dimanche 26 avril 2026

Requiem(s). Angelin Preljocaj.

Cette cérémonie artistique est à la danse ce que les cathédrales sont à l’architecture.
Si l’esthétisation des malheurs du monde peut être parfois discutable, la chorégraphie du maître nous emmène au-delà des anecdotes à d’essentielles interrogations existentielles, quand l’évocation de la mort ravive la vie. 
Les images religieuses appelées dès le début par trois vitraux vivants magnifiques, inédits, évidents, constituent le fil de la représentation intense d’une heure trente. 
Pieta, descente de croix, jugement dernier, la Passion, rites primitifs transcendent notre humaine condition née du premier ensevelissement des morts. Et les trépidantes distractions que nous nous offrons pour oublier notre finitude n’en sont que plus délicieuses. Les carcasses inanimées réclament la résurrection et la beauté des corps en des costumes sobres a rarement été aussi vraie. 
Les mouvements de la vingtaine de danseurs, toujours inventifs, sans esbroufe, se jouent souvent en parallèles sublimant leur précision sur des musiques de Mozart, Ligeti, Bach, pas forcément des requiems, mais nous élevant, quand un coup de flute de Messiaen tranche dans la gravité.
Les lumières sculptent l’obscurité, en fond de scène des projections de ville en ruine, de sable qui file entre les doigts, des mots évoquant la « honte d’être un homme » de Primo Levi à son retour des camps de concentration ou la mort d’un enfant ne blessent pas la persistance d’un sentiment de douceur derrière l’énergie rock. 
Un grand et beau moment.

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