mardi 19 novembre 2013

Les Meilleurs Ennemis. Jean-Pierre Filiu David B


« Une histoire des relations entre les États-Unis et le Moyen-Orient ».Tome 1.
Une fois passée une introduction où il est question de Gilgamesh qui a failli me décourager tant cela est compassé, la centaine de pages suivantes est instructive : depuis les pirates du XVIII° siècle jusqu’à l’éviction de Mossadegh  premier ministre iranien fomentée par la CIA.
La Méditerranée fut  pendant des siècles le siège de la puissance et source de revenus pour les états « barbaresques » qui soumettent à l’esclavage les occupants des bateaux pris et délivrés après paiement d’une rançon.  
Lorsque les bateaux de commerce des jeunes Etats Unis devenus indépendants ne sont plus protégés par les anglais, ils devront y consacrer un cinquième du budget du pays à traiter avec les pachas. Jefferson assiège Tripoli et se retrouve face à tout le Moyen Orient en guerre sainte.  
Au chapitre « pétrole » : Roosevelt  s’allie au roi d'Arabie Saoudite et  se trouve en contradiction avec les autres puissances impérialistes d’alors  la France et  la Grande Bretagne.
Les EU n’ont pas toujours soutenu le sionisme. Après avoir évoqué auprès de Ibn Saoud la tragédie des juifs européens, Roosevelt « promet que rien ne se décidera en Palestine sans que les arabes ne soient consultés ».
Le dernier chapitre s’intitule « coup d’état », et si depuis bien longtemps quelque frère banni a été utilisé pour renverser le sultan en place, les manœuvres menées par les frères Dulles en Iran ont été déterminantes sur le devenir de ce pays.
Les dessins soignés apportent un peu de poésie, de symbolique dans un récit qui  mêle avec virtuosité des anecdotes aux grands destins, avec leurs lots de fulgurances, de lâchetés, de passions comme une illustration de grands mythes.
C’est alors que je suis revenu au prologue qui m’avait dérouté et  je comprends mieux cette stèle sumérienne  du musée du Louvre dite « la stèle des vautours » trouvée en Irak  qui termine le premier chapitre où l’on voit les corps de vaincus empilés de façon à former un monument de la victoire, elle figure au dessus d’une pile de prisonniers à la prison d’Abou Ghraib.

lundi 18 novembre 2013

Heimat. Edgar Reitz.


Le noir et blanc où se distingue le rougeoiement d’un fer à cheval, l’or d’une pièce, est bien beau, mais estompe les aspérités, les douleurs, les passions, dans ce film pédagogique sur l’Allemagne rhénane au milieu du XIX°, quand trainaient encore quelques mots en français du temps de Napoléon : « liberté, égalité ».
Les maîtres de l’Europe rêvaient alors d’Amérique comme les Erythréens d’aujourd’hui imaginent l’Europe.
Leurs chariots se multiplient au sommet des collines où nous demeurons à contempler les paysages au fond desquels s’agitent quelques personnages.
Je n’ai pas été touché, bien que mon pépé ait été maréchal ferrant et que la corvée de ramassage des pommes de terre ne me semblât guère romantique. Un des fils, lecteur fervent, parait plus à l’aise avec les langages des indiens d’Amazonie que dans l’échange avec ses proches. Les livres ouvrent aux mondes lointains mais feraient écran à l’égard de nos contemporains.
J’ai trouvé les reconstitutions conformes au cahier des charges d’un écomusée, loin du souffle d’un chef d’œuvre annoncé. Dans la deuxième partie, aux images toujours belles, nous retrouvons les personnages qui nous sont devenus familiers et nous nous en rapprochons.
La dernière image illustre Barrès :
« Pour nous, la patrie, c'est le sol et les ancêtres, c'est la terre de nos morts ».
Heimat signifie patrie.
« Où Dieu trouve-t-il tout ce noir qu’il met
Dans les cœurs brisés et les nuits tombées ? »
V. Hugo

dimanche 17 novembre 2013

Juliette. Nour.

J'aime la chanteuse,  sa voix, ses choix, sa présence sur scène, son humour, son énergie.
Son dernier CD qui porte son nom : « Nour » comme Noureddine signifie « lumière » : celle qui la rassurait quand  petite, elle avait peur dans le noir et qu’elle choisira d’éteindre elle-même quand sa vie vacillera.
La gravité de cette belle chanson  tranche avec quelques potaches propositions voire une pochade telles « Légendes », « Les doigts dans le nez » qui pourrait avoir des parentés avec Pierre Perret.  De même « Jean Marie de Kervadec » de François Morel  parodie des chants de marins : il faut « monter à la misaine » et « virer au guindeau » alors  qu’il s’agit seulement d’aller au Super U qui ne rime pas seulement avec jambon cru.
Et je m'amuse à voir du le Forestier dans « Le petit musée » nostalgique, des rythmes de Laviliers en plus drôle dans « Belle et rebelle » plutôt que « moche moche et remoche »,  des accents d’Anne Sylvestre avec « Une petite robe noire » à propos des violences dont sont victimes les femmes. 
« La veuve noire » qui n’arrive pas à occire son mari malgré ses nombreuses tentatives est marrante.
« Le diable dans la bouteille » a été beaucoup entendue et a perdu ainsi un peu de sa saveur comme ces pubs qui vous surprennent la première fois et vous lassent quand on ne voit plus qu’elles.
Mais celle où Juliette est elle telle qu’elle me plait, s’intitule « L’éternel féminin », une bossa endiablée, au service d’un texte drôle sur un sujet essentiel :
« Regardez qui est là qui attise les flammes
Régnant sur les Enfers, le Diable est une femme !
Rien d'étonnant à ça ! Des brunes jusqu'aux blondes
Par elles sont advenus tous les malheurs du monde !
Le Diable est une femme et vous vous en doutiez :
La place d'une femme n'est elle pas au foyer ? »

samedi 16 novembre 2013

Une matière inflammable. Marc Weitzmann.


J’avais retenu ce livre parmi 500  proposés à la rentrée, parce qu’il mettait l’actualité politique en fond de création littéraire: essai de roman, fiction et frictions contemporaines .
Il est question de DSK  sans un détail crapoteux de plus dans une affaire qui n’en a pas manqué mais le scandale est replacé dans une durée qui apporte quelques éclairages intéressants. Dans la palette des rapports humains assez impitoyables en général, les relations amoureuses sont disséquées d’une façon originale.
Le narrateur Frank Schreiber essaye de se détacher de son milieu pour mieux le décrire, c’est mordant, habile, mais désenchanté à ce point, c’est épuisant.
«  …et si ce livre a quoi que ce soit de politique, selon moi, c’est dans l’analyse sous jacente des raisons de cet impasse en chacun de nous - dans l’analyse de nos conflits d’intérêt intimes… »
Il  décrit l’évolution de Patrick Zimmermann un économiste venu de l’OCI (trotsk’) :
 « Au prochain siècle le futur se déversera dans le présent à une vitesse inégalée »
Il passera par le PS jusqu’à devenir conseiller du directeur du FMI,
« tu te fais un ami là-bas en ce moment, tu te garantis deux ennemis. ».
L’arriviste finit seul. 
« Ce militant qui a truqué ses convictions et qui se lamente sur la fin de l’honnêteté, qui dénonce le mensonge – à force de s’être menti à lui-même… »
Le milieu juif parisien est décrit avec un détachement qui est la marque de fabrique de ces 365 pages sans empathie :
 « Tu ethnicises  la problématique du parvenu si chère au roman français, tu en fais le nœud  d’une hystérie masculine scindée entre la quête d’une virilité indépendante et la soumission au désir d’en être »

vendredi 15 novembre 2013

Extrême droite hors les murs.



La Pen menace de poursuivre ceux qui la situent à l’extrême droite.
C'est elle qui est très suivie, sur un créneau encombré: les idées, les comportements issus du ventre nauséabond plus que jamais fécond, envahissent la société et nos têtes bien au-delà des siglés de la flamme archaïque. Sous des masques ou des bonnets aux couleurs trompeuses.
Quelques arrangements électoraux misérables ou des insultes proférées par des enfants mal élevés sont des symptômes, le mal vient de loin et ne concerne pas qu’un hexagone. Le rejet de l’autre est un trait très répandu dans tant de tribus.  Mais je sais les effets dévastateurs du cri « au loup » devenu inaudible car trop utilisé, exemptant en outre le lanceur d’alerte de tout examen.
La problématique de l’étranger occupe toute conversation et face à la complexité, les réponses brutales et simplistes sont en première ligne. L’impuissance face aux interdépendances croissantes se compense dans l’érection de frontières symboliques, du périmètre le plus intime jusqu’aux marches de l’Europe en passant par son jardin. Jusqu’au vocabulaire qu’il convient de restreindre pour flatter l’électeur en s’abstenant de toute nuance, de toute réflexion allant au-delà du réflexe : première marche lâche vers l’aveuglement.
L’intellectuel est méprisé et quand les mots permettant le recul sont bannis, comment répondre après Badiou : « De quoi Sarkozy est le nom ? » : « De quoi le FN est le nom ? »
Un candidat aux élections municipales opposant à la municipalité sortante de Saint Egrève a tenu quelques propos méprisants à l’égard de la culture. Je n’ai pas dit «  candidat de gauche » car celui-ci se garde en ces temps de toute référence de cet ordre, portant ses priorités sur la « sanctuarisation » du parc de Fiancey, mais guère sur la préservation de quelque valeur soc’. Comme tout ce qui est excessif est insignifiant, je rapprocherai  ses propos désinvoltes de la réaction de « Notre frivole monarque » de jadis : « ah l’écologie, ça commence à bien faire » plutôt que de  Goebbels sortant son pistolet quand il entendait le mot culture.
Manque de vision, pêche aux voix près des bouches d’égout, petit bras et pistolet à  eau.
Sur ces démissions de toute exigence, sur ces paresses, sur l’impossibilité d’envisager la nouveauté, la démagogie joue de ses fards.
La confusion règne : qui a-t-il de commun entre les porteurs de bonnets rouges pendus aux arbres par les troupes de Louis XIV parce que des manants s’opposaient aux impôts destinés à Versailles et les objecteurs d’impôt républicain ? Les écolos sont infoutus de défendre l’écotaxe , Moscovici a repris le mot « ras le bol fiscal » et bien peu font valoir la solidarité permise par l’impôt dont la réforme est « partie à la réforme » comme on dit de chevaux retirés des champs de course.
Face à ces consternants constats, je veux croire le sociologue Jean Viard dans Libé :
« Il faut dire que les métropoles sont le cœur du monde qui nait car c’est là que nos liens collaboratifs, numériques croisent nos liens charnels, concrets - densifiant rencontre et créativité. Comme dans les grandes firmes. Mais il faut dire aussi que les lieux de la qualité de la vie, le Sud ; les bonnes écoles, les petites villes, la proximité solidaire, la créativité culturelle dynamisent ce modèle de création de richesse. »
Mais il sait bien : 
« L’immense péri urbain que nous avons construit autour de nos villes glisse vers le FN ; les régions du vivre et travailler au pays des années 70 s’enflamment ; les riches refusent l’impôt ; les moins riches aimeraient comprendre ce qu’ils vont payer. La gauche parle d’égalité mais ne comprend pas l’individu, la droite glisse vers l’identité sans penser la mondialisation. »
Et en politique : « on y cherche des places plus que des espérances, des adversaires plus que des partenaires »
Vieux pays qui se la joue jeune en flattant le fugace, le facile, avec des vieux démissionnaires, excepté de leurs mandats qui s’accumulent.
……
Le Canard n’offrant cette semaine que de l’attendu, ce dessin décalé du « Point » conviendra pour accompagner cette semaine en politique.


jeudi 14 novembre 2013

César au musée Cantini.


Gratuit le dimanche matin, le musée installé dans l’hôtel particulier légué à la ville par le marbrier Jules Cantini propose en permanence quelques belles toiles de  Derain, Camoin, Dufy, Gleizes, Léger, Brauner, Ernst, Miró, Picasso, Bacon…
Et jusqu’en janvier 2014, César, le ferrailleur se retrouve chez le marbrier avec ses objets compressés et ses expansions.
"Le marbre de Carrare était trop cher, la vieille ferraille traînait partout. 
Je suis devenu sculpteur parce que j'étais pauvre !"
 
L’autodidacte né dans le quartier de la Belle de Mai dont les voitures compressées furent l’emblème, a multiplié les matériaux avec le polyuréthane aux coulées figées, a posé dans les villes des pouces réjouissants d’un humanisme bon enfant.
Ses interrogations autour de la société de consommation ont une connotation années 60, quand l’art s’adressait à tout le monde.  
«Ce sont mes mains qui font travailler ma tête »

Beaucoup copié, le « nouveau réaliste » immédiatement identifiable, César Baldaccini a cherché inlassablement pendant 77 ans, il est décédé en 1998.

mercredi 13 novembre 2013

Christian Prost.


On ne se voyait plus qu’aux enterrements de nos anciens coéquipiers, mais la brutalité de ta mort ne nous a pas permis de nous réunir cette fois.
Comme tu  fréquentais les chemins numériques, je livre aux mémoires des machines quelques mots pour retenir la sidération de tes amis, notre peine.
J’en suis resté à ton magasin de vidéos, prolongement de nos années ferventes où nous partagions cinéma, BD, et football. Simone me dit le rock.
Tu aurais été content : ce dimanche l’OL a encore gagné le derby et moi je trouve que c’est injuste, et bien sûr dérisoire, comme la nouvelle de ta disparition qui a couru sur nos réseaux.
Si jeune, pour l’éternité.
Décidément novembre s’obscurcit de trop de nuages de crématoriums.
Une rafale une seule
D'horizon à horizon
Et ainsi sur toute la terre
Pour balayer la poussière
Les myriades de feuilles mortes
Pour dépouiller tous les arbres
Pour dévaster les cultures
Pour abattre les oiseaux
Pour éparpiller les vagues
Pour détruire les fumées
Pour rompre l'équilibre
Du soleil le plus chaud 
Eluard
Anne la lyonnaise nous a dit :
«  Il avait échangé le village du Pin contre celui de Saint Jean, et le café de la cathédrale remplaçait celui de la place. Nous y avons bu un verre à sa santé comme pour tout enterrement qui se respecte. »

mardi 12 novembre 2013

Henriette. Dupuis et Berberian.



Cette fois la petite ronde se trouve avec ses copines au bord d’une table pour la faire tourner et convoquer d'éventuels esprits.
Ce quatrième tome de la série est intitulé : « Esprit es tu là ? »
Bien sûr qu’il est là, léger, élégant, à chaque page de cet ouvrage de 10 ans d’âge des auteurs de « Monsieur Jean ».
Les  verdâtres esprits invoqués envoient Ptykkro et Pykrat pour impressionner ces demoiselles mais ils succombent aux délices du Mac Daube.
Les adolescentes sont très nunuches, les parents très lourds ; Henriette fait  un petit pas de côté : bienveillante et pas dupe.
Il faut ça pour s’endormir tranquillement et renvoyer dans les ténèbres tous ceux qui, penchés sur son lit, se demandent si elle ne devrait  pas quand même surveiller son poids :
« Allez discuter plus loin ! »

lundi 11 novembre 2013

Les jours heureux. Gilles Perret.



Le  livre présentant le programme du Conseil National de la Résistance qui a donné naissance à la sécurité sociale, aux retraites par répartition, aux comités d’entreprises... portait déjà le nom poétique d’une pièce de théâtre de 1938 : « Les jours heureux » avec François Perrier.
Il est dans l’ordre des choses qu’un film en 2013 apporte un éclairage sur un moment historique évoqué abondamment au cours de l’élection présidentielle aussi bien par ceux qui se présentent comme les héritiers du CNR que par ses liquidateurs.
Cette référence dans l’audace sociale, qui fit consensus à l’époque, reste menacée par le libéralisme sans vergogne. Le réalisateur savoyard fait parler les anciens résistants Hessel, Aubrac, juste avant qu’ils ne disparaissent et quelques politiques dont Bayrou qui n’en sort pas à son avantage quand il s’énerve puisqu’il est question de réglementer la finance débridée.
Le montage classique est efficace et comique quand  le mot CNR est prononcé comme un mantra qui n’ébouriffe même pas Copé.
Malgré la volonté de l’auteur de « Mémoires d’ouvriers » de lier ces riches heures à l’actualité, les enjeux actuels ne sont pas vraiment approfondis. Restent les paroles fortes des anciens mais la relève ne parait pas aussi rutilante.
Le film s’ouvre sur un vétéran qui va vers un lieu de mémoire ; derrière les vitres rayées du TER, le paysage en est griffé.

dimanche 10 novembre 2013

Charlebois à la MC2.


Le chanteur ordinaire est dans une forme extra ; le septua affuté est le plus jeune d’entre nous.
« Je t’aime comme un fou
Je t’aime comme un fou
Tu m´donnes de l´énergie comme j´n´en ai jamais eu.
A cause de toi, ma vie a pris d´la plus-value. »
Quand on souligne le professionnalisme d’un artiste, on sous-entend parfois un déficit d’engagement : ce n’est pas du tout le cas dans cette sincère soirée.
« Y’a pas besoin d’alerter les pompiers
Pour savoir que mon cœur s’est enflammé
Pour une de ces sirènes
Qui nous amène que de la peine. »
Le spectacle est rodé, bien dosé et le plaisir d’être sur scène rejoint notre plaisir d’être dans la salle à réviser « Je reviendrai à Montréal, Les ailes d’un ange… »,  porter à son invitation un regard ironique sur « Conception » et trouver que ça balance fort, découvrir « Les talons hauts » et approuver cet hymne à la jeunesse :
« Ent´deux joints tu pourrais faire qu´qu´chose
 Ent´deux joints tu pourrais t´grouiller l´cul»
Au Québec qui « commence par un Q et finit par un bec », on écarquille les yeux, mais on écartille les jambes (écarte). Ses mots, sa voix, ses musiques, son univers : «  Tout est bien », c’est le titre de son dernier album.
« Ça arrive à manufacture les deux yeux fermés ben durs
Les culottes pas zipper en r'tard
Ça dit qu'ça fait un flat ou que l'char partait pas
Ça prend toute pour entrer sa carte de punch dans slot d'la clock »
Il nous rappelle que Dabadie était grenoblois :
« J’me fous pas mal
Du temps qui passe
Tôt ou tard
Les guitares se cassent
La vie, la mort
Je ris, je pleure
S’il faut que je mette
Mon cœur à l’heure »
Je redouble mon plaisir à découvrir des paroles que je n’avais pas pu saisir :
« J´ai eu une boîte de chocolats, un carton de cigarettes
Un disque d´Elvis, un disque de Félix
Un jeu Mécano, un jeu d´mini-brix
Un habit d´Zorro, une flashlight pour voir en d´ssous d´l´eau »
Jolis nez, révolution érable et temps qui passe.
Retour au calme après les battements :
« Et ne pleure pas si tu m'aimes
Je suis seulement passé de l'autre côté
Pense à moi
Souris, prie pour moi
Et continue à rire
De ce qui nous faisait rire ensemble »
Les paroles sont de Saint Augustin.

samedi 9 novembre 2013

La fabrique des mots. Erik Orsenna.


J’ai failli regretter d’avoir impulsivement pris, bien mis en évidence devant la caisse de la librairie, le dernier livre de l’académicien, quand j’ai lu le billet assassin que lui avait consacré le Nouvel Obs.
A l’usage il n’est pas si indigne que cela, même si la veine débutée avec « La grammaire est une chanson douce » a tendance à s’épuiser. Le propos est tellement indispensable en la période qui voit s’amaigrir notre langue que les artifices du conte même un peu émoussés feront l’affaire.
L’ancien compagnon de Sophie Davant ne plaide pas seulement pour de délicieux mots anciens tel « subreptice », il invite grave des mots « véners ». Il m’a fait sortir du cours préparatoire en m’apprenant que CP signifiait : un coup de pression.
Les enfants de son conte suivent, émerveillés de la magie des mots, leur gentille maîtresse en résistance aux directives du dictateur Nécrole qui n’autorise plus que 12 mots dans les conversations. Une occasion pour revenir sur l’étymologie, la composition, la provenance, les familles de mots où « perfection » va avec « confetti », de réviser le programme de vocabulaire en usage au CM 2.  
La maîtresse sait bien se faire comprendre dans la défense de la richesse du français en décidant de ne plus nommer les élèves par leurs prénoms : ils perçoivent très vite le drame.
Les mots sont des fenêtres, des armes,  des outils, « ils nous permettent de choisir nos plats au restaurant. » Sur « la carte du tendre », « inclination » voisine avec « estime et reconnaissance ».
« Au début réussir, c’était trouver la sortie. Aujourd’hui, c’est se protéger pour que personne n’entre. »

vendredi 8 novembre 2013

Médiocres médias.


J’aime la presse au risque de passer pour ce que je suis : un habitant d’un autre siècle, avec mon abonnement à un quotidien en papier et à un hebdomadaire. J'aggrave mon cas par des piles sans cesse renaissantes de tant d’autres et des stations trop longues devant cet ordi même.
Mais le poids des médias me devient parfois insupportable, je trouve certains de leurs comportements navrants et quelques tendances de fond inquiétantes.
Je vais essayer de ne pas accuser ceux qui causent alors que les causes des évènements sont complexes ; le ridicule, dans lequel sont tombés des partisans du « Teigneux Monarque » faisant de la presse l’origine de leur défaite, devrait me préserver d’une vision univoque.
La corporation est variée depuis ceux qui finissent avec deux balles dans la tête pour quelques auditeurs distraits jusqu’à ceux qui courent d’une chaine à l’autre sans avoir même lu le journal qu’ils dirigent.
Dans cette sphère, les gazouillis de Twitter deviennent tellement assourdissants que bien des plumes en perdent leur latin. Quand un tiroir dans un cross over Renault s’appelle « easy life », nous donnons un peu plus, chaque jour notre langue au tchat. Toute une histoire pour une« boite à gants ».
Mais les animateurs, guère rédacteurs, se mettent tant dans la lumière, leurs invités n’étant qu’un prétexte parfois pour leur représentation, qu’ils focalisent les critiques.
Quand il fait soleil à Paris, il fait beau sur toute la France, et par exemple les problèmes particuliers des écoles parisiennes supplantent tous les autres ; c’est que les enfants des journalistes  même ceux de RMC sont à la capitale. Le peu d’enthousiasme des enseignants  vis-à-vis de la réforme des rythmes scolaires a été amplifié par la situation des professeurs des écoles parisiennes qui doivent faire le trajet un jour de plus depuis la banlieue.
Quelle crédibilité ont les chroniqueurs quand ils dénoncent le cumul des mandats des politiques, quand eux-mêmes multiplient les piges et ne prennent jamais leur retraite ?
Le délicieux Jérôme Garcin du « Masque et la plume » et de l’Obs écrit aussi dans « Le Provençal » de Tapie.
Le traitement toujours plus spectaculaire de l‘information est grotesque quand Pujadas annonce après une litanie de noires annonces «  ne quittez pas, vous allez voir ce que vous allez voir dans la deuxième partie du journal » où la frivolité la plus enjouée jouxte quelque malheur claironné. « L’ancêtre d’internet » comme disent les Guignols a du mouron à se faire… et nous donc ! Les divertissements  précédant le « Journal » sont déterminants pour lui, le fond en est affecté.
« Patou » Cohen sur Inter est toujours dans l’attente du prochain remaniement, les sondages  constituant ses lectures de base.
Le futile déconsidère le fondamental. Le barnum de l’émotion, quelques  petits mots dupliqués par un premier rang conformiste, sans culture et sans rigueur colorent injustement la profession.
Je pêche dans Libé les mots d’un député qui dénonce les couvertures du « Point » concernant « La France des assistés » ; l’hebdo a reçu 4, 5 millions d’€uros d’aide en un an.
Bien que  j’essaye d’éviter de ressasser trop de banalités, ces critiques sont habituelles mais nous avons la presse qu’on mérite.
Je trouve ceux qui font honneur à leur métier les Pleynel et Schneidermann pas toujours marrants, et je goûte volontiers les ragots qui trainent dans les coulisses de la politique, et affectionne la légèreté. 
A cet égard le site Gorafi  http://www.legorafi.fr/ renouvelle notre regard sur la presse en la parodiant efficacement.
Dans bien des cas je regrette que ceux qui portent une parole auprès des masses ne s’appliquent guère à être exemplaires dans la forme et sur le fond mais là nous sommes ramenés à des schémas du siècle encore d’avant.
….
Sur le site « humour de droite »
- Qu’est ce qui est  rouge à l’extrémité, tendu, et qui sent la crevette ?
- Un breton.
………
 Dans le Canard :

jeudi 7 novembre 2013

Ulysses au Frac Marseille.


C’est avec appréhension que nous abordons le Fond Régional d’Art Contemporain dans le quartier de la Joliette car bien des découvertes stimulantes peuvent s’oublier en ces lieux sous des tonnes d’incompréhension, de déceptions, de sentiment d’être pris pour des buses persistant à s’aventurer dans  quelques salles désertes.
Si un des artistes, recopiant l’Ulysse de James Joyce, installant ses 353 pages  manuscrites encadrées sous verre, prétendant faire œuvre de sculpteur sous l’appellation « sans titre » est de cette fade farine prétentieuse, Hans Op de Beeck et Jean Christophe Norman nous ont ravis.

Avec la précision d’un Ron Mueck, le belge crée le trouble par ses personnages sculptés à taille humaine, au  front desquels perle un peu de sueur. Il nous interroge vivement sur la notion de réalité et de représentation. En mettant en scène quelques trucages élémentaires ses vidéos dégagent une poésie limpide. Une maquette d’un navire miroitant constitue une pièce essentielle d’un univers singulier.

« Les constellations » du photographe Franck Pourcel sont tracées autour de « la mer au milieu des terres », où les individus vivent parmi des ruines usées par des temps immémoriaux et s’édifiant encore dans des conflits d’aujourd’hui.
Nous sommes conquis par ces treize séries qui répondent bien au titre évoquant le voyage dont la force est  aussi multipliée par le fait que nous les voyons dans un lieu majeur de cette Méditerranée ou mythologie et modernité ne cessent de se confronter. 
Jusqu’au 22 décembre 2013.

mercredi 6 novembre 2013

Ethiopie J 9. Marché à Turmi.



Deux petits yeux jaunes d’une civette ont été vus en cours de nuit à la lumière d’une frontale. Ce matin la rivière ne coule plus, il ne reste que la trace boueuse de son passage.
Sur la route nous croisons des villageois  venus de loin pour se rendre  au marché de Turmi.
Celui ci se partage en deux zones : dans l’une du sorgho, du maïs sont proposés à la vente, des balances sont pendues aux arbres pour peser des chèvres. Se marchandent du tabac, de l’argile pour les cheveux, des feuilles de morenga, de la paille en fagot ou des roseaux pour les ruches. 
L’autre partie entourée de barbelés est consacrée à l’artisanat bien exposé sur des draps où nous passons un bon moment  à choisir et discuter du prix des bracelets, des poupées en terre, des calebasses, une kalachnikov en bois, une gourde à lait.
Juste avant de manger à l’Hôtel Tourist j’ai le bonheur de récupérer mes lunettes ramenées par un habitant du village des danseurs d’hier. Nos accompagnateurs qui ont favorisés ces retrouvailles redressent avec habileté la monture et les branches quelque peu piétinées la nuit dernière.
Nous passons à table et ne laissons pas un brin de viande de chèvre coupée en fins morceaux ni des légumes qui passent bien avec la St Georges beer.
Nous retournons  au marché plus fréquenté que ce matin après avoir remarqué des vautours perchés à proximité du dispensaire.
Les hommes ont des allures très efféminées, leurs habillements originaux paraissent excentriques, avec leurs jambes fines souvent peintes de blanc comme des chaussettes. Ils persistent dans leur jeunesse comme les femmes aux coiffures inédites dans leurs costumes traditionnels nullement destinés à un quelconque folklore
Nous repartons à pied au camping avant de visiter un village hamar près de chez nous nommé Domba.
Ce village est beau dans la lumière de fin d’après midi. Chaque maison délimitée par une barrière de branches épineuses est entourée d’un terrain sans herbe soigneusement balayé. les enclos servent à parquer le bétail ou abritent de maigres potagers dans lesquels se distinguent des plans de coton, des haricots. Dans une case une jeune fille moud du grain à la meule, dans un mouvement régulier et efficace. Un homme prépare avec un couteau pointu deux peaux de bœuf étalées au sol  tendues par des piquets de bois.
Nous nous rendons à une cérémonie du café chez la mère de notre guide local qui nous a pris en charge depuis hier et s’occupe de la lessive au camping. Nous avons ainsi l’occasion de pénétrer dans une case par une ouverture qui ressemble plus à une fenêtre étroite qu’à une porte.  Nous nous déchaussons à l’intérieur pour ne pas transporter de la terre sur les peaux  recouvrant le sol. Nous nous asseyons dans la petite pièce sombre, basse de plafond mais bien ventilée par une fenêtre de branches et par les espaces ménagés entre le toit de chaume et les murs. Une femme d’une quarantaine d’années nous attend devant une cruche de terre inclinée posée sur les braises. Elle y puise avec une louche en bois un breuvage bouillant qu’elle verse dans de grandes calebasses dans lesquelles flottent des écorces du café grillé.
Le dénuement.
Dehors des demoiselles jouent aux osselets avec des cailloux et des enfants nous attendent pour nous faire un brin de conduite jusqu’à la sortie du village.
Nous revenons à pied dans la brousse entre les champs et aboutissons à la rivière à nouveau alimentée en eau par les pluies de la montagne.
Nous profitons de la douceur du soir sous les manguiers à la lueur de chandelles romantiques ; notre hôte de tout à l’heure est dans l'obscurité.

mardi 5 novembre 2013

Droit du sol. Charles Masson.


Les bateaux chargés de clandestins arrivent chez nos voisins italiens ou dans quelques enclaves espagnoles au Maroc, mais aussi en territoire français à Mayotte où des habitants des Comores voisines veulent bénéficier d’un meilleur niveau de vie.
L’auteur  de cette BD est un médecin dont j’avais trouvé également très fort, le premier album « Soupe froide ».
Il dresse ici en 435 pages un portrait de l’île aux charmes coloniaux vénéneux ; la misère existentielle occidentale trempe ses pieds au bord du lagon où les habitants miséreux d’Anjouan se noient parfois lors de traversées périlleuses.
Des hommes venus de Paris ou Grenoble sont à la recherche d’un Eldorado tout comme les belles malgaches qu’ils vont rencontrer.
« Et quand t'es une belle fille, l'infinie misère est toujours moins profonde que quand t'es un mec. Surtout quand des Blancs avec des cartes bleues traînent en boîte de nuit. »
Le sexe apparait comme une exploitation parfois consentie, sans caricature.
Nous suivons une sage-femme qui débarque dans le milieu « métro » où nous croisons un gérant d’un magasin de téléphonie au romantisme saugrenu. Les idéalistes doutent, un des protagonistes est bien chargé, mais la galerie des portraits est variée comme celles de leurs conquêtes.
Le récit de traversées dangereuses à bord des « kwassas » scande les chapitres où les dessins efficaces teintent de nuit un découpage limpide.
Les nuances, les contradictions,  la reconnaissance des faiblesses humaines n’amoindrissent pas la force du témoignage militant, au contraire !
Nous avons la chance d’être né du bon côté de la frontière, ne pourrait-on avoir un peu plus de compassion envers les pauvres, les dépouillés ?

lundi 4 novembre 2013

Le transperceneige. Bong Joon-ho.



Le gaz qui devait combattre le réchauffement de la planète l’a gelée.
Ne subsiste plus en 2031 qu’un train tournant sans arrêt autour de la terre glacée, chargé de quelques humains : les riches, devant en première classe, les pauvres, à la queue.
Je reprends le mot révisé sur le site « avoir alire.com » de « dystopie » : une utopie qui a mal tourné, et me hasarde à avancer le mot : « apocalypse snow », pour caractériser ce récit aux métaphores politiques et écologiques bien visibles.
L’énergie perpétuelle, qui entraine tous les wagons lancés à toute vitesse, a un prix, que nous  découvrons après avoir franchi bien des portes depuis le wagon sans fenêtre où sont entassés les parias, en passant par le bar à sushis, l’aquarium, la salle de classe, la boite de nuit, le sauna,... jusqu’à la Machine et son maître.
Il en a fallu des corps transpercés, du sang sur les vitres, des membres broyés, mais une certaine ambigüité concernant l’alternance des chefs au pouvoir rattrape de quelques lourdeurs.
Les moyens du cinéma d’aujourd’hui aux décors soignés qui ont du "coûter un bras", servent parfaitement cette fable fatale, avec les traits marqués de la BD des années 80 qui a inspiré le film, quand le monde était simple.
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Le billet de François Morel: C'est pour qui la... par franceinter

dimanche 3 novembre 2013

Histoire du soldat & l’amour sorcier.


Du monde au générique pour ce spectacle de début de saison à la MC2 avec la ministre dans le public et sa cohorte de caméras : les régionaux de l’étape rassemblés, Minkowski à la baguette, Galotta à l’arabesque et Osinski en lever de rideau autour du Russe Stravinsky et de l’espagnol De Falla avec leurs œuvres centenaires.
Un récitant à la belle voix nous raconte l’histoire du soldat écrite par Charles Ferdinand Ramuz qui laisse son violon au diable, autant dire son âme, contre un livre devant le rendre riche.
Les danseurs furtifs  donnent du rythme à un récit qui ne m’a cependant pas accroché ; les comédiens disparaissant derrière la musique et les mouvements caractéristiques de notre sautillant meneur de ballet  accompagnant une musique guillerette.
Après un poème de Llorca pour assurer la transition, j’ai préféré les passions gitanes même si j’aurai vu plus de « corones » dans une histoire ne manquant pas de « corazón ».
Olivia Ruiz danse et garde tout son souffle pour chanter son amour
«Né lors des nuits d’août
 Quand la chaleur est insupportable ».
Grâce à la musique plus familière, s’ajoute le plaisir de retrouvailles.
J’ai pourtant trouvé que dans cette séquence aux accents entrainants, les danseurs étaient presque trop mignons, je les aurai aimés plus telluriques, plus passionnés.
Celle qui « trainait des pieds » dans ses chansons est tout à fait à sa place, impeccable, presque trop. 
La salle comble a adressé à l’orchestre, aux danseurs et aux comédiens des applaudissements nourris sans la folie qu’aurait pu entraîner les flamenquants accents.

samedi 2 novembre 2013

Le bel âge. Régis Debray.


Le septuagénaire est alerte, chacun de ses mots virevolte, mais cette virtuosité qui m’enivre me conduit à me laisser bercer là où il voudrait que le lecteur use de la lenteur.
Il fulmine élégamment contre le zapping mais produit à la pelle des livres qui dépassent à peine la centaine de pages pleines d’une verve qui vous amène trop vite à la page ultime:
«  si la nuit est si longue, c’est que le jour est là ».
Cette fois il s’en prend au jeunisme  au nom de la jeunesse :
« Dans cet univers de séniors aux loyers prohibitifs, aux candidatures mijotées vingt ans à l’avance, aux promotions longuement mûries et aux conseils de surveillance verrouillés, le jeune, qui expie en réalité, triomphe en image et par l’image, avec l’aveu et le soutien enthousiaste du kroumir aux commandes. »
Le sens de la formule toujours aussi affuté :
« C’est en oubliant qu’on répète, c’est en se souvenant qu’on invente »
Il illustre dans ces pages vives le bonheur d’être libre, détaché des modes, donc bougrement actuel.
« Nous chassons le trépassé comme un témoin gênant qu’il importe de réduire en cendres prestissimo pour nous éviter l’écœurante image d’une lente décomposition, en oubliant que la fermentation, pourriture conduite à bon escient, nous a donné le pain, le vin , le fromage et la bière, soit quelques sérieuses raisons de vivre. »

vendredi 1 novembre 2013

Gauche à Saint Egrève : la fosse.



Pour ceux qui ont suivi la constitution d’une liste d’opposition à la municipalité en place ( voir sur ce blog l’article d’il y a deux semaines intitulé la machine à perdre).
Depuis l’enclos où je me retrouve avec d’autres à qui on n’apprend plus à faire la grimace, on va dire d’abord « fosse » comme celle où des éléphants fatigués viennent chercher un rayon de soleil dans les zoos à l’ancienne.
Alors qu’il s’agit surtout de «  la fosse » ouverte dans la terre grasse par DSKahuzac où sont enfouis nos idéaux.
En tous cas « fausse » gauche pour finir de jouer des mots et tendre un miroir où des éminences revenues du diable vauvert n’aiment guère s‘attarder.
L’exercice du pouvoir par l’actuelle maire, face à une opposition anodine l’a ancrée dans des certitudes cassantes mettant en évidence des contradictions entre quelques technos aux manières peu en phase avec son électorat conservateur, suppléant un conseil municipal sans personnalité.
Mais qui est conservateur dans la campagne qui s’annonce ?
Il est vrai que pour avoir sa photo dans le journal mieux vaut flatter les intérêts individuels, utiliser l’énergie des revanchards et des NINBY (« Not In My Back Yard » « Pas dans mon jardin ») que d’exprimer une vue d’avenir où l’intérêt général ne serait pas un gros mot comme « logement social » ou « densification urbaine ».
« Il faut que tout change pour que rien ne change » Le Guépard 
J’aurai du mal à dénier à d’autres le droit de changer d’option, ayant moi-même varié.
Par exemple sur la démocratie : du temps de Ségolène j’avais pris la « démocratie participative » comme une résurgence d’une utopique autogestion, j’en suis aujourd’hui à me méfier des appels au référendum à toute occasion, à la concertation au moindre ralentisseur, car s’expriment surtout les « contre » qui conduisent à la paralysie de l’action politique.
D’entendre aujourd’hui certains en appeler au « contrat citoyen » alors que décisions de couloir et billard à trois bandes ont été une façon d’être au cours de plates carrières politiques m’offre encore des occasions de sourire.
Finalement il n’y a que la clarté des engagements qui vaille, d’autant plus que la prudence nécessaire aux équipages hétéroclites qui se mettent en branle à la dernière minute, est de mise. Surtout ne pas dire. Ne pas dire quel est son parti, nier son histoire.
Les décisions se prennent à la Métro : les mots de cohérence, de solidarité, figureront sur les programmes mais risquent de rester vides quand les pratiques antérieures font douter de la sincérité, quand une liste d’intérêts locaux ne peut envisager une voie autre que défensive.
Elle peut gagner des voix.
A Meylan, un travail de longue haleine a débouché par une liste commune de la gauche et des écologistes, bien loin de la course pathétique aux égos de ce côté de l’agglo.
A l’heure ou bien des débats se tiennent autour du FN, qui crame tout débat bien au-delà des abords de sa flamme, quelle défaite de ne pas assumer son histoire, de se comporter comme eux, héritiers de la Cagoule, en se voilant la face.
Se taire : la place est libre pour les plus brutaux !
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 Dans le Canard de cette semaine: