans les années 70.
Elle en savait pourtant des statistiques, la journaliste. Et puis c’est elle qui va apprendre, elle qui voulait décrire la vie des « précaires », ceux ci se sont défendus de l’expression, en disant qu’ils étaient « des français normaux ». Et c’est eux qui ont raison ! Pôle emploi n’est pas un service social, il a des clients et doit faire du chiffre, ses agents dépriment. A Caen où les emplois industriels ont fondu, la reporter du Nouvel Obs n’est pas partie à l’autre bout du monde, mais elle a du être dépaysée à se distraire le dimanche à la jardinerie du centre commercial entrainée par un Philippe émouvant. Au bout de son aspirateur, elle disparaît aux yeux des autres, debout à des heures impossibles, vivant par ses courbatures, où le fonctionnement d’une voiture est essentiel. Le livre est d’ailleurs adressé « Au tracteur ». Un monde où chaque piécette compte, où celle qui revendique le paiement des heures sup se retrouve seule à la réunion, où l’entraide côtoie la méchanceté.
« Blandine s’apprête à enchainer sur les aventures tragiques de la vésicule de sa sœur, dont nous connaissons toutes déjà les multiples versions, mais Fabienne la coupe :
« ça t’intéresse, la chirurgie esthétique, ma chérie ? »
Elle tend la main vers Blandine pour lui palper le décolleté, l’autre rit à pleine gorge, en lui balançant des jets de détergent WC au visage. […]
Là-dessus, un chef arrive. Fabienne fait : « On parlait politique ».
ça assomme le chef.
« Vous êtes malades ou quoi les filles ? »

J’avais mis d’autres citations de ce livre, le mois dernier sous le titre
« Parachutes dorés »

jeudi 18 mars 2010

Les modernes s’exposent.

Le très classique musée des beaux arts de Lyon avait organisé une exposition consacrée aux modernes en réorganisant ses ressources et en présentant quelques prêts. La foule se pressait devant les toiles de Matisse, Dubuffet, Dufy, Debré, Vuillard, Monory… Plaisir de retrouver des familiers : cette scène de cirque de Fernand léger maintenant que j’ai appris à l’apprécier en l’ayant mieux connu à Biot dans un musée qui lui est entièrement consacré, cette lumière au Grand Lemps de Bonnard qui nous éclaire sur des lieux familiers que nous n’avons jamais vus si beaux. Découvrir Gleizes et Maria Helena Vieira da Silva, un Picasso tout en rondeur. Constater que l’abstraction n’est pas arrivée après l’extinction de la figuration, mais ces périodes ont alterné. Une exposition aux commentaires utiles, pour se conforter. Mes amis auraient emporté la cathédrale de De Staël ou un Foujita, je me serais contenté d’un Bacon ou de Rebeyrolle.

mercredi 17 mars 2010

J 26. Phnom Penh

Le réveil sonne tôt, à 5h 25, car nous prenons le bateau à 7h.
Le chauffeur et Thien accomplissent la fin de leur mission, nous guident une dernière fois jusqu’à un embarcadère que nous aurions bien été en peine de trouver. Deux employés du bateau se chargent de nos bagages et nous sommes les premiers clients à embarquer. Se joignent à nous une famille française d’origine asiatique, le grand père et la grand-mère, deux couples dont un mixte et quatre enfants. « Vous êtes français vous aussi » prononcé par le grand père nous réjouit. Nous sommes treize passagers en tout, plus le pilote et deux stewards dans le bateau effilé. Le grand père nous sert gentiment d’interprète, quelle peut être son histoire ?.
Les formalités de douane nous sont grandement facilitées par le steward : il a récupéré tous les passeports, rempli à l’avance tous les papiers, préparé les formulaires de visas pour le Cambodge et récupéré les dollars des visas.
Le poste frontière sur l’eau se situe à environ 1h 30 de Chau Doc. Nous attendons sur un ponton couvert avec bar et toilettes pendant que notre steward se dépatouille avec la douane vietnamienne. Suivant l’exemple du grand père, nous changeons 20€ (1€ = 5000 Riels). A peu de distance de bateau nous devons nous arrêter au poste frontière cambodgien installé dans un joli jardin, avec beaucoup de douaniers dont certains jouent aux cartes. Les autels ont changé d’allure respectant l’architecture khmère avec des toits terminés comme de faux ongles des danseuses d’ici. Le bateau repart sur le Bassac à vive allure pendant plus de deux heures et nous n’apercevons pas grand-chose sur les rives, sinon quelques îlots inondables de septembre à décembre. Peu à peu nous distinguons nos premières pagodes khmères, des cultivateurs et leur buffle. Comme dans les avions, on nous sert un petit déjeuner sur un plateau repas. Nous arrivons avec de l’avance, personne ne nos attend sur le ponton mais guides rabatteurs et chauffeurs de taxi, s’accrochent déjà à nous. Notre contact, chauffeur de Phoenix voyage ne tarde pas à apparaître avec son panneau « Bienvenue » avec nos noms. Il parle bien l’anglais et s’occupe déjà de l’horaire de départ pour Siem Reap après demain, avec un autre chauffeur. Il nous installe à l’hôtel FCC (Foreign Correspondants Club of Cambodgia), décharge nos bagages avec l’aide d’un policier en rangers. Notre chambre n’est pas encore prête, il nous faudra patienter jusqu’à 14h. Nous partons à la découverte de la capitale de un million d’habitants. Nous sommes surpris par la largeur de routes pratiquement désertes, peut être parce qu’aujourd’hui c’est dimanche. Nous sommes hélés constamment par les conducteurs de tuk tuk insistants. Nous devenons sourds. De gros 4X4 des ONG contrastent avec des gens d’un dénuement extrême, des mendiants handicapés et mutilés. Le dollar supplante la monnaie locale, tout est affiché en dollars dans les magasins et restaurants. Notre première promenade dans la ville passe par le palais royal , la pagode d’argent, le monument de l’indépendance, la rue Norodom et le quartier des ambassades où subsistent encore des maisons coloniales, protégées jusqu’à quand, et dans quelle mesure échapperont-elles à la corruption immobilière ?
Nous rentrons le long de la Ton Lay Sap river qui rejoint le Bassac et le Mékong , sur Le Preah Sisovath Quay, pour nous rapprocher de l’hôtel et casser une petite graine ; comme le restau que nous visons recommandé par le Petit Futé affiche complet, nous nous rabattons sur le bar de l’hôtel où les trois bières consommées équivalent à deux repas vietnamiens. Le bar n’accueille que des occidentaux. Aux murs des photos rappellent que l’hôtel était fréquenté par un club de reporters photographes étrangers. Nous découvrons, ravis, notre chambre à la salle de bain luxueuse, du nom d’un monument de Siem Reap : Péah Khan. Nous nous offrons sans vergogne un vrai café et des brownies au chocolat au café Fresco contigu à notre chambre accessible par une autre entrée que celle de la réception.Nous décidons de visiter le musée national abrité dans un bâtiment de style khmer et construit par les français en 1917. De couleur pourpre, il est gardé par deux magnifiques éléphants à la tête en bronze et au corps constitué d’arbustes. L’intérieur expose essentiellement des statues de dieux, de tailles différentes en bronze ou en grès, une cabine de jonque tout en bois et deux palanquins d’éléphants associant bois et ivoire. Des femmes vendent des bâtonnets de jasmin à déposer en offrande devant certaines statues. Un éclairage efficace met en valeur des œuvres de toute beauté et si ce n’était l’heure de la fermeture nous aurions aimé contempler encore ces trésors dans leur écrin bien adapté.
Nous avons pour objectif d’atteindre le marché central construit par les français, mais nous papillonnons au gré des surprises de la rue. Ce que nous prenons pour un mariage se révèle être une cérémonie de funérailles. Sur le trottoir, les cuisines en plein air, de l’autre côté de la rue, derrière des rideaux noirs et blancs, des invités mangent des fondues, alors que dans un magasin transformé pour l’occasion, des bonzes récitent des prières entrecoupées par un chant de femmes émouvant. Plus loin nous pénétrons, après avoir demandé la permission, dans un lieu clos qui comprend une pagode centrale et des bâtiments plus ou moins récents habités par des bonzes, qui accueillent des nécessiteux. Comme ailleurs dans la ville, un sourire déclenche un élan de sympathie ou un sourire en réponse. Il bruinasse par intermittence. Nous commençons à fatiguer et avant la ruée de nos semblables affamés, nous nous installons au restau « Fortune Phô » en face de notre chambre. Une panne d’électricité sûrement pas inhabituelle, nous permet de manger à la lumière romantique de la bougie : nems, croustini et noodle.
En récupérant notre clef et en discutant à la réception, un petit jeune homme souriant, qui s’exprime assez bien en français, nous propose ses services pour visiter les lieux de triste mémoire marqués par la sauvagerie de Pol Pot. Nous acceptons et prenons RDV pour demain midi.