Au XVII° et au XVIII° siècle « toute l’Europe » se
retrouvait à Venise, entre deux carnavals qui ne duraient peut être pas six
mois comme on le dit, cependant les occasions de festoyer ne manquaient pas. Ce dessus: un bateau, « La terre » d’après Giorgio Fossati, Gerolamo et Antonio
Mauri . Le conférencier, devant
les amis du musée de Grenoble, nous détaille cette liste des fêtes,
célébrations, réjouissances, processions et régates…
« Le couronnement du Doge de Venise sur
l'escalier des Géants » tel que le saisit
Guardi permet
de rappeler que le duc est élu par un conseil
de 3000 personnes issues des familles patriciennes. Le choix se portant parfois
sur une personne âgée pour éviter un règne trop long . Si son pouvoir est modéré par les conseils, son influence est forte grâce
à ses nominations.
Ses obligations religieuses l’amènent en
« Procession à l’église de San Zaccaria, le jour de Pâques » mais
il ne doit plus quitter la lagune.
Lorsque « Le Doge Alvise IV Mocenigo porté
sur la place Saint-Marc » (musée de Grenoble), est présenté au
peuple, la foule doit être repoussée car des sequins, pièces fraîchement
frappées, seront lancés.
Depuis 1177, le mariage de la ville avec la mer est célébré
le jour de l’Ascension. Toujours de Guardi « Le Bucentaure» : depuis l’embarcation de parade, un anneau d’or est
jeté dans l’Adriatique. A l’arrivée de Napoléon Bonaparte, le bateau qui
nécessitait 200 rameurs sera brûlé.
Sous le plafond de Véronèse, pour « L'audience accordée par le Doge
de Venise dans la salle du Collège au palais Ducal de Venise »,
les habits de Carnaval sont admis. C’est l’époque où les ambassadeurs de Perse
étaient bienvenus pour contrarier les turcs.
Sans remonter aux saturnales antiques, depuis lesquelles se bâtissent
bien des légendes, une tradition née des luttes contre les villes voisines au
XII°siècle mettait en jeu 12 cochons jetés depuis la tour Saint Marc et un
boeuf sacrifié en souvenir d’un tribut payé après la capture d’un patriarche et
ses 12 chanoines. D’autres divertissements cruels étaient de mise à la Chandeleur :
courses de taureaux, jeux consistant à décrocher une oie vivante, voire écraser
un chat à coups de tête.
Le carnaval ressuscité en 1945 conserve dans ses rites
« Le
vol de l’ange » Gabriele Bella. A l’origine un marin turc aurait rejoint le campanile sur un
filin, mais la reproduction d’un tel exploit par les ouvriers les plus agiles
de l’arsenal s’étant terminée tragiquement, une colombe en bois remplaça les
acrobates et distribua depuis le ciel des friandises. Aujourd'hui, c’est
l’heureuse élue parmi douze « Marie » qui doit s’élancer, en toute
sécurité, au dessus de la foule compacte. La fête des Marie (pluriel de Maria)
qui marque le début du Carnaval remonte au X° siècle, quand après l’enlèvement
de 12 jeunes filles promises au mariage, elles furent retrouvées.

« Le Portrait de jeune femme au Carnaval de Venise » de
Tiepolo serait celui de sa maîtresse ; c’est ainsi que classiquement on
nomme les anonymes même quand elles ne sont pas aussi dissimulées. Le
déguisement appelé la bauta (domino) comporte une cape noire, un tricorne
et un masque, la larva, qui laisse un
espace pour boire et manger sans se démasquer. Ces éclatantes manifestations se
déroulant sous l’illusion de l’anonymat ont pu attirer jusqu’à 30 000
prostituées.
Canaletto « Régates sur le Grand
Canal ». La fête du Rédempteur, en juillet, célèbre la fin d’une
terrible épidémie de peste (1575) qui tua un tiers de la population. On accède ce jour là par un provisoire pont de bateaux à l'église de la Rédemption construite à cette époque. Les vénitiens du monde
entier couvrent alors le grand canal de 3000 bateaux avant de somptueux feux
d’artifices.
Ces siècles de fêtes étourdissantes, dont la munificence
accompagne le déclin économique, sont riches dans le domaine culturel.
Pour la visite
du
théâtre de
La Fenice, « le
phénix »,
brûlée à plusieurs reprises et reconstruite
«
com'era e dov'era » (« comme il était et où il
était »), il conviendrait que soient joués des airs de Monteverdi, père de
l’opéra, d’Albinoni au célèbre adagio, de Vivaldi, le « prêtre roux »,
ou de Farinelli qui fut envoyé à la cour d’Espagne pour tenter de guérir le roi
Philippe V de sa dépression.
C’est le temps aussi de Goldoni qui alla au-delà des
improvisations de la comédia del arte en écrivant les répliques de ses pièces
de théâtre.
« Pour mettre la
raison sur la voie de la vérité, il faut commencer par la tromper ; les
ténèbres ont nécessairement précédé la lumière » Casanova.
Le galant intrigant, incarcéré pour avoir commercé avec l’étranger, dans la
prison des Plombs, Piombi, sous
les combles du palais des doges, s’en échappa-t-il d’une façon aussi
spectaculaire qu’il l’a racontée ? Ma :
« Se non è vero è bene trovato »