dimanche 5 octobre 2014

Les Boréades. Rameau.

Cette tragédie lyrique, œuvre posthume, attendit deux siècles pour être représentée.
Au départ opéra-ballet, cette fois sans ballet, pourtant la grâce et l’élégance sont bien là dans la musique dirigée par un Minkowski emballant qui mouille la chemise.
Sous le titre « Rameau le révolutionnaire » nous avons bien perçu que la liberté est appelée, les Dieux défiés, les ruisseaux s’apprêtent à déborder. 
Et si le profane ne sait reconnaître les innovations apportées par celui qui contesta la suprématie italienne dans les œuvres lyriques, nous pouvons percevoir la complexité des compositions et notre plaisir est bien présent quand tant de gravité est tellement théâtrale mêlée à une légèreté si nécessaire.
Borée (comme les aurores boréales), dieu des Vents du Nord, ne pourra caser ses fils auprès de la reine qui choisit l’amour d’un mortel… enfin pas si mortel que ça quand même.
« Un empire ou des fers, ton sort est à ton choix. »
A lire le livret, les personnages vivent des tourments compliqués, mais nous sommes au pays des Dieux et les amours quoique changeants sont absolus, ici règnent hymen, Zéphirs et transports peu communs.
 « Je vais fléchir un dieu sévère, il faut que ce jour éclaire mon triomphe ou mon trépas. »
En 1764 « Ainsi, le jour-même de sa mort, se voyant administrer l'extrême-onction, il n'aurait rien trouvé de plus grave à dire au prêtre que de le prier de ne point chanter si faux... »
Wikipédia à la page Rameau.

samedi 4 octobre 2014

Football. Citrus.

240 pages élégantes alternant textes courts et récits en images aux styles divers, renouvellent les regards sur le football qui a toujours à se justifier d’être aussi populaire.
Une journaliste brésilienne conclut son article :
« Je déteste que le Brésil accueille la coupe du monde 2014. Et j’adore aussi qu’il le fasse. »
Les aspects économiques, sociologiques, géopolitiques, historiques, sont abordés à travers des récits où les talents individuels rencontrent les passions des autres.
Il est question de sifflets lors de France Algérie en 2002, de corps nus sous la douche, du joueur colombien assassiné après avoir marqué contre son camp en 94, des arbitres comme acteurs, de Big Mal entraineur légendaire,  et d’un Kévin de Denain qui fit son voyage de noces en scooter jusqu’à Geoffroy Guichard mais arriva trop tard pour le match contre Esbjerg perdu 1 à 0, fin août 2013. Sa Mélissa a pris quand même une photo avec l’équipe et Galtier l’entraineur leur a souhaité de longues années de bonheur.
Il est question d’aérodynamique pour un coup franc de Roberto Carlos, différent des frappes flottantes de Ronaldo, et de musique : «  we are the champions ».
Un remplaçant songe sur le banc, et Raï réalise ses rêves en consacrant sa vie aux enfants. Les supporters en Egypte ont joué un rôle important lors des soulèvements contre Moubarak. Les filles jouent à Berlin et une autre raconte sa vie depuis que Dieu a aidé Maradona de sa main. Avec de très beaux dessins, nous faisons connaissance d’un épicier originaire du Maroc  installé aux Lilas, admirateur de Ben Barek, dont Pelé avait dit : « si je suis le roi, lui est le Dieu ». Le père de famille n’a pas été un champion, il entraine les moins de 13 ans, mais il ne mourra pas seul comme celui qui connut tant de gloire.  
Histoire : Mussolini et sa coupe du monde en 34, un match de la mort en 42 en Russie, en 44 les images de foot sont trompeuses dans le camp de Terzin. Il y eut la guerre entre le Honduras et le Salvador en 69, et L’URSS perdit son match contre le Chili dans le stade de sinistre mémoire car ils ne s’étaient pas présentés. Le match Dynamo de Zagreb contre Etoile rouge de Belgrade en 90 a eu plus de répercutions que la défaite magnifique de Séville en 82.  Et le souvenir de l’accident d’avion qui fit disparaitre l’équipe du Torino reste vivace malgré tant d’années passées depuis 49.
Le foot c’est du souvenir, de l’enfance et des voyages aussi : des cours de récré au Pérou, aux travées du vélodrome ou sur les terrains de fortune au Sénégal.
Dans les ateliers du Bengladesh, il s’agit alors de géopolitique.
L’ONU reconnait 194 états, la FIFA 209 sélections nationales.

vendredi 3 octobre 2014

La loi, c'est pas LOL.

" Merci madame de m’avoir remis sur les rails "
Si je relève cette réflexion d’un élève qui venait de se faire recadrer, c’est qu’elle valide l’attitude de certains professeurs qui n’ont pas renoncé à leur dignité, ni à celle de leurs élèves, tout en soulignant la naïveté et la tendance très 1° degré de tout dire… et puis pour une fois où il n’y a pas à se désoler.
Cette reconnaissance de la loi nous fait sourire parce qu’elle est exceptionnelle. Tout autour de nous, si ce n’était que l’aversion vis-à-vis des radars, nous en resterions au folklore français coutumier, foi de rédacteur n’ayant pas tous ses points.
Mais hanté par les décapitations au nom d’une loi qui serait divine, je m’interroge sur le rapport à la loi des hommes. La méconnaissance, le mépris envers le temporel, la laïcité, viennent au secours de la non acceptation de notre finitude, de nos faiblesses.
Les notes professorales ne sont plus consenties et il faut s’excuser de « donner une leçon ».
Au moment où je me tracassais de la faible mobilisation des musulmans autour de la mosquée de Paris et de l’écho qui m’a semblé faible de l’initiative britannique : « not in my name », je voyais chez un de mes correspondants Facebook, des images horribles datant de mai 2014.
Sur un marché de Bangui, une jambe humaine brandie grillée pour être proposée à la consommation serait celle d’un musulman massacré par des chrétiens. Cette publication au moment de l’indignation nationale autour de la mort d’Hervé Gourdel m’a semblé dans un premier temps une nouvelle manifestation de la théorie du complot, une manipulation de plus. Mais devant cet acte de cannibalisme, ultime tabou universel de la loi qui fonde l’humanité, j’ai cherché sur le net, et j’ai été troublé par un témoignage d’un reporter de l’AFP dans la capitale centrafricaine dont je n’avais pas pris connaissance dans les médias habituels que je fréquente pourtant assidument.
Je serai d’ailleurs bien heureux de recevoir des témoignages démentant cette étape ultime dans la concurrence de l’horreur.
Le lien entre une phrase d’un élève d’un collège tranquille et la répulsion absolue ne tient pas qu’à la confusion entre de terribles échos lointains et une anecdote rigolote, il se raccroche au mot du père d’Albert Camus répété à tous bouts de champs par Finkielkrault :
« Un homme, ça s'empêche »
Plus de non, plus de nom à l’horreur, les mal nommés actionnaires se gavent, Valérie T, Morelle et Thévenoud piétinant tout sans vergogne, nous ont sonné eux aussi,  ajoutant de la puanteur à notre air où l’oxygène se fait rare.
Que de malheurs, des infimes aux insurpassables, a-t-on créé avec cette enfant énervée en 5° parce qu’elle ne peut pas fumer qui n’a pas rencontré assez de refus à ses pulsions, jusqu’au massacre joyeux de son prochain qui ne se sait même plus la signification de « transgressif »!
Tant de dérives d’abandons, de n’importe quoi, font exploser le « vivre ensemble »  devenu une expression ironique dont il ne reste que cendres.
…………..
Les dessins sont du Canard de cette semaine et le mot de Didier Porte rapporté par Christian sur Facebook:
" La candidature de Sarkozy.... Un petit pas pour l'homme, un grand pas pour l'immunité ! "...

jeudi 2 octobre 2014

Le futurisme.

" Une automobile de course avec son coffre orné de gros tuyaux tels des serpents à l’haleine explosive … est plus belle que la Victoire de Samothrace. "
La déclaration parue dans le Figaro date de 1909, de la main de Marinetti qui signe le manifeste de l’école "futuriste" essentiellement italienne présentée par Gilbert Croué aux amis du musée de Grenoble.
Ce n’est pas le panache qui manque dans leur proclamation pleine de bruit et de fureur, les mots flamboyants  pleuvent depuis «  le promontoire extrême des siècles » portant « un défi aux étoiles » :
« amour du risque », « énergie », « témérité » rejoignent « insomnie fiévreuse », « saut périlleux » et « coup de poing ».
Le juvénile optimisme de la petite bande à l’orée du siècle balance :
« L’Italie a été trop longtemps le grand marché des brocanteurs. Nous voulons la débarrasser des musées innombrables qui la couvrent d’innommables cimetières. »
Mais d’autres intentions « craignent » :
« Nous voulons glorifier la guerre - seule hygiène du monde -, le militarisme, le patriotisme, le geste destructeur des anarchistes, les belles Idées qui tuent et le mépris de la femme. »
Après la domination autrichienne une fierté nouvelle se cherche en Italie.
Marinetti, le poète symboliste commence avec les anarchistes et finit chez les fascistes.
Dans son mouvement  où il prône le vers libre, arrivent des peintres, des musiciens, des architectes  pour  chanter « les ponts aux bonds de gymnastes lancés sur la coutellerie diabolique des fleuves ensoleillés… » et « tuer le clair de lune »
Balla  influencé par le divisionnisme de la touche picturale chez les pointillistes connait aussi les travaux de Marey et de Muybridge, photographes décomposant les mouvements.
Son «  dynamisme d’un chien en laisse »  est emblématique comme sa « Lampe à arc ».  Ses chantiers et banlieues où les ouvriers sont bien présents, décrivent son époque et une foi dans le progrès qui nous a abandonnés.
Boccioni  a écrit : « Tandis que les impressionnistes font un tableau pour donner un moment particulier et subordonnent la vie du tableau à sa ressemblance avec ce moment, nous synthétisons tous les moments (temps, lieu, forme, couleur, ton) et construisons ainsi le tableau. » Il a produit aussi « La rue entre dans la maison » magnifique tableau et une célèbre sculpture puissante et dynamique qui vaut mieux que son intitulé : «  Formes uniques dans la continuité de l'espace » qui entrechoque les points de vues.
Severini  accorde aussi l’art à la science. La « Danse du Pan-Pan au Monico » rythmée, luxuriante, de ses années parisiennes précède un « train blindé » où le métal tonne.
Carra, le plus politique  dans ses « Funérailles de l'anarchiste Galli », peut se confondre avec De Chirico et sa peinture métaphysique, il reviendra au réalisme après avoir été cubiste.
Russolo peint «  la révolte » avec lyrisme mais son apport est majeur dans les arts du son où il annonce la musique bruitiste, concrète, voire électronique.
Sant'Elia  architecte envisage une cité nouvelle et influence Le Corbusier.
L’avant-garde russe s’inspire de ce mouvement qui intégre des mots sur les toiles et secoue les formes cubistes. Les œuvres de Delaunay, Léger, Gris, Duchamp, Malevitch voire Tinguely ont des airs de famille avec ce mouvement qui se dispersera après la  première guerre ayant fécondé  aussi la poésie : Apollinaire, Maïakovski, le design et bien sûr le cinéma : « Métropolis », fatalement, puisque la traduction du mouvement fut leur obsession.
L’exposition "Futurismo & Futurismi" du Palazzo Grassi de Venise en 1986 fit oublier le silence gêné qu’avaient généré des fréquentations douteuses avec le Duce.
Sont partis au vent, les tracts lancés jadis depuis le campanile de la place Saint Marc:
« Nous répudions l'antique Venise exténuée et anémiée par des voluptés séculaires, nous répudions la Venise des étrangers amants du snobisme et de l'imbécillité universels... »


mercredi 1 octobre 2014

Iran 2014 J 2 . Après midi à Shiraz.

Nous apprécions la halte méridienne au restaurant de l’hôtel tant pour la clim que pour la nourriture : kébab de bœuf haché ou de poulet, beignet et riz, nous éviterons désormais le « yaourt ». Et c’est revigorés que M. Ali nous transporte vers le mausolée du poète Hafez : il s’agit d’un jardin où les amoureux aiment se retrouver avec des textes du poète du XIII° déclamés d’une voix agréable par un poète contemporain récemment décédé. Une gloriette au toit en zinc sur un plafond à multiples facettes protège la tombe en albâtre du poète, mystique qui savait parait-il le Coran par cœur, situé au centre du jardin dans lequel abondent les bougainvilliers rouges ou blancs, des parterres de pourpiers et quelques bassins. Dans son œuvre intitulée « Le Divan » certains y voient des prédictions.
 « Même si l'abri de ta nuit est peu sûr et ton but encore lointain sache qu'il n'existe pas de chemin sans terme. Ne sois pas triste »
D’un coup de voiture, nous parvenons au palais Bagh-e-Eram  et ses jardins botaniques qui me sont déjà un peu familier car  photographiés dans le livre des éditions suisses  Olizane, seul guide francophone disponible. Pour cause de ramadan, nous ne visitons pas le palais qâdjâr mais nous déambulons dans le jardin en rénovation, privé d’eau dans ses canaux transversaux, qui a du être une vraie splendeur autrefois. 
Les serres récemment construites font le bonheur de nos chasseurs d’images, les arbres dont de remarquables cyprès offrent une ombre appréciable et les grenades sont mûres. Mais ce n’est pas la saison pour s’extasier devant la roseraie. Dans les allées nous apercevons une femme nous souhaitant la bienvenue, elle nous filme sur son portable, en échange, elle pose pour nos photos.
Le mot paradis vient d'un mot persan qui signifie jardin du seigneur. 
Il nous reste une visite mais nous cherchons de l’eau fraîche pour tenir le coup. Les rues traversées en voiture sont beaucoup plus calmes, les rideaux des magasins sont baissés, comme le dimanche après midi chez nous.
M. Ali nous dépose près du mausolée de Chah Tcheragh (Shah Cherâgh) surnommé le roi aux lumières. Une fois le nouveau bazar traversé, nous les filles devons nous soumettre au port du tchador prêté par le mausolée pour celles qui veulent entrer. C’est en riant que les vieilles nous palpent et apprécient de nous voir respecter les règles, mais nous avons du mal à maintenir le tissu immanquablement attiré par l’arrière et glissant sur le voile que nous portons déjà ! Ali et les trois hommes rigolent dans la cour où nous les retrouvons mais les regards rieurs des gens que nous croisons n’ont rien de moqueurs. Nous déposons nos chaussures dans de sacs plastique remis à une consigne et rentrons séparément dans le lieu saint.
C’est un éblouissement ! Murs et plafonds sont complètement recouverts de miroirs colorés ou non, reflétant les lumières des lustres grandioses. Clinquant, lumineux. Nous marchons sur de rouges tapis moelleux, pieds nus, contrairement aux iraniennes en chaussettes, maladroites dans nos tchadors trop grands sur lesquels nous marchons. Beaucoup de fidèles lisent tranquillement des Corans mis à disposition sur des étagères. Dehors des employés étalent des tapis sur le sol dallé pour la prière du soir de 20h 30, très fréquentée en période de ramadan. Toujours enfoncées dans nos tissus, nous faisons le tour de la cour importante, admirant deux coupoles en bulbe recouvertes de faïences.  Que le voile semble léger lorsque nous retirons les tchadors ! Nous reprenons le chemin de l’hôtel en passant une nouvelle fois par des bazars, nous acquérons pierres de prière, eau fraîche et pâte de yaourt. Il est 20h quand on s’installe au restaurant, la fatigue se lit sur les visages.

mardi 30 septembre 2014

La force des choses. Graham Annable.

Les feuilles tombent et il faut les ramasser.
Thom a beau être dessiné avec un simple trait pour les jambes, nous partageons sa flemme, d’autant plus que les dents du râteau sont tordues et lorsqu’il se sera enfin décidé à les rassembler en tas, Billy Joël, le chien de sa compagne va les disperser.  
Elle seule travaille et peut reprocher à son compagnon :
«Tu ne te bouges jamais que sous la contrainte».
Ce n’est que le début d’une courte histoire grinçante avec des problèmes de voisinage et de chiens, de travail et d’un ailleurs : un mot laissé sur la table.
Bref et bien mené comme une nouvelle où il est question du temps qui passe et creuse les solitudes, le dessin met de l’humour quand il s’agirait d’accablante monotonie.
La force ( d’inertie) des choses.

lundi 29 septembre 2014

Léviathan. Andreï Zviaguintsev.

La musique de Phil Glass convient tout à fait à une œuvre allant bien au-delà des péripéties concernant  l’expropriation d’un garagiste qui se débat bien qu’il n’envisage pas d’échapper à son destin tragique. Ce Léviathan dont il est question, monstre biblique, a échoué sa carcasse au bout du monde, au nord de la Russie où les hommes pleurent.
Là, les politiques sont mafieux, la justice n’est pas mieux que l’église : sans espoir.
Le ténébreux a ses beautés, comme les rochers et l’herbe rase dans les lumières du petit matin, nous sommes en route vers l’usine où les femmes vident des poissons, et à la tombée des jours imbibés de vodka désespérée. Les belles lumières, depuis une véranda ou dans une église en ruines, ne réchauffent pas les solitudes qui finissent le nez dans l’eau froide. Si certains critiques ont vu de l’humour, je ne n’ai rien décelé de tel dans ce russe noir, puissant et magnifique.


dimanche 28 septembre 2014

Bambi galaxy. Florent Marchet.

Je me suis fait avoir : j’avais lu qu’il y avait du Souchon chez ce chanteur qui m’avait tapé à l’oreille un jour à la radio, mais quand l’humour n’est pas là, que ce « Space opéra » est lourd !
En outre, ce n’est pas parce qu’un titre s’intitule « particule élémentaire » que l’amère nouveauté de Houellebecq déboule.  
Des retrouvailles avec les stéréotypes western peuvent procurer du plaisir, ici dans l’imagerie de science fiction, les évocations de 2045 semblent des parodies telles que les Inconnus aux scaphandres postiches en fournissaient à la chaine.
 Et il y a pour moi du Jarre en potiche avec musiques enjouées pour sombres propos. 
« Nous sommes du ciment
Nous sommes du métal
Chauffé à blanc
Presque animal
Nous sommes les racines
Nous sommes la résine
Nous sommes troublants
D'un sang différent
Nous sommes de la glaise
Pris dans la fournaise »(Bashung au secours)
La vie n’est pas facile :
« Qu'est ce que j'ai fait au monde ? »
« Reste avec moi »,
« Il faut qu’on reste »,
« Mais que font les anges ? »
« Punissez moi »  
« Où étais-tu
Quand je partais vaincu »
déchaîne les rimes en « u » qui font rencontrer PMU / Dahu/ Jésus et Malibu.
 Mais les audaces sont limitées :
« Oh vivre nu
J'ai peur qu'on m'embrasse
Oh dévêtu
L'amour me dépasse
Oh vivre nu
Goûter la lumière
Oh étendu
La chair de ma chaire »
« Je crois qu'il est l'heure de quitter ce monde menteur
Je crois qu'il est l'heure de quitter ce monde menteur
Je crois qu'il est l'heure »
N’insistons pas.

samedi 27 septembre 2014

France culture papiers. Eté 2014.

Le dossier principal consacré aux utopies rencontre quelques inévitables : Saint Simon et Huxley. Si le rappel du tournage de l’An 01 par Doillon et Gébé parait lointain, la promenade à travers des lieux alternatifs d’Espagne au Danemark esquisse un paysage contemporain de la contestation sociale qui s’essaie à une vie plus juste, plus douce, essayant de ne pas reproduire les certitudes passées. Les tunisiens qui ont quitté leur pays pour les squares parisiens sont loin de Fourier, More, Owen … ou des jolies paroles d’illusion d’Olivier Py :
« Quand le théâtre s’adresse encore au public, il a toutes les chances d’être invincible »
 D'autre part, les  interviews de Frédéric Dard ou Dominique Rocheteau sont sans surprise, même si leurs noms m’avaient attiré, le portrait de Théodore Monod est d’une autre encre.
« La mare est, en cette saison, grande comme une pièce moyenne d’appartement. Tout à coup débouchent une centaine de moutons venant de la brousse qui se précipitent tous à la fois dans le bain boueux, suant, soufflant, éternuant, urinant, crottant, dissolvant quinze jours de crasse dans ce fond de cuvette ; c’est de cette « sauce » que nous avons rempli nos outres »
Un échange autour de madame Bovary rappelle les beautés de la littérature:
«  Mais elle, sa vie était froide comme un grenier dont la lucarne est au nord et l’ennui, araignée silencieuse, filait sa toile dans l’ombre à tous les coins de son cœur »
Flaubert avait vomi à deux reprises quand il écrivait l’empoisonnement d’Emma.

vendredi 26 septembre 2014

A la réforme !

"Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal, mais par ceux qui les regardent sans rien faire" Einstein
Je maintiens l’article ci dessous écrit avant les égorgements dont l’horreur est là pour imposer le silence. Sans aller à bavarder sur la cigarette électronique ou l’origine des pins du Medef à laquelle la télévision publique vient de consacrer un dossier, à quelles mutations assistons nous ? Vers quels progrès allons-nous ? Quels bouleversements ?
Le mot réforme est devenu tellement galvaudé que la première signification qui me viendrait à l’esprit serait celle que lui donnait mon grand-père parlant de chevaux qui n’étaient plus bon pour le travail ou les courses.
Quand une modification des rythmes scolaires consensuelle au départ se retrouve pareillement embourbée,
quand notaires, pilotes de taxis, chauffeurs d’avion se braquent,
quand brûlent portiques éco taxes et perceptions,
quand les homos ont eu la possibilité de se marier et que ceux que ça n’obligeait pas se sont sentis outragés,
il n’y est plus guère de réforme envisageable,
comme il n’y a plus beaucoup de constructions possibles quand on demande leur avis aux riverains.
Et il n’est pas besoin de rappeler la litanie des maladresses, des reniements, au sommet de l’état pour rendre illégitime toute velléité d’avancée vers un peu plus de justice.
Les plus conservateurs, type Balladur, avaient déjà perverti le mot, synonyme de progrès, mais sur l’autre versant quand « le changement c’est maintenant » tant attendu, s’avança, le contre pied fut complet : toute réforme fiscale disparut et les mots de la droite furent mis à la sauce soc’ : Rebsamen vit les tricheurs avant tout… chez les chômeurs… Quant à Thévenoud…
Sur les écrans de l’information, les explosifs s’allument les uns aux autres : le doux devient mièvre, le laid fait le beau, la dérision ne fait plus sourire – quoique : « Sarkozy est à l'honnêteté ce que Nabila est à l'académie Française » pris sur le site « humour de droite »-
le soleil lui-même devient une menace.
Comment surmonter les haines, les facilités, les surdités, les renoncements ?
Bertrand Bonello, cinéaste,  cite Pasolini
"Pourquoi notre vie est-elle dominée par le mécontentement, l'angoisse, la peur de la guerre, par la guerre ? Pour répondre à cette question, j'ai écrit ce film sans suivre de fil chronologique ni même logique. Mais simplement mes raisons politiques et mon sentiment poétique."
Ce film s’appelait « La rage ».
…………..
Le dessin de cette semaine est copié sur le site de Slate.

jeudi 25 septembre 2014

Le noir. Damien Capelazzi.

Après le rouge http://blog-de-guy.blogspot.fr/2013/05/le-rouge-damien-capelazzi.html : le noir.
Dans la ville de Stendhal, le conférencier récidive dans cette dernière conférence de l’année 2014 aux amis du musée.
Il se réfère à Pastoureau, l’historien, pape de la symbolique des couleurs tout en apportant un regard original quand la nuit  va se « lever » alors que dans l’expression courante, elle a tendance à « tomber ».
« Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. La terre était informe et vide : il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme, et l'esprit de Dieu se mouvait au-dessus des eaux. Dieu dit : « Que la lumière soit ! » Et la lumière fut. Dieu vit que la lumière était bonne ; et Dieu sépara la lumière d'avec les ténèbres. Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »  
Au plafond de la Sixtine, vu de dessous, le Dieu de Michel Ange, à la barbe nuageuse sépare le bien du mal. La lumière permet de percevoir le monde et d’entrevoir le Tout Puissant par l’intermédiaire d’un philosophe de la renaissance Marsile Ficin qui concilia Platonisme et Christianisme. Pic de la Mirandole fut son élève.
En Egypte, le maître des cérémonies des morts, Anubis, le Dieu chacal est noir, en référence au sombre limon régénérateur du Nil. En Grèce, Charon le passeur des âmes était fils de Nyx (la nuit).
Perséphone, la belle enlevée par Adès avec ses chevaux noirs aux reflets bleutés chez Rembrandt va vers les enfers. Elle sera assignée en garde alternée six mois (automne / hiver) plus bas que terre aux côtés de son époux et six mois sur terre (printemps / été) avec sa mère Déméter. Par ailleurs, lors de ce rapt, jamais le marbre n’a été plus chaud que dans la statue du Bernin où la pierre se fait chair.
Dans toute cette mythologie pleine de passions, Zeus punit les titans qui avaient dévoré un de ses enfants, première incarnation de Dionysos, en les réduisant en cendres d’où naquit l’humanité partagée désormais entre l’amour et le mal.
La vierge noire de Montserrat est plus extatique mais Marie qui a été comme le premier manteau couvrant « le fruit de ses entrailles », tient son fils promis à la dernière couverture que sera la terre. Cette clairvoyance permet de se « dégraisser » du merveilleux antique.
Mais les mythes nourrissent  notre humanité : Rodin sculpte Eurydice dans l’ombre, derrière Orphée aveuglé par la lumière à la sortie des enfers, et nous sommes éblouis.
Le noir corbeau depuis Apollon qui le teinta ainsi à cause de son manque de vigilance, se retrouve auprès de Noé, s’attaquant à la charogne, et dans l’ultime champ de blé de Van Gogh.
« Nul autre peintre n'aura su trouver comme lui, pour peindre ses corbeaux, ce noir de truffes, ce noir de gueuleton riche, et en même temps comme excrémentiel. » Artaud
Dans la querelle de la couleur et du noir le bénédictin Suger pense que le Créateur est lui-même à l’intérieur d’un monde chatoyant alors que pour le cistercien Bernard de Clairvaux il n’y a place que pour la contrition et la mort.
Les premiers portraits tels que celui d’un condottière balafré mais raffiné par Antonello da Messine tiennent du « selfie », tant sa situation précaire devait s’affirmer face aux établis.
La beauté du monde se révèle avec ses contrastes : La « jeune fille » de Petrus Christus au front épilé, au teint diaphane porte une ravissante coiffe noire, et « La belle Ferronnière » en réalité Lucrezia Crivelli maîtresse de Ludovic Sforza le maure ainsi que Cecilia Gallerani, « la dame à l’hermine (patibulaire)» peintes par Léonard de Vinci sont si belles sur fond sombre.
Le magicien de l’éclairage, Le Caravage, peint Béatrice Cenci  qui avait été condamnée injustement à mort en  « Sainte Catherine d'Alexandrie », un enfant des rues représente l’amour et lui-même est à la fois David et Goliath : le sang coule sur le noir.
La lune d’Aristote est tachée, elle n’est plus la frontière entre un monde cristallin et un monde putride: Galilée est dans le mouv’.
Le noir est élégant : la dame au voile d’Alexandre Roslin est coquine, celle à la mantille de Goya est inquiète derrière sa pose assurée.
Van Gogh dessinait : « On dirait qu'il y a de l'âme et de la vie dans cette craie de montagne, qu'elle comprend ce qu'on attend d'elle, qu'elle y met du sien. Je voudrais la baptiser craie tsigane. »
« De l’humilité des sols aux lumières de Soulages » tel était l’intitulé de la conférence : nous avons fait le tour du pot au noir, en concluant avec notre contemporain reconnu en premier par le musée de Grenoble. Le nonagénaire marqué par l’art pariétal, laissa les images derrière lui. A Conques ses vitraux doivent se voir le soir quand ils restituent les ors du jour. Celui-ci, brûle tant de ses œuvres qu’il possède un incinérateur. Mais notre syntaxe a pu se régénérer pour « aller au-delà du voile de l’image » quand la lumière accroche sur la matité des matières rythmées.
« Le noir est subtil et sait surprendre en rugissant derrière son apparent silence »

mercredi 24 septembre 2014

Iran 2014. Le matin à Shiraz.

Nuit courte mais reconstituante grâce à une bonne température. Nous partons à pied vers le centre, les « welcome » et les « where are you come from ? », nous accompagnent lancés par des hommes ou des femmes souriants sans intentions mercantiles. Nos photographes fous se défoulent, le mot « axe »  signifiant « photographie » servant de Sésame, sans aucun refus à leurs demandes ou répondant aux sollicitations d’une population amusée et curieuse.
Sur un marché des poussins sont colorés en rouge ou orange, par contre les garçons croisés dans la rue restent sobres : pas de teinture platine ou de coupe footballistique. Haleh  notre guide a pris en charge un groupe de filles asiatiques logeant dans notre hôtel et se dirigeant comme nous vers la mosquée Nasir-ul Mulk. Mais nous trainons trop à leur goût et elles nous distancent assez vite. Nous cheminons à travers les rues aux maisons de briques très simples, risquant de tomber dans des caniveaux de belle taille à la moindre distraction. Nous sommes frappés par la propreté de rues, quelques tags, pour nous illisibles, proposent des publicités. Les dessins des mosquées ou mausolées figurent sur les murs accompagnés d’une flèche indicative. Traverser la rue se révèle  parfois périlleux : aucun des feux ou stop ne régule la circulation, chacun se faufile au mieux et pour tous, c’est « Chiraz les murs » d’après le mot d’un auteur qui n’a pas demandé de droits.
Au cours de notre déplacement, Haleh nous montre un palais reconverti en café restaurant où il aurait fait bon prendre une boisson dans le jardin face au bassin rafraîchissant si ce n’était fermé pour cause de ramadan. Nous atteignons en flânant la mosquée Nasir-al-Molk, le seul endroit où nos croisons quelques touristes, d’origine asiatique, qui ne constituent pas cependant une horde déferlante, tout aussi appliqués que nous à respecter les coutumes locales notamment l’habillement excessif par ces chaleurs et le port du voile.
Le bâtiment qâdjâr du XIX° siècle est recouvert de faïences représentant surtout des roses, d'où son surnom/ la mosquée rose.
Un bassin rectangulaire avec des poissons rouges  marque le centre d’une cour, deux salles de prières se font face : l’une hivernale, l’autre estivale. Nous enlevons nos chaussures pour pénétrer dans la plus travaillée des deux, celle de l’été qui sous ses tapis rouge cache un sol turquoise. La lumière filtrée par des vitraux colorés est douce et chatoyante, deux rangées parallèles de six colonnes la séparent et sur les tapis rouges attendent des pierres de prières posées sur de rubans verts. Ces pièces en terre cuite permettent à ceux qui ne peuvent pas se prosterner de se frapper le front.
Les plafonds sont travaillés en alvéoles multi facettes( muqarnas) comme les deux côtés (N et S) de la cour. La salle de prières hivernales, plus sobre, abrite un puits et un couloir enterré destiné à tenir l’eau au frais. Nous passons ensuite au mausolée des enfants des imams dans une jolie courette mitoyenne ombragée par un oranger aux fruits amers. La salle plus petite offre un sol en albâtre recouvert de tapis. Au centre une cage de verre recueille les tombeaux et les billets de banque tenant le rôle d’ex-voto.
A la sortie de la mosquée, nous rejoignons la citadelle de Karim Khan en passant par le marché couvert du même nom. Nous sommes accostés  toujours sans insistance mais avec gentillesse, soit pour nous proposer de l’aide, soit pour nous faire goûter quelque spécialité locale et exotique. Il fait presque frais dans les galeries marchandes.
Haleh attire notre attention sur les heurtoirs de lourdes portes en bois massif qui apparaissent toujours par deux, aux formes suggestives et correspondent aux visiteurs hommes ou femmes.
Nous débouchons sur la forteresse du XVIII° rénovée, qui comme le célèbre monument de Pise, possède une tour curieusement oblique suite au sol qui a bougé. Le soleil tape et se réfléchit sur la pierre et la brique de la couleur des collines alentour. Sur le chemin du retour, vers l’hôtel, nous changeons de l’argent et essayons de comprendre la monnaie : 4000 Tomans= 1€ environ ; il faut distinguer les Tomans des Rials : il suffit d’enlever un zéro aux Rials pour parler en Tomans.

mardi 23 septembre 2014

Rural ! Etienne Davodeau.

BD bio et Confédération Paysanne : l’auteur du remarquable album « Les mauvaises gens » se met en scène avec trois agriculteurs d’un GAEC (Groupement Agricole d'Exploitation en Commun) du Maine et Loire ; c’est instructif, tonique et honnête. La préface est signée  José Bové :
«Ces paysans ne sont pas des illuminés nostalgiques des belles campagnes d’autrefois. Ils ont les pieds sur terre, citoyens de la Terre, dans le plus noble sens civique que leur pratique quotidienne ne galvaude pas.»
Il est question d’une autoroute zigzaguant parmi les intérêts des plus puissants, il ampute l’exploitation laitière des dynamiques travailleurs de la terre mais ne les conduit pas à se morfondre. Leur mise en œuvre d’une certaine éthique est passionnante quand humour et pragmatisme  se rencontrent.
Une vache était morte sur le quai de traite; quelques coups  de masse furent nécessaires pour pratiquer une ouverture dans le mur et faire sortir la bête, la porte était trop étroite.
Sous titré « chronique d’une collision politique » l’épaisseur humaine des protagonistes donne de la crédibilité à un combat qui ne s’en tient pas à la théorie ou à la préservation de son coin de jardin (NIMBY : Not In My Back Yard). La finesse de l’auteur décrite sur ce blog  http://blog-de-guy.blogspot.fr/2012/05/quelques-jours-avec-un-menteur-etienne.html le rend efficace et cette production datant déjà de 2001 laisse espérer du fort bon en 2015  avec « Cher pays de notre enfance » traitant des coulisses de la Ve République dans les années 70.

lundi 22 septembre 2014

Jimmy’s hall. Ken Loach.

En ces temps où bien des valeurs de gauche sont mises à mal, le film de ce bon vieux Ken le rouge est salutaire. Même si c’est autour des années 30 qu’il faut aller chercher les raisons de se retrouver dans un combat évident de la jeunesse contre les rassis, des petits contre les riches, de la liberté contre l’église, quoique ici et maintenant les obscurantistes, les fascistes envahissent notre présent et annoncent des futurs sombres pareils à ceux qui préparaient une guerre de plus.
Le souci de ne pas caricaturer les personnages les rend crédibles d’autant plus que cette histoire est vraie. Dans le dancing à Jimmy arrive un gramophone, on y danse, on y dessine, on y boxe, on discute de poésie et des liens se tissent qui empêchent une expulsion, les mots se trouvent pour convaincre et avancer en humanité. Le décor Irlandais inspire de belles lumières et tout militant de l’éducation populaire peut retrouver ses enthousiasmes nés dans des maisons de jeunes qui ne délivraient pas alors des services à des clients passifs mais construisaient à partir des loisirs les conditions pour se cultiver.