Si l’esthétisation des malheurs du monde peut être parfois
discutable, la chorégraphie du maître nous emmène au-delà des anecdotes à d’essentielles
interrogations existentielles, quand l’évocation de la mort ravive la vie.
Les images religieuses appelées dès le début par trois
vitraux vivants magnifiques, inédits, évidents, constituent le fil de la
représentation intense d’une heure trente.
Pieta, descente de croix, jugement
dernier, la Passion, rites primitifs transcendent notre humaine condition née du
premier ensevelissement des morts. Et les trépidantes distractions que nous
nous offrons pour oublier notre finitude n’en sont que plus délicieuses. Les
carcasses inanimées réclament la résurrection et la beauté des corps en des
costumes sobres a rarement été aussi vraie.
Les mouvements de la vingtaine de
danseurs, toujours inventifs, sans esbroufe, se jouent souvent en parallèles
sublimant leur précision sur des musiques de Mozart, Ligeti, Bach, pas
forcément des requiems, mais nous élevant, quand un coup de flute de Messiaen
tranche dans la gravité.
Les lumières sculptent l’obscurité, en fond de scène des
projections de ville en ruine, de sable qui file entre les doigts, des mots
évoquant la « honte d’être un
homme » de Primo
Levi à son retour des camps de concentration ou la mort d’un enfant ne blessent
pas la persistance d’un sentiment de douceur derrière l’énergie rock.
Un grand
et beau moment.

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