vendredi 10 février 2012

C’est quoi être de gauche ?

Pour conclure ma tournée des débats au forum Libération de Lyon en novembre 2011, j’ai suivi une discussion que j’aurai jugée bien inutile quand les clivages allaient de soi, mais depuis quelque Kouchner est passé par là et des missions dévolues à Rocard, Lang ont rimé avec démission, érosion.
Je connaissais ce vieux routier d’Henry Weber, j’ai découvert avec plaisir la philosophe Cynthia Fleury.
- Liberté, égalité, droit de l’homme, solidarité, laïcité, écologie… La liberté est entrelacée à l’égalité, c’est l’indivisibilité des lois.
- Indépendance du parquet, respect de la parité, fin du cumul des mandats …
- La gauche du XXIe siècle sera internationaliste, éco-socialiste, alter européenne et féministe.
- Clinton: « Il faut que la marée fasse monter tous les navires » 
- Pour la maitrise du devenir collectif une puissance publique revigorée ira de soi et la suprématie de l’être sur l’avoir adviendra.
- Dans la formule « Le marché est un excellent serviteur, c’est un mauvais maître »
le mot « marché » a remplacé « l’argent » du proverbe.
 A reprendre mes notes, bien des formulations paraissent tellement pieuses, comme se raréfie l’attitude de se laisser affecter par le malheur d’autrui.
- Le peuple existe, le peuple est raisonnable, le peuple est souverain : c’est cela la démocratie.
Le rappel des fondamentaux n’est pas inutile avec ce mot « peuple » qui en arrivait à paraître obscène dans certaines bouches, avec droits sociaux, projet de civilisation, éducation.
Dans une atmosphère dont le réchauffement inquiète, les sentences s’accompagnent désormais de précautions envers la planète.
- L’homme devra se réconcilier avec la nature.
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Dans le Canard de cette semaine:

jeudi 9 février 2012

Musée d’art catalan. Collection romane.

Dans le parc de Monjuic à Barcelone ont été rassemblés des trésors de l’époque romane.
Leur présentation m’a rappelé que cette époque n’était pas qu’architecture mais aussi fresques.
Elles ont échappé à l’usure du temps et aux amateurs d’Outre Atlantique.
Sur les peintures qui n’ont pas subi de restaurations intempestives, les représentations de Dieu faisaient débat encore au XI° siècle. N’avait-on pas recommandé à Moïse ?
 « Ne représente pas ce qu'il y a là-haut dans le ciel, en bas sur la terre, ou dans l'eau sous la terre. Ne te mets pas à genoux devant ces dieux, ne les adore pas. » 
Les corps peints ne devaient pas s’enfler dans une épaisseur qui aurait fait offense à Dieu.
Plus tard, les vents de l’esprit animeront les personnages et Masaccio apportera des ombres.
La vierge au IV° siècle devient fédératrice avec sa maternité et par la codification des ses représentations, elle se différencie des idoles antiques.
Damien Capellazzi conférencier aux amis du musée de Grenoble pointe le pléonasme : « une abside orientée à l’Est » (orient/orienté).
Il nous fait prendre conscience du temps nécessaire pour que « l’image se lève » et reconnaître que tout est symbole : Saint Michel porte les forces de l’automne et la résurrection est située côté Ouest.
Le Christ est souvent entouré d’une mandorle, en forme d’amande, fruit du premier arbre à fleurir.
Le tétramorphe, animal en kit, rassemble l’aigle de Jean, le taureau de Luc, l’ange de Mathieu, le lion de Marc.
J’ai appris aussi que Saint Martin n’était pas radin, l’autre moitié de son manteau appartenait à l’Empire.
Saint Etienne est lapidé et ceux qui l’assaillent semblent jongler, les corps sont mis en mouvement.
Au-delà d’une marque laissée par les Lombards aux fenêtres des églises, la reconnaissance de leur civilisation au patrimoine mondial abolit la notion de barbare.
La virtuosité des artisans s’exprime aux pourtours des œuvres peintes sur les cuves absidiales, les couleurs primaires trouvent leurs complémentaires. Les figures humaines stylisées se juxtaposent avec les décorations apportées par des nomades passés par Bysance.
Les « brûlants » anges gardiens sont spectaculaires avec leurs yeux multiples et leurs plumes déployées.
Les mains expressives symbolisent l’action ; quand elles sont voilées, elles se montrent respectueuses comme les gendarmes quand ils mettent les gants blancs.
Les statues semblent avoir parfois leurs yeux fermés. Celles qui ont conservé leurs peintures ont une toute autre allure et les devants d’autel ont gardé aussi leur fraîcheur.
L’inscription SCS figure le chant d’un triple sanctus et m’évoque une bulle de bande dessinée.
En prenant le temps de zoomer, les symboles foisonnent : la belette et l’écureuil étaient recommandés pour les repas des femmes enceintes.
Et c’est encore ce soir que j’ai appris que le contraire de symbolique était diabolique.

mercredi 8 février 2012

Au nord de la Bourgogne.

Avec un tel nom de région, pas loin de la Champagne, peut on imaginer un tourisme qui n’aille pas que de vigne en cave ?
A Fontenay, les moines cisterciens qui construisirent l’abbaye au XII°siècle eurent d’abord à assainir l’endroit aujourd’hui charmant, car comme l’indique son nom, l’eau était abondante. Nous visitons l’église sobre selon la volonté de Saint Bernard qui ne voulait pas de distraction à la prière. Le dortoir sous une magnifique charpente, le cloître, la salle capitulaire sont plus habituels en ces lieux que la forge qui utilisait le fer extrait à proximité.
Une enfermerie était-elle destinée à ceux qui n’avaient pas respecté la loi ou conservait-elle les biens précieux de la communauté ? Un pigeonnier de belle allure, un chenil et une boulangerie complètent le circuit. Il ne reste rien de la papeterie des Montgolfier qui possédèrent un temps cette vaste propriété.
 Nous avons préféré la modestie du musée des arts naïfs et populaires de Noyers sur Serein au palais de la renaissance italienne d’Ancy Le Franc qui recèle une des collections de peintures murales des plus importantes.
 Dans un village aimable, ce musée rassemble des objets en terre, métaux précieux ou commun, des toiles, de l’autre bout du monde et ceux d’à côté : du kitch, de l’inventivité, des arts traditionnels, des dingueries contemporaines, des trésors originaux et du bric à brac, de l’art brut, des expressions engagées. Un hommage chaleureux est célébré à l’art au quotidien. Une riche caverne pour les enfants et ceux qui n’ont jamais cessé de s’étonner, loin des bousculades, pour des rencontres intimes et variées. Dans cet ancien collège à la poésie entêtante, la ferveur des collectionneurs est palpable, il y a une âme dans ces murs.

mardi 7 février 2012

Coloscopie de La France du XXI° siècle. Lefred-Thouron.

Quand le dessinateur nancéen fut admis à l’Académie de l’humour politique paraissant tous les mercredis, le monde avait bien changé.
Au pays de Cabu et Kerleroux … fameux dessinateurs, un des successeurs de Reiser en moins vibrant eut désormais son rond de serviette. Il exerce aussi son humour ravageur à « l’Equipe Magazine », mettant en scène des créatures autour d’un comptoir où il sait être bref.
Dans ce recueil il écrit également et ce n’est pas triste. Ses personnages sont avachis mais toujours surprenants, leur décalage nous décolle d’une réalité consternante dont ils mettent l’absurdité en relief.
 Un jeune en prison a obtenu une permission de sortie pour faire sa première communion.
Une dame s’interroge sur tous ces gens qui font des études pour savoir si les prix augmentent alors que son voisin lui dit qu’il suffit de faire ses courses.
Au moment où un Guéant vient crachoter sur les civilisations, il n’y a pas besoin de forcer le trait, ses paroles se situent bien dans la zone examinée et ça pue!

lundi 6 février 2012

Edgar. J. Clint Eastwood.

Hoover commença par mettre en fiches des livres dans la bibliothèque du congrès puis indexa tous les individus qu’il considérait comme des ennemis de sa patrie : 450 00 personnes.
Il passa 48 ans à la tête du « bureau » fédéral, au service de huit présidents des E.U. avec un zèle et une perversité qui le conduiront à outrepasser les lois qu’il était chargé de faire respecter. Il va moderniser les méthodes et utiliser les médias.
Le film aborde la complexité qui ne l’embarrassait pas, lui, un des plus influents personnages du monde.
Avec sa vision manichéenne il rangeait dans le camp des méchants : les communistes, les nègres, les pédés. Alors qu’il traquait voire inventait des secrets pour les puissants qu’ « il tenait par les couilles », il ne pouvait affronter sa vérité : il se cacha son homosexualité.
Une connaissance historique est nécessaire pour suivre l’enchainement des évènements dans cette période chargée, même si le propos du film construit autour d’aller-retour n’est pas essentiellement politique.
Les couleurs m’ont bien plu et le maquillage pour Di Caprio est réussi mais pas pour l’interprète de Clyde Tolson le numéro 2 ; dans le genre j’ai préféré « Il Divo » qui évoque la vie d’Andréotti, sulfureux personnage lui aussi, donc intéressant.

dimanche 5 février 2012

Ithaque. Botho Stauss. Jean Louis Martinelli.

Homère : huit siècles avant JC.
Strauss : auteur de théâtre contemporain le plus joué en Europe.
Martinelli, directeur des Amandiers, joue habilement avec les codes antiques et ceux d’aujourd’hui, pourtant en ce moment on ne dit plus « homérique », mais « péplum » comme tant de critiques l’inscrivent, alors qu’il s’agit de la fin d’une épopée mythique.
Ulysse touche terre.
Il revient dans son île, vingt ans après son départ, avec sous des oripeaux de vieux mendiant, des muscles d’acier.
Pénélope mettra bien du temps à le reconnaître.
Il est vrai que Charles Berling se travestit, joue de ses contradictions : un peu pleurnichard, crâneur ressassant sa gloire passée, tout en ayant aboli le temps qui fut quand même celui d’une absence qui dura.
Nos dieux sont désormais lointains, alors que le rusé guerrier et bon conteur doit sa toute puissance à une Athéna un peu ninja qui l’aide à surmonter tous les obstacles, allant jusqu’à permettre l’oubli des crimes.
Il fallait ça, parce qu’Ulysse est avant tout un humain et il a tenu ses 29 siècles.
Tous les prétendants à la succession, « morfals » qui se goinfrent, me rappelaient les bruits de la ville où se joue le bal des Woerth, Lefebvre, Bertrand, Copé autour de sa Dispendieuse Majesté. Ils finissent mal.
Plus intimement se rejoue le thème du temps, de la reconnaissance, de la fidélité.
Je craignais ne pas tenir les 3h20 de la représentation, mais idéalement placé, j’ai apprécié les nuances qui font partager par exemple les difficultés de Télémaque à succéder à un père aussi prestigieux, grâce à une mise en scène dynamique sans être tapageuse, respectueuse sans être ennuyeuse.

samedi 4 février 2012

J’y vois un signal fort. Nova éditions.

Quand les mots des discours politiques sont usés, il reste à en rire.
Plutôt qu’une docte analyse des éléments de langage encombrant les proclamations des impétrants présidentiables, ce pastiche est salutaire.
Il va bien au-delà des tressautements de l’épaule du dernier président qui dans cette version finement écrite renonce à se présenter, alors que Carla en interview à Paris Match cite Guaino : « on ne fait pas des enfants par politique : c’est le contraire. On fait de la politique pour ses enfants ».
L’effet d’accumulation est comique et l’échange de SMS entre Bertrand et Copé est drôle, Mélenchon est ronchon, Montebourg lyrique sans atteindre les sommets Villepinesques.
Si Domenech propose ses services comme consultant, ceux de DSK marquent une certaine lassitude.
Une Ségolène faisant valoir ses erreurs comme argument lors des primaires est à peine en décalage avec l’originale, Le Pen a prévu de fuir au cas où il serait élu, et Bayrou exprime toute sa foi devant un seul auditeur : Benhamias.
Le projet de discours de Frédéric Lefebvre qui succède à Lévi-Strauss à l’Académie est un sommet et Kosciusko-Moriset veut nous rassurer après une catastrophe nucléaire où un Airbus a percuté une centrale :
« Vous le savez sans doute, notre industrie aéronautique, grâce à la recherche de la France et de ses partenaires européens, dispose d’une avance technologique unique au monde. Dans le cas présent, il semble que l’Airbus A380, malgré son fuselage ultraléger, affiche un coefficient de pénétration du béton bien supérieur à celui des autres appareils… » 
Les langues de bois tombent en sciure.

vendredi 3 février 2012

Riches ou pauvres, à chacun son ghetto ?

Sauf que l’un est choisi et l’homogénéité plus forte chez les riches.
 « Bande », « délinquance », « violence » : pas de ça chez nous à l’ouest de Paris ! Quoique.
Pas chez ceux qui font les lois.
Dans le débat de Libération de novembre 2011 à Lyon placé sous le signe
des « Nouvelles frontières », la rencontre entre les Pinçon-Charlot et le maire de Neuilly avait toute sa place.
 La distance est bien plus éloignée entre Paris et sa zone périphérique Nord qu’avec Berlin.
Jean Christophe Fromentin a eu un certain courage pour venir s’asseoir à côté des auteurs du « Président des riches » et des « Ghettos du gotha », et même s’il ne s’inscrit pas dans la filiation Martinon - Sarkozy, être maire d’une commune qui vient de porter à 4% les logements sociaux dans sa ville comportait quelques risques d’hostilité.
Très courtois, il s’est débattu pour combattre l’idée de ghetto, en faisant valoir que 50 000 personnes venaient travailler dans sa ville qui comporte 60 000 habitants.
Son insistance à trouver seulement « des différences de standing mais pas plus que dans d’autres métropoles » est moins convaincante que dans d’autres registres où il revendique une liberté de parole qui veut le distinguer de ceux qui font métier de la politique : lui est entrepreneur.
 Les sociologues reviennent sur la villa Montmorency, lotissement oligarchique où Bruni, Bolloré, Lagardère s’agglutinent alors qu’ils pourraient vivre ailleurs. Mais l’entre- soi, le communautarisme de naissance, permettent de démultiplier les richesses, les pouvoirs.
 Il est loin le temps où le faubourg Saint Antoine voyait les acteurs économiques proches des lieux de production.
Aujourd’hui dans la classe des pauvres, des individus désaffiliés cumulent tous les handicaps : économiques, culturels et sociaux.
La description de l’évolution des immeubles du Sillon de Bretagne où l’ambition initiale, la mixité sociale, a été dégradée par des phénomènes de ségrégation m’ont rappelé ce qui s’est passé à Villeneuve où nos rêves ont pris quelques plombs.
L’architecture fut-elle animée d’idéaux de progrès ne peut guère contre l’économie et ,dirait-on aussi , désormais la culture.
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Photographie envoyée par Gaétan :
"On ne peut se serrer la ceinture et baisser nos frocs en même temps" 
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Dans « Le Canard » de cette semaine :

jeudi 2 février 2012

Etienne Martin& Marcel Michaud. Musée des beaux arts de Lyon.

Dans la cité où l’art contemporain est dans la place depuis quelques temps,
ce n’est pas évident de goûter des œuvres plus conventionnelles de la première moitié du XX°siècle quand nous avons le souvenir frais des surprises des artistes de maintenant  qui ne manquent pas d’amplitude, même si l’agacement et l’incompréhension sont parfois de la partie.
Si bien que des productions d’après guerre, la seconde, paraissent parfois plus fades que les inventions datant d’avant la première guerre.
Lorsque j’ai débuté ma visite de l’atelier du sculpteur Etienne-Martin associé à un hommage rendu au galeriste Marcel Michaud avec lequel ils ont formé le groupe « Témoignage », j’étais relativement indifférent. Bien qu’estimant des dessins de paysages rappelant Chierico, j’ai vérifié que mon enthousiasme adolescent pour les surréalistes s’était fané, et j’avais l’impression par ailleurs d’avoir déjà beaucoup vu le type de sculpture proposé en début de parcours.
Le titre : « le poids du monde » me semblait aussi bien ambitieux, mais petit à petit dans la variété des propositions, j’ai apprécié des objets polychromes, des cages, et le jeu avec des matières variées m’a finalement réchauffé. Un lourd manteau de sac et de cordes, cuir et métal est posé en majesté et des travaux de passementerie acquièrent une autre dimension.
«Un jour je me suis aperçu que je faisais de la sculpture parce que je ne supportais pas la vie qui passe.»

mercredi 1 février 2012

Dijon. Riches heures et tournée des grands ducs.

Auguste Lagoutte produisit la première liqueur de cassis et celui, qui fut maire de Dijon jusqu’à 92 ans, le chanoine Kir, laissa son nom au célèbre apéritif.
Mais depuis que la moutarde n’est plus vraiment de Dijon, c’est par une curiosité plus liée aux arts et à l’histoire que nous avons fait un tour dans la capitale de la région Bourgogne qui fut royaume de taille européenne jusqu’à Louis XI.
 La ville située à la rencontre du Suzon, et de l'Ouche est le chef lieu également de la Côte d’Or, à la dénomination rare parmi les départements.
 D’une lignée aux patronymes flatteurs tels Charles Le Téméraire, Philippe le Hardi et Jean Sans Peur, Jean Le Bon a laissé son nom à une tour servant à prévenir les incendies qui offre désormais une belle vue sur la vieille ville.
La visite guidée d’une ville est toujours bonne à prendre, elle donne la possibilité de pénétrer dans des cours d’hôtels particuliers fermées aux touristes indépendants, ici elle se place sous le signe de la chouette à caresser de la main gauche, et nous conduit à l’hôtel de Vogüe aux tuiles vernissées après être passés devant la maison Milière qui servit de décor à Cyrano de Bergerac.
La sculpture d’un vigneron Le Bareuzai (les bas roses) foulant le raisin personnalise une des places principales de la ville.
 L’art contemporain repose parfois des musées étouffants sous leurs moulures dorées. Entre le Consortium et le musée des beaux arts, j’ai eu l’impression contraire. Les bavardages à l’ampleur inversement proportionnelle aux maigres installations m’accablèrent plutôt et me firent d’autant plus apprécier les collections anciennes raffinées qui n’ont pas que la lumière de leurs locaux à offrir mais surtout celle de leur tableaux.
La peinture passait alors de la miniature aux triptyques et les influences flamandes et siennoises se rencontraient
 Un des plus anciens musées de France est installé dans le Palais des ducs de Bourgogne : il y a Monnet, Nicolas de Staël, le souffleur à la lampe de Georges De La Tour, des animaux de Pompon, Rude le régional de l’étape.
J’ai revu les Pleurants, sculptures bien mises en valeur qui figuraient autour du tombeau de Philippe le Hardi, émouvants, variés, vivants.
 Bénigne est un nom que l’on remarque dans la ville : Hôpital, école et la cathédrale dont la partie souterraine témoigne de la présence d’une rotonde jadis à trois niveaux sur le modèle de celle conçue pour le tombeau du Christ à Jérusalem. Saint Bénigne a subi un martyre horrible
« l’apôtre fut d’abord écartelé puis on lui enfonça des alènes sous les ongles, on lui mit les pieds dans une auge de pierre où l’on coula du plomb. Et finalement on le jeta en pâture à des chiens affamés qui l’épargnèrent. Comme il avait résisté à ces traitements barbares, on lui brisa le crâne d’un coup de barre de fer et on perça son corps d’un coup de lance. », rien de vraiment bénin.
Son existence est désormais remise en question.

mardi 31 janvier 2012

Du sable dans le maillot. Florence Cestac.

Ou bien « on est arrivés, il fait beau et les gens sont sympas ».
 Sur le thème des vacances, l’auteure membre éminent de la confrérie des gros nez, repasse par les cases colo, chez pépé mémé à la campagne, la villa avec une bande de chouettes copains, la montagne, les ados, les voisins envahissants au camping, et la meilleure amie au Club…
Bien des situations pourraient figurer dans quelque navet à succès mais Franck Dubosc n’est pas là, les gags ne s’étirent pas, ils durent le temps d’une bulle et passent à un autre régressif, donc délicieux.
 Anne Charlotte, Marie Sophie, Charles Henri, Jean Guillaume, Marie Hortense, Jean Bernard, Jean Etienne, Louis Gérard prennent leur mois de juillet sur l’île de Ré.
 Il y a des personnages odieux - puisqu’ils - payent, des « pigeons » aux Canaries mais aussi de la tendresse dans le rappel des souvenirs d’enfance sur l’île aux oiseaux quand l’oncle Henry raconte ses souvenirs.
Les trouvailles sur la plage proviendraient alors du Titanic, du Nautilus ou de Barbe Rouge.

lundi 30 janvier 2012

Polisse. Maïwenn.

Je ne m’étais pas précipité sur ce film au casting tapageur et à la thématique rebattue.
Et j’ai été agréablement surpris : Karin Viard en colère n’est vraiment pas nunuche et Joey Starr campe un personnage crédible et profond.
Le film est riche comme sont diverses les personnalités composant cette brigade des mineurs.
La réalisatrice à la biographie bien garnie joue une photographe qui suit la vie des flics.Cette position lui permet d’interroger son propre regard documentaire agrémenté de dialogues vifs, avec quelques scènes ciselées, poignantes, drôles.
Les policiers hommes et femmes s’impliquent dans leur métier dans des conditions difficiles pour traiter de tellement d’affaires délicates, leurs vies privées sont pour le moins bousculées.
Les enfants maltraités sont bien traités par la cinéaste, sans mièvrerie, avec tendresse et pourtant les situations qu’ils subissent révèlent bien des noirceurs.
Le problème des moyens mis en œuvre pour les protéger est posé clairement dans toute son épaisseur humaine et politique.

dimanche 29 janvier 2012

Le suicidé. Comédie russe. N. Erdman. P. Pineau.

« À l’époque où nous sommes, ce qu’un vivant peut penser, seul un mort peut le dire. »
 En appréciant la charge explosive intacte de la pièce écrite dans les années 30, on peut comprendre que la censure ait duré jusqu’en 1987. La farce est ravageuse. Celui qui menace de se suicider depuis qu’un saucisson a été confondu avec un révolver, a trouvé enfin un sens à sa vie. Il apparaît aux yeux des autres au moment où il veut disparaître.
Désormais : « à n’importe quelle réunion, camarades, à n’importe laquelle, je peux tirer la langue au président ».
 Une flopée de personnages, tous excessifs comme il convient, verraient bien ce suicide annoncé servir leur cause, ainsi en est-il avec toutes les récupérations qui martyrisent tant de désespérés.
Le titre de comédie n’est vraiment pas usurpé, et un rythme endiablé est tenu pendant 2h 20.
Le dispositif scénique sans être envahissant rappelle le constructivisme russe, il est au service d’un déroulement limpide de l’intrigue où les acteurs excellents communiquent leur plaisir de jouer.
Le burlesque est attaché au tragique : il est question de dignité et rien moins que de la mort et du sens de la vie. Pièce éminemment politique sans lourdeur où le commissaire politique annonce la fin des hommes et la disparition des dames.
 Ne subsisterait qu’« une masse immense de masses. »

samedi 28 janvier 2012

Le passage obligé. Michel Tremblay.

L’auteur prolifique, que l’on aime retrouver, parle avec tendresse d’une période rude au début du XX°siècle.
La langue du Québec va bien avec la chaleur humaine et la vérité d’une vie qui s’achève pour la grand-mère. A Saskatchewan, l’enfance finit pour Nana.
Maria, sa mère, vit à Montréal pour assurer un meilleur avenir à ses enfants mais elle se tient loin d’eux. Chacune, se sont surtout les femmes qui sont mises en valeur, se démène pour mieux respirer dans une société corsetée par la religion où il est bien difficile d’infléchir les destins.
 « …les hommes, eux ne détestaient pas promener leurs effluves de travailleurs à la dure et répétaient à qui voulait l’entendre qu’un mâle qui sent la femme n’est pas un vrai mâle, ce à quoi Joséphine leur répondait qu’un mâle qui sent le bouc est juste un animal comme les autres. » 
 Aucun mélo, même quand Nana, l’ainée, grandie trop vite, doit renoncer à l’école pour s’occuper du plus petit.
Elle trouvera du réconfort dans le cahier de contes laissé par Josaphat- le- violon.
Plaisir partagé par le lecteur dans trois récits insérés dans les 250 pages avec des lutins, les spunkies, et une pie grièche qui vont éclairer le réel.

vendredi 27 janvier 2012

Quelle place pour la culture dans la vie sociale ?

Un de mes lecteurs, que je connus - lui aussi- plus politique, trouve que mon blog est trop branché culture.
Sous les murs écroulés de la politique, nulle plage. Je vais vers les délices cultureux paresseux qui font rosir nos petits cœurs à coup de pigments, de zooms, de flow, de rimes à l’arôme sucré.
Sur la toile, c’est bien vrai que la consommation de spectacles, expositions, livres… n’échappe pas au copié /collé, mais le débat politique me semble lui aussi bien conformiste.
Je suis frappé que les premières pages qui s’ouvrent dans les moteurs de recherche reprennent bien souvent, d’un site à l’autre, les mêmes textes sans regard critique. De nombreuses personnes prenaient des notes aux journées de la République des idées, mais je n’en ai pas trouvé trace sur le web.
J'ai saisi quelques mots:
La culture doit énoncer le monde, le questionner et nous permettre aussi de nous en échapper.
La culture peut mettre au présent, commenter le social, mais ne peut servir de pompier puisqu’il ne s’agit plus non plus pour l’agit prop de mettre le feu à la plaine.
 « Sa promesse excède ce que l‘on peut vivre », elle nous rend meilleur parfois - une heure, rien qu’une heure seulement - elle peut émanciper dans la filiation sépia du conseil de la résistance quand le théâtre était service public, la culture associée au travail.
Pris dans le caléidoscope publicitaire des représentations, la multiplication des spectacles devient une fin en soi devant le spectacle lui-même, des mots peuvent nous apaiser :
  « Le cinéma conserve à contretemps, parce que le temps cinématographique n'est pas ce qui coule, mais ce qui dure et coexiste. » Deleuze.
 Nasser Djemaï l’auteur de « Invisibles » dans le débat animé par Arnaud Laporte à la MC2 faisait part des difficultés d’avoir un espace critique situé et non plus global, la politique se tenant dans le sujet et non la forme. Me revint alors une réflexion entendue dans un autre débat :
 « au moment de la commune, bien des impressionnistes étaient à la campagne ».
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Dans le Canard de la semaine:

jeudi 26 janvier 2012

Les sources de l’art nouveau en Europe : le temps des précurseurs. 1865-1890.

Emile Gallé, après des études littéraires remplace son père, maître de l’émail et des faïences.  Au début du XX° siècle, il est  encore reconnaissant  envers le duc de Lorraine Stanislas sous le règne duquel, en plein XVIII°, le développement économique, fut aussi artistique et urbain. Sur ces terres, les ouvriers qualifiés ne manquaient pas. La défaite de 1870 va amener le Dreyfusard de la première heure à insister sur les racines locales de son art floral influencé par les rocailles, dans un répertoire assez rococo et historiciste.
L’art nouveau est associé aux revendications nationalistes du côté de la Catalogne, de la Finlande ou chez les magyars. Il utilise des matériaux rares et ses 14 meubles pour l’exposition de Paris sont des productions de luxe avec lesquelles il espère édifier les acheteurs. Ce style s’enracine dans l’histoire, et les expositions universelles raccourcissent les espaces : le Japon est à la mode jusqu’au « japonisme » dont on trouve des marques sur des pendules, des chandeliers.
Auguste Majorelle, inspiré par l’Orient, sera avant tout un créateur de meubles et améliorera les performances du Vernis Martin qui remplaçait les laques chinoises. Son fils Louis travailla plutôt la faïence qu’il mêle aux bois. Un piano spectaculaire témoigne d’un travail original. C’est le temps de Loti et des arabesques mauresques qui vont si bien aux arrondis de l’art nouveau.
Les anglais regardent, eux, surtout du côté du moyen âge.
Augustus Pugin réactualise le style néo gothique lors de la reconstruction du parlement de Londres achevé en 1860. Et le critique John Ruskin défend les préraphaélites (re)renaissants et le travail artisanal : la main contre la machine. En architecture il est pour exhiber les structures en fonte ou en fer, ne pas cacher les matériaux.
Eugène Viollet Le Duc qui a réhabilité notre patrimoine médiéval n’était pas une sorte de promoteur d’un Disneyland XIX°, suivant le mot de Gilles Genty aux amis du musée : par ses écrits théoriques, il a inspiré par exemple Hector Guimard. Il est question de libellules, très présentes sur les vases de Gallé, leurs ailes se retrouvent dans le dessin des verrières qui surplombent les volutes en fonte de stations de métro parisiennes. Certains ont trouvé quelque peu « nouille » ce style moderne

mercredi 25 janvier 2012

Hospices de Beaune.

Avant la visite nous patientons dans la cour, le nombre de visiteurs étant important. Nous prenons le temps de contempler les fameux toits aux tuiles en terre cuite émaillées. Cette polychromie qui identifie le style bourguignon viendrait d’Europe centrale. La Grande salle des « Pôvres », au plafond magnifique, mesure 50 m de long. Les malades couchaient à deux dans les lits disposés de part et d’autre de la partie centrale qui accueillait des tables pour les repas. Le choix de ne percer que de rares fenêtres inaccessibles pour protéger des miasmes extérieurs a joué à l’encontre des intentions hygiéniques.
Dans une salle attenante au cœur de l’Hôtel Dieu, nous pouvons voir la rivière la Bouzaise qui passait sous l’hôpital, elle emportait les déchets.
Au sortir de la guerre de cent ans alors que les « écorcheurs » mercenaires désœuvrés écumaient la région, en 1443, Nicolas Rolin a décidé de construire les hospices: « Je mets de côté toutes sollicitudes humaines et ne pense qu’à mon salut. Désirant par une heureuse transaction échanger contre les biens célestes ceux de la terre qui m’ont été accordés par la bienveillance de Dieu, et de transitoires les rendre éternels, dès maintenant, à perpétuité et irrévocablement je fonde, érige, construis et dote dans la ville de Beaune au diocèse d’Autun un hôpital pour la réception, l’usage et la demeure des pauvres malades » Les locaux garderont cette destination jusqu’en 1971. Sa compagne Guigone de Salins est associée à l’entreprise. Des carreaux portent la trace des liens forts qui les unissaient, le mot « seule » suivi d’une étoile y est inscrit. Ceci peut-il se lire «vous êtes ma seule étoile » ?
Une chapelle, des cuisines, une pharmacie ou plutôt une apothicairerie sont intéressantes : les plantes qui poussaient sur place dans le jardin des « simples » étaient réduites dans les mortiers, distillés dans les alambics. Des pots de verre portent sur leurs étiquettes: « poudre de cloportes, yeux d’écrevisses ». Le jugement dernier de Van der Weyden se déploie sur un polyptyque haut de 2,50 m, long de plus de 5 m dont on peut voir également l’envers. Ces dimensions importantes s’expliquent par la volonté de rappeler aux malades, leur destinée. Les damnés sont toujours les plus expressifs et l’ensemble est impressionnant, un système de loupe permet d’apprécier encore plus finement le travail du maître flamand.

mardi 24 janvier 2012

Le Petit Prince. Joann Sfar, Saint-Exupéry.

Le monument de notre littérature (134 millions d’exemplaires dans le monde) qui relie les générations plus sûrement que Les Misérables de Josée Dayan d’après V. H., french book des républiques antérieures, a été mis en bande dessinée.
J’ai eu le privilège de faire découvrir le petit bonhomme qui jamais ne renonce à une question, une bonne trentaine de fois à mes élèves. Il fournissait un prétexte formidable à leurs inventions en matière de dialogue à ambition – philosophique - comme on ne disait pas. Je demandais après le récit des voyages dans un univers peuplé de personnages féconds :« Invente la planète suivante ».
Sfar, touche à tout de la BD est totalement fidèle à l’esprit, à la poésie, à la tendresse, à la sagesse de l’original. Il apporte sa touche avec subtilité : sa rose avec ses rondeurs féminines met au jour ce qui n’était divulgué que récemment des amours de Saint Ex, tout en restant respectueux de l’auteur. L’aviateur apparaît au cours des dialogues avec un Petit Prince aux grands yeux qui s’embuent souvent comme les nôtres en relisant la fin d’une histoire mélancolique où l’idée de la mort comme dans tant de contes pour enfants est très présente.
Le Prince n’a pas été épargné par la marchandisation, ce travail de Sfar n’entre pas du tout dans la sarabande des trousses, drap et autres produits dérivés, il est comme le Forestier interprétant Brassens, fidèle tout en restant lui-même : un enfant qui s’étonne.

lundi 23 janvier 2012

Les nouveaux chiens de garde. Gilles Balbastre Yannick Kergoat.

Entre marchands de canons, de béton et celui des Rafales, je croyais tout savoir sur la faible indépendance des médias ; hé bien, l’effet d’accumulation concernant les connivences, l’omniprésence des mêmes « experts » éditorialistes, donne le vertige. Les responsables de journaux dans les tournantes de la « chefferie » sont ridicules.
Il y a de quoi rire, mais aussi d’être accablé quand Julliard dont j’apprécie pourtant les éditoriaux se montre tellement d’accord avec Ferry (Luc).
Joffrin fait peine dans une question tellement déférente à Chirac, et comme pour Duhamel, cible très prévisible, ses cumuls nuisent à la profondeur de ses analyses.
Pujadas demandant aux Conti de ne pas embêter les patrons, se faisant envoyer sur les roses, c’est vraiment plaisant.
Giordano et ses « ménages » parmi tant d’autres : Sinclair, Ockrent, belles illustrations du mélange des genres, qui se réjouissent de la fin de l’époque Peyrefitte lorsque le ministre de l’information venait expliquer à Zitrone les nouvelles formes de l’information : au moins il y avait moins d’hypocrisies et Val chantait : « rien n’est plus beau que l’autogestion ».
Dans un secteur en crise grave avec des journaux « aux jarrets coupés », des évolutions ont eu lieu, depuis le livre d’Halimi , « les chiens de garde », illustré dans ce montage plaisant. Plenel par exemple ne tient plus tribune commune avec Minc et Colombani. Avec Médiapart, il a ouvert un espace alternatif sur le web, lieu essentiel d’infos, dont il n’est aucunement question dans le film.
Tout bouge rapidement, les têtes de marionnettes devraient se renouveler, pourtant la longévité est la caractéristique dans ces cercles là : Elkabbach et Drucker prêchent la mobilité et Attali les vertus du nomadisme : ils n’ont guère bougé des studios où ils campent.
Le titre est inspiré du livre de Paul Nizan « Les chiens de garde »:
« Que font les penseurs de métier au milieu de ces ébranlements ? Ils gardent encore leur silence. Ils n'avertissent pas. Ils ne dénoncent pas. Ils ne sont pas transformés. Ils ne sont pas retournés. L'écart entre leur pensée et l'univers en proie aux catastrophes grandit chaque semaine, chaque jour, et ils ne sont pas alertés. Et ils n'alertent pas. L'écart entre leurs promesses et la situation des hommes est plus scandaleux qu'il ne fut jamais. Et ils ne bougent point. Ils restent du même côté de la barricade. Ils tiennent les mêmes assemblées, publient les mêmes livres. Tous ceux qui avaient la simplicité d'attendre leurs paroles commencent à se révolter, ou à rire. »

dimanche 22 janvier 2012

L’histoire terrible mais inachevée de Norodom Sihanouk, roi du Cambodge.

Je savais que Mnouchkine avait monté la pièce d’Hélène Cixous il y a bien des années déjà (26 ans), alors j’avais pris des billets à la MC2, les yeux fermés.
Mais il s’agit d’une nouvelle version en Khmer surtitrée de trois heures vingt. Après l’entracte, je ne suis pas revenu. J’avais cependant rencontré une autre admiratrice du Théâtre du Soleil qui avait été enthousiasmée par la création de deux fois quatre heures, elle reconnaissait que cette interprétation était un peu raide et didactique. Quant aux anciens élèves que ma femme connaissait qui n’avaient pas d’éléments historiques à leur disposition ils étaient face à une énigme, tant les détours de l’histoire là bas sont compliqués.
La vraie vie du Roi « père du Cambodge » et par ailleurs correspondant du Canard Enchaîné était faite pour être portée au théâtre même avant d’être mise en lumière par des acteurs pour beaucoup orphelins depuis les années rouges. C’est une jeune fille qui interprétait en hurlant le rôle de Norodom.
La démarche de faire jouer cette pièce par les Cambodgiens eux-mêmes est bien sûr sympathique, mais leur jeu m’a paru appuyé, frontal, peu approprié pour évoquer les ambigüités, les finesses du personnage principal surnommé « l’insubmersible ». Celui-ci considérait que la monogamie était monotone, il avait eu sept épouses et quatorze enfants dont cinq ont péri sous le régime khmer rouge.
Ces 25 acteurs et 5 musiciens sur leurs tréteaux ont présenté un travail indispensable pour leur pays dont les habitants à la mémoire ravagée m’avaient semblé si fragiles. Mais pour moi, spectateurs de la MC 2, la barrière de la langue, la complexité des sujets abordés, la longueur de la représentation ont dominé ma bonne volonté.

samedi 21 janvier 2012

Assommons les pauvres. Shumona Sinha

L’auteure Bengalie sait de quoi elle parle ; interprète auprès des demandeurs d’asile, placée entre deux mondes, elle n’y va pas avec le dos de la cuillère et son style poétique ne brode pas la métaphore mais révèle les faux semblants, les mensonges, et crie la misère du monde.
« Les enfants soldats protègent leur foyer avec leurs bras d’allumettes. Ils remplissent leur cage d’os d’un grand souffle et se plongent dans la piscine sale de la pluie, dans les larges trous des trottoirs. Le fleuve déborde et noie la ville. » 
Un fois encore c’est une étrangère qui régénère notre langue comme Makine le fit.
Sa colère qui éclate d’une façon fortuite se développe comme dans un ralenti, en ménageant les flous.
L’écriture précieuse n’atténue pas la brutalité des faits. La romancière ne se place pas en surplomb avec pourtant une expression, une précision qui nous séduisent sans tomber dans le formalisme. Sa sincérité est un garde fou.
« Dès l’entrée ces hommes rappelaient l’arrière des boutiques et des restaurants faussement chics de la ville. Ils me rappelaient la crasse, l’eau sale et le tintement mélancolique des vaisselles bon marché, le parfum âpre des tissus exotiques. Ils étaient le revers de la broderie, ils étaient le dos noir des poêles trop usées, ils étaient la face cachée de la mascarade. Les officiers les interrogeaient, ils répondaient, je traduisais, je faisais le trait d’union entre eux. »

vendredi 20 janvier 2012

Comment aimer l’impôt ?

« Les riches se sont considérablement enrichis, mais ils rendent moins à la société qu’autrefois. »T Pech
L’affaire Bettencourt a eu un effet de dévoilement du Bouclier fiscal, révélateur des pratiques où Woerth était un des acteurs des plus emblématiques. Le ministre du Budget garant de l’état conseillait ainsi publiquement une association de guides chamoniards pour payer moins à la collectivité (août 2010. Dauphiné Libéré). C’était du temps où ce pilier de la Sarkosie réservait l’honneur des médailles aux gestionnaires de fortune. Tellement ordinaire, que cela me choque presque plus que ses abus, magouilles, (conflits d'intérêts, financement de l'UMP, cession de l'hippodrome de Compiègne…) auxquels nous nous étions familiarisés.
Puisqu’il était question en ce mois de novembre de « refaire société », une fois encore j’ai choisi de suivre un débat sur la réhabilitation de l’impôt lors des journées de la République des idées. Etaient invités un historien, un syndicaliste et l’économiste Camille Landais qui a écrit avec Thomas Piketty et Emmanuel Saez le livre faisant désormais référence « Pour une révolution fiscale ». Quand il s'agit de simplifier la fiscalité et la rendre plus équitable, la fusion de la CSG et de l’impôt sur le revenu, individualisé et progressif est une des mesures les plus marquantes.
Le terme contribution a remplacé le mot impôt qui se trouva affublé par Franklin lui-même de la même certitude que la mort.
Et pourtant sans impôt pas de société et il est loin le temps où le citoyen s’honorait en payant ses taxes. C’est que l’opacité, la complexité sont devenues des données structurelles. Et l’érosion de la morale publique le bruit de fond de nos feuilletons.
Alors améliorer l’information avec un accès aux statistiques comme dans les pays nordiques serait logique avec bien sûr, évidemment, nécessairement, l’accroissement de la pression fiscale sur les plus aisés :  
« prendre le superflu, plutôt que le nécessaire »
Un référendum en Californie où s’était exprimé un refus de l’augmentation de la fiscalité a mis en évidence une explosion des coûts pour les individus quand la mutualisation n’est plus là. Pour rendre l’impôt plus aimable, l’aborder par la contre partie : le coût d’un élève…
La retenue à la source demande une gestion plus fine et n’abaisserait pas forcément le coût de la collecte, là les experts ne sont pas forcément d’accord.
La crise va accélérer les mutations et les délais seront peut être raccourcis par rapport à l’impôt sur le revenu conçu en 1848 et appliqué en 1914. La France affiche souvent des intentions plus égalitaires, mais à force d’abattements et des niches fiscales, le niveau de l’impôt à payer est bien faible pour les plus riches des riches, même s’ils ne pourront à eux seuls combler tous nos déficits.

jeudi 19 janvier 2012

L’art change-t-il le monde ?


« L'art ne vient pas se coucher dans les lits qu'on a faits pour lui. Il se sauve aussitôt qu'on prononce son nom. Ce qu'il aime c'est l'incognito ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s'appelle » Dubuffet .
Avec ce sujet style baccalauréat, le débat de la République des idées électrisa pourtant la salle et mit à mal nos bonnes volontés tolérantes quand une artiste présenta son travail à coup de Power point et de langage branchouille qui touille les absconseries de l’art contemporain et les mots du management.
Un artiviste travaillant au service du mouvement social, plus séducteur lui succéda, mais lui aussi n’échappait pas aux contradictions. Les portes de la Tate se sont ouvertes pour lui mais n'a pas pas supporté ses postillons dans la soupe, les portes ne se sont plus ouvertes: victoire! Mettre des nez rouges dans les manifs entre aussi dans une production d’images qui s’autodétruiront quand le sens aura été raboté par les machines déchiqueteuses d’informations.
V. Hugo fit avancer la cause de l’abolition de la peine de mort, et avec « Halte aux démolisseurs » préserva le patrimoine, A. Londres fit fermer les bagnes et un T. Roosevelt prit des idées chez des romanciers.
Le film « Indigènes » fut un succès et J. Chirac remit à niveau les pensions qui attendaient depuis belle lurette « un acte de justice et de reconnaissance envers tous ceux qui sont venus de l’ex-empire français combattre sous notre drapeau ».
« L’art contemporain a toujours été un accessoire de la très grande richesse » et la bulle spéculative a beau être teintée de poésie, dans le monde arty règne une compétition impitoyable, avec ses réseaux, sa précarité : tous les traits du capitalisme dans ses féroces pratiques.
Le monde a changé l’art.

mercredi 18 janvier 2012

Chatillon sur Seine.

La commune bourguignonne, au nom qui chante, située dans les courbes d’une Seine à ses débuts, recèle aussi la source de la Douix dont une résurgence était un sanctuaire guérisseur.
L’église pré romane abrita des pillages normands, les reliques de Saint Vorle à qui on prète le don de l’ubiquité.
Datant de l’an mil, elle comporte une mise au tombeau dans le style champenois aux drapés qui valent le détour. A ses pieds la vieille ville avec des maisons remarquables tel cet hôtel renaissance d’un bourgeois qui se ruina dans cette construction et une allée d’arbres financée par les amendes qu’ont dû acquitter des boulangers réticents aux taxes au XVII° siècle.
La ville est calme mais pas sans histoire, Napoléon y passa et Garibaldi s’y battit, Joffre lança la bataille de la Marne depuis là.
La bourgade essentiellement agricole conserve des activités métallurgiques qui remontent à fort loin.
Dans une ancienne abbaye est installé le musée du Chatillonais dont la pièce maîtresse est le cratère de Vix. Trouvé dans une tombe, ce service à boire de 200 kg pouvant contenir 1000 litres de vin aromatisé, il accompagnait sous un tumulus depuis 2500 ans une princesse gauloise. Fabriqué en Italie par des grecs, il est le vase antique en bronze le plus vaste jamais découvert. La dame de Vix dont le corps reposait sur un char dont les roues avaient été démontées, était richement parée en particulier avec un collier (torque) en or. A cette époque, fin de l’âge du fer, la communauté celte qui était établie autour du mont Lassois faisait commerce de l’étain indispensable pour la fabrication du bronze.

mardi 17 janvier 2012

Bandonéon. Jorge Gonzalez.

Très beaux dessins dans un carnet de croquis.
L' histoire n’est pas linéaire et nous oblige à sortir du divertissement pour essayer de saisir un peu du mystère du destin d’un enfant prodige musical.
Buenos Aires : le bordel, l’exil, les reniements, la mélancolie, le tango.
Les cartes postales ont des couleurs sépia.
« L’argentine, le meilleur endroit au monde que personne n’arrangera »
Lire l’utile avant-propos du traducteur qui éclairera 200 pages d’un récit parfois un peu elliptique mais qui séduit par la variété et l’énergie du graphisme.

Cathédrales


Hubert Dal Molin, dont les travaux ont été présentés sur ce blog, habituellement concepteur de mandala, a plus d’une flèche à son arc (boutant).
Il présente une maquette de cathédrale impressionnante dans la cathédrale Notre Dame de Grenoble pour l’exposition intitulée « Des pierres qui parlent ».
Les maquettes attendent les visiteurs également à la Source et au Musée de l’Ancien Evêché jusqu’au 20 février 2012.

lundi 16 janvier 2012

Las acacias. Pablo Giorgelli.

Comme ce n'est pas un film américain du nord, cette fois les distributeurs ont  exceptionnellement traduit le titre : "les acacias" pour "las acacias".
Papa roule.
Une heure et demie dans un camion lourdement chargé de bois où une jeune femme et son bébé ont été pris en charge par un conducteur peu bavard. Il effectuera un parcours personnel allant bien au-delà des 1500 km entre le Paraguay et Buenos Aires.
Une connivence avec la toute petite fille va entrouvrir sa cuirasse de père sans nouvelles de son propre fils qu’il a conçu jadis. Ses premiers mots en Guarani vont être le véhicule d’une relation qui s’amorce.
Bébé fait renaître papa.
Très fort, ce film sobre et délicat.

dimanche 15 janvier 2012

Un point c’est tout. Adrien Mondot Claire Bardainne.

L’Hexagone de Meylan capitonne sa niche à l’enseigne de la rencontre de la science et de la culture: ce soir c’était jonglage et art numérique.
Joli spectacle convenant parfaitement à des collégiens souvent captifs de spectacles difficiles, à des enfants, aux vieux geeks ou pas.
Bien entendu le protocole des magiciens est respecté : c’est encore plus époustouflant quand on vous explique les tours.
Le propos accompagnant les danses est parfois un peu bavard et ne fait pas assez confiance au spectateur : on verra par nous même si c’est sensible ou décousu.
En tous cas beaucoup de fraîcheur, de la poésie, dans ces tourbillons de points lumineux entrecroisés de séquences de jonglage traditionnelles. Les mots mouvement et émotion ont la même origine et le synthétique peut être un véhicule léger pour l’imagination.
Des points comme des étoiles, des mots comme des plumes, une grille comme un paysage : magique. Aérien comme virgule.

samedi 14 janvier 2012

Une année chez les français. Fouad Laroui.

Une façon légère d’aborder la rencontre
de deux cultures : la marocaine et la française,
de deux univers : l’enfance et les adultes se cotoyant dans le microcosme d’un internat,
à la fin des années 60 au Lycée Lyautey à Casablanca.
La décolonisation n’est pas vraiment achevée, les ambigüités n’en sont que plus porteuses de questionnements, sans acrimonie.
Du bled à la ville, des découvertes, des malentendus, les mots jouent pendant 300 pages.
Un autre siècle où la littérature pouvait enchanter le réel, où les vacheries, les incompréhensions ne mutilaient pas, mais permettaient de grandir.
Un humour bienveillant, donc daté, parfois un peu bavard, mais au charme certain peut rappeler le Petit Nicolas.
Mehdi le petit boursier consulte un album où sont représentées les chaussures de Van Gogh dans une famille qui l’accueille en fin de semaine :
« - Dis moi, Mehdi, ça fait bien dix minutes que tu regardes ces vieux godillots en rêvassant. 
A quoi penses-tu ? 
L’enfant chuchota : 
- Je pense à mon père. 
Mme Berger se méprit sur le sens de ses paroles.
Elle caressa le front de Mehdi en murmurant, d’une voix pleine de pitié : 
- Il en portait de semblables ? 
Mehdi sentit une bouffée de honte et de colère monter en lui.
- Non mon père ne portait jamais de chaussures pareilles ! [...] 
- Il n’y a pas de honte, tu sais, reprit la mère de Denis. Je t’assure, j’admire ton père, de si humble extraction, d’avoir réussi à mettre son fils au lycée français. Au moins tu n’auras jamais à porter de godillots aussi pourris. 
Elle prit la voix la un peu précieuse qu’elle utilisait lorsqu’elle voulait annoncer à Denis(son fils) qu’il y avait un mot ou une expression à apprendre dans la phrase qui venait.
- C’est ce qu’on appelle l’ascension sociale. Répète Denis. » 
Les épisodes cocasses ne manquent pas : ainsi à l’occasion d’un mariage à la campagne qui dégénère, le jeune garçon place des vers de Corneille pour décrire le chaos.
Le récit optimiste, est donc vieillot : Mehdi réussira sa scolarité et comprendra mieux ses origines.

vendredi 13 janvier 2012

La question sociale aujourd’hui. République des idées.

L’intitulé évoquait jadis l’usine et le travail, aujourd’hui, les quartiers difficiles occupent l’espace médiatique, mais bien peu les décideurs. Les patrons se sont éloignés des lieux de production et la police vient au premier rang.
Le lieu des inégalités se situe dans la ville et non plus à l’usine.
Depuis les années 50 jusqu’en 70, le progrès social a accompagné le développement économique : « demain était meilleur » même si à la sortie de la seconde guerre, les guerres coloniales furent peu glorieuses.
L’idée de progrès était alors partagée, la confiance en la science évidente, les protections autour du travail étaient solides, et la trajectoire professionnelle meilleure pour les enfants.
Désormais la confiance en la classe ouvrière s’est troublée avec le rejet des immigrés. Les ancestrales classes dangereuses reviennent à la lueur des incendies de voitures. Et l’explosion sociale touche à l’intimité des familles où les séparations sont bien plus difficiles dans les classes défavorisées.
Le mot « crise » est trompeur car il sous entend qu’il s’agit seulement d’un mauvais moment à passer alors que la précarité, la désaffiliation, le décervelage sont bien installées par la mondialisation capitaliste débridée. La dérégulation qui affecte le salariat interroge les syndicats qui envisagent une sécurité sociale professionnelle, une sécurisation des trajectoires professionnelles pour attacher des droits aux transitions, associer des garanties au travail mobile.
Mais Sofitel et Carlton occupent nos yeux.  
« Si les diagnostics ne soignent pas », j’ai retenu aussi ce bon mot de François Dubet : « le décrochage scolaire est la maladie nosocomiale de l’école » au bout de son dialogue avec son vieux compère Robert Castel au forum de la République des idées à la MC2 de Grenoble.
.....
Dessin De Lefred-Thouron dans "Coloscopie de la France du XXI°siècle"

jeudi 12 janvier 2012

L’idée et la ligne.

Le musée de Grenoble met de l’ordre dans ses dessins : des œuvres à part entière et des préparations pour des peintures plus imposantes.
Le dessin est- il supérieur à la peinture ?
Ingres ou Delacroix ?
Cette série de 125 feuilles choisies parmi 3000, exposée jusqu’en février, vient après la période italienne « De chair et d’esprit ». Cette fois c’est la mesure et le goût français pour l’intellectualisme qui prévalent. Dans des dessins au carreau les visages sont anonymes et quelques batailles abolissent des représentations classiques. J’ai appris d’ailleurs de notre guide Etienne Brunet qui réussit à rendre attractive une exposition qui ne se donne pas facilement, qu’il fallait distinguer les représentations du christ en jardinier par exemple de son image sacrée d’où une notation cocasse d’un Rembrandt où le christ est qualifié « d’après nature ».
Le Brun, De Champaigne, Boucher, David sont les artistes présentés les plus fameux de la renaissance à l’empire, mais bien d’autres illustreront la période maniériste, lyrique, classique ou romantique. Sous les rehauts blancs, les repentir rendent vivants des recherches vibrantes où une carnation pourra être rendue avec une grande économie de moyens où la grande histoire s’accommode des petites histoires. La découverte de Pompéi influencera les artistes au-delà des décors d’une antiquité rêvée qui se dépouilleront avant de s’encombrer à nouveau. Bientôt les dessinateurs vont aller voir sur place les paysages et ils pourront aussi proposer leurs visions de jardins à installer. La période antique continuera à influencer jusqu’aux représentations religieuses ; la ligne claire, celle des BD, s’inscrivait déjà sur les vases grecs.

mercredi 11 janvier 2012

Troyes.

La dénomination AAAAA remise au goût du jour concerne l’« Association Amicale des Amateurs d’Andouillette Authentique » sise en ce lieu natif de la célèbre charcuterie. La vieille ville restaurée dont le plan ressemble à un bouchon de champagne est bien mignonne avec ses maisons à colombages qui ont retrouvé leurs couleurs semblables à celles de 1530 après avoir été recouvertes de crépis divers. Les bâtisses à encorbellements se touchent quasiment dans la Ruelle des Chats. L’espace médiéval est vaste et les sculptures, les cariatides, offrent des surprises à tous les regards. 
Les églises ne manquent pas :
« Que fait-on à Troyes ? 
On y sonne » d’après un dicton.
Saint Pantaléon en particulier comporte des statues polychromes remarquables avec deux juifs à la tribune particulièrement vivants. Lieux de grandes foires depuis le moyen âge, sa fortune liée au textile (la bonneterie) perdure avec les magasins d’usines dont les galeries maintenant baptisées « village de marques » attirent les fashion victims et aspirantes. Nous avons goûté à l’andouillette et déambulé devant quelques boutiques, mais le voyage valait surtout le détour pour sa Maison de l’outil et de la pensée ouvrière située dans un bel hôtel particulier où 8000 outils y sont exposés agréablement.
La muséographie contemporaine joue avec la multiplicité et également sur l’originalité car chaque apprenti concevait son outil marqué ainsi par la personnalité de son propriétaire. Les travailleurs du cuir, du bois, du fer, de la terre, de la pierre ont laissé quelques chefs d’œuvre de leur période de compagnonnage, et leurs instruments à portée de main portent la charge des années de labeur et de fierté de ces artisans. 
Le syndicat d’initiative parle du « Louvre de l’ouvrier » : cela me semble juste. 
La ville où l’ordre des templiers a vu le jour est aujourd’hui celle de Baroin, Bigard et récemment du docteur Coué de la célèbre méthode. 
Attila a été arrêté à ses portes en 451 aux champs catalauniques ; l’Antiquité se finissait là et le Moyen-âge débutait.

mardi 10 janvier 2012

Journal d’un journal. Mathieu Sapin.

Mathieu Sapin pas Michel (l’ancien ministre) est le dessinateur de ce reportage de 120 pages dans les coulisses du journal Libération où il joue à l’espiègle. La ligne est enfantine, si bien que l’ambiance de la rédaction me rappelle celle que je devinais avec mes yeux d’enfant en lisant Spirou.
Je suis étonné que l’engagement des journalistes surprenne des observateurs. Ils considèrent peut être que ce travail, lui aussi, est seulement une source de revenu.
L’actualité fait carburer la rédaction entre le départ de Joffrin et l’installation de Demorand :
Fukushima, Ben Laden, DSK.
Nous suivons le malicieux chroniqueur dans les services où affleurent la nostalgie de certains anciens, l’énergie de reporters, l’exigence de Pierre Marcelle qui apparaît en conférence de rédaction, tel qu’il est dans ces prises de positions éditoriales.
La BD convient bien à ce type de reportage, foisonnant, genre croquis pris lors d’un procès, petite séquence où un rendez-vous manqué peut être signifiant, belles rencontres, bons mots.
Le vieux lecteur de Libé que je suis s’est régalé et le novice peut y trouver du plaisir tant nous sommes loin des clins d’œil entre initiés qui furent une marque de fabrique du quotidien de la rue de Lorraine maintenant installé dans un ancien garage rue Béranger. La légèreté qui rend le livre attrayant joue au détriment de la profondeur ou d’une interrogation sur l’avenir de ce média.

lundi 9 janvier 2012

Les crimes de Snowtown. Justin Kurzel.

Le cinéma des antipodes arrive rarement jusqu’à nous et à cette occasion nous apprenons avec effarement que cette histoire horrible est construite à partir d’une réalité inenvisageable (11 assassinats). Le réalisateur n’a pas lésiné sur les effets spectaculaires qui nous conduisent d’une sidération à l’autre. La barbarie n’est pas que dans les actes: de surcroit le tueur en série pervertit de pauvres bougres pour ses entreprises de la plus haute cruauté. La violence suinte à chaque pas dans ce milieu social complètement défait de la banlieue d’Adelaïde. Avec l’intransigeance de sa morale mortifère, l’ange exterminateur passe aux actes les plus déments sans état d’âme.
Un kangourou débité à la hache est déversé sur notre canapé.
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Si j'ai suspendu sans préavis la publication quotidienne de mes articles, c'est que mon ordinateur a connu une grosse fatigue. Que mes visiteurs fidèles veuillent bien m'en excuser.